OBSERVATION X
’ In. Bulletins Société anstumique. 1874, p. 547
M. Hayem. J'ai observé un ataxique chez lequel il existait une arlhropalie du genou droil très caractéristique et qui avait eu {rois fractures spontanées de la jambe du même côté. Ce malade présentait en outre au pied gauche, des lésions que j'ai hésité à mettre sur le compte de l'ataxie; la peau était. tuméfiée et indurée, les orteils déformés et déjetés en différents
sens ; des trajets flstuleux s'étaient produits au niveau des jointures, par où de petits sequestres osseux étaient de temps éliminés. La température de la peau était plus élevée que du côté opposé. Il s'agissait en un mot d'une arthuite des articulations des orteils avec ostéite chronique.
OBSERVATION VIII (Cas de Charcot)
Tabes. — Luxations pathologiques et fractures spontanées mullipies chez une femme alleinte d'alaxie locomotrice.
In Archives phvsiologie. 1874
La nommée A. Co...t, âgée de 57 ans, domestique, a été admise à la Salpêtrière, comme infirme, le 8 février 1866. Elle est entrée à l’infirmerie de l’hospice, salle Saint-Jacques, n° 28, le 15 octobre 1873.
Cette femme a eu neufenfants ; sept d’entre eux sont morts entre 5 et 145 mois. Une autre autre a succombé à l'âge de 34 ans, des suites d’une couche.
Il n'y à rien à noter dans les antécédents de la malade, si ce n’est de fortes migraines accompagnées de vomissements, coïncidant le plus souvent avec les règles.
Les migraines ont en grande partie disparu vers l'âge de 35 ans (1850), époque à laquelle ont apparu les douleurs fulgurantes, qui marquent le début de la maladie actuelle. Ces douleurs ont occupé tout d'abord les membres inférieurs, les mollets surtout et les cou-de-pied. « Je sentais, dit-elle, comme des éclairs me passer dans les jambes ; » elles étaient violentes, plus fortes la nuit que le jour, revenaient par crises, lesquelles duraient environ de 12 à 16 heures. Vers le même temps, survint un sentiment habituel de constriction douloureuse à la base de la poitrine. Les crises douloureuses qui, dans les pre-
tte
miers temps, se montraient toutes les trois semaines environ, devinrent, par la suite, plus fréquentes et plus violentes. Elles auraient atteint leur maximum d'intensité et de fréqueuce vers l'âge de 38 ans.
A l'âge de 42 ans, à la suite d’engourdissement dans le pied droit, la malade remarqua un jour que {a cuisse de ce côlé était considérablement tuméfiée ; le membre, sur ce point, avait, paraît-il, presque doublé de volume. Cette enflure ne s’accompagnait ni de rougeur, ni de douleur ; elle n'empêcha pas C.... de continuer, comme par le passé et sans gêne notable, son service de domestique. L’enflure et l’engourdissement persistèrent pendant plusieurs mois. Ces symptômes étaient en voie d'amendement, lorsque, un matin, 1858, en descendant de son lit, la malade remarqua avec étonnement qu'elle boëlait et que son membre inférieur droit s'était raccourci. Il s'était produit, pendant la nuit, dans le lit, sans douleur, une luxation ‘de la hanche droile.
La marche, à partir de cette ép: que, fut rendue difficile, mais non impossible, tant s'en faut, car C...., devenue incapable de continuer son service de domesi.que, put encore pendant près d’un an, se rendre chaque jour à pled dans un hôtel meublé éloigné de sa demenre et où on l’occupait à faire des lits.
Vers le commencement de l’année 1859, survint dans le pied gauche un engourdissement semblable à celui qui, dans le temps, avait occupé le pied droit. Cet engourdissement durait depuis plusieurs mois, lorsqu'une nuit, à la suite d'un mouvement dans le lit, un craquement se produisit dans la hanche gauche, qui se luxa. |
A partir de ce jour. les deux membres inférieurs étant également raccourcis, tout travail actif devint désormais impossible. C... se fit transporter à l'hôpital de la Charité, où elle demeura pendant quatre mois. À cette époque, elle pouvait
encore se tenir debout et marcher même, en s'appuyant le long des murs. Elle éprouvait, comme par le passé, de temps à autre, des crises de douleurs fulgurantes dans les membres inférieurs. Ges douleurs ne s'étaient pas montrées encore dans les membres supérieurs.
Après sa sortie de la Charité, . fut admise successivement dans divers hôpitaux ; enfin a entra en juillet 1865, à l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Vigla.
À ce moment la malade se servait tres bien de ses membres supérieurs, qui n'étaient le siége d'aucune douleur ; quant aux membres inférieurs, où les douleurs fulgurantes continuaient à se produire de temps en. temps, elle pouvait, au lit, leur imprimer des mouvements énergiques ; mais ces mouvements étaient devenus désordonnés, mal coordonnés, rappelant ceux des « jambes d’un polichinelle.» Les diverses jointures de ces membres avaient acquis une laxité extrême ; aussi C... pouvait aisément « embrasser son pied, » le porter même derrière sa tête, toutes choses qu'il lui était impossible de faire autrefois. Un jour, étant au lit, et voulant faire montre de sa souplesse, elle porta son pied gauche vers sa bouche, comme pour l'embrasser et dans ce mouvement le fémur gauche se fractura.
Les douleurs fulgurantes commencèrent à se montrer dans les membres supérieurs un an environ après l'admission de C...
à l’hospice de la Salpétrière (fin de 1866), et depuis cette époque
elles n’ont pas cessé de survenir par crises. Elles siégent, tantôt sur un point, tantôt sur un autre ; jamais elles ne se montrent aussi violentes que celles qui, de temps en temps, occupent encore les membres inférieurs. Les mouvements dans les membres supérieurs n'ont été affectés que dans ces derniers temps. Aussi à la fin de juin 1873, C... pouvait encore sans difficulté porter
ses aliments à sa bouche, se livrer à des travaux d'aiguille,
ramasser sur son lit les objets, les plus délicats, un brin de fil,
une aiguille. Cependant il lui arrivait parfois de ressentir de la Te raideur dans les doigts, qui se redressaient obstinément. Lee | En dehors de cela il n'existait alors dans les membres supérieurs aucune trace d'incoordination motrice. f = Vers le milieu de juillet 1873, C..., au moment ouelle chan- Z. | geait de position dans son lit, se fractura les deux os de l'avant- ? | : Da 2 bras gauche. Elle ne saurait dire au juste comment cetté fracaie CRE 2e | ture s'est produite ; mais il est certain qu'il n’y à eu ni chute, ni ; effort violent. | CE REN AL TEE Aucun appareil n'a été appliqué. La consolidation s’est faite Pa : "LR | assez rapidement ; le cal est volumineux, difforme ; Depuis l'époà ‘que ou cet accident a eu lieu, la main gauche présente une déformation particulière, qui tend chaque jour à s’accuser davau- . tage. Les eminences thénar et hypothénar sont rapprochées Sacs D l'une de l’autre ; le pouce allongé repose sur l'index qui est légé- | rement fléchi. Les autres doigts sont également dans la demi-
MCE . ; flexion.
RE Trois mois s après, (septembre 1873) dans le temps ou C.… « ‘s'aidait de la main droite} pour se redresser dans son lit, / avant- Ÿ
er äroil S est fracturé à à son tour vers la partie moyenne. à Aucune douleur ne s’est fait Ste au moment où la fracture cest survenue. Un appareil a été appliqué. ES
SH ne La consolidation s'est faite assez promptement, sans grande RERO à difformité. La main droite commence à présenter une déforma- 2: 2e tion analogue à celle qu “offre la main gauche. Les mouvements Û FTP RE JE > F0 ivers segments du membre sont faciles encore et réguliers. - porter avec la main droite ses aliments à sa a bouche, | de menus objets, etc. OR T ra 1, le > 14 00 octobre. 1873, à la suite d'un mouvement insigni- Luxalior ion de l'épaule gauche s'est produite. >, au] Galable, n'a avait pas présenté | de gonflement,
avait ressenti a ne douleur. PRES SF #oû pou nan ste
Vers la même époque, des troubles de la vision sont remarqués pour la première fois ; de temps à autre, les objets paraissent doubles ; des étincelles passent parfois devant les yeux. On note que la pupille droite est d'une manière permanente, plus dilatée que la gauche.
Etat actuel (relevé le 26 novembre 1873.) À ma prière, mon collègue M. le D' Meunier, chirurgien de la Salpêtrière a bien voulu étudier et décrire avec grand soin les lésions que présentent chez C... les os et les jointures. Je reproduis inextensa lanote qu'il a eu l'obligeance de me remettre à ce sujet.
Membre inférieur gauche. — Il est très raccourci et mesure 62 centimètres de l'épine iliaque antérieure et supérieure à la malléole externe.
Il est placé sur le coté externe dans l'abduction et dans la
ratation en dehors. Il n'y a à signaler aucune particularité notable pour le pied, la jambe, le genou, et même pour la partie inferieure de la cuisse.
C’est la partie snpérieure de la cuisse ainsi que la hanche, at comme siège précis, c'est l'articulation fémorale qui est lésée. Le grand trachanter est abaissé et dans uue position telle, qu'il est porté du côté de la partie postéro-externe de la cuisse. Il se trouve situé à une distance d'environ 12 centimètres de l’épine iliaque antérieure et supérieure, lorsque le membre est placé dans la rectitude.
. Toute la partie interne de la cuisse, à partir de 8 centimètres au-dessus du condyle interne du fémur présente successivement des plis traversaux, plus ou moins profonds, que l'on peut évaluer à environ une douzaine; les uns occupent toute l'éténdue de cette partie interne, la dépassant même en arrière ; les autres plus rapprochés du pli de laine, dépassant la parlieantérieure de la cuisse et se prolongent même, sans l'atteindre, . jusque vers la partie latérale externe.