‹ Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des Mémoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 64 sur 95 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

:]ue daos la défensive. La cavalerie , en profitant de sa vélocité , peut voler au secours d'une LDfanterie que rennemi commencerait à mal- Iraiter; mais comment l'infaDterie, qui ne p« ut s'avancer que d'un pas peu rapide, s'y pren- Irait-elle pour secourir une cavalerie qui serait lUée cueiHir des lauriers sur un point éloigné Ida position qu'elle occupe? Le seul moyen d'y fmédier serait d'enjoindre à la cavalerie de re- 'enirsur ses pas, se ranger sous la protection le l'arme qui est destinée pour la seconder.

Mais c'est aussi le seul cas où ces deux armes peuvent perdre les prérogatives qui résultent de leur combinaisou , et dans lequel la lenteur du mouvement de rinfanterie lui ravit les moyens de suivre la cavalerie dans ses engagements. Pour tous les autres cas, un combat engagé sous la protection de c«s deux armes combinées peut être soutenu avec avantage et succès.

Les troupes légères des deux armes déban- Jëes devant le front des lignes formeront les rideaux nécessaires, sous lesquels les masses entreprendront leurs manœuvres et leurs mouvements offensifs. Pourvu que chaque arme l'emplisse le devoir qui lut est prescrit par sa nature, l« succès répondra à l'attente et aux résultats qu'on est en droit d'en exiger.

Supposant que l'ennemi possède même quelques pièces de canon à sa disposition, cette force lui donnera, il est vrai, plusieurs prérogatives; mais s'il est pardonnable h un militaire de ne pas pouvoir toujours asservir les circonstances, il est inexcusable de s'en laisser subjuguer. Hanque-t-on de moyens physiques, c'est alors le moment d'y suppléer par la ruse.

Si nous ne pouvons pas riposter à noire ennemi par la combinaison des mêmes armes, diercbons alors à obvier t cette pénurie par l'emploi que nous ferons de nos troupes légères. Il est tout simple que l'ennemi , qui a de l'artillerie à sa disposition , n'ira pas en prodigiier les coups contre des hommes isolés. Qui employa jamais le canon pour ne tuer qu'un homme? Au reste, tant mieux s'il le faisait. Sans nous faire essuyer de grandes pertes , il fÎDirait par épuiser ses cartouches, et rétablirait l'équilibre de moyens.

L'essentiel, dans des cas pareils, sera donc de disposer ses troupes de manière i ce que l'artillerie ne puisse découvrir devant elle que

des troupes en débandade, contre lesquelles l'effet de ses feux d'artillerie ne serait que peu meurtrier. Les masses d'infanterie et de cavalerie , couvertes par les accidents du terrain et les troupes légères, manœuvreront sous la protection de ces abris, de manière i pouvoir éviter autant que possible la direction des trajectoires, et, par conséquent, se soustrairont du moins à une p!u-(ic des projectiles des ennemis.

L'artillerie étant justement l'arme qui assurera la prépondérance des adversaires, c'est sur elle aussi qu'on dirigera les regards, et la cavalerie cherchera à s'en emparer pour égaliser les chances. Nous avons déjà vu par quel procédé et par quelle manœuvre, la cavalerie peut s'emparer d'une batterie.

Sommes-nous dans le cas de prononcer un mouvement offensif avec une des deux armes ; privés d'ariillerie, le choc sera peut-être plus douteux; mais il est loin d'être inexécutable. L'infanterie, formée en colonnes par bataillons, disposée d'après lesavantagesduterrainqu'elle devra parcourir, fera éclairer son mouvement par des tirailleurs habiles, qui chérdieront à nettoyer l'espace qu'il faudra franchir pour en venir aux mains. Si le terrain le permet, celte masse d'infanterie sera suivie par quelques escadroosde cavalerie, dont le devoir sera d'épier la disposition des ennemis, et s'ils se proposent de recevoir les assaillants formés dans l'M^re mince, de tomber sur eux et paralyser entiè* rement leurs moyens de défense.

Si la circonstance nous prescrit de procéder au choc avec une masse de cavalerie, l'infanteriene pouvant la suivre dansson mouvement, nous chercherons du moins à prévenir les suites funestes d'un échec malheureux et d'une débandade désavantageuse, en offrant, par notre infanterie, qu'on fera man<£uvrer dans le sens et la direction de l'attaque de la cavalerie, une égide protectrice sous laquelle celte arme ira se reformer et voler à de nouveaux lauriers.

Au reste, il est, je crois, très-rare qu'une masse un peu forte d'infanterie et de cavalerie soit engagée sans qu'on la soutienne par de l'artillerie. Pour ce qui regarde son engagement dans le courant d'une bataille, comme on a toujoiu^de l'artillerieà sa disposition, ce serait même commettre une grande faute que de ne pas (aire coopérer en quelque sorte l'ae-

lion de rartillerie avec celle des deux «nues. Ed nous coofonnant à cette hypothèse , YactioD combinée de l'infanterie et de lacavalerie ne pourrait avoir lieu, le plus souvent, que daas des occasions qui n'exigeront qu'une force insignifiante, doDlVactioa se réduirait aux engagemenls d'avant-postes, de patrouilles et de grand'gardes. Les reconnaissances mêmes qui auraient quelque hut im peu important et la possibilité de rencontrer un ennemi puissant, ne doiveut se faire que sous les auspices des trois armes , et à moins que ce ne soit une recherche qui appartienne au domaine des patrouilles, toutes les fois qu'on voudra reconnaître les avaulages du lerraia , la position que • l'ennemi occupe, ou bien les forces dont il peut faire usage , on combinera les trois armes. Ce n'est que de cette manière qu'où pourra subjuguer les différentes chances dn combat et surmonter les difficultés que le terrain, l'ennemi et les circonstances opposent si souvent à l'actiou des différentes armes.

Combitiaiton de tinfanurie, ta cavalerie et fartiUerie.

La combinaison des trois atmes est le maiimnra de la force tactique. Elle renferme en «Ue tous les éléments nécessaires pour satislaire i tous les cas, pour prévenir tous les accidents, pour remédier ï tous les maux et remporter tous les avantages. La base de cette combinaison, comme toutes les probabilités de sa réussite, reposent sur l'ordonnance, l'éducalion , la disposition et le courage des troupes, ainsi que sur un certain équilibre de forces physiques. En adoptant, et avec justice, les quatra premières vertus, non-seulement cooime probables, nais comme inhérentes il l'institution desJrois anne^ (i) , et le cinquième cas comme gage da discernement du chef, qui évite le combat, s'il est persuadé de combattra une force triple de celle dont il pent disposer, nous BurmontovjDS toutes les difficultés que ces considérations matérielles pourraient nous opposer, et nous marcherons d'un pas plus lùidi dans nos discussions scientifiques.

^ (0 Car, uns cette nippontioD, il serait ménie difficile d« se Hxutraim à toute* les objectiooa qu'il geraii poa- •ible d'émettre.

La combinaison des trois amies est le bns où se concentrent tous les rayons quiconiiiv sent la force de chaque arme individueUeiwal et celle de leur liaison deux à deux; tsadisqu nous trouvons dans la force et les propriéléi inhérentes k la nature de chacune d'elles, pourvu qu'on en fasse usage avec disitrument et justesse , des éléments suffisants pour soustraira leur action combioée à ces édieia dangereux que nous devons envisager comme les avant-coureurs des défaites. '

Gomme armes offensives, l'infanterie etli cavalerie possèdent de grandes prérogatÎTes. : et les éléments de leur force sont augmenté i par les moyens destructeurs de l'artillerk. i Dans la défensive, l'infenterie sert d'ëpdr i protectrice aux deux autres armes. Lacavalem se reforme sous sa protection , l'artillerie, wv ses auspices, n'interrompt pas ses feux. L'iifauterie se trouve-t-elle prise au déponrva ps la cavalerie ennemie , notre cavalerie Tok i son secours et ramédie au mal. L'artilkm ennemie a-t-elle pris nos masses pour but. c ses effets deviennent-ils sensibles, nos batlftip s'avancent et cherahent , par un feu plos oDurr. k ralentir et même à suspendre celui dn anemis. Les modulations du combat nous odIelles apprêté le moment de prononcer an ae«vement offensif, dont un choc doit être li suite, nous possédons plusieurs combinais» différantes pour les exécuter. Elles somi adaptées au terrain, à l'ennemi qu'on se pnpose de combattre, et i la proximité deb sphèra dans laquelle on doit agir, et nous pi»nonçons alors notre mouvement offensif d'api* une des manières suivantes :

1° Avec de l'inEanterie ;

i" Avec de la cavalerie;

3° Avec de l'infanterie et de l'artillerie;

i" Avec de la cavalerie et de raitillerie;

5° Avec de la cavalerie et de l'inlanle». on bien

6° Avec de l'infanterie, de la cavalerif de l'artillerie.

Il n'y a pas de doute que ces six cas , diSirant par leur composition, doivent différr aussi par leur emploi et leurs résultats. L«i>nDcipal sera toujours que la combinaisoD conrf ponde an terrain, son action au moment et i l'euDemi qu'on veut comballre, et que cbtif^ arme prenne une part active dans la tVk'

DES TROIS AMIES

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qu'on lui réserve , eL n'entrave pas, par une marche tâtonnante ou une actjon craintive et lente, ni les combinaisons antécédentes, ni les résultats qu'on en attend.

Sous le rapport de la réciprocité de leursoutien , l'action des trois armes peut être comparée à une machine de mécanique , qui ne peut se mouvoir avec régularité et dans le sens de son principe , que tant que tous les rouages remplissent leur devoir et répondent au but qu'on a désigné à chacun d'eux. Qu'une des parties qui composent ce tout, quelquefois si compliqué, soit inCdêle à son devoir, son action devient nulle; que les trois armes ne se sontiennent pas réciproquement, comme la nature et leurs propriétés l'exigent, elles perdnmt leur force inhérente, et on marchera à grands pas au-devant d'une défaite.

Nous avons déjà tu qu'on se trouvait rarement dans le cas de prononcer un mouvement offensif sur toute une ligne de bataille; par conséquent, les engagements de deui partis ennemis, qui ont un choc pour résultat, ne sont ordinairement que partiels, et peuvent ^tre facilement ramenés aux six combinaisons dont je viens de donner l'énumération.

Nous connaissons déjà , par nos discussions précédentes, la formation des armes, le moment et la manière de procéder à l'engagement pour les cinq premiers cas, il ne nous reste donc qu'à considérer l'action du sixième.

L'ensemble d'une action générale appartient exclusivement àlacombinaison des trois anne^ et c'est aussi celle que nous voyons ordinairement figurer sur les champs de bataille; liaais ce n'est pas le cas par rapportaui mouvements partiels dont un choc est le résultat. Les différentes combinaisons devant corrp.spondre au terrain, il est abé de se convaincre que celle des trois armes, par sa complication, pourra rarement être mise offensivement et simultanément en action. Aussi , dans tous les exemples que nous offrent les batailles modernes, noua voyons rarement nne masse , à l'instar de celle que Napoléon fit agir à la bataille d'Austerlilz , composée d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie, employée pourle même choc.

' Comprenant en elle tous les éléments de la force tactique, son efficacilé ne saurait être mise en doute , et si le terrain et les différentes allures des trois armes le permettaient lou-

jours, certe;, cotle combinaison ne pourrait avoir que d'heureux résultats. Offrant à elle seule toutes les modulations des différentes combÎDatsoQs , elle peut aussi satisfaire à tous les cas.

Hais supposant que le cas ait lien, voyons U disposition dont on devra se servir. Nous venons de voir que toutes les fois qu'on engage de l'artillerie, le cas présuppose une néce^ site d'efforts destructeurs, et, par conséquent, il faut donner un libre cours à ses feux. Dans tous les cas ou on se servira de cette combinaison, les batteries devanceront donc les deux autres armes. Hais l'emplacement de l'infanterie et de la cavalerie derrière les batteries sera adapté, je ne dirai plus au terrain, car il faut supposer que, si on. engage une masse composée des trois armes, les accidents du terrain favorisent leur action , mais à la cî^ constance et à l'ennemi qu'on se propose de combattre en ramenant la disposition des troupes aux principes que j'ai déjà discutés.

L'action offensive et défensive des troupes, d'aprèsles différentes combinaisons etlespriiH cîpes que je viens d'émettre, forme justement les modulations dont se composent les batailles , dont je me réserve d'offrir de courtes dissertations dans le chapitre suivant, et qui contiendront les moments les plus intéressants, et surtout ceux qui ont le plus influé sur l'issue àe ces luttes sanglantes.

SECTION III

Après avoir fini ma dissertation sur les propriétés des trois armes différentes, sur leur emploi dans les batailles et leurs rapports entreeiles, il serait peut-être agréable au lecteur que je ras.'iemb lasse maintenant dans un cadre étroit, malt qui répondit pleinement au but, tous les principes qui forment les éléments des batailles, et dont la majeure partie est basée sur ces mêmes principes, qui ont été le sujet de mes discussions; mais le nombre immense de règles, de conséquences et de considérations primitives et secondaires qui devraient y entrer, en rendentla réussite presque impossible; car les principes de l'art militaire paraissent sanctionner l'invariabilité de ces règles, et

dbyGoOt^lc

EXAMEH RAISONNÉ

dln WHtt BéaniBoinB iTè»40iiT«it trahies par le caprice du hasard.

Que de règles que la théorie aconsacrées ont été mises en défout par la pratique T Que de dispositions qui ont mené à un heureux résultat et que la pure théorie condamueT Ce conflit de la théorie et de la pratique, ne peut qu'égarer les idées et rendre lescAirséquencesqu'on érige eu principes, douteuseset quelquefois insolites. L'imagination humaine voudrait eu rain s'appesantir sur la thèse ioépuisable du mécanisme des balâilles , elle ne parviendra jamais, je crois, ni i épuiser le sujet, nia contenter le militaire profond , et surtout celui qui a présidé lui-même à ces luttes sanglantes, et qui a observé avec attention toutes les variations des diances, le pouvoir du hasard et de l'aveugle fortune, le mécompte des probabilités et l'Ineonstaoce des résultais.

Hais s'il est impossible de baser le gain des batailles sur des principes stables, je ne crois pas qu'il soit aussi difficile de ramener les causes de leurs perles à des règles plus invariables qui nous indiqueront ce qu'il faut éviter, pour conserver du moins l'équilibre des chances. En récapitulant les narrations des luttes qui ont ensanglanté le continent européen , nous pouvons toujours rassembler une série de principes,dont l'oubli a été la canse de nombreuses et sanglantes défaites, qui peuvent, en les considérant dans tout leur développement, nous servir d'indication salutaire, je ne dirai pas pour tout ce qu'il y a à faire, mais pour ce qu'il faut éviter. Il est vrai que les combinaisons changeant d'après le terrain , il est difficile que la même cause fasse gagner un perdre nne antre bataille ; mais, par rapport Si la violation des principes établis, nous reconnaisons , même sur des champs de bataille différents , plus ou moins une certaine analogie , qoi nous servira de guide pour éviter les mêmes dangers, et qui ne pourra qu'épurer notre dialectique militaire.

Je n'essaierai donc maintenant de tracer qu'une série d'aphorismes , que je tâcherai d'offrir au lecteur comme un guide, peut-être même pas tout & fait exempt de défauU, pour le mécanisme des batailles; et en recherchant pins tard les causes du gain ou de la perle des plus fameuses batailles des temps modernes , je cber^terai k ramener les résultats heureux

ou déf^vorablesqui s'en sont suivis, àlaslricle observance ou à l'infidétilé anx règles que j'énoncerai dans mon catéchisme.

Pour ne pas nous mettre à la merci d'une défaiLe ou d'une déroute , avant d'engager une bataille, pendant le combat et les momenlsqui qui le suivent, nous observerons strictement les règles suivantes :

1° On n'engagera l'affaire que lorsqu'il existera un équilibre quelconque de forces physiques ;

2" On prendra un ordre de marche qui noiu mènera dans le flanc des lignes ennemies, et, pour le cas inverse , on cherchera toujours à découvrir les mouvements préparatoires de^es ennemis ;

3° On choisira une position avantageuse sons le rapport lopographique , et on en apprécieni les propriétés (i) ;

i" Il faudra éviter de choisir pour champ de bataille un terrain trop étendu ou trop étroit, en comparaison du nombre de troupes dont os pourra disposer : dans le premier cas, on x voit obligé d'étendre trop les troupes, et l'ordre de bataille n'en conserve aucune consislance; dans le second , on se voit forcé de trop 1« masser, et on les expose ainsi aux coups lIle^^ triers de l'artillerie ennemie;

5' On se gardera de disséminer les troupes avant l'engagement;

6° On appréciera le terrain , si la.chose rH possible, avantl'engagement, et on chercher] à découvrir les points stratégique et lacliqne du champ de bataille de son ennemi, comme de celui qu'on occupe;

7" On disposera les troupes dans l'ordre de •bataille le plus conforme aux modulations et aux prcpriéLés du terrain, ainsi qu'aux aïW tages de leur action;

8" On soumettra la formation des armes aïo propriétés de leur action, en la basant auSi sur l'opportunité du moment;

9° On cherchera toujours à prendre l'offensive pour forcer l'ennemi à moduler ses mouvements d'après ceux de ses adveisaires;

10»0n dirigera toujours son al lenlion contre les points de la position ennemie , ies pli>> faciles à subjuguer;

(0 D'après lei principes énoDCés »' de CM ouvTtge.

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