‹ Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des Mémoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 52 sur 95 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

La science des propriété, de l'emploi et du rapport des trois armes, est d'une telle impoi^ tance pour le générd destiné il commander des troupes, que rexpërience U plus longue et la mieux réQëcbie, ne pourrait la remplacer avec succès. Je ne veux pas affirmer que U profonde connaissance des trois armes renferme seule en elle le vrai talent de commander des armées, non ; mais le général qui la possédera, cl qui saura bien employer les différentes armes au moment opportun, pourra souvent, pendant les combats, subjuguer pins facilement les caprices de l'inconstante fortune, et rétablir l'équilibre que quelques faux mouvements stratégiques antérieurs auraient pu nous faire perdre.

J'aieu soin de resserrer, dans un cadre étroit, les principaux linéamentn de l'urganisation et de réducalioD des trois armes, pour ne pas feligner le lecteur en lui retrafant des notions que chaque militaire connaît ; maïs je me suis cru cependant obligé d'en caractériser les principes, pour mieux baser ensuite mes ai^mmts sur les propriétés des trois armes, dont je propose de développer tous les ressorts.

J'ai cherché à saisir la théorie de la tactique de chacune des trois armes, mais j'ai tAché , à chaque occasion , de me rattacher aussi ii la science pratique , qui a nne influence si importante sur leur aclion;,et j'ai voulu rendre ma production riche d'uemptes, dont les annales militaires m'ont livré une partie, tandis que

j'ai été témoin oculaire et attentif des autres.

Uon idée primitive ayant été de ne pas étendre l'emploi des armes au deU du domaine des batailles, j'ai évité de discuter sur l'action des trois armes, dans leurs rapports avec les sièges, oîi l'emploi de l'artillerie doit être combinée avec les règles de la fortification. Je n'ai donc traité de leurs devoirs que dans le service des patrouilles, des avaol-gardes et des batailles.

Le dénoùment des mouvements stratégiques est toujours une action générale : une lutte à outrance peut rétablir un équilibre perdu par des mouvements antérieurs ; c'est ce que prouve la bataille d'Arcole; et l'heureuse issue d'un engagement général dépend tellement de l'action des trois armes, dans laquelle la connaissance des propriétés inhérentes à leur nature est le point capital, qu'on peut, sans risquer de tomber dans le défaut de l'exagération, mettre tot^ours l'utilité des études de la tactique, à peu près au niveau de celles de la stratégie.

Aucune partie de l'art militaire n'est sujette à autant de controverses que celte que je me propose de traiter. Abstraction faite des nouvelles lumières que chaque jour fait éclore, de l'anéantissement d'une infinité d'erreurs que le temps fait évanouir, les assertions sont et seront toujours partagées par des convictions différentes, dont les unes sont fondées sur les

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résultats souvent contraires que nous offre l'expérience, et dont les autres sont basées sur les dilTérents points *le vue sous lesquels on envisage et on croil devoir employer les trois armes. J'ai dit mon avis sur les propriétés et l'action des trois armes, en prenant, autant que possible, mes observations pour guide, sansvonloïr cependant professer exclusivement ce principe qui met souvent la théorie audessous de rexpérience, adage tout à Tait faux, et qui ne peut être adopté que par les militaires peu instruits, qui ne veulent pas sacrifier leur temps et leurs plaisirs au perfectionnement des sciences militaires, assurant que les connaissances théoriques peuvent s'acquérir dans le tumulte des batailles.

Là pratique, sans contredit, rehausse l'efficacité des connaissances théoriques, éclaircit le jugement, ramifie et rend plus positif le choix des moyens dont on doit se servir pour parvenir au but qu'on se propose d'atteindre ; maïs, d'un autre côté, cette pratique dénuée de théorie ne sera jamais qu'un guide insuffisant pour nous conduire dans les divers sentiers qu'on estsouvent obligé de parcourir, et nous offrira rarement les moyens de marcher d'un pas ferme dans le dédale des combinaisons que demandent les différentes modulations d'une bataille. La pratique aussi nous éloigne de ta théorie; dans la première , on ne s'occupe souvent que d'un fait, et les dissertations ne possèdent plus qu'une réaction faible et de peu d'importance sur la science même. Un fait éclatant nous entraîne quelquefois, nous égare, el on s'écarte involontairement des préceptes qui , peu nombreux qu'ils soient , n'en doivent pas moins former la base de la science mUitaire.

Il est donc non-seulement nécessaire, même indispensable, de se faire une idée claire des propriétés des trois armes, et d'approfondir les

vrais éléments de leur action ; et, éclairé |iar les lumières de l'expérience , ou se servira de ses préceptes pour dégager ensuite la théork deces principes futiles dontuneétudesystéma- ^ tique embarrasse si souvent l'esprit. Cest sout ces deux points de vue que j'envisage la théorie el ta pratique de la science militaire, et, à moo avis, si la seconde peut rendre des so^ices éminents à la première , cette dernière, dénuée de secours, ne sera jamais qu'un guide imparfait dont les ressources seront insuffisantes pour donner un ensemble utile et efficace k ces combats à outrance , auxquels le terrain , l'ennemi et le courage versatile des troupes, peuvent donner des tournures imprévues, défavorables et même pernicieuses.

Le principal dans l'arl militaire est donc toujours d'approfondir les principes théoriques, en cherchant ensuite à les épurer par les préceptes de la pratique, et de n'envisager jamais autrement la seconde que comme une lumière qui nous éclaire et prévient les écarts danslesquels une observation sévère de la théorie pourrait nous entraîner.

Une élude approfondie des propriétés et de l'action des trois armes est, sans contredit, indispensable au militaire qui veut faire U guerre avec succès et avantage. Ha production contient mes avis sur la tactique théorique et pratique des trois armes, et si , de temps i antre, j'ai combattu ceux de plusieurs militaires renommés de l'Europe, la cause de cette conviclion peut facilement provenir, comme jeTai dit plus haut, des résultats souvent contraires que nous offre l'expérience, et des points de vue sous lesquels on envisage l'emploi des trois armes. Au reste, dans les sciencesqui n'appaN tiennent pas au domaine des sciences exactes, lesopinions sontordinairement partagées , et il est permis à chacun d'énoncer la sienne.

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