‹ Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en RussieChapitre 48 sur 86 · Celle qui, partant d'Eger, conduit parle défilé d'Adorf · texte numérisé non relu

Celle qui, partant d'Eger, conduit parle défilé d'Adorf

2. Celle qui , partant de Bayreuth, traverse le défilé de Hof ;

3. Celle qui, partant de Bamberg, va par Cronach et coupe la vallée de la Saale à Saalbuf g ;

4. Enfin celle qui , partant aussi de Bamberg, longe la Reidi par Coboui^ et passe par le défilé de Saalfeid.

Les pointa importants qu'on devait considérer comme les plus fermes appuis de la partie vulnérable des frontières, étaient donc: Adorf, qui défend le passage de l'Elster et ceux de Hof, Saalborget SaaUeld , qui ferment la vallée de U Saale. Ces points, au contraire, ne furent que faiblement occupés, et toute la masse des troupes prussiennes reçut pour direction pri* mitive la grande communication qui mène à Erfurt , afin de franchir la forêt de la Tburinge et de se porter sur Meinungen et Hildbourgs^ hausen. Chose bien inconcevable, le duc de Bronswick avait fait les dispositions nécessaires pour s'opposer à une attaque que les Françala pHivaient diriger contre le Iront des frontières, el avait perdu de vue qu'on pouvait les tourner par leur gauche.

Engagé dans cette fausse direction, qui dé^^ couvrait aux coups des ennemis les points lea plus vulnérables, le duc de Brunswick ayant reconnu les projets de Napoléon , ne fut plus en état de remédier aux grands maux que ses faux mouvements occasionnèrent : il avait perdu le temps et les distances. En vain s'efforça-t-il de corriger ses fautes en rassemUant l'armée à Erfurt, Gotha et Hochdorf, ce rassemblement ne pouvait même plus servir de palliatif; car Napoléon, maître des trois grandes communications qui conduisent par Hof, Schleita e| Saalfeid , s'avançait avec précipitation à dos de ses ennemis. C'est ainsi qu'au moment oit le prince de Hohenlohe et le duc de Brunsvrick livraient les batailles de léna et d'Aoerstadt , l'un et l'autre se trouvaient, avant de combattre, coupés à Naumbourg et léna, et avaient

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livré aux Français les lignes les plus courtes sur Dresde et Berlin. Nous connaissons l'influence que les pertes de ces deux batailles , mais sui^ tout celles des lignes les plus directes , eurent sur le sort de la capitale et du royaume.

Telles ont été les suites de la fausse appréciation topographique de la ligne des frontièreSy tels seront ordinairement les malheurs qui résulteront de Tinfraction des lois du système géographique.

Les frontières étant une fois franchies, on procède à l'attaque du théâtre de la guerre. Trois objets principaux doivent attirer notre attention , et nous devons nous efforcer :

i. A étro en possession des lignes de jonctions principales et des lignes les plus courtes ;

St. A dominer les grands fleuves;

5. A nous rendre maîtres des objets et des bases d^opératîons.

Les lignes de jonctions principales sont les plus favorables pour le mouvement des grandes masses ; les lignes les plus courtes nous mènent d^une manière directe au but principal de nos opérations.

Les grands fleuves sont des lignes défensives naturelles très-favorables, et servent aussi de bases temporaires à nos approvisionnements et à nos opérations.

Les objets et les bases d'opérations étant les plus fermes appuis de nos opérations , décident aussi de la possession du théâtre de la guerre.

Nous avons vu, dans le neuvième Mémoire, que parmi ces objets d'opérations^ il y en avait dont rimi>ortance était tellement grande que, pour qu'ils ne tombent pas de prime-abord au pouvoir des ennemis, on cherchait à leur accorder une force défensive permanente , qu'on obtient par les fortiGcations. La conquête de ces objets revendiquant beaucoup de monde, de temps et d'apprêts , diminue aussi nos forces actives, ainsi que la vivacité de nos mouvements. Mais , malgré le tort qu'une diminution pareille peut faire, le mal n'en est pas moins sans remède , car pour pouvoir avancer en sécurité et sans danger dans un pays qu'on se propose d'envahir, le principal est d'avoir les flancs et le dos libres et francs. Il est donc indispensable de ravir aux ennemis ou du moins de paralyser les objets qui se trouvent sur l'espace qu'on parcourt , qui appuieraient et pourraient servir de pivot à leurs opérations.

Les places fortes étant parmi ces objets ceux qui procurent les plus grands avantages, attireront notre scrupuleuse attention. Nous avons vu, dans le neuvième Mémoire , la manière d'en classer l'importance; le sixième nous a servi à connaître les moyens que nous nous réservons pour les paralyser ou pour nous en rendre maîtres. En commençant nos opérations offensives, il sera nécessaire de décider quelles seront les places que nous devrons soumettre à des siégea réguliers , et quelles seront celles qui deviendront les objets des blocus ou des observations. C'est d'après cette classification que nous partagerons nos forces actives, et en libérant l'échiquier stratégique de tout ce qui peut gêner les mouvements ^es armées assaillantes, nous accorderons à leurs opérations plus d'assurance et plus de sécurité.

Les places qui possèdent une influence stratégique sur le théâtre de la guerre , et que nous soumettons à des sièges réguliers, sont les points dont nous devons chercher à nous rendre maîtres au plus vite. Tant qu'une place est au pouvoir des ennemis, elle ne perd jamais de son importance stratégique. Le moindre heureux incident pour eux est un revers pour nous, en ramenant les adversaires vers ces objets de défense, leur offrent un pivot et un appui pour leurs opérations. Il s'ensuit que nous devona tâcher , autant que possible , à éloigner la force active des défenseurs de tous les points qui peuvent seconder leurs entreprises, et à manœuvrer de manière à la rejeter vers une section de terrain où elle ne puisse trouver d'aotrea secours que sa force physique intrinsèque.

A mesure qu'on avance dans le pays, qu^oo fait les dispositions nécessaires pour lea sièges, les blocus et les observations, qu'on désigne le nombre des masses nécessaires pour ces opérations, on emploie leur sui^lus pour prendre possession de l'échiquier. Nous pouvons y parvenir de deux manières :

i . Par le choc de la force active;

2; A l'aide d'une manceuvre.

La première n'entre pas dans le but de cet ouvrage, qui ne peut s'occuper que de la seconde.

Les opérations stratégiques renferment tdus les mouvements qui précèdent ou qui suiveni les engagements. C'est dans la manière dont nous manions nos masses et dans les directions

DE LA STRATÉGIE

qoe Doas leurs donnons, que nons retrouvons le vrai esprit des manœuvres.

La force des armées actuelles est tellement grande, qu'on est obligé, pour ne pas rendre les colonnes trop allongées el les marches trop lentes , de se mouvoir en plusieurs masses qui occupent plusieurs points , qui se trouvent pluti ou moins sur la même hauteur. C'est le partage des différentes masses sur une même ligne que nous avons appelé le déploiement stratégique.

Une armée qui occupe une ligne, et qui y est stratégiquement déployée , peut être attaquée sur trois points différents , qui sont : un des deux flancs ou le centre.

Les flancs d'une ligne stratégique ou tactique étant toujours les parties les plus faibles, sont, non-seulement les plus faciles à être attaquées, mais nous conduisent aussi à des résultats trèsgraiidset très-décisiCs. Un des flancs d'une ligne stratégique ayant été refoulé sur le centre, met la directrice de nos adversaires en échec, et en rejetant ceux-ci en sens inverse de leur direction naturelle, nous livre aussi l'avantage de pouvoir les séparer de leur base d'approvisionnement.

Cette manœuvre cependant ne peut pas porter i l'ennemi un coup aussi sensible que lorsque Dous parvenons à percer le centre du dé- ^oiemenU Un des flancs de la ligne rejeté sur le centre, laisse aux défenseurs la faculté de conserver leurs masses en concentration, et l'espérance de pouvoir, en profitant d'un moment opportun, reprendre l'avantage perdu. En perçant le centre de la ligne stratégique des ennemis, on les rejette, non-seulement en sens contraire de leurs lignes de retraite et de leur hase d'approvisionnement, mais on finit par séparer les flancs, et en les isolant l'un de l'autre, on leur ravit tous les avantages dont la concentration d'une grande masse est susceptible.

Pendant la campagne de 1809, Napoléon, à la suite de manœuvres savantes , pouvait opter entre les deux moyens d'attaque d'une ligne stratégique. En utilisant le mouvement du maréchal Massénade Pfaffenhofen, auquel il aurait pu faire fiiireun changement de front dans le sens stratégique pour le diriger sur Siegenbourg et Pfaffenhausen, il ne dépendait que dé lui de rejeter les forces du flanc gauche, commandé par le général Hiller, sur celles de Farchiduc Charles; mais il préféra aller audevant de plus grands résultats, en séparant

les deux flancs des masses autrichiennes, et se porta sur la communication qui marquait l'intervalle entre les deux flancs.

Pour rendre cette application plus intelligible, recourons aux opérations qui eurent lieu à cette époque.

Le déploiement stratégique des Autrichiens s'étendait depuis Mainbourg , le long de l'Abens, jusqu'à Ratisbnnne, où se trouvait l'ai^ chiduc Charles en personne. Ce dernier, s'étant trop étendu vers cette ville, avait laissé une lacune dans la direction de Rohr et Rottembourg à Landshut. C'est sur cette lacune que Napoléon jeta les yeux. Le but primitif d'intercepter toute communication entre les troupes de Hiller et l'archiduc Charles , fut l'objet de toutes ses dispositions, il ne le perdit pas un seul mo-, ment de vue. Pendant que lui-même , avec les corps de Lannes, de Wrede et celui des Wûrtembergeois, il avait attaqué les troupes de Hiller, qui occupaient les points d'Offenstetten, de Rhor, de Bibourg et de Siegenboui^, il enjoignit aux maréchaux Davoust et Masséna, à Tun, de manœuvrer de manière i contenir les troupes de l'archiduc Charles sur les deux rives de la Laber, à l'autre, placé sur le flanc gauche du déploiement stratégique des Autrichiens, de se porter, sans perdre un seul moment , sur riser, pour surprendre les troupes rétrogradantes de Hiller au passage du fleuve.

Tous les combats qui devaient délier le nœud de cette opération compliquée furent menés avec autant de valeur que de sagacité. Les troupes bavaroises et wiirtembergeoises s'y couvrirent de gloire. Dans la crainte de perdre ses lignes de retraite, le général Hiller, battu à Rohr et Siegenbourg, pressa son mouvement rétrograde, pour gagner l'Iser, avant que Masséna ne fût en mesure de l'en couper, 11 y parvint en effet ; mais séparé sans retour des troupes de Farchiduc Charles, Farroée autrichienne ne forma plus que deux masses isolées, sans corrélation entre elles, et dont les efforts ne pouvaient plus être simultanés.

Telles ont été les modulations de cette opération brillante, une des plus avantageuses de la stratégie, dont huit combats meurtriers, à Abensberg, à Kirchdorf, à Rhor, à Rottembourg, à Siegenboui*g, à Birwang, à Langqwaid et à Tengen, ont formé les préliminaires et délié le nœud. C'est certainement un des

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plas beaux actes de la vie militaire de Napoléon , dont le génie y développa les grandes ressources dont il était susceptible (i) .

La même manœuvre fut eicutée par Napoléon à Touverture de la campagne de 1796, contre les deux corps de Beaulieu et de CoUi, qui occupaient une ligne de déploiement hors de mesure, qui s'étendait depuis la Bochetta jusqu'à Ceva (3). La droite du premier, commandée par Argenteau, postée à Sasselloet Dego était séparée de la gauche du second, commandée par Provéra, qui se trouvait à Millesimo, par le terrain chicaneux, enclavé entre les vallées de la Bormida et de FErro. Napoléon profita de la faute de son adversaire, en poussant avec ses masses concentrées sur Monlenotle. Après plusieurs combats meurtriers, parmi lesquels il est juste de citer rengagement à outrance soutenu par le colonel Rampon , il parvint à séparer les deux corps ennemis qui , à Tinstar des troupes de Hiller et de Tarchiduc Charles , ne formèrent plus que deux masses isolées et sans corrélation (5). 11 n'est pas inutile, cependant , d'observer quune opération offensive sur le centre du déploiement stratégique des ennemis , ne peut avoir lieu avant le succès , que lorsqu'on trouve devant soi des corps éparpillés sur un développement de terrain, dont l'étendue surpasse les forces actives qui l'occupent et sont chargées de le défendre , comme les deux cas que je viens de citer. L'exécution d'une opération pareille , repose donc sur une faute grave commise par les adversaires , et dont on profite , en portant une masse respectable dans la lacune qu'ils auraient eu l'imprudence de former. Si cette imprudence n*a pas lieu, il est tout juste, que n'ayant devant soi aucune chance certaine de succès, au lieu de se jeter au-devant des forces concentrées des ennemis , on doit plutôt préférer la manœuvre qui nous place perpendiculairement à leur ligne de déploiement.

(i) Comme celte opération ne saurait être assez étudiée par les militaires, je crois devoir conseiller au lecteur d'en approfondir les détails les plus circonstanciés en prenant pour guide les Mémoires sur la guerre de 1809, en Allemagne^ par le général Pelet. Cet officier, aussi distÎDgpé par ses talents que par sa profonde érudition, nous a livré des matériaux très-précieux sur cette campagne mémorable.

Pour être à même d'attaquer la ligne du dé»

ploiement stratégique de ses ennemis , il faut s'en approcher; et ces mouvements , qui nous amènent dans la proximité de nos adversaires, nous offrent, par rapport à la position de nos masses , trois ordres de déploiement stratégique , dans lesquels nous pouvons nous présen* ter devant la ligne ennemie , qui proviennent de la configuration du terrain que nous devons parcourir, et des objets des opérations que nous devons occuper, qui sont :

i . L'ordre parallèle ;

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