ACTION DE L' ARTILLERIE
En discutant sur l'action de rinranterif, nous nous sommes convaincus, que c'estl'ime primitive , qui gagne les batailles ; la cavakiie est celte qui complète les vicloireset occasiouM les déroutes. Voyons maintenant le ntle qu nous assignerons àTartillerie dans lesbitiilla. et dans lesquelles son secoui^ est toujouisd'ue grande conséquence.
L'artillerie ne possédant pas la facnllé de pouvoir se défendre elle-même, quelle que anl son action , qu'elle avance pour attaquer xt ennemi , ou qu'elle rétrograde ponr se soostraire à sa poursuite, elle ne peut jamais, s»» risqaer d'être perdue, se soustraire àti^ veillsnce des deux annes, et doit, dansbwi les moments de son action, être accompagBtt par l'infanterie ou la cavalerie.
Nous avons vn que rartillerie prépare et bcilite l'attaque des deux armes , par coméqm' leurs actions doivent être relatives et i^cifiroques ; mais d'un cAI^ l'artillerie ne pounti pas se défendre seule, de l'antre le tenu s'opposant par fois au mouvement des detn armes, son action doit donc porter nse » preinte de dépendance, qui la met dimb catégorie des armes secondaires.
Les moments d'indépendance de l'irtilkni sont seulement ceux qui précèdent l'acttoB if cette arme , et qui sont :
l" Le mouvement par lequd dk se {Wf vers le point désigné;
9" Le temps qu'on em^oie pour inetlre n position les canons, leurs avant-trains et lenn caissons de munitions. Une fois que les balU-
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ries ont ttteînt la position qu'elles cloiveni occuper et que le^ pièces et leurs accessoires sont placées, l'artillerie devient dépendante de l'infaQlerie ou de ta cavalerie , et doit se conformer aux mouvements des deux armes.
L'action de l'artillerie comme dépendante des deux armes, et que nous devons faire dériver des propriétés inhérentes à la nature de cette arme , peut être envisagée sous les rapports suivants :
i" Elle doit tâcher de rendre ses feux aussi justes que bien dirigés;
2° Elle doit défendre les approches du terrain Oti sont placées les troupes;
3° Elle doit secourir et renforcer les troupes assaillantes;
4" Elle doit protéger le déploiement des deux autres armes;
S" Elle doit protéger les retraites ;
$" Poursuivre les troupes rétrogradanlesavec un feu 11160 nourri ;
7° Savoir se retirer avec régularité et ne pas embarrasser l'action el les mouvements de l'arme qui ta défend ou la seconde.
L'action de l'arlillerie, en général, doit être aussi simple que ses loouvemenls doivent être rapides et ses feux étrejustcs. Cette arme, n'osant avoir d'engagement avec son ennemi qu'à une certaine distance et ne pouvant que déposter, mais non s'emparer d'un point, son action doit nécessairement cesser au moment oïl celle de l'infanterie ou de la cavalerie doit commencer, sauf à la reprendre ou pour protéger les troupes rétrogradantes, ou pour poursuivre avec ses projectiles celles qu'on aura mises en fuite. Cette arme doit commencer les combats et peut amener les moments opportuns des engagements; mais comme elle ne peut pas rompre el mettre en fuite son ennemi , U est impiMsible de lui décerner les honneurs des victoires.
L'action de l'arUllerie est donc soumise à des intemipUons qui sont désignées par les engagements ou plutôt par les chocs des deux autres armes, et pour que cette action ne soit pas au détriment de toutes les trois, l'essentiel est de savoir faire prolonger celle de l'artiUerie, jusque au moment où celle des denx autres armes doit commencer; en un mot, savoir apprécier le moment jusque auquel ses feux sont avantageux et nécessaire8,ainsiqaecelni où ses effets
ont été assez efficaces pour faire entrer les autres armes en lice. Il ne faut donc jamais s'engager dans de longues et vaines canonnades; mais au moment où les batteries ont rempli leur devoir, faire agir les autres armes pour complétnr le succès.
Les manœuvres compliquées de l'artillerie , qui entraînent dans de grands mouvements et font perdre beaucoup de temps, sont nou-seolement inuliles, mais même nuisibles. Les bouches à feu ne doivent passer de leur état passif à l'état d'action, qu'en se portant d'une position à une autre, en se dirigeant sur une ligne droite ou sur l'arc qui offre le moins de circonférence.
Si le terrain empêche l'artillerie de marcher en ligne , on la soumettra à U formation qui protège le déploiement le plus rapide, comme, par exemple, en colonne sur quatre pièces de front.
Au moment ou les colonnes manœuvres seront arrivées sur la position où elles doivent déplojrer, Tartillerie des lignes de bataille, celle désignée pour en défendre les approches, se détache incontinent des colonnes dont elle taisait partie, et se dirige , au reste, sans trop se fatiguer (car cette opération se faisant à une sorte de distance de l'ennemi, ne peut pas être dangereuse pour les autres troupes) , vers les points qui protégeront son déploiement aussi, et qui la conduiront, autant que possible, sur les positions qu'elle devra occuper dans' l'ordre de bataille et au moment de l'engagement.
Cependant, ce mouvement n'étant encure que préparatoire , il est inutile d'être toujours trop sévère sur le choix d'une position avantageuse pour ce premier déploiement des batteries, d'autant plus , que les troupes étant une fois rangées en bataille, sont encore obligées d'aller occuper le champ de bataille désigné. C'est plutôt sur le terrain où l'on en vient aux mains avec son ennemi , que l'art de bien placer les batteries, dont j'ai déjà eu l'occasion de développer les défauts et les avantages, doit attirer l'attention des chefe.
Le talent avec lequel on place les bouches à feu est d'un avantage et d'un intérêt d'autant plus grands, qu'après les mouvements préliminaires, dont je viens de parler, tout ce qui se rapporte à l'action de l'artillerie , est en
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bonne parlie basé sur la position avantageuse des bouches à feu.
Une fois que les batteries qui doivent défendre les approches des lignes de bataille sont plac^, les chefs doivent s'astreindre a bien remarquer l'effet que leurs feui produisent sur les masses ennemies; car le moindre mouvement que l'oD fait faire aux pièces, pour lequel même les bras des artilleurs suflisenl, peut changer la direction des feux et rassembler une masse collecLive plus grande, lantdl vers un point , tantôt vers un autre.
Il est souvent possible que le terrain qu'oo cupe l'ennemi, et qui se trouve vis-à-vis d'une batterie, soit une position qui oon-sculement le dérobe tout à fait k nos regards , mais protège aussi son emplacement, de manière à le mettre tout à fait à l'abri de nos projectiles. Tirer contre un ennemi qu'on ne peut ni voir ni atteindre , est ce qu'on appelle tirer sa poudre aux moineaux. Dans un cas pareil , il vaut mieux, on faire changer de direction aux pièces en leur faistint, par e&emple, avancer un des flancs, diriger leurs feux contre un autre objet et augmenter ainsi les feux collectifs d'une antre batterie , ou bien leur faire tout à fait changer de position. Le premier changement se faisant cependant avec une moindre perte de temps, est toujours préférable au second. C'est ordinairement l'artillerie des lignes de bataille qui commence les combats, mais ces engagements préliminaires ne sont ordinairement d'aucun résultat décisif. Ces sortes de canonnades se prolongent souvent des heures entières, sans en retirer d'autre résultat que de perdre et de tuer une certaine quantité d'hommes. Ce n'est qu'au moment où l'un des partis commence à trahir ses projets, qu'arrive la seconde époque de l'action de l'artillerie. L'ennemi renforce-t-il son feu pour paralyser le oAlre , ou cberche-t-il, par l'intensité de ses feux , à déposter nos troupes ou les battre en brèche, on lui oppose un feu aussi terrible et aussi bien nourri que le sien , et on égalise par 14 toutes les chances défavorables. Prononcet-il un mouvement offensif, on lui oppose aussi des troupes qu'on soutient, si la circonstance l'exige et le terrain le permet, par une masse d'artillerie.
Si le terrain que la masse désignée pour l'at- Uque doit parcourir est tel qu'on puisse dé-
rober aux ennemis le mouvement des tronpes, on lui accordera la formation qu'elle devra avoir au moment de l'engagement ; c'esl-i-dire, on fera précéder l'infanterie ou la cavalerie par l'arlilierie. Si, au contraire, le terrain qu'il faut franchir, est une plaine ouverte qui trahit le mouvement, il vaut mieux ménage i l'artillerie un engagement subît qui étonne l'ennemi et agit avec plus d'effet sur lui.
Tant que l'arme qui accompagne l'artillerie, et qui doit exécuter ensuite le choc, se porte vers le point oii elle doit l'opérer, les bouches à feu qui l'accompagnent resteront cachées sous sa protection, et, par conséquent dans les intervalles de la seconde ligne. A-t-elle atteint le point où la position de l'artillerie et la proximité de l'ennemi rendent ses feux nécessaires, les batteries passent i travers les intervalles de la première ligne, et s'avancent à une certaine distance de l'ennemi; distance que doivent déterminer les avantages du terrain qu'on pouiTa leur faire occuper, ainsi que la justesse et l'efficacité des tirs.
Toutes les fois que nous serons mitres de nos actions et du terrain que nous voudrons parcourir ponr atteindre notre ennemi , il vaudra toujours mieux choisir un terrain plutdt Vaste que rétréci, et dont les sinuosités n'embarrassent pas le mouvement des troupes; car, dans des cas pareils, il fout prononcer son mouvement plutôt avec une masse imposante de irouptfs et d'artillerie, qui soit en état de produire un grand résultat , qu'avec on parti qui ne serait en étal de recueillir qu'un succès isolé.
A la bataille de Wagram , au moment où les corps de Davoust et d'Oudinot préparaient leurs attaques contre Harkt-Grafen-Neosiedel, ainsi que leur mouvement de converùon , pour réussir plus tôt I détruire les forces ennonief. Nopoléon attaqua leur centre posté à AderUaa. Il renforça le corps de Masséna par celai de liacdonald, par la cavalerie de Nansouty, ainsi que celle de la garde, et par 100 pièces de canon. Lauriston, à la tète de l'artilimie, s'avance à une demi-portée du canon , et sème bientôt la mort et la terreur dans les rangs des Impériaux. Le prince de Lichtcustein parvint à paralyser, en quelque sorte, les projets des ennemis, et prévînt la déroute dn centre, celle attaque sur Aderkiaa et les pertes énormes que
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les Autrichiens j essuyèrent, peut toujours éUe envisagée comme le prélimiDaire de la rëussite de celle de Harkl-Grafen-Neusiedel.
A la bataille de Waterloo, pendant que tes deux partis se disputaient avec acharnement le château de Hougoomont, Napoléon enjoignit au maréchal Ney de diriger ses attaques contre la gauche des eonemis, de s'emparer du village de la Haye, et d'intercepter toute communication entre l'armée anglo-hollaodaise et le corp8 de Bulon. Quatre-vingts bouches à fea devançaient les troupes ; les boulets et les cartouches à baltes firent perdre beaucoup de monde aux alliés; et, laalgréles cbai^^ea que la cavalerie anglaise dirigea contre celte masae de troupes, les Français parvinrent à remporter des succès asseï décisifs. Mais tous les avaolages que Napcdéon pouvait remporter du côté de la Haye , si même il était parvenu i pousser jusqu'à Hont-&int'Jean , h quoi pouvaient-ils le mener, tandis qu'il était tourné vers Fri»> cbermont et PlancheDois, et que le corps de Bnlow le prenait à dosî
Au reste, c'est une disposition qui, employée à propos et menée avec discernement , ne peut manquer d'élre très-favorable, en occasionnant toujours du 0ottenient dans les lignes attaquées. La grande diiBculté dans une disposition pareille est, comme je l'ai déjà dit une fois, de trouver un terrain qui protège le mouvement d'une masse aussi jgnode de bouches à feu. Comme dans ces cas, l'artillerie n'est qu'arme préparatoire, il faut, qu'au moment ofi elle est parvenue à mettre du flottement dans les lignes ennemies, elle se relire et fasse place à l'anne qui doit opérer le choc.
Dans ces sortes d'attaques en masse, le r61o de l'artillerie, lorsque l'arme qui la seconde attaque l'eDuemi, n'estordinairement qu'interrompu et non fini. Si le choc u'a pas réussi, le feu de rarlillerio doit arrêter la fougue des vainqueurs; et s'il a été exécuté avec succès, il doit le poursuivre pendant quelque temps dans son mouvement rétrograde. Le chef qui commande l'artillerie devra donc placer les pièces dans le sens des deux cas , pour qu'elles puissent être utilisées dans l'un comme dans l'autre.
(i) Ce n'est jamais au eammeocement du combat , qaelle que sait la farce d« l'artlllcrfe, qu'on peut décider de la lieUÀte; >-t-on une fi>i* mis en action loulea
Cet emplacement de l'artillerie ne saurait se soumettre à des règles stables, car le terrain et la position de l'ennemi y jouent un tnqt grand rôle; mais on doit prendre pour principe normal de placer ensuite les batteries de manière à ce qu'elles puissent pour le moins se servir de feux. obliques, et suivre l'ennemi dans sa retraite, en lui lançant une infinité de projectiles, ou arrêter les vainqueurs, « le succès trompait l'attente.
Une attaque pareille en masse a-lr^lle en un succès décisif et forcé l'ennemi à réln^ader, l'artillerie doit s'avancer avec promptitude vers les troupes rétrogradantes, et chercher à rendre ses feux plus vifs encore qu'ils ne l'ont été; car en poursuivant l'ennçmt qui bat en retraite avec un grand nombre de projectiles, on lui fait faire des pertes sensibles.
Si, dans les premièrespériodes du combat, il est plus prudent de n'engager qu'une partie de l'artillerie, en laissant le reste en réserve pour pouvoir s'en servir dans des moments opportans, il est tont aussi nécessaire, au moment où la victoire commence à se décider, d'utiliser toute sou artillerie , en la partageant entre les masses désignées pour l'attaque décisive et les lignes de bataille (i). De cette manière, au moment où l'ennemi prononce son mouvement rétrograde, on peut, sans perdre de temps, le poursuivre par les feux meurtriers des canons , et non-seulement lui enlever beaucoup de monde, mais faciliter aussi l'action de la cavalerie légère.
A cette même bataille de Wagram, dont je viens de parler , et où l'artillerie a moissonné de si beaux lauriers. Napoléon avait, au mo-i ment de la décision, indépendammcut de l'artillerie qu'on avait dirigée vers Aderkiaa, utilisé le reste de cette arme, en l'employant à l'attaque du village de Baiiinersdorf et de celui de Markt-Crafen-Neusiedel ; de manière qu'au moment où les Impériaux se virent obligés de commencer leui' mouvement rétrograde j presque toute l'artillerie de Tarraée se trouvait ungagée. Napoléon fil poursuivre ses ennemis rétrogradants par un feu bien nourri, d'où provint une partie des perles des Autrichiens dans celte journée. Un grand nombre de blessés
ces pièces, on peut se Iroutcr cmbarratsi! 1urs(|ue l'ennemi tienilr* fondre sur un point où , k cause d'un manque d'artillerie, on ne pourra plus se miinlenir.
s'éUient réfugiés dana tes villages d'Aderklu, SiusenbroDD et Gerasdorff, et périrent dans les flammes; car les Français les avaient tous incendiés.
Le prince de Reuss, qui avait pris position sur le Bisamberg, eut beaucoup de peine à arrêter la fougue impétueuse des vainqueurs, et la cavalerie autrichienne parvînt ensuite h mettre fin à la poursuite des ennemis.
La bataille de Wagram, en général, et sur laquelle j'aurai encore l'occanon de revenir plus tard , ofl^ un exemple bien instructif > tant pour les différentes époques de l'utilisa- Uott de l'artillerie que pour son action en général.
Dans les colonnes manœuvres, il est toujours utile d'avoir au moins deux batteries, dont l'une à cheval, en tëlc de la colonne et placée derrière la cavalerie légère, qui ouvre la marche; car une disposition pareille ne peut jamais avoir que de bons résultats. Supposant que le déploiement ne soit soumis à aucun inconvénient, les deux batteries pourront toujours être utilisées dans la première ligne de bataille; et si , par quelque cas imprévu , l'ennemi tombe à l'improviste pendant le déploiement de la colonne, ces deux batteries seront encore plus utiles; car en les plaçant sur une position avantageuse, on peut facilement ar^ réter cette première fougue de l'ennemi, et donner aux troupes de la colonne le temps de déployer. L'essentiel, dans un cas pareil, c'est d'utiliser de prime-abord quelques bataillons d'infanterie pour servir de sauve-garde aux batteries, et de placer cette cavalerie légère, qui ouvre ordinairement la marche, dans une position avantageuse, et se procurer parla un noyau de troupes qui protégeront le déploiement du reste de la colonne.
. Si, après un échec ou une bataille perdue, on fie trouvait forcé à une retraite qui ne pût s'effectuer que sous les yeux des ennemis, comme il est difficile, pendantces mouvements rétrogrades, de reprendre l'offensive, et que le seul but est de les exécuter avec ordre, en rétrogradant continuellement, il faudra faire avancer les batteries de gros calibre , qu'on fera manœuvrer à la prolonge , pour ne pas perdre de temps en mettant les pièces sur les avanL-trains. On choisira pour la retraite des batteries, des terrains qui n'embarrassent pas
trop leur mouvement , en cherchant en mteie temps i les diriger vers les points qui offriront les positions les plus avantageuses.
On désignera l'artillerie de gros calibre poor défendre les approches des lignes de bataille et pour paralyser les mouvements offensife des ennemis, tandis que l'artillerie à cheval sera, à cause de la vélocité de ses mouvements, désignée pour coopérer am mouvements de conversion. Soutenue par la cavalerie I^||&«, e^ devra chercher des positions qui la mettent dans la possibilité de menacer les flancs des masses offensives, et distraire parla leur atten- Uon des objets primitifs de leur poursuite et en paralyser la fougue.
On cherchera surtout k défendre avec oj»niâtreté les voies qui offrent les commanïcations les plus faciles, et qui doivent par conséquent servir de lignes de retraite aux Iroapes- Od placera sur chacune d'elles une batterie de gros calibre, tandis que les batteries intennédiaires chercheront à croiser leurs feux avec ceux des principales.
Anrive-t-on i l'entrée d'un bois que les troupes doivent franchir, l'arlillerie étant l'arme qui embarrasse le plus dans ces sortes d'occasious, lorsqu'on la fait défiler en masse, on ne mettra en batterie que le nombre de pièces nécessaires pour pouvoir paralyser les moavemenls offensifs des ennemis, et qu'on placera sur les points les plus importants.
Comme le mouvement de l'ariillerie k pied est beaucoup plus lent que celui de l'artillerie à cheval , et que , dans des occasions pareilles, les troupes qui devront défiler les dernières seront obligées d'accélérer leur mouvement, il est toujours ^lus avantageux de faire rétrograder l'artillerie à pied la première, en laissant plutôt à l'artillerie à cheval le soin de ccravrir la retraite.
Le moment de la retraite de l'artillerie à cheval, elle-même, est-it arrivé, on lui fait traverser le déHlé le plus promplement possible, et pendantce temps l'ariillerie à pied, qui aiua achevé son mouvement de rétrogradation , devra garnir les points les plus importants de la nouvelle position, de manière à pouvoir diriger ses feux contre les débouchés du défilé.
Dans ces circonstances, l'infanterie doit être toujours le soutien le plus ferme de l'artill^e; car quoique les retraites puissent Irès-bien sV^
përar ftoBBi sous h protection de la caTaleiie, dans des positioDs acculées à des défilés, le ràle de cette arme est soumis à de trop grands dougers, pour qu'elle ne le cède momentané ment à l'infanterie, dont l'action sur des tei^ rains pareils est plutôt avantageuse que défavorable. On ne coBSeirera près des troupes les plus avancées, qui devront traverser le défilé les dernières, qu'autant depiècesqu'on pourra eu faire marcher de front sur les différentes voies de communication ; leur devoir sera de lier leurs feux avec ceux des tirailleurs , qui seront chargés de la défense du taillis même , en conservant sur chaque voie an moins un bataillon pour la défense des pièces , qu'on fera marcher sur un des càt^ de la route.
Si l'artillerie qui coopère à la retraite des troupes, finit par ne plus pouvoir se maintenir contre un ennemi , ou trop puissant, ou que les localités protègent, et se voit à la veille d'être livrée , il faut chercher du moins à ne lui abandonner qu'un trophée qui ne puisse pas lui servir k l'avenir , en eoclouant les canons ou en brisant les affAts.
Lorsqu'il s'agira de mettre l'artillerie en action pour défendre on attaquer un village, dans le premier cas, les bouches à feu devront diriger leurs feux contre les masses ennemies qui viendraient pour s'en emparer ; car une fois que le mouvemeot des troupes assaillantes a élé paralysé, tout ce que l'ennemi pourra (aire, c'est de l'incendier. Hais nous avons vu déjà plus haut , qu'après avoir incendié un village, si on ne prononçait pas un mouvement offensif sur les deux flancs du poste et si on ne le dépassait pas, les troupes qui le défendent viennent de nouveau se loger derrière les décombres. La prïse d'un village ne peut donc Jamais se décider par de l'artillerie seule, mais par l'infanterie qui parvient à s'y loger aussi.
L'essentiel, dans ces occasions, est donc de chercher à maintenir l'artillerie placée sur les deux flancs; et tant que celle-ci pourra s'y soutenir, la prise du village ne sera pas décidée. Le combat de Probstheîda nous en 'oSVe UD exemple bien convainaot (i).
Le maréchal Victor, à la tête du second
(i) Pour donner plus de véracité i nia narration , j'ti cru devoir consulter i ce sujet les meilleures relations que nous possédiona, et qui sont : Plotio, der Kritg in DeuUehlandtMd Frandtreieh in denJahrt»,\HZ
corps d'armée, avait été désigné pourdéf^dre «e village. Comme la possession de Probstheîda était pour le centre de la position ennemie, d'un intérêt majeur, Victor crut devoir s'y maintenir avec résolution et opiniâtreté , et fit les dispositions suivantes : une partie de l'in- £uiterie française occupa Probstheîda, le reste fut placé derri^. A droite du village , sur b pente douce où se trouvait le moulin à vent , l'ennemi plaça une forte batterie d'artillerie , dont le flanc gauche s'appuyait aux chemins qui conduisaient de ProbstheÛai Leipxïg, une aulre se trouvait sur la gauche de ce poste et dirigeait son feu contre Zuckelhansen. Stotlerilz, qui faisait la continuité de la ligne de bataille vers la gauche, était défendu par les troupes du docdeTarente, dont i'artilkrie fut placée en avant; une divison de cuirassiers était en réserve sur la gauche du vilkge.
Le comte de Wittgenstein voulut prendre Probstheîda d'assaut; il désigna pourcet effet le second corps russe et les 10* et 13* brigades prussiennes.
Les deux brigades prussiennes attaquent le village, et leurs tirailleurs parviennent jusqu'aux clayonnages les plus avancés ; mais forcées de se replier, li 13* brigade essuya un feu meurtrierde cartnuchesà balles, qui lui enleva beaucoup de monde. L'assaut fut recommencé parla 10* brigade, qui avança encolonnes sons la protection de ses tirailleurs. La 13* la suivit de près, et ces valeureux soldats parvinrent à s'emparer d'une partie du village; mais l'ennemi leur opposant desforces toujours fraîches qu'il puisait dans les réserves placées derrière, les força de renoncer à leur victoire , qu'ils avaient achetée au prix de tant de sang ; car toutes les fois que ces deux brigades se voyaient forcées d'abandonner Probstheïdii , elles étaient poursuivies dans leur retraite par le feu meurtrier des bouches à feu.
Le comte de Wittgensteiu fait enfin avancole î* corps d'armée. L'attaque est renouvelée avec la même ardeur, mais d'après les mêmes dispositions et par conséquent avec les mêmes résultais funestes. Enfin , on se voit obligé d'abandonner l'attaque de ce poste, et
und 1814; Obiuhic, Relation àrcotulanetie de la Campagne de I8i5 m Saxe; F hh, Manuierildt 1813; et Ivnom, BUtragt xw KriegigetthiAlt der Feldïige 1813 tmd 181 i.
S6fl
ks troupes pnHBO-rtHBieiuMaritrogndent sous U protection de lenre chaînes de tirailleurs, et Toot se lier par leur gauche aux troupes du comte de CollM«do.
Les attaques de Probstbrïda nous d^montreot d'une nunière ^idenle, que brsqu'un ▼illage est détendu conune celui-ci , et qu'il a des réserves respectables derrière le poste et uue artillerie puissante sur tes flancs, l'intanterie la plus brave et la mieux disciplinée ne parviendra januûa à s'en rendre matlrésse à «Uo seule. L'artillerie qui défend les villages, en prenant le» colonnes assaillantes en feux croisés, peut leur laire subir des pertes tellement sensibles , qu'abstraction faite du nombre d'hommes que l'oa perd , la masses offensives risquent toi^ours de perdre leur compacité et d'être arrêtées dans leur mouvement. 11 but donc avant toutles soustraire k ce double dé^ avantage, et, par conséquent, chercher i paralyser le feu meurtrier de l'artillerie, à quoi on ne parvient qv'en opposant un feu tout aussi paissant et aussi bien nourri, oubien «i cherchastà se rendre maître des batteries ennwiies.
Des considérations ci-dessus énoncées, on peut facilement déduire les rè^es d'après lesquelles l'artillerie doit coopérer à l'attaque d'un village, qui serait défends par des batteries puissantes. C'eet en vain, comme noua venons delevoîr, quel'infonterie seule s'efforcerait de s'emparer d'un village , si elle n'était pas soutenue par une artillerie au moins équivalente à celle des ennemis. Le principal , dans on cas pareil, est donc de chercher à dânonter les batteries qui défendent le poste , et n'engager l'inlaoterie qn'au moment où on serait parvenu il leur imposer silence. On emploiera les feux les']dn3 efficaces, qui sont les feux obliques , d'enlilades on croisés , et lorsqu'ils auront produit le résultat désiré , ce sera le moment où l'infanterie, formée en colonnes offensives, ira, sous la prolection de ses tirailleurs, donner l'assaut au village. C'est do moins le moyen le moins destructeur poar s'en rendre maître.
Si, an contraire, l'emploi des différentes armes devient insuffisant pour s'en emparer, et si sa position ne permet pas même de le tourner, il ne reste plus alors qu'un seul moyen, et c'est celui de l'incendier. On y jettera donc quelques obus, et on cherchera i prononcer le mouvement offensif au moment de la rétrogra-
dation de l'ennemi; car ooo-eevlemenf les tronpes qui défendent le vîU^e iulérienrement, mais aussi l'artillerie qui se trouve tm les flancs, sont obligées, dans on moment pareil, ï prendre une position , sinon très-élcHgnée, dn moins rétrograde , pour que l'incendie du village ne fasse pas sauter qndques caissons de munitions ou d'avant-trains.
An reste, ces sortes de moyens ne doivent être employés que lorsqu'ils deviennent l'unique remiède au mal; car, de celte manièn, cm se prive anssi d'un poste dont U possessioD peut nous être d'une grande utilité, si nous parvenons k nous en rendre maîtres.
A-t-on un fleuve à flranchir ou à en défendre le passage, Tartillerie, dans des occasioDS pareilles, y jouera le rOIe principal; car, pour pouvoir le faire avec une sorte de probabilité de succès , l'artillerie devra protéger les travaux de ses pontonniers, ou paralyser ceux des ennemis. I^ fi>rce des batteries et l'intensité de leurs feux, peuvenlsenleafacilitArcesaories d'opérations; mais, avanttout, il faut coDnaftn les vrais points de passage et ne pas se laisser induire en erreur par de fausses attaques. Nom avons déjà vu dans l'article précédent, la position qu'on doit faire prendre i l'artillerie dans ces sortes d'occasions en arrière on pris des fleuves.
Ce n'est qu'en surpassant la force des feai des ennemis, qu'on parvient à accorder aux pootonniers les moyens de frayer un passage, tut fois que l'artillerie est placée, position qui csl soumise, comme nous l'avons vu, k plosieun r^lesqo'll ne faut jamais enfreindre, jusqu'au moment où le pont soit achevé, tout dépend de l'arlillerie , dont le rêle devient d'autant plus difficile k remplir, qu'elle se trouve sur une rive iipposée et ne peut, par conséquent, ni manœuvrer pour prendre l'ennemi en flanc et faire usage des feux d'enfilades, ni même augmenter il loisir la force de ses balleries, à cause de l'élroite circonscription de la sphère active danslaquelle on peut les placer. Tout le feo de l'artillerie devant se concentrer sur un point , et justement sur celui où on doit construire les ponts, on ne peut metli'e en action qu'une certaine quanlitéde bouche.<i à feu dont le nombre est en proportion de l'éloignemcnl du terrain sur l»]uel on place les batteries, du point sur lequel elles doivent concentrer leurs iem.
Quelquefois des lies bien boisées , qni servent de rideau aux Urailleurs, peuvent rendre aussi des services signalés. En se glissant dans les broussailles, les voltigeurs peuvent, par des coups bien ajustés, coopérer avec l'artillerie placée sur le rivage , et en enlevant à celle des ennemis ses servants, la forcer par làauailence. Ces lies aident aussi i cacher les bateaux et tous les préparant du passage, et peuvent servir aussi de point de liaison aux ponts qn'onse propose de jeter sur le 0euve.
Le i juillet ITOS, l'armée de Sambre-et- Meuse, en fraucbissantle Rhin à Nenwied, hil embarquer 9 compagnies de grenadiers derrière rile de Weissenthum et les jette sur la rive droite. L'ennemi avait voulu arrêter le débarquement en établissant une forte batterie ; mais le général Jourdan en fait opposer une autre de 24 pièces, qui protège le passage.
Un second débarquement de plusieurs compagnies d'inranterie, d'un escadron de chasseurs à cheval et de S pièces d'artillerie légère , s'opère avec la même facilité. Du cAté de Saint- Sébastien aussi , malgré le feu d'une redoute placée en avant de Bendorf, Jourdan jette 400 grenadiers qui atteignent la rive drofte , et pendant que les troupes françaises, tout en détournant l'attention de l'ennemi du vrai point de passage à Neuwied, disséminaient leurs Forces, le commandant Tirlet s'occupait de la construction du pont. Il l'établit sur le bras du Rhin compris entre l'Ile de Neuwied et la rive droite, et l'ayant achevé , le reste des troupes traversa le fleuve.
Nous pouvons donc recevoir pour principe normal et invariable, qnedans les passages des fleuves , c'est la force de l'artillerie qui décide da succès, et pour ne pas les acheter à trop grand prix , il faut chercher k paralyser le feu des ennemis. C'est ainsi qu'au mois d'octobre 1842, après la prise de Pololsk,le maréchal Sainl-Cyr garnit d'artillerie plusieurs points de la rive gauche de la Duna , pour s'opposer i la construction des ponts; mais la nAlre, plus nombreuse et mieux placée, obligea bientAt celle des Français à suspendre ses feux.
Les annalesdes guerres nous oSï-ent beaucoup de passages, qui auraient certainement pu éti'e très-ditBciles i opérer; mais les forti6cations de campagne ayant aplani lanuyeure partie des difficultés, comme l'exemple que nous offre le
passage de l'armée fhmçaise en 1809 au delà du Danube, nous ne pouvons plus les mettre dans la catégorie de ceux où le manque d'appréls rend l'expédition aussi difficile que dangereuse , et que des considérations pareilles font ordinairement échouer.
Hais un passage opéré sans apprêts antérieurs et exécuté par l'unique force des armes, digne deservir de modèle, est l'exempleque nous offre l'armée française en franchissant l'Adige et l'Alpon vis-à-vis de Ronco et d'Arcole.
Après la défaite des divisions Augereau et Hasséna , à Colognola , le général en chef de l'armée française, obligé de se replier sous les murs de Vérone, n'eut pas plus têt atteintcette place, qu'il conçut le projet d'aller repasser ce fleuve à Ronco, en descendant par la rive droite de l'Adige, de tomber par Villanova ou San- Bonifacio , sur les derrières d'Alvinzi et lui enlever ses parcs de munitions, ses dépôts de vivres et sa seule communication.
Les divisions Augereau et Hasséna repassèrent l'Adige dans la nuit du 13 novembre, et se dirigèrent sur Ronco. Le générai Kilmaine fut lai^ dans Vérone avec 3,000 liommes , et la division Vaubois dans la position de Corona. Les divisions françaises ayant atteint leur point de destination, on fit jeter un pont sur l'Adige , et la division Augereau y passa en se dirigeant sur Arcole, tandis que celle de Maaséna défila sur Porcil.
La digue qui mène de Ronco à Arcole est coupée près de ce village par l'Alpon, ruisseau marécageux el impraticable presqne partout. Les Autrichiens avaient sur ce point de gros détachements qu'Alvinzi y avait envoyés , tant pour snrveiller ce point que celui d'jÛbaredo, le pont d'Arcole et la rive gauche de l'AIpoo, qu'on avait garnie de canons. Le brigadier Brigido, qui était chargé de sa défense, avertit Alvinzi de l'approche de l'ennemi, et Provera fut dirigé avec 6 bataillons et le régiment de Spleny sur Bionde et Porcit , tandis que 14 bataillons et 23 escadrons, sous les ordres du général Hitroswky, marchèrent sur San-Bonifacio el Arcole.
Le 15 novembre, Augereau et Hasséna s'avancèrent, le premier vers Arcole, le second vers Porcil. Les approches du pont d'Arcole étaient garnies d'artillerie , et le village luimême occupé par de l'infanterie. La colonne
d'Augereiii essaya une vire r^istance, et ne pyt jamais déboucher. Les généraux qui se trouTaient avec cette division, pénétrés de l'importance du passage, se portent eux-mêmes en ayant, et plusieurs, comme La&nes, Verdier, Bon et Verne, victimes de leur généreux dévoùment, sont aussitôt mis hors de combat, sans cependant pouvoir réussir dans leur projet. Angereau lui-^nbne se précipite à la tête du pont; mais tous ses efforts sont vains, le feu meurtrier des ennemis accablait les pelotons de la lète de la colonne, toutes les fois qu'ib venaient à portée.
Un échec pareil engagea Bonaparteà envoyer la brigade du général Guyeux vers Albaredo, avec l'ordre d'y passer l'Adige au bac, afin de tourner Arcole, tandis que lui-même il essaya encore une fois un assaut sur le pont- L'ennemi Tenait de renforcer son artillerie et ses troupes, et opposa une résistance plus opiniâtre encore, tandis que les Français se trouvaient dans l'impoeùbilité de lui opposer des batteries équivalentes, i cause du terrain marécageux de la rive droite de l'Alpon, qui ne permettait pas l'emplac^nent des bouches i feu.
Dans ce nouvel assaut, le général Vignolles fut blessé , et Huiron , aide de camp du général en chef, resta parmi les morts. Cet essai fut le dernier de la journée duiS, et il fallut se retirer , et attendre le résultat de t'atuque de la brigade Guyeux. Les Français revinrent sur la rive droile de l'Adige, tandis que les 1S« et 7S* demi-brigades fiû^nt laissées en observation sur la rive gauche.
Le 1 6 novembre , Bonaparte renouvelle le combat : il fait repasser l'Adige aux divisions, qui rencontrent l'armée autrichienne en maiv die dePorcil et d' Arcole, pour attaquerle pont de Ronco. La cavalerie autrichienne se porta sur Arcole, tandis qu'une autre divison fut dirigée vers Albaredo, pour y défendre le passage de l'Adige. Hasséna repousse encore une fois les ennemis vers Porcîl, et Augereau les rejette sur Arcole; mais la soéme scène recommence sur le pont, et les mêmes difficultés les y attendent. Ils fout des pertes considérables, sans pouvoir parvenir k avancer.
Enfin, Bonaparte se résout à faire jeter un pont de fascines au delà de l'Alpon , vers son embouchure. L'ennemi le prévint dans cet endroit aus^ , et un feu meurtrier d'artillerie dé-
concerta tous les projets. Pendant qu'on se disputait le passage de l'Alpon à Arcole et ren son embouchure, Alvinzi avait fait filer son centre de Bonifacio par la rive droite de l'Alpon vers Arcole ; mais heureusement pour les Français , Bonaparte fiit prévenu de ce mouvement, et fit avancer 4 pièces d'artillerie 1^ gère dont le feu arrêta l'ennemi.
Lanuitsurvint, et on en était au même point que la veille; Bonaparte retira ses troupes, et les plaça dans la même position sur l«$ deux rives de l'Adige. Celte nuitfutemployée à faire les préparatifs nécessaires pour jeter ud pont vers r embouchure de l'Alpon.
Le 17, les Français reviennent pour la troisième fois à la chai^i mais au montent où Us voulaient ^^mchir le pont de l'Adige , un des bateaux s'enfonça. Les Autrichiens, eo méoM temps, s'avançaient pour attaquer la brigade chargée de la défense du pont, qui se trouvaU sur la rive gancbe, lorsque l'artillerie française, placée sur la rive droite, fit un feu si meurtrier, en les prenant d'écharpe , qu'elle parvint à les arrêter.
Pendant ce temps, le pont fut réparé, elles I troupes françaises le franchirent. Cette fois-d, Hasséna ne se porta qu'avec une partie de sa division vers Porcîl , tandis que l'autre resta entre ce dernier endroit et Arcole.
La 32* demi-brigade fut embusquée dans le bois , à droite de la digue. La 1 8* légère fbl placée en bataille près du pont de l'Adige; le général Robert, avec la 75*, prit position au centre devant Arcole. La division Augereau fut désignée à franchir l'Alpon vers son enbouchnre.
Le général Robert, qui avait attaqué lesbnpériaux près du pont d' Arcole, fut bientôt rejeté', et forcé de se réfugier derrière la divisioa Augereau, tandis que quelques pelotons s'étaient repliés surTAdige. Les Autrichiens s'engagent alors dans une poursuite désordonnée, et assaillis à leur tour par les troupes de Hasséna, ils sont mis en déroute et rejetés dans k marais. Ils perdirent, dans cette altaqae* 2 i 3,000 prisonniers.
Augereau, de son cdté, était parvenu à jeter un pont sur TAIpon , et en commença le passage sous le feu des Impériaux. Pendant ce temps, parordre du général en chef, le lieutenant Hercule avait franchi l'Adige i la léte
de 35 guides, et Cl sonner la charge par plu- . tiieurs trompelLes. Ce stratagème réussit par^ raitemeot, car il cuih ud peu d'héulation daos les troupes aulrichienues, dont Augereau profita pour les attaquer. Le choc fui sérieux , et eut on plein succès. La gamisoD de Porto- L^nano arriva sur ces entrefailes, et déboucbaot sur San-Cregorio , menaça de prendre les Impériaux i revers, et décida ainsi leur retraite. Le général U asséna se porta de Porcil sur San-Bonifacio, el se lia ensuite, par sa droite, avec ia division Augereau. Après le combat, l'armée française pri| position sur la rive gaucbe de l'Alpon , la gauche près d'Arcole , la droite i Sao-Gregorio.
Ce passage, tenté k Iriples reprises, sans apprêts antérieurs et par la seule force des armes, servira, sans contredit, d'exempte bien instructif pour des cas pareils, et nous démoulre jusqu'à l'évidence, que le feu de l'artillerie est justement le vrai moteur qui peut nous assurer la victoire, toutes les fois que le passage ayant été démasqué, on voudra l'exécuter à force armée. Les journées du IS et du IQ ne furent tellement funestes pour les Français , que parce que, ne pouvant réduire l'artillerie ennemie au silence, ils furent obligés de forcer le passage du pont avec des colonnes, qu'ils livraient impunément au feu meurlrier des batteries autrichiennes. L'issue même du combat du 17 nous prouve que Bonaparte avait déjà désespéré de franchir le fleuve. Son mouvement ayant été démasqué, et ne pouvant, à cause des localités, contrebalancer le feu des ennemis, il fot même obligé d'abandonner le passage vis-à-visd'Arcole, et d'en établir un autre vers l'embouchure de l'Alpon , où les Impériaux avaient négligé de prendre les mêmes précauUons pour la défense.
Par rapport à l'action de l'artillerie qu'on attache aux avant-gardes, celle action peut se rattacher aux règles dont nous venons de faire mention en discutant sur l'action de l'artillerie dans les combats cl batailles. Le service de l'artillerie dans les avant-gardes est le même que celui des autres engagements , et doit se soumettre aux mêmes principes , sauf à les modifier, comme on le Fait dans tous les cas, et les adapter au terrain oii t'avanl>garde s'engage. Comme celle portion de l'armée qu'on fait avancer vers l'ennemi est plutôt un détache-
ment de surveillance , qui doit éclairer tous les mouvemeDls de l'armée et prévenir toutes les sarpriseSf qu'une troupe è laquelle on impose la I jche de remporter des victoires , le rAle de l'artillerie doit céder de son importance à cenx de l'infanterie et de la cavalerie, qui sont les deux armes qui font ordinairement le service des avanl-postes, des patrouilles el des recon-
Quoique l'artillerie partage ordinairement aussi les travaux des troupes employées aux avant-postes, aux patrouilles et auxreconnaissances, ce n'est guère que dans le troisième cas où son action devient importante, à cause de la masse de troupes •et de bouches à feu qu'on est dans le cas d'employer.
Dans le service des palrouilles, au contraire, il faut user de beaucoup de précautions; car même les grandes patrouilles, n'étant ordinairement composées que de 200 à 250 hommes, les pièces qu'on leur confie sont souvent en danger d'être priaea par l'eanemi.
L'artillerie qu'on place aux avant-postes pour dtfendre les approches qui mènent à la position de l'avant-garde , ne risque ordinairemenl pas autant , car les avant-postes étant toujours dans la proximité de la masse principale des troupes, etétanlsoutenusparlesgrand'gaides, elle ne peut pas se trouver dans des cas aussi épineux que dans le service des patrouilles, qui sont obligées quelquefois de parcourir de grandes distances, el dans un certain éloignement de l'avant-garde.
De tout ce que nous venons dire sur l'action de l'artillerie , nous pouvons déduire, sans vouloir cependant approfondir toutes les subdivisionsqui peuvent en résulter, les conséquences [urincipales suivantes :
l^Commela vraie force del'artillerie cousis te dans ses feux, il faut lui accorder uneposilion avantageuse eC adaptée aux circonstances;
3" L'artillerie ne pouvant jamais se battre seule, puisqu'elle n'est pas en état de se défendre elle-même , il faut absolument qu'elle soil secondée par l'une des deux armes dans son action, el qu'elle sache bien manœavrer avec les deux ;
5" De ne jamais oublier que, dans l'aotîoD de l'arlillerie , ce n'est pas le nombre de coups qui décide du succès, mais la justesse du tir.
EXAMEN RAISOHNË