H(ST
mieux atteindre ce but , qu'en prenant poBle k Biberach, qu'il gagna par une marche forcée. Hais, le 9, les Français l'attaquèrent avec une nombreuse infanterie, que le terrain extrêmement boisé faTorisait, tandis qu'il empêchait la cavalerie autrichienne de donner. La division Baraguay-d'Hillieis, et une autre ducorps du général ^int-€yT, avancèrent en colonnes sans se déployer, dans la forêt devant Biberach , oii elles rencontrèrent les avant-postes de l'ennemi, qu'elles culbutèrent aussitôt. Le chemin creux que forme la petite rivière de Riess, ne les empêcha pas de les poursuivre jusque dans la ville.
Ceci se passait i la droite des Français , et à la gauche des Autrichiens , pendant que le général Richepanse canonnait, depuis 4 heures, le reste du front de l'ennemi. Toute cette ligue était postée sur des hauteurs, derrière la rivière, et la fumée de l'artillerie permettait à peine de l'apercevoir. Dès que le général Richepanse vit que les deux divisions de la droite avaient culbuté l'ennemi el occupé Diberach, et que conséquemment son flanc se trouvait couvert, il passa la rivière à gué. Son infanterie atteignit une hauteur escarpée qui commandait Biberach;etsacava]erie,pourne pas s'engager dans un terrain marécageux, alla passer sur nn pont près de la ville , puis fondit aussitôt sur les Autrichiens, qu'elle prit en flanc et à dos. Leur pertefut très-considérable; ils cherchèrent leur aalut dans les bois. On ne peut voir une manœuvre mieux combinée.
Ce revers contreignit le gâiëral Kray à se retirer sur Memmingen. On ne voit pas, dans les rapports de l'action dont je viens de-parler, que la cavalerie autrichienne ait agi, quoique les Français aient trouvé le moyen de se servir très-utilement de la leur. Mais on pourra demander pourquoi les Impériaux étaient venus s'exposer k ce combat de Biberach, Arrivés i Siegmaringen, au tieu de se reporter en avant du Danube, ils devaient rester sur la rive gau- - che : au Ueudedescendrele fleuve, ils devaient le remonter, et donner aux Français de l'inquiétude pour les derrières de leur armée. C'est par des diversions habiles, c'est en se partageant en plusieurs corps, que l'on met obstacle aux progrès de l'ennemi. Vous lecontraignez às'aBïiblir, en se divisant. < Haisj 1 dira-t-on, par la même cause, vous vous at-
> faiblissez vous-même *. Non, et anconinire on accroît ses forces, en occupant la circonférence du cercle, où l'ennemi se trouve circonscrit.
Turenne qui, avec HonlécncuUi, peut être regardé comme le créateur de la nouvelle stratégie, Turenne, dans l'admirable campagne de ie7,°(, entoura par divers corps le flanc gauche de son adversaire. Malgré la profondeur de «es connaissances , Hontécucnlli allait peutêtre tomber dans le piège, quand ta mort vint enlever le grand Turenne. Cest de cette époque que date proprement la supériorité des Français en strat^ie (i).
Il fallait donc que le général Kray laisslt un corps à Siegmaringen, qu'il en détacfait un autre vers Ulm, et, qu'avec le troisième et le plus fort , il remontât le Danube. L'attention des Français se trouvait partagée: ils auraient pu n'avoir connaissance de ce mouvement que lorsque le général Kray , reparaissant sur la rive droite du fleuve, se fût porté sur leurs derrières , dans les environs d'Engen on de Hohentwiel. Par l'eRiet de ces trois positions , les Français se trouvaient occupés en front, sur leur gauche et i dos.
De plus, le corps détaché vers Ulm excitait les Français à s'enfoncer encore plus avant dans la Souabe, ce qui facilitait les opérations du corps chai^ d'agir vers Engen. De ce moment, la guerre changeait absolument de face.
Que pouvait foire Moreau ainsi entouré, et ayant, de plus , le Tyrol derrière lui T Ponvait^I s'engager en Bavière, et se détacher totalement de sa base , dont la position d'Engen ne le séparait déjà que tropT D'ailleurs, le corps posté k Ulm n'avait qu'à remonter l'IUer jusqu'à Memmingen, pour couvrir la Bavière. Ce n'était donc qu'à force ouverte que les Français auraient pu se tirer d'une position aussi critique. Malgré eux , le général Kray était toujours le maître de gagner Biberach par une marche forcée, et il ne leur était point possible de prévenir le corps qui se portait à En|^, en remontant le Danube. Ce mouvement était d'ailleurs si extraordinaire, que les Françab n'auraient jamais songé à s'en garantir , et seul, il pouvait décider du sort de la campagne en
(i) Toyei Eiprit du lyttéme de gunre maôena, !'• part., sert. x.
favear des AulricbieDs en All<unagae, et vraîsemblablemeDl CD Italie.
D'uD antre cAté , je ne conçois pas pourquoi les Français, au lieu d'attaquer à Biberacb, De s'étendaient pas à l'est par Heinmingen , en prenant une position parallèle au Danube. Ils se mettaient alors, il est vrai, le Tyrol à dos; mais les forces des Impériaux y étaient presque nulles, et l'événeinenl le démontra depuis , quand les Français se placèrent comme je l'indique ici.
Od ne peal trop s'étonner du peu de soin que prirent les Autrichiens de former , dans le Tyrol , un corps de troupes capable de faire la plus utile diversion. Le conseil aulique parait avoir pour principe d'envoyer toujours des renforts aux grandes masses, qui n'en deviennent souvent que plus laurdes et moins actives. C'était aussi celle du feld-maréchal Daun, qui n'avait jamais assez de soldats autour de lui : cette erreur a été très-utile à Frédéric le Grand , dans la guerre de sept ans. Il est à remarquer que dans la guerre de Turquie, et dans celle-ci , les Autrichiens sont tombés dans les deux extrêmes opposes. Dans la première , ils voulurent tout couvrir par un cordon , trop faible sur tons les points poar l'attaque et la défense : dans la seconde , ils se sont beaucoup trop concentrés. Le milieu entre ces excès, c'est-à-dire, la disposition de différents corps se flanquant et se soutenant mutuellement, dépend du coup d'œil stratégique , et ce coup d'œil renferme tous les talents du général.
Le 10, le général Kray fut attaqué de nouveau à Hemmingen. H parait que ce ne fut qu'une affaire d'avant-poste, car il maintint sa position. Vkumanité teuU, dit-il dans son rapport, le détermina, lell.àse retirer sur Ulm. Hais les Français publièrent la relation d'une attaque faite par le général Lecourbe avec l'aile droite, attaque qui coâta encore beaucoup de monde aux Anlrichiens, en morts et en prisonniers. Enfin, legéuéral Kray atteignit Ulm, où il espérait se refaire des fatigues d'une retraite aussi précipitée.
C'est à Ulm que noua retrouvons tout d'un coup le corps du général Starray. Pendant tous les événements militaires que nous venons de décrire, il semble être resté inactif sur la rive gauche du Danube. 11 la conserva pr^d'Ulm, et Kray resta sur la rive.droite.
Le quartier général était entre Ulm et Guntzbpurg, et l'armée impériale était conséquemment à cheval sur le Danube. C'était une position impossible à conserver, dus l'instant où l'ennemi se montrerait sur l'un de ses Oancs, particulièrement sur le gauche.
Quand le général Kray abandonna Mcmmingen , c'était vers le Tyrol qu'il aurait dA se diriger, par Kempten, en remontant l'Iller. Il s'y faisait suivre par l'aile gauche et une partie du cenlre, tandis que la droite se postait sous Ulm, et que le corps de Starray remontait le Danube jusqu'à Siegmaringen ponr menacer les derrières de l'armée française.
11 est digne d'observation que, dans presque toutes les manœuvres stratégiques, il est seulement nécessaire de se partager en trois corps, c'est-à-dire, qu'il y a communément trois )K)ints qu'il faut occuper , et rarement davantage. Mais le talent d'un chef est de savoir déterminer ces trois points essentiels : chacun d'eux peut ensuite se couvrir par de petits détachements.
Dans le cas dont il s'agit , les Autrichiens ne pouvaient donc mieux faire que de se partager en trois corps. Leur opération à Memmingen aurait consisté en un déploiement du centre, pendant que l'aile gauche, qui devait être la plus forte de beaucoup, se serait dirigée au sud vers Kempten , et la droite au nord vers Ulm, toutes deux couvertes par l'Iller. ParU, les Impériaux mettant à découvert la Souabe orientale et la Bavière, semblaient en ouvrir les chemins aux Français, si ceux-ci étaient assez inconsidérés pour donner dans le piège.
On ne peut se dissimuler , du moins , qu'ils n'eussent été fort surpris à la vue de celte opération nouvelle. Leur indécision sur la marche qu'ils avaient à suivre pouvait les tenir quelque temps dans l'inactivité. Le principe des retraites excentriques, dans la stratégie, n'étant point encore connu, n'ayant jamais été mis à exécution, les Autrichiens y trouvaient des ressources incalculables. Je renvoie à mon premier ouvrage, oîi je crois avoir exposé des idées tout à fait neuves sur ce système (i).
{\) EtprildutytthneiegMvrrfmodtmt.i" part..
dbyGoot^lc
La Diarcbedansle Tyrol était imnuaquableiMDl suivie des plus heureux r&ultaU. Ce pays, eL celui des Grisous, éUnl occupés par des forces respectables, l'armée de réserve oe pouvait, même partieUenent, se hasarder à passer en Italie, de peur que les Impériaux ne fissent derrière elle la conquête de la Suisse. Elle se trouvait, dans ce cas , entre deux feux : pendant que le général Hélas lui faisait léle , Kray lui enlevait ses magasins, et lui coupait sa communication avec la France.
Cette année de réserve n'avait donc plus d'autre parti à prendre que d'attaquer le Tyrol, pour prévenir l'ennemi. Mais, dans toutes les hypothèses, les Impépiaux conservaient l'Italie, s'ils eussent perdu l' Allemagne. Encore, est-il peu probable que les Français se fussent maiolenus dans cette dernière contrée, quand on considère que le Tyrol , cet inexpugnable bastion de mootagnes et de rochers , garni de troupes suffisantes , prot^e à" la fois la Bavière et tme partie de la Lombardie.
Loin de se porter en Tyrol , le général Kray prit la route opposée, et alla se retrancher sous Ulm. Uoreau fit passer le Danube à sa gauche, soit pour déterminer les Autrichiens k évacuer la rive droite, en menaçant leur flanc droit, soit pour forcer à la retraite les deux parties de leur armée, que séparait le fleuve, et investir la forteresse.
En même temps, Horeau s'occupa aussi activement d'inquiéter le flanc gauche de l'armée impériale, considérablement accrue par des renforts successifs. Dès le ii, un corps français entra à Babenhausen , et se trouva par là sur la gauche et à dos de l'ennemi, situé derrière riller. Cependant les Autrichiens s'étaient fonnés en demi-c«icle, entre l'iller et une rivière qui se jette dans le Danube au-dessous de Guntibourg. Les deux extrémités de ce singulier demi-cercle s'appuyaient au Danube, et le quartier général en occupait à peu près le centre à Guntzbour^. Horeau , en s'étcndaut vers Hindelheim, et menaçant continuellement la gaudie des Impériaux, qui se loouvaient toujours parallèlement à lui , les avait amenés i, prendre cette forme.
Le 19, il fit attaquer leurs avant-postes, probablement pour détourner leur attention de ce qu'il méditait sur la rive gauche du Danube. Cette attaque s'exécuta entre l'IUer et
la Gunti ; mais le général hongrois Giulay la repoussa vivement jusqu'à Babenhausen.
L'expédition des Français sur la rive gaucbe ne fut pas plus heureuse. Le corps du prince de Hohenlohe, venant des environs de Hanheim, d'où il s'était retiré jusqu'à Canslat, voulait se rejoindre a la droite des Autrichiens, sous les ordres du général Starray. La division Legrand, de l'aile gauche française, tenta de l'en empêcher et de la couperd'Uln; mais la cavalerie de Starray tomba brusquonent sur elle, et la rompit. Immédiatement, toute l'aile droite dn Antricbiens. conduite par Starray, Nauendorf et l'archiduc Ferdinand, attaqna la gauche des Français dans le Blautkal,' et prélendit l'avoir repoussée jusqu'à Eriiacb. Hais nous voyons que les Français firent défiler leurs troupes par Blaubeuren, dans la nuit du 19 au SO , et que ce n'est que le SI , au soir, qu'ils repassèrent tranquillement le Danube à Erbach , deux lieues au-dessus d'Ulm : ils rompirent le pont et firent occuper ce poste. .Le 2S, l'archiduc Ferdinand fait rétablir le pont d'Erbach , sous le feu de l'ennemi , à ce que disent les rapports autrichiens , et U passe le Danube. Il s'empare du village de Dolmesingen; mais les Français, bientôt renforcés, reviennent sur lui , délogent les Impériaux du village par une grêle d'obus, et les rejettent an delà du Danube. 11 y eut, à cette occasion, une perte atsex considérable de |>art et d'antre.
Les Français avaient alors totalement abandonné la rive gauche du Danube; ils s'appuyaient sur la rive droite. Leur centre était posté à Hemmingen , et leur droite à Mindc^ heim : celle-ci détacha, sur Schwalmauncben, un corps qui avait Augabou^ pour (d>j«t.
L'expédition sur la rive gauche dn Danube se terminant ici, je me permettrai de la soumettre à quelques observations. Le général Horeau ne pouvait-il pas en tenter une fias importanteT Je veux dire l'attaque du Tyrol. L'extrême faiblesse du prince de Reuss donnait l'espoir le mieux fondé du succès, et il serait superflu de retracer ici les avantages incalculables qu'assurait ta possession du Tynd. Sa conquête mettait la monardiie autrichicanc aux abois.
La position du général Horeau, telle qu'elle est décrite plus haut, couvrait parfaitement cette expédition, qui, déplus, était en har-
DE LA CAHPMafE DE 1800.
moDiedirecleaTecccUedeBCMiapirlflm Italie.
Les Français avaient, d'ailleurs, la faeiHlé de faire une diversion en Bariëre , par Augsboui^, comme ils le firent par la snite. Celle diversion était d^à sufBsante ponr débusquer les Autrichiens de lear position sous lUm, sans qu'il fût nécessaire de détacher un corpa au delà du Dsonbe. Elle avait encore le précieux avanlaf^ de consunier moins de temps; la peur d'Atre coupés déterminait , sans nul doute, les Impériaux i se rapprocher en hite de l'Aulriche.
En général, il est toujours extrêmement dangereux de détacher on corps an delà d'un grand fleuve, à moins que la foihtesse de rennemî ne vous donne la certitude de le battre complètement, si vona le rencontrez.
Le général Vandarame fut détaché avec 10,000 hommes , de Hindelheim sur Au(;shourg. Les Autrichiens étaient post^ eatre l'Iller et la Kammlach; mais ils étaient très-resserrés vers le Danobe ; et ne possédaient [dus qu'une tangue de terre trës-étroile sur la rive draile, par suite dn combat qui avait en lieu , le i6, à Nersiagen, près du fleuve.
Pourquoi donc les Impériaui, d'après leurs propres rapports , plus forts en nombre que les Français, n'entreprenaient-ils rien sur les derrières de lenr ennemi? On parla beaocoup de prendre Horeau à dos, quand il s'étendit vers la Bavière, par Hindelheim et Ai^sbourg, mais nulle de ces menaces u'eùl d'effet.
Et cependant, que l'on examine ce qne pouvait faire l'armée autrichienne, sans passer sur la rive gauche du Danube. Entre l'Iller et la Kammlach, ses avant-postes s'engageaient cbandenenl avecceuxdesFrançais, de manière I les disposer à une atlaqne générale de front; pendant ce temps, le gros de l'arméese portait rapidement à droite , masqué par ce combat d'avant-pontes, et il allait prendre une position derrière l'Iller, c'est-à-dire, sur la rive gauche on occidentale de celle rivière : c'était préparer la ruine totale de l'armée française. En effet, elle avait à dos le Tyrol, occupé par le prince de Reuss; à sa gauche, la grande armée autrichienne derrière l'Iller; en fh>nt, le corps posté sous Utm; la Bavière seule lui restait ouverte , mais plus elle s'y serait enfoncée , plus elle se serait interdit tout espoir de salut. '
An lieu de cette grande et dédsive mesure, les Impériaux se contentèrent de harceler les Français dans la Sonabe méridionde , par des partis volants. Un de leurs ofllciers, le comte de Walmoden , se distingua particulièrenienl par plusieurs coups , aussi bien combinés qu'exécutés. Dans une reconnaissance, entreprise par les Français sur la gauche des Autrichiens, le général Giulay fit agir ses hussards avec une précision si rare, qu'en peu d'instants il obtint le succès le plus marqué.
Ces actions partielles prouvent quel avantage on pourrait plus souvent retirer de ses troupes à cheval, si on savait les employer i propos. Parmi les personnes les plus obstinées i nier la supériorité de la cavalerie, se trouvent ordinairement des officiers de cette arme même. On s'en étonnerait davantage, si l'on ne considérait , que la plupart des hommes ne veulent point que l'on exige trop d'eux , et désirent paraître avoir foit plus que leur devoir ne leur («immandaiL
Cependant, Moreau, par ordre de son gouvernement, ayant détaché 90,000 hommes de son année, pour renforcer celle d'Italie, les Autrichiens se persuadèrent qu'il allait être rédnit à la défensive; et ce fut dans ce moment qu'il médita son entreprise sur Angibonrg et la Bavière.
Son aile gauche était à Blberach, un anire corps à Hegebach; et un Iroîsitoie plus fort à Uleraicheim, dont les avant-postes s'étendaient jusqu'à Illerdissen et Wlblhigen, en tirant dn cAté d'Ulm. Ces corps étaient commandés par les généraux Saint-Cyr et Sainle-Suzanne.
Horeau était, avec l'aile droite, à Memmingen et Babenhausen. Journellement il occupait l'attention de l'ennemi par de légères escarmouches. La nature dn pays, sans cesse coupé par des bois et des rivières, donnait un avantage constant au soldat français, toujours plus agile que Fallemand. Enfin , le 3B mai , Moreau s'empara d'Angsbourg, pendant qu'noe autre partie de ses troupes passait le Lech à LandsbcT^. On ne contestera pins désormais la nécessité de fortifier ces deux places, si l'on veut défendre la Bavière.
Il est évident que le général Moreau se détermina à cette diversion par deux moli&, qui font également honneur à sa grande sagacité. D'abord, il voulait bire contribuer la riche
ville d'Augsbourgt où il trouva en effet des ressources de toute espèce. En second lien, il désirait sonder les intentions de Kray. Il était possible qu'une diversion en Bavière lui fit quitter sa position d'Ulm, soit pour se porter sous Ingobtadt, soit pour défendre l'Inn ou riser, en front. C'est pourquoi le parti français qui passa le Lecb, de même que celui qui occupa Augsbourg, n'était que peu fort en nombre.
Cependant, le général Heerfeldt, détaché de l'aile gauche de l'armée autrichienne, s'avança de Hain.prèsle Danube, et parut devant Augsbourg. Mais ce fut beaucoup moins la crainto qu'il inspirait, que l'immobilitë de Kraydans son camp d'Ulm, qui décida Horeau à rappeler ses détachements près de lui.
On doit rendre justice à la résolution de Kray dans ces circonstances. H comblait tous les vœux de son ennemi s'il eût abandonné Ulm : il y resta, el fit mieux encore, en attaquant vigoureusement la gauche des Français.
Il est à remarquer que ceux-ci étaient probablement avertis de ce projet d'attaque, puisqu'elle n'eût lieu que le S juin, et que, dès le 3, au soir, la garnison d'Augsbourg, et le corps détaché en avant du Lech, commencèrent à reprendre la route de Memmingen.
Le général Kray lit avancer son armée sur plusieurs colonnes, ou plutâl en plusieurs corps, parce quels grande extension de sa ligna ne permettait pas que ce fût autrement. Il se mit eu marche le i, et attaqua, le 3.
Les corps de la droite se portèrent sur Biberach et Ochsenhausen, puis sur Illeraicheim, oii eut lieu le plus fort du combat. C'éUit une ' chaîne d'affaires de postes dans un terrain boisé et coupé d'une étendue de plusieurs lieues : par cela même , le résultat ne pouvait pas en être décisif.
11 ne peut l'être, en pareilles circonstances, que lorsqu'un des corps d'une aile de l'ennemi essuie une déroute totale. On peut alors prendre le reste de la ligne en flanc, et la couper de sa base, ou, du moins, rejeter l'aile battue sur l'autre , et renverser toutes les positions de l'ennemi; car, quand on est sur son flanc, il est facile de s'étendre assez pour le prendre à dos.
11 fallait donc, ici, que le général Kray, pendant qu'il occupait les autres postes de la
ligne française, portit la miyeure partie de ses forces contre Biherach; qu'il fit les plus grands efforts pour en débusquer l'ennemi; que de là il s'avançit sur Ochsenhausen, el qu'il y tombât sur le flanc et les derrières des Français, tandis que leur front était occupé; mais il fallait aussi porter par Hunchroth une autre division sur Memmingen, afin d'enip^ cher le général Moreau de se déployer sur le flanc droit du corps qui combattait à Ocbseahausen.
Ensuite, toute l'aile droite de l'année de Kray prenait une poùtioa le long de l'iiler, pendant qu'un corps passait cette rivière plus haut, «lire Memmingen et Kempte». Alors l'année française se trouvait encore tournée sur sa gauche; elle était obligée d'aller prendre une position parallèle derrière la Gunti, ou quelqu'autre rivière : en ud mot, elle était perdue , ou du moins n'avait plus de moyens de salut que dans une résolution désespéra-
Mais, dans l'attaque dMit il s'agit, les succès furent balancés : la droite des Au^icbieos repoussa la gauche des Français, et, pendint ce temps, la droite des Français battait le général Starray.
Cela devait être, puisque c'était àleurdroite que les deux armées avaient réuni la majeure partie de leurs forces, et que, danslenouveiu système de guerre, le plus grand niunhreikit toujours à la fin décider du succès (i).
Le général Kray retourna, le 37, daussoD camp sous Ulra; s'il ne fut pas battu, du moins ne retira-(-il aucun fruit de cette vaste opération, combinée et exécutée avec tant d'appareil.
Le 6, les généraux Meerfeldt et Lîchlenstein avaient surpris un corps français dius Schwabmunchen : paraissant tout à coup ta deux endroits opposés, presque touLcequine fut pas lue, en défendant ce bourg, tombi entre leurs mains. Cette expédition devait d'autant moins être passée sous silence , daos l'histoire de cette campagne, qu'outre l'eitréme habileté avec laquelle elle fut conduite, elle sert encore à démontrer les avantages que l'on peut retirer, à tout instant, de la petite guerre.
(i) Vojei VEipril du tystéme de gwrrr modinu. n'part., sect. i".
DE lA CAMPAGNE DE 1800.
Le général Horenu avait déaomais acquis la conviction, que de simples excnnions en Bavière ne déterinineraieDt point Krsy à quitter sa position d'Ulm : de plus, il s'était assuré, par l'épreuve qu'il avait faite, qu'il n'avaitpointà redouter une forte et audacieuse diversion sur ses derrières. Il avait la mesure du talent de son adversaire, etilformaaussitàt un. des plus grands, un des plus admirables plans, dont l'histoire des gueires modernes fasse mention.
Ce plan ne consistait en rien moins qu'à passer le Danube entre Ulm et l'emboucbure du Lech, pour séparer le général Kray de ses magasina à Donawerlh et Ratisbonne , et enfin pour le couper de sa base, en l'isolant dé Vienne et de l'Autriclie.
Par ce moyen , le général Kray, qui n'avait point pris garde aux manœuvres du général Lecourbe sur le Lech, se voyait absolument forcé d'abandonner Ulm. Cette importante place d'armes devenait la proie des Français, et les rendait maîtres du Danube.
Hais ce vaste mouvement exigeait deux opérations préparatoires , pour pouvoir s'exécuter avec silreté. D'abord , i! fallait le masquer par un corps qui restât devant Ulm , et c'est à quoi Horeau destina ce qu'il appelait sa réserve. En second lieu, il fallait chasser du Lech les corps autrichiens de Meerfeldt et autres, ainsi que les Bavarois, postés sur celle rivière. La prudence ne permettait pas qu'on se les laissât à dos pendant le passage du Danube.
Eu conséquence, les Français passèrent le Lech, le 12 juin, en trois divisions, par Friedberg, Schoeogau et Landsberg. Les détachements impériaux qui occupaient les avenues d'Angsbourg, après quelques escarmouches, furent contraints à se replier. Les troupes bavaroises étant également repoussées à Landsberget Friedberg, les Français entrèrent de nouveau k Augshourg.
Le général Meerfeldt prit alors la position d'Aicha en Bavière, pour y attendre le corps deSlarray , et d'autres renforts que Kray voulait lui envoyer d'Ulm.
La colonne du centre des Français, commandée par le général Lecourbe , s'avança eu Bavière , par Euratsbourg. La plus forte division avait passé le Lech à Scboengau , et marchait sur Reitenbuch. Probablement cette
colonne, à cause du voisinage du Tyrol, était la plus considérable, comme destinée à protéger le flanc droit des autres , si de ce paya le prince de Rensseût voulu tenter une divei-sion. Hais il se retira, au contraire, devant le général Lecourbe, dans la Bavière méridionale. Il est hors de doute qu'il eût pu tirer infiniment plus de parti de ses troupes, si, du Tyrol, il se fût porté, par Kempten, i dos des Français.
Le général Moreau laissa, quelques jours, son armée dans ses positions sur le Lech et la rive droite du Danube ; seulement il se transporta lui-raéme de Memmingen dans un village plus près d'Ulm, sur la rive droite de l'Iller. Il fit alors rapprocher son armée de cette forteresse, pour occuper davantage l'attention des Autrichiens, et lenr cacher ses projets ultérieurs.
La cause de cette inactivité, pendant six on sept jours, semble être encore une épreuve de la part de Moreau, pour achever de sonder les dispositions de son ennemi. L'immobilité constante des Autricbiens ne laissa plus de doutes sur la possibilité d'entreprendre, sans péri), le passage du Danube au-dessous d'Ulm, Il était très>probable que Kray commettrait la faute capitale d'abandonner Ulm, et de se retirer à l'est, de peur d'être coupé ; par lii , il donnait l'ouest il ses ennemis, sans nécessité.
Le 18 juin vit faire les premiers pas pour l'exécnlion Je cette grande entreprise. Quatrevingts Français passèrent le Danube à la nage avec leurs armes, s'emparèrent des villages de Grembhein et de Blindheim, et de quelques pièces de canon. Les sapeurs et pontonniers, qui étaient passés sur des échelles appuyées sur les débris d'un pont, le rétablirent sous le feu de l'ennemi. Alors l'armée suivit, et gagna la rive gauche.
Il parait que les Français passèrent aussi non loin de Doaawerth, à Munster et à Erlii^idiofen, sur des ponts que les Autridiiens avaient rompus, mais qu'ils rétablirent comme celui de Blindheim.
Je remarquerai encore, à cette occasion, que les demi-mesures sont toujours les plus funestes. Les Autrichiens devaient, ou rompre et détruire totalement ces ponts, ou les laisser entiers ; dans le premier cas, pour empêcher le passage des Français; dans le second , pour
dbyG(K:)t^[c
Z9i HIST
pMBer eux-mêmes, Ri les circoosUliceB l'eugeaient.
Dès le 10, il B'engsgea de Doovelle§ actions, I»iBcipaleiiient avec ud corps situé près de Donavrerth ; il étai t trop faible , il fut presqu'eDtiërement déLniîL Les tirailleurs français, eu celte occurrence, comme i»«sque dans tontes, décidèrent le succès.
Un combat plus sérieux Belîvra près d'HochS' lett, lieu célèbre pour les Français, qui fut témoin de leur victoire en 170S et de leur défaite en 170^. Lea Aulrichiens, n'ayant que des corps détacbés aux endroits les plus importants, tels que Donaweftb , Hochstett, DiUingea, LaviDgen, etétant disposés par bouquets, furent promptement entamés et dispersés. Les Français occupèrent Donawerth, le 20, et la fameuse position du Schellenbei^.
Le même jour, le général Kray se mit en marche d'Uim, avec 95 bataillons et une nombreuse cavalerie, après avoir laissé une garnison dans la place. Il se porta, en bile, vers la rivière de Brentz, par Albeck et Langenau. Il parut se diriger sur le corps français qui avait pris pied sur la rive gaucbe du Danube, et qui se moulait déjà à 50,000 hommes. On s'attendait i une bataille : il ne se passa rien.
Les Français avaient poussé de petits détachements dans les environs de Nordlingen; le 23, ib forent contraints de se replier.
A mesure que les Autrichiens se retiraient 1 l'est, leurs ennemis occupaient les endroits qu'ils évacuaient. Dès le 34, les Français étaient en possession de Giengen,Heidenheim, du Brenizthal, d'Aalen, Esslingen, Gemund et Geislingen.
Au-dessus d'Ulm, également, ils avaient passé le Danube à Erbach , et s'étaient portés vers Blaubeureo. Alors, Ulm se tronva investi.
Le 36, le général Kray avait son quartier général à Monheim, dans la principauté de Neubourg, et Horeau à Néresheim. Il y avait eu, le %4, de légères actions pour se disputer rAltmuhl, petite rivière qui coule de Pappenheim à Aichstet, avec de fréquents détours. On se canonila pendant une grande heure , puis survint l'ordre de cesser le feu, ce qui fit ooire à la conclusion d'un armistice , en conséquence de la convention de Harengo.
On voit que Kray avait fait tout ce que Horeau .pouvait souhaiter, et tout ce qu'il avait
prtfra t en se partant d'Uln dans la principauté de Neubourg et 1« haut PaMinat.
Haînlenant, examinons ce qu'aurait pu fa ire, ft sa plate , on général totalement indépendant du conseil aolique. 11 marcha au nord, c'était au sud qu'il bllait marcher. J'ai la satisfaction de me renconlrer ici avec le général Horeau Ini-mème; voici la substance de son rapporta Bonaparte :
c Voyant qae Tannée antrichîenne était ïnét branlable dans son camp d'Ulm, foù eUe 1 pouvait détacher, tur le» 4nx rivet du Da-
> nube, et nous empêcher par conséquent de I faire aucuns progrès essentiels en Alleraa- » gne; ne voulant point engager d'action i ■ Sfoit^reR, dans la crainte que l'ennemi ite
> profilât de mes mouvemenu, pour te porta 1 tttr!iemmngen,^o«mriMecomm.rmù:ati&m I avee U Tgrot et envoyer un eOrpi en IttUie,
> je me déterminerai k faire manœuvrer le gé- I nà^l Lecourbe sur le Lech , espérant par là
> forcer le général Kray à conrir an secoun dé
> la Bavière; mais il ne le fit pas, et nous
> man<envraàdos, etc. *
Par cette manoeuvre à dos, le général Horeau entend l'attaque du 5 juin , dont nous avons rendu le compte le plus détaillé.
L'opinion de Horeau jette encore un nonveaa jour sur l'extrême importance dont était le Tyrol, dans cette campagne. Pourquoi donc le général Kray, s'en éloignant sans cesse , abandoone-t-il Ûlm et toute la Sonabe , après le passage du Danube par Horeau, pour aller, dans le haut Palatînat , se mettre en liaison directe avec l'Autriche et la BohémeT
Loin d'y avoir été contraints par le mouvement de Vannée française, je soutiens que les Autrichiens pouvaient en retirer les ^m grands avantages.
Ce n'est pas, toutefois, que Horeau, à mea yeux, ait commis une fante en se hasardant au delà du Danube. Il savait quels étaient se« adversaires, et la connaissance des hommes n'est pas moins utUe, à la guerre, que celle des choses. II est des cas où l'on peut , où l'on doit franchir les bornes de la prudence.
Considérons ici les faits en eux-mêmes. Moraau n'avait point une base suIBsante ponr tenter, sans dangers, une manoeuvre aussi hardie. Resserré entre le Tyrol et le Danube, son sR^f objectif n'avait pas 90 degrés ; conséqtmnmcnt
DE lA CAMPAGNE DE 1600.
il devait âlra bcîla de le aépirer de sa baie (i) . C'est k quoi auraient dû tendre tous les efforts des Impëriaui.
Quant i eux, ik n'avaienl point à redoater de perdre leur base , quand marne Horeau se fût place entre eux et le chemin direct de l'Autriche. Ils pouvaient toujours, pitr un l^^r mouvement, appuyer une de leurs ailes sur leur base, soit au nord sur le Danube, soit an midi sur le Tyrol.
Le 30 juin , on même plus tard , le général Kra; devait s'éloigner d'Ulm , pour attirer de plus eu plus les Français sur la rive gauche du Danube. Il lui importait peu de conserver de ce cdté sa communication avec les magasins situés derrière lui, puisqu'il la retrouvait toojours par le Tyrol.
Après avoir rassemblé toutes ses forces sur la rive gauche du Danube, il se mettait en mouvement. La marche de ces différents corps vers Ulm , pouvant donner des soupçons au g6> néral français, il était important de la cacher le plus possible : il fallait donc qu'elle eût lieu U nuit.
Ces corps seraient arrivés au point du jour devant Ulm ; ils en pouvaient former ta garnison. Si leur nombre était plus que suffisaot, l'excédant rejoignait la grande armée.
le la suppose partie dès la veille an soir : elle passait le Danube pendant la nuit, et, dès le matid , elle tombait sur les Français avec des forces coDceotrées et supérieures.
Le général autrichien prenait lur-le-champ une position déterminée, d'où il pAl se porter à volonté où le besoin l'aurait exigé. Car, poursuivre les différenls corps français dispersés, pouvait donner le temps à Horeau de repasser le Danube, et de rouvrir sa communication.
Quel devait donc élre l'objet des Impériaux, ou le point sur lequel ils devaient diriger leur marche? ËtaiUce à l'est ou à l'ouest de l'IllerT C'est ce que nous allons examiner.
Le général Kray pouvait attaquer brusquement sur la rive droite ou orientale de l'iller, ta partie de l'armée française qui n'avait point passé le Danube, et l'accabler par une énorme supériorité de forces.
Hais il pouvait aussi remonter la rive gau-
(i) Etprit da iyttèm» dt gturrt wiodtnu , i" part.,
Met. II.
che de Tlller, passer cette rivière, et |H«iidre poste k Hemmingen. Par cette manœuvre, il coupait totalement aux Français leur communication avec leur base sur la rive droite du Danube : ils la conservaient sur la gauche, c'est-à-dire, avec le Rhin, depuis Strasbourg jusqu'à Hayence ; mais leurs magasins n'étaient point dans cette partie.
Le général Kray avait d'autant plus de motife pour aller s'emparer de cette excellente position de Memmingen , que , dàt le succès ne point répondre à son attente, il ne se compromettait que très-faiblement.
Horeau pouvait, d'abord, remonlant la rive gauche du Danube, où il était avec la meilleure partie de son armée , marcher vers Ulm , et assiéger celte place; mais ce siège était impraticable , tant qu'elle n'était pas investie sur les deuxrives, et, de sa position de Memmingen, Kray y mettait un olMtacle direct. En se par^ tageaut, et mettant le fleuve entre les deux divisions de leur armée, les Français s'mgageaient dans la situation la plus pilleuse.
Qu'on De me dise pas que, de même qu'ils étalmil, précédemment, maîtres de la rive droite jusqu'au confluent du Lecb et plus bas, ils le seraient devenus de la gau<Ae jusqu'à Ingolstadt, et que, par conséquent, leur communication avec leur base, c'est^-dire, avec le Rhin et ses places fortes, leur restant toujours ouverte par Tubingen et Stotlgard , leur situation se trouvait encore la même, puisqu'ils n'auraient fait que changer de rive avec les Autrichiens. 11 me sera facile de prouver qoe les choses prenaient, alors, un aspect tout différent.
Par suite de la position de Kray à Memmingen, Horeau perdait sa communication avec la Suisse, conséquemment avec l'Italie et l'armée de Bonaparte : car le général autrichien , par une légère marche de fianc, pouvait facilement se placer entre la Suisse et l'amiée française, qui pitt occupé alors la rive gauche du Danube. 11 n'y avait point assez de troupes en Suisse, pour que l'on pAt redouter une diversion à dos de leur part.
Bien plus, de sa position de Memmingen, le général Kray pouvait envoyer un gros corps dans le Tyrol, et de là il était le maître de se pcH-ter, à volonté, sur l'Italie ou sur la Suisse. La conquête de ce dernier pays lui était assu-
rée par deux colonnes, doot la première pénétrait par Coire, Claris , Schwitz et Luceme.et la seconde par Feldkirch , Appenzell et Zurich.
La position de^ lnipériau]L à Memmingen devait nécessairemeul avoir de si funestes résultats pour Moreau , qu'il aurait indubitablement tout tenté pour la leur faire quitter. Tout Tait croire que, loin de rester sur la rive gauche du Danube, il aurait rassemblé toutes ses forces pour tomber avec fureur sur le général Kray. Celui-ci était-il battu , il avait toujours une retraite libre en Tyrol, où il ne cessait pas d'inquiéter singulièrement le général Horeau. Aidé des milices du pays, il lui devenait trèsfacile de s'y défendre : sa marche s'effectuait en toute sûreté par Keniplen, en remontant nUer.
La défaite de Kray à Hemmingen ne pouvait donc point avoir les suites désastreuses qu'ont eues ses revers subséquents ou ceux de ses successeurs. Moreau , quoique vainqueur, était contraint d'évacuer la Bavière et la Souabe orientale, pendant le reste de cette campagne; il ne pouvait, en aucune façon, laisser l'armée du l'yrol sur son flanc, et encore moins sur ses derrières. De plus, il se trouvait oUigé de veiller sur la Suisse, sans cesse menacée par le Tyrol.
Si Moreau eût attaqué les Autrichiens à Memmingen, il pouvait chercher à tourner leur flanc gauche, pour les séparer du Danube et d'Ulm; il pouvait, aolrement, s'attachera leur droite, pour la couper du Tyrol, ce qui valait encore mieux. PeuUètre aussi réussis- »aît-il à tourner les deux flancs , et , alors , la situation de Kray devenaitdes plus fâcheuses.
Cette manceuvre, pour laquelle le coup d'oeil de Moreau l'aurait vraisemblablement déterminé, n'est point d'une aussi diSicile exécution qv'on se l'imagine au premier examen. Il n'est pas mAme besoin d'une aussi grande supériorité dénombre, que des gens inexpérimentés le pourraient croire. 11 est aisé d'inquiéter le front de l'ennemi par de petits corps, principalement dans un terrain boisé et coupé, tandis que l'on manœuvre pour cerner ses flancs et lui intercepter la communication avec ses moyens de subsistance. Si son centre est rompu, le désordre fecilile encore plus l'opération projetée.
Le général Kray, dans l'hypothèse actuelle,
devait moins s'inquiéter de son flanc gaoche , suffisamment protégé par Ulm. Les Français ne pouvaient agir avec efficacité, dececâté, avant de s'être rendus maîtres de cette place, et un siège leur devenait impraticable dans la position où nous les supposons. Toute l'attention des Impériaux devait se porter sur i'eotretien de leur communication avec le Tyrol , d'où dépendait leur salut.
Le général Kray pouvait camper en avant de rillej* ou se retirer derrière cette rivière, et occuper seulement Memmingen par des avanir postes , ce qui eût mieux valu , à cause du danger qu'il y a d'avoir une rivière derrière soi, quand on est exposé i une aflaire gàiérale, oa, ce qui est bien pire, à une surprise.
Ce n'est pas que je pense que Kray aurait dû attendre l'attaque des Français dans une immobilité parfaite ; il aurait fallu , au' contraire, que, masqué par les troupes qu'il avait à Memmingen , il marchit par sa droite , pour tomber sur le flanc gauche des Français. Par là , il avait l'avantage de l'offensive , et se mettait hors de danger de perdre sa communîcatioa avec le Tyrol.
C'est près de l'abbaye d'Ottobenren, par exemple, qu'il aurait pu se porter sur la gaucbe de Horeau, qui avançait vers Memmingen. Si l'attaque ne réussissait pas, le Tyrol lui offrait un asile sûr ; si elle avdit le succès qu'il était permis d'en espérer, il n'y avait plus derelraile pour les Français. Pressés par l'armée victorieuse, le corps posté à Memmingen leur interdisait le passage de l'Iller et le retour vers le Rhin. Il fallait qu'alors le général Kray renouvelât ses attaques sans relâche.
Horeau aurait cherché probablement à se reporter sur la rive gauche du Danube. Hais avec combien de périls n'aurait-il point lenlé ce passage, ayant l'armée de Kray i dos, etlt corpsde Memmingen, qui aurait càloyé l'IQer, se montrant avant lui an delà du DanubeT
Il est difficile de dire ce qui serait arrivé, mais il est encore plus difficile de croire que cela fût arrivé.
Hais, quittons les suppositions, pour revenir aux événements réels. Nous avons laissa le général Kray, dans les derniers jours de juin, à Monheim, dans la principauté de Neubourg.
Le 24, il se remit en marche, passa le
Danube à peu de distance de Neubourg, Uisu une forte arrière-garde, et campa sur la rive droite, de façon que son aile droite était appuyée au fleuve, et que son armée faisait front vers le Lech.
Le 26, on corps français d'environ 12,000 hommes passa le Lech vis^i-vis Friedberg, pendant que le général Holibor occupait le prince de Reuss dans la Souabe supérieure. Ce corps français avait beaucoup de cavalerie. Il s'avança, dans la nuit, de plusieurs milles sur Uuoicb; i( élait commandé par le général Decaen. Le général Ueerfeldt se replia devant lui, et l'électeur de Bavière abandonna sa capitale.
Le général Kray occupant toujours les bords du Danube près de Neuboui^, plusieurs corps français , sous les ordres de Lecourbe , s'avancèr«nt de Donawertk contre les Aatnchiens, pour les rejeter sur Ingolstadt.
Le 33, il s'engagea une action, oix le général Hootrichard , avec l'avant- garde, attaqua trop précipitamment : le général Kray, qui coiamandait en personne, le repoussa avec perte.
Les ^néraux Lecourbe et Crandjean , étant survenus avec leurs divisions, rétablirent promptement la prépondérance , et culbutèrent les Autrichiens, quoique plus nombreux.
Ceux-^i, pendant la nuit, se retirèrent sur les deux rives du Di^nube jusqu'à Ingolstadt. Auparavant ils mirent le feu au pont de Neubourg.
Des environs d'Ulm , les Français envoyèrent des partis dans )e duché de Wurtemberg, où ils se firent de nouveaux moyens de continuer la guerre.
Le général Kray ne maintint qu'un seul jour sa position d'Ingoisladt. Le 39, il se porta sur b rive droite du Danube, vers Landshut sur l'Iser. Les Français prirent la même direction par Freisingen.
Le S7 , après une affaire fort chaude avec le général Meerfeldt, le général Decaen élait entré à Dacbau, et, le 28, à Munich, qne les Autrichiens avaient évacué sans résistance.
De ce mbment, toute l'armée française était campée sur les terres de Bavière. Q ne restait plus en Souabe que le sorpsqui bloquait Ulm, sous le général Richepanse.
On doit des éloges i la marche du général
Kray sur Landshut : elle le rapfwocliait dn Ty- roi, et le mettait à même de menacer le Batte droit des Français. En un mot, eUe était conforme an principe immuable que j'ai souvent rappelé, savoir, que les retraites doivent toujours être excentriques.
S'il avait pu maintenir cette position, Horeau trouvait desdifficullés presque insurmontables à pénétrer en Autriche.
Hais les Français pouvant, de Munich, détacher une colonne sur le flanc gauche des lmpé> riaux, ceux-ci se voyaient alors séparés du Tyrol, et forcés d'abandonner Landshut et toute autre position sur l'Iser.
Le général Kray devait donc tout tenter pour reprendre Munich; le plus expéditif était une attaque ou surprise des plus rapides, pendant que le général Decaen s'était déjà éloigné de cette place : il fallait aussi envoyer un gros détachement contre ce général, et Pattaquer vivement.
Les Autrichiens pouvaient, sans regret, abandonner le Danube 1 leurs ennemis; tout pn>< grès leur devenait impossible, tant que Kray occupait Landshut. En cas que fa reprise de Munich eût lieu , les règles de l'art exigeaient que les impériaux passassent immédiatement l'Iser avec toute leur armée, et détachassent une. forte colonne sur Augsbourg. Le flanc droit des Français se trouvait menacé; ils se voyaient en danger de perdra leur communication avec la Suisse et l'Italie.
Il est vrai que les vivres auraient pu mander, faute d'avoir établi dans le Tyrol des magasins sufiîsaats. C'était cependant leur véritable place, tant à cause de leur siîreté, que parce que ce pays devait être regardé comme le centre de toutes les opérations.
Il était facile de prévoir que le général Horeau cberoherait hientdt, par ses mancenfres, à déloger les Autrichiens des bords de l'Iser. Il lui suffisait pour ceb d'envoyer un corps sor l'Inn supérieur, vers Braunau.
Mais Kray, en se portant âgauche de Landshut sur l'Inn et le Tyrol , changeait la face des choses. Approvisionné par l'Autriche, il pouvait ensuite opérer, à volonté, vers l'Italie, la Suisse, ou l'Allemagne.
Le général Horeau Bt avancer son armée en différents corps, spécialement dans la Bavière méridioDale, où il manœuvra sur le flanc gaui9
dbyGoot^lc
che de Kray, et le conlnignh conséquemment ila retraile. Horeau, eo personne, resta en arrière avec la réserve, pour mieux diriger g« grand mouvement : c'était sa vraie place.
Sur ces enlrefaites, l'on vit sortir de Hayence un corps commandé par le général Sainte-Suzanne. Il s'engagea aussitôt une escarmouche avec les avant-postes mayençaisel autrîcbîeDS , sans aucun résiillal.
Les Allemands avaient une ligne retranchée sur la Nidda. Les Français l'attaquèrent le lendemain, et ayant pénétré par Bockenheim et Roedelsheim , la ligne se trouva coupée , et les Allemands se relirèreal vers Francfort. Les FrançaisinvesLireritcetle ville après le combat, et lui imposèrent une contribution , pour avoir donné passage aux troupes mayençaises.
11 y eut encore quelques actions dans celle partie, mais l'arrivée d'un courrier qui apporta, ,1e 17juillet,Unouvelled'an armistice, mit fin aux hostilités.
Le but de celte expédition de Hayence paraissait être de s'emparer de la Franconie , qui promettait une riche moisson de contributions. Sous ce rapport, elle était fort bien calculée, mais, sous ceux de la stratégie, il se présentait de grandes difficultés; D'ailleurs, ce corps était beaucoup trop faible; U ne passait point 8 à 9.000hommes. '
Il est très-facile de couper un ennemi qui se porte de Hayence à Francfort; mais il fandraif, pour cela, qnela ligne dedémarcation établie dans la guerre de la révolution , ne gènàt point les mouvements vers le nord.
Vers le sud, ou du côté du Hein, se présentent de plus grands obstacles. 11 faut passer cette rivière pour se mettre au dos de l'ennemi; opération trës-basardeuse, quand on n'a point la faculté de se retirer au nord dans les montagnes, et sur Koenigslein, en cas d'échec. Cette retraite était libre j lorsque Custines, en 1793, ébit sur la Mdda; il aurait dû être coupé , et n'a pu échapper que par une grande faute de son adversaire.
La dificulté de pénétrer de Mayence en Allemagne, provient de «e qu'il faut agirexcentriquement ; et, pour peu que l'ennemi entende son métier, il se montre bientôt sur les flancs et à dos.
Le détour que bit le Rhin à Hayence , en se jetant tout à coup i l'ouest, en est la cause.
En raison de cette courbe, l'ennemi se tronve maître de la circonférence.
Mais nous avons encore Prendre compte de quelques événements entre les deux grandes années , avant la conclusion de l'armistice.
Le 9 juillet, les Impériaux furent délogés de l^ndshut. L'archiduc Ferdinand plaça quelques bataillons en avant du pont, mais ils furent battus, en abandonnant des canons et des prisonniers.
La surprise de Donawerth par le comte de Nier, qui y prit la boulangerie 'de campagne des Français , et fit aussitôt détruire les retranchements qu'ils avaient élevés au Schellenberg, est encore une nouvelle preuve de l'utilité des partis volants.
Au lieu de se retirer de l'Iser sur Passau et le Danube, ce qui aurait ouvert l'Autrit^ie aux Français, le général Kray se dirigea vers les environs de Braunau , dans la Bavière méridionale : c'est ce qoe lui conseillait la prudence.
Le prince de Reuss, an commencement de juillet, fit quelques démonstrations du Tyrol, à dos de l'armée de Moreau, et les Français rcnvoyèi-ent aussitôt un corps sur le Lecb. Le général Lecourbe marcha, avec trots divisions, contre le prince de Reuss, qui, outre le corps de Condé, avait reçu des renforts considérâbles.
Le pas d'Ehrenberg près de Renti, Scbar^ nitz, et le passage de Kufotein, sont les seuls points par lesquels on puisse pénétrer an nord dans le Tyrol. Ces défilés étaient garûis de troupes et de chasseurs tyroliens , mais on n'était point sans inquiétude sur le passage de Feldkirch.
Le général Lecourbe , qui se dirigeait par Hemmingen sur le Tyrol et le Vorarlbei^ , se replia tout à coup vers Schoengau, surleLech. Il attaqua les Autrichiens i Reuti et Immenstadt', et les repoussa; il prit la résolution hardie de faire marcher un corps de troupes par la forêt do Bregents , ce que nul général n'avait osé tenter jusqu'alors. Par là, il coopait aux impériaux la retraite sur les montagnes de Montasun, et se donnait la faculté de les attaquer en même temps par la Suisse. Celte manœuvre, admirable dans tous ses mouvemienta, força les Autrichiens i évacuer précipitamment le pays des Grisons, dont les
FraoçiiGie tronvûent maîtres, ainsi que de Feldkirch.
Que l'OD jc^ maintenant combien une forte diversion du Tyrol eût été efficace contre les Français, puiatiu'une simide démonstration de ce cAté les détermina sur-le-champ à détacher un corps considérable. On a bien tort de considérer les diversions comme des opérations secondaires; il faut y employer la plus grande partie de ses forces, et leur succès est immanquable. '
Pourquoi le général Kray, rassemblant ses troupes derrière l'Inn , a' allait-il pas gagner le TyrolparBurkbausfltt,Di(manniDg,Traunslein, Marquarslein et Kufslein?
Ce mouvement aurait été masqué par une forte reconnaissance dans les environs de Landshut, où l'on aurait employé beauconpde cavalerie. Ce corps se repliait, après, derrière l'Inn , sur deux colonnes ; l'une vers Braonan , l'autre vers Alt-Oeliog.
Parvenue en Tyrol, je ne pense pas que l'armée impériale dût déboucher par KufslciD. H suffisait de garnir fortement ce défilé et celui de Schamilz, en continuant la marche. Alors, de Reuti, ou du pas d'Ehrenborg, les Autrichiens descendaient en foi>ce sur la rive droite du Lech : en se tenant sur la rive gauche, ils couraient le risque d'être séparés de leur base l>ar les Français, c'est-à-dire, des trois pas de Reuti , Scfaarnitz et Kulslein. Il ne leur restait plus d'autre parti, en pareil cas, que de se porter en tonte hAte vers Ulin et le Danube, pour obtenir une nouvelle base; mais cela était-il praticable, ayant sans cesse à côtoyer l'armée française?
Pour couvrir la marche sur le Lech, il eAt été bien vu de faire déboucher un corps de Kubtein, puis un autre deScharnilz. L'ennemi les aurait considérés comme l'avant-garde des colonnes qui allaient s'avancer par ces défilés ; et, au moment oii il se serait porté contre eux, l'armée se montrait sur le Lech. Il fallait bien qu'alors les Français évacuassent la Bavière, suivis en flanc ou à dos par les corps que l'on aurait laissés à Braunau et Alt<Oeling.
Plus j'examine cette mauceuvre , plus l'effet m'en semble infaillible. Les Français se trouvaient cernés dans un demi-cercle de corps, correspondant tous entre eux depuis Braunau jusqu'au pas d'Ehrenberg sur te Lech. Une
continuité de mouvements bien combinés les forçait également à abandonner la Souabe orientale : Uim se trouvait dégagé. Jedisplus, une autre opération rejetait les Français jusqu'au Rhin même.
J'entends ici une diversion en Suisse. Une colonne autrichienne se portait sur Bregentz , une autre sur Feldkirch, et de li sur Appenzel. Dès lors, les choses n'étaient plus égales des deux cdtés : les Autrichiens, eussent-ils été battus, avaient toujours une retraite certaine en Tyrol; mais si la Suisse tombait en lenr pouvoir, ils se trouvaient en mesure d'interdire aux Français le retour sur le Rhin.
La colonne de Bregentz couvrait celle d'Appenzel ; chacune de celles qui descendaient du nord du TyrnI, couvrait sa voisine. Celait un développement simultané de têtes de colonnes, qui se portaient de plus en plus à l'ouest : on avouera qu'il n'est pas possible de voir une plus belle manœuvre.
Examinons, en revanche, la poïùtion dans laquelle l'armistice trouva l'armée autrichien ne. ËUe n'était pas entièrementmauvaise; elleTcùt été, s'ils se fussent appuyés au Danube. Ils s'étaient placés entre ce fleuveet le Tyrol, cequi dénotait des vues beaucoup plus saines.
D'après un rapport de Kray, du 8 juillet, son armée campait près d'AmtGng. Le corps de réserve était à Haag, un détachement vers . Landshut, et un autre à Saal, devant Ratiabonne. Wasserbourg et Huhidorf étaient également occupés.
L'armée impériale se trouvait trop divisée par ces différentes positions. Celle de Ratiabonneétait inutile, puisqu'on ne pouvaitdéfendre cette ville. Je croîs quetroiscorps sur trois poinls divers, pouvant tout couvrir, il suffisait de ceux d'Alt-Oeting , Wasserbourg et Rosenbeim. Mais je suppose aussi que l'on eût tenté un coup hardi pour rentrer en possessitm de Munich; car, pour ne point fairela guerre défensive avec trop de désavantage , il faut se montrer quelquefois sur l'offensive.
Dans le cas d'une attaque trop vigoureuse do la part des Français, on gagnaîtle Tyrol, d'après le grand principe des retraites excentriques, c'est-à-dire, obliques, et jamais perpendiculaires ((}.
[i] Btpril dit tyttéme de gverrt modernt , i" part.,
La conveoLoB de Parsdorf, du 15 juillet, TÎnl tout à coup suspendre les opérations militaires. 11 n'esl pas hors de propos de retracer ici la ligne de démarcation qui fut tirée entre les deux armées, afin d'être en état de mieux soivre les événements subséquents.
Les Autrichiens restèrent sur la riregaiiche de la Nidda, la droite du Ifein et de la Rednitz, la gauche de l'Altmohl et du Danube, la droite de la Vils et de la Colpach. Leur ligne s'étendait alors, en remontant la rive droite du Lech , sur les limites du comté de Werdenfels.
L'armée française étendait ensuite sa droite des sources du Lech, à dos du Vorarlberg, la vallée de l'IU y comprise, )e long des frontières des CrisoDS, jusqu'à Chiavenne. Le haut et le bas Engadin restait aux Impériaux, ainsi que la vallée de Sainte-Marie vers la source de l'Adige : le pays des Grisons demeurait neutre.
Les forteresses d'Utm, Pfailisbourg, Wunbourget Ingoistadt, avec un circuit proportionné, conservaient garnison impériale, et devaient recevoir leur subsistance par des convois réglés.
Avant de me permettre des réflexions surcet armistice, et de passer aux grands événements qui avaient déjà en lieu en Italie, je dois encore soumettre à mes lecteurs quelques considérations sur cette première période de la campagne d'Allemagne.
On peut la diviser en deux parties : celle de Souabe et celle de Bavière; toutes deux portant ce caractère, qu'elles sont presque totalement stratégiques et fort peu tactiques (<).Je veux faire remarquer que le résultai en est beaucoup moins dik à des combats, qu'à des marches et mouvements.
Les combats furent presque tous décidés par une masse de forces prépondérantes, portées sur un point; on s'étudia toujours à se déborder, à se tourner réciproquement. C'est une suite nécessaire de la plus grande extension en plusieurs corps , et du développement de ces corps sur un front plus lai^.
Cette prodigieuse étendue, nécessitée par le soin de couvrir ses magasins, et par la force des années, plus nombreuses qu'autrefois,
(0 Esprit du lytthiu He gverre modmt, i' scet. X.
pari-.
rend extrêmement difficile de toomer le flanc de l'ennemi par des manœuvres de simple tactique. D'ailleurs, si l'on y parvient, la division de la ligne, en plusieurs positions, ne pCTmet pas de recaeîllir communément d'avantages décisib. Le plus souvent, le résultat de tous vos efi'orts est de battre une partie d'un corps , qnî, lui-même, n'est qu'une partie de l'ensemble.
Par exemple , 3 bataillons occnpent nne hauteur et 6 escadrons la plaine adjacente. A mille pas de là est un bois où l'on aura placé 3 antres bataillons, également appuyés par quelques escadrons , et ainsi de suite. Tout cela, cependant, est compté ponr une position. Le temps énorme qu'exigent les mantEuvres n^ cessaires pour toamer une ligne ainsi disposée sur phisieurs lieues d'étendue , donne presque toujours à l'ennemi celui decombiner ses mouvements sur tes vôtres, quand vous les exécutez à sa vue, c'est-à-dire, quand ce aoat des mouvements de tactique.
Voilà pourquoi, dans cette camp^ne, il ne s*est rien opéré de grand et d'important que par la stratégie. C'est elle qui a appris ï rassembler une force supérieure contre us corps de l'ennemi , -contre nn point de sa position , puis à fondre alors sur lui, à l'accalder sous le nombre, en le pressant à la fois sur son front et ses flancs.
Je prétends donc que la tactique, comme l'art de manœuvrer en présence de l'enn^ni , de tomber avec une masse prépondérante sur un point de sa ligne, pendant qu'avec un ncmbre moindre on contient le reste dans sa position , enfin , comme l'art de moltiplier ses forces, disparaîtra de plusen plus de la théorie de la guerre. La stratégie seule dirign^ tout, et les batailles ne seront plus que le résultai des masses et du nombre (i) .
Les combinaisons de la tactique sont présentement connues; elles ne peuvent réellement donner le change qu'à un ennemi frappé d'une cécité totale. Il est sans cesse en son pouvoir de déjouer vos projets par on contremouvement. Ce n'est que dans l'origine de ses conceptions , que la lactique a pu produire de grands eflels.
(«] Eiprit du tyilhnt âe guerre moderne, part, n , «cl. 1".
Elle oOIre peu de reasonrees contre un ïDcident regardé à la guerre comme le plus terrible de tooazc'estcelui où le centre éUnt eafoncé, les deux ailes se trouvent séparées l'une de l'autre. Je croîs avoir le premier mis au jour un principe applicable à ce sujet.
J'ai démontra l'utilité et l'excdleace des retraites eicentriqnes (i).
Si elles sont les meilleures , ou même les seules bonnes, pourquoi s'efirayer de voir enfoDcer son centre? L'excentricité n'en acquiert que plus d'aisance. Si l'ennemi s'avance , il v<His prèle ses flancs; bientôt vous vous trouvez sur ses derrières, vous interceptes ses moyens de subsistance , sa communication avec sa base (s).
Chez les anciens, l'attaque et la défaite du centre ont pu avoir d'heureux effets': encore voyons-nous ce qu'il en coilta aux Romains , pour avoir tenté cette manœuvre à la bataille de Cannes.
Ce principe de l'excentricilé , une fois bien compris et adopté , doit changer la face de la guerre. Jusqu'à cette époque , ayant l'apparence d'un paradoxe, comme tout ce qui ne tombe pas immédiatement sous le sens , il trouvera des antagonistes opiniâtres.
J'ai observé plus haut que les Français n'avaient jamais eu une base sutBsanle en Souabe, puisque leur angle objectif resta toujours au-
En effet, cette base n'était proprement que l'espace compris entre Bile et Strasbourg, au plus Landau, car la rive gauche ou septentrionale du Danube était au pouvoir des Au- Irîchiens.
Mais de Bàle i PfuUendort, c'éuit tonU autre chose : ils avaient au sud la Suisse pour base. Cest pourquoi j'ai déjà dît que les Impériaux n'auraient point dû songer à défendre la partie occidenlale de la Sonsbe, puisque les Français occupaient deux cdtés du quadrilatère.
On pourrait peut-être étendre l'avantage de
(i) Bipril du tytlène it guerre modenu, i" part..
la base assurée par la Suisse, jusqu'au mérn dien de Bregents. En effet, quoique le lac de Constance , du méridien de PTullendorf jusqu'à celui deBrcgentz , ne fasse point une base, il empêche cependant les opérations de l'ennemi , et l'espace occupé par les eaux est neutre pour les deux parties.
Hais le méridien de Br^enlz dépassé , les Français étaient menacés sur leurs deux flancs ; au sud , par le Tyrol et les Grisons , jusqu'au Rhin ; au nord , par le Danube , dont les Autrichiens possédaient encore la rive gauche.
Plus les Français s'avancèrent vers le Lech , plus ils s'éloignèrent de leur base , sans pouvoir s'en former une nouvelle. Leur angle objectif diminuait toujours, et le triangle, dans lequel ils opéraient offensivement , perdait progressivement de sa surface. L'angle qu'ils présentaient à leurs ennemis, en Bavière, était à peine de 60 degrés. Leur position était extrêmement critique; elle avait quelque ressemblance avec celle des armées coalisées en Champ^ne, en 179S. Celles-ci ne durent la faculté de se retirer qu'aux détestables dispositions de Dumouriez, en dépit de toutes les louanges qu'il se donna impudemment; et de même, malgré les grands talents de Moreau, on ne peut nier qu'il ne trouva des avantages réels dans l'inhabileté de ses adversaires. U en sut profiter, et c'est un art qui, chez les anciens comme chez les modernes , a manqué à la plupart des généraux.
Nous ne trouvons effectivement que trois points qui soient à l'abri de la censure, dans la conduite des Autrichiens pendant la campagne que nous venons de suivre.
Premièrement, leur retraite sur Ulm ; secondement, l'attaque de l'aile gauche des Français à Biberach , tandis qu'ils manœuvraient sur le Lech; enfin, leur retraite sar Landshut et foaunau , c'est-à-dire , derri^ l'Iser et l'Inn, au lieu du Danube.
U est temps de nous occuper de ce qui s'était passé en Italie.
(a) Btpritduij/Mwudi guerre modtnu,fêrt. i".