‹ Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en RussieChapitre 20 sur 86 · CINQUIÈME MÉMOIRE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME MÉMOIRE

SUR LE SYSTÈME GÊ06Ril«IIQUE , OU SUR LA PARTfG THËORIQUE DE LA STRATÉGIE.

La classiGcation d'ane science a toujours été la meilleure voie pour parvenir au vrai résul- ^t, dans le développement de ses différents éléments. Nous en avons vu Te Set salutaire, par ridée qui a porté le savant Malte-Brun à soumettre la géographie, qui n^aété autrefois qu^un •chaos de principes, au partage quMI a si bien conçu et si savamment excuté. En divisant cette science d'après les parties qui la composent, il lui a imprimé un caractère plus stable, en a facilité la connaissance, et a fait de la géographie qui,4(iCrefois, n'était à peu près qu'une science •de ihéiBoire, une étude de raisonnement. La classiGcation à laquelle je viens de soumettre ia stratégie, m'a paru rejaillir de la nature de ses éléments, dont les uns, basés sur la géographie militaire , possèdent un caractère aussi positif que les principes qui en sont la source ; tandis que les autres, étant influencés par plusieurs règles qui ne sont sujettes à aucun calcul exact, resteront toujours soumis à des anomalies qu'il n'est pas donné à l'homme de pouvoir fixer.

S'il est permis de dire que le système opéraci/* de la stratégie est une partie idéologique, je me garderai bien de porter la même sentence sur le système géographique. Ce serait vouloir acrédiler des sophismes qui doivent nécessairement faire tort à la science et en reculer les développements. Si la ridicule asser-

tion qui , autrefois , posait en principeque l'art militaire n'était fondé sur aucune règle stable, sur aucune théorie systématique, qui faisait supposer que les développements des principes de la science des hommes de guerre, étaient plutôt des épisodes de romans et par conséquent les fruits d'une imagination fantasque, a été partagée par un si grand nombre de militaires; de pareils sophismes, sans être pardonnables, s'expliquent du moins par Télat d'enfance dans lequel cette science a végété pendant si longtemps ; mais vouloir bouleverser maintenant des édifices aussi solidement établis que ceux qui ont été élevés par le général Jomini, Tarchiduc Charles et Valentini, ne serait ni l'œuvre d'un sage, ni le fruit d*une philosophie bien pensante.

Loin de partager une idée aussi spécieuse , j'ai cru que, pour mieux parvenir à donner i la stratégie un élan nouveau et salutaire, il fallait commencer par débrouiller le chaos de ses principes, les placer dans le vrai domaine auquel ils appartiennent, et fixer par là leur nature, leurs propriétés, leurs prérogatives, et la juste valeur qu'ils peuvent avoir dans la balance des méditations scientifiques.

Tai offert une partie de la stratégie sous la dénomination de système géographique, car je le compose d'éléments qui sont basés sur la géographie militaire. Ces éléments sont : l'examcD

DE LÀ STRATÉGIE

stratégique des frpntières; la division strate* giqoe du théâtre de la guerre, la base de Tapprovisionnement , les objets des opérations , les bases d'opérations; les ligues alimentaires et cdles d'opérations, et la limitation de l'écbiqaier stratégique. Je les ai qu^ifiés de partie théorique de la stratégie, et je ne crois pas que ce soit une dénomination usurpée. Quant à celle de système géographique y elle roe parait d'autant plus juste, que tous les principes sur lesquels reposent le caractère et les propriétés de ces différentes parties, sont basés sur la géographie militaire.

D'après Ténumération que je viens de faire des âéments du système géographique , il est aisé de se convaincre qu'ils sont tous d'une nature passive; mais la raison en est toute simple, c'est qu'ils appartiennent à une création inerte.

Le système géographique doit s'occuper à dé- Telopper la nature et les propriétés de tous ses âéfflents, afin de pouvoir les utiliser d'après les vertus intrinsèques qui leur sont tombées en i partage, au moment où les forces mobiles dei vront être mises en action. Les différentes parties d'un échiquier stratégique étant les plus i fermes appuis des opérations des armées, il est tout juste que leurs manœuvres n acquièrent de stabilité vraiment positive , que lorsque le terrain où elles opèrent est exploité, et ses propriétés reconnues, appréciées et utilisés d'après les avantages inhérents à leur nature. C'est cette appréciation qui nous guide plus tard daus le jugement que nous devons porter sur les propriétés et la configuration des frontières, dans le choix des lignes et des bases d'opéralions les plus avantageuses, dans la désignation des objets des opérations les plus importants, etc., de la conquête ou du maintien desquek dépend l'intégrité de l'échiquier où les années sont appelées à manoeuvrer.

La juste appréciation des différentes parties du système géographique est une condition expresse pour faire la guerre avec avantage et solidité. Cette appréciation doit être envisagée :

i . Sous le rapport matériel ou géographique;

Page 1