‹ Considérations sur les fractures spontanéesChapitre 26 sur 28 · OBSERVATION XXII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXII

Fi'acture spontanée au début du tabes. — Consolidation régulière des fragments.

In Gazette médicale de Paris n° 24, 14 juin 1885, par Dutil interne des Hôpitaux

La nommée Hortense D..., domestique est entrée le 24 juilet 1885, à l'hôpital de la Charité, dans le service de M. le docteur Desprès.

Elle était âgée de 50 ans.

Ses antécédents héréditaires n'offrent rien de particulier.

Son père est mort à 54 ans, frappé, dit-elle, en pleine santè d'une attaque d’aploplexie. Il n'avait pas d'habitude alcoolique.

Sa mère était morte à 84 ans. Elle n'avait jamais été sujette

à aucune attaque de nerfs.

” Ellea quatre frères et deux sœurs vivant en bonne santé. En l'interrogeant soigneusement sur ses ascendants, on ne trouve dans sa famille, ni aliénation mentale, ni epilepsie, ni hystérie, ni aucun autre état névropathique.

Antécédents personnels. — D... a toujours joui d'une par-

faite santé. Aucune trace de rachitisme ni de scrofule dans son enfance. Pas de rhumatisme, une rougeolle à huit ans et c'est tout.

Elle n'est pas syphilitique.

Elle entre à l'hôpita} pour une /raclure du radius. et c'est là, suivant son expression, sa première maladie.

Voici dans quelles circonstances cette fracture s'est produite.

Le 29 juillet, D... avait passé l’aprés-midi à faire le menage de ses maîtres. Elle avait balaye l'appartement, secoué les tapis, etc., toutes besognes n'exigeant pas de grands efforts musculaires.

Elle avait eu seulement beaucoup de peine à soulever un Bt pour glisser un tapis entre le lit et le parquet.

Elle aflirme de la façon la plus catégorique qu'elle n'avait fait aucune chute, aucun faux pas ; qu'elle ne s'était heurtée à aucun meuble, et qu'elle n’éprouvait ni douleur, ni engourdissement dans son bras droit lorsque, son travail fini, elle se disposa à rentrer chez elle. Elle monta dans une voiture publique, portant à la main droite un panier assez lourdement chargé. Durant le trajet, elle fut prise d’une douleur vive, lancicinante, siégeant le long du bord externe de l'avant-bras droit. Ces élancements douloureux s’accompagnaient d’un engourdissement de la main, tel qu'elle fut obligée de porter son panier de la main gauche.

En arrivant chez elle, D... examina son avant-bras et le

trouva légérement gonflé, rouge et douloureux un peu au-des=-

sous de sa partie moyenne. Comme elle éprouvait en même temps des picotements au côté droit du front, elle s’approcha dune glace et constata avec étonnement l'existence d'une plaque noirâtre, de l'étendue d'une pièce de 5 fr., siégeant à la tempe droite. C'était une ecchimose,

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Dans la nuit, le gonflement de l'avant-bras prit des proportions plus considérables. L'engourdissement que la malade éprouvait la veille avait fait place, le lendemain, à une incapacité fonctionnelle, non pas absolue mais assez marquée, bien qu'elle put encore se peigner et s'habiller, en s'aidant de la main droite.

Un pharmacien fut consulté. Après plusieurs applications de pommades fondantes, le gonflement, la douleur et la gêne fonctionnelle persistant, elle se décida à entrer à l'hôpital.

Etat actuel (19 juillet). — Nous constatämes : 1° une fracture du radius droit. Gette fracture siégeait à 7 ou 8 centimètres au-dessus de l’apophyse stytaïde, à l'union du tiers inférieur et des deux tiers supérieurs de l'os, bien au-delà par conséquent du lieu d'élebtion, des fractures de l'extrêmité du radius. La main ne présentait nullement la déformation habituelle en dos de fourchette, elle n’était pas non plus déviée en dehors. le poignet, que la malade soutenait de sa main gauche, était légèrement fléchi et incliné vers le bord cubital de l'avant-bras.

Le gonfiement était modéré. La peau, au niveau de la fracture, avait sa coloration normale. Mais il y avait sur la moitié inférieure du bord cubital de l’avant bras une large ecchymose sans-cutanée.

En aucun point de l’avant-bras ni de la main on n'apercevait ni éraillure ni plaie du tégument.

En mobilisant les deux fragments, on produisait une crépitation bien nette ;

2° Une ecchymose à la tempe droite.

3° Deux autres ecchymoses symétriquement placées sur les facés externes des genoux et dont le malade ignorait l'existence.

A nos doutes et à nos questions, la malade a toujours nettement répondu que « tout cela était venu tout seul » qu’elle,

n'avait pas fait de chûte ni reçu de coup, que d’ailleurs elle n'avait aucun intérêt ni aucun motif à ne pas dire la vérité. Renseignements pris auprès de ses maîtres et des gens de son entourage, nous nous sommes assurés qu'elle ne s'était jamais adonnée aux boissons alcooliques, qu'elle n'était sujette à aucune crise de nerfs {épilepsie), qu’elle menait en somme une existence rangée et fort régulière. Comme enfin cette femme avait passé l’âge où les femmes commettent parfois le mensonge gratuit, nous avons conclu que fracture et ecchymoses étaient bien spontanées.

D... n'avait jamais éprouvé avant cet accident aucun trouble de la sensibilité, tels que : fourmillements, douleurs fulgurantes, plaques d’hyperesthésie, sensation d'ouate sous les pieds, pas de diplopie, pas de troubles urinaires, pas de douleurs gastriques, aucun enfin des symptômes précurseurs du tabes confirmé.

En l’examinant quotidiennement nous trouvâmes :

40 Une inégalité pupillaire très prononcée ;

2° La disparition du reflexe pupillaire sous l'influence de la lumière et sa persistance dans l'accommodation (signe d'Argyl Robertson) ;

3° Une abolition complexe des reflexes rotuliens';

4° Un peu d’hésit ition dans la marche les yeux fermés.

La fracture fut maintenue à l'aide de l'appareil Nélaton. La:

consolidation se fit sans retard aucun : quinze jours après l'appareil de Kélatan était remplacé par un manchon silicaté.

Le 12 août la malade se plaignait de fourmillements insupportables dans le pouce de la main droite ; les jours suivants, ces fourmillements persistèrent et s'étendirent au bord externe de la face dorsale de la main droite (zône du nerf radical); puis la malade accusa à ce niveau de véritables douleurs, qu'elle <ompariit à des coups d'aiguilles.

Le 22 août on enleva l'appareil silicaté, la malade étant envoyée en convalescence à Vincennes.

Le cal etait solide, ni difforme ni exubérant. Les mouvements de pronation et de supination s’exécutaient bien. Mais les douleur: lancinantes se montraient toujours tenaces, tourmentant la malade jour et nuit.

Quinze jours après, nous revimes la malade à son retour de Vincennes. Les douleurs dans la sphère du nerf radical droit persistaient toujours, en outre, la malade aczusait des fourmillements sur le dos de la main gauche. Elle quitta l’hôpiial et ne: s’est plus présentée depuis à notre examen.

OBSERVATION III Tabes. — À fracture In Bnlletin de la Société de Chirurgie, 1857, rapportée par Talamon

Le premier fait se rapporte à un ancien chirurgien-major, encore jeune cependant, qui était atteint depuis plusieurs années d’une paralysie incomplète. Les mouvements n'étaient pas tout à fait abolis. et la sensibilité était vraiment exaltée. Ce fut dans un moment de souffrance, que le malade, croisant la cuisse droite sur l’autre et la comprimant pour se soulager, sentit le fémur se. rompre un peu au-dessus de son tiers moyen. La fracture était simple, mais elle ne put se consolider qu'après nn temps assez long et avec raccourcissement. La paralysie fit des progrès et entraina la mort.

OBSERVATION IV Tabes et fraclure. — Larref In Bulletin de la Société de Chirurgie. 1857, rapportée par Talamon

Le second fait s’est présenté l'année dernière au Val-de-Grâce,

chez un officier d'une trentaine d'années seulement, mais qui paraissait plus âgé de vingt ans, par un état de paralysie des membres : il était en mème temps frappé de cécité amaurotique. C’est dans cette triste situation que par nn simple effort pour mettre une botte, en croisant la cuisse gauche sur l’autre, le mnlheureux se fractura le fémur au-dessus des condyles. La fracture était compliquée de déchirure de la peau avec saillie du fragment supérieur taillé en pointe, de perforation de la synoviale du genou ef enfin d'épanchement de sang dans l'articulation ; la fracture se consolida à la longue par un cal médiat difforme.

OBSERVATION V Tabes et fracture. — Larrey In Bulletin de la Société de Chirurgie. 1857, rapportée par Talamon

Le troisième fait se trouve actuellement au Val-de-Gràce, chez un officier d’une quafantaine diaunées, atteint de paralysie inccmplète dont l'origine remonte à 1848. Ir etait, au mois de décembre 1856, dans un état à peu près stationnaire de paralysie partielle des mouvements, avec exaltation de la sensibilité des membres. qui cependant supportaient un peu la marche, lorsqu'il se Cassa la cuisse gauche dans un simple effort de pression pour retirer sa botte. La fracture, siégeant au tiers du fémur, était simple, mais un peu oblique. Dix mois après l'accident, la consolidation semble s'établir enfin et la paralysie n’a pas augmenté.

OBSERVATION (résumé) XXXI

Tabes.— Piedtabétique. Arlhropathie libio-peroneo-tarticum Gauche labélique, par Gaucher et Duflocq

Revue de Médecine, 1884, p. 184

Gustave D..., écrivain, cinquante-neuf ans, entré le 24 mai

1883, n’a jamais eu la syphilis ; c’est de l’année 1850 que datent les premières atteintes de douleurs fulgurantes : ces douleurs apparurent d’abord dans les talons, puis, au bout de quelque temps. dans les deux jambes. Elles étaient peu vives au début.

de courte durée et revenaient à des intervalles éloignés et irré-

guliers. Presque en même temps, le malade s’aperçut, à sa grande stupéfaction, de difficulté et d’irrégularité dans la marche ; ses jambes, surtout la gauche, étaient projetées malgré lui en avant, particulièrement pendant la course. Ses facultés génésiques étaient très excitées ; il avait des érections et des pollutions nocturnes extrèmement fréquentes.

Ces symptômes durèrent sans grand changement, pendant plusieurs années, jueque vers 1868-1869. C’est alors que la maladie se caractérisa complètement ; les crises de douleurs fulgurantes devinrent plus fréquentes et plus violentes, elles duraient dix, douze et vingt-quatre heures. L’incoordination motrice des membres inférieurs devint plus manifeste, le malade perdit la seusation de résistance du sol, il commença à éprouver des troubles de la vue ; scotomes, mouches volantes, diplopie passagère, sans que son acuité visuelle ait diminué. C’est à la suite d’une de ces attaques complexes en 1881, attaque qui fut plus violente que les autres et qui dura quarante-huit heures, que l’œdème gagna presque tout le membre inférieur gauche.

L’enflure s'étendait alors depuis les orteils jusqu’au dessus du genou ; elle était considérable et la peau se déprimait sous le doigt « en forme de godet. » Le malade fut contraint de garder le lit, sous l'influence du repos, l’æœdème disparut peu à peu de la jambe, mais persista à la cheville et au pied. Cette enflure était d'ailleurs absolument indolente.

Dans cet état, le malade fut obligé de se lever et de faire des démarches pour faire admettre dans un asile sa femme qui venait d'être frappée d’aliénation mentale. La fatigue fit reparaître l'œdème

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dans toute la jambe gauche jusqu'à le partie inférieure de la cuisse \É et le malade se décida à entrer à l'hôpital. Là, il fut soumis pen- 72 q dant trois au traitement suivant : bromure de potassium à l'inté- $ rieur, frictions et applications d'un bandage compressif, pointes ét ede feu. : se

Un jour, à la suite d'une application de pointes de feu sur le = cou-de-pied, il fut pris subitement d'une douleur très vive dans | AE + l'articulation tibiotarsienne et dans la partie inférieure de Ja jambe, : douleur cuisante, produisant une sensation de brûlure tellement pénible, qu'il était obligé de maintenir son pied hors du lit et de ut 43

l’exposer an froid. L'enflure diminua peu à peu et finit par dispa- | me | raître entièrement, mais la partie inférieure de la jambe resta dé- Ve ;

formée par une hyperostose volumineuse qui subsiste encore | Ve Es aujourd'hui et dans le même état. C'est cette lésion que nous dé- e 2 266, crirons particulièrement tout à l'heure. > | : | L'année suivante, en 1881, la même crise se renouvela, suivi. ÿ ES E EL" ESS egalement d'œdème de la jambe gauche, et, de pes de deux 228 ee , Ra énormes abcès. ; | SET. ,

Depuis cette Hot. la Fene s'est Éanie lontemente La LL ÉE marche est devenue extrèmement difficile, la sensibilité des sphinc- : o + ters s’est émoussée et le malade a eu, à plusieurs reprises, del'in 2 £ mr: continence de l'urine et des matières fécales.

Les facultés ne à progressivement affaibfies, se sont "he <a ni ,

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Etat actuel. La marche est encore ie mais très difMicile | LE à cause de l’incoordination motrice. Le malade est obligé de s' ap a <: puyer sur unie canne et, dès qu'il lève le pied, sa sr CHE en avant malgré lui. CAES Ce are AS RER

| LATE ‘ “ L'ataxie a envahi les membres pan en > quand | em a tenir une re sa main Lo se ne de ML : S mouve

il à de l’anesthésice plantaire, et, quand il est debout, il lui semble qu'il marche sur une Surface molle et élastique. Il Lui est impos- Sible de se tenir debout les yeux fermés ; il est pris de vertige dans l'obscurité ou même dans la demi-obscurité et quand il se trouve sur un escalier ou au milieu d’un large espace. Le réflexe rotulien des deux côtés est totalement aboli. L’impuissance génésique est absolue. Les organes sont très lents à obéir à la volonté. La miction et la défècation sont lentes et difficiles ; parfois au contraire les urines et les matières fécales s’échappent sans que le malade en ait conscience. La vue n’est pas très affaiblie pour un homme de cet âge, mais de temps en temps elle est troublée par des mouches volantes ou par des points lumineux subjectifs.

La sensibilité est diminuée sur les deux membres inférieurs, jusqu’au-dessus dù genou. On trouve un retard des perceptions tactiles, qui varie, suivant les régions, de une seconde et demie à deux secondes. [1 y a aussi de l’anesthésie musculaire à la pression, les piqûres sont à peine senties et ne causent pas de douleur ; l'analgésie est telle, que le malade s’est un jour brûlé par mégarde, et la sensention douloureuse n’a été perçue que quand la brûlure a été assez profonde.

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