‹ Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des Mémoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 54 sur 95 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DE L'IKFANTEEIE.

SECTION PREMIÈRE

Pr£b06&TITES DB l'raFAMTXUI BN Cto&RAL.

Les Anciens iviieDt deux infanteries différentes : l'iDranterie pesante, et l'infanterie année à la légère. Le service de ces fantassins était assnjetli à leurs armes, et réciproquement l'armure desdifféreates infanteries étaitadaplée à leurs rdlea. Les vélites, les bastaires, les princes et les triaires des Romains, les peltasles et les oplites des Grecs, ainsi que plus tard les arquebusiers et les piquiers des Français, possédant des armes dififérenles , comme Tépée à deux traocbaots, la basle, le javelot, le pilnm , la pique, les boocliers de diOérnitee grandeurs , l'arquebuse et la pique , formèrent deux infanteries tout ^ fait différentes.

Chei les Modernes, au contraire, en égalisant leors armes, on finit par confondre les deux infanteries, et ai l'bûiiUide a consacré de nos jours une différence dans les dénominations qu'on leur donne, je ne veux pas en conclure que maintenant ausw il existe deux infanteries. Non , mais d'un rdle que chacune d'elles était appelée à jouer autrefois, an en imposa deux aux fantassins d'aujourd'hui , et nous les vîmes, dans les guerres modernes , se battre indifTéremmenl en ligne, en colonne, et en débandade. Des cbaDgemenls qui se sont opérés, nous pouvons donc conclure qu'il n'existe plus qu'une seule infanterie, mais

remplissant les deux services différents, et i laquelle nona pouvons donner bardimenl la d^ Domination d'infanterie mixte.

Lorsqu'on introduisit le fiiiil à baïonnette, qui fut généralement reçu et dont on arma tous les fantassins des temps modernes, on égalisa leurs armes et ^us tard leur éducation, et ce n'est que le terrain sur lequel notre infanterie se bat et les cas différents où elle se trouve, d'où provient, selon sa variété, cette différence qui avait paru s'évanouir par l'égalisation des deux services aux mêmes hommes , en les asaojettisant à savoir se battre en lignée , en colonnes et à la débandade.

11 s'agit maintenant de décider si cette impodtion de deux services différents aux mémaa hommes et l'organisation de deux inbnleries tout à fait différentes par leur service et dont chacune ne sache remplir qu'un senl rAle, sont des organisations bien imaginées , on si elles ne devraient pas faire place Ji une autre plus ava>> tageuse.

S'il était possible d'enseigneri toute la masse des soldats des nombreuses armées modernes, deux râles à la fois, et que la complexité des études qui alors leur deviennent nécessaires, ne portit aucune atteinte & leur pei-fectton , l'avantage de posséder une infanterie aussi bien aguerrie pour le service de ligne, que pour la débandade, deviendrait incontestable, mais imposer à toutes les recrues qui remplissent le vide de l'in^terie, et dont une grande par.

dbyGoOt^lc

IfU

KXAHËN RAISONNE

tie sont étroites dans leun facultés int«Ueoluellcs et presque toujours plutôt bnites dans leur développement (i), deux r&les également difficiles, c'est risquer de ne jamais atteindre à cette perfection d'étude qui forme la vraie force des armées, c'est exiger de l'infanterie plus que les éléments dont elle se compose ne peuvent produire, et prendrela meilleure voie pour n'avoir ni une bonne infanterie de ligne, ni une bonne infanterie légère.

Sous le rapport de l'éducation physique des deux infanteries, la différence de leur développement est tellement grande , que les succès qu'on obtiendrait dans l'éducation du soldat de ligne , retarderaient ceux qu'on voudrait acquérir dans le développement du lirailleor. Dans le mënùe homme, la leçon d'aujourd'hui gâterait tous les succès qu'on pourrait attendre de celle du lendemain, et vice ve'riâ; car on enseignerait au même individu deux rAles qui exigent des développements différents, et qui sont, sous beaucoup de rapports, diamétralement opposés l'un il l'autre.

L'expérience que j'invoquerai pour ma défense décidera certainement en ma faveur, car c'est celle même expérience qui a fait naître en moi cette idée que je soutiens. J'ai servi moi-même dans Les deux infanteries, j'ai manié des recrues que j'ai développées pour les deux services, et je me suis convaincu qu'avec un peu de peine etde patience on pouvait trèsbcilement dresser un fantassin de ligne en six mois, Landisque le développement du tirailleur, tel que nous devons l'entendre, nécessite un temps toujours double et souvent même triple, ■ans que pour cela on soit sàr qu'un tirailleur qui n'a que dix-huit mois d'étude, abandonné i ses propres combinaisons, réponde justement au rdle diiBcile qu'il est appelé à jouer dans les combats (i). Qu'à cette difficulté de dresser de bous tirailleurs on veuille encore en ajouter ona autre , ceUe de vouloir plier leur dévelop* pemeni physique et moral à deux réles diamé- Irtlement opposés l'un à l'autre, qu'on les

(i) Téritâ iDcontestaUe pour tiius ceux qui «it tmnlt de* reçue*.

(t) Je dirai roéine plus. Une Irès-grande partie de* recrue», malgré toute l'tptitude et le désir requis de s'initniire, h eau*e de débuts organiques, ne parrlendronl JMD^ à fomter même de* tirailleurs médiocre*. Une ouïe un peu dure, un utiiqne de raémoire, une

soumette à une éducation où, comme je viens de le dire , la leçon d'aujourd'hui détruise celle de ia veille, et influe d'une manière vicieuse sur c^e du lendemain , je pense qu'on parviendra difficilement i qnelquesbons résultats : voici pour le premier cas. Examinons maintenant l'organisation de deux infanterie toat à faitdifférentes.eldont chacune ne sache remplir qu'un seul rAle.

Abstraction laite de la lAche imposée à Tinfauterie légère pendant la marche des troupes* aux avant- postes , dans les patrouilles, aux grand'gardes , etc., n'envisageant son serrioe que sous le rapport des batailles, nous dous convaincrons facilement que son rAIe se réduit aux cinq cas suivants :

1" Couvrir le front des lignes de bataille;

2° Masquer le mouvement offensif des troupes;

5° Couvrir leur retraite;

4° Prendre possession d'un terrain trop accidenté et où l'infanterie ne peut se battre qa'en débandade ;

B" Tromper l'ennemi but le vrai pmnt de l'attaque priucipale.

Si l'éducation des deux infioleries et l*Of^anisatioD des régiments sont telles qoechacoDe d'elles ne sache remplir qu'un seul rôle, et qu'on en forme des régiments k part , nous nous convaincrons facilement qu'il serait indispnssable, pour chacun des cinq cas, qu'on ajoutit à l'infanterie de ligne destinée à composer les lignes de bataille , et pour son action en général, des régiments de voltigeuraquiformerairat les rideaux nécessaires. Hais si cette distribution était même admissible pour les second , quatrième et cinquième cas, le premier et le troisième , qui ne sont pas les moins essentiels, nous offriraient des inconvénients très-grav«s. Examinons la question, et voyons la disposition qu'on ferait pour couvrir la première ligne de bataille.

Si l'on débande des régiments entiers pour masquer et pour défendre son iront, l'espace de

conception un peu difficile, doivent déjà être envisagés conime des débuts capitaux, qui s'opposent au développement des connaissances indispensables pour uo lirailleur, et parmi l'imrneuse qu^atité de recrues dont on complète les armées , combien s'en trouve-l-it qui ne sont pas exemptes de ces vicesT

dbyGoot^lc

lemio qu'un régiment de Ttdtigeura une fois débandé occuperait, serait tellement vaste, qu'un seul chef de régiment qui doit présider aux dispoeiliong, aux mouvements et à l'ordre qui doit y régner, à moins qu'il ne s'abandonne aveuglément i ses subordonnés, ne pourrait jamais répondre de l'exactitude de son service, ce qui serait déjà un très-grand vice , et entraînerait dans des désordres pernicieux. Ne débander qu'une partie du régiment, il faudrait alors ranger le reste en réserve derrière la ligne de tîrailleun ou dans celle de bataille, soit; mais si l'on place ces réserves, dont le i6le est de soutenir ou de rallier les parties débandées, derrière la chaîne des tirailleurs, comme elles sont l'unique espoir du régiment, et ne doivent, par conséquent, être employées que d'après les dispositions de son chef, on sera obligé de les poster de manière à ce qu'il puisse en disposer à chaque moment opportun, et ii faudra se garder de les disséminer sur un grand développement de front. On devra les placer en masse et les exposer par là au feu meurtrier des projectiles des ennemis. Une disposition pareille serait, sans contredit, un vain sacrifice d'bommes. Si, au contraire, on leur assigne une pièce dans la ligne de bataille, je répondrai : que si la chaîne des tirailleurs, par des pertes réitérées, s'affaiblissait tellement qu'on TAt obligé de la foire soutenir par les restes des régiments, le départ de cesdifiérentesréserves occasionnerait, sur beaucoup de points, des vides dans la ligne de bataille toujours pernicieux, et qui se pourraient être compensés par aucune autre troupe; car la seconde ligne ne doit jamais soutenir la première partiellement, tandis que le rôle de la réserve est propre à un service pareil.

Hais la tactique moderne, comme nous l'avons vu plus haut , a rendu la présence des voltigeurs indispensable pour toutes les manœuvres qu'entreprend rinfanterie ; et comme, au lieu de disperser des régiments entiers , il vaut mieux n'en débander qu'une partie, t'or-

(i) Malgré Ustibilitâ de celte orgtnialion et i» honli de ce mode, il n'en est pu moins rrçu dans beaucoup d'amto européennes d'inilruiro toute l'inranlerle 1 coaDsIIre les deàx services i la fois.

(s) Il n'y a que Ici régiments de réserve, au nombre de huit, qui n'en onl pas.

ganisalion la plus avantageuse me parait donc celle de l'incorporation de voltigeurs dans les régiments d'infanterie de ligne ; organisation qui , excepté chez les Anglais et les Saxous , a été introduite dans presque toutes les armées européennes , mais avec de grandes modifications pour le nombre (i). Les Français, dont chaque bataillon est composé de huit compagnies, en ont une de grenadiers, six de fusiliers et une de voltigeurs. Les Russes possèdent dans chaque compagnie, dont quatre forment le bataillon, vingt-quatre tirailleurs, plus, un peloton de voltigeurs par bataillon , et qui appartient à la compagnie de grenadiers. Les Prussiens, dont les régiments sont composés de trois bataillons, les partagent en deux bataillons d'infanterie de ligne , et un bataillon de voltigeurs (s). Les troisièmesrangsdesdeux premiers bataillons font le même service aussi (s). Les Danois, dont les régiments sont composés de deux baUillons en temps de paix, et de quatre en temps de guerre , ont , dans le premier cas, une compagoie de grenadiei'S, huit de fusiliers, et une de voltigeurs; dans le second, ils en ont le double. De six compagnies, qui formentie bataillon dans l'armée suédoise, ilyen aune de voltigeurs. Les armées anglaise et saxonne, au conlraire, n'ont pas incorporé de voltigeurs dansles régiments de ligne; mais leur infanterie légère forme des régimenls à part. Les Russes et les Suédois ont encore des régiments de chasseurs ; mais le nom ne bit rien à la chose , leur éducation n'en reste pas moins la même , et ont leur fait faire le service de ligue tout aussi bien que celui de la débandade.

Nous voyons donc que l'infanterie des armées européennes possède, chez les Russes, un peu plus d'un quart de voltigeurs; chez les Français, le huitième; cbez les Prussiens, les cinq neuvièmes ; chez les Danois , un dixième ; cbei les Suédois, un sixième.

Si les organisations de plusieurs des armées que je viens de présenter offrent de grandes modifications pour le nombre des tirailleurs,

( s) Les Teui d'un iMiUilIon étant ordinairement produits par les deui premiers rangs, la dispersion du troisième , qui charge Ira fusils du second ri lui Tait passer aussi le siens pour les décltarger, nuit un peut la vivacité des Tcui d'un balaillou , mais ne paralyse pas ses moyens de défense.

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et que plusieurs même en possèdent trop peu pour bieo remplir le service de l'inranterie légère , la rormation des régiments prasaiens nous offre un nombre asseï gnad t pour que » l'infonlerie, commeditBoDaparte((),ena'ei>- 1 Toyanl que les voltigeurs en tirailleurs , ne ) perde pas l'usage du feu, et qu'il ne se passe * pas des campagnes entières sane qu'elle tire > un coup de fusil. >

Les voltigeurs couvrent^ils le front d'une ligue de bataille? les régiments qui les détachent élaut dans la proximité de la ligne de tirailleurs n'eu envoie que le nombre nécessaire avec leurs soutiens , en gardant leurs réserves primitives sous la protection de la ligue de bataille; ce qui obvie à l'inconvénient d'avoir des ligues de tirailleurs trop étendues , et offre aux chefs les moyens de mieux surveiller la conduite de leurs subordonnés.

S'agit-il de l'attaque d'un bois d'une vaste étendueTle lecteur objectera peut-être que ces sortes d'attaques exigent un plus grand nombre de tirailleurs que les régiffieuls n'en possèdent, et que les chefs seront obligés de débander des régiments entiers , et d'envoyer en tirailleurs des gens qui ne connaissent pas ce métier : un cas ne fait pas une règle; il conviendra avec moi que le râle des tirailleurs, dans l'attaque des taillis, est soumis à d'autres lois que dans les plaines, où l'on doit exiger du tirailleur, de l'ordre, de la précision dans les mouvements, et une stricte application de sa tactique; ce qu'il ne peut exécuter dans les bois, ou les voltigeurs ne pouvant se voir, ne peuvent aussi ni s'aligner, ni se rassembler , ni changer de front, ni s'abriter sous la protection des avantages du terrain, et où l'exemple des oflBciers et la bravoure des troupes décident de tout.

Une autre raison morale encore , qui parie en faveur de celte organisation, c'est que les tirailleurs incorporés dans les régiments, encouvraat le front de celui auquel ils appartiennent, où ils n'ont que des parents, des amis, des camarades et des juges; pouvant, d'un côté, compter sur leur reconnaissance , et appréhendant, de Vautre, le jugement défavorable que

:, rtjigjs par le général

les camarades porteraient sur leur conduite Tils tndiissaient les loi* de l'honneur, se batlnnl toujours mieux que ceux qui , formant d« rigiments i part, devront renonce!' à celte deiceur, et seront exempts de cette punilioDi et cet effort mwal, produit parcette incmponlion, n'est pas à dédaigner.

Le colonel Harbot, dans un de ses écrilsmilitaires (s) , qualifie ce véhicule moral du tilR de t rêve fondé sur une fausse observation du

> cteur humain. * Comme sa description me pirall être basée sur une fausse assertion psychologique, elle peut trouver place ici, pour que le lecteur puisse mieux juger des ^ux ans différents. < Je conviens, dit-il, qoerbomme » qui marche au combat, entourédeaesToisini, » de ses parents, de ses amis, sera d'abord sU- I mole par leur présence, éprouvera le désr « de se distinguer sous leurs yeux , et criîndn 1 surtout de montrer de la faiblesse. Hais ia 1 que le combat est engagé vivement , ces di-

> vers sentiments sont bientôt étouffés par la I pitié et la douleur que le soldat éprouve en t voyant la mitraille, les boulets et les balles I renverser autour de lui les comp^piou 4e

> son enfance. H s'attendrit sur leur sort, m-

• blie son devoir, pour ne plos s'occuper qw 1 de l'affrease position dans laquelle U voit ses ) voisins et ses «mis les plus chers , et il est

> tenté de quitter son rang pour voler i leur

> secours. La mort, ou la mutilation deplu-

> sieurs de ses compatriotes, dont il connaît

* intimementles parents, lefontpenser au dfe-

> espoir que ceux-ciéprouverOntenappreninl 1 la perte qu'ils viennent de faire. Cette i«- I flexion le tranporte eu idée dans son village,

> lairappellesaproprefaroille, son vieux père, 1 sa mère chérie, l'objet de ses amours! dès

> lors les illusions passagères s'évanouissent,

> et il ne reste plus dans le cœur du stddit

> qu'un seul désir, txiui de voir cesser le

> combat, i

Premièrement, je ne sais pourquoi, au moment où le désir de la gloire et de la distinction est vivement excité dans l'homme, la blessure d'un camarade porterait plutdl le soldat ï l'attendrissement et à l'oubli de son devoir, qu'au

{i) m la nécemtt daugmenter Uafarm miUMirr* de In Franet , page 26.

sou de le venger (i) ? Secondement , comment ce sentiment d'effervescence dont l'bomme est presque loi^onrs animé pendant le combat terait-U naître en lui cette tendre émotion , sensation si hétérogène à celle qu'un champ de bataille produit ordinairement, elle tran^rterait-il {dotât dans son village, dans le sein de sa mère et vers l'objet de ses amours , qu'il ne réveillerait en lui le sentiment de la gloire et le désir de se diattoguerT Je crois, et i) me semble avec raison que, dans le combat, le soldat est plus {wès de la fiireur que d'une émotion de sensibilité.

Comme pendant de l'exemple que nous cite le colonel Harbot , et qui rectifia ses idées à ce sujet, qu'il me soit permis d'en uter un autre qui rectifia les miennes.

La veille de la {vemière bataille de Polotsk , I«ft— 17 août, le ser);enl-major de la i" compagnie de grraïadiers du régiment du prince Guillaume de Prusse , qui était fort estimé de ses compagnons d'armes, fut dangereusement blessé. Les voltigeurs avec lesquels il se trouvait, sous les murs de Polotdt, l'ayant cru mort, un des tirailleurs qui revenait pour faire panser sa blessure, l'anoonfa à ses camarades. Le peloton de grenadiers inanifesta unanimement le désir d'aller le venger ; mais comme le comte de Wittgenstein avait déjà envoyé l'ordre de suspendre le combat des tirailleurs , on ne put accéder à leur prière.

Si cep«]dant , après avoir bllmé l'inconvenable institution d'imposer plusieurs r61es i des hommes, comme je l'ai dit plus haut, étroits dans leur ctHiception , le lecteur m'accuse peutêtre d'adopter une organisation contraire i ma première idée , je le prierai alors de se rappeler tout ce que j'ai dit par rapport i l'imposition des deux rdies différents k l'infanterie, et de ne pas oublier que le doute qui germait en

(t)Le général Lamarque, cet luleur si reDommé et li dfgnt de n haute rtpatation, noua dit tu contnire (d< FEiprU MiUloA^ m Franc», pig. 81) : < 81, dans ■ quelques dreonstances, des tmoliDn» trop livea ont • fait dégénérer ehfi quelques borames la sensibilité t en faiblease, dans mille autres , l'aspect des blesiure*

> et del* mort d'no parent, d'un ami, ont eidté des r sentiment* contraires , et porté jusqu'à la Aireiir la

> mlf de la Tengsance. • (a) Les plus bornés.

(3) Il ne serait que trop juste de donner aussi aux

moi sur les résultats peu efficaces qui pouvaient

provenir de cette complexité d'étude, ne se rapportait qu'à une partie des fantassins (a) qui recrutent les armées, et que nous emploierons justement pour organiser l'infanterie de ligne, en désignant les plus braves, les plus habiles et les plus susceptibles de bon sens pour le rAle de voltigeurs (s).

Sous le rapport de la taille, il faudra faire aussi une distinction. Le service de l'infanterie de ligne n'exigeant que de la force corporelle , tandis que celui de l'infanterie légère demande non-seulement de la force physique , mais aussi de la dextérité dans les mouvements et de la souplesse dans le corps , on incorporera dans la première toutes les recrues dont la grandeur surpassera 5 pieds 6 pouces , en assignant celleci et au-dessous aux voltigeurs, ayant soin de n'en recevoir aucun de moins de S pieds 2 pouces; car il ne faut pas envisager les tirailleurs sous le seul rapport de leur souplesse : comme les emplois qu'on en Ta\t sont très-multipliés , il fant,ainsiquejeviensdeledire, avoir aussi égard à leurs forces physiques, et qu'ib soient de taille moyenne, mais robustes, et en état de soutenir les fatigues.

Je pense même que ce partage des recrues , d'après leurs qualités morales et physiques , ne fera pas tort à l'infanterie de ligne; car, combattant toujours en masse et sous la direction constante de ses chefe, quand même elle serait composée de soldats moins habiles, pourvu qu'ils soient bons tireurs, elle pourra toujours être plus facilement maintenue en ordre, ce qui n'est pas le cas avec les voltigeurs, qui, dispersés sur un vaste développement de terrain , sont souvent abandonnés à la merci de leurs propres combinaisons, et n'ont pendant des heures entières d'autre soutien que leur science et leur courage {t).

voltîgeun quelques prirogatires qui pussent les distinguer, comme, par exemple, une paje double du hntasilD de ligue, et une oudeui années de service de

{*) Ce n'est pas une prédilection injuste en Taveur de l'inFanterie légère, dont J'ai eu l'honneur de commander un régiment, qui m'a inspiré celte Idée de distribution, non ; mais une conviction Impartiale, fondée wr le service des deui inbnteries. SI j'avais commandé un régiment d'inboteric de ligne, je n'aurais paschangé de langage.

Hais il est temps que je reviflODe »u vrai

but de cette section , où je me suis proposé de développer les prérogatives de l'infanterie.

L'iniaDterie est l'arme primitive. La facililé avec laquelle le fanlassio surmonte toutes les difficulté engendrées par la configuration du terrain, celle de pouvoir s'y glisser pour arriver et assaillir à l'improviste son eoonemi , d'en profiter pour éviter ou soutenir un combat inégal, ou de se porter sous leur protection pour remédier aux désavantages que produit la supériorité de son ennemi, lui assigne avec justice le premier rang parmi les (rois

L'infanleriepouvantpresquepartout se frayer un cliemin, étant la plus nombreuse, la plus facile à recruter ainsi qu'à se former, la moins susceptible de désorganisation , et la plus terrible h cause de la multiplicité dé ses effets meurtriers (i) , doit nécessairement être aussi l'arme des grandes opérations militaires , dont le succès dépend en grande partie du nombre des troupes qu'on peut employer, de leur habitude à soutenir les fatigues des marches, et de la facilité de pouvoir se porter sur tous les point où leur présence est nécessaire.

L'infanterie possède encore cette supériorité sur les deux armes , qu'elle peut être employée et se soutenir avec avantage dans l'olTensive conune dans la défensive. Ses différentes formations, par leurcompacîté ainsi que par leurs feux terribles et multipliés et par leur choc, lui en offrent toute la possibilité, tandis que la cavalerie , mise en action, ne possède qu'un seul rAte purement afBrmalif, et que celui de rartilierte, si elle n'est pas défendue par les autres armes, est purement défensif.

L'arme primitive du fantassin, le fusil, le rend redoutable à l'artillerie , et lui offre aussi tous les moyens de contrebalancer la force que le choc de la cavalerie doit nécessairement pro-

(i) C«r bien qae les armes que le cavalier porte sur lui, Mieal plus nombreuses que celles du fïntasslD, la facilita que ce dernier possède dans le nianicmeat de la plus meurtrière, qui est le fusil, lui assure toujours une grande supirioriti sur le cavalier.

(i) Il s'enlend de soî-m Jme que leur tducBlJon doit Sire portée au plus haut degré de perfection , ci que le soldat désigné pour se battre en débandade, ne soit pas seulement t>an tireur, mais leste, adroit , cl que sa mémoire soit ricbe en stratagèmes qui doublent sa force

daire. S'agit-il de paralyser les fea de l'utUlerie en lui enlevant ses servants, ayons »• cours à l'infanterie légère, car sans pertes sensibles, elle peut aussi nettoyer le terrain que les autres armes devront parcourir lorsqu'il s'agira de se rendre maître des batteries, et leur préparera une conquête facile , en prévenant la destruction que les feux des pièces Bèment ordinatrement parmi les armes qui les attaquent.

D'habiles tirailleurs (i), en parcourant le champ de bataille avec intelligence et intrépidité, unis lorsqu'il s'agit d'un choc contre la même arme, ou d'une défense contre les IIibqueurs ennemis, débandés lorsqu'il faudra couvrir un mouvement ou surprendre son ennemi, paralyseront facilement les feuxmewtrlers de l'artlUerie, en se glissant d'une manière inopinée vers le terrain que couronnent les pièces , et par des coupe bien ajustés leur enlèveront aisément leurs servants. L'idée de cette institution, une des plus ingénieuses de l'art militaire, nous a été inspirée par les Anciens (3). Les soldats armés à la légère des Grecs, ainsi que les vélites des Rumaim, dont l'emplacement était ordinairement devant le front des troupes , commençaient toujours le combat avec les armes de jet, et cherchaient, par des coups bien ajustés, à chasser les éléphants et les chariots de guerre, ou bien, en se trouvant sur les Qancs, où quelquefois ils remplaçaient la cavalerie, ils étaient destinés à tomber sur le Qancs et à dos de l'ennemi.

S'agit-il de s'opposer au choc impétueux de la cavalerie, une bonne infanterie, en se fo^ mant en carrés ou en colonnes, lui sera Uwjours supérieure , car ses moyens de défense surpassent ceux que la cavalerie possède pour l'attaque. Des feux bien nourris et bien dirigés, en 6lant aux lignes de cavalerie leur premtèfe vertu, la contiguïté, rendent leuis e^ts beau-

et remédient aux dtsaTantageadela défensive. Leseotseils que le général Duhesme nous donne i e« sujet, il» son Euai hiiloriqwe «ir Cinfanlfrit légèrt, cb»p. ' et VI, sont assfz satisfaisants pour qu'il ne Boitpasiécessaire d'en dire davantage.

fs) Le IccUur peut trouver des détails gtoéalogigiies très- intéressants sur leur iaslilulioo , dans le Jounti milîlaire de Berlin, h même dont j'ai parlé pins bant, année 18^1. n" ^60 et 261 .

coup moins dangeraui, et quelquefois les paralysent tout i fait.

Je vais citer quelques ezem{4efl qui serviront, je l'espère, de preuve évidente, qu'une iniuiterie bien oi^anisée, bien instruite, et sur. tout bien dirigée, ne doit jamais suocomber devant la cavalerie; et lei combats que je me propose de retracer n'ayant pas été, comme beaucoup d'autres, le résultat de quelque heureuse circonstance qne le hasard produit sonvenl,maisla conséquence immédiate de l'nvantage inconteetable qu'une infanterie , telle que je viens de la supposer, possède sur la cavalerie , i! n'y a pas de raison pour que cette arme ne conserve i chaque occasion la prépondérance sur sa rivale. Je commencerai par la bataille d'JbiersUedt, livrée le i—U octobre 1806.

Au commeacement de la bataille d'Auerslaedt, lorsque la division Scbmeltaa venait d'engager un feu très-vif, dont le but avait été la possession du village de Hasaenhausen , le général Bliîcher, à la tète de 2ft escadrons, qui devaient former le flanc gauche de l'ordre de bataille des Prussiens, s'était mis m mouvemfflit vers Spiesberg. Un épais brouillard avait pendant toute la marche couvert le (dtamp de bataille , et été aux troupes des deux partis les moyens de s'entrevoir. La cavalerie prussieune s'était déji avancée vers Punscherau, sans apercevoir l'ennemi. Mus le brouillard s'^ant dissipé , le géuéral Blâcber remarqua bientôt qu'il se trouvait, avec une biasse imposante de cavalerie, dans le flanc et à dos de l'inCanlerie française. Ne voulant pas perdre un moment aussi ofqtortnn , il ordonne b charge. De son cAté, le maréchal Davoust, reconnaissant la cavalerie ennemie dans une position aussi avantageuse, ordonne à l'infanterie de la division Gudiu de se former en carrés. L'attaque s'exécute; mais les carrés français, formés en échiquier , reçoivent à bout portant cette oombrense cavalerie, dont les attaques réitérées furent toutes infhictueuses. En vain le général Bliicher ramène i la charge les escadrons r^mussés; ses efforts et le courage de sa cavalerie restent sans effet, et l'infanterie française prouva dans celle occasion, comme une infanterie bien oi^anisée et bien conduite le fera dans tous les cas, que sa prépondérance nir la cavalerie est incontestable.

Le second exemple , que je me propose d'of-

frir BU lecteur , est bien plus convainquant encore , eu égard à la disproportion des forces qui Jurent part i l'action. C'est le combat de KrasnoT, livré au mois d'août 1813 , par la division d'inbnterie du général Nevéroffskoî, contre les corps de cavalerie dee généraux Gfouchy , Nansouty et la cavalerie légère du général Bordesonlt.

Pendant la marche de l'armée russe, vers Roadnia , et son mouvement de Qanc vers Poreczié , le général Nevéroffskoî avait été laissé à Krasnoï poiur éclairer la communication d'Orcha à Smolensk. Le S— t^ aoât, U fut attaqué par les troupes du corps du maréchal Ney, et, après un combat trës-opini&tre, déposté de la ville par la division Ledni.

Voulant éviter un combat trop inégal , le génial Nevéroffskoî continue sa retraite sur Smolensk, et il est poursuivi par les corps de cavalerie des généraux Groncby , Nansouty, et par la brigade légère du général Bordesonlt. Parvenu dans les vastes plaines, entre Krasooï et Korytnia , il fut de nouveau attaqué par celte masse, qui montait environ ii 18,000 chevaux. Les dragons de Charkof , qui faisaient l'arrière-garde de la colonne du général Nevéroffitkoï, fiirent bientftt culbutés par la cavalerie légère de^ ennemis, et se placto^nt sous la |M«tection des colonnes d'infanteTie, qui venaient d'être réunies en cairés pleins.

C'est dans cet ordre que le général Nevéroffskoî CMitînua sa marche vers Smolensk. Des feux bien nourris et bien dirigés suppléèrent au désavantage des forces physiques, et l'infanterie russe parvint à repousser les charges souvent réitérées des ennemis, qui firent de vains efforts pour la rompre, et elle atteignit, non sans quelque perte, le village de Korytnia , où elle passa la nuit.

Hais pour se convaincre de la prépondérance que, par ses feux et ses formations, l'infanterie possède sur la cavalerie , il ne faut pas oublier, que la division russe n'était composée que de 13 baLaillons, qui pouvaient tout au plus compter 6,000 hommes sous les armes et un régiment de cavalerie, et que malgré le désavantage de ses forcn physiques, elle parvint à résister, même sur un teixain qui favorisait les mouvements offensifs de la cavalerie, à des forces triples.

Un troisième exemple , non moins convain-

dbyGoOt^lc

quBDt de la supériorité de l'infanterie , est celui que nous olFre la balaille de Mollvilz. Fréd<5ric ledrand, sachant que l'ennemi lui était supérieur en cavalerie, avait entremêlé entre les escadrons de chaque aile deux bataillons de grenadiers (t) . Au moment oùle général Rœmer renversa et mit en fuite la cavalerie du général Schulcnburg , le roi, eu nous faisant part du sort de ses deux bataillons {HUtoire de mon Tcmpg, lomei", page16l),nousdil:tM.Rœ-

> mer y fut tué ) mais ce qui doit surprendre • tout militaire, c'est que ces deux bataillons ■ de grenadiers, qui avaient été entrelacés en-

> tre les escadrons de la droite, se soutinrent I seuls et se joignirent en bon ordre à la droite 1 de l'infanterie. >

En UD mot, la snpérîorité de l'infanterie sur la cavalerie est si grande , soit que cette arme se forme en carrés ou en colonnes pour lai résister, qu'on peut dire hardilnent qu'une infanterie qui succombe au choc de la cavalerie, est une mauvaise infanterie , ou , pour le moins, que c'est une infanterie qui s'est mal comportée.

La facilité avec laquelle l'infanterie peut d'ailleurs se couvrir , par quelques avantages du terrain où le mouvement de la cavalerie se trouve paralysé, lui donne aussi une grande prépondéraoce sur sa rivale. Un cbamp de bataille parsemé de villages, de bosquets et de ravins, sera toujours une position défensÎTe trës-avantageuse contre la cavalerie, qui ne peut, sur un terrain pareil , ni déployer ses forces, ni en faire usage. C'est dans une position pareille qu'en 1812 , le comte Oster^ mann , h la tête de 8,000 fantassins , soutint si glorieusement le combat d'Ostrowno, contre un corps de 10,000 cavaliers et un régiment d'infanterie , jusqu'au moment où , renforcé par la division Delzons , le roi de Maples fut en état de déployer une force d'infanterie égale à celle du comte Ostermann , et enlevant par là, àce dernier, tons les avantagesdu terrain, sous la protection duquel il combattait , le mit dans la nécessité d'opérer une retraite, qui s'effectua cependant avec un ordre parfait.

(i) Position vicieuse, et dont le roi avoue iui-mjme la dérectuosilé en disant : • C'était une disposition dont • Custave-Adolphe avait fait usage k la bataille de >• l.utieiuet dont, scion toute apparence, on ne seservira > plus. > C'était la disposition favorite de Fêtard , et le

L'infanterie sert aussi de nombre non») pour l'organisation des armées, et c'esld'aptii sa force qu'on calcule ordinairement <x\k Je la cavalerie et de l'artillerie. La juste proptu^ tionde la cavalerie àl'infanterie a été désigs^ parles militaires expérimentés de unà cioq:t« qui cependant doit être sujet à degrandes modifications d'après le pays où l'on fait la guerre, et je crois, aussi , d'après le degré de bonlc de l'instruction des différeates armes et des qmlilés physiques qu'elles possèdent. Voilà pour quoi, en proportion des autres armées, j'oserai toujours assurer que celle des Rosses a besoin de moins de cavalerie ; r^r la qualité de sa chevaux est supérieure i celledont cette anne se recrute dans les autres années européeusa, et c'est certainement an des points les plm essentiels. Supposant même que la cavalerie légère des Impériaux , leurs hussards bongnis, l'emporte de prime-abord sur les hussards russes , cette préférence ne serait que de peu de durée, et on se convaincrait bientAt dans le courant d'une guerre que mon assertion n'est pas exagérée. Pour ce qui concerne les cuirassiers russes , ils seront tonjonrs préHnbles à toute la cavalerie de ligne de l'Europe entière. Les qualités physiques de rhomiDeel du dieval, ainsi que leur instruction, sontinfiniment plus complètes que dansles autres armées, et les rendront formidables à loosleers rivaux. Cette sorte de cavalerie étant justement cdle qui achève et rend les batailles décisives , l'armée msse pourra en avoir toojonrs moins que celles de TEurope entière , sans que pour cela les résultats soient moins avants geui.

L'inbnterie est aussi la seule arme qoi, abandonnée à ses propres forces, peut encore se maintenir avec avantage , et secondée pv l'artillerie, qu'on doit, par rapport auaatrei armes , n'envisager que comme arme secondaire , peut même gagner des batailles. Quelques exemples étant la meillenre preuve ^ mon assertion , je vais citer ceux que doos offrent la bataille de Biberach, livrée le 9 oc

comte de Itreié , dans set Observationt hUlorîÇ'U* ^ eritiquei tur la Commentaires dt Folard et sur la cavalerie, eliap. vu, page 118. se fit assez de mauriis sangpourpTOuvcrta fansseté d'une disposition pareille, tandisqu'il auriif t pu tu fnire à beaucoup Fnoias dt frai'-

□ igitizedbyGoOglc

DES TROIS ARHËS.

tobre 1796, et celle deCaldlero, livrée, en 1805, entre lea armées françaige elautrichieiuie en AUemat^e et en Italie.

A la bataille de Biberach , à l'exception du OMniTenient que la cavalerie autrichienne £t pour couvrir la retraite de la division Baillet, cette arme ne nous a ofièrt pendant toute la journée aucun choc édalant. A celle de Caldiero, à l'exception de l'attaque que le comte de Bellegarde , à la tète de & batalUons , sou* tenus d'un riment de cavalerie légère fil contre Stra ; de celle que plusieurs petits déta* chementg de cavalerie autrichienne dirigèrent contre la division Partonnaus , et enfin de celle où le régiment des huasards de HieDmayer se montra avec tant d'éclat, et qui eut lieu près de Colognola-Bassa , mais qui toutes les trois ne peuvent être envisagées que comme des ai' taques partielles , insignifiantes et qui n'auraient pas même mérité d'être relevées, si elles n'eussent été les seules où cette arme prit part an combat , l*h<H)neur de cette journée doit incontestablement èlrQ déféré à l'inranterie, qui s'y montra comme arme primitiye.

Les pertes essuyées par les deux armées belligérantes, dans ces deux affaires , sont une preuve évidente du courage avec lequel ces champs de bataille fnrait «Uspnlés, et les relations détaillées (ij de ces afiaïres qui proovent évidenunent que les généraux en chef n*ont pas perdu un seul moment de vue tous les moyens qne la tactique la mieux ordonnée leur o&ait, pour remporter l'un sur l'autre la victoire, seconderont l'évidence de mon assers tion, et prouveront d'une manière non douteuse qu'une infanterie bien ^uerrîe, bien disciplinée et surtout bien dirigée, mutenue [lar l'artillerie, peut gagner des batailles.

SECTION II

PaOPBIÉTÉS DB l'infanterie DB tlGHE.

(l'est en grand partie dans les différents engagements qu'une arme soutient contre l'enneiDt, que nous pouvons rechercher ces pro-

0) Pour lesifnelln je prends la Mberlé de renvoyer le MaiT an JoMTKal mUUaire autrichien , année 1B33 , ebip. iT , page 1 , et aux Prineipti Uratigiquei de fartUduc CharUtflame m, page 313.

priétés; et ces engagements étant en partie subordonnés è ses différentes formations, il est juste que ce soit dans ces dern iëres que nous puisions aussi le principe des propriétés de l'infanterie.

La différence des formations dechaquearme est subordonnée à l'emploi qu'on se propose d'en faire, et du résultat qu'on doit en attendre. Plus une arme est sucepUble de formations utiles et produisant de bons eiTels, plus son efficacité est grande. TeUe.s sont les vertus de l'infanterie de ligne. Ses formations lui accordant les moyens de se soutenir avec avantage dans l'état défensif, ainsi que de produire de grands effets dans l'offensive, la première place parmi les trois armes lui appartient avec justice.

Les feux foudroyants et multipliés d'une li* gBe déployée en bataille, le choc iJ'uDe colonne conduite avec prévoyance et intrépidité, ainsi que la formation avantageuse de la colonne contre la cavalerie (s), sont autant de moyens efficaces que tes inventions de la tactique ont accordées à l'intanterie de ligne, pour pouvoir se soutenir avec un certain avantage contre tous les dangers auxquels celte arme pourrait être en butte.

Chaque formation émanant d'un principe et étant employée dans des cas différents, il n'est que trop justed'en approfondir séparément les propriétés et les différents résultats.

De l'Infanterie de ligue déployée en bataille.

Le déploiement en bataille a deux grandes propriétés, qui rendent toujours formidable c«tte fonnation, toutes les fois que les chefs gavent bien l'adapler au terrain et à la circonstance : ce sont ses feus multipliés, et le peu de prise qu'elle offre aux boulets et aux obus de ses ennemis. Mais comme chaque formation possède ses prérogatives ainsi que ses défauts, le déploiement en ligne n'en est pas exempt non plus. Ses vices, au CQUtrairo, seront même plus nombreux que ses vertus. Ses feux sont avantageux , il est vrai, mais elle est incapable

(i)Ffirn)ation que j'ai adoptée comme détbasive contre la cavalerie , et dont j'aurai plui tard l'oceaBion d'etpliqiMr Let avaDlages.

DgnzsdbyGoQt^lc

de mouvement , elle ae peut pas résister à U

cavalerïH ■ ni même an dtoc d'une colonne , et les cartouches à balles la soumettent à de trë»grandes pertes.

Les combats ipie rinfanterie, formée dans l'ordre mince, soutient à certaine distance contre la même arme, en opposant è seeeonemis la défenae la plus meurtrière qu'elle possède; ses feus, en leur faisant faire des pertes dont la grandeur souvent n'est compensée par aucun avantaj^e équivalent, lui donnent sans contredit des avantages exclusifs sur les attaquants : tandis que , manquant tout à fait de profondeur, elle est perdue si le choc devient son unique ressource. Une massed'inf^nterie, fermée en colonnes sans être soutenue ni par rartillerie, ni par la cavalerie, ha&arde-t-dle de parcourir nue plaine ouverte, dout le terrain ne cache pas aux bataillons défensifs la marche des colonnes offensives, qui servent de but i leurs feuK, il est certain que la ligne leur fera souvent essuyer des pertes lellemenl grandes, qu'elles finiraienl par dégoûter les chefs d'entreprendre des mouvements aussi dangereux, et les porteraient à choisir des moyens moins desiructeura.

Les succès éclatante que l'infanterie angloespagnole a remportés si souvent s\ir celle des Français, qui tout aussi bien aguerrie, tout aussi brave et peut-être même plus expérimentée, succomba cependant dans plusd'un mouvement offensif qu'elle fit contre ses ennemis en l'attaquant dans l'ordre profond, proviennenl: l'de ces pertes qu'une ligne déployée par des feux mutiplîés et bien nourris, fait essuyer i une infanterie qui , abandonnée h son unique force, s'avance contre elle en ordre profond; formation qui paralyse tout à fait ses feux au momenl où ils deviennent un moyen très-avantageux pour s'opposer au ravage que ceux des ennemb occasionnent; 3" de cette opiniâtreté que les assaillants durent toujours d'engager l'infanteriesanslasoutenirparlesautresarmes, et sans faire précéder leurs attaques, ou parle feu de leur propre artillerie , dont les coups souvent répétés occasionnent, sinon une brèche qui ravisse sans retour i la ligne sa conLiguïlé, mais du moins produit un certain flottement loqionrs dangereux; ou par un choc de cavalerie , le fléau le plus dangereux pour ube inCgnterie déployée en bataille; 3° du manque de

rapidité et de décision dans le a Ceusif, car sans produire le cboc intrépide qui doit être le dénoùment et le seul inoyeii de réuieîr dans ces aorlsa d'attaqoes, rinbolcric française cédait ii ses ennemis le terrain dost elle devait se rendre maîtresse.

En approfondissant cependant les vraiescuses de la n<Hi-réusslte de plusieurs attaqua faites parles Français contre les trovpesan^ espagnoles , pendant les campagnes dont la Péninside a été le théâtre , je suis loin de tooloir recevoir pour loi fondantentale qu'une attaque en colonnes, contre une infanterie déployée en balaille, qui fait usage desesTrai, soit toujours une vaine témérilé, dont ou perte inutile d'hommes £oit la suite. Toat dépend de la résolution avec laquelle l'atlaqae en colonnes est conduite, ainsi que des saciifices qa'on est en droit de porter au but qn'oa se propose d'atteindre, et qui doivent être es rapport direct avec l'importance qu'on pnl accorder au point qu'on attaque. Un exenptc d'one attaque en colonnes d<mt la nurdtc K trouvait enuore entravée par le désavantage di terrain , contre une inlanterie défrioyée en bataille et avantageusement postée, qui a réussi complètement, suffira, sinon pour diminua les avantages d'une ligne contre une allaqie en colonnes, du moins pour venger l'honnetf de cette dernière formation, et i laquelle be*»coup de militaires, éblouis par les noralmai lauriers que sa rivale a moiaonnés dans riDfulerie anglaise pendant les campagnes d'Espagne, ravissent une grande partie de ses anotages. Je vais en citer un dont j'ai été témoâ oculaire et actif.

A la première bataille de Polotsk, livrée k 6 — 18 août 1813, au moment où le général Saint-Cyr attaqua le corps du comte de Wttgenstein , rangé en bataille sous les mnrs deli ville, le régimentdu prince Guillaume de PnuK .se trouvait posté devant la maison^ campagne que le chef du corps avait occupée avec son quartier général, formant le centre du Suc gauche, et posté entre deux batteries, dml celle de droite était de 30 pièces et cdie de gauche de 6 canons. Une grange en pierre, blUe près do pont jeté sur la rivière de la Pdota, était devant le front du régiment à une distance de 3,000 pas, et dénduil i ses regards l'avenue du pont, et, par conséquent, tous Ik

motiTeotents de l'eDoemi qui le fk^ncbissail en fortes c<doiines. An roomeot où une salve d'artillerie, partie des batteries fraoçtlses, anDonça le commence ment da combat, la division Wrede, formée en colonnes profondes, déboocba par la droite du couvent de Spass, en longeant cette grange en pierre dont j'ai parlé plas haut , et parut bîenldt dans l'éclaircie. Le régiment du prince Guillaume de Prusse conduit par son chef, l'intrépide général KasitschkoBbky, ne balança pas un moment pour aller au-devant de l'ennemi. Pendant que les Russes franchissent l'espace qui les sépare de l'ennemi, celui-ci déploie S bataillons qui formaient la tète de sa colonne d'attaque. Le second bataillon du r^[iment russe, qui arait pris vers la gauche, double son pas pour s'aligner avec le premier; l'un et l'autre croient avoir bientôt atteint le but de leur mouvement et s'apprêtent à chaiger à la baïonnette, lorsque lesennemis couchent en joue les bataillons assaillants, et un feu de file sème la mort dans les rangs. C'est dans ce moment épineux que le généra] Kasatchkoffsky , frappé d'une balle , ftit obligé de quitter le champ de bataille.

Quoique privés du chef qui les avait si souvent conduits à la victoire, les bataillons russes, loin de se déconcerter, s'avancent avec fermeté; des boorras souvent répétés remplissaient déjà la plaint: , lorsqu'un ravin sec vient s'opposer à la facilité de leur mouvement (i). Fant-il à l'homme valeureux plus d'un instant de réflexion pour préférer la mort au déshonneur d'abandonner le champ de bataille? Un moment de résolution décida detout: les bataillons russes se jettent dans le ravin , remontent le talus assesdoux du c6té opposé, et font mainbaose sur lesennemis, qui , par leur formation et leur position avantageuses avaient tant de supériorité sur nous, et les oUigent bientôt à évacuer le terrain qu'ils occupaient.

Mais d'autres exemples d'attaques et de défenses, faîtes dans le sens de la même tactique, nons oflïïot des résultats contraires à celai que je viens de citer, il s'agit de décider par quelles raisons l'emploi des mêmes moyens a produit

(i) Il <t*ît difficile de prendre une posEtim pluaavinlageoM ^ar une Infonterie déployée , qne celle que les BavaroifocmpaienteneeiiKiment. Les raff ns, les haia #1 d'autres pareils accidems, doublml ti^jours les

deux réetdtats diamétralement opposés. Cependant , avant d'en approfondir la raison , je vais offrir en parallèle à mon exemple, comme contraste frappant, cdui que nous offre la bataille d'Albuhéra, livrée le 16 mai 1811 , et gagnée par l'armée anglo-espagnole commandée par le maréchal Béreslbrt, sur celle des Français, sous les ordres du maréchal Soult.

L'armée anglo-esp^^ole, qui avait pris position parallUement au fleuve de l'Albuhéra et du ruisseau de Chicapiema, ayant le village d'Albuhéra devant le front, venait d'engager un feu assez YÎf avec la division française do général Codinot , dont Tattaque sur ce point n'avait été qu'une fausse démonstraLion, pour détourner l'attention des Anglais de celle que le maréchal Soult projetait de faire sur leur exlrérae droite. Mais à peine le maréchal Béresfbrt se mit-il en mesure de défendre le village d'Albuhéra, dont la possession livrait aux ennemis un débouché facile au delà du fleuve, qu'il aperçut les troupes du 5* corps, commandées par le général Girard, dont le mouvement avait été masqué par les buissons et les hauteurs parsemés dans l'angle fonné par les ruisseaux de Noyales et de Chicapiema, sous la protection desquels le général Girard forma ses troupes en colonnes d'attaque, et qu'il les vit s'avance an ddà du ruisseau de la Chicapiema, directement sur son extrême droite. Il ordonna donc aux troupes rassemblées sur le champ de bataitle.à l'exception de la division Hamitton et de quelques bataillons de celle de Ballesteros, qui restèrent devant Albuhéra, de faire un à-droite en bataille, et de se prolonger en arrière vers leur droite , de manièreà pouvoir masquer, par cechangement de front, tous les points qui pouvaient conduire les ennemis dans le flanc et à dos de la première position.

Pendant que cette manœuvre s'opérait, le corps du général Girard formé en colonnes d'attaque s'était tellement rapproché de la division Ballesteros, qu'il croyait pouvoir tenter une attaque à l'arme blanche. Les bataillons espagnols, qui avaient déployé, reçoivent les

aTBQtages des bail liions dtplojrés; ur, ssns paralyser leur* Ttm, Ils présentent >qi assaillants dn obslaclea tris-dllBciles k surmonter.

assaillante avec un fea bien nourri et bien dirigé, les obligent, à cause des pertes considérables qu'ils fa îsaient,d' arrêter leur mouvement, et de ae replier sur les bataillons de la seconde ligne.

Plus tard, au moment où un riment de hulans polonais, commande par le colonel KoDopka , et 2 régiments de dragons français, à la tète desquels se trouvait le colonel Vinot, parvinrent par des charges beureuSës diçgées contre la brigade anglaise deColborne, qu'ils désorganisèrent tout à fait, à rétablir l'équilibre que les troupes françaises venaient de perdre; le géaérat Girard, qui avait conservé aux bataillons de sou corps la même formaLion, résolut de renouveler une attaque dont le premier résultat n'avait pas été des plus satisfaisants.

Précédé par un essaim de tirailleurs auxquels on mêla des flanqueurs polooais, l'infanterie du général Girard se porta au-devant des ennemis. Ceux-ci, déployés en bataille, la reçoivent de nouveau avec un feu de file meurtrier, dont le ravage fui d'autant plus grand, que les colonnes attaquantes n'en avaient d'autre à y opposer que celui de leurs tirailleurs. Les pertes que les assaillants faisaient à chaque pas les découragèrent tellement, que ni l'exhortation, ni l'exemple de leurs chefs , ne purent relever leur courage.

La brigade anglaise du général Houglon arriva bientàt encore pour soutenir et remplacer lesbataillonsafRiiblisdesEspagnols, tandis que le général Abercromby déploya la sienne sur le Qanc gauche de celleK:j , et s'apprêta à diriger ses feux contre le Qanc droit des colonnes d'attaque des Français. Le général Girard crut pouvoir remédier à ce momeot critique, en ordonnant à ses troupes de se déployer en bataille; mais celte mauceuvre, dont l'exécution avait commencé sous le feu meurtrier des ennemis, ne fit qu'augmenter le désordre et l'abattement. Ecfin , après une résistance aussi foibleque de courte durée, les colonnes assaillantes à demi-déployées furent contraintes de céder le cfaampde bataille, repassèrent lemisseandelaCbicapiema; et leurs dieb parvinrent

(i) C'est jiMtemniit ce qui «TriT* au T^ment da prince Guillanms de Piiissc. Les eheb du régiment, des devi bitaflloDs, se officiers et à peu près 480 hommes

seulement h les rassembler et réorganiser sur ce terrain que le cinquième corps avait occupé au point du jour.

L'élat des lignes déployées étant an état défensif, c'est donc dans le choc des colonnes, comme étant les vicies masses d'oîi dépendent les effets qu'on se propose de recueillir de ce genre de combat, que nous derons puiser les vraies caoses de la difiérence des résidtats dont je viens d'exposer le parallèle.

Si l'attaque du régiment du prince Guillaume a complètement réussi h la bataille de Polotsk, ce régiment le doit i la rapidité avec laquelle ce mouvement a été exécuté et à sa valeureuse résignation. L'honneur doit toujours en être déféré, ponr une grande partie, aux chefs du régiment et des bataillons, aux officiers commandanl les premiers pelotons, enfin aux soldats qui composent les tètes des oolonnes d'attaque, qui rarement reviennent ^ns et saub d'une lutte pareille (i). J'avouerai plutAl que le feu de l'artillerie dont l'effet devient déjà meurtrier même à de grandes distances, si les projectiles atteignent bien les colomies, peut plus aisément arrêter le mouvement offensif des tronpes, tandis que la fusillade ne sera jamais, pour une colone qui marche avec décision et fermeté, un écueil devant lequel tous les efforts des assaillants doivent se briser. Pendant que les hommes des rangs avancés du régiment du prince Guillaume, tués ou blessés, vidaient les rangs, tes colonnes marchaient, et une fois que l'arme blanche put être mise en action , il ne resta plus aucun doute pour la réussite de l'attaque ; car la ligne n'a pas la profondeur nécessaire pour soutenir le choc Vk, bataillons du corps de Girard, an contraire, au lieu de chercher à franchir avec rapidité le terrain qui les séparait de l'ennemi, commencèrent à faire un déploiement pour lequel il leur manquait deux choses principales : le temps et un point qui fût hors de la sphère activede.s feux des ennemis, et, par conséquent, ils perdirent dans l'exécution 16 vrai principe de la réussite d'un choc en colonne contre on enn«ni déployé en ligue. Ils s'engagèrent ensuite dans une fusillade toujours dangereuse

fuTmt mis bore de combiL C'ed u) m vrai , mais le bot a iti rempli.

I perte <

el saos effet dans de pareils cas, ayant perdQ de vue ce principe si vrai de Guibert : qa'tl ne faut tirer que quand on ne peut pas mar^ cher.

Comme les colonneâ pour réussir dans leurs attaques sont soumises , il esl vrai , à de grandes perles, si les cbe& qui entreprennent de pareils mouvements offensifs croient ne pas posséder d'autres moj^eiiH.pour s'emparer d'un poste défendu par des bataillons déployés, ils doivent, avant tout, peser l'équilibre qni existe entre, Timporlance du point qu'ils attaquent, et des pertes qu'ils seront obligés de faire.

Que la configuration du point stral^iqne , dont la possession décide souvent du gain des batailles , soit telle que, pour le défendre avec avantage, l'infanterie qui l'occupe prenne l'ordre mince. A ces désavantages pour les assaillants, ajoutons encore ceux d'un terrain coupé, leqnel couvrant le front de la position des défenseurs, augmeoterait la difficulté d'y parvenir, et paralyserait en mèmelempslemou* vement des autres armes. Hé bien ! malgré tous ces obstacles et les pertes qui s'ensuîvraienl, ne balançons pas un moment pour entreprendre l'allaque. Ménageons-nous seulement le moment le plus favorable , et , dès que l'beure a sonné, n'ayons égard ni aux pertes, ni aux difficultés; mais reporlons notre atlenlion vers les avantages immenses qui dérivent du gain d'une bataille. Dans des cas où , au contraire , la configuration du terrain est telle que, sans paralyser l'action des autres armes, on peut les amalgamer avec l'infanterie, recherchons quelle est la combinaison d'armes pour la composition des colonnes d'altaque, qui nous mènerait plus facilement, ou du moins au prix de moins de saog , au but que nous nous proposons d'atteindre (i).

D'un autre càté , comme il n'est pas à supposer que, pour une attaque en colonnes, on n'emploie qn'un seul bataillon , et que ta po«-

(i) Des feoi éqaiTatents k ceui des ennemis seraient , il est vrai , le meilleur inojea qu'une inFanterie qui attaque pourrait opposer i une inranteria, pour balaucer par les mêmes aTBDlsfes ceui dont jontl une ligne ; mais les batailtona étant obligéii de franchir souvent d'assez grands espaces d'un terrain plus ou moins accidenté, si, avant d« les mener contre l'eaiiemi, on les déployait, lo floUement qui rteulterait de leur mouvement finirait par dtaorganiser tellement les lignes ,

session d'un point quelconque défendu par une infanterie déployée , est l'objet de combinaisons antérieures de tactique, dans lesquelles les effets qu'on se prometjouent aussi un grand rôle j et que , par conséquent , ne l'envisageant pas comme une attaque partielle, on'emploie une masse assez respectable, nous nous convaincrons facilement que celte attaque deviendra pareille, en masse, à celle qu'exécuta le général Girard, qui possède ses règles, et où l'infanterie ne devrait pas élre appelée à jouer le nMe d'assaillante à elle toute seule (t). L'arme la plus dangereuse pour une infanterie déployée en bataille étant, sans contredit, la cavalerie, pourquoi n'amalgamerions-nous pas des partis de cavalerie et quelques pièces de canon avec les bataillons assaillants, faisant précéder toute la masse par un essaim de tirailleurs? Derrière les deux colonnes des fiancs, je place un escadron de flanqueurs dont le devoir sera de semer l'épouvante et la terreur en attaquant en flanc et à dos les bataillons défënsifs; car quel que soit le petit nombre des cavaliers assaillants , leur attaque sur les flancs de l'infanterie a toujours la plushaute importance, surtout lorsqu'elle est formée dans l'ordre mince. D^k l'effet moral , que l'apparition de la cavalerie produirait sur une infanterie déployée, laquelle par conséquent n'ayant que peu de moyens de défense, se verrait pour ainsi dire prise en flagrant délit , ne manquerait pas de rapporler de bons résultats, en paralysant cette fermeté avec laquelle une infanterie déployée en bataille reçoit toujours à bout-portant les colonnes de la même arme, 'fermeté dont nous trouvons le principe dans les avantages des formations adaptées aux cir> constances et des feux qui doublent leur solidité. Que les partis do cavalerie se mettent en mesure d'attaquer, et nous verrions les chefs des bataillons déployés, fort embarrassés de donner à leur troupe une formation défensive

qu'elles ne manriueTaient pas de se transTormer en masses difformes , el incapables de produire le moindre effet.

(i) Nous avons vu le triomphe de cette tactique prendre naimance h la bataille de Spire, gagnie par )e marêclial Tallard sur le prince de liesse , se perdre bienlAt apr^s dans te gouffre des nouvdies combinaisons, et ne revivre que dans les temps les phu modernes.

avantageuse et capable de s'opposer en mAme temps au choc de l'iafanlerie et de la cavalerie (i).

Si.àcelte même balailled'Albuhéra, que j'ai citée plus haut, la cavalerie des colonels Vinot et Konopka, avaitélé amalgamée à l'infanterie du général Girard, et eût été en mesure de produire son attaque simultanément avec l'infanlerie française, il n'y a pas de doute que cetle attaque eût peut-être été suffisante pour renverser le flanc droit des ennemis, et pour devenir le prélimentaire de la victoire. Celle que cetle cavalerie dirigea contre la brigade anglaise de Colbome, quoique couronnée d'un succès complet, n'eut cependant aucun résultat, carce mouvement avait été trop isolé pour produire un effet capital.

Hais chaque terrain n'étant paa propre au mouvement de la cavalerie et de l'artillerie, le lecteur objectera peut-être qu'il se présentera beaucoup de positions où les bataillons assaillants devront être privés du secours que ces armes peuvent leur accorder. Je demanderai alors à mon tour pourquoi devrail-ou aLlaquer en front des positions qui offrent beaucoup de difficultés pour l'attaque , et dont les entraves sont encore multipliées par les avantages du terrain? Recherchons alors la réussite de notre mouvement offensif dans les règles que nous indique l'art militaire pour vaincre les différents accidents du terrain , que leur coafiguration rend plus ou moins fortes. Hais comme, dans ces sortes d'attaques, les tirailleurs de l'infanterie de ligne soutenue par l'artillerie y jouent le plus grand nUe, je me réserve d'en parler au moment où mes réflexioDS m'auront amené jusqu'à ces deux objets.

Après avoir émis mon sentiment sur l'ordre mince , je pose en dernier résumé :

{"Quoique le déploiement en bataille ne soit pas une formation qui puisse toujours résister à la colonne; mais comme c'est celle cependant qui fait perdre le plus de monde à l'assaillant,

(i) En diMutant sur la attaques h la baToniiette, je crois obliger mon leeUur ea l'ioTÎtaDt à jstw les yeui fur les Idées qu'un afficipr autrichien a ciposéessur m genre il'altaque (Joumaf militaire autriehim, aonée 18S4, 6* cahier, ptge 367). La manière qu'il propose est peui-Hre trop compliquée pour pouvoir étn

il est toujours très-avantageux i l'infiuiterîequi est attaqvée par la même arme, toutes les fois que l'emplacement des balaiUoiis est favorisé par la configuration du terrain , de déployer et de recevoir son ennemi avec un feu deGlebien nourri. L'essentiel sera donc de placer les bataillons sur un terrain qui paralyse surtout les mouvements offensifs de la cavalerie, et où, par conséquent, l'infanterie ne poisse pas être atteinte par cetle arme ;

2° Gomme les bataillons déployés, i cause de la longueur de leur ligne , ne peuvent pas se mouvoir sans perdre leur contiguïté, cette formation ne peut être employée que dans la défensive ;

5° Pour ne pas diminuer les avanta^^ qui consistent dans la vivacité et le nombre des feux, le déploiement doit être achevé i peu près au moment où l'ennemi commence son mouvement offensif, pour pouvoir le saluw pendant sa marche par plus d'une déchaîne, et teuter de lui faire perdre par là l'envie d'aflironler nn feu meurtrien

4" Comme la têle d'une colonne n'occupe en longueur que le terrain d^un peloton ou d'une division {»], pour que les feux du bataillon, qui, composé de huit pelotons, possède par conséquent une plus grande longueur que la tête de la colonne, puissent être tous cffectïb, et que la majeure partie des balles n'aillent pas siffier à droite et à gauche du bataillon assaillant sans l'atteindre, il est indi^>ensable que le baUiUon déployé fasse par demi -bataillon un demi-tour à gauche et à droite, afin que tons les coups, au lieu de se diriger en ligne droite, et dontil y aura, dans le premier cas, les7/8, et dans le second, les 3/4 de perdus, vinssent se concentrer dans un même foyiir et atteignent on les flancs ou la tête des colonnes.

C'est ainsi, et très-facilement, que nous nous procurerions des feux croisés, si uieurtrieis pour le but vers lequel ils sont dirigés , et auxquels Guibert , dans son Euai général de Tactique, a consacré un chapitre entier (s).

employa dans un combat ethctif; mais l'idée n'en recte pss moins asseï ingénieuse, et par cda mtiH nérite d'attifer i'attenlion des militaire*.

(s) Deux pelotons s'anteUeal aussi, dans l'mte russe, une division.

(s) Le lecteur qui désirerait une plus grande rao|rii-

De rinfanlerie de ligne formée en cotounet.

Depuis l'ioveaLion de la poudre el la possibililé de battre en brèche les masses d'infaulerie à de grandes distances, la colonne, en perdant beaucoup de sa solidité, a certainement aussi beaucoup perdu de son importance. Autrefois, l'arme blanche étant la seule qui pût désoi^aniser unemasse compacte, une colonne, composée d'une infanterie brave et bien disciplinée, en devenait une à peu près impénétrable,et, par conséquent, invincible; mais, malgré tous les avantages qui lui ontété ravis, la formation dans Tordre profond n'en a pas moins conservé trois grandes prérogatives : la force du choc, la défense avantageuse contre la cavalerie , et la possibilité de se mouvoir dans tous les sens avec facilité et précision. Ccst pourquoi nous voyons l'infanterie, dans les batailles, être le plus communément assujettie à cette formation.

En jugeant d'après la multiplicité des buts auxquels une formation peut répondre, et des effets qu'on peut en attendre, celle de la colonne, sans contredit, aura la préférence sur celle du déploiement en bataille. S'il y a des cas, comme nousl'avons vu plus haut, où, sous les rapports de la perle en hommes , perte dont je suis loin de vouloir dépriser la valeur, la colonne sera en désavantage contre une ligne, il y en a peut-être très-peu, si le gain d'une bataille dépend de la possession d'un point défendu el attaqué par de l'infanterie, où par conséquent les pertes les pins grandes deviennent insigniËaates, en comparaison des grands résultats qui s'y i^tlachent, dans lesquels nue infanterie bien disciplinée, bien conduite, et formée en ordre profond , ne l'emporte sor une autre déployée en bauille.

cation de fent enM» , p«ut ratlshire sa euriotlté dans l'ouvrage de H. de Leorier, intitulé: Théorit et Tofiner tvpérieyir, rtc.

(i) Il n'ait pu toot k hiA inutile de s'entendre à ce sujet , pour qu'il n'en résulte pas de qui|iroquo ou de fausses interprélatioDS. J'envisage lechoc d'une colanne plutAt coninH cause morale que physique. Peu crMule sur la force physique du cboed'uiieMlonne, je D'ajouté aucune fai k ces dÉmonstrations l)as4cs sur des comparaisons lijpolii£Uqu<s, plulûl fausses que vraies, el dont le résultat ne peut £lre qu'idéal. Je ne nie pul'utiliU et la néceastt de la prorondeur de la colonne;

Hais avant d'entamer ma dissertation sur les avantages el les défauts des colonnes , dont nous avons de quatre espèces : les colonnes serrées formées sur un et sur deux pelotons, et celles à distances, forméesdemérae sur unetdeuipelotons, et dont la différence consiste dans la longueur des lignes qui forment les têtes et dans leur profondeur ; je veux du moins en généraliser les propriétés.

Pour qu'une colonne possède les propriétés requises, il faut qu'elle ailassez de profondeur pour pouvoir opérer le choc (i), et que sa formation ne paralyse pas les moyens d'opérer son déploiement avec la moindre perte de temps.

Plus la léte d'une colonne a de longueur, moins elle a de profondeur. 11 s'agit donc d'assigner une juste proportion entre les deux prtH priétés, de manière que l'excès inutile de l'une ne nuise pas au manque qu'il produirait dans l'autre. Par rapport à ce calcul, la tacliquenous a offert trois formations différentes, qui sont: les colonnes serrées , formées sur un peloton et sur une division , et celles formées sur les deux pelotons du milieu, ou, commeon les appelle, les colonnes d'attaque.

En attribuant , comme je l'ai dît plus haut, l'existence du choc d'une colonne à la formation des troupes en profondeur, je ne crois pas lui ravir les facultés indispensables pour le produire, en ne lui accordant que la profondeur de quatre pelotons, donnant par conséquent à la tête la longueur de deux. Mais comme nous avons vu plusbautque le choc n'est pas la seule propriété de la colonne, et qu'elle doit en avoir une non moins essentielle , celle de pouvoir déployer avec rapidité, pour pouvoir faire usage de ses feux , les colonnes qu'on appelle colonnes d'attaque, qui sont formées sur le quatrième et cinquième pelotons, et dont le

mais je crois pouvoir ifOnner que cette proftMideur n'ajoute rien i la force du cboe dont It somme , WIM le rapport physique, est presque nul; car pour ramener la produit du choc de la coloiuie aui lois pbpiqun d'oA une masse compacte eoiprunle la force du sien , Il ftindrait commencer par produire dans les éléments de cette colonne . cette adhArence aius iotMstiCM d'où la pressJnD physique acqwert ses rteuUatsg et Içsinoyena d'j parvenirT CepeudaDt les pelotons delà queue Manl justement tout ce qu'il but pour pousser denat Mt et soutenir la tète de la colonne , nous nous en secvlrona pour produire l'eSet physico-moral dont j'^ parié.

iilXAHEN RAISONNE

déploiement se liait par les deux flancs , seraient certaÎDemenl celles qui noiis mèneraient le plus focilemect à notre but. Hais cette sorte de colonne possède un autre désavantage, celui d'avoir UD froilt plus long et par conséqnent offrant plus. de prise aui cartouches k balles et aux ballet dé fusils ennemis, si ce sont justement c«s tortes de colonnes qu'on emploiera pour une attaque à la baïonnette.

11 serait très-avantageux, sans contredit, qu'une colonne qui a réussi k enfoncer son ennemi et à le mettre eà fuite en l'attaquant à la baïonnette, puisse le poursuivre encore avec un fenbiea nbtlrri, à quoi la colonne d'attaque, ou faite sur les pelotons du milieu, pourrait parvenir facilemrât ed déployant sur la tête; mais comme toôt déploiement présuppose une colonne en ordre, je crois que celle qoi vient d'opérer un cboc, sed rarement eb état de conserver cet ordre indispensable pour son déploiement ; car une sorte de désoi^nisation suit de près l'attaque (i). En perdant sa formation régulière, régularité d'où dépend le bienêtre de chaque troupe, il est tout Juste que la colonne assaillante perde aussi toutesleS vertus de l'offensive, et nous devons par conséquent puiser les effets avantageux qu'on doit attendre de toute attaque à la baïonnette qui a réussi, non dans les éléments actifs de la colonne assaillante, maisdans le mouvement décisif qu'un chef, à la volonté duquel sont subordonnés tous les mouvements, doit toujours prononcer sur ce point oii la brèche a été faite , pour ne pas perdre par un retard dangereux les fruits que la rénssite d'une attaque pareille peut produire.

J'en conclus donc qu'une colonne assaillante n'ayant pas liCsoin de se déployer, il faut cboidir pourle choc celle qui , prâsédant un front ratHhsIohg, offre aussi moins de prise aux cartouches à balles et aux balles de fusils de l'ennemi, et ce serï la colobne serrée, formée sur

(t) ncN» ne deroDs pu croire qu'noe colonne qui a réwii dans le choc, puisse conserver sa compacité comme une masse matérielle. L'eiaspération de ses éléments devient si grande , que chaque individu qui la compose ne songe qa'i teindre son bru du sang de son ennemi, et ne le traurint pis dans m proilmilé, sort des rangs pour l'atteindre. A cette même attaque du riment du prlnne Guillaume de Prusse , que j'ai cilée plus liant , et la seule à laquelle j'ai pris part ( car qnol-

un pdoton.que je nommwai co&mmeejfmiM.

Les colonnes qni sont destinées à former les lignes de bataille et couvrir l'artillerie, tint qu'elles sont exemples de mouvements offensb, doivent posséder trois propriétés : 1* celle de pouvoir se déployer avec vitesse pour pouvoir s'opposer auK attaques de l'infanterie ; 3° de se défendre avec supériorité contre le cfaoc de li cavalerie ; 5° de posséder une formation qui ne souffre pas beaucoup des projectiles deshwleurs de l'artillerie,

La colonne d'attaque formée sur le qnatrième et le cinquième pelotons , sera justement celle qui répondra le mieux aux. propriétés cidessus mentionnées. 11 n'y a aucun doute qu'Hi déployant par les deux flancs, c'est celle qai oflïe le déploiement le plus rapide, sans perAf pour cela les avantages défensib contre la cavalerie; car en serrant les pelotons , die ettn tout aussi bien un carré plein que les colonMS que je viens de désigner comme offensives, et même nn carré plus parfait, comme nous ie verrons par la suite. Il ne restera donc qu'une troisième vertu à lui accorder, celle d'être le moins en butte aux coups de l'artillerie, el qu'elle pourra posséder à l'aide d'une petite modillcation.

Nous avons vu que ces sortes de colonnes sont de deux genres, c'est-ï-dire : coIaoDM serrées et colonnes ouvertes ou à distances. 11 s'agit de décider laquelle des deux convieDdn le mieux pour le cas que nous débattons. Eliminons les propriétésde la colonne ouverteoo à distances, eu les adaptant aux trois objets que tes colonnes doivent remplir lorsqu'elle forment les lignes de bataille; c'est^-dire, former et maintenir leur contiguïté, contrir l'artillerie et se défendre contre la cavalerie.

Supposant que les distancés entre les pelotons de la colonne soient pleines, etque,pa*ir trente files dont chacun sera composé, od a

qu'on cite beaucoup de chocs i la baïonnette , ils n'vt lieu que très-rarement ), l'eiaspération des soldilsfcïint si grande, que j'*i vu un d'entre eai, aeni'' Tsctiernow, détacher la baïonnette, jeter le fli«l,(l»' la longueur embarrassait ses mouvements dans II it^ tée, et aller frapper dans toutes les directions lalini d'ennemis qu'il put en reocontrer, jusqu'l ce qi'i' tombât lui-même percé de plusieurs coups.

prenne uDe de vingt-ciaq pas, le premin: et le bailième pelolons seronl à uoe distance de soUanie-quinze pas de ceux de la tdle de la colonae. Je suppose qu'une iofanterie enDeinîe entrepreone une allaque , et que les assaillants soient à quatre cents pas des lignes de bataille défensives (i). Les bataillons défensils commenceront leur déploiement au moment oîi les colonnes o.flensives' se roetliont en mouventenC Que les colonnes défensives serrent les colonnes avant le déploiement, ou qu'elles déploient d'emblée, elles n'auront que cent cinquante pas à faire pour qu'il soit effectué. Les bataillons offeDsifs auront donc encore deux cent cinquante pas à faire pour atteindre leurs adversaires, juste distance À laquelle il est permis aux Eanlassius de faire ns^ge de leurs feux, car, i une plus grande, lescoups sont trop peu sûrs. Dans ce cas, les colonnes ouvertes conservent donc tous leurs avantages. Passons inainlenaot au second cas.

Faut-il s'opposer au choc de la cavalerie, la colonne k distance ne nous ravit non plus aucun des avantages qui puissent assurer un heureux résultat; car , pour le réprimer, je forme un carré plein, et il ne me faut que quarante-cinq secondes pour l'achever, en serrant les pelotons. En le formant de la ctdonne d'attaque, on réparera même en quelque sorte le défaut que les militaires imputent aux carres pleins, celui de manquer de place pour recevoir dans leur milieu les chefs qui doivent se mettre sous sa protection au moment où il est attaqué par la cavalerie. Le dessin qui suit le démontre avec plus d'évidence (i).

Oooooooo ■ • ' oooooooO

Oooooooo oooooooO

Oooooooo . . . oooooooO

(i) Ce qui cartts n'est pu unv distance bon d« nesure, le puis la (upposcT plus grande et consrrrer plus de cbance* encore en nia (kveur-

Cetle formation possède encore une prérogative qui n'est pas sans influence. Supposons que le bataillon ait débandé son troisième rang en tirailleurs, qulil soit attaqué par la cavalerie, et que la chaîne de tirailleurs , dispersée par les flanqueurs ennemis, n'ait pas eu le temps ni les moyens de se rassembler sous la protection de son bataillon. Si le chef se propose de s'opposer au choc de la cavalerie en formant un carré vide, privé de son troisième rang, le carré n'en aura que deux de profondeur, et ne possédera presque pas de moyens de résistance. Les vices du carré vide se trouvant justement dans le manque de profondeur des faces et dans U difficulté de remplir les brèches que les projectile^cnnemis y occasionnent, dans te cas présent le vice s'augmentera, les moyens de le repousser deviendront plus difficiles encore, et la formation, en dernier résultat, ne présentera que des dangers et aucune chance de succès. Le carré plein, comme je le propose au lecteur, obvie k tous ces inconvénients ; et si même le troisième rang, débandé en tirailleurs, par quelque circonstance malencontreuse, ne parvient pas à rejoindre son bataillon , le carré plein ne possédera pas , il est vrai, toute la profondeur que je lui ai supposée , mais en aura encore assez pour posséder toutes les vertus défensives, celles en&n qui sont indispensables pour pouvoir s'opposer avecavantageauchocimpétueux de la cavalerie.

Le chef qui commande U ligne de bataille, au lieu de former une colonne contra la cavalerie, préfère ra-t-il un carré vide? Il faudra faire faire aux deuxième , troisième , sixième et septième pelolons des mouvements de conversions d'un quart de cerole à droite et à gauche , et faire avancerle premier et le huitième pelolons, auxquels ensuite on fera faire volteface.

Il ne reste en<^ra i celle colonne qu'ooe troisième vertu ï posséder pour que son utilité soit tout k fait évidente ; c'est celle de souffrir moins des coups de !'artillerie. Il n'y a pas de doute que plus les colonnes sont serrées , plus les boulets, et surtout les obus leur font de mal. Qu'un coup bien ajusté fasse tomber un

(t) Les gcands cercles marquent h* ^sces des offlciera coramandant le* pelotons, ks points celles des iioiu-affleien, les petite cenies celles des tambouts et

obus dans noe colonne serrée et qu'il y crève, b perte serait immense; et comme les pertes inutiles d'hommes sont préjudiciables, il faut aviser, autant que possible, aux moyens d'y triivier.

la f<H*ce de percussion des projectiles diminuant en raison de l'espace qu'ils ont à parcourir, il n'y a pas de doute qu'une colfmue ouTçrte à pleines dislances , qu'elle soit exposée i des coups de but en blanc ou de plein fouet, offrira toujours beaucoup moins de prise que la colonne serrée; que ce soit même un obus, s'il tombe entre deux pelotons, ses éclats occasionneronl certainement aussimoinsdemal.

Maintenant, ayant résolu les trois propositions en Taveur de la colonne formée sur le quatrième et le cinquième pelotons et à distances, nous pouvons poser en dernier résultat, que lorsque les bataillons forment ks lignes de bataille, ou seront destinés i couvrir l'artillerie, on formera l'infanterie en colonnes d'attaque et à distances, que j'appelle colonnes défensives.

Pour ce qui regarde celles formées sur un peloton et ouvertes, comme chaque combai ne peut être composé que de mouvements oITensiËi et défeosits, si même les circonstances ou le terrain ne permettent d'employer que de l'infanterie formée dans l'ordre profond, passant decelui-ci il l'ordre mince, dans ces deux cas, on pourra employer avec eflicacité les colonnes dont je viens de discuter les propriétés , et que j'ai désignées par colonnes oiTensives et défensives. J'envisage donc les colonnes formées sur un peloton et ouvertes comme inutiles , el dont il n'est pas même nécessaire de fîiire menlion.

La rapidité de mouvements et la possibilité de porter vers un point, de la possession dit'quel dépend souvent le gain d'une bataille, une masse respectable de troupes étant, sans contredit, une des grandes causes du gain des batailles, sous le rapport de la formation en colonnes, VinfanLerie possédera aussi cette prérogative sur les au très armes; car elle est aussi celle qui se meut avec le plus de facililé,de précision et de rapidité. Abstraction faite des

des mosicicns, et le vfde sera dans un des bataillons pour les cbeh dariginient et dn bataillon, et l'aide de camp, et dans les antres, poar les deni derniers. L9 porte-ttHeigne , avec le drapeau , se placera, d'après

grands taillis, des rivières, et en gén^ldes endroits oii les eaux empécheut i Hiomme de se frayer un chemin , il n'y a pas d'obstacles naturels que l'infanterie, formée en colonnes, ne puisse franchir. Les ravins, les bas-fonds, les défilés, pourvu que leurs débouchés aioit la largeur d'un peloton , ou les broussailles, ne sauraient arrêter son mouvement.

Celte facilité avec laquelle une colonne penl se mouvoir dans tous les sens, est encore dm de ces vertus qui souvent peut la soustraire même aux boulets de ses ennemis , car ceux-ci n'ayant pas, comme les cartouches à balles, li vertu de pouvoir raser en laideur une vaste étendue de terrain, l'essentiel sera d'écbapper à leur direction. Que des colonnes soient exposées au!( boulets des ennemis, le devoir du chef sera de bien examiner la position de Partillerie des adversaires, en jugeant par la direct»»! des projectiles, et alors rien ne lui sera pins facile que de soustraire ses colonnes, sinon tout à fait, du moins en grande partie, aux feux de ses ennemis, leur disant pour cda changer de position, et les avançant ou les faisant rétrograder de quelques pas, ou bien en les portant plus k droile ou plus à gaudie.

Après avoir énuméré tous les avantages des colonnes , je ne veux pas passer sous silence les défauts que celte formation possède, énomératioD d'autant plus nécessaù« à foire qœ, sans elle, le lecteur pourrait m'accnser, et avec justice , d'avoir accordé à la formation de la colonne un caractère général de perfection qu'elle ne possède pas.

Plus on peut mettre de bras en action, el plus on peut en attendre de résultats satisbisants. En paralyser une partie el l'offrir dass un état passif, comme proie aux projectiles des ennemis, c'est risiquer, sinon de mettre en doute le gain d'une bataille , du moins de pap> venir à la victoire au prix de plus grands sacri- Gces.l..a formation de lacoloane, en présentant une masse compacte, dans laquelle la plwgrande partie des éléments qui la compMcat ne peuvent pas faire usage de leurs arma, ravit à l'infanterie sa plus grande force, celle

le dessin (E), en arrière dessous-officiers. J'atertiïaaNi le lecteur que j'ai pris poar type l'organisatioa du bataillon dans l'armée russe.

DES TROIS ARHES.

qni la rend redoatable i loates les urnes, ses feux. Qae U colonne soit assujettie à un rôle dérensîf,c'esl-ï-dire, charge <ie former U contiguïté des lignes, ou de couvrir l'artillerie, ou au rôle offensif, celui de s'emparer d'une hauteur, d'un village, ou de fSiire une brèche dans les lignes ennemies, pour ne pas perdre de la rapidité du mouvement qui seule peut assurer le succès d'une entreprise pareille, loin de s'engager dans des fusillades dont sa fonnatioQ paralyse les effets, ou les rend presque nuls [ij, même sans avoir égard aux pertes souvent innombrables auxquelles elle cul en butte, elle ne doit, dans des cas pareils, que songer k franchir avec vitesse et dans le plus grand ordre, l'espace qui la sépare de son ennemi.

Sous le rapport de cette perte d'hommes, qui sont les éléments actifs d'oii dépend le sort des combats, cettv nécessité de les sacrifier, t«ule absolue qu'elle peut l'être dans beaucoup de cas, n'eu est pas moins un désavantage trèsgrand et auquel il est même impossible de remédier, et dans laquelle sa grandeur ne saurait être compensée, que par les résultats émînents qui s'y rattachent.

Cependant, d'après tout ce que nous avons vu sur le si^et des colonnes, leurs avantages étant infiniment plus nombreux que leurs désavantages, car les cas où elles peuvent être employées avec efficacité sont plus fréquents que ceux où celte formation serait au détriment des troupes , elles n'en restent pas moins la base de la formation de l'infanterie dans l'ordre de bataille.

Dta colotmet, entùagéa comme formation défennve contre la cavalerie, et det carrét.

Le moment le plus dangereux pour l'infanterie, est certainement celui oùelle est attaquée k dos parla cavalerie, carn'ayant aucun moyen de défense, elle succombe h l'aKaque ef finit par 86 désorganiser. Pour se soustraire à cet inconvénient , les anciens tacticiens cherchè-

(i) Car M ne sont tout >u phu que les deai premiers raBgt dM pelotoDS de la tète qui peuvent en faire

(t) Bulow,daiii «on auTTipnirU campagne delfiOS, tonte n, page 16, l'appelle un corps vide, sant en- Inillcs, richement pourvu de tous les aruilagn et des vicei de b phiiange, et plm Immobile encore, si

rent Si lui accorder une formation qui pût la garantir de ces sortes d'attaques, de quelque câté que l'ennemi se portât , et nous vimes naître celledu carré; car pouvant faire usage des feux de tous les côtés, c'était celle qui a paru la plus avantageuse pour arrêter la fougue dangereuse de la cavalerie. Ces carrés étaient vides et n'offraient sur tes faces que trois hommes de profondeur.

Hais pour que les carrés puissent remplir les conditions du principe de leur formation, il faut qu'ils possèdent assez de profondeur pour ne pas être rompus, et si les circonsUnces obligent les masses à un mouvement rétrograde, qu'ils puissent se mouvoir avec facilité , précision, et surtout en conservant leur formation intacte (i). Tant que les assaillants ne s'en linrent qu'au choc impétueux de lacavalerîe abandonnée à sa propre force, les carrés furent envisagés comme obstacle assez puissant pour s'opposer i son choc et y résister de temps à autre. Hais au moment où, pour les battre en brèche, on employa de l'arlillerie, dont les effets devançaient l'attaque et préparaient des débouchés aux cavaliers assaillants (s), le carré perdit beaucoup de son invincibilité, et l'efficacité de cette formation devint un sujet de discussion.

Sous le rapport de la facilité du mouvement, celte formation présente aussi beaucoup de difficultés , car rien de plus difficile que de mouvoir pendant un certain espace de temps un carré vide, sans que la désorganisation ne s'ensuive , et dont le commencement se manifeste toujours aux angles de la queue.

Pendant la campagne de 1806, au combat de Halle , livré te 17 octobre, le régiment de Tre»covr , qui avait cantonné près de Hagdeboui^, marchait par la rive ganche de la Saale, pour rejoindre le corps du prince Eugène de Wiirtemberg, et arriva sous les murs de la ville an moment où les Français s'étaient rendus maîtres des ponts de la Saale. Coupé des siens, sans aucun espoir de jonction , le chef du régiment

OD veut le mouToIr sans qu'il s'y forme de brèche. (3) IncoDvtalent luqœl il est même dlIBclIe d'obvier, car le ciirt n'ajknt que trois hommes de profondeor , ne peut remplir les brècbes que lea projectiles y forment , qu'en serrant les faces, ce qai ocusioiine no flottement très-dangereui k la masse, et dont U cavaleri» profite toujoun

ec deitéritt et

dbyGoot^lc

ËSAKEN RAISONNÉ

résolut de se retirer et forma ses troupes en deux carrés vides. Les Français avancent quelques pièces d'artillerie, et plusieurs obus louchent un des carrés qui cherche , par un mouvement latéral, à se soustraire à la direction | des projectiles des adversaires. Ce mouvement, | en peu d'instants, désorganisa tellement le carré, qu'il se replia en masse informe, entraiua le second dans sa fuite, et parvenu jusqu'à la papeterie située sur l'Ochsenberg , tout le régiment y fut en partie jeté dans la Saale, et en partie fait prisonnier.

Le manque de profondeur des carrés vides, et l'idée de réparer ce défaut par une formation plus pi-ofonde, a sans doute été la première indication pour celle des carrés sur six rangs. Hais comme devant un ennemi attentif et hardi, les manœuvres des dilféren tes armes, si l'on en attend desrésultats avantageux, doivent porler l'empreinte de la simplicité et s'opérer sans perte de temps, cescarrés sur six rangs, où on est obligé de doubler les pelotons et faire des mouvements assez compliqués avant d'en achever la formation (i) , ne répondant pas à la vivacité nécessaire des mouvements, on chercha un troisième moyen. La colonne serrée paraissant contenir en elle les deux propriétés, on s'en servit comme formation défensive contre la cavalerie. Le premier essai en fut fait dans les plaines d'A.spern, et les résultats en furent éclatants. Hais malgré les brillants succès qu'on en recueillit, peu d'armées consentirent à imiler les Impériaux daa^ cette opiniâtreté de suivre une voie déjà frayée, peut bien avoir pris naissance dans la jalousie du métier. En parcourant la série des luttes sanglantes qui, après la balaille d'Aspem, ensanglanièrent le continent, et où l'infanterie s'oppi^a au choc de la cavalerie , nous parvenons jusqu'au combat de Krasnoï, que j'ai cité plus haut, sans voir revivre cette formation , et dans cette dei^ nière affaire , comme nous l'avons déjà vu , elle maintint encore une fois la grande réputation de son invincibilité.

C'est au héros, dont la gloire rejaillit d'un éclat si brillant après les batailles d'Ambei^, de Wurzboui^ et d'Aspem , que nous devons

(1) U lecteur peut troQTerdcs détails sur ceturormatim, sur dilTérentes prorondeurs de rangi, dans le Jovnal milUatrt de Berlin, années 1817 et 1823,

cette idée. L^expérience , comme \e, l'ai dit plus haut, qui arrête le choix et fixe rem{doi des principes dont l'utilité devient incontestable, ne laissa aucun doute sur les beaux résultats que cette formation , envisagée comme moyen défensif contre la cavalerie, pouvait produire.

Les avis sur cette formation sont trop partagés , pour que je prenne la liberté de décider cette discussion scientifique ; maisqu'ilmesoit du moins permis d'y ajouter mon avis.

La cavalerie ne peut vaincre un carré qu'en y faisant une brèche par laquelle elle puisse s'introduire, rompre la contiguïté des faces et prendre les fantassins à dos. Le choc du cavalier ayant été trouvé souvent trop impuissant pour opérer ce résultat, on se servit d'un autre moyen plus efficace pour le produire , et ce fut l'artillerie.

Une dixaine de boulets, dont les coups bien ajustés devancent l'attaque et frappent dans un carré de trois hommes de profondeur, suffisent quelquefois pour y préparer une brèdie où la cavalerie peut facilement s'introduire. D'un côté, la possibilité de battre les carrés en brèche, et de l'autre la diiBculté d'en remplir les débouchés , me paraissent être déjà des inconvénients assez graves, pour pouvoir envisager cette formation comme moyen imperfectible. La colonne, au contraire, présentant une masse compacte , possède tous les éléments nécessaires, non-seulementpour réparer les maux que l'artillerie occasionne dans un carré vide, mais en conserver encore assez pour s'opposer à l'iropétuosilédela cavalerie. La colonne soufiïe ordinairement beaucoup plus du feu de l'artillerie qu'un carré vide, j'y consens; mais le remède suivra de près le mal. Premiferement. nous venons de voir que la grande mobilité d'une colonne la soustrait facilement aux eSéU des projectiles,etpour cela, elle n'a qu'à bra usage des mouvements latéraux à la direction des trajectoires; secondement, dans un casp»reil à celui que nous considérons , ce n'est pas aux pertes auxquelles od est en butte qu'il ^t toujours songer, mais aux moyens de se soatenir jusqu'au moment ou le secours ait en le temps d'arriver, et certainement le carré plein

D" 45 , 46 et 198 , et dans l'ouTrage du mijar KAcwstein , intitulé : die Taktik hfl-jfeMfcl atu der KnigtkombinaxiomUkre, page 59.

en possède beaucoap pins que le carré vide.

A^raot posé plus baul en principe, qu'un carré eat vaidcu lorsque la cavalerie s'y introduit et allaqne les faolasaihs à dos , il est trèsfacile de se convaincre que la colonne qui forme un carré plein est exemple de ce défaut ; car d*aprës le dessin que j'ai offert au lecteur, il voit que le seul vide que la colonne possède est occupé par le chef de bataillon et son aide de camp, et, par conséquent, il y a une difficulté absolue de s'y introduire. Eu un mot, la colonne employée comme moyen défensifconlrc la cavalerie , tel que je l'ai désigné , est , a mes yeux, semblable à un ouvrage de fortification , dont on ne peut s'emparer qu'au moment oîi son chef se rend, caria défaîte de la colonne, formée d'après mon système, n'est décidée que lorsqu'elle dévient toute entière prisonnière, ou bien au moment où le dernier homme est tombé sous le feu de l'artillerie ou le sabre de Tennerai; mais avant que le canon et la cavalerie parviennent à opérer un ravage pareil, la colonne aura eu tout le temps de recevoir du secours.

Un des points principaux est, tout comme pour le carré vide, de se servir tellement de ses feux, que l'ennemi ne puisse pas tomber sur la colonne an moment où elle est occupée à recharger ses fusils, de posséder, en un mot, des feux consécutifs et non interrompus; et ce seront des feux de rangs, qui ont le double

(i) C'est k tort que H . le marquis d« Chambra j, dans son ouvrage intitule : de rinfanlerie, eiagire les di(HcuHés des (tui de rangs, et fonde à peu près sur celte bfpothise l'efficacité de l'ardonnance de Vinraotcrie sur deui rangs , comme elle est lecue dans l'armée anglaise, et qoe tant de défauts réprouvent. ■ L'eipé- B rience a prauté, dit-il (psge 13J, que le feu de deui

> rangs, qui est presque le seul dont on fasse usage de-

> vaut l'ennemi , est aussi Dourri quand l'inrauterie est

> rormée sur deux rangs , que quand elle l'<st sur trois ;

■ beaucoup de militaires, qui ont fait la guerre d'Es-

> pagne contre tes AngUia, prétendent même qu'il l'est • davantage. Cela ttsulte, ajoute-t-il, de ce que de-

> vant rmaerat on ne peut obtenir que le soldat du

■ deniième rang change soa arme contre celle du sol-

■ dat du troisième rang, ainsi qu'il devrait le faire. > Si le marquis de Chambra; voyait l'armée russe, il cbangeraîtbienlftt d'avis, i:ardans les rfgimentsicchef de bataillon n'a tout au plus que le temps de commander : coucha en joue — feu, pour trouver le second rang tout prêt k hin feu pour la seconde fois, tenant

avantage d'être consécutifs et subordonnés au commandement du chef de la colonne (i).

Un exemple plus convainquant encore de l'efficacité de la formation en colon ne employée comme moyen défensif contre une attaque de cavalerie , sera certainement celui où nous verrons que même une fraction de celte colonne , que je viens d'envisager à peu près comme invincible, qui, parconséquent, ne possédait ni les mêmes vertus , ni les mêmes moyens de défense, résista pourtant avec supériorité contre une attaque Je la cavalerie. Nous en trouvons un dans la campagne de 1793.

Le 17 novembre, un corps prusso-saxon , sous le commandement du général comte de Kalkreuth (plus tard devenu maréchal ), se repliait de Saarbriich par Biesingeu, Homberg, vers KaisersUutem. Résolu de réprimer l'audace des ennemis, qui poursuivaient le corps sans relâche, le général prit position sur les hauteurs de Biesingeo , et plaça le régiment de Crusatz, auquel il ordonna de se déployer en bataille, sur la grande route qui mène de Biesingen à Bli^caster. Le combat s'engagea bientdt, et les Français, repoussés sur tous les points, tentèrent de redresser leur défaite en essayant une attaque de cavalerie. Le major Strantz, qui commandait le régiment de Crusatz, voyant la cavalerie venir à lui , doubla ses pelotons en mettant les pairs derrière les impairs, et forma ainsi plusieurs petites colonnes

déji ses nisilsdu troisième rang après l'échange. Lorsqu'une armée est aussi bien eiercée que l'armée russe , il n'f a aucun doute que l'ordonnance sur trois rangs est plus efficace que celle sur deux , car sa force destructiie étant justement comprise dans ses Peui, il n'ja aucune perle de temps , tandis que sur deui rangs on s'apercevra toujours d'une certaine Interruption, ce qui accorde aux troupes assaillantes des moments où elles n'essuient aucun feu , et pendant lesquels elles marcbenl par conséquent en sécurité. Une autre preuve non moins évidente, c'est que le nombre des balles et des feux non interrompus, et que nous ne pouvons justement recueillir que de l'ordonnance sur trois rnngs, étant les vrais moyens pour arrêter le mouvement des bataillons oITensils, je me trompe peut-être, maïs je suis presque persuadé que de drui bataillons, dont l'un sera formé sur deux rsngs et l'autre sur trois, dans le (nêmc espace de temps le dernier lancera plus d* projectiles que le premier, et remplira, par conséquent, avec plus d'efficacité , le but des feux de rang de Pin fanterie.

de deux pelotons de profondeur , en ordonnant à ceux de la quene de faire volte-face.

La cavalerie ennemie se précipite sur ces fractions de colonnes , et , malgré tes efforts qu'elle fit pour les désorganiser, elle ne parvint pas à en entamer une seule, et après un combat assez opiniâtre, s'enfuit en désordre, 6D laissant sur le champ de bataille beaucoup de morts et de blessés.

En élevantla colonne comme moyen défensif contre la cavalerie à un degré de perfectibilité plus élevé que le carré vide , le lecteur ne doit pas en conclure que je déprise tout à fait cette dernière formation, au point de l'envisager comme inutile; non. Mais en supposant que l'ennemi qui se propose d'attaquer de l'infanterie avec de la cavalerie , emploiera sans doute les moyens les plus efQcaces pour parvenir à désorganiser cette infanterie qui , de son cAté , cherchera ceux qui la mettront plutât à même d'y résister, j'affirme qu'il devra se former plulAt en colonnes qu'en carrés (i) ; car la solidité et la sûreté qu'offre chaque formation , sont les vertus primitives que nous devons nous efforcer d'atteindre.

L'expérience, qui accorde toujours» chaque «hose sa vraie valeur, et dont nous pouvons aisément décider d'après lea résultats qui s'en sontsuivis, a parlé avec plus de décision en faveurdes colonnes quedes carrés; car quoique notre mémoire soit riche en exemples de carrés qui ont résisté au cboc de la cavalerie, nous en trouverions un plus grand nombre encore -où la cavalerie a éci-asé l'infanterie qui s'était assujettie à oette formation ; tandis que totu les cas où, pour résister au choc de la cavalerie , l'infanterie s'est formée en carrés pleins, ont été couronnés d'un succès complet. Les annales des temps modernes nous en offrent m£me un à la bataille de Waterloo , où une infanterie jeune encore, et loin d'avoir atteint un haut degré de perfection et de solidité, résista avec succès à la cavalerie anglaise. En opposition à cet exemple , j'en citerai un autre qui mérite aussi d'être arraché à l'oubli, où une cavalerie nouvellement formée, dont l'éducation n'avait

(i) D'après les principe! et le dessin que j'ai déjà offerts au lecteur.

[>) J'ai vu revenir ce régiment après «a charge, mènent son butin qui était ciimpiMé de 4 i SOO

pas même eu le temps d'être perfeclioDote, et dont les effets par conséquent étaient loin de pouvoir être efficaces, écrasa cependant m carré wurtembergeois. J'en atteste le résultat brillant , car j'en ai été le témoin oculaire.

A la bataille de Dennewitz, au moment où le corps du général Bulow fut en mesure de prendre part au combat, le général comte de Tauentzien remarquant un certain rellcbemenl dans les mouvements offensifs de l'ennemi, qui trahissait un moment de la faiblesse, crut devoir proGter d'un instant aussi opportun pour le faire charger par sa cavalerie. Le major Bameckow , à la tête de deux escadrons du 3" régiment de la landwebr de la Ptymt- .ranie , se précipite sur un carré wnrtember^ geois, l'enfonce malgré le feu meurtrier avec lequel cette infanterie le reçut , et le cerne si bien que la moitié de la masse fut laite prisonnière (s).

Quoique les colonnes aient été rarementent' ployées comme moyen défensif contre la cavalerie, cependant puisqu'un succès complet s'en est suivi toutes les fois que cette formation t été employée, cette réussite constante prouve que son efficacité n'est soumise à aucun doute, tandis que l'histoire des guerres modernes nous ofTie une très-grande série de tentatives infructueuses faites par l'infanterie pour s'opposer à la cavalerie, eu se formant en carrés vides. Rendant à ceux-ci la justice qu'ils méritent, mais comptant tontes les excepliousoù cette formation a succombé aux charges de la cavalerie, et les mettant en parallèle avec les réussites constantes des colonnes, ne serons-nous pas consciencieusement forcés de préférer les dernières aux premiers!

Ayant maintenant achevé mes consid^tions sur l'ordre profond, je pose en dernier résumé, que les colonnes doivent se partager en offensives et défensives. Les premières formées sar un peloton et serrées, serviront pour tes attaques à la baïonnette, et les autres fonnées sur les deux pelotons du milieu, et qui sont de deux genres, c'est-à-dire, serrées et àdi^ tances, seront destinées , les premières, pour

prisonniers et d'une aigle. La mort ravit an MJn- Barneckow la douce salisfiiclioa de jouir de Hwkut fait; frappé de deui balles, il tomba mort a«|ii(ds^

s'opposer au choc de la cavalerie , et les secondes, pour la fbnnatioD des lignes de bataille.

FBOPUÂTÉS DB k'IKFAKTBUB LÉGÈRE.

Ayant, dans le commencement de rarlide précédent, posé en principe que plus une anne était susceptible de foraiatioas utiles produisant de b6ns effets, plus son efRcacité était grande; n'envisageant l'infanterie légère que soufl le rapport de ses engagements en débandade, la seule enfin qui lui conserve le droit d'être désignée alors par le titre d'infanterie légère (i) , nous nous convaincrons focilemenl que ses propriétés sont infi ni ment moins grandes <fue celles de t'inranterie de ligne. D'ailleurs, les rormatîoos de ralliement d'une troupe d^ bandée ne présentent ordinairement que des forces tellement insuffisantes, qu'elles ne peuvent même s'opposer qn'à un très-petit nombre de flanqueurs. Hais le service de ce qu'on nomme infanterit Ugèrt, possède d'aulresprérogalives dont je vais faire l'énumération.

Les mourements d'un bomme isolé étant toajoars moins gênés que ceux d'une masse, la facilité avec laquelle les tirailleurs parviennent aux points qu'on lenr désigne d'enlever ou d'occuper , quelles que soient les coupures du terrain qui y conduisent ; cette facilité, disons-nous, lorsqu'il s'agira de combattre sur onterrain montagneux, boisé et déchiré par des accidents difficiles à surmonter, assignera toujours i l'ÎBfonterie légère un râle très-important à jOHer.

La force de Tinfonterie, en général, étant le produit de ses feu et du dwc , celle de l'infan-

(i)Car, enrcngigcant cDBitMe.MilanictdiiwUea- Ugorie de rinbulerlc de ligne.

(i) Afint i%^t& h UD service aussi compliqué, qui demande de très-grands «Sorti et un emploi coastant de ToTces pbfSlquM. il est non-seulemeat nécessaire, mais mirne indiipensabir, de jetcrun regard atlenlîfsur l'ba- MUement du tirailleur, qui doit être ausd léger que comiDode. Si pour l'iobnlerie de ligne il est permis e» quelque sorte de sacrifier rutile i C^réable . ud hibillemeot lourd et iDCommode. peur le tiraillear, serait ne défaut imminent, car celte tarte d'inranterie manquerait de forces physique* pour remplir le terrice non interrompu qui lui est Impoeé. Forcés souvent de charger leur* annts dam dei posilioni de gène, il iaut l)ien

laie légère, envisagée sous le rapport du service de la débandade, perdra beaucoup de son efficacité en comparaison de celle de rinfanterie de ligne; car desdenx vertns principales que celle-ci possède, la première n'en a qu'une seule.l'effetde ses feux, qui étant aussi moins collectifs, produisent de même des résultats moins grands. Cependant, si ses effets ne sont pas tels qu'on puisse l'envisager comme arme îndépeDdante , du moins comme arme préparatoire et de sûreté, eUe possède de grandes prén^atives. C'est elle qui couvre les retraites, éclaire les mouvements des armées, commence les combals, reconnaît le terrain, assure le repos des autres troupes en patrouillant autour d'elles, et fait le service de flanqueurs, des avant- postes , des postes de replis, des grand'gardes, des patrouilles et des partis. En un mot, l'infanterie légère est de service Ions les jours , et fait le service pendant toute la journée (i).

La formation ordinaire, celle de la débandade, ayant ravi i l'infanterie légère les avantages du choc , avantages sur lesquels reposent si souvent les succès des combats, il n'est que trop juste d'attacher une attention particulière aux vertusqui lui sont dévolues en partage, et qui sont la justesse de ses feux, la légèreté de ses mouvements, ainsi que le développement de It conception des individus qui la composent.

I^ moyen, pour un homme isolé, de s'approcher sans être découvert, sous la protection d'an arbre, d'un buisson, d'ane haie, d'une maison, d'un ravin, d'une lisière , et ainsi abrité de pouvoir, sans courir aucun danger, conserver son coup de fusil jusqu'au moment opportun , et assaillir son ennemi à l'impro-

prendregarde de l'augmenter par l'habinement et le bagage qui leur est IndlqMnuble d'arolr toujours aree eui. Le tirailleur eat ri Murent dans le «as de s'asseoir, de se coucher, de se mrllre i geuoui, de grimper et de sauler, que ce serait lui ravir tous les moyens de l'attaque et de la diFense que de paralvser tes mouTements en l'atsujeltissantï un habillement qui ne soit pas conforme k toutes ces positions. Le TautassiD léger, abandonné, comme je l'ai dil plut haut, des heures entières k son propre courage, i sji science et à la combinaison de ses idées, perdrait (ïellemeot beinconp de cette confiance que l'homme possède toujours, lorsqu'il peut faire aisément nsage de ses

YÏslc, est un de ses avantagesqui . pour l'enBemble des combinaisons du gain d'une bataille, ne saurait se priser assez haut.

S'agil'il de conduire une masse d'infaDlerie à travers un terrain coupé ou une plaine, des tirailleurs bien exercés, dont l'esprit est riche en moyens et en exjtédienls, lui rendront des services signalés. Devançant les masses qui les suivent et formant un rideau protecteur, ils paralyseront les feux les plus meurtriers , ceux de l'artillerie, car, cachés derrière les accidents que la nature et Tart leur offrent, ils lui enlèveront ses hommes de service. C'est eux qui prépareront le moment où le choc doit s'opërer, en produisant une sorte d'hésitation dans l'ennemi, qui naitra des pertes qu'ils lui feront essuyer en l'attaquant en front , dans le flanc et à dos, sans qu'il puisse facilement s'en défendre (i). Hais tout en disant sentir aux tirailleurs les avantages qui résultent de leurs feux, lorsque abrités par quelque accident naturel ou de l'art, ils peuvent vaincre leurs ennemis sans être vus ni atteints, il faut soigneusement scruter leur conduite, et chercher à déraciner chaque abus qui pourrait (iacilement se (pisser parmi eux; en un mot, observer rigoureusement que le choix de ses accidenU , sous la protection desquels ils se placent, soit Eait par une eombinaisoo utile et non par une sorte de pusillanimité. Un autre abus dangereux qui se glisse facilement parmi les tirailleurs , c*est celui de la course ; inconvénient très-grave, auquel les chefs doivent chercher à obvier, car un tirailleur, chargé de son fusil et de son bag^e, en s'abandonnant à la course, en moins d'une demi-heure se fatigue tellement qu'il devient incapable de soutenir la longueur du combat et perd sa vertu primitive, la justesse du tir. J'en ai fait moi-même l'expérience <|apB mon régiment avec plusieurs de mes meilleurs tirailleurs, parmi lesquels était unsousofficier, tireur habile, que j'ai vu rarement manquer son but à la distance de trois cents pas, qui fit même preuve de sou talent en tuant au vol un oiseau avec une balle, et qui manqua au but plusieurs coups de suite à là distance de deux e«nts pas, après un exercice que je lui fis

(i) Comme «s toeds dépendent beaucoup de la configûxation du ternin, dout Iw aYinlages ne sont pu tg»at , tel tireiUeun les pliw adroite et qui uiuont le

faire pendant une demi-heure de temps, i U course. Une tremblement sensible s'était tdlement emparé de ses bras, qu'ils furent coomw paralysés. Je crois que la vitesse du pas du tirailleur ne doit pas excéder cent quarante pas par minute. J'en ai fait l'expérience, et je nte suis convaincu que les manœuvres étaient Irè^ rapides.

D n'y a qu'un cas où on pourrait permettre aux tirailleurs d'accélérer encore la vitesse ds leur mouvement, c'est celui où, pour occuper quelque position avantageuse, ils seraient Ilu<cés, pour y réussir, de franchir rapidemenl Tenace qui les en sépare. Hais aussi, dans un pareil cas, une fois que la position est uccupée, il ne serait pas inutile, après un court espace de temps, de relever les tirailleurs dont une marche trop accélérée aurait rendu les feux incertaing, par une chaîne plus fraîche et, par conséquent, plus capable de donner des services efficaces. Cette nouvelle chaîne se formera de la réserve qui,commenousIe verrons plus tard à l'artide de l'action de l'infanterie légère, ne doit, dans aucun cas, s'abandonner à la course, et coasv vera par conséquent des gens peu fatigués.

Pour peu que l'éducation des tirailleurs soit conforme an vrai principe de leur rdie, l'infanterie légère possédera un genre de pén^a- Uve qu'aucune autre arme ne partage dans m sens aussi étendu avec elle; c'est que chaque individu est utilisé, chaque' arme est mise avec succès eu action, et peut rendre des set^ vices signalés. Hais tous ces services doivent être réciproques avec l'infanlerie de ligne, et pour que ceDe-ci ne soit pas en buUe à de trop grandes pertes dans les mouvements qui ordinairement pré<^ent le choc, etque le produit des services isolés de l'autre ne reste pas sans effet, il faut qu'indépendamment de leurs propresréaerves elles se soutiennent aralueUraoenL

Quelle que soit la tiche imposée i l'infanterie do ligne , elle ne doit jamais se dispenser du secours de l'infanterie légère, car c'est k celle-ci qu'est réservé le soin de reconnaître et de balayer le terrain. Elle prévient les surprises, dont les dangers ne se bornent pas srâlement k ooe perte d'hommes, mais doet les

mieux les diKemer , assureront toujoan i Imr aiwH une grande prepondéreocc sur sa rivale.

izsdbvGoOf^lc

MS TROIS AfiHES.

•uites Ocbeuies enlnlimit Kovent sprèa ^les U désorganisitioii de l'iiiFiDlerie de ligne et U perte des points que cdie-ci est chargée de défendre.

Qu'an chef, qui conduit ses masses éloignées àqnelqae distaocedelachalnedeses troupes Itères, rencontre son ennemi; pendant que les tirailleurs escarmouchent avec lui et paralysent ses mouvements offensifs, il a tout le temps de foire une disposition adaptée aux avantages du lerraÎD, et, selon que ses accidents le lui permettent, il prononce, sous la protection de ses troupes légères, un monvement offensif, ou, si les circonstances le lui prescrivent, il reste sur la défensive et manœuvre pour gagner un des flancs de son adversaire.

Hais, d'un autre cdté, pour que l'infanterie légère, arme défensive et i laquelle son ordonnance ordinaire, celle de la débandade, ravit les propriétés du choc, et ne laisse par conséquent qu'une force intrinsèque d'une moindre importance, puisse rendre les services dont je viens de parler, il faut absolument qu'elle soit soutenue par des masses qnî la suivent, ne la perdent pas de vue, et qui soient prêtes à prévenir ou à venger les échecs qu'elle pourrait facilement essuyer si on l'abandonnait à sa propre défense. Puisque les services de l'infanterie légère ne doivent être envisagés que oonune préliminaires et préparatoires, ils seraient souvent insignifiants si les chefs, qui dirigent les mouvements des deux infanteries, ne se bornaient qu'aux combats des tirailleurs; cariln'est pas donnéàl'infanteriel^^re de former des brèches, que nous envisageons comme les avant-coureurs des pertes des batailles.

Hais, au contraire, lesservicesque les tirailleurs, soutenus par des masses d'infanterie de ligne, peuvent rendre pendant une bataille , sont souvent incalculables, et nous apercevons le triomphe de cette lactique dans l'année française à la bataille de Jéna. L'attaque du Flob-berg par des troupes du maréchal Augerean, celle du village de Vierzehn'Heiligeu par -iO" régiment de la division Suchet, du village d'Isserstaedt par la division Desjardins, etc. , »ont autant d'exem^des qu'on ne saurait trop étudier et prendre pour modèles. A la bataille de Waterloo, nous vîmes aussi l'armée prussieDoe, commandée par le maréchal Blucher, s'engager sous la protection de ses chaînes do

tirailleurs qui, parcourant de mamelons en mamelons le terrain ondoyant devant Frischermon, nettoyèrent tout l'espace qui les séparait des ennemis, et facilitèrent aux massés d'infïnlerie qui les suivaient à une certaine dislance, des chocs impétueux qui contribuèrent avec tant d'efficacité aux succès de la journée. La bataille de Lulzen, au contraire, et les combats sanglants et opiniAtres livrés dans Klein, Grossgœrchen et Rahna, nous offrent un contraste frappant de l'engagement inutile des tirailleurs, s'ils ne sont pas soutenus par des masses d'infanterie, et de la nullité des résultats qui en proviennent.

VoiU pourquoi il est indispensable que les chaînes de tirailleurs ne s'éloignent pas trop des masses qui les soutiennent, et que ces iernières soient toujours à une distance telle que l'infanterie de ligne soit dai» la possibilité d'achever ce que les tirailleurs auront commencé. < Le combat des tirailleurs, dit le général Ruble * de Lilienstem {Manuel, t. i*', pag. 5S3), finit > làoùceluidesmassescompacles commence.*

Tout ce qui regarde l'ordonnance et les évolutions des tu-ailleurs, doit nécessairement posséder plusieun traits distinctib et être modifié, i' par r.ipport au terrain ; 3° par rapport à l'arme contre laquelle ils doivent s'engager. Étant obligés d'adapter leurs mouvements au terrain qu'ils ont à parcourir , et sa configuration présentant ordinairement un champ accidenté ou plat, il est indispensable d'assujettir les tirailleurs, dans le premier cas, à une tactique qui se distingue plutât par ses combinaisons avantageuses que par l'ordre de ses mouvements. C'est le moment de sacrifier l'alignement aux avantages qu'un enclos, des jardins, des haies, des digues, des fossés, un terrain boisé, montagneux, et parsemé de villages et de cabanes isolées que les tirailleurs occupent, peut nous offrir; car ces accidents naturels et de l'art sontjustement suffisants pour cacher des hommes isolés, qui ne pouvant être ni vus, ni atteints, désolent leurs ennemis par des coups bien ajustés. Le site de ces différents accidents étant rarement dans un alignement régulier, et leurassietle formant ordinairement un échiquier informe, pourquoi devrions-nous sacrifier les avantages que de pareils abris nous offirent à la seule conviction d'avoir su bien aligner une chaîne!

d by G aot^ le

Hais pour que tous ces objets ne soient pas, pour les tirailleurs , semblables à une arme qui reste sans eflet par l'ignorance du parti qu'ils peuvent en tirer, il u'cst pas tout àfait inutile de leur donner du moins les premières notions de la topographie, uolions qu'on prendra soin de simpliGer assez pour qu'elles ne surpassent pas les limites de leur esprit et de leur compréhension ; car il ne faut pas les laisser sans quelques idées sur la manière d'apprécier les positions et leurs accidents, sous le rapport de leur tactique.

Les circonstances assujettissent-elles les tirailleurs à parcourii' un terrain uni et où il est difficile de soustraireleurs mouvemeotsàla con- . naissance de l'ennemi, qui ne cesse sans doute d'épier leurs actions, dans l'intention de punir la moindre inadvertance, le pluspelit écart des règles prescrites : que le chef qui les conduit, en leur faisant changer de terrain, leur fasse aussi cbsDger de conduite. Dans ce cas, il est nécessaire , même indispensable, de les assujettir à un alignement qui forme toujours la première gradation de l'ordre et de l'ensemble qui doit r^ner dans chaque troupe , lorsqu'elle est suus les yeui d'un ennemi attentif et vigilant. Les dispositions des commandants des chaînes en deviennent moins gênées, les manœuvres plus exactes et les résultats plus avantageux.

Pourcequi regarde la disposition par rapport à la distance qu'on doit établir entre les paires pour la formation des chaînes, celte disposition doit être basée sur l'arme que les tirailleurs devront afl[h>nter. Il faut y mettre une différence distincte, selon qu'ils devront s'opposer à l'infanterie, à la cavalerie, ou être exposés à l'artillerie. Comme leur r&le, dansles trois cas, reste cependant purementdéfensif, le principal est de les mettre, autant que possible, à l'abri des feux de l'infanterie ou de l'artillerie, eldes sabres des flanqueurs ennemis. 11 n'y a pas de doute que, plus une masse d'hommes est serrée, plus elle souffre des balles de fusils et des cartouches à balles ; si nos tirailleurs se trouvent donc exposés à ces projectiles, pour les soustraire àdes pertes ruineuses et inutiles, il faudra biensegarderde resserrer leurs chaînes i mais, au contraire, placer les pairesdans un éloignement aussi grand que leur défense réciproque l'exigera. Les circonstances, au contraire, les

ont-ils amenés dans la proumité de h canr lerie, et les exposent-elles au danger d'être attaqués par ses Qanqueurs , le principe défensif a changé, et ce n'est plus que la formation des carrés oudes globes, quoique petits et infonnes, mais compactes, qui peuvent lec soustraire an coups de leurs ennemis. Hais ces fomtatioits demandent le rassemblement d'un certain nombre d'hommes; et pour que les flanqueurs, profitant de l'avantage que la vélocité de lenis chevaux leur donne, ne préviennent pas ces réunions, il est indispensable, an moment da danger, de resserrer les chaînes, de manière i pouvoir réunir au moins un peloton de la duùne

DES POSITIONS Bit CÈHÉKAL, ET AE CXLLES

UE l'ihfauterib en pabticdliek.

Les positions, en général, doivent être «>visagées sous deux rapports différents : t" soos le rapport du terrain, et 2° sous celui de b distribution des troupes pour les défendre. Mais, d'un côté, la libre circulation de ces troapes dépendant toujours du dioix du teirain où on les fait mouvoir, et, de l'autre, les succès des batailles n'étant en grande partie que Ic^ résultat de ces mouvements , avant de passer i l'emplacement de l'infanterie, il est bonde jeter un coup d'oeil attentif sur les propriétés des positions considérées sous le rappwt topo- (p^phique.

Le rdle de chaque troupe, rangée en balaiUe, étant relatif et se basant en grande partie sur les forces physiques dont ou peut disposer, j« le partagerai en trois classes distinctes ; le rôle défensif , le rôle offensif et le rêle mixte; c'csli-dire, alternativement offensif et défensif. La positions devant être choisies d'aprte k i4k que les troupes sont appelées à joner , je l« partagerai aussi en purement offensives, en purement défensives et en mixtes.

Hou idée n'étant pas d'énumérer les molib différents qui peuvent nous porter à prendre une des trais positions dont je viens de parler, mais de développer leurs avantages à l'égtrà de l'emplacement de l'inlanterie, jeme)»»posede ne les envisager que sous le rapport de ceux que leurs accidents procurent i b position de cette arme.

D'tpris les raisons qui doivent présider au cboix de l'une des trois positions ci-dessus mentionnées , il est iacile de se convaincre que celui des premières étant décidé par un nombre prépondérant de forces physiques , dont l'équilibre marqué décide toujours en faveur des opérations, le choix du terrain pourra n'être qu'une considération secondaire; car, lorsque je puis opposer dis hommes contre un, il n'y a pas de doute que l'avantage sera toujours de mon cdté. Il ne faudra que savoir Jes utiliser; et pour pouvoir le faire sans difficulté , les positions qu'on choisit dans ce cas pour champ de hatailje, ne doivent posséder qu'une seule verlu , celle de ne pas embarrasser les mouvemeDtsdestroupes,et, par coQséqueut, leur site n'exige à peu près aucune des conditions des deux dernières. N'ayanlégard, dans leur cboix , qu'à la libre circulation des troupes , on les trouve donc sur des terrains ouverts et plats, plutôt qu'accidentés.

Les positions purement défensives qui présupposent UD manque total de forces physiques pour pouvoir se soutenir avec avantage , et dont on doit compenser la pénurie par les prérogatives que nous offre l'art ou la nature, doivent être choisies sur des terrains dont le front et les fiaucs soient défendus, ou par des obstacles naturels insurmontables , ou par des lignes de fortifications dont l'attaque oblige les ennemis à mettre en action le surplus des forces qu'ils possèdent par rapport à leurs adversaires. Ces positions se trouvent ordinairement derrièredes fleuves d'un passage difficile, des défilés faciles à défendre, des marais, des forêts qu'on ne peut pas tourner, ou que l'on ne tourne que par des mouvements de conversion soumis à de grands dangers, et sur un terrain élevé dont le talus escarpé en rend les approches très-difficiles. Pour ce qui regarde la position de la IroisiÈme catégorie, au contraire, les troupes qui les occupent ne doivent pas se homer à une défense exclusive du point qu'elles sont chargées d'occuper ; mais chaque arme doit chercher plutôt amasser deladéfensive à l'ofifensive, et, dans ce cas, il faut nécessairement avancer pour déposter son ennemi. Hais les mouvementsde l'infanterie étant très-lents, et demandant par conséquent un long espace de temps pour franchir le terrain que l'occupation des difllérents points l'oblige à parcourir.

et pendant lequel OD doit la soustraire aux attaques de ses ennemis, il faut placer l'infanterie BUT un terrain derrière des accidents qui cachent toutes ses manœuvres, ou sur des sites dont la déclivité, sans lui ravir l'aisance des mouvements, multiplie pour l'ennemi les difficultés de leur abord.

Cependant ces accidents, que j'admets comme avantageux pour les positions mixtes, ne doivent pas être lropinuUipliés;car,dansvin pareil cas, cette multiplication finirait par transformer les approches de ces positions en défilés qui s'opposeraient à la contiguïté des lignes de bataille, pendant leurs mouvements offensifs ou rétrogrades, et, en les rompant, leur ravirait leur première vertu.

Comme les positions des deux dernières catégories exigent des combinaisons mnltipliées, et par conséquent un examen plus approfondi, ces considérations m'obligent de consacrer à diacune d'elles un article séparé.

Det potiiiont purement dêfetuives.

Si UD manque de forces physiques nous force à prendre une position purement défensive, il est tout naturel que nous cherchions à compenser la faiblesse de nos forces par le choix d'un terrain dont les accidents, en protégeant notre &xmt et nos fiaucs, soient tels , que leur attaque demande des forces quintuples et même plus grandes encore qu'il n'en faut pour leur défense, et qui mettent les flancs à l'abri d'un mouvement de conversion. Ces positions doivent donc être choisies sur un terrain élevé et dominant toute la plaine occupée par l'ennemi, de manière 3 ce que notre artillerie puisse en rendie de tous les côtés les approches difficiles , et, s'il est possible, inabordables.

Hais, tout en présentant aux ennemis de grandes difficultés à surmonter, elles doivent oITrir aux troupes défensives la facilité de se mouvoir dans tous les sens, pour s'opposer aux attaques des assaillants, et , par conséquent, posséder dans leur circonférence tous les avantages de tactique qu'un cliamp de bataille peut nous offrir. Telle était la position que le duc de Brunswick avait occupée , le 37 novembre 179Ô, à Kaiserslaulem. Le plateau du Kaiserberg , dont le front était défendu par la Lauter et la ville de Kaiserslaulem, que des

fortifications avaient mises hors d'alteînte, formait le centre de la position. Une forte redoute servait de réduit aux troupes du flanc droit ; des parapets y avaient été élevés pour couvrir l'artillerie, et des épautements pour l'infanterie. On prépara, au-dessus de la ville, une inondation de la Lauter. Ce pbteau , dans son dentre comme sur ses deux flaocs, était entouré de bas-fonds qui gênaient les mouvements offensifs des troupes ennemies, et qui avaient rendu la positiou purement défensive. Cependant, pour procurer à ses troupes les moyens de faire aussi des mouvements offensifs, le duc se prépara sur la rive droite de la Lauter un champ de bataille dont le flanc droit , appuyé au village de Hoorlautem, était aussi défendu par une redoute placée sur le Rohrswalderbei^. Sur le flanc gauche, il fit construire sur le Galgenberg une autre redoute qui servait de point d'appui aux troupes de l'aile gauche, et facilitait un mouvement offensif sur la route de Homburg. Toute la position , depuis Moorlaul«m jusqu'au Galgenberg, n'avait à peu près que quatre kilomètres d'étendue, et favorisait tous les mouvements des réserves placées sur le Kaiserberg vers les deux flancs. Celte position avait encore l'avantage de posséder deux lignes de retraite , par Otter-

(0 Voytt-m la dncription dans VHiitoirt dtt derniire* Campagne» dt Gutlave- Adolphe ni Allemagne, par Frinchevîile , page 391 .

(i) Le lecteur peut en voir une description détaillÉa dans Its Métttoirei milUairet du général Tempelkof.

(s) Ce camp possédait trois lignes de fortlGcations qui contenaient 108 redoutes et 5SZ bouches à feu. Les feni étaient Oanquants, tous les délwucbAs des défîlfs étaient occupés.

La première ligne, avec ses osciliatioi», s'éteDdait depuis Léguas, traversait les hauteurs d'Arruda et Honte-Gracia , et s'appuiait vers la droite près d'Albandra au Tage, k gaiicbe t l'einbauchure du Sizondro à Ponte-de-Rol , entre Torrès-Wedras et Mafra. Elle contenait 53 redoutes toutes palissadtes et entourées de ravins, et armées de 140 boucbrai feu.

La seconde ligne avait SS redoutes armées de IKO pièces decanon, s'appujailà droite à Alvercaau Ttge, et s'élendait au deU des défilés de Buceltas, Cabeca, de Hontachique et Mafra.

I^ troisième ligne avait 11 redoutes, armées de %S cannas, et s'appujrait par sa droite auTage, près de Bellem; par sa gauche, près de Carcaes à la mer, et dans le cas de l'abandon du pays par rarmée alliée, de-

herg sur Hayence , et par Turdkbeim sar Hauheim. C'est justement à la circonscription de la circonférence du champ de bataille, qui, en présentant aux ennemis de très^^ndes difficultés à vainov, offrait an duc les moyens de pousser ses réserves vers les points attaqués , ce qu'il lit justement sur son flanc droit conlre les troupes que Hoche dirigea contre Mooriautem et la redoute du Rohrswalderberg, et pins lard contre la division Taponier, à laqoelle le général Hoche enjoignit de s'emparer de la redoute du Galgenberg pt de tourner le flanc gauche des ennemis, que le duc fut redevable de la victoire qu'il y remporta.

Les positions défeudves se trouvent aussi sur des terrains circonscrits dans une chaîne contigufi de for tifica tionsde cam pagn e , bérissées de bouches à feu et qui les rend inexpugnables, comme les exemples que nous ofi'rent le camp de Gustave-Adolphe à Kumbei^ (i) , celui de Frédéric le Grand à Bunzelwitz (9) , du duc de Wellington derrière les lignes de Lisbonne (s), des Turcs, en 4810,prèsde Battin (<) , cdui deDrisna, en 1812, etc., etc.

On prend aussi ces sortes de positions sous les murs d'une forteresse, comme celle da général Kray sous les murs d'Ulm , celle de Napoléon sous Hantoue et sous Dresde , et des

Tait couvrir l'embarquement qui devait s'elTectuer pris du fort Juliao.

Pour augmenter les difficultés de l'assaut, les allié) avaient TaJt des profils très~forts, préparé des inondatioDS et coapé les routes. Les redoutes qui conviaient te chemin de Listmnne étaient assez éparscs , ce qoi avait Toroié des détraucbés par où les troupes pouvaient défiler pour se préparer au combat.

(i) D'un Gâté, il ne fJillait pas moins que la terme décision du général en chef, comte de Kamensky, ri dont il a donné dans cette occasion une preuve bien évidente, ainsi que te courage exemplaire des troupes qui compi)saient son armée; et de l'autre, l'ignorance asset prononcée du-séraskier Koschani-Ali, et des pactias Acbmet et Muktar (ce dernier Gis du fameux AIÎ , pieha de Janina), pour procurer aux Russes la possession des trois camps au prix de si peu de sang. Le général en chef, comte de Kamenskj , ayant reconnu que les fortifications n'étaient pas fermées, ordonna de les atti' quer par les gorges, tandis que les troupes qu'il coatmandait en personne, et celles du général comte de Kamensky l'aîné, furent dirigées vers le front des fortifications.— Pressé surp1usieurspoints,M uktar'-Pa cba prit le premier la fuile.tandis que le reste des Itou pet otlomaoet, commandées par Achmct-Pacha, mil baslesaisn-

Russes aou8 les murs de Smolensk. Un fleuve d'un couis rapide et possédant des rives escar> pées , dont l'eoiieiiii voudrait Torcer le passage , sans avoir égard lax moyens faciles que sou adversaire possède pour en défendre les approches, en oousoOhmtla possibilité de nous y opposer, pourra nous rendre les mêmes services (i). (hi mettra dans la méow catégorie des siles dont le front est défendu par des taillis bérisséâ d'abatis , ainsi que par des terrains aquatiques, dont fe marécage 8*Dppose au passage des troupes et les rend par conséquent inabordables.

Les difficultés, par lesquelles l'art et la nature rendent ces siles souvent inexpugnables, contre lesquelles les lois delà lactique deviennent insuffisantes et en font échouer les tenta- ^ ti ves, renden tordînairement ces positions plutôt stratégiquesquetactiques. Les attaques en front n'étant pas les seules dont on puisse faire usage pour dé poster un ennemi d'une position purement défensive et souvent inattaquable, on emploiera donc un autre moyen moins destructeur et tout aussi avantageux , celui de les tourner par un des flancs; opération qui nous oblige souvent à évacaer ta position , pour ne pasdoDnerdeprisesurnotrelignede retraite (s).

Les reconnaissances étant une fois faites, si la position a été troui.^ purunent défensive, le premier soin de cefcii qui veut l'occuper, sera de la soustraire àws débordements qui paralysent sa force intriiisèque , en cherchant à prévenir chaque mouvÉ.iieDt de convereion. Si cette condition devient impossible , il faut du moins chercher à faire le cbon du site de manière à ce que l'ennemi , s'il abandonne l'attaque en front et entreprend un mouvement de conversion , soit obligé de prêter un des flancs des colonnes tournantes, et de les exposer par là à être prise en flanc et à dos; danger «sseï grand pour loi faire perdre le dësir de l'entreprendre.

En général, ces positions ne peuvent être tout k fait twnnes que lorsqu'dles sont à cbeval sur la lig»e d'opérations naturelles, et que si

(i) Tdle Mail la poHtlon du comte de Wittgmtteiii «n 181 1 , au cosbat de Ttehuchnikl derrlire l'Oola et la LoakwDtlit.

(i) C'nt i la fuite d'an monvemeiK que l'irmée française fit en 181t, vers Dokcbltij, mouveiDeBt qai met-

l'enncmi estdbligé , pour l'intercepter, de faire un mouvement de conversion d'une grande circonférence et d'un danger elTectif, ou sur des sites qui , nous offrant la possibilité de changer de ligne d'opérations, nous exemptent par conséquent des inquiétudes que ces mouvements de conversion o<xasionnent par rapport ï l'intégrité de nos communications. En rabattant le flaoc attaqué jusqu'à la nouvelle ligne d'opérations, on se prépare par là une retraite facile et sans danger.

DâM potitiont mixte».

Tout engagement présuppose deux objets à remplir : 1" battre son ennemi et le poursuivre; 3° si l'on est battu, de faire une retraite bien ordonnée. C'est sur ces deux objets qu'on doit baser le choix des positions mixtes.

La règle générale de l'emplacement de l'infanterie, par rapport aux lignes de bataille, est de la poster de manière qu'en perdant le moins de monde , elle défende avec efficacité les postes qu'elle est appelée à garder , et qu'étant parvenue à riposter à son ennemi, elle puisse aussi gagner du terrain en poursuivant son succès. Pour répondre a ces trois objets, il . faut que, pour le premier, l'infanterie soit , autant que les accidents du terrain le permettent, à couvert des feux meurtriers de l'ennemi; pour le second , que son emplacement et la disposition de la troupe la mette à même de profiter des avantages des localités ; et, pour le troisième, que son mouvement offensif ne soit pas trop gêné par un terrain coupé. Par rapport à l'ennemi, une position, pour être bonne, doit posséder deux traits distînctifs : )<■ offrir sur son front et ses flancs des difficultés' marquées pour l'adversaire qui voudrait s*en rendre maître ; ^ s'il se résolvait à la tourner, que cette tentative le mette ea danger ou de perdre ses propres communications , ou d'avoir ses colonnes tournantes prises en flanc.

Pour que le choix d'une position mixte, par rapport aux lignes de bataille, soit fait dans

tait l'irmée nuM en danger d'ttre tournée par u ^uche et d'être coupée de sa li^e d'opération naturelle sur SmoloDSk , ((u'elle se tit obligée d'évacuer le camp de DrlsM.

le sens de la pure lactique, il finit chercher, autant que possiMc, à choisir des terraiDS garais de villages, de bouquets, de haies, d'enclos , de jardins , ainsi que de taillis et d'élévations de moyenne hauteur, ayant soin de garder les villages et les bouquels par des chaiaes de tirailleurs qui, à leur tour, devront être soutelenus par des réserves, et de garnir les élévations avec des pièces d'artillerie. En cachant ainsi remplacement des masses d'inranteric derrière ces rideaux naturels, on ravit aux ennemis tous les moyens de les apercevoir , et on leur dérobe par là la connaissance et l'appréciation de leur position, ainsi que tous les moyens de les prendre pour but (i). Obligés, pour les atteindre, de viser plus loin que les accidents qui les cachent, les artilleurs ennemis pourront rarement être sûrs de leurs coups, et la plus grande partie des projectiles viendront frapper devant ou derrière les bataillons, lin autre avantage , non moins grand qnî en lésultera, sera les moyens que les masses désignées pour défendre les différents accidents dont nous venons de parler, posséderont pour tomber à l'improviste sur des assaillants un peu imprévoyants, en profitant de l'avantage souvent incalculable d'une attaque inopinée. Les mêmes accidents de la nature , que nous venons d'accepler comme avantageux pour garnir le front d'une position, le seront aussi pour lesderrières. Tout en offrant des abris sûrs pour les troupes, comme ces sortes d'accidenU n'entravent pas leur mouvement, une fois que la retraite a été décidée , ils offriront aux troupes rétrogradantes des positions avantageuses, et les moyens de marcher avec aisance sans les obliger à se ployer eu colonnes profondes , formation qui , sur le champ de bataille , a le double inconvéuieut de faire perdre du temps, et de posséder peu de moyens de défense.

Du pontioiu de l'infanterie.

Ayant récapitulé lesdiiféreatâ avantages qui constituent la force des positions, sous le rapport lopographiqne, revenons maintenant à la

(i) A la bataille de Ligny, l'IotanlioB do martcbal Blnchci avait M do dirober ses troupes «ni rtgardi de se* ennemu, en les plafaut entre les Tillages de Lign; et de Bria , dans des bas-fonds ; mils le* hantenn

dislribatîon de l'infonterie destinée ponr gar^ der et défendre les diSéicnts accidents de terrain que nous avons acceptés comme avantageux pour former le front des positions, et couvrir les lignes de bataille.

Les villages, qui sont ordinairement garnis de jardins, entourés d'enclos, de baies et de clayonnages , forment de plus ou moins grands défilés où les mouvements des troupes sont souvent très^nés. Il serait donc dangereux de les encombrer de troupes, qui seraient obligées de rester inactives à cause du manque de plare pour se déployer et pour manœuvrer. Ces postes offrant aussi, par leurs maisons, beaucoup de moyens Caciles de défense, qui demandent peu de bras pour les préserver d'être pris, il serait même dangereux d'y amasser beaucoup de troupes : leur encombrement ne servirait, qu'à les exposer aux coups de rartillerie enne- | mie, dont un concentre ordinairement les fenx sur ces sortes de postes, qui offrent tant de moyens faciles pour les défendre.

Nous en concluons donc que les masses d'mfanterie qui sont destinées pour défendre on terrain qui serait parsemé de villages , doivent être plulàt placées derrière ces sortes de postes, ayant soin de les garnir d'nne chaîne de tirailleurs qui occupera les maisons , les jardins, les endos et les clayonnages qui se trouveront dans leur circonférence. On assignera à cette chaîne de tirailleurs des postes de reidis, qui lui serviront anssi de réserve, et la reaforceront en cas de besoin ; et, si le village possède quelque grande enceinte d'église , un grand vei^^ ou un cimetière , on y placera une autre grande réserve, dont le soin sera de s'opposer aux troupes conemies qui voudraient pénétrer dans le village. Si c'est un bourg qu'on se propose de défendre, la réserve {«incipale sera placée sur le marché, comme le point où eoavergent ordinairement toutes les rmites qui mènent dans le bourg.

Le chef de cette r^rve primitive dirigera son attention sur les avenues par lesquelles, apparemment, l'ennemi viendra fondre sur le village, comme étant tes passages les plus ti-

de FleoTus, donilniiil tout le champ de bataille, tnhfrent l'inlcntioa du général eu cber^missieD, et déMUvrirent l'année aux yeut de ses adversaires.

dbyGoot^lc

ciles par lesquels on peut pénétrer en nasses compacles. Si, au contraire, le village ne possède pas de ces réduits avantageux pour remplacement de la réserve, il faudra en mettre une dans la proximité du poste , qui , en changeant de place, ne devra pas cependant changer derAle.

Le reste de l'infanterie sera désigné pour secourir les troupes employées pour défendre les villages qui fitrment le front des positions, et sera poslée dans un certain éloignement. Mais comme tous les mouvements précurseurs des attaques de cette infanterie ae doivent se faire que dans la proximité de son ennemi, il est utile de placer l'infanterie assez près de ces accidents, afin qu'un mouvement uu peu long pour atteindre son ennemi, ne lui ravisse pas le moment opptvtun, et ne la trahisse pas aux yeux de celui-ci, en éveillant par là sa prévoyance.

A la bataille de Ligny, les Prussiens, en occupant les villages de Saint-Amand et de Lîgny, dont la possession couvrait le front de leurs ligses de bataille, firent les dispositions suivantes: Le 1" corgis, commandé parle généralZietben , occupa le village de Salnl-Amand avec 3 bataillons et 2 compagnies de voltigeurs de la 3' brigade. 1j I" brigade fut placée en réserre derrière le village. La 4" brigade occupa le village de Ligny avec 3 bataillons, tandis que 6 bataillons furent placés en réserve. La 3* brigade , et le reste de la 3* l^gade , ce qui formait un total de iZ bataillons, se déployèrent en deuxlignesderrièreet entre les villages de Brie et de Ligny. Le 3* corps, commandé par le général Thielemann, formant le flanc gauche et la première ligne de l'ordre de bataille, appuyait son flanc droit au village de Sombreff, que le général fit occuper par un bataillon de voltigeurs. Les troupes de son flanc gauche ayant occupé fortement les villages de Tongrines et Tongrenelle, qui se trouvaient devant son front , ainsi que toutels les métairies qai étaient le long du ruisseau do Ligny, s'appuyaient i Botcy.

(i) La bataiUede&oebstett restera toajoarsunaieniplc frappant et terrible du danger d'encambr^ les villages de troupes, qui ne peuvent plus ni se mouvoir, ni attaquer, oi même se défendre. I.e village deBlindheim sera toujours nu monument de l'ignorance du marétlial Tallard et de l'iDsoticiince des gioéniui qol eomman-

Pourvu qu'un village possède dans son espace assez de bras pour le défendre contre l'impulsion d'une première attaque, le reste de l'infanterie désignée pour défendre toute 1'^ tendue du terrain qui l'environne, étant postée derrière le village, pourra même et avec plus de facilité, en marchant par les deux flancs du poste , assaillir l'ennemi qui entreprendrait une attaque sur un des deux flancs. En un mot, il ne faut faire entrer dans un village que le nombre de troupes nécessaire pourle défendre avec opiniâtreté et avantage , celui pour le moins qui sera suffisant pour ne pas céder de prime-abord celle conquête à son ennemi (i).

A cette même bataille deLigny, que je viens de citer, les Français s'étant rendus maîtres de Saint-Amand, cherchèrent à prolonger leur flanc gauche en occupant toutes les allées , les haies et les bas-fonds qui se trouvent du cAlé de Brie et de la grande route. Ce mouvement ayant donnéde l'inquiétude pour le flanc droit des Prussiens, et pour lenr liaison avec les troupes hollandaises, le maréchal Blucber enjoignit au général Steinmetz, auquel il donna 6 bataillons, de reprendre Saint-Amand. Les Prussiens abordent le poste avec leur bravoure accoutumée, et parviennent às'emparer d'nne partie du village jusqu'au cimetière, où les Français avaient placé la réserve, qui parvint à arrêter le mouvement offensif des Prussiens. Un combat sanglant s'y engagea, pendant lequel le général Vandamme , qui avait placé la masse primitive de son infanterie derrière le villa^, arriva au secours des troupes attaquées. Il ordonna au général Girard de tourner le village par la gauche du cdté de Wagnele , et un assaut, dirigé de trois cdtés, força les Prussiens à l'évacuer tout à fait.

Il est incontestable que , pour ce genre de combat, les Français ont une grande supériorité sur plusieurs armées européennes, et le talent qu'ils ont toujours déployé, ainsi que les règles dont ils se sont servis pour la défense des villages peuvent, sans contredit, servir d'exemples et de préceptes. Presque tousies militaires expé-

daieoti l'aile droite. EaTermer 3T battilions et 13 eieadrom de drkgoai dans ua village, tombe déjà daui le ridicule, et nous bit même douter de U lionne Toiaiec laquelle le maréchal Tallard aurait dd servir la cause de son maître.

dbyGoot^lc

rimeDlésen sont d'accord. C'est aiosi que nous les avons vusàlabaUillede Leipzig, en 1813, et à celle de Waterloo , en 181S, se soutenir pendant des journées entières, à la première dans le village de Probsteyda , et à la seconde dans Plancbenois. N'avons-nous pas vu dans le combat à outrance de ce dernier poste, dont la possession était pour les Prussiens d'un intérêt mineur, possession dont on peut dater la déroute de l' armée française, le général Bulovr obligé de soutenir le culonel Hillcr par sa réserve, composée de la ii' division, de diriger même sur ce point une brigade qui se (rouvait sur sa droite , sans cependant venir à bout de s'en emparer? Les l*russiens furent obligés de renforcer le corps de Bulow par celui du général Pircb; et ce n'est qu'à l'impulsion simultanée de forces aussi puissantes, que les Prussiens ont élé redevables de cetle conquête. Hais quelles sont aussi les règles qui pourraient nous sauver , lorsqu'on esl écrasé par le nombre? Si les Français avaieut encore eu quelques troupes disponibles pour pouvoir secourir leur extrême droite, peut-être aurait-on vu un autre résultat.

Les bouquets étant moins susceptibles encore que les villages de contenir des masses d'infanterie, ce sera de même à des chaînes de tirailleurs, à leurs postes de replis ei à leurs réserves, que nous en abandonnerons la défense, ayant bien soin de ménager le reste de cette arme, pour la faire manœuvrer sur un terrain qui lui offrira plus de liberté d'action.

Pour ce qui regarde la position de l'infanterie désignée à la défense des grands laillis, comme sa position dépend beaucoup de la grandeur du bois qu'elle doit défendre, et que c'est selon sa dimension qu'on doit calculer les masses défensives et celles qu'il peut contenir, il sérail difficile de décider la manière dont on devrait distribuer l'infanterie pour défendre les boisdedifférenlesgr3Ddeurs.Si,aucontraire,les circonlances forçaient l'in&nlerie àse poster de manière à avoir un taillis occupé par l'ennemi devantsoi, l'essentiel serait de la placer hors des coups de fusil de la lisière; car les tirailleurs ennemis, cachés derrière les aritres qui leur serviraient d'abri, mettraient l'intanlerie à la merci de pertes d'autant plus sensibles, qu'il serait même difficile de leur rendre la pareille. A l'égard de la position de rinfanlerie désî-

ËXAHE24 RAISONNÉ

gnée pour la défense des élévations dont la plupart sont occupées par l'artillerie, sa [Aaee sera,sansGontredit, sur les variants des mantelonsqu'elieestappeléeàdéfendre, prétei s'opposer à chaque mouvement offensif que l'ennemi entreprendrait pour s'emparer de dos pièces, qu'elle doit envisager comme undépàt sacré confié à son honneur, et dont la pale doit être tout aussi flétrissante pour les régiments, que celle de ses drapeaux. C'est en faisant peser sur les masses désignées à la défense des batteries, et non sur les artilleurs eux-mêmes , le déshonneur de leur perte, qu'on parviendra plus focilement à accorder à la sphère active de cette arme le dévelopement dont elle est susceptible. L'oi^^ nisation même de l'artillerie prouve en taveor de cette assertion, car elle possède, il est vrai, asseï d'hommes pour servir ses pièces, mais non pour les défendre.

S'il arrivait qu'on manquât d'artillerie pour garnir la crête des élévations, ou qu'^e pât être mieux utilisée sur un autre point, alors, au défaut de cette arme, en emploiera des tirailleurs qui occuperont la pente du cdté de l'ennemi, tandis que les masses d'infanlejïe seront postées sur les versants. C'est une disposition dontleducde Wellington s'est servi avec beaucoup de succès dans ses campagnes d'Iilspagne.

Mais quelle formation accordera-t-on aux masses d'infanterie postées sur ces versante? C'est un sujet qui ne doit point être exempt de discussion. Si l'élévation qu'on occupe est telle, que la cavalerie, à cause de son escarpement, n'oseTatlaquer, je conseillerais alors de placer celte infanterie postée sur les versants, plutôt déployée en bataille qu'en cokwnes, et en voici les raisons : rennemi qui entreprendrait de s'emparer de cette élévation étant obligé, par la configuration du terrain, d'employer pour l'attaque, de l'infanterie et non de la cavalerie (car le choc de c^e-d se trouverait alors paralysé le long de la pente pour arriver au sommet), une ligne postée sor le snmmet d'une élévation aura un très-grand avantage contre de l'infanterie qui, pour parvenir jusqu'au choc, serait obligée de gravir un talus plus ou moins e.scarpé, de ralentir son mouvement, et perdrait beaucoup par le feu queTinfanterie défensive dirigeraitcontre elle.

Quoique ta ligne pUcëe BurleTemnt, c^gée de se mouvoir pour atteindre le sommet, éprouvai un certain tlottement, la petite distaoce qu'elle aurait à parcourir permettrait qu'où lui fit entreprendre ce mouvement, sans <Taindre qu'il lui ravisée sa contiguïté. Le principal sera de posséder aussi à c4té un autre bataillon formé en colonne offensive, et qui soit prêt à fondre sur les assaillants, en les prenant en Banc et à dos, si l'infanterie offensive, poursuivant son mouvement aveu vigueur, se trouvait à portée de tenter un choc à la baïonnette.

Si, au contraire, la déclivitéde la pente du mamelon ne paralyse pas lea mouvements offen&ib de la cavalerie , il est tout simple qu'on place l'infanterie formée en colonne défensive prèle à se former en colonne contre ta cavalerie.

Je ne veux rien ajouter à cet article sur la formation qu'on doit accorder à l'infanlerie sur les différente terrains où onla place. Ayant, dans les sections II et III , développé avec d^ tail les propriétés des formations des deux infanteries, ainsi que les cas DÙelles doivent être emjdoyées, il serait inutile de s'appesantir encore une hm sur les différentes occasions dans lesquelles on devrait employer l'une philât que l'antre. C'est au discernement du chef qui commandecelleanne, qu'est réservée la tiche de donner i ses masses les formations les plus avantageuses , et qui doivent être le résultat de la position que les bataillons occupent et de l'arme qu'ils doivent combattre.

Les bouquets, les élévations, les villages, et, en général, toutes sortes d'habitations, ayant, comme nous le voyons, non-seulement l'avantage d'offrir des défenses faciles et prolongées, mais de servir aussi de rideau à la position et aux manœuvres de l'infanterie postée sous la protection de ces abris, il n'est que trop naturel de profiler de ces avantages, lorsque le site qu'on choisit nous en offre de pareils.

Pour ce qui regarde le terrain qui se trouve à dos des lignes, et qu'une infanlerie rétrogradante serait obligé de parcourir, il ne faut pas prendre trop rigidement l'acception d'un pays facile à parcourir, en ne choisissant, pour les derrières d'une position de l'infanterie, qu'un terrain tout à fait uni. Que ce soit seulement un site qui ne présente pas de défilés ou de rivières à franchir ; en un mot , que ce ne soit pas un terrain qui oblige l'infanterie rétrogra-

dante ji se ployer en colonnes-manœuvres, formation qui ne présente que des têtes pour défense, et la soumet, par conséquent, à être surprise dans un état qui paralyse ses moyens défensifs. Au contraire, les mêmes accidents de terrain propres à couvrir le fh>nt d'une position, seront aussi avantageux pour ses dernières, car tout en offrant beaucoup de moyens de défense , ils faciliteront par là l'écoulement des troupes rétrogradantes sous la protection des arrière - gardes , dont le premier soin sera de profiter des avantages que la configuration du terrain leur offrira, et dont nous venons de faire l'énuméralion.

Jusqu'à présent nous n'avons envisagé les positions de l'infanterie que par rapport aux avantages du terrain sur lequel des bataillons isolés, qui ne font qu'une partie de l'ordre de bataille , sont postés ; discutons maintenant sur sa position, par rapport à l'ordre de bataille en général.

L'infanterie désignée pour former les lignes de bataille , dont la première vertu est la contiguïté, ne pouvant pas, ainsi que la cavalerie et l'artillerie, être placée partiellement , il serait même dïEQcile de suivre strictement les principes que je viens d'énoncer. La configuration du terrain que le hasard assigne aux lignes de bataille , ne favorisant pas dans toute son étendue l'emplacement de l'infanterie d'après les principes ci-dessus désignés, les soins du chef seront dirigés à compenser le manque de ressources qu'offre le site , par les avantages des formations dont j'ai développé les vertus et les emplois dans la section 11 , où j'ai traité des propriétés de l'infanterie de ligne, ainsi que par le secours que l'artillerie pourra lui offrir. Si aucun accident ne se présente, pour couvrir les lignes de bataille, use forte artillerie, placée sur les élévations qui se trouveraient devant leur front, les couvrira toujours avec avantage, et compensera ainsi les défauts de la nature. C'est ainsi qu'à la bataille de Waterloo, le duc de Wellington, ayant fortcmenloccupé devant les deux flancs et le centre de sa position, les métairies de Ifaugoumont, de la Haye et de Papelolte , garnit les hauteurs qui se trouvaient entre ces trois postes et devant le front de ses lignes do bataille , par une forte artillerie de gros calibre. L'essentiel est do poster les lignes de bataille à une dislanre

telle , que les batailloos qui les formenl soient en état de soutenip les troupes qui défendeat les postes avancés, pour ne pas les mettre à la merci d'un ennemi souvent plus nombreux, qui pourrait profiter d'une position vicieuse qu'on donnerait aux masses principales, en les éloignant de la ligne avancée des accidents naturels. Cest au vice d'une disposition pareille que le maréchal de Villeroi a dû , en grande partie, sa défaite à la bataille de Ramillies. Voici le jugement que le marquis de Feoqnières en porte (t) : < L'ennemi conduisit

* l'attaque du vdlage de Ramillies, dit-il,

> différemment de celle de la cavalerie de la I droite. Il y marcha surquatre ou cinq lignes;

* mais, en approchant de la tète de ce village,

> il connut que notre ligne d'inranlerie était

* trop éUtignée du village pour le protéger de

* son feu, et que les flancs du village n'étaient

> pas garnie de troupes, parce qu'il y en avait

> trop peu.

* Sur cette mauvaise disposition de notre

> part, il en forma ane bonne : il fît avancer

> une de ses dernières lignes sur le front de la 1 première; ensuite de quoi, en approchant du

> village, ce front, qui le débordait, s'étendit t en potence sur le flanc du village et le força

* fort aisément, paire qu'il n'y trouva pas de » résistance, dans le temps que les Uoopes 1 soutenaient l'attaque de la télé. L'officier

> particulier et le soldat, ajoute-t-il, n'étaient

> pas capaUes de redresser par leur seule va-

* leur nne affaire perdue par sa mauvaise dis- » position; de sorte que le désordre fulbientdt 1 général par toute la droite , qui abandonna » son champ de bataille et son canon, i

Quant aux mouvements offensif, que les lignes de bataille sont dans le cas de prononcer, comme dans des cas pareils, on n'occupequele

(i) Mimmra dt M.le mtarquit de FeuquiiTe*, tome iT, pa^e 38.

(i) LesauleursdesBuU«(tM /Votif au ont pousséquelqncTois Inir panioit pour l'astenlation , jusqu'à imputer i un miliUrre iiissi profond qu« Bonapirle les butes l«8 plus grossièrM. Toutleurttait possible, pourvu que leur citation portât l« sceau de l'eilraordiniire eu Ait de moureroenls, de poiilions ou de courage. Nous lisons, par eiempie, dans le cinquante-huitième Bulletin de la grande armée, datt de Preusch-Ejlau , le 9f<6Trierl§0T: < U garde à pied (il ne faut pas ou-

■ blitr qu'elle Tonnait ordinairement la réserve prin-

■ cipaJe de l'année} a été loule la journée l'arme au

terrain que Tennemi nous cède, et que par conséquent, à la suite du mouvement , on n'est pas toujours le maître de les poster de manibe à pouvoir profiter de tous ses avantages, c'est alors la disposition des troupes qui doit obvin à la défectuosité du terrain. Une masse imposante d'artillerie, qu'on place devant te front de la première ligne de bataille , en défend les approches; une autre, de cavalerie , qu'on poste avantageusement derrière une des ailes et qn'on parvient à soustraire aux regards des eoDemis, paralyse les monvemeots offensifs de l'adversaire en tombant sur la partie attaquante, et en la prenant en flanc ou à dos.

Hais les lignes de bataille demandent parfois des secours souvent répétés, qu'on leur porte en relevant les bataillons battus et désorganisés, ou en prévenant les débordements de leurs flancs, auiquds elles ne sont pas en état de s'opposer par leurs propres forces; elles exigentalors de grandes réserves, que l'on compose ordinairement des troupes les meilleures et les plus éprouvées , dont la position, tant qu'elles sont inactives, doit être derrière les lignes de bataille , hors d'atteinte des coups de l'artillerie ennemie et postées sous la protection de quelque accident du terrain qui les cache tout à fait aux regards de l'ennemi (i). C'est il ces résn^es qu'on impose les rôles différents que je viens de citer.

Hais ces réserves envisagées sous le rappral de leurs différents emplois, étant obligées de prêter des secours souvent répétés (s) , et leur rdle étant par conséquent toujours difficile et épineux, il n'est que trop juste de désigner pour leur composition une masse imposante d'infanterie, composée de vétérans qui, lémoins actifs de faits glorieux et de catastroj^MS dangereuses , savent toujours mieux apprécia'

• bras, Boua le fbn d'une épouTantablemiliaille {!!!!). > sans tirer an coup de fosil, ni (aira aucun mouie-

• ment. • Je prendrai la liberté de demander quelle position, dans un pareil cas, occupaient donc les lignes debatailleT A-t-on jamais entendu aïouer avec pins de nalieté et dans l'unique but de contenter l'ost eut»' tion , une faute aussi grOKière T Et c'est i ta coaronne du restaurateur de l'art militaire qu'ils attaebaient m fleuron aussi ridicule!

(5) Comme l'exemple que nous oflre la bataille de Wagram, et pour lequel je prends la liberté de renvoyer le lecteur aux Répexiont lur U SyHème de* Gutrret modemet , pages 3S9 et lulnnles.

U nécessité des prompts seconn, et dont les membres couverts d'hoaorablea stigmates , servent de preuves irrécusables de leur entier d6- Toûment ponr le souverain et le pays qu'ils out l'bonnear de servir.

SECTION V

DB L'ACTIOM de L'nfFAKTEBIB Elf GÊnÉRiL.

Si l'art de sav'oir bien choisir une position et de placer ses troupes , est d'une importance m^eore pour les combats , celui de les mettre en action es) plus utile encore, car les victoires ne sont uniquement que le résultat de l'action des diiférentes armes.

Chaque action porte plus ou moins l'empreinte du caractère du chef qui commande les troupes.' Il n'est donc pas tout à fait inutile d'approfondir celui de son ennemi et de calculer, d'après une donnée pareille, les dispositions de la journée. Voir s'il faut le fatiguer par une défense prolongée et tomber à corps perdu vers la fin du combat, ou bien s'il est plus facile de l'étonner par une attaque vive et inattendue , le rompre par des chocs souvent répétés , le poursuivre sans relâche pour lui ravir tous les moyens de rétablir l'ordre de ses troupes et .s'emparer des trophées.

L'action de l'infanterie est composée de deux rôles : l'attaque et la défense qui doivent être basés, le premier , sur la pins haute élévation du d^Té de décision des moyens d'agressioa, et le second , sur la prolongation la plus opiniâtre des moyens de résistance. Ces deux râles peuvent être envisagés sous dix aspects différents.

I" Dans les plaines;

8° Sur un terrain coupé et parsemé d'habitations ;

3° Employés àdéfendre des fortifications de

4f Sous le rapport des eogagements contre l'infanterie ;

5" Contre la cavalerie ;

6° Contre l'artillerie ;

7° Des combats en masse ;

8° Des combats «n débandade ;

&> Du choc; 10* Desfeui.

Chaque engagement, chaque combat , doit être basé sur U rapidité des mouvements, car

c'est le meilleur moyen pour parvenir promptement à son but, et toujours au prix de peu de sang. Hais, si la rapidité doit servir de base aux mouvements, les moyens qu'on emploie pour parvenir au but qu'on se propose d'atteindre, doivent être toujours les plus décisifs. Les demi-moyens dont la marche ne peut être que tâtonnante et les effets indécis , entraînent après eux deux pertes sensibles ; celle d'une plus grande consommation d'hommes , et celle du temps, dont le prodigue emploi, arrêtant souveot le cours des combinaisons, en rend aussi les résultats moins déciéifs et souvent presque nuls.

Jamais cette empreinte de décision , si utile dans les manœuvres de la tactique, et le choix des moyens les plus décisifs , ne se sont développés avec ud caractère plus marqué, que dans les campagnes du dix-neuvième siècle; voilà pourquoi les résultats des batailles de Jéna, d'Ëckroiilh, de Taroutino, de Culm, de la Katzbach, deDennewitz, Leipzig, etc., dirent si décisifs, et leurs trophées si nombreux.

Nous avons vu, dans les articles précédents, que rinfauterie en général possède trois formations que nous devons envisager comme les seules formations guerrières, qui se suumettent, il est vrai , à de petites modifications , mais qui formeut la base de sa tactique. C'est la formation en ligne de bataille , eu colonnes et en débandade. Ces formations fondamentales possèdent différentes compositions que nous devons envisager comme des ramifications scientifiques de l'art des combats, et qui consistent dans la combinaison des différentes armes en masses offensives, dont la force , ainsi que la combinaison, doivent être assujetties au terrainet à l'arme que l'on se prépare <k combattre.

En appliquant l'action de rinfaoterie aux neuf premiers cas différents, dont j'ai donné l'énumération au commencement du chapitre, nous nous convaincrons facilement qu'elle se réduit, pour les formations fondamentales, au juste choix des plus décisives, selon l'ennemi et le poste qu'on se propose d'attaquer, et, pour la composition des masses, à la combinaison des armes selon le terrain, la force et l'ennemi qu'on se propose de combattre.

L'infanterie, comme l'arme la plus non>breuse, étant aussi celle qui se prèle le plus facilement aux différents modes de combats sur

les différenlsUmius, engage, prépare et gagne les batailles. Le soins des autres armes est de la suivre dans ces difTérentes modulations, de. la soutenir dans ses engagements et de compléter les victoires. Des travaux aussi difficiles et aussi dangereux rendent, il est vrai, le rdle de cette arme à la fois honorable et très-épineui , mais aussi les maili-es de l'art , ayant su proportionner 'ses moyens d'allaque et de défense, aux obstacles qu'elle doit surmonter, la fbrce intrinsèque qui en est résulté, est enéquilibre avec les dangers auxquels elle s'expose.

Ce n'est aussi qu'une juste compensation du r6le qu'elle est appelée à jouer, et nu moyen indispensable pour le lui fairesoutenir avec dignité , avec aplomb et avec chance de suocès. Cette compensation consiste dansson armement, les moyens de vaincre son ennemi à de grandes distances , dans ses formations et les différentes manoeuvres auxquelles sa tactique peut être assujettie.

Mes réflexions antécédentes ayant assez approfondi les principes fondamentaux des différents genres de combats de l'infanterie, je crois être arrivé au moment où je puis procéder à l'examen de l'action même de cette arme.

D'après la nature et le genre de combattre des tirailleurs et de l'infanterie de ligne, nous pouvons hardiment partager leur action en deux genres distincts, qui sont : l'action préparatoire et l'action déiinitive. La première est le fruit de combinaisons topographiques et militaires , et la seconde est enlantée plutôt par un courage aveugle et un dévoAment qui est au-dessus de tout calcul. Les éléments de l'action des tirailleurs, quin'est que défensive, sont donc : finesse , raisonnement, juste appréciation du terrain et coups bien ajustés; pour celle de l'infanterie de ligne, pour la défensive, une persévérance courageuse et l'emploi efBcace de ses formations et de ses feux , el, pour l'offensive, unmouviement décisif qui renverse tout ce qui s'oppose à son passage. Une diBërence aussi grande dans les éléments de leur action, mérite bien aussi qu'on consacre à chacune d'elles un article séparé.

SECTION VI

DE l'action OE l'infanterie DE LiGNÏ.

L'action de l'iafanlerie de ligne repose sur les combats en masse. La dénomination que

nous avons donnée à son action , et que nous avons appelée action définitive, nous prouve évidemment que le choc y joue un grand rôle, et nous avons vu plus haut qu'il ne peut pas ; avoir de choc là où il n'y a pas de compadlé.

La multiplication des masses d'infanterie rend le choc moins douteux ; la rapidité des chocs, les résultats plus grands. Les anmdes des guerres modernes nous offrent, pour l'aolion de l'infanterie de ligne, beaucoup d'exemples bien convainquants, et je ne puis m'empècher de citer celui que nous a offert l'armée pmssienne à la journée des 4-16 octobrelSIS. Les dispositions et les mouvements de ce combat sont trop instructif, pour TinfanLerie de ligne, pour ne pas l'offrir à mon lecteur comme un exemple à suivre dans les mouvements offensifs de cette arme.

Sons avons vu, à l'article des propriétés de l'infanterie légère, toutes les perles inutiles danslosquellesunefusillade inconséquente nous entraîne , et les résultats fatals qui en provieo* nent ; je veux donc , par un exemple dont les dispositions étaient diamétralement opposées à celui que nous oflVe l'attaque des quatre villages à la bataille de Luizen , soul^iir l'axiome sur lequel je viens de baser les grands avantages des mouvements de tactique , et qui cmisistent dans des opérations décisives, et dont la décision glt dans la multiplîcaUoD et la compacité des masses qu'on emploie pour les exécuter.

Un corps français de 20,000 homi2ès était posté sur une élévation d'une douce dédivilé, ayant une artillerie de 60 pièces de canoa devant le front. Le village de Hoeckem et l'Elsler protégeaient le flanc gauche, et en rendaientles approches très-difficiles. L'aile droite était soutenue par des masses imposantes de trotipes de différentes armes.

L'attaque de cette position tomba en part^ au général Yorck , dont le corps formait le Sanc droit de l'armée de Sîlésie.

L'avant-garde du corps du général Yorck venait de se rendre maîtresse du village de Hœckem; mais l'ennemi ayant soutenu ses troupes rétrogradantes, parvint à reprendre ce poste et s'y maintint. Le chef du corps prussien enjoignit aussitôt à deux brigades d'infanterie de soutenir son avant^arde, et ordonna au reste de son inOanlerie de se prolonger vers la gaii-

che , et la dirigea conlra le flanc droit des ennemis. L» cavalerie pril poGilioD derrière les masses de l'aile droite.

Les deux brigades désignées pour soutenir l'avant^arde se déployèrent chacune en deux ligDCE, etles bataillons formés en colonnes présentaient ainsi une masse de quatre lignes de profondeur. C'est dass cet ordre que les Prossiens s'avancèrent vers leurs ennemis, dont la nombreuse artillerie semait la mort dans leurs ' rangs, sans cependant interrompre leur marche. Pour couvrir efficacement les pièces contre un ennemi aussi hardi, le général français fit avancer plusieurs bataillons déployés en bataille, dont le feu de file , joint à celui de l'artillerie, parvint à désorganiser la première ligne des bataillons assaillants, et les rejeta sur la seconde. Les troupes battues s'écoulent à travers les bataillons qui s'avancent pour les soutenir, sans en rompre un seul. La seconde ligne des Prussiens parvient à rejeter les ennemis, qui, à leur tour, se soutiennent par une seconde ligne de troupes fraîches. Les Prussiens font avancer leur troisième pour soutenir leur seconde, déjà vacillante, et les ennemis en font autant. Enfin le général Yorck engage la quatrième, et par conséquent sa dernière ré.scrve, et ordonne en même temps à la cavalerie du flanc droit de soutenir cette quatrième ligne. Ce mouvement fut des plus décisifs : les ennemis, ne pouvant résister à quatre chocs consécutifs, évacuent le champ de bataille, et laissent au pouvoir de leurs adversaires 40 pièces de canoo , et une prompte retraite put seule les soustraire au malheur d'être entièremenl écrasés et forcés de se rendre.

Un autre exemple, quoique bien antérieur à celui que je viens de citer , mais qui a été fait aussi clans les principes de la même tactique, est celui que nous offre la fameuse bataille des Pyramides. C'est aussi une attaque en masse des divisions Bon et Henou qui décida la victoire en faveur des Français. Rapportons à cette occasion le récit do général Berthier luimême (<)- * Pendant que les divisions Desaix > et Régnier, dit-il , repoussaient avec suc- < c^ la cavalerie des mameiouls, les divisions

t Bon et Henou, soutenues par ta division

> Kléber, commandée par le général Dugua,

> marchaient au pas de charge sur le village

> retranché d'Embabeh. Deux bataillons des

> divisions Bon et Menou, commandés parles

> généraux Rampon etMarmont sont détachés,

> avec ordre de tourner !e village, et de profi-

> ter d'un fossé profond pour se mettre it cou-

> vert de la cavalerie de l'ennemi , et lui déro- » lier leurs mouvements jusqu'au Kii.

1 Lies divisions, précédées par leurs flan- 1 queurs, continuent de s'avancer au pas de

> chai^. Les mamelouks attaquent sans succès

> les pelotons de flanqueurs ; ils font jouer et 1 démasquent ^0 mauvaises pièces d'artillerie.

> Les divisions se précipitent alors avec plus 1 d'impéluosilé , et ne laissent pas à l'ennemi

> le temps de recharger les canons (>). Les re- 1 tranchements sont enlevés à la baïonnette ; le

> champetlevillaged'Embabeh sont au pouvoir I des Français. Quinze cents mamelouks à cbe-

> val, et autant de fellahs, auxquels les généraux

> Marmont et Rampon ont coupé toute retraite

> en (ournanL Embabeh, et prenant une posi-

> tion retranchée derrière un fossé qui joignait

> le Nil , font en vain des prodiges de valeur ;

> aucun d^eux n'échappe à la fureur du soldat; * ils sont loat passés au fil de l'épée ou noyés

> dans leNîl. Quarante piècesde canon, MOcha- ■ meaux , les bagages et les vivres de l'ennemi

> tombent entre les mains des vainqueurs, t Qu'à ces résultats brillants on ajoute d'un

cdté les pertes souvent insignifiantes qui en sont la suite , et qu'on récapitule de l'autre ces combats meurtriers oti , par l'emploi de fausses mesures, le dénoùment n'offre que des pertes incalculables d'hommes et peu d'avantages, et où les assaillants passent souvent des journées entières à combattre sans parvenir au but qu'ils se proposent d'atteindre, et on ne sera pas peu étonné que les chefs, à la volonté desquels sont subordonnés toutes les dispositions, choisissent bien souvent, pour parvenir à leur but, les moyens les jAna destructeurs et les moins décisif.

Il est vrai qu'il est indispensable que le terrain favorise ces sortes d'attaques en masse ;

(i) BelaHoH def Cantpagne* dw général Bm^arU peu exagérée ; »u reste , elle ne diminue «a aucune *» Égypi* <* «• Syrie. manière l'effet de la disposition dont je veui proBver

(s) Une asserticm paieiUc paraîtra ceH«iii»)(ot un 1 l'elBcacité par ce Tait.

nuis si nous eiaminons bien ces différants accidenls, nous nous coDTaincrons facilement que la nature, souvent capricieuse dans sa créalion, ne nous présente pas très-fVëquemmenl de ces obstacles insurmontables qui s'opposent tout à fait à la marche d'une masse d'infaDterie. Certainement, c'est d'après la multiplicité des accidents et la difficulté de les franchir, qu'on doit calculer la force de la masse qu'on veut mettre en action; mais il faut, je crois, recevoir pour axiome irréfragable, de ne jamais abandonner les tirailleurs à leur unique impulsion, car leurs combats, si on ne les soutient pas par des masses imposantes d'infanterie de ligne, ne peuvent être envisagés que comme demi -mesure. Hais aussi quel taillis qui, parmi les différents accidents qu'on peut franchir, quoiqu'avec difficulté, est l'accident le plus difiicïle à surmonter pour l'infanterie, quel taillis ne possède pas de voies propres au passage des colonnes ? Ces chemins suffiront pour la marche de quelques colonnes, et. dans ce cas aussi, nous pourrons rester d'accord avec le principe établi.

L'action de l'infanterie de ligne peut se partager en deui genras difTérenls, qui sont: l'offensif, ou en avançant contre son ennnemi; et le défensif, qui se subdivise en deux cas : 1° en attendant de pied ferme l'attaque de son adversaire; 2° en rétrogradant pour occuper en arrière une nouvelle position.

Qu'on se propose d'avancer pour attaquer son adversaire, ou de rétrograder pour occuper une nouvelle position, l'infanterie qui, dans les deux cas, aura à se mouvoir, doit toujours être formée en colonnes, liais la formation des lignes de bataille doit nécessairement être différente. Dans le premier cas, le mouvement offensif n'étant que le préliminaire du choc, il faut que les masses soient assez rassemblées pour pouvoir se soutenir réciproquement', et, par conséquent, les bataillons rapprochés. Dans le second , comme il s'agit d'une défense, et que, tout en se défendant, on puisse gagner du terrain en arrière, il faut former les ligues en échiquier, pour qu'en rétrogradant l'une à travers de l'autre, tandis que la seconde présente aux ennemis des masses capables de soutenir leur impulsion , la première se replie pour gagner dn terrain en arrière.

C'est par des mouvenienis pareils qu'à la

bataille de F&re-Cbampenoise, les divisions Pacthod et Amey cherchèrent ii se soustraire aux attaques souvent répétées des alliés. Apnt à combattre de la cavalerie , elles se formèrent en carrés , parcoururent tout l'espace de |diisieurs kilomètres de distance, depuis ViUeseneux jusque près des marais de Saint-Gond, et seraient même peut-être parvenues à gagner le boui^ de Fère^hampenoise , sous la protection duquel il leur aurait été si facile de se reformer, et d'échapper an triste sort qui les attendait, si le général comte de Pahlen, à la tête de 2 régiments de cavalerie, ne fât venn s'établir sur leurs derrières, et ne leur eût Gonpé cette retraite.

Ce mouvement rétrograde ne doit cependant être employé que loraqu'on est tout à fait décidé à abandonner le champ de bataille à son ennemi, et qu'on est, par conséquent, intéressé à gagner en arriéra autant de terrain que possible. On cherchera alors à diriger les troupes vers des points d'une défense facile , pour leur donner le temps de reprendra haleine , et leur accorder les moyens de se reformer; car les mouvements rétrogrades ne manquent jamais de porter atteinte à cet ordre, sans leqnel ancane troupe ne saurait prolonger sa défense.

Si, an contraire, on était encore en état de balancer les succès de la Journée, et qu'on n'entreprit le mouvement rétrograde qae pour rallierses troupes, pour ne perdre que le moindre terrain possible, ce monvementdevra s'exécuter par échelons en pivotant sur un des flancs, el en commençant par le flanc opposé k celui sur lequel on voudra pivoter. Tel a été le mouvement rétrograde de l'armée française à la bataille de Harengo. Cette manière de rétrograder a le double avantage de pouvoir reformer très-vite l'ordre de bataille, qui en deviendra un oblique, de pouvoir reprendre (ïicilement l'offensive, en portant ver» le flanc avancé la majeure partie des réserves, et de déborder le flanc ennemi, ou, pour lemoins, de le rejeter momentanément sur ia défensive, va lui donnant de l'inquiétude pourl'aile menacée.

Pour ce qui regarde le cas où l'on veut attendre de pied ferme son ennemi , tout n^wse sur les différentes formations que l'on accorde aux bataillons qui forment les lignes de bataille, et qui doivent être modifiées d'après l'arme à laquelle on se propose de résister. Les

feux, dans des cas pareils, y jouent un trè»grand rftie. Les meillears, comme nous l'avons déjà vu, sont toujours ceui qui sont subordonnés aux commandements des chefs, et qui ne commeocenl que d'après leur ordre, et, par conséqDeut, au moment opportun. Ces feux sont ceux de rangs, car n'étant que le produit du commandement du chef de bataillon, ils nous soustraient à cette foague inconsidérée du soldat, qui croit avoir acquitté sa conscience , en ayant fait usage de ses 60 caitoucbes, sans songer aux résultats nuls qui proviennent d'une fusillade mal ordonnée.

Si le champ de bataille qu'on veut abandonner présente un site parsemé de nombreux accidents, îlesthonqueriaranlerie, soutenue par quelques pièces d'artillerie, se charge de couvrir la retraite des troupes rétrogradantes ; car â nous engagio&s de la cavalerie ou une grande masse d'artillerie, ce serait agir en sens contraire de la tactique des différentes armes, et l'iniitilité de leur présence ne serait pas le seul désavantage qui en résulterait; la perte du matériel en deviendrait la suite indubitable. Si la configuration du terrain nous force donc d'abandonner l'infanterie k peu près i son unique force impulsive , c'est le cas ou le chef qui la conunande doit déployer un talent supérieur.

Si pendant le mouvement rétn^rade il se trouve un défilé qu'on ddive traverser, il est indispensable d'arrêter une partie de l'infau' Icrie à une certaine distance du défilé, lui fkire prendre, si toutefois la chose est possible, uoe position avantageuse et purement défeusive (i), et lui accorder par là les moyens d'arrêter l'ennemi tout le tempe que le reste des troupes emploiera pour rompre , se former en colonnes manœuvres et franchir le défilé. Les villages , les lisières des bois et des bouquets , CD un mot, toutes tes chkanes dn terrain doivent être mises à profit pour retenir les ennemis , et donner aux troupes rétrogradantes le temps de s'écouler.

L'écoulement des troupes à travers le défilé, si sa largeur le permet, se fera plutôt parles deoK flancs. En préparant les troupes pour franchir ledéfilé, nous trouvant à la merci d'un

ennemi qui possède tant de chances de succès en sa faveur, on a, de cette manière, le double avantage que l'écoulement se fait avec une moindre perte de temps, et que les troupes qui forment les ailes en gagnant le défilé seront protégées, pendant leur mouvement, par celles du centre et par celte partie de l'infanterie sous la protection de laquelle la retraite devra s'achever.

Le devoir de cette dernière troupe sera de profiter des différents accidents du terrain que les troupes des flancs viendraient àabandonner, par un mouvement d'extension vers les deux ailes; extension dont la diminution sera graduelle, et calculée d'après l'écoulement des troupes rétrogradantes et le terrain qu'il sera nécessaire encore d'occuper pour protéger le mouvement de retraite.

Si c'est un taillis qu'on doit franchir, les troupes légères qui seron t destinées pourgarder la lisière du défilé devront naturellement être renforcées et soutenues par des réserves respectables qui leur offrent les moyens de le défendre, pendant le mouvement rétrograde, en cherchant à ne s'engager à leur tour dans la retraite qu'au moment où tes masses primitives auront eu le temps de sortir du défilé et de se déployer.

Pour ce qui regarde les démonstrations offensives de l'infanterie qui forme les lignes de bataille, d'après la distribution des troupes, qu'on dirige toujours vers les points décisifs des champs de bataille, les chocs qui s'ensuivent et les succès si difiëremment balancés qu'on remporte sur une des ailes ou au centre, les rendent ordinairement partielles. On se trouve rarement dans le cas de pouvoir prononcer, pendant la bataille, un mouvement offensif sur toute la ligne, tandis que 1,'engagement de l'infanterie légère, qui la couvre, s'étend mais avec un succès toujours varié. Le muuvent des différentes parties des li^es de bataille doit donc se prononcer partout oii les chaines de tirailleurs, soutenues par leur réserve, sont parvenues à gagner du terrain, pour être à même de soutenir, par un choc définitif, l'action préparatoire de leurs troupes avancées. Le gain du terrain décidant de celui du com-

(i) Car et» sortes de positions , comme neus l'avotu moyeni trèi-faciles pour 1rs occuper et s'y maintenir \ikl'attitiedetPotUion* de l'Infanterie, othtaliti | aver peu de troupes.

bat, les ligoes de bataille devroot anivre, aussi rapidement que possible, les mon vemeol s offensifs des chaines de tirailleurs, et s'avancer vers les points dontelles se seront rendues maîtresses, ou pour coopérer à leurs travaux, si leurs forces sont ÎDSunisaules pour déposler les ennemis. Une fois que les troupes auront suspendu leurmarcbe, et réparé tous les tortsque le flottement d'un mouvement oOensif a pu causer, les chefs des ligues chercheront k profiter des avantages du terrain , pour y poster avantageusement leurs troupes, ou obvieront à l'un de ces vices par d'autres dispositions, d'après les principes exposés dans la section IV.

Si l'infanterie est désignée pour attaquer un village, comme il est indispensable quelquefois de parcourir de grands espaces de terrain, sans pouvoir cependant dérober le mouvement offensif aux regards de l'ennemi, aiin de rendre les perles moins grandes, il est indispensable de se servir de deux modes d'attaque, c'est-àdire, le préparatoire et le défensif, et.parcooséquent, couvrir les mouvementsde l'infanterie de ligne par des chaînes de tirailleurs. Dans beaucoup de pays, les avenues des villages étant souvent assez larges pour qu'une colonne puisse y passer, les défenseurs ne craindroht pas de les défendre par des pièces de canon, qui auront toujours assez de temps pour se soustraire aux attaques des ennemis, si ceux-ci parvenaient à assaillir le poste. '

Supposons doue l'attaque d'un village détendu par de l'infanterie et quelques pièces d'artillerie, et procédons aux dispositions des assaillants.

L'artillerie cherchant toujours h diriger ses {eux contre les masses compactes, car ses coups y produisent souvent des résultats fatals, il est tout naturel que les boulets soient dirigés eontre les colonnes. Rico de plus facile cependant, pour une colonne d'infanterie, de se mouvoir pendant sa marche dans différentes directions; rien de plus difficile pour l'artillerie que de changer souvent de but: les coups en deviennent si peu justes, que les troupes contre lesquelles ou les dirige n'en souffrent que pen , ou point du tout.

Le chef qui commande l'inlauterie, après avoirdisposéseschaines de tirailleurs, et ployé, d'après les principes énoncés dans la seconde

section du second chapitre , son in^toie de ligne en colonnes offensives, prononce son moiH vement. Il s'entend de s(»-méme que le nombre des colonnes offensives sera surbordonné à celui des troupes ennemies désignées poor défendre le point qu'on attaque; et si lenombre des masses assaillantes n'excède pas trois, on les fera marcher en une seule ligne; si, au contraire, il le surpasse, on les formera en deux lignes, pour pouvoir faire deux chocs consécutifs, d'après la disposition dont j'ai fait mention au commencementde celte section. Lachainede tirailleurs, avec ses réserves, ouvriralamarche. C'est dans cet ordre de bataille que la tjoupe prononcera son mouvement.

Tant que les masses assaillantes se txouveront dans un certain éloigneraent du feu de l'artillerie ennemie, etque ses coups ne peuvent être que faibles ou peu justes, leur direction n'a pas d'importance. Le chef de la troupe assaillante reconnaîtra la position de son ennemi, et les dispositions qu'il aura à faire. En approchant de la sphère active des feux de l'artillerie , le chef manœuvrera avec ses colonnes par de petits mouvements avec un huitième de tour adroite ou à gauche, selon la direction que les boulets prendront (i) , et cherchera, autant que la chose sera possible , de flanquer l'arlillerie ennemie. Si les colonnes offensives |>arviennent à se soustraire pendant quelque temps aux coups meurtriers des boulets ennemis, l'avantage sera déjà important, et la réussie de l'attaque moins douleuse.

Parvenu dans la |m>ximilé du point où le choc doit se faire, que le chef ne consulte qw son courage, et non le danger qu'il doit surmonter, et cherche à pénétrer dans le village, en se servant d'un pas plus accéléré qu'à l'ordinaire. Si, d'après la disposition, l'ordre de bataille possède deux lignes d'infanterie, que la seconde , au moment où la première lait son attaque, ne s'amuse pas à attendre l'issue du combat, mais fasse son possible pour frandiir l'espace qui la sépare encore du village, et vienne assez près pour rendre le choc plus efficace , s'il a réussi, ou pour le renouveler si les troupes de la première ligne ont été repoussées.

(i) La facillti avec laquelle les colonnes peuTeat a mouToir dans toiu les sent, ne laisse presque aurui doate SUT celle d'apércr ces diiKrentt mouTements.

Au combat de Daonigkow, livré le 24mar3- 5 avril 1815, la seconde colonne, aous les ordres du général Borstel, qui avait rétrogradé jusqu'au village de Zepcrnik, entendant le bruit du canon dans la direction de Dannigkow, se mit aussitàt en marche par Wallwitz, vers le village de Vehlitz. Ce village était occupé par l'ennemi, et la division du général Berg., postée devant, dirigeait vers ce point un feu très-nourri d'artillerie. L'ennemi occupait le pont de l'Ehle et l'avenue du village, avec i pièces de canon. Son infanterie, postée derri^ Vefalilz, était formée en plusieurs carrés.

Au moment où l'infanterie du général Borstel fui en mesure d'attaquer, les deux généraux convinrent de prononcer leur mouvement offensif sur trois points, et de la mauiëre suivante (i) :

Le i* bataillon de voltigeurs de la Prusse orientale , ayant en seconde ligne le bataillon des grenadiers de la Poméranie, reçut l'ordre d'attaquer le village par sa gauche.

Le S* bataillon du régiment de Poméranie , ayant en seconde ligne le 1*' bataillon du même régiment, fut dirigé vers le flanc droit.

Le S6* régiment de chasseurs russes, soutenu par S bataillons de milice de Vologda et d'Olonetz , devaient se porter sur le centre.

Une compagnie de voltigeurs russes fut réunie à une autre de prussiens, est toutes les deux furent désignées pour partager le mouvement offensif des colonnes assaillantes.

Au moment où les colonnes offensives franchirent l'Ehle, elles furent aussitdt attaquées par une forte masse de cavalerie; elles se formèrent en carrés , et repoussèrent l'ennemi , qui fui ensuite battu par les dragons de la Reine et les hussards de Grodno. Cette attaque imprévue avait retardé celle du village de Vehlitz; mais enGn les colonnes assaillantes s'avancèrent au pas de charge. Les 1" et 2* bataillons du régiment de Poméranie , ainsi que celui des grenadiers , attaquent le village en front, tandis que les chasseurs russes te tournent, et, après plusieurs attaques consécutives et simul-

(i) La configuration du temin offrait apparemment les mojeos de l'attaquer sur trois points, ce qui n'est pas loujoun possible.

(s) Comme la dliposlUna de Parlillerie n'appartient

tanées, ils parviennent & s'en rendre maîtres, ainsi que d'une pièce de canon et de 2 caissons de munition.

Si le village a été emporté, les troupes assaillantes doivent revenir momentanément à l'état défensif. AussitAt le chef fera, pour les troupes légères, les dispositions dont je vais m'occuper dans la section suivante , et ne laissera dans le village, des masses de celles de ligne, que le nombre nécessaire pour pouvoir se défendre avec avantage contre les attaques des ennemis, et disposera te reste d'après les principes énoncé dans la section IV, dei Pottti'on* de l'Infanterie. Si le nombre des troupes qu'on a employées pour l'attaque ne suffit pas pour la disposition projetée, il sera du devoir du commandant de la partie de l'ordre de bataille où se trouve le point qu'on vient de se disputer, de renforcer ses troupes, et de les mettre en état de se défendra et de résister à ses adversaires (s).

Si l'idée du chef est d'employer l'infanterie pour un mouvement dç conversion dont le résultat soit avanlageui, sans soumettre les troupes à de trop grandes pertes, on cherchera à occuper préliminairement , sur le flanc où le débordement doit avoir lieu, et d'une manière peu sensible pour l'ennemi, en commençant, par exemple, par une petite troupe isolée de tirailleurs, tous les avantages du terrain dont le site débordera la ligne de bataille des adver» saires, sauf à les soutenir après par dei partis plus considérables. Ce n'est que de cette manière qu'on pu-vient à ne pas faire connaître de prime-abord ses intentions à sou ennemi.

On se servira aussi de la même disposition , si on est dans le cas de faire précéder le nmuvement de conversion par un mouvement offensif, opéré en marehant devant soi, et on en recueillera le double avantage, 1° d'accorder plus de latitude aux manœuvres des troupes des ailes; 2" de pouvoir, sous la protection de ces abris, déborder plus facilement le flanc de l'ennemi, en se glissant vers quelque point qui conduise à celui où est son adversaire. De cette manière l'infanterie, tout en occupant des po-

pas i cet article, je m'abstiendrai d'en parler jusqu'au moment où je serai parrenu aui positions et i l'action de cette arme.

sillons avaDtagenses, parvient à étendre sa sphère d'activité.

La partie offensive de notre ordre de bataille est-elle parveoue dans la proximité da flanc ennemi, et notre aile se Irouve-t-elle appuyée à un village, ou cadiée derrière un bouquet? l'infanterie, dont les mouvements lents exigent tant de précautions, et qui ne doit entreprendre de conversion que de peu d'étendue et de développement) acquiert alors la facilité de les exécuter par un simple changement de direction. En faisant un à-droite ou ua à-gauche en bataille, elle^opère sa manoeuvre sous la protection de ces sortes d'abris qui la cachent aux Isards de ses adversaires , et que nos troupes légères et nos lignes de bataille occupent, et elle se place perpendiculairement au fLauc ennemi que l'on veut déborder.

Quant aux mouvements de Finfânterie, ils doivent porter l'empreinte d'un courage froid, mais décidé; car l'étTetimaral qu'ils produisent sur l'ennemi ne peut éire ni aussi grand ni aussi impérieux que celui de la cavalerie : ils sont trop lents pour imposer.

Pour donner à l'infanterie de ligne , qui n'attaque jamais autrement qu'eu masse, une conlenaoce plus martiale , on] ne devrait jamais l'engager dans des mouvements offensifs qu'au son du tambour. J'en ai fait plusieurs fois l'expérience , et j'ai trouvé que cette musique , toute désagréable qu'elle peut être pour l'ouïe, relevait beaucoup le conrage du soldat, lui donnait un certain'sang-froid; que son maintien en devenait visiblement plus tranquille , et son pas plus régulier, avantages qu'on ne saurait priser assez haut dans les différents engagements de cette arme.

Hais l'oubli de ces petits moyens ne doit cependant jamais dispenser l'infanlerie de cette résolution , qui doit présider à tous ses mouvements ofTensife, et il vaut mieux pluldt ne pas les entreprendre si on ne se croit pas en état de les'achever.Kous avons vu dans les articles précédents, que loutesles non-réussites desallaqnes de l'infanterie, ainsi que les pertes énormes qui s'ensuivaient, ne provenaient ordinairement que du manque de résolution. Voilà pourquoi je répète ce que j'ai déjà dit plus haut : avant d'engager l'infanterie dans une attaque , il faut calculer si le but que nous nous proposons d'atteindre compense aussi les

grandes pertes auxquelles celle arme est en butte dans ses mouvements offensif.

DE l'action de L'INFAKTEBIE LÈGfcKE.

L'action de l'infanterie légère est tout à fait contraire à celle de l'infanterie de ligne, et repose sur les combats en débandade. Un fantassin adroit et instruit peut à peuprèsèlre tnvisagécomme on homme invulnérable. Leprofit qu'un homme isolé peut tirer de chaque acôdentdu terrain, dont la nature a été si libà^le, et dont il peut profiter dans ses mouvements comme d'un échiquier dont chaque case loi offre un abri et le moyen de se soustraire à b vue de son ennemi , est j'espère suffisant pour qu'un individu qui sait en profiter avec discernement et justesse, tout en coopérant d'après la grandeur de sa tiche au gain d'une bataille, reste intact. Ces résultats sonldiflicilesàatteindre, il est vrai; mais aussije ne les ai envisagés que BOUS le rapport de leur posûbilité , et non des difficultés qu'ils engendrent.

Cette prérogative, dans toute son étendue, ne peut cependant se rapporter qu'à l'iafanterie légère;car iln'est permis qu'au tirailleur, qui combat isolément, d'aller chercher ud ahri derrière un arbre, une balHtatioD , un clayonnage , dans un ravin , etc. , et parcourir te terrain sur lequel il combat dans des sens divei^nts. L'infanterie de ligne, à moins que quelque taillis très-épais et d'une grande dimension ne s'oppose à son mouvement , doit toujours rester et agir en masse.

D'après ce petit prélude que je viens de donner par rapport àTaclian des tiraillenrs,il est aisé de se convaincre que l'impulsion de U force n'étant pas l'accessoire le plus nécessaire qui doive présider à leur action, si les tirailleurs qu'on fait agir contre l'ennemi ne sont ni adroits ni instruits, leurs réserves mèiw leur seront d'un faible appui. On pourra, en les débandant, occuper, il est vrai, plus de bras, rendre les feux plus vifs ; mais je ne crois pas qu'en rendant les chaînes plus épaisses, ce soll le bon moyen pour parvenir an vrai résultai. Je pose donc en premier principe, pour ce qui regarde l'action des tirailleurs, que lout doit être basé sur leurs qualités, leur savoir, et la

dbyGQOgIc

justesse clutir,etiiOD sur le grand nombre des individus.

Si les Fraoçais, auxquels nous devons en grande partie le perfectionnonral des tirailleurs, nous ont offert, dans les premières campa{[oes de la révolution, une méthode de conïbattre opposée à celle dont je viens de parler , il faut en rechercher la cause dans L'état de crise et la pénurie de soldats expérimentés dans lequel la France se trouvait alors. Attaquée de toutes parts, elle avait été obligée de mettre sur pi^ tous les citoyens en état de porter les armes, qui n'étant pas aguerris ne pouvaient se plier à une tactique qui leur était inconnue, et dont leurs adversaires avaient étudié toutes les finesses. Il fallut songer à en adopter une autre où l'instinct naturel saftîl pour mettre les hommes en action; et nous vîmes paraître sur la scène ces masses informes de tirailleurs, combattant sans tactique el sans discernement, se fiant plutôt an grand nombre, à l'épaisseur de leurs chaînes, et à la vivacité des feus qui en provenaient , se jeter plnt6t en masse compacte, mais informe, sur toas les points d'an accès difficile , et devancer quelquefois dans le même ordre les masses du reste de ces légions disciplinées que la France possédait encore.

L'usage de cette tactique désordonnée ne cessa qu'avec les circonstances, et au moment où , rentré dans un élat plus pacifique , le pays put employer son temps et ses soins i l'organisation et à l'instruction de ses soldats; car, en 1800 encore, nous vîmes, au combat de HontebeUo, ces masses informes de tirailleurs précéder d'autres d'taEanlerie de ligne. C'est dans cet ordre qu'à cette affaire, le général' Rivaud attaqua les hauteurs de Rivetta. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que cette tactique inapropre, dont l'expérience même a désapprouvé l'emploi , et que ses auteurs eux-mêmes ont bannie plus tard, aélé la cause de beaucoup de victoires; et soit ignorance de la part des eoDemia de la France, ou une bravoure prépondérante des Français, cette méthode a enbnté plusieurs succès que les armées révolutionnaires ont obtenus.

Pour se convaincre cependant, en général, de l'amélioration des troupes et de la tactique, il n'y a qu'à comparer les moyens qu'on employait autrefois, elles résultats qui enproveuaienl,avec ceux de notre temps, et nous

verrons bientdt le triomphe de celle de nos jours. Si même maintenant nous apercevons quelquefois des écarts, et l'oubli de ces principes décisifs dontj'aiparié plus haut, on peut hardiment en chercher la cause dans ce sentiment d'invincibilité que les armées modernes nourrissent en elles-mêmes , qui les porte à croire que pour des troupes aussi braves, et dont l'éducation est poussée à un degré aussi élevé de perfection , tous les moyens qu'elles adoptent sont efficaces et les mènent facilement an butqu'ellesse proposent d'atteindre. Lecourage et les moyens employés par les troupes belligérantes étant égaux, nous avons vu plus d'une fois, dans ces chocs souvent répétés, une grande partie des assaillants s'ensevelir sous les décombres des villages et des enclos, et les victoires appartenir i ceux qui avaient les forces numériques en leur faveur.

La définition de préparatoire , que j'ai donnée à l'action des tirailleurs, et quive me parait pas impropre, prouve évidemment que leur rdte consiste à nettoyer le terrain que les masses qui les suivent devront parcourir pour parvenir à l'action définitive. Tous les coups décisîfe doivent donc être réservés à l'infenterie de ligne. Mais comme, dans tout engagement, les résultats sont alterna livement avantageux ou Ennestes, que l'on gagne ou que l'on perde du terrain; pour pouvoir arrêter les moyens de rétrogradation, et renforcer les chaînes de tirailleurs, on leur accorde des réserves indépendantes des lignes de bataille , tandjs que le devoir de celles-ci est de protéger les troupes légères en général.

La sphère active du tirailleur est marquée par le caractère de son action. Son service est la première gradation qui nous mène à des choses plus compliquées, et qui n'appartiennent plus à son action , qui , n'étant que préparatoire, doit se restreindre dans la sphère que l'infanterie de ligne peut franchir avec facilité. 11 y a donc dans le service de ces deux infanteries, une réciprocité qui ne doit 'être jamais iaterrompue. C'est de la proximité Ss leur position que doit provenir l'unilé de leur action. Si un vain orgueil des tirailleurs les portait à franchir les limites que leurs propriétés ont marquées en traits si distincts, ils deviendront les atomes inutiles de cette sphère d'activité, à laquelle ils doivent accorder le

dbyGoOt^lc

premier souffle d'existeoce; et si, par insouciance ou UD manque de savoir-faire, l'infanterie de ligne ne surveillait pas leurs travaux avec l'attention requise, et dans ud éloignement que la circonstance , !e terrain et le temps nécessaire pour franchir l'espace nécessiteront, elle se ravirait volontairement les moyens que les tirailleurs peuvent lui olfrir pour parvenir avec facilité au résultat désiré.

L'ordonnance reçue dans l'armée russe, où la tactique des ditTérentes armes a été portée i un très-haut degré de perfectionnement , qui n'a cherché, pendant les temps pacifiques, qu'à réaliser toutes les idées que les taciiciens les plus fameux ont pu concevoir, et qui aurait mente désespéré facilement le génie créateur de Frédéric le Grand , accorde encore à ses chaînes de tirailleurs des postes de replis indépendants des réserves primitives , dont les places se trouvent entre la chaîne et sa grande réserve. Composé d'un demi-peloton, chacun de ces postes de replis est justement tout ce qu'il faut pour soutenir ou rallier les chaînes auxquelles il appartient, et pour soustraire lés réserves primitires, qui forment déjà des masses assez respcctahles , à l'inconvénient d'être exposées au feu meurtrier des ennemis : car les postes de replis étant là pour soutenir les tirailleurs, ces réserves peuvent être mises sous la protection de quelque ahri où elles ne peuvent être ni vues ni atteintes , sans qu'une disposition pareille soit au détriment des troupes qu'elles sont désignées àsoutenir (i).

Lachainedetirailleursdestinée pour couvrir un hataillon, doit se déployer de deux cents à deux cent cinquante pas, et se trouver ordinairement dans cet éloignement de la ligne de bataille. A cent pas derrière celte chaîne, on placera deux postes de replis de 12 hommes chacun, désignés pour la soutenir, la rallier en cas de nécessité. Leur position sera derrière les deux flancs de la chaîne. A deux cents pas derrière cette chaîne, on placera la réserve primitive, qui est composée dedeux pelotons aussi, forts chacun dcMhommes(>).La

(i) Si le ternin le pennel , fl s'eotend de soi-même que le commandant des tirailleurs dtslgnera pour l«s postes de replis aussi, les endroits les plus favorables, pour les cacher aux coups des ennemis.

(ï)J'iTertis le lectpur que c'est l'ordre de lu ta il le primitif des tiTalIleurt dans l'année russe, et qu'on le

distance entre les paires sera de six, huit, dix ou douie pas, selon, que les circonstances l'exigeront. C'est dans cet ordre debalaillenonnal que nos tirailleurs avanceront vers l'ennemi, sauf à levarierselon les circonstances et le terrain qu'on parcourra. L'officier commandant la chaîne la resserrera, l'élar^ra et prendra To^ dreoblique.Se trouve-t-il pressé par un ennemi plus puissant, il la renforcera par les postes de replis, formera des globes pour s'opposer à l'attaque des ilanqueurs eunemis, et reprendra l'ordre primitif au moment où la cavalerie ennemie sera repoussée.

Si les circonstances nous ont obligés de renforcer la chaîne des tirailleurs par les postes de replis, la réserve primitive devra détacher tout de suite 24 hommes, qu'on formera CD deux demi-pelotons, qui iront remplacer les deux postes de replis. La réserve primitive ne conservera plus que 24 hommes , dont on se servira ou pour former encore une fois des postes de replis, ou pour renforcer la chaîne principale, si la nécessité l'exige. Mais comme, dans aucun des cas, les tirailleurs ne doivent rester sans réserve, pour pouvoir redresser le défaut de celui-ci , on fera avancer le pdoton de voltigeurs que nous avons vu dans le premier article, dans presque tontes les armées, faire partie de l'oi^anisation des bataillons. Mais ce sera aussi le dernier secours que le corps de bataille accordera a ses tirailleurs, car un trop grand morcellement de celui-ci est toujours dangereux.

Tous les mouvements des tirailleurs demandant un pas plus accéléré que le pas ordinaire des manœuvres , dont le nombre , comme nous l'avons vu plus haut, monte à cent quarante pas par minute, celte vicacilé de mouvements ne manquera pas à la longue d'exténuer les forces de ceux dispersés dans la chaîne (s) . Cependant , pour tirer quelque avantage des propriétés d'une arme quelconque, il faut bien se garder de paralyser les vertus qui en forment les éléments. Dans le service que les liraillenis peuvent rendre , leurs forces physiques et la

soumet k difTérenles modiBcatiooi , d'après les iMtdulationsduterrainqu'on parcourt etl'ennemi qu'on coinl»!. (s) Pour ce qui regarde les moDvements drs postes de replis et des réserves, tant qu'ils ne sont pas oblige de se débander, ils conserveront le pas ordinaire, qui est environ de 100 i 110 pas par minute.

DES ntOIS ARHES.

jastesse de leur tir y jonent ud asses gnnd râle, Pt la seconde vertu étant dépendante de la première (i), U est indispensable de ménager les premières pour ne pas lui ravir les facultés de U seconde. I) n'y a pas de doute qu'un coinbal longtemps prolongé, exténue les forces physiques, et que trente à quarante coups tirés de U même arme , l'encrassent tellement, qu'elle finit par ne produire que des coups trè»-rares. Gardons-nous donc de laisser les tirailleurs trop longtemps engagés avec l'ennemi; et les relevant dans un certain espace de temps, aecordons-leur celui de rétablir leurs forces épuisées, et mettre en ordi'e leurs armes dérangées.

Le chef aura soia , après un certain espace de temps, de relever la chaîne fatiguée par une autre plus fraîche , et notre ordre de bataille normal s'y prête avec beaucoup de facilité. I^s deuK post£s de replis placés à cent pas derrière la chaîne primitive seront débandés par un signal du cornet, et notre ordre de bataille présentera deux lignes de tirailleurs et la réserve primitive. La seconde ligne, qui sera désignée pour relever U première, avancera au pas de charge; et au moment où elle aura devancé U première, celle-ci rétrogradera pour former les deux pelotons de replis, pour lesquels on devra la désigner (i). La même opération sera exécutée pour les retraites, et les deux pelotons de replis devront être débandés au moment où la chaîne principale commencera son mouvement rétrograde, pour pouvoir préseoler toujours à l'ennemi, au moment où U première ligne rétrograde à travers ia seconde, des troupes fraîches capables de rejeter l'ennemi , ou soutenir ses attaques.

Haisdans leurs mouvements en avant, comme dans ceux en retraite, le premier soin des tirailleura fiera de profiter de tous les avantages

(0 Car, coome nous l'aTons déjt vu , les coups duo homme fattgaé ne peuvent jamais être bien justes.

(i) Il s'enleud de soi-mîme que les tirailleurs de la première li^e ne cesseront leurs feux i[u'au raoment où U seconde les aura dépassés, et celle-ci devra commencer tout de mite les siens, pour oe pu laisser d'intervalle.

(s) Tant il ta vrai que le moral exerce souvent un pouvoir impérieui ; car pourquoi ne pourrait-on

que le terrain présentera de franchir avec rapidité, mais sans course, les espaces qui leur offriraient trop de désavantages en les découvrant à l'ennemi, et de diriger leur attention, plutdt sur des coups bien ajustés que précipités. £n un mot, les tirailleurs, adroits lorsqu'il faudra tirer sur leurs ennemis, agiles lorsqu'il s'agira de franchir un espace , et circonspects lorsqu'ils fouilleront le terrain, ne manqueront pas de devenir le fléau de leurs adversaires , et rempliront, de cette manière, la tâche qui leur est réservée dans les combats, celle de nettoyer le terrain pour les masses qui les suivent, et quisonldestinées pour porter les grands coups, ou de tromper les ennemis sur les vraies intenlions de leurs adversaires.

S'agit-il de nettoyer un taillis d'une grande dimension, ou le courage personnel et le nombre nous mènent le plus facilement au but, le premier devoir des chefs et des officiers débandés dans les chaînes, devra tendre à conserver une sorte d'union entre les paires. Rien de plus facile dans ces sortes de combats, où les tirailleurs ne peuvent s'apercevoir qu'à de courtes distances, que les chaînes se désunissent, et que les lacunes deviennent tellement grandes, que, dansun mouvement offensif, l'ennemi dépasse nos chaînes. L'effet moral que la seule nouvelle d'un ennemi qui se trouve à dos, produit sur les soUals, suffit quelquefois pour mener k un résulut fatal [s). AU bataille de Kliastitzy, en 1812, me trouvant avec le régiment qui avait été envoyé pour nettoyer le bois en face de notre droite, et, parvenu dans l'épaisseur du taillis, j'aperçus plusieure tirailleurs français qui , s'étant égarés et désorientés, vinrent sur nos derrières, croyant suivre toujours la chaîne à laquelle ils appartenaient, et marchaient l'arme au bras. J'envoyai un sous-officier et plusieurs de mes gens pour les saisir, et ils ne purent revenir de leur

pas se battre tout aussi bleu contre un eanuBi qui nous attaque k dos, en bissnt volte-faceT Qu'il n'j ait en géotral qu'une réOeiion d^lïvonble pour les dérenseurs et non un disavantage marqué, qui produise souienC des résultats fatals, et qu'une altaque k dos est souvent au détriment des assaillants, le combat de Dannigtaw, eu )8I5, et la bataille de Dennevili, nous l'ont démontrés avec assez d'évidence.

étonaerneot en lombanl entre les mains de leurs ennemis (i).

Dans tous les cas, dans l'attaque comme dans la défense d'un bois, la lisière est la chose qui doit principalement alLircr notre alLenlion. Sommes-nous sur la défensive, c'est celle du bois que nous voulons défendre; avons-nous, au contraire , échangé la défensive contre l'offensive, ce sera alors celle du bois qui est au delà de la plaine où nous sommes intentionnés de déployer (s). Ce n'est qu'en abandonnant à l'ennemi la possession de la lisière qu'on défend , que les chances de succès pour les défen* seuTS comme pour les assaillants, deviennent égales ; mais tant que ces derniers sont encore en rase campagne, ceux qui gardent la lisière et se trouvent cachés sous sa protection , conservent une grande prépondérance, ponvant enlever leurs adversaires, et ne pouvant cependant pas être vus , et rarement atteints.

Les Français, qui sont si experts dans les combats de Urailleors, et qui savent si bien défendre un village, ne le sont pas autant, à mon avis, lorsqu'il s'agît de garder un bois ou un défilé. A cette même bataille de Ktiastitzy, que je viens de citer, au moment où nous fûmes envoyés pour nettoyer le bois où s'appuyait leur gauche, et dont la possession était pour eux d'une importance majeure, puisqu'il conduisaitjustement vers leur ligne de retraite, et aboutissait à la grande route derrière ta ferme de Kliastilzy, où nous pouvions les prévenir et gêner le mouvement rétrograde de leur année, an lieu d'en occuper la lisière, nous ne renconlrâraes l'ennemi que dans l'épaisseur do taillis. Cette négligence nous offrit les moyens de porter jusque dans le fond du bois, sans y avoir perdu un seul homme, une force capable de contre-balancer celle qui le défendait.

Le lendemain de cette bataille, au moment où la division dû général Sazonof reçut un échec momentané, le comte de Wittgenstein étant venu avec le reste de son corps pour soutenir les troapes rétrogradantes et rega-

(i) II s'était formé apparemment un mlervalle entre )e régiment du prince Guillaume de Prusse et le 24' de chasseurs, qne le comte de Wittgensteiu avait aussi dirigé lers le même bo'is, et il faut croire que les prisonniers que nous fîmes s'étant désunis dans la ebalne qu'ils Tormaient , se glissèrent dans U lacune qui était entre les deui réginieots.

gner le terrain que son avaat-garde Tenait de perdre , rangea ses troupes en bataille à l'entrée d'un grand bois. Au moment où notre avant-garde entière eut abandonné le taillis, le chef dn corps fit jouer ses batteries, et ordonna au général Kasal^chkoffsky, qui commandait la gauche, de prononcer son mouvement offensif. L'ennemi, qui était en possession de la lisière d'où il pouvait toujotm nous faire beaucoup de mal, qui était assez en force pour pouvoir défendre le défilé, et qui se défendit même très-vaillamment dans l'épaisseur du bois , ne riposta à nos troupes à la lisière que tout au plus un quart d'heure. Le hois cependant était coupé en diflCérents sens par une grande quantité de sentiers et de chemins qui favorisaient le mouvement des réserves, et nous en trouvâmes même de trè». Ibrtes, composées de trois armes, que nous expulsâmes des éclaîrcies. Jamais l'entrée d'un défilé pareil ne fut vendu aussi bon marché.

La tâche la plus difficile pour les tirailleurs est toujours l'attaque des villages, où ib précèdent ordinairement tesmassesde l'infanterie, qui portent les coups décisifs. Ces habitations ne présentent ordinairement autour d'elles, dans un certain espace, que des champs labourés, qui n'oHrent, en général, aucune protection aux assaillants, tandis que les défenseurs, cachés derrière les coins et dans les maisons même , ainsi que derrière les clayonnages les plus avancés, possèdent non.«eiilement l'avantage de pouvoir se couvrir par ces abris, mais aussi celui de pouvoir y appuyer leurs armes , et de tirer par conséquent des coups mieux ajustés. La promptitude, et une sorte de décision dans les mouvements, soit donc le seul remède à ce mal ; car, en parcourant la plaine avec célérité, on s'expose à un moindre nombre de coups que si on avançait lentement. Si la position du village permet aux chaînes de le tourner par un des flancs, et si l'ennemi a été assez imprudent pour dégarnir justement le côté bible de son poste, il n'y

(1) Si toutefois il s'en trouve une. Dans le aa extraire, les tirailleurs tâcheront de gagner qodqos accidents du terrain , qui , en les cachant aux jeni de leurs adversaires, leur oOrent aussi les moyens de te soutenir avec avantage, pour procurer aux troupes qm délioucheronl des taillis le temps nteessaire pour le di^plofer.

DES TKOIS ARMES.

2oa

a aucun doute que c'est par le poiol vulnérable qu'il faudra l'attaquer; mats une faute aussi grave de la part de l'ennemi n'est pas \ piésumer, et au défaut de l'artillerie, qui postée sur les flancs des villages défend si eflScacement ces sortes de postes, chaque adversaire sera assez intelligent pour garnir les endroits les [dus faibles, du moins par une chaîne de tirailleurs et quelques postes de replis; le lotit soutenu par une réserve, si l'assieltc des habitations le permet.

Si , par des attaques bien conduites , on parvient à s'emparer d'un poste pareil , il faut que le chef de la troupe change de suite son rôle d'assaillant en celui de défenseur, et ne se laisse pas distraire du but principal par quelipies considérations secondaires, afin d'éviter ces scènes sanglantes que nous offrent toujours les prises et les reprises des villages. Après s'être rendu maître des habitations , toute l'atr tention du chef doit préalablement se tourner vers la défense avantageuse du poste dont il vient de s'emparer, et des moyens de s'y maintenir. Pendant qu'il s'occupe à garnir les clayonn^es avancés et les maisons, à disposer les- postes de replis et les réserves , à leur donner an emplacement avantageux, et procède, en un mot, aux moyens de se soutMiir contre ses adversaires, les masses destinées pour soutenir les troupes déj& engagées ont le temps d'arriver dans la proximité du poste qu'il faudra défendre contre les mouvements offensifs des ennemis, et le chef celui de les disposer d'après les avantages des localités et les principes que j'ai exposés dans la section précédente. •

Après avoir parlé du service de l'infanterie légère dans les batailles rangées, énumérons maintenant ses obligations dans celui des avant-postes et des patrouilles.

Si le service de l'infanterie légère, aux avant-postes comme dans les patrouilles, est atisai essentiel que le râle qu'ils sont appelés à joaer dans les batailles, il n'est, sans contredit, ni aussi dilHcile, ni aussi fatigant, ni aussi dangereux. Leur lâche, dans le premier cas, se borne à la surveillance du camp dont ils Tonnent la chaîne la plus avancée , où ils n'échangent que quelques coups isolés, et où ils sont relevés dans un certain espace de temps par les gens de service aux grand'gardes.

Dans le second , leur rôle se borne à fouiller le terrain dans dos directions divei^entes, pour assurer la sécurité des troupes qui les détachent.

Le service des avant-postes exige une surveillance à toute épreuve ; et pour être bien maître de la campagne, il faut avoir soin de les placer sur des points élevés, d'où ils puissent voir dans le lointain et donner l'alerte aux troupes campées (() ; mais comme ces sortes de postes ne sont pas seulement des postes de surveillance, mais aussi d'avertissement, il est indispensable, quel que soit à peu près le terrain , d'y amalgamer quelques cavaliers qui puissent donner avec promptitude l'avis nécessaire de l'apparition de l'ennemi. Le devoir des tirailleurs de service aux avant-postes sera de recevoir les premiers coups de leurs adversaires , et de chercher à les retenir pendant tout le temps que les grand'gardes et les postes de replis emploieront pour se mettre sous les armes. Soutenus par eux , les tirailleurs lâcheront de profiler de chaque avantage qu'oflfrira le terrain. Dans tous les cas, l'action de l'infanterie légère est basée, comme nous l'avons vu plus haut, sur le talent de savoir profiter des accidents du terrain; mais jamais autant que lorsqu'elle sera deserviceauxavant-postes. - L'ennemi cherchant toujours à tomber à l'improviste, et k la tête d'une force supérieure à celle qu'on peut lui opposer, pour pouvoir enlever quelques postes avancés et ravir au corps principal tous les moyens d'avertissement, il est indispensable que le manque de force physique soit du moins compensé par le profit qu'on peut tirer des avantages du terrain; et c'est ce que nos tirailleurs devront faire tant qu'ils ne seront pas relevés par d'autres troupes que le corps principal enverra à leur secours.

Le service des patrouilles et sans contredit beaucoup plus difficile que celui des avantpostes, par le double but qui en fait la base : la recherche de Tennemî et l'exploration du terrain. La difficulté de ce service en démentit les apparences. II est en réalité plus difficile qu'on ne se le représente , et exige de l'officier commandant plusieurs notions topographiques

(i) Sans crpendant jamais oser donner une (tusse alarme, au risque d'encourir uoc punition cirmpUirc.

dbyGoot^lc

SIO

«t militaires, el des'troupes qui le composeot, beaucoup de vi^laoce et d'activité. La bataille de Luzura nous prouve 4videmment combien les petites causes , produisent souvent de grands effets, et tous les services qu'une patrouille attentive et vigilante peut rendre. Une patrouille sauva l'armée des deux couronnes du piège que le prioce Eugène avait tendu au duc de Vendôme , en reconnaissant l'armée impériale couchée sur le ventre derrière la digue du 2éro. Cette découverte donna l'alarme à

(i) Iiililttlé : Veber die AnordnMng und dtu virhai- piErouilIn est tellemMit compléta , qa on peut dira brten der patrouillen. S* disserlalioa sur le s^rice da dimcnt qu'elle m laiste rien i désirer da pici.

toute l'année da roi d'Espagne, qaicovntani

armes qu'elle venait de quitter, pour leodn ses Lentes; et le duc de Vendôme parrinltdltment à balancer les destins de cette jonniée, que la victoire resta indécise.

Hais, pour oe pas répéter des principesdool d'autres auteurs ont été jusqu'à découvrir tous les replis, et dont les développements n'ont rien laissé à désirer , je prendrai la liberté de fii«r l'attention du lecleor à ce aajet sur l'ouTngc du colonel Rechlio de Heidegg (i).

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