‹ Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des Mémoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 78 sur 95 · PRE · texte numérisé non relu

PRE

Voili une question que je soumels à H. de Bulow. Les expressions qu'il veul iDLroduire ^uTODt avoir le mérite de la précision ,~inùs elles n'ajODtenl rieD au sens.

Par exempte , lorsqu'il établit que sou armée, eu la considérant comme nu sommet, doit former un triangle obttaimgle, ou tout au plus rectangle avec la base d'opérations, est-il plus intelligible, et même plus exact que le maréchal de Puységur, qui reccumnaude de calcule^ avec soin toutes les entreprises que l'ennemi peut faire sur vos communications, et les moyens que vous aurez pour les déjouer? Lorsque H. de Bulow veut que les dispositions se Fassent toujours de manière à figurer la courtine flanquée de ses bastions, fait-il autre cbose que répéter les principes posés par les grands maîtres (i]f Tons nous disent de porter tous nos soins à couvrir nos flancs, et à menacer ceux de l'ennemi, afin de l'embrasser dans nos attaques.

Montécuculli , après avoir démontré cet axiome dans son premier livre, en fait une application lumineuse dans le second , qui traite de la guerre contre les Turcs , et , dans le troisième, appuie enfin set leçons d'exemptes tirés des ses (iropres campagnes.

U serait aussi long que superflu de dler à la suite d'un aussi grand nom , ceux de tous les ihéoriates où M. de Bulow a jiuisë des idées dont il a fini par se croire l'auteur, parce qu'il les a revêtues d'une nomenclature particulière , et dfertes sous un jour nouveau.

Mais il émet aussi des opinions dont on ne peut luicoDl«8lerla propriété : il est donc juste qu*îl eu réponde seul , et que tout lecteur en fasse le libre examen.

Voici on de ses tbéorèmes favoris :

(i) Guibert, dans son Euai générmt dt Tacliqiie , a donni beaucoup de dévBloppement A celle idie.

(■J H. de Bulow semble refarder le* tirnUeun comme une Inrealion propre à lu guerre de fiiidépen^ daoce aiuérjcaine. Sans uous engager dans U diicus- KJon deH rapprocbemeuU qui pourraienl iie Taire eiilre les Urailleun et Ira fianqwuri uu éclaireurt, je rappellerai k H. de Bulow le célèbre eombit de Stupina

t 11 est plus effiaoe de combattre en ûrail-

> teun (3) qu'en rangs serrés ; et d'ailleurs ,

> il est bien plus facile de mettre le désordre

> dans ces derniers. >

H. de Bulow cborche 4 démontrer cette singulière proposition , en avançant qne si ks ennemis restent en masse , ses Urailleurs , qui sont à une certaine distance les uns des autres , De perdront pas un coup contre ce groupe d'hommes, tandis que le feu de la troupe sei^ rée n'atteindra, pour ainsi dfa%, que par basant , no de ces tirailleurs disséminés sur le terrain.

Il ajoute que son adversaire, réunissant ses troupes , formai nécessairement une ligne moins étendue que celle qu'il occupera luimême avec ses lîrailleurs, ce qui lui piYmelln de l'envelopper, même avec une force inEérieure.

Sans prétendre, assurément, mettre en doute l'utilité dont peuvent être les tirailleurs en mainte circonstance, j'en appellerai aux officiers qui ont fait avec fruit la dernière guerre, celle de toutes on l'on a employé cette amw avec le plus d'habileté, e(, fort de leur témoignage, je répondrai à U. de Bulow :

1° Si l'armée ennemie est postée suivacl les principes des grands capitaines, ses flancs seront assurés, ce qui réduira !e point d'attaque à un front égal au sien.

2° Il est de fait que le feu des tirailleurs est beaucoup moins meurtiier que ne le suppose H. de Bulow; ils tirent, en général, de trop loin.

3" On sent (et H. de Bulow l'avoue luimême } qu'ils ne pourraient résister en pliïae à la cavalerie légère. Dans un pays coupé, il leur lierait même difficile de tenir contre I'jI-

ou Mahadia, en ATrique, où L«blentu exécula owlrr Cisar des maDOSUvres de troupes légères, si habileutul coufUM, que ce grand capitaine n'en pul Iriumpba que par suii iuébranlsble cuiuUiuce e) les prudigint^ ressources desuniçéuie. (Ilirlius, Bell. afrk. — Gub' cturdl,loni. u , eUejf. viu.J

Substituez le Tusil à l'aTC el à U fronde, vuu« uum nos liraitleurs modernes dans toute leur përfeciiDn.

.db,GoOglli^

DU TRADCCTEUR.

Uqu fin d'aoe tnmpe en ordre, snrloat si on Ja Eut {trécéder pur quelques d^barges d'artillerie. 11 esl simple, en effet, qu'une ceptaine masse d'hommes renverse des ioditidus épars et sans ordre.

Je peoae aussi que tous les militaires ne conviendront pas de la justesse de quelques antres opinions de l'auteur prussien.

Ce sont celles qu'il professe, généraleçaent , sur les retraites et la guerre défensive. SauB doute, il est à propos de lùsser sur les derrières et les flancs de rennemi, des détachements qui le menacent et le harcèlent; mais il ne serait pas prodent de se diviser en plusieurs corps éloignés les uns des antres : le vainqueur les écraserait sncce98iT&ment, ta saine théorie enseigne qu'il faut jeter dans de bonnes places de fortes garnisons, qui interrompent les communications de votre adversaire, interceptent et enlèvent ses convois , l'obligent enfin à se morceler. A défïiat de forteresses, on prendra, s'il est possible, une position qui donne de la jalousie à Tennemi, et qui soit tellement calculée, qu'on n'ait que le rayon ou la corde à suivre pour se réunir et s'opposer i ses mouvements, tandis qu'il aura l'arc i parcourir pour former ses attaques.

Les campagnes du maréchal de Créquf, en Lorraine et en Alsace (1677, 1678 ) , et la défense des frontières du Dauphiné et de Provence, par le maréchal de Bervrick ( 1711), sont des modèles à suivre dans la défensive : il est , cependant , à observer que la conduite de ces deux grands gépéraux se trouve presqu'en opposition directe avec les principes avancés par H. de Bulow.

Ce n'est pas,, an reste, que l'auteur allemand refjarde de telles autorités comme capables de porter atteinte k la solidité de son système. Il est si fortement pénétré de son évidence, qu'il ne conçoit pas qu'il puisse être attaqué par d'autres, que par ceux qui manqueront d'une

(i) Yoyti pag« MO et «olTantca.

dose de pospicMité soJBaante poor en saisir l'ensemble et les détails.

H. de Biilow s'attend que ses antagonistes lui objecteront que, pour agir dans un triangle obtusangle, tel qu'il le trace, il faut qu'il soit maître d'une bien plus grande étendue de terrain qu'il ne serait nécessaire, s'il marchait en avant sur une simple ligne.

Il soutient précisément le contraire, et voici son raisonnement :

c II n'est point' nécessaire de rien posséder

> derrière soi , quand on opère au sommet d'un

* triangle obtusangle, on, tout au moins, rec^ » angle; car, la ligne moyenne d'opérations, » c'est-à-dire, la perpendiculaire abaissée du » sommet sur la base, est suffisamment con- 1 verte par sa position même, tandis qn'uM

* ligne d'opérations, unique, doit être con- 1 verte par une chaîne de postes. *

Ce raisonnement est spécieux : je m'imagine , néanmoins, que nombre de personnes demanderont ï H. de Bulow comment, et de quoi il se propose de former la base de son triangle, s'il regarde coma>e inutile de rien posséder derrière lai.

D'autres, pourront aussi lui demander quelle arme il compte substituer À la baïonnette , pour laquelle il affiche un si grand dédain (i).

11 laisse assez percer son goût pour la pique : il n'est doue pas hors de propos de lui rappeler les principaux arguments d'un chapitre que Puységur a consacré tout entier à cette question : I Si l'infanterie , année de fusil avec ' » baïonnettes à douille , l'est mieux qu'avec » des piques (s) 1

> Les occasions de se aeryit de la pique sont 1 si rares, dit l'auteur que je viens de citer,

> en comparaison de celles où elles sont noi>-

> seulement inutiles, mais embarrassantes,

> que ce n'est pas sans raison que l'usage en a

* été proscrit.

> Durant la guerre de 1701, qu'il n'y a plus

> eu de piques, cela n'a rien Aie de la forcQ

(i) PuTségur, ^rl de la gturrt, ebap. \m.

aas PR]

> de» bataiQonB ; et s'il y eo a eo qui aient été

* reDTersés par la caTakrie, ils Paunient été

> de même du temps des piques.

* La pique est une anne très-fragile : une

* fois baissée , elle est très-difficile à rennier , 1 et n'a d'autre mérite que sa longaeor.

» LessoldatsnepoaraiitBToir.eD campagne, ) des armes de rechange de dÎTflrs usi^^ , il

> a fallu leur en choisir une qni pât leor être

> utile pour toutes Sortes d'oGcaaions , et qui , 1 dans un besoin , pAt suppléer à toutes les

> autres ; or, le fusil avec la baïonnette étant y en même lemps arme à fea et hallebarde. 1 supplée par le feu k l'éloigiiement, et par sa

* l»Jonnetle i tons les coups de main, *

On ne peut disconvenir que le maréchal de Poységur, ayant fait snccessivement la guerre avec des troupes années de piques, et avec d'autres armées de baïonnettes, doit inspirer beaucoup de confiance lorsqu'il prononce sur ces deux armes.

M. de BuloTT, commeje l'ai déjà dît, provoqnant lui-même la discussion de ses principes et de ses hypothèses, je me suis cru très-autorisé à lui faire quelques observations impartiales. Elles ne peuvent nuire en rien an succès de son onvrage, où le lecteur trouvera toujours une profonde connaissance del'art de laguerre, et souvent matière i méditer sur des conceptions hardies et des vues nouvelles.

n est un point sur lequel j'aurais pu entrer, avec M. de Bulovr , dans une discusuon plus longue et plus grave.

En plus d'une circonstance, il laisse percer, en parlant des Français , une prévention hainense , qni ne se rencontre que trop souvent chez les étrangers qui ne nous connaissent qu'imparfaitement. On est étonné, dans un ouvrage militaire, de rencontrer des dissertations sur notre littérature , notre caractère et nos habitudes. Il en résulte, de la manière la plus évidente , qoe l'aateur allemand ne connaît nullement la France et ses habitants, et qu'il s'est laissé égarer par tous les préjugés qu'alimenta le jalousie nationale.

. Lorsqo'il se formera des idées [dm saines snr notre compte , il me saura , sans doute , quelque gré den'avw point donné de publicité i des opinions qu'il s'Rnpreaeera de désavouer.

Je me bornerai seulement à obsnrer que ks âoges donnés, dans l'occasion , aox opérations et i la valeur de nos aimées , n'en ont que plu de prix dans la boudw d'un homme qui &il profession de ne pas être notre partisan. Une grandeet glorieuse nation dédaigne des attaques qni ne peuvent l'atteindre ; elle honore le mérite jusque dans ses conemia.

On remarquera peot-éire aussi qoe t'aateor prussien s'est quelquefois écarté de la rigoD> reuse impartialité, dont tout historien doU ftire profession , lorsqu'il prononce sur les opérations des Impériaux. Personne n'ignore la rivalité qui subsiste entre les Autrichiens et les Prussiens, rivalité qui, d'ailleurs, divise également tons les États de l'Empire, et qui &it que les nom« oollecUfe A'AUemiuuit, de Patrie Germanique , sont des mots vides de sens.

Au reste , le lecteur est à portée de rectifier, sous le ra[^rt militaire, les erreurs qui pourraient être édiappées k H. de Buhiw, en comparant ses récits ^ la relation trè^d^ dimt je les ai fait suivre. Elle est extraite d'an joornal rédigé sur le théltre même de la guerre, par un officier auquel sa place et ses lumières donnaient tous les moyens d'apprécier les ^b dont il était témoin oculaire. Ils y sont racn^ lés avec simplicité et clarté; ce sont les meilleurs garants de l'esprit de justice qui a présidé à la rédaction de cet intéressant mémoite.

Si H. de Buluwsefàt toujours mtHitré animé de cet excellent esprit, rien ne se serait opposé à ce que je donnasse une traductifm complète de son ouvrage; mais on atsA que je ne pouvais l'enlr^rendre sans m'écarter du sujet principal, quelquefois même sans blesser les convenances. Par exemple, était-ce à moi , Français, et très-fier de l'être, à traduire une harangue dans le goât de Tite-Live, que H. de Bulow prête au général Hâas avant la bataille

dbyGoot^lc

DU 'nUDUGTEUR.

Ae lUrengo , pour rappeler i son armée que nous aoiniBes les fils de ces Français qui ont perda U bataille de Rosbach contre les PmarieDsT

Ja sais fort bien qoe pendant longtemps, un Français ne pouvait se montrer eu Aliemagne , •ans que la jalousie oationale ne cherchât i s'armer contre lui du oom de cette malheureuse journée. Hais c'était avant la guerre de la Bé- TOlutioD , avant cette foule d'exploits qui ont rendu , et au centuple , aux armes françaises , tout le lustre que leur avait enlevé l'impolitique et funeste guerre de 1756.

Et, encore, cette vengeance n'a jamais été exercée par les gens instruits, par les militaires spécialement, qui savaient que dans cette bagarre de Rosbach , les troupes de France étaient confondues avec celles des Cercles , qu'eDes étaient sous les ordres d'un Allemand

(le prince de Saxe-HUdbarghausen) , et qu'enfin, cette armée, mal composée, mal commandée, avait eu affaire au premier capitaine du siècle , au grand Frédéric.

H. de Bulow doit avoir trop de sent, pour ne pas convenir qu'un ennemi de César aurait eu peu de droit de déclarer à son année qu'elle devait dédaigner ce conquérant et ses légionnaires , parce qu'ils étaient les descendants de ces Romains , qui avaient perdu la bataille de Cannes contre Annibal.

Au total , je me suis étudié i faire disparaître ce qui pouvait déparer l'ouvrage de H. de Bulow, et à mettre en évidence les points qui méritent de fixer l'attenlioD des militaires. Je répète, d'ailleurs, que j'ai conservé l'esprit et les opinions de l'auteur prussien, toutes les fois que j'ai pu le faire, sans servir d'écho à ses préventions personnelles.

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