En frontière fortifiée par l'art
4. En frontière fortifiée par l'art et la nature. Les avantages d'une frontière {Ftg. i), qui
décrit une ligne droite, sont égaui pour les deux armées belligérantes ; car celui que possède l'armée offensive, de désigner à son choix le point par o& elle veut déboucher, provient de son étal offensif et non de la configuration des frontières. Il est aussi tout simple qu'une ligne pareille, n'otfraat aucune secliou de terrain en angle saillant ou rentrant, ne favorise aucun de ces mouvements avantageux par le-
quel on peut prMdre qudque objet important
à revers.
Si la frontière, au contraire, décrit nn an^e saillant tourné du cdté des ennemis {Fig. 2), l'armée D, qui la défend, est sanscOBtraliten désavant^e envers les assaillants qui, en se portant vers les objets A ou C, prennent toute la section comprise entre ABC i revers. Cette perte est la suite inévitable de sa configuration qui o9k« , par la possession de A ou C, les moyens de toomer une grande étendue de terrain.
Si l'ange que forme la frontière est rentrant {Fig. 3), les avantages deviennent inverses. Les points A etC couvrent toute la section comprise entre ABC, et aussi longtemps que ces deux points resteront an pouvoir des défiensenrs, tonte cette partie ABC, sera parfaitement à l'abri des incursions des ennemis , qui n'oseront pas marcher vers le point B , en laissant leurs adversaires en A ou C.
Revenons maintenant aux propriétés qui proviennent de leur nature.
Lorsqu'on s'apprête à franchir une frontière, quelles que soient sa configuration on ses propriétés, on se ptésente ordinairement de firont devant une ligne transversale. Les roules qui y mènent directement , en partant d'un ou de plusieurs points , tombent d'un cAlé perpendiculairement ou obliquement snr cette
HÉHOIRES SUB LES PRINCIPES
tiaDSTersale avancée et vonl, ordinairemeat , Be réuair aussi de l'autre, sur un ou plusieurs pointe qui servent de foyen & ces rayons, foyers que nous appellerons points centrais. {Fig.A.) Toutes les lignes, comme CD, CE, CF, ce, etc. , désignent les différentes directions pour l'invasion , et iespointsD, E,F,G, elc., qui sont les points d'intersections de la transversale AB, ceux où on peut la franchir et, par conséquent, le premier terme de l'invasion.
Pour défendra avantageusement une frontière, c'est vers ces points d'intersections que D0U8 devons porter noire attention et les ressources de la défense. Lorsque la frontière est ouverte , la force mobile qui s'y trouve pour la défendre est aussi la seule capable d'en pré- Tenirl'învasion,et, parconséqueot, un engagement général et une victoire ou une délaite, doivent décider en faveur de l'un ou de l'autre parti. Hais une bataille décisive, au commencement d'une campagne, est-elle une chose salutaire T Cest encore un sujet à question. Si une frontière est tout à fait ouverte et son intégrité difficile à conserver, il vaut mieux, en calculant les opérations ultérieures, l'abandonner , et se replier vers quelque transversale plus avantageuse, qui offrira plus d'éléments pour la défense et plus de prolnbilités pour sa conservation.
S'agit-il de faire le choix des points d'intersections de la ligne AB vers lesquels on devra diriger les masses assaillantes, ce choix sera désigné d'une manière non douteuse par les directions CD, CE, CF, CG, elc. , entre lesquelles OODS choisirons les plus courtes , les plus avantageuses et qui offriront le moins de difficultés de la nature ou de l'art à vaincre ; ce choix et les principes sur lesquels nous devons le baser, appartenant à la section des lignes d'opérations, seront discutés avec détail au moment où nous sert»» parvenus à cet article.
Une frontière fortifiée par la nature se présente ordinairement sous deux aspects différents : la ligne transversale est marquée par un ffeuve, ou par une chaîne de montagnes. L'un et l'autre offrent par leurs propriétés, aux assaillants, quelques difficultés à vaincre, aux défenseurs, quelque facilité de s'y maintenir. Lorsque c'est un fleuve qu'on se propose de franchir, c'est vers les sections auxquelles la configuratioD topographique accorde des avan-
tages réels, qu'il faut se porter; mais, d^m autre cité, les points d'intersections de la ligne Iransversale, influant beaucoup sur les directions qui nous mènent vers le but principal, les points de passages seront subordonnés i ceux d'intersections, et devront être désignés au moins dans leur proximité. Cette précaution est indispensable pour pouvoir toujours dominer ces sortes de pointa près desquels se fera le passage. Avoisinant l'intersection fHÏncipale ils sont, d'un autre cAté, d'autajit plus avantageux, puisque n'étant quelquefois désignés par aucune prérogative bien marquante , ils sont plus exempts de surveillance et penvoit être franchis avec plus de facilité. C'est aiosà qu'en 1813, Napoléon choisit prèsd'Alexioten, à une demi-lieue de Kovno, uu point favorable pour franchir le Niémen.
Pour ce qui regarde les ressources que les fleuves et leurs affluents peuvent offrir aux défenseurs après le passage, nous avrais eu l'oo casion d'en développer les ressources duos le quatrième Mémoire.
Loraque la frontière est marquée par une chaîne de montagnes, les pointe d'intersections se trouvent sur les revers à rentrée de la chaîne et forment les pointe de départ des routes qui la traversent. Si l'eanemi en défend l'entrée, ces points d'interseclious ne tombent qu'avec dUGculté au pouvoir des assaillante, car, dans le cas présent, les pointe de passages ne peuvent pas, comme sur les fleuves, être choisis dans la prosiftiîté du débouché principal. Ces points qui forment ceux de départ des routes qui traversent ta chaîne, ouvrant l'entrée des défilés, nous obligent à nous en rendre maîtres, pour pouvoir dominer les voies qui nous mènent au delà de l'obstacle que nous voulons frandiir.
Entre les communications qui traversent une chaîne de monUgnes, c'est aussi la plus courte , et celle qui nous mène à l'objet principal des opérations, qui est la préférable, et le choix des pointe d'intersections sera subordonné à ces indications. C'est ainsi que dans les guerres des Français contre les Espagnols, nous avons vu la directitm qui, de Saint-Jeande-Lui, par Irun, Burgos, nous mène droit à Madrid, être la direction préférée.
Une frontière fortifiée par l'art esC toujours la plus difficile à franchir. Appuyée par une
dbyGoot^lc
ligne de places fortes, la transversale offre aux défenseurs tant de moyens pour s'y maintenir et tant de directions avantageuses , quant aux positions de flanc , que son intégrité peut être conservée avec facilité, peu de moyens et pendant un long espace de temps. Les points d'intersections servant de but aux fortifications , sont ceux aussi où les défenseurs rassemblent leurs forces pour défendre la l^e firootière.
Le passage étant une fois forcé , chaque point fortifié pouvant servir de point d'appui & la force mobile des défenseurs , les places fortes devront être envahies , paralysées , ou mises en échec. Ces différentes opérations exigeotdes sièges, des blocus ou des observations. Les deux premières seront dirigées contre les places qui influent d'une manière directe sur les lignes d'opérations , la troisième contre celles dont l'influence n'est que de peu d'importance sur le mouvement qui nousmène vers l'objet principal.
Pour bien baser la classification de ces différents genres de places fortes , nous la soumettrons à un calcul normal, qui nous servira de guide assez aâr dans nos décisions. Soit AB [Fig. S), notre ligne Iraversale frontière, C le point d'intersection central qui sera par conspuent le point de départ de la ligne de jonction entre l'objet principal des opérations D, et le point d'intersecLion. (^D étant la ligne la plus courte , nous supposerons qu'elle sera la ligne directrice des opérations. Du point C nous prendrons vers les âancs A cl B de la transversale des portions CE et CF, égales à CD. Les points défensifs Ë , C , C , H , F , pourront ioBuer directement sur notre ligne d'opérations , car même ceux extrêmes E et F, étant à la même distance du point d'intersection C , que celui-ci l'est de l'objet principal des opérations, pendant que les assaillants se dirige-
ront vers l'objet D, les défenseurs pourront, en se basant sur un des pointa E , G, H ou F, tomber et intercepter la ligne CD.
Tous les points, au contraire, qui sont au delà de ceux E et F étant plus Soignés du point d'intersection C , que celui-ci ne l'est de l'objet principal D , n'auront pas une influence directe, car le point D , qui doit être toujours Tobjet primitif vers lequel les défenseurs doivent porter toute leur attention, et qui décide souvent du sort de la guerre, tombera au pouvoir des assaillants avant que celui C puisse être menacé.
Nous en conclurons que tous les points compris dans la section ECF delà frontière comme E, G, C, H, F, devront, selon leur importance, être les objets des sièges ou des blocus , tandis que ceux qui sont au delà des points E et F , n'exigeront qu'une observation plus ou moins stricte.
Enfin , lorsqu'une frontière est fortifiée par l'art et la nature, défendue par une troupe qui connaît bienles localités, et sait en profiter avec adresse . elle peu) aisément devenir un obstacle insurmontable pour ceux qui voudraient la franchir. Dans ce cas, les règles de l'attaque, comme celles de la défense, forment la somme collective de celles que nous venons d'établir pour une frontière fortifiée par la nature et une autre renforcée par l'art. Les Pyrénées pourraient aisément devenir une ligne inexpugnable de défense, et, malgré les 40 à 50 myriamètres de développement qu'elle possède , en y élevant un système de fortifications en rapport avec les avantages topographiques des lieux, en se rendant maître de tous les dé> bouchés des points culminants et des nœuds des vallées, les Espagnols pourraient facilement prévenir toute invasion de la part de leurs ennemis, ou du moins la Leur Caire acheter au prix de trës-granda sacrifices.
SËPTIÉIUE MÉMOIRE.