SUR LA DIVISION STBATËGIQDC &IJ TBËATRE DE LA GUERRE
L'étendue du terrain qu'on doit envahir pour atteindre l'objet dont la possession doit décider de la guerre , nuus oblige souvent à parla^r le théâtre des opérations en plusieurs sphères. Deus objets limitent ordinairement les échiquiers stratégiques :
4. La possession du point dont l'occupatioD, en nous ouvrant des voies sûres pour atteindre le but principal , peut multiplier nos combinaisons;
2. Les accidents que la nature ou l'art opposent à nos mouvements ofiensifs qui, serrant d'égide protectrice au terrain i\m se trouve derrière eux , partagent le terrain en sections distinctes.
Cette division stratégique de tout le tbéâti« de la guerre, en sphères plus circonscrites, en simpliliant les grandes opérations, ne ravit en . aucune matière à nos combinaisons cette marche synthétique qui régularise les éléments de la stratégie, mais, au contraire, nous mène plus systématiquement au but. En limitant le terrain, on saisit avec plus de facilité les propriétés des différentes sphères , et ce développement , en nous désignant la valeur intrinsèque de chacune d'elles , simplifîcjaussi la recherche de l'objet le plus important vers lequel doivent tendre nos mouvements ofiensils ou nos projets de défense.
En 18f^, le but principal des opérations
était Moscou. Il était à 109 myriamètres de la ftvntière. Une distance aussi grande et lasëvérité du climat, nécessitaient, de la part des assaillants , le partage de cet espace eu deux sphères, pour pouvoir, d'après la rigidité du climat , calculer la continuation des hostilités. n Fallait donc chercher, entre Moscou et les frontières, nu objet intermédiaii-e qui répondit aux nécessités qu'en gendre une interruption pareille. Les villes de Smolensk et deWitebsk auraient pu satisfaire à toutes les conditions. Dominant deux grands fleuves, couvrant les deux communications principales, ces deux villes auraient pu , dans un court espace de temps, être mises i Tabri d'un coup de main.
Smolensk devait donc être l'objet qui aurait limité la première sphère d'opérations. Matlre de ce poste , on s'ouvre non-seulemenl une voie sûre et Facile pour atteindre Moscou , mais encore des directions vers le nord et le midi de l'Empire, qui auraient pu multiplier les ressources et les combinaisons militaires.
Pour l'hypothèse de la seconde catégorie, U Turquie d'Europe nous présente un exemple bien instructiF.
Le Danube, qui partage la Valachie et la Bulgarie, la chaîne du Hœmus, qui sépare la Bulgarie et la Roumélie , nous offrent trois sphères d'opérations bien distinctes. Celle de la Valachie est basée sur la ligne du Danube ,
dbyGoOt^lc
D£ LA âTRATÉGlË.
qui est renTorcëe par qualre places fortes el sept forts, celle de la Bulgarie sur la ligne transversale oblic|ue de Rouscbtschouk, Schouisla et Varna, et sur la chaîne du Hœmus (i) ; enfin la sphère de la Roumélie se trouve basée sur l'objetprincipal des opératioDS, Constantinople. Nouâ les indiquerons par sphère d'opérations du nord, sphère mitoyenne et sphère du midi.
La force ntatérlelle des Turcs étant bien au* dessous de celles des Russes, la sphère d'opérations du nord , quoique basée sur une ligne aussi forte que le Danube, ne possèdepour eux qu'une force négative. Sou inimité ne pourrait être conservée que par la prépondérance desforces physiques, et des victoires constantes seraientles seuls moyens que les Ottomans auraient pour s'y maintenir. Un cas pareil est loalàfait inadmissible, èl ayant senti euxluênies leur grande infériorité lactique, ils considèrent la ligne du Danube comme leur ligne défensive frontière.
La sphère mitoyenne défendue par la ligne du Danube vers le nord, par la chaîne du Hœmus vers le midi, et coupée obliquement par la ligue transversale de Rouschtschouk, Schoumlaet Varna, est désignée, par la nature et l'art, pour être le vrai échiquier stratégique des Turcs dans une guerre contre les Russes.
Dans le cas de l'abandon de la ligne du Danube , Scboumla peut devenir le pivot principal
(i) Celte dulne de nwnU, mr laquelle le Hinple vor»geur n'a pa jeter qu'on r(c*rd Airtif et d'une eficacité Dégstive, qne les circonstances avaienl loustraite jusfp'k présent aui regards atleulifs du gËologue ou du mililaire obserTateur, où nous ne connaisons ni In points cnlmlnantâ, ni les directions des valKes, ni leurs nmds, ni les plateau, ni l'entrée deadlfftrentsdifilte, ni leur ttendite , ni les eontreforts et les Tallées tran*- TeraleiqaienproTleniMnt,ii'atté,jusqu'en1B28, qu'un chwM ttnébreoi , où tout nous élaigoait d'un résultat elEcace , par l'ignoraoce du principe. Le passage de cette
des upérations défensives. Pouvant, avec facilité , contenir dans ses murs une armée respectable , adossée aux versants septentrionaux du Hœmus, cette place située à peu près à michemin de Rouschtschouk à Varna, peut fa* voriser les tentatives des défenseurs vers ces deux places flanquantes de la ligne transversale, et forcer les assaillants à observer avec attention l'espace compris entre les deux communications qui mènent & Rasgrad et Pravodi.
La sphère d'opérations delà Roumélie est le dernier terrain stratégique. Une fois que la Bulgarie est conquise et que la chaîne des Balkans est franchie , les grandes difficultés de la nature ou de l'art s'aplanissent. Les rameaux du Tékir et de SlrandsclMta , oscillant dans une direction parallèle aux grandes communications qui conduisent de Scboumla et Pravodi k Constantinople , offrent moins de difficultés il vaincre. Si le terrain compris entre les élévations est peu fertile, en revanche, les contrées avoisinant les deux mers sont assex abondantes et offrent plusieurs ressources.
Toutescescoosidérationsprouventd'unc manière évidente , que l'échiquier stratégique le plus important pour l'intégriié de l'empire Ottoman, est celui de la Bulgarie. C'est là que doivent se rassembler toutes les forces physiques des Turcs, pour disputer celte conquête à leurs ei
tlislm par l'«nn4e naese, en 1830, nous ■ hcililé In mojens d'en connaître tou« Les détails nécessaires pour régler nos opérations dans celle pirtin inl£ressanle de la Turquie d'Europe. Ce système de monUgnes se dirige de l'ouest H'rst, se sépare iKapuli-Derbeot (porte de Trajsn) du mont Hhodope , et oacille dans la direction de l'eit par ta parti* sefitentrionalB de la Ronm^ lie,jusqa'i lamer Noire, eu cette clulae aboutit au cap Endneh, après avoir laissé vers le midi les rancaux du Tekir et du Straodschca.
HÉHOIREB SUR LES PRINCIPES
HUITIÈME MÉMOIRi:.
SUR LES BASES It'APPROVISIOrmBHEKTS, ET SUR CELLES D'OPËEUTIONS.
Le mot baser, pris dans son sens propre, signifie: appuyer sur une base solide. La base d'approvisionnement est donc celle qui soutient les approvisionnements, d'où on fournit les choses nécessaires, tandis que la base d'opéraLions consolide les manœuvres.
La guerre est faite par l'armée, l'armée est soutenue par les munitions de guerre et de bouche. Les opérations sont l'agent représentatif de la guerre , l'armée est Tagent actif des opérations. Pour faire la guerre , il faut faire opérer l'armée; pour conserver la force mobile, il faut l'armer et la faire subsister. Faire opérer une année ou la faire subsister, sont deax éléments différents de ta guerre, et se sonliennent à l'aide de deux principes différents aussi. Il faut à chacun une base, dont l'une nourrisse l'armée et l'autre seconde ses opérations.
Si les grandes manœuvres ne possédaient aucun appui de la nature ou de l'art qui leur donnât un trait caractéristique de prépondérance sur les éléments de la tactique , un choc général serait l'oDique but des mouvements, et , une victoire suffirait toujours pour forcer l'ennemi à abandonner le théâtre de la guerre.
Cette différence des bases et des propriétés qui doivent les caractériser, me parait d'autant plus indispensable que, si nous voulions faire
de notre base d'approvî ^ionoement , celle de nos opérations, nous tomberions facilement dans de graves inconvénients. La solidité de la base d'opérations étant souvent précaire , un revers inattendu nous obligeant quelquefois i l'abandonner pour aller en chercher une autre dans l'intérieur du pays : si , comme je viens de le supposer, notre base d'approvisionnement était aussi celle des opérations, en l'abandonnant au pouvoir des ennemis, nous saperions dans son fondement l'entretien de l'agent actif des opérations de l'armée, et nous finirions par la paralyser.
Voilà ce qui m'a porté à discuter les propriétés des bases sur lesquelles reposent les éléments de la guerre , sous denx rapports drFférenls. Les bases d'approvisionnements nt d'o> pdralions me paraissent être fondées sur des principes , et tendre vers des buts si peu homogènes, que, pour ne pas leur donner des dénominations qui soient contraires au sens de l'objet, j'ai cru devoir les partager :