‹ Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des Mémoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 72 sur 95 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L'ARTILLERIE · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L'ARTILLERIE

Chaque arme prise séparémeat, on dans sa coiobiDaison avec les autres, est le principe des TÎcloires ; mais la primauté doit toujours être accordée à celle qni rend le plus de services en faisant le plus de mal à reonemi.

De tontes les armes qni prennent une part active aux batailles, celle dont les propriétés sont susceptibles de perfectionnemrat, dont la. sphère d'action peut s'agrandir par ses eSWs , c'est l'artitlerie. On aura beau réfléchir surl'infaoterie et la cavalerie , nous ne pourrons jamais rien mettre de meilleor 4 la place dn fusil avec la baïonnette pour la première, et de la lance , du sabre et du cheval pour la seconde. Leur armement étant arrivé au terme de son amélioration, tout ce que nous pourrions faire encore en leur faveur ce serait d'inventer quelque évolution dans le sens de la grande tactique, mais non changer leur force impulsive, ce qui n'est pas le cas, avec l'artillerie. Une fois que les fusées à la Congrève » et surtout les obus de Schrapnels seront perfectionnés, ils donneront à l'artillerie une force destruclive teOement grande, que cette arme pourra véritablement devenir le fléau de l'humanité.

L'esprit de l'homme est trop fécond , et notre «ècle trop civilisé, pour que ce perfertionuement n'ait pas lieu, et, sans vouloir m'arroger le titre de prophète, je crois prévoir qu'un jour

viendra où l'art des batailles sera fondé sur les eS'els de l'artillerie , qui s'érigera en anse principale, en assignant aux deux autres des catégories secondaires.

Si ces deux inventions, dont je viens de parler, se sont succédé dans on court espace de temps, il n'y a pas de raison pour que l'imagination humaine reste stationnaire dans ses innovations, et l'artillerie, étant la seule arme susceptible d'amélioration, c'est vers elle que se tourneront les idées ingénieusesdes savants, et c'est elle qui en recueillera tous les fruits.

En résumant les propriétés de l'artillerie, j'ai dit, page 391 (i) : t Que c'éuit une arme

> secondaire qui possédait une force positive 1 permanente. Que ses propriétés étaient dé-

> fenBives,maisdestroctives, etquesonactîon, 1 dépendante des deux autres armes, sans Ics- 1 quelles elle n'osait jamais s'engager, était t purement préparatoire. >

Hais quelles sont les conditions de cette action préparatoire? Que peut-on en attendre ou en exiger? Quel est son minimum, et quelle en peut être l'apogéeT Voici oîi glt la question et la solution du problème.

Nous n'avons été presque jamais témoins de combats k outrance de l'artillerie ; de ces conw

(i) Examen raitonni, etc.

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bats, dont la réussite ait été basée Bur l'acUon de cette arme, et où elle parût comme arme principale, el les deax autres comme armes secondaires; de ces combats, dis-je, où l'on sacrifie te dernier artilleur et le dernier canon , pour parvenir à un grand résultat. Ignorant ce que son action, poussée à son masimum d'intensité, peut produire, nous avons prisé ses propriétés au-dessous de ce qu'elles sont effectivement, l'ai vu les choses autrement et j'en juge d'une manière différente.

J'invoque ici le témoignage d'un des plus illustres militaires de notre siècle, celui du maréchal prince de Varsovie. Dans ses conversations confidentieUes sur l'art desbatailles , et sur les propriétés des différentes armes, combien de fois n'a-t-îl pas attiré toute mon attention sur l'artillerie, sur les grands résultats qu'il en a obtenus pour le sort des combats, et les effets qu'il espérait en obtenir encore.

En visitant le champ de bataille de Grochov (c'était la première fois qu'il ie voyait), et apercevant le petit bois du centre de la position où nous nous sommes battus plusieurs heures consécutives, en engageant imprudemment un combat à outrance de tirailleurs, il me dit :c La possession de ce bois ne m'aurait > pas coûté aussi cher, j'aurais placé 50 pièces 1 de canons sur ces hauteurs (i), et j'en aurais * bientàt expulsé les défenseurs. >

Soixante-dix jusqu'à quatre-vingts pièces rassemblées en une seule masse, bien placées etbien servies, sont à ses yeux le vrai principe des victoires. Ayant été tant de fois témoin des effets foudroyants de l'arlillerie, ses souvenirs restèrent gravés dans sa mémoire; il mil plus tard son expérience à profit, et celte arme est devenue son arme de prédilection pour les batailles.

Ce qu'il a dit , il l'a démontré , je l'ai vu, et j'en parle maintenant avec connaissance de cause.

Ces combats à outrance de l'artillerie lui ravissent, it est vrai , beaucoup de serviteurs et de chevaux. A l'assaut de Varsovie, sur 300 pièces de canon qui en ont été mises en action, nous perdîmes, en tués et blessés,

(i) Elle* M troDVCDt *is-i-Tis du boû , qui n'est foncièremeat qa'un bouquet insignfiant, et le daminent parhttemenl.

40 officiers supérieurs et subalternes, au nombre desquels se trouvaient 8 chefs de brigade et de compagnie; 100 hommes tués, 500 blessés et 6S0 chevaux.

En comparant cette perte avec celle qoe Fartillerie des armées essuie ordinairement, plus d'un militaire se sera récrié sur son énormité; mais, à Borodino, n'en avons-nous pu fait une de 48,000 hommesT Haintenant, je demande quelle différence y a-t-U entre un fantassin , un cavalier et un artilleur dans 11 balance de rhumaniléT A mes yeux ils sont égaux, car ils sont hommes. Il ne s'agit donc que d'aviser aux moyens de compenser les grandes pertes de l'artillerie pour prévenir son inaction, et la chose ne me parait pas si difficile. Que l'infanterie et la cavalerie préparent le nombre nécessaire d'artilleurs ; la première, pour l'artiUerie à pied; ta seconde , pour ^a^ tîllerie à cheval. Ces deux armes pourront fb^ mer facilement des pépinières qui compensfr ront les vides occasionnés par les combats, et mettront l'artillerie à même d'entrer loujoon en lice.

C'est un de ces moyens , fruit de l'éducalioii du soldat , dont la focilité est hors de doute, et dont il serait même inutile de discuter longwment.

Deux voies différentes nous conduisent im grands résultats que nous pouvons alteadit d'une arme quelconque :

i" Son éducation ; 2° Son emploi.

Les effets de l'artillerie sont si foudroyant!, que son emploi rationnel doit produire des résultats immenses pour le sort des combats; car, en diminuant d'une manière effrayante le nombre des forces ennemies , en rompant h eoapacité des masses , ou la contiguïté des lignes de bataille, elle apprête un rAIe facile aui autres armes, les accompagne dans leors niouwments offensifs, leur imprime une force po^ tive , et ne cesse de partager leurs lauriers.

En parlant des propriétés de l'art il lerîe , j'ai

dit, page 965 («) : Que ses effets pouvaient élre

envisagés sous plusieurs rapports différents ;

1° Elle peut paralyser, ou même anéfer un

(i) Examen raitonné, etc.

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mouvtfment offeosir qui se prononcerait avec tropd'impéluosité;

é" Elle protège le déploiement des troupes;

3° Leur mouvement rétrograde;

i" Elle fait nailre du flottement dans les lignes ennemies, et facilite l'action des autresarmes;

5° Enfin, elle augmente la force impulsive des troupes assaillantes.

Fort de mon expérience, acquise pendant la campagne de Pologne, et nommément à l'assaut de Varsovie, j'ajouterai nne sixième propriété, qui est la base de mon travail actuel, et qui consistera à

6° Mutiler Ut balailtoni et préparer l'action det autre* armei, de vianière à leur faciliter la rupture du centre da ligna de bataille qui interrompra leur liaison lactique, et tera le préliminaire d'une défaite complète.

Le rôle de l'arlillerie se réduisait, jusqu'à présent, à fait naître du flottement dans les lignes ennemies, dont on profitait pour gagner quelques pouces de terrain. Ici le problème s'offre sous un aspect plus compliqué , car i! ne s'agit pas moins que de faire sur un des points dé la ligne ennemie, non une de ces brèches .dont on prévient le fâcbeui inconvénient en faisant avancer dans la trouée un oudeuxbalailloDS tirés de la réserve, et vers laquelle aucun mouvement offensifdécisif ne peut se prononcer ou reste sans eifets; mais une de ces brèches qui dégarnissent assez la partie compromise pour pouvoir l'attaquer avec succès, pour înlerrompre la contiguïté des lignes, désunir les masses qui les forment, et leur ravir cet accord tactique sans lequel une armée œ saurait se maintenir longtemps en position.

Le r6le que j'impose à l'artillerie est sans doute aussi glorieux que difficile, et repose sur plusieurs éléments qui forment la base de ses succès, et qui sont: ses propriétés, son éducation et soD emploi dans les batailles.

Pour ne pas me mettre dans la nécessité de

(i) Avant donné mes idée* sut l'éducation ie l'artillerie ( Exavun raùonn^), j'avertis le lecteur que, poar

répéter des choses sur lesquelles j'ai donné de grands dévelopjtementsdans mon Courtde Tactique, je ne dirai que quelques mots sur les deux premières thèses, en me réservant de m' arrêter plus longtemps sur la troisième.

En méditant sur l'éducation de l'artillerie, je mettrai en première ligne de sa perfection le tir et la vélocité des mouvemenis. La célérité avec laquelle les canonnicrs chaîneront et déchargeront leurs pièces, la justesse avec laquelle ils sauront pointer, et la vivacité qui présidera à tous les mouvements, formeront les éléments les plus importants de cette partie de leur exerice (i).

Que les chefe ne négligent |tas d'accorder au lîr toute l'attention qu'il mérite, et n'oublient pas que le sort d'une bataille et celui d'une nation peuvent souvent en dépendre. Ce sont des circonstances trop graves pour les juger légèrement, et on commettrait un crime de lèse-patriotisme en les sacrifiajit à quelque autre considération moins majeure.

Quant à l'emploi de l'artillerie, celuî-ci exige des développements plu.s étendus, qui devront être en pi-oporlîon avec le rôle important que j'impose à cette arme.

Je le considérerai sous plusieurs rapports, qui seront :

1° Le partage de l'artillerie dans les lignes de bataille ;

2° Les positions qu'on lui fera prendre ; 3° Le rassemblement des pièces en grandes masses.

i" Le but tactique qu'on leur assignera. Cesl du talent avec lequel on remplira ces conditions que dépendront les succès de l'artillerie , et que nous pourrons exiger d'elle le changement qu'elle est appelée à produire.

La gravité des conséquences ajoute ordinairement à l'importance du principe, et m'impose le devoir de consacrer i chacun de ces quatre sujets un article séparé.

le cas qui fait le lujet de ma disansslon , je l'eavisage comme parlée au plui baul poiol de perfectiofi.

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