‹ Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des Mémoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 59 sur 95 · MS TB015 AMIES · texte numérisé non relu

MS TB015 AMIES

où les obua ont frappé dans les escadrons, le niccès ne pourrait januis être doalenx.

Les cartouches à balles sont efficaces à de petites dislancGs et surtout contre des fronts étendus; car ces sortes de projectiles étant soumis i la loi delà dispersion, et n'ayant pas la propriété de porter atteinte dans la profondeur, dles ne soot que peu sensibles pour des troupes formées en masses compactes, qui ne présentent surtout qu'un front raccourci. Au reste, le soldat en général craint peu les carlouches à halles; car elles ne sont pas susceptibles de ravager des colonnes qui sont just»menl les formations auxquelles on assujettit les troupes , lorsqu'on les fait marcher contre les ennemis pour opérer un choc et les déposler. Lorsqu'on songe que, d'une botte i balles lancée contre l'infanterie, la plus grande partie de toutes celles qui suivent la direction dus arêtes inférieures et supérieures du cône fonné par le tir, les premières vont frapper la terre avant d'avoir atteint le but contre lequel on les lance, et ne touchant que par ricochet, ne conservent plus par conséquent un effet aussi positif; que les secondes, passent en grande partie par-dessus les têtes des fantassins, etqu'il n'y a que les balles qui suivent la direction des arêtes latérales, dont le nombre de celles qui atteignent le but contre un bataillon formé en colonne', qui n'a tout au plus que deux pelotons d'étendue, ne peut pas être grand, on ne s'étonnera pas que le tJr ï carlouches à balles soit méprisé par les bataillons d'infanterie qu'on fait maruher en colonnes.

Contre la cavalerie, les cartoudies à balles sont infiniment plus dangereuses, et deux rai- «UU3 péremploires rendent ce tir infiniment plus efficace contre cette arme : 1" La cavalerie ne s'avançant jamais vers son ennemi qu'en ligne déployée , le but que les balles vont atteindre étant beaucoup plus étendu, il y aura beaucoup plus de balles des arêtes latérales du cène de projection qui iront frapper le but; et 2° l'homme étant assis sur le cheval, il y aura beaucoup moins de balles des arêtes supérieures qui se perdront.

Mais comme l'artillerie ainsi que les deux autres armes, tout en possédant de grandes vertus, n'est pas non plus tout à fait exempte de vices, voyons ce qu'il nous reste encore à dire sur ses défauts.

Un des plus grands défauts de l'artillerie est sans doute le manque de moyens de tirer avec une justesse bien décidée pendant k cours d'an engagement , ce qui porte souvent cette arme à épuiser ses cartouches et les forces de ses servants pour réussir à déposter une masse imposante de troupes. Dans des cas pareils , on est noD^Mulement obligé de rassembler toujours une plus grande masse d'artillerie, que l'ennemi,qui prend ordinairement ses précautions pour riq)nster avec avantage, n'en met en ao- Hod; mais il est indispensable de chercher, par des coups bien ajustés, dont la grande partie atteignent le but, à imposer silence aux boa> cbes il feu des adversaires, car les projectiles qui frappent dans les masses et démontent les pièces, sont les seuls redoutables.

Tous les projectiles qui ont été lancés sous des angles de projection trop grands ou trop petits, peuvent en grande partie être mis dans la catégorie des coups penlus, car ils vont ordinairement frapper derrière ou devant la première ligne de troupes, et ne peuvent plus les atteindre , ou en frappant devant elles , s'élancent le plus souvent dans des directions inverses au bal-contre lequel on les a lancés. Que l'on jette les yeux sur un champ de bataille occupé par des troupes, quoiqu'on remarque beaucoup de terrain occupé par elles, on en trouve toujours beaucoup plus encore de non occupé, qui offre aux projecUles lancés sous l'ange de projection du hasard, infiniment plus de chances défavorables qu'avantageuses.

Un second défaut asseï grave de l'artUlerie , c'est la ditTiculté de la mouvoir, et cette difficulté doit être envisagée sous deux rapports différents:

1° Sous le rapport du nombre de boacbes » feu qu'on met en action le jour d'une bataille;

2° Sous le rapport du terrain, quant au monrement de cette arme et des positions qu'on lui assigne, liMwpi'on veut la mettre en action.

La grande quantité de bouches à feu qu'in attache aux armées, malgré tous les avantages qu'on en retire, ne manque pas de gènw les troupes dans leur marche et sur le diamp de bataille. Cette arme produit beaucoup d'embarras aussi dans lesdéploiements des troupes; car étant la première à devoir se mettre eo action, ^e doit aussi passer i travers les antres Inapes poor occuper ses positioas, oe fû

EXAMEN RAlS(»fN£

rend son mooTement tirdif, géoé et difficile.

Quaot i la difflcnltë de sod mouvemeal par rapport au teirain , les champs de bataille nous pimentent fréquemment des sinuosités si maltipliées , qui forment de petits ou de p}us grands défilés, qae rartillerie peut être obligée, au lieu de marcher de front, de se mettre quelquefois en sections et même en file, ce qui retarde son apparition sur les points où sa présence devient nécessaire. Et souvent aussi le terrain qu'on choisit pour champ de bataille, n'offrant que des élévations d'une hauteur assez majeure , rend peu sûrs les coups de l'artillerie , lancés contre les troupes postées dans les plaines, et ravit à cette arme sa plus belle propriété.

Un dernier désavantage est que cette arme ne peut pas se défendre elle-même, et que pour ne pas tomber entre les mains de l'ennemi qui viendrait l'atlaquer, elle doit être toujours accompagnée par l'infanterie ou par la cavalerie.

Haintenant, noos pouvons poser en dernier résunté que, pour que l'artillerie réponde aux vrais effets dont elle peut être susceptible, et que ses propriétés conservent leur force positive, OD doit :

1* Habituer les artilleurs k manier leurs piècM avec adresse et célérité, et à tirer avec justesse;

S* Rassembln- plutdt de grandes batteries et recevoir pour minimum de leur grandeur six bouches il feu ;

3* Désigner k l'artillerie les positions les plus avantageuses par rapport au lerrain et à l'ennuni ;

i" La faire manœuvrer souvent avec les autres armes, pour qu'elles ne s'embarrassent pas réciproquement dans leurs mouvements offensifs et défensifs.

Quant au tir des différents projectiles, il sera classé de la manière suivante : on emploiera lee obus et les boulets contre les carrés et les colonnes, les cartouches à balles contre de Pinfanterie déployée en ligne, et les obus ainsi que les .cartouches & balles contre la cavalerie, en prenant bien soin de ne pas négliger dans ' Ions les cas le calcul des distances.

(i) rUneatlon de cette arme m Biude a été portie à ua degré de potteUen tetovat élai^ qn'dh srnlt ,

DES PROFSIÂTÉS DE l'aKTILLEEIE * CHEVAL.

L'organisation de Tartillerie à cheval lui ayant accordé une vélocité au moins double de celle de l'arUllerie k pied , cette prérogative donna à ses propriétés un développement beaucoup plus étendu , et une autre vertu encore que l'artillerie à pied ne possède pas dn tout, celle d'une action indépendante temporaire. Celte vertu d'indépendance momentanée esile résultat delà vitesse avec laquelle elle peut s'approcher de l'ennemi, surtoutvers les points des lignes de bataille qui manquent de cavalerie, et la vitesse avec laquelle elle peut se soustraire aux poursuites de ses ennemis. Trois vertus qui rehaussent ses qualités et la soustraient aux désavantages que l'artillerie à pied éprouvera toujours, dans des combats à de petites distances de l'ennemi.

La rapidité des mouvements, rendant ordinairement leur exécution plus difficile, en fondant sur la vélocité, le rôle avantageux qne l'artillerie I cheval peut jouer dans les bataille, il est indispensable, afin qu'elle ne démente pas ce râle , de pousser son éducation lactique au perfectionnement qu'exige la promptitude de ses mouvements.

Quoique l'artillerie i cheval ne diffère qu'en peu de points de celle k pied, U seule monture delà première a imprimé àl'artillerie à cheval un caractère auquel l'arlillerie k pied ne peut jamais prétendre. Occupant ses positions avec une vitesse inexprimable, et pouvant se soustraire avec la m^me célérité aux attaques de ses ennemis , pour donner place aux armes qui la secondent, cette arme peut s'engager sans crainte dans des combats où l'artillerie 1 pied courraitàuneperte infaillible, ella conséquence en est toute naturelle. Sa légèreté et la Tivacité de ses mouvements l'ont rendue si flexible et si facile à être maniée (i), que les cbe& n'appréhendent rien de l'engager dans les circonstances les plus dangereuses et les points les plus épineux. Suivant partout la cavalerie à laquelle elle se trouve attachée, et ne la quittant qu'au moment où celle-ci s'ahandoone i un mouvement impétueux, précurseur du choc

jecrob.eii éUI de réaliser tontes les tontaWcs qn'oa voudrait imposer à mq actioB.

DES TBOe ARMES.

et BoiTt d^nne mUte dans laquelle l'artiUene achevai peut être perdue, sans que sa présence puisse être de quelque utilité (i), mais où l'arme blancbe doit décider du succès, l'artillerie à cheval a conquis, h force de travaux, de hardiesse, d'effets surprenants, et surtout par le caractère de décision qu'^e imprima aux manœuvres de la cavalerie, le rang élevé qu'elle occupe maintenant dans la tactique des armes.

Eu accompagnant la cavalerie de réseive dans les cbocs vigonr«ix qui complètent les victoires, si l'arliUerie à cheval remplit bien son devoir et augmente le flottement des lignes de bataille, ou les entame, die doit, 'et avec justice, recevoir le premier rang parmi les armes préparatoires; cile doit d'autant plus jouir de cette pràvgative, que les dangers à la merci desquels elle se trouve en butte, ainsi que la grande difficulté de bien remplir son devoir, en précédant une arme dont les mouvements sont aussi impétueux que ceux de la cavalerie, lui inRigeunetâcfaedont les difficultés s'augmentent souvent par la pouUon de l'ennemi, la disposition de ses troupes, et les ressources qu'il peut puiser dans ses forces physiques.

Hais en préparant les momeftts oppwrtuns pour le choc de la cavderie, et le Facilitant aussi en produisaat du flolt«D«at dans les masses qoe cette arme se prefrase de choquer, l'artillerie k cbev^ ne borne pas là les services eQicaces qu'elle est en état de lai rendre. Au mmnent où la cavderie s'est élancée pour fondre sur son ennemi, l'artillerie à cheval peut, en prenant une position avantageuse, protéger aussi son ralliement. Ponrvu que la cavalerie posside à un degré un peu élevé le talent de se rallier en s'éconlaot derrière les bouches h feu qui devront être préparées pour recevQir les vainqueurs avec des cartouches à balles, elle poum avec facilité , par des coups bien dirigés, arrêter l'impulsion des assaillants et les empêcher de poursuivre leurs succès. La réserve de cavalerie cependant, sans tropae presser dans ses mouvements offensifs , devra songer avant tout à défendre les artilleura, si, emportés par une fouge trop impétueuse,

(i) Ce<iai pnmn quelcipraprlétAiolhiwivu de l'arliUerie k cheval ne wntqoe tMBporairea.

les vainquenn se jetaient sur les servants des

pièces.

Quoique bous envisagions l'artillerie à cheval comme un accessoire qui rend les chocs de la cavalerie moins douteux, et qui peut ausm lui servir d'égide protectrice dans des moments d'échecs , il ne faut pas cependant étendre la combinaison de ces deux armes i tous les cas indistioctement. Ce serait, au contraire, ravir à la cavalerie cette assuraooe morale qui rehausse toujours les vertus de chaque arme. Un abus pareil ferait tort aux deux armes , ea rendant l'une craintive toutes les fois qu'elle se> rait abandonnée i son unique impulsion, et eu fatiguant l'autre au point de la rendre iacapspable d'être longtemps utile.

Plus une arme est utUe et susceptible de {ffodnire de grands ctTets, plus il faut la ménager, jusqu'au moment de ta décision. Gardon»nous donc de faire reposer les succès de tous les engagements partiels que la cavalerie peut étra dans le cas de soutenir dans le courant d'une bataille , sur l'artillerie à dieval ; ménageons-la plutAt pour quelque grand conp, et attachons-en la m^eure partie h la cavalerie de réserve , dont le rMe nous est déjà connu , et ne la faisons agir que lorsque sa coopération devient indispensable et peut produire un grand effet.

La cavalerie cependant n'est pas la seide arme dont l'artillerie à dieval rôide ;la force plus positive et les effets plus efficaces, cette arme peut rendre les mêmes services à l'infanterie, en la secondant dans ses chocs. Ces cas sont plus rares, sans doute, mais ils ne sont pas sans exemple , et c'est en parvenant à l'article de la combinaison de l'action des trois armes que je me propose d'en parler.

D'après tout ce que je viens de dire sur les propriétés de l'artillerie à cheval, il est aiséde se convaincre, qu'une de ses plus grandes vertus est celle de rehausser et rendre plus positive la force des deux autres armes. Noua en conclurons donc, qu'une de ses grandes propriétés s'évanouirait si elle ne savait pas maoceuvrer au suprême degré avec l'iofanlerie et la cavalerie. L'artillerie ne pouvant jamais gagner de bataille, elle doit du moins par des manœuvres bien exécutées, seconder efficacement l'arme qui remporte les victoires et celle qui les complète.

En général , raiiilleria à cheval possédant toutes les grandes propriétés de l'artillerie à pied, ainsi que ses défauts, a deux autres avantages, qu'elle peut pousser avec facilité à un certain degré de perfection. C'est la rapidité et la roulante de ses mouvements et une plus grande justesse dn tir. Les artilleurs montés à cheval et pouvant suivre les pièces avec une vivacité extraordinaire, dansleurs mouvements offensifs, comme dans leur rétrogradation, accordent à l'artillerie les moyens de faire des mouvements beaucoup plus hardis et par conséquent plus avantageux.

l'our ce qui regarde la justesse du tir^ cette jusIesBC étant soumise à de beaucoup moindres variations, lorsque les bouches à feu se trouvent dans la proiimité du but , Fartillerie à cheval est justement celle qui peut, sans risquer autant que celle à pied , s'approcher à des distances qui favorisent la justesse de son tir.

L'artillerie à cheval , l'emportant sur celle à pied par deux avantages aussi essentiels, nous pouvons donc poser en principe, que ses propriélésélantplusnombreusesque celiesdeTartillerie à pied , son action doit en être plus décisive, et nous terminerons par la conclusion suivante :

Que les avantages des propriétés de l'artillerie à pied et à cheval, sont eu proportion avec la vivacité des mouvements et la justesse des tirs des deux artilleries.

SECTION IV

DBS posmoifs BB l'artillbhie.

Les positions de l'artillerie doivent être considérées sous trois rapports différents :

i" Sous le rapport du terrain ;

2* Sous le rapport des feux;

3° Sous le rapport de l'ordre de bataille.

l« terrain où on place lesbatteries doit être ouvert, dominant celui qu'occupe l'ennemi; mais d'un léger commandement , pour que les feux ne soient pas trop plongeants; car ce sont toujours les plus inexacts et les moins dangereux. Les sommets des grandes hauteurs sont ordinairemeut les positions les plus vicieuses pour l'artillerie; car les bonds se faisant sous des angles d'incidence très-obtus, tcsricocbcls les moins élevés n'atteignent le but que pres-

que au moment où k projectile a perla deii force positive.

Il faut, au commencement d'un combit, faire bien attention aux points les {rfus biUn de la position, en les considérant sous le npport topographique, et placer l'artillerie de mioiiK à ce qu'elle puisse en défendre tontes ksipproches. On cherchera à multiplier set lignes de tir, et on les dirigera préalablement len les points par où l'ennemi devra passer.

On placera les batteries, de manière i a qu'elles puissent découvrir ces pcrints codM lesquels elles devront diriger leurs feux, etea général toutes les lignes de bataille de l'eimeiu. On pose cependant en principe, qu'il ne sulGl pas toujours de pouvoir observer les moanments de l'ennemi et de viser avec justesse:b sévérité des règles exige que, tout eniUïignant le but, on cache ses propres batteritsi son adversaire. Le principe peut être très-jusie et trèa-avantageux; mais l'exécution en est (rès^difficile. La configuration du temio wiiinairement est telle, qu'en |wenant une posilica d'après les lois de la tactique de rartillerie,sBr le plateau d'une hauteur d'un léger CMom» dément, devant une plaine unie et dénirie d'accidents qui puissent s'opposer au libre com des projectiles , d'où on soit en eut d'apensvoir les lignes ennemies et défendre leswï» qui conduisent aux points les plus vulnénblés de noire ordre de bataille , il est cepn>dant difficile de pouvoir tout observer sansK découvrir aussi.

Pour pouvoir, autant que possible, Deptf enfreindre celte loi, il faut utiliser, pareio)pie, les enclos des champs, qui, dans beauoap de pays, sont entourés d'une jetée de lem faite à l'instar d'un épanleraent, les baies de jardin, les hautes bruyères, une mine, etc., elc-

Il est indispensable d'avoir aussi en ansl des bouches à feu un terrain dont la dédiriU s'abaisse doucement du câté de l'ennemi, d établir les batteries sur des positions qui m soient pasentravées par de nombreux accidol» sur leurs derrières. Ces sinuosités qni se trooventen arrière des bouches à feu. doivenl^ assez nidies, pour que, dans un cas de Bé«^ site, la retraite des pièces, ainsi que lesmoorfr ments offensifs de l'artillerie de réser^'e, doDl l'entrée dans les lignes de bataille décide quriquefois du snccës de la journée, se fissaii

DE» TROIS ARMES

irec facilité. Le«hoU'de ces IlgneB de communication est d'autant plus nécessnre , que dans les mouvements rétrogrades, pour ne pas entraver les feux des pièces , il est toujours plus avantageux de faire rétrogader les bouches à feuà ta {»«loDge, manœuvre qui parelle-roème déjà est beaucoup plus épineuse que lorsque les canons reposent sur leurs avant-trains.

Une position très-favorable pour l'artillerie, est toujours un terrain de & à 9 pieds d'élévation et au pied de laqnellese trouverait un terrain un p«i,inon, dont la mollesse s'oppose ordinairement aux ricochetsdes projectiles des adversaires , mais qui ne surpassât pas la portée du premier bond des boulets et des grosses balles , afin que nos projectiles puissent facilement lefranchir.ricochersarun terrain ferme, et aller frapper dans les lignes ennemies. Une pteition pareille est d'autant plus avantageuse, qu'il n'y aurait que tes projectiles qui viendraient frapper de but en blanc le vrai faut, qui pourraient être nuisibles ( et nous savons par les discussions précédentes combien le tir des projectiles est pen sûr) , tandis que la pins grande partie , en plongeant dans le terrain mou. De seraient plussusceptibles de ricocher, et resteraient sur les places ait ils auraient frappé, et les antres qui seraient lancés sous des angles de projection tn^ élevés, passeraient pxTHlessns. Les hautes bruyères, qui croissent souvent sur des terrée molles, possèdent justement le double avantage qui constitue les bonnes positions de l'artillerie, en paralysant les ricochets des projectiles et en masquant les pièces; mais il est indispensable, comme je t'ai dit plus haut, que la plaine derrière laquelle on cache les batteries ne dépasse pas le premier bond.

Tout en cherchant A doiu» à l'artillerie des positioi» avantageuses , en les envisageant sons le point de vue du mal qu'elle doit faire à l'ennemi , il ne fïiQt pas oublier non plus de la placer de manière i ce qu'elle ne souffre que le moins poedUe des feux des adversaires. ie me suis fHXtiKHicé sur la difflculté de pouvoir masquer les batteries de manière à les dénoter tout i fait aux r^rds de l'ennemi, et

(i) L'alignemenl de* pièces dans les tHlUries, doit tin aussi une chose secondaire at SDaient mtme pernicieuse ; car l'emplacement des bouches i feu doit dépendre du terrain qu'on occupe , et par conséquent

que ce n'était que rarement que les champs de bataille nous «dfraient de ces sortes d'abrts ; il faut donc chercher dans de pareils caâ, d'autres moyens qui soient ou tout & fait efficaces, ou le moins pernicieux pour cette arme.

Nous avons déjà été dans le cas de nous convaincre , que plus les masses étaient compactes, plus elles souffraient des effets des projectiles. Cet effet peut aussi, mais dans une acception moins étendue, être appliqué i l'artillerie. Plus les bouches k feu sont rapprochées, plus elles risquent d'être démontées et mises hors d'action. On doit donc recevoir pour base, dont les modifications seront établies d'après le terrain et les circonstances, de ne jamais trop rapprocher les pièces et de prendre pour principe normal de l'éloignement des canons entre eux, celui des feux collectifs, c'est-kdire, de ne pas les placer à une distance qui réduirait leurs tirs à des coups isolés. Ces sortes de distances seront donc ordinairement depuis quinze jusqu'à vingt pas , selon l'effet qu'on veut en obtenir.

Lorsqu'on fait avancer une batterie, et qu'on se trouve dans le cas de faire usage de cartouches à balles , on peut , sans beaucoup risquer, augmenter les distances entre les pièces; car, comme nous l'avons vu, les cartouches à balles ayant la propriété de se disperser en (orme conique , on peut, sans paralyser pour cela l'effet des projectiles , disposer les pièces de manière à ce que les arêtes latérale? ne se croisent pas trop , et battre, par consf'quent, une plus grande étendue de terrain (i).

La position de l'artillerie , par rapport aux deux autres armes, doitétre aussi d'une considéiration majeure : elle peut, par ses feux destructeurs , en produisant du flottement dans les lignes ennemies, faciliter le choc de l'infonterie et de la cavalerie ; mais elle ne possède pas la propriété de gagner les batailles, dont l'hnnneurappartienlà l'infanterie, qui remporte les victoires , et à la cavalerie qui les complète. It s'ensuit donc que ces deux armes jouent les rôles principaux dans les batailles, et, par conséquent , la position de l'artillerie , quoique étant subordonnée au terrain , doit l'être aussi

l'attention des diels doit se diriger préalablement sur ses propriétés et la position des canons, et non sur leur alignement.

dbyGoot^lc

EXAHEH RAISONNÉ

à l'acUon des deai armes. L'action préparatoire derartillerie a-l-elle eu le résultat désiré) l'attention du cher qui la commande doit se diriger sur la disjwsition que la circonstance demandera , pour que cette arme n'entrave pas les mouvements offensif des deux autres. Si le secours de l'artillerie est encore nécessaire , il manœuvrera avec l'arme oBiBnsive; si, au contraire, le moment du choc est arrivé, il préparera des débouchés pour les troupes qui se porteront en avant, en faisant doubler les pièces, ou en mettant les batteries en colonnes.

Pour ce qui regarde les positions de l'artillerie sous le rapport des fenx, nous devons, autant que te terrain et la position des l^es de bataille le permettent, les baser sur les trois pmpriélés les plus efficaces des feux de l'artillerie , dont j'ai eu l'occasion de faire meatiou daus le chapitre IV, section 2 , et qui sont :

d* Les feux obliques;

g? Les feux d'enfilades;

5" Les feux croisés.

On obtient les feux de la première catégorie par la position oblique des batteries, par rapport aux lignes de bataille ennemies. Les différentes obliquités peuvent se compter depuis le moment oii la trajectoire abandonne la direction perpendiculaire jusqu'à celui où l'on par^ vient a placer les bouches à feu tout à fait dans le flanc des lignes de bataille des adversaires; position qui nous ramène aux feux d'enfilades.

Les feux obliques sont certainement plus avantageux que lesfeux perpendiculaires; mais plus on se rapproche des feux d'enfilades, et plus la position des batteries devient dangereuse en prêtant le flanc aux attaques comme aux coups de l'artillerie ennemie.

Cependant , pour ne pas se laisser distraire 4,e l'attaque que l'on dirige contre un point, si m£me l'ennemi plaçait unebalterie qui prenne la nfttre d'écharpe , il faut , dans un cas pareil , réparer le mal en faisant avancerde la réserve une batterie d'artillerie à cheval, qu'on placera parallèlement à celle des ennemis, et qui formera par conséquent un angle avec la première. Le devoir de la batterie légère sera de chercher, par la vivacité et la justesse de ses feux, d'imposer silence i la batterie flanquante, et la mettre par conséquent hors d'action.

Les feux d'enfilades sont beaucoup plus effl- CAces encore que les feux obliques; car le pro-

jectile trouvant dans toute Tétendoe de n injectoire, des objets à frapper, fera essayer de plus grandes pertes aux lignes ennemies. La position d'une batterie qu'on place perpendicaliirement à la ligne ennemie n'est pas diDgerense pour elle-même ; mais il est difficile qu'elle se maintienne longtemps. L'ennemi ne peut jamiii souffrir longtemps un voisinage pareil, el dml chercher k déposler l'adversaire imporina. C'est même bien le moment de faire de gnnàs sacrifices pour déloger ses ennemis, à incHU que quelque accident insurmontaUe ne vous en rende la chose impossible , comme le CK arrivé à la bataille de Friediand , ou lorsque l'emplacement de la batterie ne s'est pas efi«> tué pendant le mouvement des troupes, qniv dinairement n'est pas le plus propice poorkff faire changer de direction, ainsi que omis a voyons des exemples dans les bataUles de Iblplaquet et de Leutben.

A la bataille de Friediand, le maréchal Nn. à la tète du flanc droit, ayant dépassé la forél de Sortlack, avait ëtaUî de fortes batterie), qu'il dirigea contre la ville. Un officier de ïëi\major russe', U. de Teslef (i), voyant qcw h Français s'étaient rapprochée des bords del'AUe et prêtaient leur flanc droit, fit placer anebiltwiesur la rive droite, et exécuta un fée bia nouiri et si bien dirigé, que les cnDembD'ijMt aucun moyen de déloger l'artillerie russe, q* se trouvait sur la rive opposée , furent obligés de rétrograder pour prendre une position qui fût hors de la sphire active des projectile qu'on ponvaitlaocer de larive droite de l'AUt.

A la bataille de Halplaquet, le fainec Eigène , s'étant rendu maître du bob de SaiSi ne voulant pas remporter la victoire à deoii fit avancer sa cavalerie , qui était restée a colonnes derrière l'infantme. Les Franfiis. voyant qu'elle allait charger leurs ligna d'itfanterie, font avancer la leur. La charge se lait, et les escadrons français sont renveisés. Ctuici font avancer la Maison du roi ainsi que Its gardes-du-corps. Cette troupe arrête b canlerie impériale, et la chaire j^osieurs Ibis attc succès. Elle aurait apparanment a^evé la défaite de la cavalerie impériale; toais une batterie qu'on plaça dans son flanc, *t qoiprith!

escadrons français d'écharpe, fit un terrible ravage dans leurs rangs. Ils Turent Miligés de se retirer, et abandonnèrent lonl le terrain qu'ils avaient gagné.

A la bataille de Leuthen, les Impériaux ayant été débordés sur leur flaoc gaudie, voulurent établir, en arriëro de Gohlan, une ligne en potence, afin de couvrir leur aile attaquée. Le roi fit avancer une batterie de gros calibre, qui prit celte ligne d'écharpe et parvint bientôt k y semer le désordre.

A la bataille de Wagram aussi, c'est à l'effet des batteries qui avaient dirigé nn feu d'enfilade très-nourri contre les troupes du prince de Rosenberg, que Davonst dut en grande partie les pertes qu'il fit essuyer aux ennemis, et les succès qu'il remporta.

Les feux croisés sont les feux tes plus effi* caces et ceux quiproduisentleplus d'efliet; ils s'obtiennent de deux manières différentes : en plaçant les batteries de manière à ce qu'elles forment on angle rentrant ou un arc concave , dans la concavité soit tournée du côté de l'ennemi. La première disposition ne pouvant se faire qu'en liant deux lignes obliques, présentera par conséquent deux flancs et deux lignes droites à l'ennemi , qui se servira de Teux d'enfilades pour les prendre d'écba]^. Hais pour que les beaux résultats qu'on obtient des feux croisés ne soient pas diminués par les désavantages de la position i laquelle on assujettit les batteries, il vaut toujours mieux placer les bouches à feu en arc concave. Quoique les pièces des deux extrémités d'une batterie formée en arc soient aussi en butte aux feux d'enfilades, le danger est toujours beaucoup moindre que lorsque les bouches sont placées en angle; car, dans le premier cas, i) n'y a que les pièces extrêmes qui y sont exposées, tandis que, dans le second, ce sont des lignes entières.

Pource qui regarde la position de l'artillerie, par rapport à l'ordre de bataille, comme sous ce rapport, l'artillerie se partage en deux masses différentes, qui sont :

i° L'artillerie des lignes;

%" L'artillerie de réserve; leurs rAles éunt

(i) Le géotnl Lapinuge.daittle méiM ouvragoqua j'ai m rocMsion de citer (page 9S), bit on unge fu- Ineux d'nne armée qui s'avance contre son adrersaire, n'ajant pas une seule pièce derant son front, nuis deux batteries, l'anede 19, l'antre deMptècee de canon

différents, leur position exige par conséquent des règles différentes aussi.

Abstraction des cas extraordinaires, qui ne peuvent être soumis à aucune règle subie , nous pouvons pos»- comme priocipesgénéraux que l'artillerie des lignes est celle déugnée pour défendre les approches des lignes de bataille et battre en brèche celles des ennemis; celle de réserve est désignée pour secourir les points deslignesde'bataîlle'quet'ennemi aurait mis en danger, ainsi qu'à suivre l'infanterie et la cavalerie de réserve dans les mouvements offensif que ces deux armes entreprennent, et les renforcer dans leurs chocs. Ceci prouve que l'artillerie des lignes est active depuis le premier moment et pendant tout l'engagement, tandis que la seconde ne l'est que temporairement. L'action continue de l'une et interrompue de l'autre doivent naturellement nécessiter aussi une différence dans leur position.

Nous avons vu, dans la section qui traite des |»«priétés de l'artillerie en général, qu'en disséminant les pièces sur toute l'étendue de la première ligne de bataille , c'était ravir à cette arme toutes les propriétés des feux collectifs, défaut d'aulant plus grave qu'on n'obtient alors que des coups isolés et des résultats d'une efficacité n^ative. Les règles principales pour la position de l'ariillerie des lignes sont donc :

1° De choisir les points les plus avanUgeux du terrain qui se trouve devant ces lignes, dont nous venons dediscuterles défauts et les avantages, pour en obtenir les coups les plus justes et les plus meurtriers ;

i* De choisirtespointsqui peuvent défendre efficacement les points les plus faibles de l'ordre de baUitle (i) ;

5" De partager les pièces tellement qu'on puisse en retirer des feux collectifs qui soient assez puissants pour arrêter les mouvements offensifs des ennemis et battre leurs masses en brèche ;

4* De placer les batteries dans l'éloignement que demande la portée du calibre, la justesse du tir et la force positive des projectiles ;

&' De chercher toujours à placer les batte-

rar le* Haocs. « L'annte , dit-ll, aontemie par cei deux

• batteries hlttralM, ■'avance en riteoce, eaiw rompre

• n li^e , sans tirer ud seul coup de tiuil et hinnt

• tout fuir devant elle. » Ce spectacle peut être trèsbeau, nais maltieureasemeal ce n'est <|a'uD songe.

EXAMEN HAISONNÉ

ries de manière à pouvoir eo obtenir des feux croisés , ou des feux d'enfilades , ou pour k: moins des feux obliques , et de ne se servir des feux perpendiculaires qu'au moment on la position de l'ennemi , ou l'assielte des points où l'on sera dans le cas de placer les bouches i feu, raviront les moyens d'en avoir d'autres.

Un point très-essentiel encore , mais sur lequel il est difficile de dire quelque chose de positif, c'est la composition des batteries des lignes de bataille et la grandeur du calibre qu'on devra emjtloyer; ées deux points dépendent trop de la configuration du terrain et de la circonstance dans laquelle on se trouve; mais on se servira en général de batteries de 13 pour défendre les points les plus faibles , et de celles de 8 et de 6 comme batteries intermédiaires.

Une erretu" bien nuisible pour la position de l'artillerie des lignes de bataille qu'on contractait dans les temps anciens, erreur dans laquelle (iustave-Adoiphe tomba lui-même, était celle de mettre des batteries sur les extrémités des Uancs. AU bataille de Lutzen, Gustave-Adolphe avait placé 30 pièces sur chaque aile. Plus lard, Santa-Cruz, dans ses Réfiexioni militaira et politique» { tom. v, chap. xxn ) , nous donne aussi les mêmes préceptes; mais ayant fait peu de prosélytes dans le temps, il en fera encore moins main tenant

L'artillerie de réserve, qui n'est soumise, comme nous venons de le voir , qu'i un engagement temporaire , doit nécessairement , pendant ses moments d'inaction, rester hors de la sphère active des feux des ennemis ; mais le chef qui la conmiande doit préalablement s'assurer des communicatious les plus faciles par lesquelles il faudra la diriger, lorsqu'il s'agira de soutenir quelque point menacé, ou de manœuvrer avec les masses olTensivea.

Des deux cas que je viens de désigner, quel que soit celui pour lequelon voudra employer l'artillerie de réserve, comme le moment est presque toujours urgent, il est indispensable que le remède suive de près le mal ; il est dooc toujours plus avantageux de se servir d'artillerie à cheval; voilà pourquoi il est nécessaire que la majeure partie de l'ariUlerie de réserve soit composée d'artillerie à cneval.

Supposant qu'on soit dans le cas desoiitcnir un point contre lequel l'rnnemi dirige ses

masses, on qu'il bat eu brèche, l'artiUcrità cheval employant beaucoup mwns de imfi pour arriver sur ce point désigné, ftéiki» plus tôt le mal. Si c'est pour accompagner nue niasse d'inlanterie ou de cavalerie qui w propose de produire un choc , comme dans ce cas aussi l'artillme doit, par la vivaoilé d« su feux, préparer le moment opportun de la diu^ tout dépendra de la vélocité avec liqudle dk s'approchera des masses ennemies, les baUn en brèche et préparera la victoire; propriétés qui tombent aussi plutdt dans le domaine it l'artillerie k cheval que dans celui de l'artillerie à pied.

Hais quel que soit le cas pour lequel on enploiera le secoure de l'artillerie de réserve, le premier soin du clief se dirigera snr l'enplicementdesbatteries détachées de cette résene, et sor les moyens d'en obtenir des feoi obliques, d'enfilades on croisés, selon que le tmiin le permettra et que la circonstance l'exipn. Gomme il est toujours désavantageai d'iiterrompre les feux de l'artillerie, et eocwe pis lorsqu'elle défend un point intéressant, ùb^ toujours rendre la position des batteries tirés de la réserve dépendante de crile des ligMSi c'est-à-dire, sans faire faire de mouvemestin pièces qui jouent déjà , jdacer l'artillerie de léserve sur un des flancs de la batterie primitive, ou, si le terrain y oblige ou lefavwse.lidtitribuer sur les deux , sans perdre cependut de vue que les difiiârentes propriétés des feoi dépendent de l'emplacement des pièces, et que le ]H-incipal est toujours de faire usagedespln avantageux. Lorsqu'onest dans l'offenuTe.pa' conséqaent maître de ses actions , on poum aussi faire avancer de la réserve des batteries à pied de gros calibre.

Le meilleur partage, je crois, qu'on poù» faire de l'artillerie dont on peut disposer k jour d'une bataille serait de la divisées tnÀ paris; une part sera employée pour mainuvii les troupes sur la position qu'elles occapeol. et en défendre les approches ; la seconde |un sera celle dont on renfoncera la première fo"! pouvoir prendre l'offensive ; et la troisième stn désignée pour coopérer k la décision de 1> victoire.

La première partie de l'artillerie sera plKf* en avant de ta première ligne de bataille: U seconde sera interc^ée dans les inlcrralles if

DES TROIS ARHES.

U seconde ligne (i) , landis que la tfoisiëiQe sera mise en réserve.

Si on découvre sur le champ de bataille un point dont la possession doit décider de la victoire eu faveur de l'un ou de l'autre parti, il est j osie de faire toujours coopérer les feux des batteries adjacentes avec celles qui occupent le poste primitif. Oaos un cas pareil, il est indispensable de bien faire atteoUon k la direotion des projectiles des pièces des secondes, pour que les effets des premières soient concentriques avec ceux des batteries primitives. C'est sur les feux perpendiculaires de la batterie primitive, les mouvements de l'ennemi, que le terrain oii il se trouve placé et cdui qu'il devra parcourir pour se rapprocher du point d'attaque peuvent nous indiquer, qu'où calculera l'dvliquilé des batteries adjacentes, pour qu'elles poissent défendre avantageusement tous les débouchés qui y mènent. On rendra les feux plus ou moins concentriques, selon qu'on voudra les diriger sur la même masse, ou battre en brèdie une certaine éten- Vue de terrain occupée par les troupes ennemies.

Pour rendre l'avantage de cette disposition plus évident, adapton»-la à quelque terrain, et prenons, par exemple, les hauteurs de Pratzeo.

En fixant notre attenlion sur la position des hauteurs de Pratzen, d'oîi ou pouvait battre en brèche les déBlés entre Pontovitz , Kobelnitz , et du château de Sokolniti, et entraver par conséquent les mouvements offensifs de l'ennemi, on peut se convaincre de l'importance de ce point. Les déGlés de Girzikovitz et Ponlovilz qui couvraient la droite de la position, le lac de Kobelnitz qui en défendait le front, et les déGlés entre ce lac, le village et le cbiteau de Sokolnitz qui couvraient la gauche , avaient constitué ce poste en position défensive, dont les approches étaient très-diDiciles, que le feu de rartilleric pouvait défendre avec facilité, et dans la défense duquel cette arme devait jouer un râle très-important.

Pour la défense du centre de tout le champ de bataille ou des hauteurs de Pratzen , le terrain était donc circonscrit entre Girzikovitz et l'ontovitz pour le flanc droit, entre Pontovitz

(■] Car Ignorant le point sur lequel on peut ilrc dans l« cas de prendre t'ofTcnsive , lorsque la néccssîlA s'en [iréwnlera, on Maliendra par Inballeries pbcéestn

et le lac de Kobdnitz pour le ceptre même, et entre la partie méridionale du lac et le château de Sokolnitz pour le liane gauche- L'artillerie, devant le village de Pratzen, devait donc être la batterie primitive, celles qni devaient coopérer à la défense du passage des défilés enlxe Girzikovitz, Pontovitz, Kobelnitz et le château deSoktdnitz, étaient les batteries adjacentes. Revenons maintenant an terrain occupé par l'ennemi. U avait dans son centre une plaine comprise entre les villages de Taras, Latein, , Schtapaniti et Maxendorf , qui favorisait le déploiement des colonnes, leurs manœuvres et leur action. La partie méridionale de Turas et Haxeudorf, au contraire, coupée par des sources marécageuses, des lacs et des bouquets d'une assez grande étendue, s'opposait à la libre circulation des troupes , et devait par conséquent gêner leurs mouvements. Le terrain entre Schiapaoilz et Hazendorf était donc la vraie sphère d'activité des troupes que l'ennemi devait diriger contre Pi'alzen. Les défilés entre Kobelnitz et le château de Sokolnitz, ne pouvant être franchis qu'avec difficulté et en interrompant l'harmonie des mouvements des colonnes d'attaque, devenaient pour les hauteurs de Pratzen, un point qu'on ne devait pas, il est vrai, perdre de vue, mais qui ne pouvait pas être considéré comme le point le plus important L'artillerie postée sur les hauteurs de Pratzen aurait donc du diriger ses feux contre le terrain compris entre les défilés formés par Girzikovitz, Pontovitzel la partie septentrionale du lac de Kobelnitz , et les batteries adjacentes devaient être placées entre Kobelnitz, Pontovitz et Girzikovitz. On aurait dû calculer l'obliquité de leurs feux, d'après ceux de ta batterie primitive, et cela de la manière suivante : la batterie de Kobelnitz aurait été désignée pour défendre le débauché entrç la partie septentrionale du lac de Pontovitz, et celles de Pontovitz et Girzikoviti pour défendre le défilé entre ces deux postes. Soutenues par une masse imposante de troupes prèles à défendre l'artillerie, si l'ennemi tentait de s'en rendre maître , ou bien d'achever de désorganiser les colonnes offensives de l'ennemi, que le feu meurli'ier du canon aurait entamé, lesbatle-

seeonde ligne , celles de la première , et sur le point où l'on voudra être dans l'olTensivi^.

ries dont je vieDS de parler annient été suffisantes pour arrêter Tattaqae des divisions Saint-Hilaire, VaDdamme etDroaot,quîfarent justement dirigées par Kabelniti, Pontovitz et par le défilé entre Pontovitz el Ginikovitz.

Hais si les différentes batteries doivent être, par rapport à leur position, dépendantes les unes des autres, il n'est pas moins nécessaire que la position de l'artûlerie en général , le soit aussi de celle de l'infanterie qui forme la première ligne de bataille , te terrain qu'on choisit pour champ de bataille étant ordinairement coupé par diSérentes sinuosités et parsemé de villages et d'habitations, on choisira pour l'eaiplacetnent des batteries les espaces intermédiaires entre ces villages, car ces sortes de postes étant toujours occupés par de l'inranterie, on acquiert de cette manière une ligne de feux non interceptée , formée par ceux des pièces et ceux des troupes qui occupent les villages.

Si l'artillerie est désignée pour défendre immédiatement un village, on la mettra sur les flancs en se gardant bien d'en embarrasser les avenues , si ces sortes de débouchés ne sont pas assez laides pour que deux pièces au moins puissent se mouvoir avec aisance; car, de cette manière, on la mettrait en butte à une perte certaine. Les débouchés des villages étant ordinairement très-étroits, si l'ennemi prononce unmouvementoffensifunpeu impétueux, l'embarras de retirer les pièces el la difficulté de les soustraire aux attaques des ennemis, leur ravit beaucoup de Tefficacité de leurs feux, ainsi que les moyens de prolonger la défense.

A la bataille de Dennevilz , au moment où les troupes du comte de Tauentzien s'emparèrent de Rohrbeck, les Francis furent forcés d'abandonner ce poste avec tant de promptitude , que nous trouvâmes i pièces de canon dans les ravins du village, dont la perle fut occasionnée par la précipitation avec laquelle les ennemis furent oblige de se retirer.

Hais si la position de l'artillerie peut souvent être dangereuse lorsqu'on la place dans les défilés , celte arme ne peut que rendre de grands services lorsqu'on la place devant, pour empêcher le débouchement des troupes enn» mies. C'est d'après la lai^ur du défilé qu'on calcule le nombre de bouches à feu qu'on doit mettre en batterie , cl on les augmentera selon

que la trouée sera étroite ou lar^. Dans le premier cas, on bat les têtes des col<mnes qui débouchent et qu'on empêche de se déployer, et, dans le second, si la trouée est assez lai^ pour que les troupes puissent la franchir en ordre de bataille, on paralyse du moins, par un feu bien dirigé, lear mouvement offensif.

A U bataille de Halplaquet , le maréchal de Villars avait fait placer une batterie de 100 pièces de canon devant la trouée formée par les bois de Sars et de Blangies ; mais il eut l'imprudenoe de faire élever tes retranchemaits entre les deux taillis, de manière qu'en po^ dant un des bois, tes fortifications risquaient d'être prises à revers. Le malhenr voulut aussi qu'en se portant h la tête de plusieurs bataillons vers le bois de Sars, le maréchal de Villars y fut blessé et obligé de quitter le champ de bataille , et que le maréchd de BonlBers ail en la faiblesse de faire sonner la retraite. Malgré tous ces désavantages pour les Français, le prince Eugène n'acheta cependant celte victoire, qu'on voulut bien lui céder, qu'en laissant 30,000 hommes sur le champ de bataille.

Dansdes cas pareils, il est toujours plus sûr de placer tes batteries dans un éloigneroenl pour le moins de 600 pas des taillis qu'on doit nécessairement occuper , et on en retire le triple avantage :

i" Si le bois a été emporté, de soustraire l'artillerie à la portée du fusil ;

S' De pouvoir , par des feux bien meurtriers, recevoir les troupes qui voudraient déboudier du taillis;

S" De ne pas risquer que les batteries soienl prises à dos.

Si, à la bataille de Jéna, les généraux Tauentzien et Hoizendorff eussent fait uncmeilleure disposition de leurs troupes et plus conforme au terrain, certes les troupes des divisions Sachet et SaÏDt-Hilaire ne seraient pas parvenues aussi facilement à s'ouvrir les débouchés da champ de bataille sur lequel on comliattit plos tard. Le premier aurait A& déployer devant k village de Lat2erode, placer son artillerie entre ceux de Cospoda et Closvritz , et occuper les lisières des bois de ces deux derniers villages. Le second devait déployer devant le village de Rodchen, placer son artillerie on peu en arrière des bois de Zwetzen et Porstendorf, et occuper aussi leurs liûères.

DES TROIS ARSIES.

Les Boccts que les Frinçais remportèrenl >a ceotre el sur la droite, leur firent gagner le terrai» nécessaire pour déployer leurs masses, et pour faciliter le mouTement du reste des troupes. Le prince de Hobenlohe , spectateur inactif de tons ces préliminaires de la bataille, s'était malheureusement abandonné à une sécurité pernicieuse, et fit enjoindre aa^ troupes, qu'elles devaient rester tranquillement dans leur camp jusqu'à ce que le brouillard se fût dissipé, et que, lorsque les circonstances l'eiigeraient, il ferait marcher le général Gravert. Au lieu de s'avancer vers le Landgrafenbei^, et prendre possession avec des forces majeures des bois de Cospoda, de Closwitz et de Zwetzen , resserrer par là le champ de bataille des ennemis, et les empêcher de se rendre maîtres des débouchés , il sima mieux rester tranquillement dans son quartier-général de Gapellendorf.

Lorsqu'on veut mettre en position de l'artillerie désignée pour protéger ou pour arrêter la coDStnction d'un pont et le passage d'une rivière , on tâchera de concentrer sur le point d'où l'ennemi peut venir , autant de feux qu'il sera possible, et de défendre le rentrant, sur lequel les troupes qui franchissent le fleuve, doivent toujours se former après avoir dépassé le pool. Hais comme l'ennemi tâchera de paralyser l'action de notre artillerie, en cherchant à démonter nos pièces ou à leur imposer silence , on placera les batteries sur des points qui dominent la position ennemie, où les pièces puissent, autant que possible, se soustraire à la vue des adversaires : comme le derrière des mamelons d'une petite élévation , des broussailles peu épaisses, etc., etc. En masquant ainsi l'artillerie, on ravira à l'ennemi les moyens de démonter les pièces; et enleurdonnrnt une position qui domine celle des euoemis, on ravît à ces derniers les moyens de dérober leurs boaches à feu aux regards de leurs adversaires.

Après avoir reconnu le terrain à droite et à ^acfae da rentrant où le passage doit s'eOfecluer, on profitera surtout aussi dessaillants du fleuve qui se trouveront dans la proximité du point principal , pour y faire avancer à i'improviste une batterie d'artillerie de position , et au moment où les colonnes ennemies prêteront, en avançant, te flanc à dos pièces, on cherdiera à les battre par des feux redoublés.

C'est le seul moyen, dans des cas pareils, de faire usage des feux d'enfilades, qui sont, comme noos l'avons vu , les plus efficaces. Au reste , la nature est ordinairement avare de ces sortes d'avantage.i : si même on trouve de ces saillants, il arrive quelquefois qu'on ne peut pas en profiter , à cause de leur éloignement du rentrant ; et en y plaçant une batterie , les projectiles, en franchissant des espaces trop éloignés, n'atteigneol plus les colonnes avec la force nécessaire pour paralyser le mouvemeni des troupes oiTensives.

Le passage d'une rivière, lorsqu'on est obligé de l'opérer sous le feu des ennemis, est toujours une opération très-épineuse, dont on cherche i dérober la connaissance à l'ennemi. En faisant de fausses attaques sur des points diver^nts an point principal, l'artillerie , dans la défense comme dans l'attaque, sera toujours l'arme la plus nécessaire. Pour ne pas mettre la réussite d'une opération pareille à la merci du hasard , il vaut mieux ne pas la diriger vers un des points du fleuve . avant de s'être assuré que c'est le principal. Parvenu dans la proximité de la rivière, on placera donc l'artillerie dans une position centrale, d'où ou pourra, après avoir découvert les vraies intentions de l'ennemi, la diriger avec facilité vers le poiut de passage. De cetle- manière, dans les occasions où on ne vient pasà temps pour empêcher tout à fait la conslniction des ponts, on arrive du moins assez tdt pour paralyser le meuvement des troupes, et les empêcher de déboucher, ou pour les attaquer tout de suile après le passage, ce qui est toujours un avantage marquant.

Une règle générale, qui se rapporte aussi à l'artillerie employée pour proléger, ou s'opposer à la construction des ponts et aux passages, c'est d'employer plutôt des pièces de gros calibres.

Après avoir énuméré les positions les plus avantageuses qu'on puisse donner aux bouches à feu, n'oublions pas de jeter quelques lignes sur celle des avant-trains et des caissons de cartouches, dont la conservation est d'un intérêt très-majeur; car la vélocité des pièces dépend des premiers, tandis qne les srâonds en font toute la force.

Pour ne pas paralyser ni la vélocité, ni la force de l'artillerie, il faut placer les avant-

trains et les caissons dans des enâroita sûrs, autant que possible, à l'abri des feux des enueinia, et dans une proximité qui ne mette pas les pièces dans le danger de devoir ralentir leurs feux.

Dans les armées où les avant-trains ont des coffrets de munilions , comme en Russie et en Angleterre» on peut plutàt éloigner les caissons de monitions ; car ces coffi:els obviennent aux premières nécessités. Dans l'armée française, au contraire , ou les avanl-trains ne portent point de coffrets, il serait dangereux de placOT les caissons à une trop grande distance, car, de cette manière , on sacrifierait la promptitude des feux des pièces à la conservation des caissons, ce qui est un défaut.

Pour ce qui regarde l'artillerie qu'on emploie pour défendre des fortifications de campagne, sa position se trouve toujours désignée par l'assiette même des différents retranchements. Leur construction doit toujours être calculée sur tes feux des pièces dont on les arme, qui, tout en défendant les points tes plus importants de nos lignes de bataille, doivent aussi rassembler dans te même loyer autant de feux qae possible, pour battre en brèche les lignes ennemies , ainsi que leurs masses assaillantes, tandis que nos réserves doivent être prêtes pour fondre sur les troupes rétrogradantes. Le choix de l'assiette des fortifications élevées sur le champ de bataille de Bautzen , est digne d'arrêter l'attention des militaires, etlelec' teur me pardonnera de l'y ramener pour quelques instants.

La flèche de la gauche, à BasohGtz, nettoyait tout le terrain depuis Gr. lenkovilz jusqu'au delà de Mieder-Kayna , et réanissait une partie de ses projectiles en feux croisés avec la batterie de gauche de Litten, dans le foyer de Nied. Kayna (i) . Les autres batteries construites près de Litten nettoyaient le terrain entre Nied. Kayna, par Kreckvitz jusqu'à Litten, en se flanquant l'une l'autre. Le reste des fortifications de Baschiitz avait été construit à peu près dans une direction perpendiculaire à celle des batteries de Litten.

Les flèches de Utten et celles de la gaoclie de Baschiitz , tout en produisant des féox croisés

(i) royex le plan du champ de bataille de Banticn , par le lieutenant-eolonel Odtleben.

«or différents points, défendaientlesapproite du centre depuis Gr. Jenkovilz jusqu'à Liltn, et dans le cas que les fortifications de iitlm eussent été forcées , les flèches de Basdiùu pnnaient l'ennemi dans le flanc droit, et i dinsions de cuirassiers étaient en podtionàpuctic de Baschiltt, pour tomber snr les ennemis qu les feux des batteries de Bascbûtz aoruectnis en désordre.

Nous voyons que le centre ëtaitbiencouml et bien défendu ; si le flanc droit l'avait été k même , la journée aurait pu prendre noe loatnure tout à fait différente.

SECTION V

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