HISTOIRE
lA CiniftHl M 1100, II IIUU&II IT H ITjtMI.
< C'est moins but les champs de bataille t que (Uns les conseils des souTerains , qu'il 1 faut rechercher la cause des défaites * ont dit de grands hommes d'état , éclairés par l'expérience.
La vérité de cette assertion ne pouvait £ti« mieux démontrée que par la comparaison de la conduite des gouvernements français et autrichien , avant la campagne dont nous allons tracer l'histoire. Nous y verrons que les mesures adoptées par les cabinets ont réglé le sort des deux Ëtals : d'nn c6té , les vastes conceptions du génie ont dA enfanter des victoires ; de l'autre , les vues étroites de ta routine ne pouvaient produire que des revers.
La première des erreurs des ennemis de la France fut de se persuader que cet empire était totalement épuisé d'hommes et d'argent. Egarée par cette opinion, à peine l'Autriche Eongea-t-elle à remplir le vide que venait de causer dans ses armées le départ de 50,000 Russes.
Dans ce moment même, la France déployait toute son activité pour réparer les pertes de la campagne précédente , et s'assurer des avantages décisifs dans celle qui allait s'ouvrir. Fût-il vrai que dix ans écoulés dans les orages de la révolution eussent sensiblement amorti l'enthousiasme de la liberté dans le cœur des Français , du moins un héros savait ce qu'il devait attendre d'une nation essentiellement belliqueuse, en faisant un appel k sa valeur, en
lui montrant reonemi sur ses flroDUères. Bonaparte avait offert la paix; l'Empereur l'avait refusée : de cette instant , tout soldat français sentit combien était belle la cause pour laquelle il combattait.
On a singulièrement exagéré les pertes que la France a faites en hommes pendant cette guerre. Jamais , comme on l'a soutenu , toute la nation ne vint s'entasser dans les camps; jamais, dans toutes leurscampagnea, les Français ne firent agir plus de 300,000 hommes contre leurs ennemis. Louis XIV en eût autant sur pied pendant la guerre de la Snecanon , et les Ëlats sur lesquels il régnait, n'égalaient point le territoire actuel de la république.
Contre l'efficacité des entreprises d^ Français , nn objectait sans cesse le délabrement de leurs finances; et c'est précisément cette impossibilité de soudoyer el d'entretenir les troupes, que les gouvernants et les généraux employèrent habilement , pour pénétrer l.e soldat de la nécessité d'aller conquérir dans le pays ennemi, ce qui lui manquait dans le sien.
Pendant que la France était tonte entièr« à ses vastes apprêts , l'Autriche se contentait de renforcer partiellement ses armées; mais la plus brillante armée ne peut se promettre de succès, qu'en raison de la capacité de celui qui la guide. Il supplée au nombre , il inspire la confiance ; et , dans sa main , une troupe non aguerrie devient un instrument propre
àbyCoOt^lc
SDx Opérations de Btrat^ipe et de tactiqoe {i).
Loin de moi l'idée de vouloir jeter le blâme SOT la conduite des généraux autrichiens dans cette campagne ; ou sait trop que leurs moindres mouTements sont prescrits ou dirigés par le conseil séant à Vienne. Quand un général a ainsi les mains liées , on ne peut , sans injustice, le rendre responsable du succès.'Gq>endant les commandants impériaux ont assez mis au jour leurs qualités personnelles, pour qu'il soit permis de De leur point trouver de génie militaire , et de les ranger dans une classe fort inférieure- à celle des grands maîtres de Tart.
Lorsque c'est par l'ancienneté de service que l'on parvient aux premiers grades, il est rare que ceux qui en sont revêtus y apportent les talents nécessaires. Le mérite languit inconnu dans l'obscurité des emplois subalternes, tandis que l'incapacité usurpe les honneurs et le pouvoir. C'est Ik l'avant-coureur le plus certain de la chute d'une monarchie. La fermentation , inséparable d'une révolution, a fait paraître, en France, des hommes qui, dans un temps calme, n'eussent pas même soupçonné ce dont ils étaient capables. Ce déploiement subit de facultés transcendantes , est une des premièrescauses auxquelles il faille attribuer la supériorité marquée des Français dans cette guerre.
Le commandement des armées autrichiennes , dans ces derniers temps, a quelquefois été aristocratique. Les états-majors , les adjudants, en plus d'une circonstance, en ont dirigé les opérations; du moins la voix publique les leur a-l-elle souvent imputées. Sans chercher à découvrir ces ressorts cachés , l'observatenr des événements militaires ne considère comme général etTectif^que celui qui en porte le titre. H ne s'informe pas si le nom de Krat et celui de Mêlas représente une compagnie ou un individu : le général apparent est , pour lui, l'âme de l'armée.
Qaèt que soit, au reste, l'auteur du plan d'opérations qui a été suivi, on ne peut nier
(i) Toki U «UEnitioD que l'autaur donne de cea deu^ mots, dans son premier ourrage :
( J'appelle itToUgir, les mouvements de guerre de I deux arméeshars du cercle TÎniel réciproque, ou, si > l'on veot , hors de l'effet du csnon.
I La science dwmouvemeatsquise Tont en présence
qu'il ne fAt très -défectueux. La premi^v faute commise précédemment, avait été de laisser conquérir la Suisse par les Français. On ne pressentait pas à Vienne de quelle extrême conséquence serait, par la suite, la possession de ce pays. Je dois m'arréter ici pour y démontrer l'application d'un principe que j'ai posé ailleurs (i).
J'ai dit que , cfaercber k pénétrer entre deux corps , c'était attaquer une courtine entre deux bastions , c'est-à-dire, que dans les opérations de stratégie (mouvements de loin), comme dam celles de tactique (mouvements de près) , il était toujours dangereux de prêter le Banc Néanmoins, il est évident que ce principe souffre des modifications; par exemple, si les deux angles saillants sont aune grande distance l'un de l'autre, leur action sur les mouvements destratégieet de tactique, cesse entièreraent, et c'est au coup d'œil du général à juger et déterminer ces effets.
Un seul bastion protège par ses flancs , jusqu'à une certaine distance , les courtines adjacentes ; de même aussi une position avancée couvre le pays adjacent. L'application est maintenant facile à faire , et nous verrons que ce principe a été confirmé jusqu'à la dernière évidence par la campagne dont il s'agit ici.
La Suisse , par rapport à l'Italie et au sud de l'Allemagne, fonne un bastion avancé; ces deux contrées sont flanquées par elle. L'opération capitale des Autrichiens devait donc être de reconquérir la Suisse.
D'ailleurs, les Impériaux, dans cette campagne , semblaient animés de vues de cmquêtes, fondées sur l'espoir de l'affaiblissement des Français. Pourconquérir , il faut attaquer, il faut paraître en campagne avant l'enDemi. U paraît que cela eijt été possible aux Impériaux. C'est un axiome incontestable, que le mouvement accroît la force. De là , l'avantage de l'assaillant dans les opéntions et les combats. Il fallait donc attaquer la Suisse , aussitôt que possible, avec une force supérieure ; ce <pi était d'autant plus facile à exécuter , que les
1 de l'ennemi , de minière h ponioir ea <tra m et il- > teint par son artillerie , cette science est la loettfiw. ■ Etpril du MytUme de guerre nodtme.
(Note du Traducteur.) (i) EiprftdutytlèmtdtgMerrenoderme, i" put.,
FriDçiig ne k sont mis «n monTement qn'après la mi-amI.
D'autres considéntions indiqaaient encore aux Autrichiens, la Suisse comme le but le plus désirable de leurs efforts. Elle leur assurait une entrée moins diiBcile que par tout ailleurs dans l'intérieur de la France. Point de chaînes de forteresses comme sur les autres frontières; le Jura seul se présente, et certes , il est infinimeot plus aisé à franchir que les Alpes, qui n'ont pu arrêter Bonaparte. En suivant le RhAne, on parvient rapidement k Lyon , et de là on se répand à volonté dans les départements contiens. Oo s'empare du cours de la Loire et de la Seine; et faisant servir ces fleures k ses convois, oo porte ses armes victorieuses jusque dans le ctsar de la France. On a la faculté de tourner l'Alsace, unique moyen de conquérir cette belle province; car, ce n'est que par la possession de la Lorraine et de ses places fortes , que l'on peut acquérir celle de l'Alsace , et la plaine ne peut èlre soumise que par celui qui est maître des montagnes.
J'avoue que , dans ce vaste plan , je ne calcule point la résistance qu'opposerai! l'ennemi ; et rien , certes , ne me donne le droit de supposer que toutes les forces disponibles de la France se seraient immédiatement trouvées paralysées. Je crois très- volontiers que Bonaparte, avec l'armée de réserve, et le reste des Iroupea délogées de la Suisse , se serait porté au-devant des Autrichiens, et leur eût livré bataille. Sans doute, il pouvait les battre, il pouvait même les forcer à son tour d'évacuer de nouveau la Suisse; mais les Impériaux retiraient toujours cet avantage que , pendant la majeure partie de cette campagne, la conquête du sud de l'Allemagne et du nord de l'Italie n'aurait point eu lieu.
Hais si les Français , d'après un principe exposé dans mon premier ouvrage (i), au lieu d'opposer à l'enoemi un front parallèle , se fussent toujours tenus dans une position oblique pour menacer son flanc , ils pouvaient , sans péril , occuper les Autrichiens sur ce point , et, pendant ce temps, se déborder comme un torrent dans la Souabe et l'Italie. Les Impé-
(0 Eiprii du lytléme de guerre moderne, i" çatl..
riaox , de peur d'être tooméa , et même enti^ rement coupés des États béréditaires , se voyaient contraints à une retraite précipitée. Ceci eût été une nouvelle preuve du principe de la base d'opérations («).
Je le répète, les Autrichiens devaient, avant tout, attaquer la Suisse; mais ils disent : ■t Notre principale force consiste en cavalerie,
■ et nous ne pouvons l'employer que dans les
> plaines. > — A cela je répondrai :
< Il fallait augmenter votre infonterie par
> une levée générale, comme en France. Les
> Hongrois sont singulièrement propres k îdt-
> mer une excellente infanterie légère; c'est
> dans cette arme qu'ils ont fait la force des 1 aimées autrichiennes dans la guerre de sept 1 ans. Si le feld-maréchal Lascy n'en eût fait ,
■ aussi inconséquemment , de l'infanterie de
* ligne, où pouviez-vous trouver une milice » plus apte à tenir t^te anx Français qui ex-
* eellent dans ce genre de gnerreT i
Cette réflexion m'amène à considérer que Joseph 11 et son général Lascy, sans y songer assurément, ont rendu de grands services aux Français/ L'un , en démantelant les places de baTTière, leur a ouvert les portes de la Belgique ; l'autre , par l'anéantissement de l'infanlerie légère, a porté le coup le plus funeste aux armées impériales.
Ce fut aussi ce général Lascy qui donna, le premier, le spectacle d'an cordon de troupes d'une immense étendue; système qui, dans ses mains, échoua complètement contre les Turcs, mais qui, modifié par un génie vraiment militaire, doit être considéré comme lé plus convenable dans la nouvelle théorie de la guerre.
n fallait aussi former une armée de réserve, à l'instar des Français"; la première de toutes les règles étant de mettre, autant qu'on le peut, ses forces en balance avec celles de l'epnemi, si l'on ne veut succomber.
Hais, pour en revenir i la cavalerie, elle n'était certainement pas de toute inutilité dans la Suisse; et le préjugé, qui veut que cette arme ne puisse agir dans les pays montagneux , boisés ou coupés, mérite une réfutation particulière.
(i) £fprt( du ty$time de (ru«rr« modem», f part..
ses H1S1
La canlerie n'a besoia que d'aae plaine de cent pas poUr faire nnechai^i toutes brides, ce qui constitue uniquement sa force. Où ne troure-t-on pas un terrain aussi circonscritT D'ailleurs, le mot /i/oine ne doit point se prendre dans l'acception rigoureuse. Le terrain peut offrir une inclinaison ou une élévation de 4S degrés , sans que la cavalerie en éprouve d'obstacles bien sensibles à la rapidité de ses mouvements; el fût-il même inégal, pierreux ou labouré , de bons chevaux ne doivent point s'en trouver arrêtés : or, il est à présumer que la cavalerie est bien montée.
Hais, me dira-t-on , si ces espaces sont bordés de bois, baies ou fossés, derrière lesquels l'infanterie ennemie trouve un abri d'où elle incommode la cavalerie de son feu. Je répoodrai que des haies et fossés qu'a pu franchir un fantassin , ne sont point une barrière pour une caval^e entreprenante commandée par un Seydlilx (i). Quant aux bois, la meilleure méthode de les fouiller «l d'en débusquer l'ennemi , est d'entremêler tellement des hussards et des chasseurs à pied , que le cavalier se trouve entre deux fantassins , ou que la cavalerie soit disposée en échiquier derrière les intervalles des tirailleurs, prête à se jeter en avant, dès qu'il y a quelque chose à faire pour eUe.
Od voit donc que la cavalerie légère pouvait élre employée en Suisse avec avantage. Priacipe général : jamais l'inbnterie ne devrait marcher sans cavalerie. La nature du terrain détermine laquelle des deux armes doit prendre le devant Les Français , dans cette guerre , se sont servis de celte méthode avec le ptm grand succès (s).
Puisque j'ai commencé à traiter celte matière, je placerai ici une suite de réflexions que je n'ai point encore publiées, sur les rapports de la cavalerie et de l'iniànterie , et sur quelques autres objets militaires de la plus haute importance (s). Loin de former une digression inutile, elles seront pour le lecteur
(i/C£lèbre général , i qai la cavalerie prussienae est principalement redevable de son inslmctian,
[IVole du Traducteur.)
(%) Tacite rapporte que les Germaira, si infCriear* d'ailleun ani Rumaini eo tactique, conDaisMlenl celte nanière de combattre :
I Eoque mfxli praliantitr, aptà el eongruaUe ad
attentif, un moyen d'expliquer certaines par-
ticularités de la campagne que je vais décrire.
L'auteur d'un ouvrage moderne, qui dénote autant de sagacité que d'érudition («), démontre parfaitement que la tactique enseignée de nos jours , c'est-à-dire , la tactique de l'infanterie, est nne théorie abstraite, doutTapplication est impossible à la guerre.
£d effet, est-il praticable de s'avancer gravement en ligne serrée et alignée, contre des batteries qui lancent une grêle de mitraille, sans que l'alignement ne soit aussitôt rompn sur tous les points , puisqu'un coup, li distance convenable, peut emporter vingt, trente, quarante hommes , et plus?
Dans la célèbre guerre de sept ans, on n'enleva jamais de batteries, qu'en se précipitant sur dies sans ordre et à pleine course ; l'expérience apprit bientôt qu'il fallait renoncer an pas et aux évolutions de la parade de Berlin. Tout, effectivement, concourtà démontrer que l'espèce d'attaque que les Français nomment en tiraUieun, est la mieux calculée de toutes. La distance d'un homme à l'autre doit étn déterminée d'après le nombre , eu ne perdant jamais de vue de déborder l'ennemi aotanl que possible. Si l'on a assez de monde,, on foi^ mera deux rangs; le second en échiquier derrière le premier : il est facile de juger combien peu, alors, le feu de l'ennemi est à cniudie.
Une autre considération non moins importante parle pour ce système. Est-il possible que toute une troupe fasse feu en même temps au commandement de son chef, quand le bruit du canon empêche de l'entendre, quand la poussière et la fumée empêchent de l'apercevoirT Le soldat , bientôt livré à lui-même, le soldat qui , comme on l'a observé, fonde son salut sur le nombre de coups qu'il tire , fait feu dès qu'il a chargé. Ce que l'on appelle fea de peloton ou de bataillon, n'est donc plus praticable; et, en place, s'établit une mousqneterie irrégulière et à volonté , qui prend son origine dans la nature même de la chose.
. equetlrem ptignam velodtate peditum , quot ex ohm JuveMuU delectot aMè aeittn loeant. ■
Di HoR. Geri. vu {ïfoU du Tradvcteur,] (s) Le projet de l'auteur est d'en fomifr un appendice pour MB sjilème de guerre moderne.
(t) Comidératioiu «ir l'art de la gtierrt.
DE lA CAMPAGNE DE 1800..
ses
Hais Bi ces feux de peloton et de batailloD pouvaient s'exécuter à la guerre, ne seraientils pas plus meurtriers quecelul des tirailleuraî Il est aise de se couvainvre du contraire , en considérant la position gênée du soldat dans le rang. D'habiles officiers de marine m'ont assuré que , i la portée du fusil , il était difficile d'atteindre le corps du vaisseau ennemi; que la plupart èis boulets donnaient trop haut ou trop bas. Quelle confiance, d'après cela, pou- Tez-vous placer dans ces feux d'ensemble T
L'objection que j'ai le plus souvent entendu faire contre les tirailleurs, c'est qu'os peut facilement les disperser, eu les faisant chai^r par la cavalerie.
La réponse est simple ; soutenez-les de votre cdté par un corps de cavalerie, en seconde ligne, derrière laquelle Us puissent se rallier, aisément, en leur ménageant des intervalles pour leur passage. Je dis par de la cavalerie, parce que , généralement parlant , il n'est point d'infanterie qui puisse arrêter une troupe i cheval. Pour cela, du moins, il lai faudrait des piques; le fusil ordinaire est trop court de sept pieds. Quelques prodiges que l'on raconte de la baïonnette , je soutiendrai, avec l'auteur déjà cité (0 , que cette arme est loin d'être aussi redoutable que le croient les gens dépouiTUS d'expérience. Le sabre des Turcs et des mont^joards écossais est bien autrement terrible; et, si les Turcs avaient les premières notions militaires, la baïonnette des Russes serait un faible obstacle à lenr opposer.
L'extrême ulilité des tirailleurs une fois reconnue , on doit sentir combien il est inconséquent de ranger l'infanterie sur plusieurs lignes dans une bataille. Il est évident que l'on emploiera bien plus avantageusement ces lignes de derrière, en les étendant sur son front, pour parvenir à déborder l'ennemi, c'est-ï-dire, à le prendre en flanc el à dos. Depuis l'invention de h poudre, on n'est point vaincu par la violence du choc de l'ennenai, nais par la supériorité de son feu, dirigé tortcentriqueraent. Si l'oD voulait agir en masse, il faudrait se former en colonnes à la Folard. Hors de là , trois rangs sont déjà trop ; conséquemment , notre ordre mince actuel est le
(<) ComidéralioTU lur l'art dt la gwTTe.
{ Note du Traductmr. )
plus mauvais qui se puisse. La première ligne culbutée se renverse sur la seconde, et y porté le désordre. Encore une fois , c'est à la cavalerie à soutenir l'infanterie, et celle-ci ne doit former qu'une seule ligne.
La guerre de la révolution française a démontré souvent la vérité des principes que j'ai posés dans mon premier ouvrage, et que je rappelle dans celui-ci . Je me suis convaincu de plus en plus que l'adoption d'un nouveau système de guerre amènerait une nouvelle organisation politique de l'Europe, et, par suite, une paix perpétuelle. Pour ne pas me répéter, je renvoie à mon premier écrit (>).
Je demande seulement qu'il me aoit permis de retracer ici le dernier paragraphe du précis, dont j'ai extrait les passages que l'on vient de lire.
< Si, dans la campagne qui va s'ouvrir
> ( disais-je en mars 1800 ) , les Français veu-
> lent pénétrer par le Tyrol, les Autrichiens ) doivent les ; laisser avancer, et alors atta- 1 quer la Suisse sur leurs derrières, tant du
> côté de l'Italie, que de celui de l'Allemagne.
> LesPrançais, en revanche, doivent atla-
> quer le Piémont parla Suisse, et de Gênes,
> se répandre de nouveau en Lombardie sur
> la rive méridionale du P4. La perte de
> Cènes doit entraîner celle de l'Italie pour les * Français, i
L'événement a fait de ces paroles une espèce de propbétie. Après la longue et glorieuse campagne de 1799, les Autrichiens avaient pris leurs quartiers d'hiver le long du PA. Dès le mois de mars, le général Hélas transféra son quartier général de Turin à Alexandrie, de là à Acqui , et rassembla la majeure partie jde ses forces dans la vallée de la Bormida. Les Français, de leur côté, réunirent presque toutes leurs troupes sous Savone. Il était facile déjuger que le but de ces dispostions, pour les Autrichiens, était de couperja communication des Français avec leur patrie^ et, pour les Français , de U conserver.
entendant les Impériaux étaient assez forts ennombre, pour faire, vers Gênes, des démonstrations qui inquiétassent les Français sur leur véritable projet, et en même temps pour veiller
dbyGoOgIc
sur les Alpes. Hais il n'est pas donné an savoir, aïmémeà l'expérienceconsonimée, dep^nétrer les vues dn génie.
Le 5 avril, le général Mélasse porta d'Acqui à Cairo , et successivement k Carcare, Malare, CadiboDa et Monleailo. L'objet stratégique de ces mouvements paraissait être Noli, et leur but tendait à envelopper totalement l'armée Française. Sous ce rapport, ces opérations méritent d'autant plus d'éloges, que les Autrichiens ayant pour base Céva, Hondovi, Asti , et d'autres forteresses , ils mettaient leurs ennemis dans la position la plus critique.
Le plus heureux succès couronna leurs efforts. Après avoir emporté plusieurs hauteurs retranchées, ils parvinrent jusque sous les murs de Savone. Les Français jetèrent 700 hommes dans la citadelle de cette place, et se retirèrent sur Albissola,
En même temps, le général Kaïm fit attaqua le Uont-Cenis. Les Français, surpris nuitamment, ne purent s'y maintenir. Quel bonheur pour les Autrichiens , s'ils eussent pris les mêmes mesures contre le Saint-Bernard, le Golhard et le Simplon I
Le 6 , ils obtinrent un nouveau succès sur la câte orientale de Cènes. Us contraignirent le général HioUis à la retraite ; mais, le lendemain* Uasséna s'y transporta lui-même, battit les Autrichiens, et leur fit 2,000 prisonniers. Le silence de ceux-ci sur cet événement, en est une confirmation.
Par l'occupation de Savone , il n'existait plus de communication entre l'aile droite et l'aile gauche de l'armée française ; la première se Pouvait même totalement cernée. Cette opération devrait être regardée comme un chef-d'œuvre de l'art, si elle n'avait été facilitée par la grande supériorité en nombre.
Le général Suchet se retira avecVailegauche le long de U cAte , toujours disputant leterrain, mais toujours contraint à céder. Le 12, il était déjà sur les hauteurs de Finale ; il ne se passait point de jotir qui ue vit une multitude d'affaires de postes : la plus brillante de toutes fut , sans contredit , la prise de la Bocbetta par le général Hohenzollem, qui emporta sept redoutes fermées.
Malgré cet heureux début, malgré Textrême importance de la ville de Gênes, pour toute puissance qui veut conquérir on conserver
l'iialie, il est permis de croire que les Autrichiens pouvaient encore mieux employerlenrs forces. C'est la Suisse, comme que l'ai déji prouvé (i), c'est la Suisse, qu'ils devaient attaquer et conquérir à toutprix. La conquête de Gênes, et l'expubion des Français hors de l'Italie, n'é taien l qu'un objet d'intérêt secondaire ; tant il est important de se représenter les choses sous leur vrai jour, et de se proposer un but fixe auquel toutes les parties du plan doivent concourir. L'armée française , dans la rivière de Cènes, d'après tous les rapports, était inférieure de plus de moitié à celle de l'Empereur. De plus, toutes les places fortes du Piémont étaient au pouvoir des Autrichiens, qui avaient doue b liberté de bire agir la majeure partie de leurs forces contre la Suisse. Peu de temps après , la campagne s'ouvrit aussi en Allemagne, mais avec cette diflérence que les Fraudais y prirent immédiatement l'offensive.
Ik avaient un garant du succès dans les dispositions des généraux autricbiens. Ceox<ci ignoraient-ils que , la Suisse étant occupée par les Français, il n'y avait point de position lenable en Souabe, en avant d'une ligne tirée du lac de Constance jusqu'au Rhin, par Pfnllendorf et HeidelbergT Que les Français passassent le Rhin entre B&Ie et le lac de Cooslaoce, ou qu'ils pénétrassent dans le pays des Grisons et le Tyrol, tout ce qui occupait le sud-ouest delà Souabe, se voyait forcé à une retraite précipitée , pour ne point perdre toute communication avec ses moyens de subûstance. Le passage du Rhin est tellement facilité par sa courbure depuis Scbaffhouse jusqu'à Eglisan, et de là jusqu'à Bâle, qu'il est impossible de s'y opposer. Au total, c«tLe guerre , plus qu'aucune autre, a démontré combien les rivières, par elles-mêmes , sont des barrières Impni»santes.
L'inspection seule de la carte fait voir qudle étrange imprévoyance avait présidé à la distribution des quartiers d'hiver des Impériaux et à l'établissement de leurs magasins. Placés sur le Danube supérieur , dans la Souabe méridionale , ils n'étaient qu'un appât de plus pour les Français. Les premiers éléments de la guerre enseignent que les magasins doivent, autant
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qu'on le peat , £lre situés dans des places à l'abri d'un coup de main. C'eut i Kempten, k Hemiaingen el i Ulm , que les Autrichiens d&- Taîent fornw les leurs, après avoir rendu ces trois endroita ausceptibies de la plus longue défense possible.
Celte disposition soppesée, on pourra a'étonner que je veuille , néanmoins , faire passer le RbÎD aux Impériaux , pour se porter i l'attaque de la Suisse. Hais que l'on considère que cette attaque ne devait être <{u'une diversion, pendant que l'opération principale aurait eu lieu da calé des Grisons et du Tyrol.
Le quartier général était à Doneschingen, et les cantonnements dispersés sans ordre aux environs. On prétait le flanc de toutes parts. La cause en était évidente : on se tenait au centre, pendant que l'ennemi occupait la circonférence , c'esl-ènlire , la courbe décrite par le Rhin.
C'était le long de l'IIler qu'auraient dû être marqués les quartiers, dTIm i Kempten el Hemmingen, jusqu'au Tyrol; mais il fallait aussi nne diaine d'avant- postes depuis Bregents sur le lac de Constance, jusqu'à Echingen sur le Danube , et sur le Rhin , des piquets de cavalerie, chaif;és de surveiller les monvementsde l'ennemi , et de donner promptement avis de son passage. On l'attendait alors en de> dans de la ligne de défense, dont j'ai parlé plus haut. L'est ce que fit l'archiduc Charles en J799, c'est ce qu'il fallait faire encore en cette occurrence; mais les disposilions des Autrichiens semblaient bien plus calculées sur les moyens de subsistance que sur les principes de la guerre.
Le général Horean avait d'abord établi son quartier général kColmar, soit pour mieux diriger l'ensemble en se plaçant au centre, soit pour mieux donner le change il l'ennemi sur le véritable point d'attaque. Dans la nuit du S4 au 3S avril, il fit passer le Rhin à son aile gauche, sous le général Salnte-Soianne , près de Kebl, et ii sou centre, sons le général Saint- Cyr, près de Brisach. Les avant-postes autrichiens furent renforcés, et opposèrent quelque rédstance. Sainte-Suzanne se divisa en trois colonnes, dont l'une se porta versRastadt. Les Impériaux occupaient un camp auprès de Villingen et Hofiogen, et le général Kray restait immobile à Doneschingeo, non pas, vraisem-
blablement, en conséquence d'un plan, maïs, au contraire , faute d'en avoir un qui pât s'adapter aux circonstances.
Le 37 , le général Sainte-Suzanne repassa le Rhin tout à coup près de Kehl : les Autrichiens, trompés par cette manœuvre , se reportèrent aussitôt sur ce fleuve. Cependant Horeau l'avait passé , le 16, près Bile. L'aile gauche remonta jusqu'à Brisach, el se réunit au centre, qui, le même jour , avait marché par Fribourg sur Ehach. Mais ce turent princi paiement les passages opérés près Schatlhouse , Constance, el dans la partie voisine du lac, qui déterminèrent les Autrichiens à abandonuer leur position, dans la crainte de se voir coupés.
Je trouve utile de citer ici un rapport des Impériaux sur l'ouverture de la campagne en Souabe, et j'y joindrai des commentaires qui mettront à même de saisir cette grande opération dans tous ses détails.
• Lesprt^rèsderarméefrançaîse en Souabe, 1 et la retraite des troupes allemandes, n'ont
* rien d'étonnant, si l'on se représente les
■ positions militaires respectives >.
La f^traile des Impériaux n'est, en efi'et, nullement étonnante dans la position où Ils se trouvaient; mais il est étonnant qu'ils Taient prise, cette position.
t Celui qui possède Kebl, les têtes de pont 1 de Brisadi et d'Hnningue , et l'angle que fait 1 la Souabe en face de BAIe, est , militairement
* parlant, non-seulement maître du terrain
* compris entre la Porét Noire et le Rhin, mais 1 de la Forèl Noire elle-même. »
Cela est incontestable : mais l'auteur devait ajouter que la possession de la Suisse assurait celle de la Souabe entière jusqu'au lac de Constance. Pourquoi donc les Autrichiens se mettaient-ils dans un sac, oii ils ne pouvaient éviter d'élre enfermés que par la Ibite la plus prompte?
( Les principaux chemins qui conduisent à » la Forêt Noire, tels que ceux des vallées de
* KinUing et de Hausach, du Trou d'Enfer, t près Fribourg, etc., étaient dércndus par des t retranchements. Mais lorsqu'un de ces pas- 1 sages dans les montagnes est forcé, h>s au- 1 très sont bientôt tournés , et Ton ne peut plus
■ prétendre à s'y maintenir, surtout quand une > armée doit, comme le devait celle de l'Em-
* pereiir, occuper tout le cours du Rhin, ju&-
dbyGoOt^lc
> que diDs le p«ys des Grisons , y compris le
> Vorariberg et les passages du Tyrol qui doa-
> nent accès dans le sein de la monarchie. >
Il n'est pas nécessaire d'occuper tous les passages pour tes défendre; on arrête bien mieux l'ennemi en prenant une position oblique. S'obstine-t'il à pénétrer, il se prépare le sort des fourches Caudines (i}. Pourquoi donc fal^ lait-il que les Autrichiens occapasseat le Vorartberg7C'estenseplaçaatàKempten,qu'ilsempè- " chaientlesFrançaisdes'aTancerdansleTyrol.
t Le général Kray avait donné aux généraux
> Kienmayer et Giulay, l'ordre éventael de
> n'opposer dans tes plaines de l'Orlenau et du
> Brisgau, qu'une résistance momentanée, alÎD
> de donner le temps aux troupes de se ras- 1 sembler à l'entrée des passages dans les mon- ) tagnes. Le général Starray , en cas que l'en-
> nemi lui fât trop supérieur, devait se retirer
> par Pforzbeim , et se réunir sur le haut
> Necker avec l'aile droite de l'armée, parce
> qne cette fois on n'avait pas k appréhender,
* comme dans la campagne précédente , que
* l'ennemi fit une diversion par Hanheim , et » moins encore sor le bas Rhin. >
Le corps de Starray aurait pu agir d'une manière plus utile; nous en reparlerons plus loin. L'ordre de tenir dans les montagnes était irréfléchi, parce que du moment où lesFrançais passaient le Bhiu en Suisse, tontes les positions se trouvaient tournées.
c Le centre de l'armée devait se former dans
* les plaines derrière Stockach , où notre nomt breuse cavalerie pouvait se d^loyer avec
> succès , si Horeau s'y laissait attirer. > Moreau ne s'est point laissé attirer, il s'est
volontairement avancé dans la plaine : il y a en un combat à Stockach , et il n'a point été k l'avantage des Autrichiens.
f Uais, dans tous les cas, il (allait abandon-
> ner aux Français une partie considérable de
> la Souabe : car on ne peut nier que le géné- 1 rai Horeau, ayant une connaissance parfaite 1 du pays, avait ouvert la campagne, d'après
> un plan impénétrable , incomparablement
* mieux calculé que celui du général Jourdan,
> en mars 1799. >
(l) L'an de Borne 451 , les ccnsuls Posthamius et Veturius, s'iUnt ImprudenimeDt engages dans un dé- Bïé , ftarent tnftlofft» ptr les Saranites , et obtisés de
Idmanœovrede Horeau était savante, muB non impénétrable. Comment les AntrichicDS n'ont-ils pas prévu qu'il se porterait sur les points où il pouvait les couper ri les prendre en flanc? Le passage de Kehl ne devait pas les occuper un instant : Horeau était trop habile , pour attaquer de front ce qu'il était en son pouvoir de tourner. On voit cependant que les Autrichiens ne détachèrent point leurs regards do corps de Sainte.SuzanDe ; et , d'afH^ le rapport cité ici , lorsque ce corps repassa le Rhin, loin de pénétrer le but des Français , ils attribuèrent leur retraite aux revers que voiait d'essayu Hassàia en Italie.
■ Le général Lecoorbe, commandant l'aile » droite de l'armée française , fit mine éga- * lentent de vouloir passer le Hbin dans plo- 1 sienrs environs du lac de Constance, afin 1 d'agir de concert avec Horeau. •
Si le général Horeau eût fait passer la majeure partie de ses forces entre B&le et le lac, la position des Autrichiens aurait été encore plus critique. La colonne qui passait ï Constance, marchait à Stockach, et s'y Miparait des magasins; cdle de Scfaaffboose coupait l'armée impériale de Stockach, et toutes deux se trouvaient bientôt lelleotent à doft de l'ennemi, qu'il lui était presque impossilde de se rouvrir une communication avec les États liéréditaires, à moins qu'une année de réserve ne vint lui faire jour. Il est vrai qu'il eût fallu, pour cela , que le corps qni avait passé à Kdil se maintint sur la rive droite, afin-de fbrcer les Autrichiens à conserver leur fatale position. Ils ne la quittèrent pas avant le 1*' mai; ti avant ce terme , la manœuvre que je viens de tracer pouvait être convenablement exécutée.
Ce n'est pas que je prétende , en nulle façon , blimer la marche du général Horeau. EUe est, au contraire, digne de l'admiration desotmnaisseurs. Il ne pouvait pas s'imagin» que les Impériaux ne concevraient aucun soupçon, en le voyant renforcer si considérabiement sa droite. Je veux seulement faire remarquer qoe l'opération, telle que je la conçois, eût été beaucoup plus décisive , parce qu'elle était excentrique, et qne les hommes ordinaires ne
passer sous le joug. Le* foiirehes Caudruet firent leur Dom de Cauditun, aujourd'hui Arpaia, TÏUagv cDtrt Capoue tt Binévent. ( IfoU du lYadfutatr. )
■avent point prenclra de mesures contra TextraordÎDÛre.
Il j avait encore, ce me semble, one avlre manière d'ouvrir la campagne, tendant non moins directement vers le irât, quoique ayant davantage l'apparence de l'excentricilé. Elle doiuuUt à U guerre une tonte aulre tournure, parce que le tbéltre en était transféré dans d'antres régions,
A.U lien du snd-onest de la Souabe, lesFrançais anraieot attaqué le Tyrol; ils laissaient l'armée antrichienne en repos dans la première de ces provinces, et forçaient le Rhin dans le Vorarlberg, à Bregenla et i Feldkirch. n aurait, néanmoins, été convenable de montrer des tètes de colonnes à Kehl et i Brisadi , afin de maintenir les Impériaux dans leur po> ûUon ; mais , au contraire , ne foire nulles démonstrations à Schaflhouse, pour ne point leur donner l'Idée de replier leurs troupes. Il soffisalt de border le Rhin en forces , ponr cacher le mouvement qui se serait (ait vers le Tyrol.
Il est vraisemblable qu'il eût été conquis avec la plus grande rapidité. Car, suivant tontes les relations) le corps du prince de Reu88 était trop faible; et, d'ailleurs, l'infanterie française vaut mieux que l'infanterie •utrichienne, pour la gnerre de montagnes.
Que l'on ne dise pas que le généra Kray , profitant alors du dénùment de troupes où se serait trouvée la Suisse, s'en eaparail derrière 'Morean, et par là enveloppait son adveiMÎre. Ce coDp se présentait de lui-même, si l'armée de réserve, formée à Dijon, n'eût occupé la Suisse, dèsie jonroù Moreau s'en SCTait éloigné. Maîril me parait bien plus probable, que les Impériaoi, fidèles à leurs principes de défense parallèle, se seraient retirés àmarehes f<vcéea dans l'archevédié de Salzbourg, la Carinthie, oumtate l'Aulricbe, pour couvrir Vienne. Que devenaient-ils alors, si l'armée de réserve fût venue accroître les forces de Moreau.
Le général Hélas était trop occupé en Italie, devant Gènes, pour qn'il lui fût possible de voter au secours des États héréditaires, ou même d'entreprendre une diversion. S'il eût voulu passer les Alpes pour tomber sur le flanc
(i) Quelques mois plus tard, od ■ cependant vu In Fnntaii aui portes de Vienne , l'Empereur et toute H bmille t la veille de se rifugier <o Uongrie : H pas
droit des Fraufals, dans le Tyrol ouenS^ilase, il fallait, du moins, qu'il laissât une grande moitié de ses troupes pour tenir tète à Hasséoa et à Suchet. D'ailleurs, il est bien moins facile de passer d'Italie en Suisse ou en Allemagne, que de ces contrées en Italie, parce qu'il est toujours plus aisé de descendre des montagnes que de les monter avec son bagage et son artiUerie.
Au reste, malgré la brillante perpeclive qu'offrait aux Français ce plan d'opérations, des considérations particulières, tant militaires que p<ditiques, me déterminent sans peine à donner la préférence à celui qu'ils ont suivi. Je vais, d'abord, exposer les premières.
La plus grande des difficultés qui se présente dans une opération contre le Tyrol, est celle des subsistances. Sans des magasins considérables, une année nombreuse ne peut s'alimenter que peu de jours dans ce pays montagneux. A moins que les Français n'eussent trouvédes magasins tout formés dans le Tyrol, ils ne pouvaient espérer que ceux de la Suisse suffissent à nounîr deux armées, celle de Moreau et celle de réserve. Gomment les faire suivre dans une opération nécessairement aussi rapide? Car, plus on prolongeles Uguesd'opérations qui ont un magasin pour base , plus il devient difficile de rooovoir l'armée vers l'objet proposé. Or, comme l'activité de celle-ci dépend de ses moyensde subsistance, on peut établir que la force des opérations militaires est en raison inverse de la longueur des lignes d'opérations.
Ces réflexions, fruitsde l'expérience, étaient sans doute un motif suffisant pour détourner le gouvernement Français d'une entreprise ^ussi hasardeuse. D'ailleurs, est-il prouvé que les succès extraordinaires qu'on eût pu s'en promettre, eussent été un bien réel aux yeux d'une saine politiqueT Les Français à Vienne, l'Empereur dépouillé et fugitif, ne donnaientils pas l'alarme au reste de l'Europe , menacée de voir renaître la monarchie colossale de CharlemagneT Des puissances neutres jusqu'à ce moment inondaient aussitôt le nord de l'Allemagne, pour repousser iiD torrent prêt à les engloutir (i).
Ttmaé, tant elles étaient loin de s'aqui dénient amener la fin de cette
37i HlSl
L'IuUe ofitût des chmces jdas ei^ageantes :
aoD éloignemcnt esciuit moins la jalousie des paissances du Nord. De plus, une république y avait déjà existé , que l'apparition des armées b-ançaises devait faire renaître de ses cendres. La rerlUe Lombtrdie. quoique depois plusieurs années le théâtre de la guerre, assurait enfin de vastes moyens de subsistance au maîtres que lui donnerait le sort des armes.
De tout ce que je viens de dire, il faut condure que le plan des Français, de faire delà Suisse on point centrât d'attaque contre U Souabe et l'Italie, était le seul raisonnable, le seul capable de donner de la consistance à leurs progrès. Reprenons la suite des événemenla.
Les Impériaux abandonnèrent enfin la position de Willingen et Hunfigen; et, le 3 mai, les Français entrèrent à Doneschingen , où avait été le quartier général de Kray. Les Autrichiens se retirèrent précipitamment par Tultlîngen et Geissingcn, dans les environs de Stockach et Liptingen. Le Brîsgau n'était plus occupé par l'une ni l'autre armée, toutes deux se portant vers l'Est.
Le général Slarray se retira de Rothenbonrg sur le Nccker, oil il devait prendre le commandement de l'aile droite, et se rejoindre au général Kray. Le prince de H(Aeidohe se relira aussi de Hanheîm à Canstat.
Cependant, le passage de l'aile droite de l'armée française , sous le général Lecourbe, Il Constance et Dissenhofen, avait déterminé Kray k transCérer son quartier général à Stockach. Horeau l'y atteignit, le i mai, e^ il s'engagea une affaire, qui , à cause de ses suites, pourrait être appelée une bataUle, quoique la perte respective ne fût pas considérable.
Le S, les Autrichiens prirent poste à Hoeskirch , et y furent aussitôt attaqués. Ils publièrent qu'ils avaient repoussé leurs ennemis; mais les Français prélendirenl les avoir cornplélement battus, et le prouvèrent en continuant à gagner du terrain sur eux.
Les jours subséquents virent de nouveaux combats, dont le résultat était toujours la retraite des Autrichiens. Le plus grand de leurs désavantages était de n'avoir point encore eu le temps de se concentrer. L'armée française, au Gontraire,iie formait jdusqu' une vaste ligne.
qui, débordant lau cesse les Impériaux, lepliait tous les oorps qu'elle rencontrait. Il élaît évident que le but des Français , eu pesant continuellement sur la gauche des Autrichiens, était de les rejeter sur leur droite, et de les forcer enfin à passer le Danub«, dont alors la rive droite, ou méridionale, tombait entièrement au pouvoir des vainqueurs. C'est dans ce dessein que Horeau continua à manceuvrer en Bavière : rien n'était mieux calculé.
L'aile droite des Autrichiens, observée, inquiétée par Sainte-Suzanne , ne put opérer sa jonction avec les antres corps. Les troupes impériales, comme l'attestent les rapports de leurs ennemis, montrèrent une bravoure digne d'éloges; mais leurs chefs ne semblaient pas avoir trouvé encore les moyens de réparer le désordre occasionné par les mauvaises dispositions primitives.
On a peine i croire qu'il taille absolument déBe^)érer du succès de toute une oorapagne. dès son ouverture. Replaçons donc l'armée autrichienne dans les environs de Doneschingen , an moment où Horeau passa le Rhin , et voyons ce qu'un chef habile, connaissant le pays, la force de l'ennemi et ses dispositions , eât pu entreprendre pour lui résister. Cet examen , j'aime i le supposer, doit satisfaire celui qui entend la guerre, comme celui qui cherdie à l'apprendre.
Il était de toute oécessiléqneles Autrichiens se retirassent, aussi promptenient que possible, derrière la ligne que j'ai tracée plus haut, et se rassemblassent à Pfullendorf, pom- éviter d'être tournés et battas partialement, comme cela est arrivé. Leur aile gauche devait foire les {dus grands efforts pour se conserver une communication avec le Tyroi. L^essentiel était de ne point perdre de temps : les demi-résidotions, les demï-mesures sont les plus mauvaises de tontes, et c'est envain qu'on essaye de revenir sur une occasion négligée.
On pourrait demander ce qui servit arrivé, si l'armée autrichienne , observant avec sangfroid les mouvements des Français, se fût obstinée i maintenir ses positions à la source du Danube. Je ne pense pas que Doneschingen et HuBngen fussent précisément les lieux propres à cet elTet ; et il me semble que les Impériaux auraient dû marcher sur leur gaocbe, et cunper dans les ravirons de Geis»ngen , mais
en consn^aotlonjoureUriTe gaucheda Dinabe.
La poskioD de Willingen ne devait pas être abandonnée; elle était importante. Ëllecoi^ Trait, en potence, le flanc droit de la grande année.
Mais auuilAt on 8*aperçf>it ici de ce qoe pouTaït faire la colonne française qui déboncbait par Bile. Elle w portait sur le flanc droit de la position sur le Danube, et cherchait i la séparer de celle de Wiltingen. Si elle se hasardait i passer le Danube, il fallait l'assaillir des deux cAtés à U fois. On était plus fort, et on pouvait la battre, s'il est vrai que le général Kray eàt 70,000 hommes sous ses ordres.
I^ un détachement sur sa gauche, il pouvait attirer Moreau vers Slockacfa , et exécuter une de ces manœuvres hardies qui commandent l'admiration. Par-U, les Français se voyaient arrélés, dès leurs premiers pas, dans leur invasion ; c'est , en un mot , l'unique méthode de conduire benreusement la guerre défensive.
Cette manœuvre consistait à prendre un camp sur ta gauche des Français, en passant le Danube, mais en le conservant soi-même sur son flanc gauche. ^ Horeau se laissait attirer vers Stockach, sur sa droite , il se trouvait alors, par la position d'Engen, presque entièrement séparé de sa base, jusqu'à Schaffhouse.
Peut-être toute l'année pouvait-elle, par une marche sur sa gauche, déterminer le général Moreau à marcher parallèlement sur sa droite vers Stockach. Cette marche pouvait se faire sur la rive gauche du Danube , et couverte par ce fleuve jusqu'à Horingen. En cetendroit, on faisait passer un corps, qui avait la faculté de se replier, s'il rencontrait la grande armée Crançaise. Celle du général Kray asseyait son camp à Engen.
Hais elle pouvait, & la vérité, être prise i dos par le corps de Sainte-Suzanne , et se voir contrainte de retourner dans sa position parallèle sur la rive gauche du Danube. Pour parer i ce coup, le camp de Willingen se transM-
(0 En lese.IeducBerDird deSaie-WeinurtUnt alors au service de France, surprend lea nlles forestières de Lanfmbourg, Waldshut, S«ckingen, et as- •i^ Rhetnfeld. Legiotral autrichien, due de SaTclli, accourt, et loi fait lever le siège, avec une perle conxidéraUe. C'éUil l« 18 Kvrier : le SI , le due de Wei-
raitîHufii^^, et couvrait ainsi celnîd'Engen.
Le général Horeau se trouvait alors forcé k des mouvements rétrogrades , et ramené luimême à la guerre défensive. Vraisemblablement il aurait attaqué le corps situé à Engen, et c'était, dans ue cas, à une balailleà forces égales, à décider entre les deux partis. Si les Autrichiens eussent été battus , ils pouvaient , en se retirant dans la même direction, prendre une seconde et peut-être une troisième position, avant d'être contraints de repasser sur la rivflgancfaedu Danube. D'ailleurs, leur général n'ignorait pas, sans doute, que c'est souvent du sein d'une défaite, qu'on se reporte i la victoire, tel que le fit voir le célèbre duc de Weimar (i).
Dans t'faistoire militaire de nos jours, les Impériaux trouvaient un modfele parfait de la conduite qu'ils avaient à tenir. La position du duc Ferdinand de Brunswick, dans la campagne de 1761, relativement à l'armée Crauçaise commandée par le prince de Soubise , oBn une foule surprenante de points de ressens Uance avec la situation de Kray i, l'égard de Hofvau.
Si donc le général Kray eât défendu le terrain pied-à-pied, eu se retirant dans ses positions sur la rive gauche du Danube, il aurait pu mettre une digue aux progrès des Français, jusqu'à ce qu'ils eussent été renforcés par l'armée de réserve. Celle-ci alors pouvait se trouver forcée de difliârer sa grande entreprise sur rilalie; et c'était beaucoup gagner pour les Autrichiens, eussent-ils été repoussés, euAllemagne, jusque dans les états héréditaires.
Laissons, pour un instant , les suppositions, et revenons au récit des &its.
Après le sanglant combat de Hoeskirch, le général Kray ne se retira pas jusque derrière l'iller, et dans le camp retrancbé d'Ulm, comme s'y attendaient les Français. Pendant la nuit, il se porta sur Si^maringen , où il passa le . Danvd»,' mais, dans la nuit du 7 au 8, il revint occuper la rive droite, afin que les Français ne s'en emparassent point. Il crut ne pouvoir
mir reparaît tout-i-coup , dibit complètement les Impèrlaui, et prend leurs quatre géuèrtui SiTeUI, Enkefort, Sperreuter, et le lïmeui Jean de Wertli, qui M, mené en triomphe t Piris.
Bitloire de la gmirrt de tmlt an* , par Schilitr , ton. III, Nt- it. (Note du Traducteur.)
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