AE L' ACTION DE LA CAVALERIE DE LIGNE
L*acUon de la cavalerie de ligne consiste . dans lé choc ; le choc est basé sur la contiguïté . des escadrons, l'alignement des lignes et l'impétuosité avec laquelle on iombe sur son ennemi , tandis que les grands résultats des mouvements offensifs consistent dans l'accablement de son ennemi ètdans un ralliement des paitis désorganisés aussi exact que prompt.
Lorsqu'il s'agira de mettre la cavalerie de ligne en action, il faudra préalablement lui assigner un terrain vaste, uni , et où elle puisse agir avec aisance et hardiesse ; mais puisque les mouvements de cette arme doivent être hardis , il faut bien se garder de la faire mancMivrer sur un terrain difficile et où elle puisse même se choquer avec d'autres armes qui pourraient entraver ses mouvements. Si le
moment où elle doH agfar est arrivé , et nous en connaissons les différentes époques par les discussions précédentes , qu'alors çlle s'érige, selon la circonstance, en arme de secours ou indépendante , et qu'on lui assigne un terrain où eUe soit en état de ne démentir ni sa nature, ni ses vertus intrinsèques , ni les résultats qu'on en attend.
Pour pouvoir recueillir un résultat avantageux, le principal est toujours de suivre la loi de la nature de chaque arme, et ne pas travailler en contradiction avec ses éléments. De {aux mouvements pour la cavalerie sont d'autant plus dangereux, que l'harmonie de son action étant une fois détruite, il faut, j*ose l'attester, plus que du génie pour rétablir Tordre nécessaire, sans lequel toute arme, et la cavalerie plus encore, tombe dans une sorte d'anéantissement; il faut du bonheur. Désirons donc, si le oommandenient de la cavalerie tombe en partage à un chef, dont la tête s'étourdisse facilement par le mouvement d'une trentaine d'escadrons, qu'il soit du moins, comme di| le proverbe , plus heureux que sage.
Cette harmonie , indispensable pour l'action de la cavalerie, étant si difficile à maintenir, gardons-nous d'en multiplier les entraves par des mouvements bien compliqués, <hi en l'engageant dans des combats où tous ses efforts ne peuvent que se briser contre les difficultés qu'elle aurait à surmonter. En général , beaucoup de mouvements sont pernicieux pour la cavalerie , car on la fatigue inutilement , et elle devient incapable de rien produire lorsque le moment de la décision arrive.
Tant que le moment opportun pour l'action de la cavalerie n'est pas encore arrivé , tenonsla toujours en masse, et ne nous laissons* pas^ éblouir par le spectacle séduisant d'une infinité d'escadrons déployés en parade et occupant une vaste étendue de terrain ; n'oublions jamais que , pour être efficace, le choc doit posséder une certaine force collective, et que les troupes qu'on rassemble sur les champs de bataille ne s'y réunissent pas pour flatter les regards des curieux , mais pour terrasser leurs adversaires. Le moment de la faire agif est-il arrivé? rcportons-la avec la rapidité de l'éclair vers le point décisif, et ne nous occupons encore que de son déploiement; car il est toujours dangereux d'anticiper sur les différentes époques qui
DfS TROIS ARMES.
fonneiit les âémenis de aon idioD : le principal est de procéder systémaUquement au déooùmenL
Le déploiement le plus accéléré étant le meillear, prenons le moyen le plus facile et le plus prompt ; déployons par les deux flancs et sur un des escadrons du milTeu. Si cependant» toul en préparant la cavalerie pour le choc, la position topograptiique nous favorise tellement, qu'on puisse même réussir à déborder un des flancs de l'ennemi , pour gagner plus de terrain vers le flanc qu'on veut déborder et sur les derrières » il voudra mieux déployer sur un des escadrons du flanc* Si la cavalerie, par exemple, est formée en colonnes de droite»
K qu'on veuille déborder le flanc gauche de Fennemi , on fait déployer sur le dernier escadron ; et si on veut gagner le flanc droit, on déploiera sur le premier. Le déploieâient étant une fois achevé, on exécute l'attaque, qui doit être impétueuse et.par conséquent décisive.
La cavalerie de ligne choisira pour son déploiement un terrain hors de la sphère active des feax meurtriers, de l'ennemi. Les lignes élant formées, le devoir du' chef sera de les poster dans un éloignement que demanderont, les allures progressives, indispensables pour lefiBcacité du choc («) ; car ne restant pas longtemps inaclive, la cavalerie ne doit pas craindre d*étre abimée par les projectiles ennemis* Au contraire, on se gardera bien de lui faire prendre une position trop éloignée de Tennemi avec lequel elle doit se mesurer. En faiisant franchir de grands espaces à une cavalerie qui doit attaquer, si, pour se rapprocher du point ou on peut lui faire prendre les allures ordinaires qui précèdent le choc, on ne donne aux chevaux que celle du pas , on risque de perdre le moment opportun, et on donne aux ennemis les moyens de s'opposer aux désastres qui les menacent. Si, au contraire, pour atteindre plus Idt son ennemi, on franchit avec rapidité on espace hors de mesure, on amortit la vigneor des chevaux , la force du chop n'en devient que plus négative , et ses résultais souvent diamétralement opposés à ceux auxquels on devait s'attendre.
(i) € Le plus haut degré de vélocité , dit Tarchiduc
> Clurks (PrtfieîyiM de Sifatégie)^ ne peut s'acquérir
> que par uo mouvemeot progr^if ; il importe donc
Pour ce qui regarde le choc en général, prenons pour principes qui ne souffre que peu d'exceptions :
1<* De ne faire charger la cavalerie que sur un ennemi qui n'est pas en mesure de la rece* voir, comme l'exemple que nous livre la bataille de MoUvitz, et le choc de la cavalerie autrichienne conduile par le général Rœmer.
Le comte de Schulenburg, qui commandait celle des Prussiens, ayant voulu se rapprocher du village de Hermsdorf , rompit par escadrons à droite et se mit tranquillement en mouvement, sans s'inquiéter des préparatifs que les ennemis faisaient pour l'attaquer. Rœmf;r profite d'un mouvement aussi opportun, fond avec impétuosité sur l'ennemi qui lui prétait justement le flanc, et le met dans une déroute totale;
S** Sur une infanterie, qui, par quelqu'acddent, ne sera pas en élat de servir de ses armes. A la bataille de Dresde, les divisions de Blanchi et de Cameville furent très-maltraitées, car leurs. armes s'étaient tellement encrassées par la pluie qui tombait en torrent, qu'il leur fut même impossible de s'en servir, pour, s'opposer à la vivacité des chocs des ennemis. Au combat de Fère-4Jhampenoise, la cavalerie de la garde russe , favorisée par un temps pluvieux , battit aussi complètement les brigades de la jeune garde françaiise, de Jamin et de Le Capitaine ;
3^ Sur un ennemi dans les rangs duquel le flottement commence à se manifester. A la bataille de Leuthen, la cavalerie prussienne de l'aile droite qui avait été paralysée par des broussailles, haies et fossés, trouva enfin en arrière de Gohlau un terrain favorable pour agir. Les hussards de Ziethen aperçoivent l'infanterie de Bavière et . de Wurtemberg , qui se retirait en désordre, l'attaquent, en sabrent une grande pattie et font 2,000 prisonniers.
Mais , pour que la cavalerie puisse profiter avec rapidité du moment où le flottement de l'infanterie commence à< se manifester, tandis que sa position passive est hors de la sphère active du feu des ennemis et quelquefois dans un sens divergent de Tendroit ou doivent se porter les coups, il est juste que le chef de la cavalerie attache une attention particulière
Y que la cavalerie soit tenue à une distance propor- > lionnée du point sur lequel elle doit donner, afin t qu'elle paisse l'atteindre avec rirapétuositéTequise.»
EXAMEN RAISONNÉ
aux différentes modutotions de Taction de Tinfanterie. Cominence-treUe à soutenir le combat avec moins de vigueur, c'est un relâchement dans sa contenance. Ses feux deviennent-ils moins nourris, Tennemi prépare une partie de ses troupes à la retraite , ou l'a même entreprise. D*après des indices pareils, la cavalerie est à la veille du momçnt ou son action devient indispensable : on doit donc la préparer en l'avançant d'après les principes que je viens d^énoncer^ et rarement l'infanterie pourra, de cette manière, échapper au sort cruel que, dans ses moments de vacillation ou de rétrogradation , la cavalerie peut lui faire subir ;
Âf* D'avoir toujours pour la cavalerie des réserves qui , sous leur protection , puissent ou recevoir les tn)upes battues, ou achever ce que les premiers escadrons mis en action ont commencé.
Ri^i de plus dangereux que d'engager la cavalerie sans lui accorder aucune réserve, et la bataille de Wvinibourg nous en fournit un exemple. Rapportons à cette occasion la narration de l'archiduc Charles lui-même.
c La colonne des grenadiers, dit-il, arriva enfin à trois heures après midi , et se mit en bataille sur deux lignes à gauche de la cavalerie, et faisant face aux buissons de la ferme de Retenhof , qui marquèrent le point d'attaque. La cavalerie s'ébranla pour charger dans le temps où les cuirassiers français étaient encore occupés à former leurs rangs.
Le prince de Lichtenstein , à la tête de la caviderie légère, et soutenu par un régiment de cuirassiers, tourna Euerfcld, et se porta entre ee village et la ferme de Séligenstadt dans le flanc gauche de l'ennemi. Cette raanceavre réussit ; la cavalerie française encore immobile futculbutée; mais, ce qui ne manque jamais d'arriver dans ces occasions, les vainqueurs se trouvèrent aussi en désordre. Le général Bonneau les fit charger à son tour par une partie de sa grosse cavalerie à peine dévdoppée, et les culbuta sur le régiment de cuirassiers qui suivait en colonne , qui céda de même au choc des Français, i Mais ayant démontré, par l'exemple que je
(i) < La fermeté, dit le comte de Bismark {Système t dés TvrMlewr» deeawUerie, pag. 1S7), doit être > quelquefois prisée plus haut que le courage. La
viens d'offrir, tous les dangers imminents auxquels on s'expose lorsque , dans les moments offensifs , on ne possède pas de réserve, en reprenant la narration que je viens d'interrompre, démontrons jusqu'à Tévidence tous les avantagés qu'on retire d'une réserve qu^on emploie à propos.
c IJn autre régiment détaché de la ligne autrichienne, ajoute-t-il, cherchait à gagner la droite de la cavalerie française, pour seconder l'attaque de la gauche ; ce corps tomba sous le feu de l'infanterie qui partait des buissons, et quelques escadrons des cuirassiers ennemis , profitant d'un moment d'hésitation, le ramenèrent promptement. Enfin, toute la cavalerie française étant aux prises, le désordre de la mêlée ne tarda pas à s'y répandre. Les Autrichiens, au contraire, avaient encore en réserve douze escadrons de cuirassiers qui , les rangs serrés , s'avançaient au trot. Arrivés à la portée du pistolet , ils se précipitèrent sur cette cavalerie , l'enfoncèrent et la mirent en fuite. Toutes les 'peines que Bonneau et le général en chef se donnèrent pour l'arrêter, furent inutiles; elle ne se rallia que fort en arrière du champ de bataille. »
Dans les combats de la cavalerie, comme dans tous les engagements, nous pouvons donc dire que celui qui engage le dernier sa rfeervé, est aussi celui qui possède le plus de probabilités pour la victoire.
Si la supériorité de la tactique repose sur le rassemblement d'une grande masse pour Taction, l'heureuse issue d'une bataille dépend aussi quelquefois de l'adresse avec laquelle on saura porter vers le point décisif, une masse plus grande ou plus fraîche que l'ennemi ne peut en développer.
On peut poser en principe que la première charge rapporte rarement un résultat décisif. Si le choc se fait, le même désordre se manifeste dans les deux troupes assaillantes, et, par conséquent , le succès ne peut pas être toujours complet. On se sabre pendant un certain temps, et c'est au parti qui a le plus de persévérance qu'appartient souvent la victoire (i).
> persévérance rend souvent possible une chose qui I devait succomber sous la force momentanée des » armes. >
DES TROIS ARMES
Hais si dans cette mêlée il someni un parti de cavalerie qui charge avec ordre et vigueur, il conservera une supériorité marquée, et il lui appartiendra de décider de l'issue de l'engagement
Après un choc, supposant même que le rassemblement de la cavalerie se fasse avec la vitesse et la précision nécessaires, il vaut mieux ne jamais employer les mêmes escadrons i une nouvelle charge , mais en assigner l'exéeution aux réserves. Cependant , comme il arrive des cas où il n'y a que des chocs répétés à plusieurs reprises, qui puissent ébranler l'en- Bemi , il est indispensable de calculer, d'après la force de l'ennemi, le degré de résistance qu'il pourra opposer, la disposition qu'on doit accorder à la masse de cavalerie, et quelquefois, à Texception de la réserve sans laquelle elle ne doit jamais entreprendre de mouvements offensifs, lui accorder encore, si les forces y suffisent, une seconde ligne dont le soin sera :
4* De recevoir après le choc sous sa protection les escadrons rétrogradants de la première ligne , et pour que ce passage de la première ligne à gravera la seconde ne soit pas au détriment de cette dernière , lui accorder des intervalles assez grands pour que l'écoulement des troupes se fasse avec aisance;
2^ De chercher à augmenter le flottement que la première ligne aura produit dans les rangs ennemis , et apprêter par là à la réserve (si toatefois son choc devient encore nécessaire) une victoire facile et non douteuse;
5^ De déborder les flancs diRS ennemis.
A la bataille de Kaiserslautem, que le duc de Brunswick gagna sur le général Hoche, le 50 novembre 1795, le général Kospoth, à la tète de 5 bataillons et 8 escadrons, s'était mis en marche de Schelodcnbach par Schneckenhausen vers Sambach. Le bois qu'il avait à franchir fut bientôt purgé par Tinfanterie prussienne , et le colonel Bliicher (i) , à la tête de 7 escadrons, devançant la colonne princi pale, le franchit aussitôt. Il trouva en débouchant 2 à 5 régiments de cavalerie française, avec lesquels il était indispensable de àe mesurer. Biôcher forma sa cavalerie en deux lignes, dont la première possédait A escadrons, et
(i) Plus tard maréchal et prince de W^ahlstadt.
la seconde 3. Ces derniers étaient formés avec des intervalles assez larges, couvraient les deux flancs de la première ligne, et lui servaient de replis. Il attaque aussitôt, à la tête de la première ligne ; mais il est repoussé et se replie derrière la seconde pour se reformer.
Ayant réorganisé ses escadrons, il attaque une seconde fois , en enjoignant aux escadrons de la seconde ligne de prendre l'ennemi dans les deux flancs, et parvient, par cette double attaque, à le mettre totalement en déroute.
Au contraire, dans tous les cas oii l'on attaque en plusieurs lignes, si le chef qui commande la cavalerie a l'imprudence de ne pas accorder d'intervalles à la seconde pour l'écoulement de la première, une disposition aussi vicieuse ne peut qu'entraîner dans des déroutes désastreuses. A la bataille de Seneff , au moment où le comte de Mortal s'empara du village de Seneff, le prince de Condé fit charger la cavalerie ennemie qui se trouvait vis-àvis de lui; il se mit lui-même, accompagné de son fils, à la tête de la maison du roi. Le prince d'Orange avait formé sa cavalerie sur trois lignes et sans intervalles, pour l'écoulement des vaincus. Le choc s'exécute ; la première ligne des confédérés est renversée sur la seconde, les deux premières sur la dernière, et le tout ensemble poussé jusque près de Saint- Nicolas-au-Bois, laissant un grand nombre de morts et de blessés sur le champ de bataille, ainsi que beaucoup de prisonniers et de trophées entre les mains des Français.
Cependant, lorsque la cavalerie a essuyé un échec, il est toujours moins sûr de la reformer sous la protection de la même arme. Il vaut mieux, si la chose est possible, la rallier derrière l'infanterie qui possède toujours plus de moyens de résistance. Le principal, dans un cas pareil , est de retenir l'ennemi pendant que les escadrons battus se réorganisent. Si on a affaire à un ennemi intelligent et impétueux , qui fait succéder ses attaques sans interruption, et que, par quelque accident qu'il est souvent difficile de prévenir, les escadrons de la seconde ligne, sous la protection desquels ceux de la première doivent se reformer, se trouvent renversés aussi, alors la mêlée devient si grande* qu'il y a toujours une très-grande difficulté à mettre de l'ensemble dans l'action. S'il se trouve donc de Tinfanteriedansla proximité du champ
EXAMEN RAISONNÉ
où agit la cavalerie, il est toujours plus convenable de faire rétrograder les escadrons dispersés, derrière les bataillons, qu'on forme aussitôt en colonne contre la cavalerie. De cette manière, on se trouve en mesure de riposter avec plus d'assurance à la cavalerie ennemie, Bx elle était assez hardie pour venir chercher les vaincus jusque dans les lignes de Finfan* terie. Les guerres modernes nous offrent plus d'un eiemple qui prouve en faveur d'une disposition pareille.
A la bataille d'Austerlilz, peu d'instants après que le maréchal Soult, qui devait se rendi;e maître des hauteurs de Pratzen, eut reçu l'ojcdre de démasquer son attaque, Napo<léon enjoignit au maréchal Bernadette de déboucher de Girzikovitz et de porter ses deux di* visions, celle du général Rivaud sur sa gauche, celle du général Drouet sur sa droite , en les dirigeant Tune et Tautre sur les hauteurs de Blazovitz.
La cavalerie du prince Hurat se mit en bataille sur plusieurs lignes» à la gauche du corps du maréchal Bemadotte, et marcha entre Girzikovitz et Krug.
Le maréchal Lannes avait reçu l'ordre de porter ses deux divisions en avant sur sa gauche, en s'appuyant à la chapelle de Dworoschna, pouir démasquer la cavalerie du prince Murât. La/division du général Suchet, qui se trouvait ainsi au commencemenlderaction en première ligne de toute Tannée, céda sa droite à la division du général Cafarelli. L'une et l'autre se conformant à l'ordre général pour le combat, s'avançaient sur deux lignes, la première en bataille, la seconde en colonne d'attaque, avec l'artillerie dans les intervalles. La division légère du général Kellermann ouvrait la marche de cette masse. Une division de grosse cavalerie faisait la queue de la colonne.
Le maréchal Lannes, ayant à sa droite la division Cafarelli , et à sa gauche celle du gé- T^TdJL Suchet, se porta en avant. Dès lors, le combat s'engagea sur tous les points du centre et de la droite des alliés. Le grand duc Constantin avait dû former, avec le corps des gardes, la réserve de la droite, et quittai l'heure indiquée les hauteurs devant Austerlitz, pour se porter sur celles de Blasovitz et de Krug. A peine arrivé sur ce point, il se trouva déjà en première ligne et engagé avec les tirailleurs de
la division Rivaud et la cavalerie légère du général Kellermann. Le grand duc fit occuper aussitôt le village de Blasovitz par le bataillon des chasseurs de la garde.
Au même instant arriva aussi le prince Jean de Lichtenstein avec sa cavalerie. Ce général devait se porter, selon la disposition, sur la gauche du prince de Bagralion , pour être maître de la plaine devant Schlapanitz. Celte colonne de cavalerie, qui avait été placée derrière la troisième adonne, et qui devait marcher sur le flanc droit pour se porter sur son point d'attaque , fut arrêtée dans sa marche par les colonnes d'infanterie qui la croisèrent lors* quelles se portèrent en avant pour descendre les hauteurs. Pendant sa marche, le prince de Lichtenstein avait fait placer en tête dix escadrons, sous les ordres du général Ottvarof,sur la gauche du prince de Bagration, pour assurer le flanc des troupes de ce général.
Au moment où le régiment des hussards d'Elisavethgrad se fut formé en bataille, le régiment des hulans du grand duc Constantin se trouva en tète de la colonne de cavalerie. Le prince de Lichtenstein, arrivé sur la gauche du grand duc, trouva l'ennemi en présence des gardes russes; c'était justement la cavalerie du général Kellermann , soutenue par Tinfaiilerie des divisions Rivaud et Cafarelli, Le prince de Lichtenstein ordonne aussUêt à sa cavalerie de déployer pour charger l'ennemi. Le régiment des hulans du grand duc Constantin fut le premier qui déploya. Entraînés par l'ardeur du brave général Essen, qui les conduisait» les hulans fondent avec impétuosité sur la cavalerie légère de l'ennemi. Le choc fut des |dos décisift , et la cavalerie légère de KellemiaiiD renversée. Elle se retire à travers les intervalles derrière l'infanterie , et les hulans veulent Vj poursuivre ; mais, pris entre deux feux par Tinfanterie des divisions Rivaud et Cafarelli » qui venaient de former des angles sur les flancs , ces intrépides cavaliers furent repoussés «t perdirent aussi le chef valeureux qui les sTalt conduits.
A la bataille de léoa aussi, la division de dragons de Klein, soutenue par la division d'infanterie du général Marchand , s^étant avancée entre le bois d'Iserstœdt et Vierzebnheiligen, attaque une division de cavalerie prusse-saxonne. Les chocs furent meurtriers ,
DES TROIS ARBIES.
sis
«l la TÎctoira» looglemps disputée , resta cependant aux Prussiens. Les dragons français repousses viennent se reformer sous la protection de Pinfanterie du général Marchand /qui parvint a arrêter la fougue impétueuse des vainqueurs»
Au combat de Fuentèsde Honor aussi, pendant que le général Junot s'emparait du village PozarVelba , la cavalerie française attaquait celle des ennemis , et la chargea avec tant d'impétuosité qu'elle la mit tout à fait en dé* roote. Celle-ci se replie dans les intervalles derrière Tinfanterie , qui dirige un feu bien noQrri contre les assaillants , et parvient à arrêter leur mouvement offensif.
lorsque la cavalerie a reçu un échec , ou que même, après un choc heureux, elle se trouve forcée de se réorganiser, comme elle ne pent être employée qu*offensivement, et que , pour pouvoir rentrer en lice , il Haut que les €acadfona soient reformés, il est indispensable <|M rinfanterie, soutenue par l'artillerie, sons b protection de laquelle la cavalerie ira se KCoraier, retienne assez longtemps l'ennemi pour accorder à cette arme le temps nécessaire pour entrer en lîce.
Ayant abondonné au chef de la cavalerie le aoio de réorganiser se» troupes, le général qui commande Tinfanterie qui aura servi d'égide, dena porter un œil attentif sur son ennemi et cdculer, d'après ses actions, les mouvements ^ les circonstances nécessiteront, en n'oubliant pas que la cavalerie ne gagne pas les batailles, mais ne fait que les compléter.
8î eette arme a été rejetée, cet échec prouve 91e Tennemi est encore assez fort pour pouvoir résister, et que l'action antérieure des *niMs n'a pas encore été assez décisive, c'est donc à l'infanterie à reprendre et achever une ^on qui n'a été que suspendue.
Dans tous les cas, il faut défendre aux escadrons qu'on aura employés pour le choc, de s'abandonner à une poursuite désordonnée; car quoiqu'un choc ait aussi bien réussi qu'il aoit possible de le désirer, il est impossible que l'ordre s'y maintienne. IlsuflSt que le choc tit eu lieu effectivement (i), pour que la dés-
(«) « Depuis que Seydlitz est enterré, dit le comte de > Biautrk ISffêUwu de Cavalerie, pag. S55) , le vrai ■ cboc est détenu plus rare. Oa parle et on écrit beau-
(^(unisation s'en suive. C'est donc à des escadrons bien formés et non fatigués qu'on assignera le soin de poursuivre un ennemi battu.
Hais comme dans ces sortes de poursuites, on est souvent dans le cas de se battre alternativement en débandade et en ligne, action qui tranbe dans le domaine de la cavalerie légère, je m'abstiendrai de raisonnement à ce sujet jusqu'au moment où je serai parvenu à l'action de la cavalerie légère.
Ayant maintenant énoméré les différentes propriétés de l'action de la cavalerie, je crois pouvoir procéder à la discussion des différents cbocs, ainsi que des occasions où ces chocs peuvent être avantageux.
D'après le comte de Ksmark, le choc de la cavalerie peut s'exécuter de quatre manières différentes, et qui sont :
i® La charge en ligne droite;
â^ La charge en ligne oblique;
3^ La charge en colonnes;
4^ La charge en échelons.
Discutons chacun de ces quatre chocs séparément, de leurs propriétés, ainsi que des cas où ils peuvent être employés avec avantage.
Le choc en ligne droite ou parallèle, et dans lequel les escadrons qui la formentétant rangés sur la même hauteur, commencent leur mouvement dans le même temps, avec les mêmes allures, et procèdent par conséquent au choc dans le même instant, doit nécessairement posséder une force collective beaucoup plus grande que celle des lignes où les escadrons qui la for^ ment ne s'engagent que successivement. Gomme la force du choc en est aussi une des vertus les plus grandes, la charge en ligne droite devrait être aussi la plus avantageuse. Mais les cas où 00 emploie la cavalerie étant différents et de^ mandant des disposifions différentes aussi , ce choc, tout efficace qu'il peut être, ne pourrait cependant pas être employé dans tous les cas avec le même avantage.
Pour qu'une chaîne en ligne parallèle soit faite avec quelque probabilité de succès, le principal est de conserver à la ligne son alignement , et aux escadrons la contiguïté des rangs. Il faut donc remployer dans les cas où l'en-
* coup du cbo<f, mal» la plupart des charges de cava- » lerie sont si faiblemeat eiécatées, que rarement elles > méritent la déBorainatioo de choc. >
EXAMEN RAISONNÉ
nemi que la cavalerie s*appréle de combattre » ne puisse pas porter atteinte à cette contiguïté et à cet alignement, en se servant d'armes qui puissent les rompre pendant le mouvement. La cavalerie ne pouvant nuire que lorsqu'elle en vient aux mains, pour que les armés à feu ne puissent pas rompre les escadrons offensifs pendant leur mouvement, on se servira de la charge en ligne droite ou parallèle, toutes les foisqu'on sera obligé d'attaquer de la cavalerie.
Si cependant Partillerie est parvenue à produire quelque flottement dans les bataillons de rinfanterie , alors aucun choc ne peut mieux réussir aussi comme la charge en ligne droite qui, comme nous l'avons déjà vu plus haut, rassemble en elle la force , la vigueur , l'ensemble et la facilité du mouvement. Mais pour ce genre de charge, nous devons prendre pour principe fondamental de ne jamais risquer de l'exécuter avec des lignes trop étenduesqui perdent si facilement leur alignement et leur contiguïté lorsqu'il s'agit de parcourir dès espaces un peu grands; ajoutez à la difficulté de faire mouvoir des lignes étendues, les entraves que le terrain qu'elles parcourent leur offre, et on se convaincra facilement que pour ne pas leur ravir la force décisive du choc, il faut admettre le nombre de quatre escadrons comme minimum de leur étendue, et pour ne pas entraver la facilité de leurs mouvements ne faire monter le maximum qu'à six.
Les probabilités les moins incertaines pour la réussite d'une charge ne gisant pas toujoivs dans le choc fait en ligne droite, mais dans la liaison du choc avec les mouvements de conversions que l'on fait faire sur les flancs de la ligne ennemie, il est constamment avantageux d'avoir pour ce service, derrière les ailes de la ligne assaillante, des partis de flanqueurs.
Quoiqu'un mouvement de conversion , fait pendant le mouvement accéléré des escadrons attaquants, où les partis de flanqueurs sont obligés de changer de direction , pour venir menacer Jes flancs et les derrières de leurs adversaires, ne puisse jamais se faire avec cet ordre et cet ensemble qu'exige un choc, cependant leur action quoiqu'en débandade , coïncidant avec le choc de la ligne, ne manquera jamais de produirel'effet désiré ; et , pourvu que le choc , ainsi que le mouKrement de conversion , se fassent avec la célérité et la décision requises , on pourra
toujours compter sur un avantage marqué.
Si, au contraire, la ligne attaquante se frouv^ plus longue que celle des adversaires, ce qu« le chef qui commande la cavalerie ne doit pas négliger d'observer, alors c'est aux escadrons qui forment les extrémités de la ligne attaquante, qu'on pourra imposer le rôle que j'ai fait jouer aux partis des flanqueurs. Un mouvement pareil pourra s'exécuter très-facilement en enjoignant aux escadrons des extrémités des ailes de toute la ligne, de faire, au moment du choc , des mouvements de conversion d'un quart de cercle à gauche et à droite. En avançant ensuite devant soi , ils chercheront à envelopper les ailes contre lesquelles ils se dirigeront.
La même observation, que j'avais faite un peu plus haut pour la manœuvre des flanqueurs, est applicable aussi au mouvement des escadrons des extrémités des ailes, et leur mouvement produira apparemment la même débandade que parmi les flanqueurs; mais une fois qu'on se choque avec la cavalerie et que le choc a été effectivement fait, les escadrons qui se sont chargés ne conservent, ni dans l'un, ni dans l'autre parti , la contiguïté de leurs rangs, et il faut cependant qu'un des deux partis reste vainqueur et force son adversaire à lui céder le champ de bataille ; ce qui prouve que tant que le choc n'a pas encore été effectué, c'est l'impétuosité du mouvement, l'alignement des escadrons et le serrement des rsiugs qui rendent le choc efficace, et, une fois qu'il a été fait, c'est l'avantage de la position, celui des moyens qu'on a employé et le courage , qui décident en faveur d'un des deux partis.
Si la manœuvre, telle que je l'ai décrite , a été effectuée , et si les escadrons des ailes sont parvenus à exécuter le mouvement de conversion, il ne reste aucun doute sur l'avantage des moyens et de la position. Pour cequi regarde le Courage^ c'est une de ces vertus qui n'est soumise à aucun calcul.
Les charges en lignes obliques peuvent être très-bonnes lorsqu'on se propose de parvenir insensiblement sur un flanc ou à dos de son ennnemi. Mais pour ce qui regarde le mouvement régulier dc$ chevaux, la contiguïté et l'alignement des escadrons, ainsi que le serrement des rangs, c'est un mouvement dont l'ezé-
DES TROIS ARMES
cQlioD est entravé par tant de difficultés, qu'on pourrait, je crois, tasser de témérité le chef qoi voudrait Tentreprendre et l'exécuter. La difficulté que chaque cavalier éprouvera de tenir strictement la direction oblique pendant les allures accélérées , désunira si facilement les rangs, qu'on peut dire hardiment qu'on ne troDTeraît que peu d'escadrons qui , dans un choc eu ligne oblique, ne devinssent une masse informe, n'ayant même franchi que la moitié de l'espace qui sépare de Fennemi une cavalerie qui s'apprête pour la charge.
Un mouvement pareil, paralysant la première vertu d'une cavalerie qui s'apprête à assaillir son ennemi, et diminuant la force du choc, en portant atteinte au serrement des rangs dans les escadrons et à l'alignement des tignes, ne doit jamais être mis en usage. Au reste, je ne crois même pas qu'on soit jamais obligé de se servir d'un mouvement aussi difficile que la charge en ligne oblique ; et pourquoi le ferait-on, puisqu'on peut atteindre le même bot en se servant d'un moyen beaucoup plus facile et moins dangereux? Comme une colonne se meut toujours avec plus de facilité qu'une %ne, quelle que soit la direction qu'on lui donne, en menant la cavalerie sur le champ ou elle doit se mesurer avec son ennemi , si l'on se propose de gagner le flanc des adversaires d'une manière progressive et insensible, on formera la cavalerie en colonnes , qu'on fera mouvoir en direction oblique jusqu'au point qui sera désigné pour le déploiement, et d'où la cavalerie pourra menacer le flanc ou le dos de son ennemi , et charger en ligne droite ou parallèle et non en ligne oblique. Le déploiement se fera soos la protection de Tarlillerie , qui sera désignée pour accompagner la cavalerie; mais comme pendant le déploiement l'artillerie jouera le rôle principal, je m'en réserve de parler avec plus de développement au moment où je serai parvenu à l'action de cet arme.
Le chef qui commande la cavalerie doit toujours chercher dans les propriétés du terrain <pi on lui assigne pour le combat , ainsi que dans les manoBuvres qu'il fera faire à ses masses en occupant une position , les moyens qui peuvent le mener au but qu'il se propose d'atteindre, celui enfin de tomber sur le flanc de son ennemi sans se mettre dans la dangereuse nécessité de charger en ligne oblique. En prenant une posi-
tion perpendiculaire, la charge en ligne droite le mènera au même résultat. L'action de la cavalerie légère et de l'artillerie à cheval , sous la protection desquelles il est facile de manœu« vrer et de dérober ses manœuvres à son ennemi, peuvent, dans des occasions pareilles , rendre de très-grands services. Un coup d'œil juste pour apprécier le terrain, un esprit riche en expédients, des troupes flexibles et propres à se plier à toutes les dispositions, un mamelon souvent insignifiant, ou un bouquet, indigne dans tout autre cas d'attirer l'attention , de la célérité dans le mouvement, et de la promptitude dans l'emplacement des troupes, suffisent déjà pour nous faire réussir dans nos projets.
Le choc en colonne, d'après les assertions de plusieurs militaires distingués, et entre autres du général Bismark, peut être employé avec avantage contre une masse d'infanterie. Comme je me propose de m'opposer à cette assertion, car, à mon avis , dans un pareil cas , la charge de la cavalerie en colonne est plutôt au détriment qu'à l'avantage de cette arme, je crois devoir rapporter ici la description que cet auteur en fait (i).
c La cavalerie qui devra attaquer de l'infanterie en masse se formera en colonne par escadron, à distances doubles, pour faire des attaques successives.
> L'escadron de la tête essuie en entier le premier feu.
> S'il se comporte avec valeur et fermeté , et qu'il réunisse à entamer l'infanterie , il est suivi par le second et le troisième escadron, afin de compléter la défaite.
> Si l'escadron qui charge le premier est au contraire repoussé , ce qui est à supposer dans la plupart de ces cas, il faut qu'il rompe à droite et à gauche , afin de démasquer le second escadron, et qu'il vienne se reformer à la queue de la colonne.
» Le second escadron devra charger avec tant de promptitude, que l'infanterie n'ait pas le temps de recharger ses armes.
1 On peut admettre ici, sans prévention, que l'infanterie croyant la cavalerie en fuite par l'effet de son feu, sera étonnée et ébranlée de voir paraître à travers la fumée uine
(f ) Tactique de la Cavalerie , pag. 156.
» nouvelle ligne de cavalerie , pendant qu'elle t est encore occupée à charger ses armes, i
En lisant cette description, on remarque aisément que ce n*est pas tant sur TeiBcacité de la disposition et la force même d*un choc plusieurs fois répété, que le général Bismark fonde la réussite de la défaite de l'infanterie qu'il attaque , mais plutôt sur deux autres moyens, et qui sont : i^ l'impossibilité dans laquelle Timpétuosité des charges de la cavalerie mettra Tinfanterie de recharger ses armes; 2® l'étonnement dont l'infanterie sera saisie en voyant paraître, à travers la fumée, une nouveUe cavalerie, la supposant déjà en fuite par Teffet de son feu.
II suffirait de combattre et de démontrer le manque de solidité de ces deux assertions pour rendre douteuse la réussite d'un choc pareil; mais comme je puis y ajouter encore une entrave assez grande, j'espère pouvoir démontrer jusqu'à l'évidence que la charge en colonne contre l'infanterie n'est qu'un bien faible moyen pour vaincre son ennemi.
Nous avons vu dans le chapitre II , section vi, 4>ù j'ai traité de Taction de l'infanterie de ligne, p. i98 , que les feux les meilleurs sont toujours ceux qui sont subordonnés aux commandements des chefs; qui ne commencent que d'après leur ordre , par conséquent au moment opportun, qui ne sont soumis à aucune interruption, et je m'y étais décidé en faveur des feux de rangs. Ces feux ne sont jamais interrompus; car le second rang, qui commence après avoir déchargé ses armes, les rend aussitôt au troisième, auquel on impose le devoir ^e les recharger, et tire une seconde fois avec les fusils des soldais du troisièroe rang; ensuite, c'est le premier rang qui fait feu, et ainsi de suite.
Soiqposant maintenant que l'infanterie commence son feu à ceni cinquante pas (i), qui déjà est une distance à laquelle un fantassin un peu exercé peut toujours tuer on cavalier, et que la cavalerie assaillante fasse encore cinquante pas au trot, cinquante pas au galop, et cinquante pas de l'allure de la charge défini-
(i) Le lecteur voudra bien avouer que je ne suis pas «ligeant.
(«) Dans les feux de rangs fl n*y a presque pas de temps perdu. Pendant qu'on rang tire , les deoi autres
tive , il faudra donc à cette arme t peu près quinze secondes pour opérer le choe> Pendaut ce temps, l'infanterie aura fait trois coups de rangs (t). Supposant que la cavalerie' n'ait fait qu'une perte moyenne, SO chevaux et autant de cavaliers, le terrain que le deuxième escadron devra parcourir sera donc parsemé , sur différents points, de 20 chevaux et d'autant d'hommes, dontles corps rendront le terrain plus difficile à franchir. Supposant que le deuxième escadron fasse la même perte, le troisième trouvera la plaine tellement encombrée d'hommes et de chevaux, qu'abstraction faite de la désorganisation que les feux des ennemis y produiront, son mouvement sera déjà tout à fait paralysé par les entraves qu'il trouvera sur le terrain qu'il devra parcourir.
Pour que la répétition deschocsproduise l'effet àésiré, il faut que la colonne de cavalerie possède une certaine profondeur. Si IHnfanterîe qu'on attaque en colonne est asses brave et assez experte pour ne céder, supposons, qu'au quatrième choc, et qu'on essaie delesexéculer, les derniers escadrons trouveront déjà, non un terrain entravé par quelques difficultés éparses, mais à peu près des remparts de cadavres que je ne conseillerai pas à la cavalerie de franchir, pour aller attaquer, après une opération aussi nuisible pour le serrement des rangs des escadrons, une troupe qui la reçoit à bout portanL
Pour ce qui regarde l'étonnement dont riofanterîe doit être saisie, en voyant paraître à travers la fumée une nouvelle cavalerie, la supposant déjà en fuite par l'effet de son feu, il est difficile de présumer que cet étonnemml puisse jamais avoir lieu; i^ parce que Tatleotion'des chefs qui commandent les balaillons d'inO&nterie doit naturellement se diriger contre la troupe qui les attaque, et 2® pour peu qu'on lasse attention aux assaillants, il n'y a rien de pins facile que de remarquer si la cavalerie attaque en colonne, en ligne parallèle ou en échelons , et par conséquent se convaincre que les attaques des escadrons, si c'est un choc en colonne, doivent être successives.
chargent , et, pour tirer trois coups de rangs, il ne Taut pas même recharger les fusils ; mais le second rang ne fait qu'échanger les siens contre ceox du troisiènie, ce qnl prouve que les quinxe secondes seront sufibanles.
DES TROIS ARMES
tAl
A mon aTÎs, si oe genre de choc peut réussir, c'est plutôt contre la cavalerie que contre riofanlerie (i) ; car la première , comme je Tai dit plus haut, étant justement l'arme qui ne peut nuire que lorsqu'elle en vient au mains, : si même le premier escadron a été repoussé , il faat seulement qu'il rompe à droite et i 1 gaache, afin de démasquer le second; mais du moins les escadrons qui suivent le premier I n'onl pas Tinconvénient de trouver la plaine qu'ils doivent parcourir encombrée d'hommes et de chevaux.
I A la bataille de MoUvitz dont j'ai eu Foc* easioD de parler, le général Rœmer attaqua les Prussiens en colonne par escadron, et si le lec- I teur objecte , que ce n'est pas tant l'efficacité : du choc de la colonne contre la cavalerie , mais I h position vicieuse des Prussiens, qui pré* I taientle flanc gauche aux ennemis, qui a été I la cause de cette victoire, je veux bien le lui accorder; mais je prendrai la liberté d'y ajouter que, si le général Rœmer avait aperçu que les troupes qui se rapprochaient du village de Hermsdorf étaient de l'infanterie^ pour être tout à fait sûr de sa victoire, il les aurait peutêtre chargées en ligne parallèle et non en coloone.
An combat de Fère-Champenoise , le général Latour-Foissac nous offrit aussi le même exemple. Le comte de Pahlen venait d'enfoncer le centre de la Hgne de cavalerie ennemie, formé par les cuirassiers du général Bordesoult. Le général Belliard accourt de la gauche avec les dragons du général Roussel, et essaie de prendre cette chai^ en flanc; mais se voyant sur le point d'être débordés, ceux-ci font volte-face, ^t ne se rallient que derrière la division du gMral Merlin , qui fait exécuter par le général Latour-Foissac, à la tête du 8* de chasseurs à cheval, une charge en colonne i»ar escadron ^i arrêta momentanément l'impétuosité de la cavalerie des alliés.
Lorsqu'il s'agit d'attaquer de l'infanterie, je crois que nous parviendrons toujours beaucoup plus facilement à notre but, si nous nous servons du choc en échelons. Cette charge prés^te le triple avantage :
i^Que les escadrons ne trouvent pas, comme
0) Ou bien contre une inftmterie qui, par quelqu'ac- ^dent , ne peut pas se servir de ses armes.
dans la charge en colonne , le terrain qu'ils doivent parcourir, encombré d'hommes et de chevaux ;
â^ N'engageant ses escadrons que successivement, la cavalerie ne risque pas d'être battue en masse;
Z^ Les escadrons rangés à des distances peu fortes , la charge des premiers escadrons ira choquer à peu près le même résultat que la charge en colonne, sans courir cependant les mêmes dangers.
Dans les moments de rétrogradation surtout, la disposition en échelons de la cavalerie qui sera désignée pour couvrir la retraite, peut rapporter de très-grands avantages, ce dont j'aurai l'occasion de parler plus bas.
De tous les chocs , le plus efficace est donc le choc en ligne droite ou parallèle, il rassemble en lui, la force, la vigueur, l'ensemble et la facilité des mouvements, quatre prérogatives qui suffisent pour rendre une chai*ge parfaite.
Le choc en colonne est celui qui réussit le mieux contre la cavalerie.
La disposition de la cavalerie en échelons renferme deux vertus ; celle d'offrir des charges avantageuses contre Tinfanterie , et d'être une disposition efficace pour couvrir un mouvement rétrograde. Dans le fond , cette charge est la même qu'en ligne droite ou parallèle; mais les escadrons en ne s'engageant que consécutivement, la force totale du choc dans le moment ne possède ni la même vigueur, ni la même force , et par conséquent ne peut pas, dans les moments décisifs, produire d'aussi grands résultats. Mais si cette disposition ne possède pas pour le choc toutes les vertus des lignes parallèles, comme disposition stratagématique elle aura toujours- de grandes prérogatives. '
Ayant énuméré les différentes propriétés des chocs, les différentes manières de charger, les cas ou ces charges peuvent être employées avec avantage, ainsi que les meilleurs moyens d'ébranler l'infanterie avant qu'on ne dirige contre elle l'aUaque , procédons à l'action de la cavalerie , provenant des différents cas où elle peut se trouver par rapport au genre de combat que l'arme à laquelle elle se trouve réunie est dans le cas de soutenir.
L'action de la cavalerie ne s'étend pas comme
EXAMEN RAISONNÉ
celle de rinfanterie sur l'attaque des différents accidents de terrain , mais se borne aux combats contre Tinfantcric, la cavalerie, Tartillcrie ou en lui servant aussi de soutien el aux engagements qu'elle est dans le cas de soutenir en éclairant la marche d'une armée, son déploienf^ent ainsi que son mouvement rétrograde : voyons ce qu'il nous reste encore à dire sur ces différents objets.
Les combats contre Finfanterie et contre la cavalerie ont été discutés, ainsi il ne me reste qu'à discuter sur les trois derniers points.
Dans les occasions où on veut se rendre maître d'une batterie ^ lorsque le terrain le permet, la cavalerie ne devrait être emplpyée que pour compléter la conquête. Si les sinuosités du champ de bataille offrent aux tirailleurs les moyens de s'approcher des batteries et leur enlever quelques-uns de leurs servants, certes une charge de cavalerie qui dirigera la majeure partie de ses escadrons contre les troupes qui défendent les pièces, réussira toujours plus facilement après que Fartillerie aura essuyé des pertes pareilles. Si, au contraire, le terrain ne protjége pas l'action des tirailleurs , en attaquant les troupes qui couvrent Tartillerie, la cavalerie serait exposée à de doubles pertes; 40 celles que lui feraient essuyer leç cartouches à balles de Tennemi ; 2° celles auxquelles les défenseurs des pièces la mettraient en butte. jUn double combat pareil pourrait difficilement la mener à un heureux résultat, et il faut chercher les moyens de l'y soustraire.
Comme Fattaque en front des batteries soumet la cavalerie à de très-grandes pertes , et que le feu des pièces , mettant du dévsordre dans les escadrons , ne leur permet d'arriver au but que dans une sorte de désorganisation , il faut toujours chercher à prendre les batteries en flanc. Dans tous les cas , la cavalerie légère devra préparer les chocs de celle de ligne, en tombant en débandade sur. les flancs de la batterie, pour disperser les tirailleurs ou du moins pour ralentir le feu des pièces, ce qui devient le moment le plus favorable pour l'attaque de la cavalerie de ligne. Mais tandis qu'une petite partie des assaillants tombe sur les pièces, l'autre doit nécessairement occuper les troupes qui les défendent; car tant que celles-là ne seront pas dispersées» il est difficile que la batterie tombe au pouvoir des assaillants.
La prise d'une battme par la cavalerie doit donc être toujours exécutée par l'action simultanée de celle de ligne et de la légère » dont la dernière prend les pièces en flanc et cherche à disperser les artilleurs , ou , pour le moins , à ralentir le feu des pièces, tandis qu'une petite partie de celle de ligne tombe sur la batterie même , en cherchant aussi , autant que la chose est possible, à éviter la chaîne en front, et que l'autre attaque les troupes postées pour défendre les pièces.
Lorsque la cavalerie est désignée pour défendre une batterie, le plus avantageux est de la placer de manière à ce qu'elle puisse se couvrir par quelqu'accident de terrain, pourvu qu'on ne la place pas derrière les pièces où elle aurait trop à souffrir des projectiles ennemis ; mais qu'elle soit postée de manière à ])ouvoir prendre en flanc les troupes qui voudraient s'emparer des pièces.
Lorsqu'il s'agira d'éclairer les mouvements d'une armée ou de protéger son déploiement , ces sortes d'opérations tombant plutôt dans la catégorie de l'action de la cavalerie légère, je me réserve d'en parler plus tard. La cavalerie 'de ligne devra seulement soutenir la légère par des charges menées à propos , et toujours attentive aux chances malencontreuses ou favorables du combat , être prêle à venger un échec ou compléter un avantage.
Si la cavalerie, au contraire, couvre la retraite d'une armée, comme il est indispensable, pendant que les troupes de la queue gagnent une position en arrière , que les troupes de la première ligne arrêtent Tennemi, il est juste de lui donner une formation qui ne paralyse pas ses moyens d'attaque. Nous formerons donc la cavalerie en échelons ou en échiquier. Dans le premier cas , on lui accordera de fortes réserves dont le soin sera de soutenir les points attaqués , ou de se porter, pendant que les échelons font leur mouvement rétrograde, dans des endroits d'où elles puissent faire des attaques inopinées, qui suffisent souvent pour paralyser, pendant un certain temps , les mouvements offensifs des assaillants. Dans ces mouvements rétrogrades une victoire n'étant pas le but du combat, car les opérations antérieures nous en ont apparemment ravi tout l'espoir, mais notre idée tendant plutôt k faire i une retraite bien ordonnée , la réser^^e doit y
DES TROIS ARMES
ymr an ràle bien différent de celai qu'on lui impose dans les batailles rangées. Dans les re* traites» où il s'agit de la sécurité de Ipute une armée, tout» jusqu'au dernier bomme de Farrière-garde» doit être utilisé et mis en action, et, par conséquent, la réserve doit payer aussi son tribut.
Mais cette disposition de la cavalerie exige toujours pour l'exécution, des terrains Irèsvasles et unis, et aussi étendus en largeur qu'en profondeur, ce que la nature ne nous offre pas fréquemment , et ce qui rend souvent son exécution très-difficile, du moins toutes les fois qu'on voudra l'adapter à une grande masse de cavalerie.
La formation de la cavalerie en échiquier nous offre aussi de très-grands avantages pour les retraites; car dans ces sortes de mouvementSyPessentiel étant toujours, pendant qu'une partie gagne du terrain en arrière , que l'autre arrête l'ennemi : au moment où la première ligue se replie sous la protection de la seconde, celle-ci a déjà fait les dispositions nécessaires pour recevoir l'ennemi.
Quoique dans les mouvements rétrogrades, la cavalerie doive jouer un très-grand rôle, il ne faut cependant, jamais oublier qu'elle ne peut pas soutenir pendant longtemps et sans désavantage le rôle d'arme indépendante. Son artillerie devra donc être inséparable d'elle, et, dans plusieurs cas, son infanterie venir la dégager des cas épineux dans lesquels elle peut se trouver, par exemple, en franchissant un défilé, ou même un espace de terrain trop accidenté.
Dans de pareils cas , la cavalerie ne peut s'attirer que de mauvaises affaires , et c'est sur ks soins du chef qui commande la masse des troupes, qu'elle devra se reposer pour disposer ses partis d'infanterie de ligne et ses tirailleurs sur les points où leur action peut leur ofirir de grands avantages, et d'où ils puissent protéger en général toutes les troupes rétrogradantes, ce dont j'ai eu l'occasion de parler dans la cinquième section du deuxième chapitre.
Gomme le point que nous venons de faire occuper par l'infanterie est justement le domaine ou ses avantages sont rehaussés par la configu-
(i) Celle-ci se rassemble ordinairement sous la protection de rinfanterie ou de la même arme, tandis que la
ration du terrain , nous devons d'autant moins craindre de faire défiler les troupes sous sa protection, que, sur des sites pareils', la cavalerie a tout à perdre et rien à gagner. Une fois que le défilé sera franchi par les troupes rétrogradantes, nous rendrons à la cavalerie le fôle qu'elle a été obligée de suspendre momentanément, et l'ennemi la trouvera postée aux débouchés , prête à fondre sur les têtes des colonnes et possédant par conséquent un avantage marqué.
Ce n'est que par un édiange de troupes , pareil à celui que je viens de faire, et que nous adapterons au terrain que les troupes rétrogradantes parcourront, que nous pourrons soi^ tenir avec un certain avantage les attaques des troupes assaillantes, et que nous protégerons la retraite des rétrogradantes.
Quoique le major Decker, dans ses/iutnietions pour la cavalerie et l'artillerie à cheval, ait voulu (page 428) s'appesantir sur une thèse qui n'était pas à défendre, je n'en répéterai pas moins : Gare au chef qui permettrait a l'ennemi d'acculer la cavalerie à un défilé. Ce serait lui abandonner volontairement toutes les chances de succès. Mais une imprévoyance pareille n'est pas à supposer.
SECTION VI
DE l'action de la CAVALERIE LÉGÈRE.
L'action de la cavalerie légère se présente sous deux rapports tout à fait opposés :
1^ A la débandade;
^^ Avec les rangs serrés ou en ligne.
Mais comme ces deux actions, diamétralement opposées l'une à l'autre , se suivent quelquefois consécutivement, et souvent dans de courts espaces de temps, il faut accoutumer la cavalerie légère plus encore que celle de ligne (i) , à se rassembler et se reformer avec ordre et vitesse. Ce rassemblement spontané et quelquefois indispensable, est justement recueil où la cavalerie échoue si souvent On a vu des chefs de cavalerie être obligés de mener leurs troupes à des distances assez grandes, derrière les lignes de bataille, pour rallier
cavalerie légère s*étant aventurée trop loin, est obligée quelquefois de former ses lignes sous le feu des ennemis.
EXAMEN RAISONNÉ
et reforma cette arme, après un choc repoussé et peu ponrsuiyi. CTest peu de fuir d'une ma-» nière désordonnée, le mal qui en provient est souvent incalculable, car nous avons vu plus d'une fois la cavalerie entraîner des lignes en^ lières dans sa fuite. Les batailles de Mollvitz, d'Aspem et tant d'autres exemples encore, nous en officent des tableaux effrayants.
Si le talent de se débander, comme de se reformer avec ordre et vitesse, même sous le feu des ennemis, est porté à un haut degré de perfection , il doit donner à la cavalerie légère de grandes prérogatives, dans toutes les occa* sions où le hasard lui assignera pour son action un terrain favorable. Dans des plaines ouvertes et unies, la cavalerie légère, qui possède ces deux vertus, aura même un grand avantage sur la cavalerie de ligne. Tandis que la cavalerie légère, profitant des prérogatives de la débandade, harcèlera son ennemi en cherchant à gagner son flanc et son dos, celle de ligne, qui ne doit se battre qu'à rangs serrés, et qui est perdue si elle se débande, sera dans un certain temps, tellement fatiguée parle danger souvent répété de se voir attaquée en flanc et à dos, que tôt ou lard ses forces s'épuiseront, et elle sera obligée de céder le champ de ba* taille à sa rivale.
Groira-t-elle par un choc décisif réprimer les agaceries de ses adversaires, elle sera bientôt trompée dans ses calculs , car an moment où elle voudra l'essayer, ces nuées qui Tobsédaient s'esquivent avec promptitude et dans une direction divergente à celle où la cavalerie de ligne croira les atteindre; mais reparaissant presque aussitôt à dos de la cavalerie de ligne, lui prouveront par le fait que, dans les plaines vastes et unies, la cavalerie légère, exercée jusqu a une sorte de perfection à se débander ainsi qa*à se reformer sous les yeux de ses ennemis , aura à la suite d'un combat, qu'elle saura prolonger avec adresse et sans exténuer ses forces, un ascendant assez marqué sur celle de ligne.
Nous avons eu plusieurs fois occasion , dans le courant de cet ouvrage, de nous convaincre que les mouvements qui réussissaient toujours le mieux , et qui ordinairement rapportaient les résultats les plus grands et les plus décisifs, étaient les mouvements donc nous pouvions ravir la connaissance et surtout le mécanisme
à l'ennemi. La cavalerie légère étant justement l'sTtùe qui nous offre les moyens de nous éclairer à de grandes distances, et de baser nos mouvements sur les positions de notre ennemi , doit nécessairement jouer un rôle très» important dans les armées. Les grandes , comme les opérations secondaires, sont de son ressort , et nous Pavons vue souvent cueillir de nombreux lauriers dans le service des patrouilles et des reconnaissances, comme dans celui des batailles rangées.
La force des armées du système de guerre actuel, obligeant les chefs à les faire marcher sur dîfi)$rentes colonnes pour atteindre quelqœ point, et leur marche, leur arrivée, leur déploiement et leur engagement étant calculés pour être coïncidents , si nous manquions de cavalerie légère, les calculs des généraux en chef, auxquels il serait impossible de s'éclairer dans des directions différentes et souvent si multiples, seraient souvent mis en défaut. Les surprises en deviendraient plus fréquentes, et la sécurité des armées serait souvent mise à la merci d'un parti commandé par un chef un peu hardi.
L'action de la cavalerie légère , lorsqu'elle se bat en débandade, tant qu'il ne s'agira que de romper son ennemi et le livrer ensuite à la force impulsive des autres armes qui doivent l'achever, doit porter l'empreinte de la finesse. Elle cherchera donc à agacer son ennemi , à l'engager par des attaques simulées dans une poursuite pernicieuse; et se repliant, avec la vitesse de l'éclair, derrière l'artillerie ou l'infanterie , elle donnera un libre jeu aux feux d'une de ces denx armes, ou bien au choc de la cavalerie de ligne.
Après une bataille gagnée, la cavalerie légère est d'une importance majeure; car un ennemi battu et rétrogradant, exténué des fatigues de la journée , se replie rarement avec l'ordre requis, et dans des moments pareils , l'apparition d'un petit détachement suffit quelquefois pour mettre toute une colonne en débandade.
En 1813 , au moment où les Français occupèrent Kœnigsberg, un parti tout à fait insignifiant de Cosaques a manqué de faire prisonnier le vice-roi d'Italie et tout son quartier-général. 11 n'échappa à leur poursuite qu'en s'évadant du palais qu'il occupait. Après la bataille de
DES TROIS ARMES
DeuievilZy k cavalerie légère des Pnifisiens fit OB butîo immense. Si après la bataille de Leipzig, les alliés, qui avaient une nombreuse et si belle cavalerie, eussent détacbé 10,000 obetMx pour poursuivre Tamiée battue de Napoléon, iiest probable^iu^elle n^auraitpu atteindre Hanauqm'avec un noyau insignifiant, et 4iQele maréchal Wrède serait facilement venu à bout de dompter.
Le service de la cavalerie légère est iellemeDt compliqué, que pour ne pas abîmer cette ame, il est Indispensable que le cbef qui la ooounande prenne soin de flaire souvent rêkver les escadrons actifs par d'autres tirés du corps de bataille, qui possèdent le temps nécessaire pour bien nourrir et soigner leurs cbevaux; car nous la voyons agir :
i^ Aux avant-postes ;
2^ Aux piquets;
^^ Aux graad'ipurdes ;
4<* Dans les patrouilles;
^ Dans les reconnaissances;
(^ Dans les escarmouches ;
7" A Tavant-garde ;
8® A Farrière-garde ; .
9® Dans les batailles*
Quoique dans les trois premiers services, les cavaliers soient quelquefois plus passifs qu'ac- Uis, les hommes et les chevaux, obligés d*étre tOBjours habillés et sellés, ne s'en fatiguent pas iDoins par Tétat de gène dans laquelle ils se trouvent, et Je manque de temps de se bien oonrrir et d'avoir soin des animaux.
Dans les six derniers cas, soa activité doit être non inierrompiae, et sa persévérance, son adresse, son attention ainsi que son courage, Mat mis à nue épreuve trèsHtifficile. Furetant avec intelligence et patience, elle doit toutdécoBvrir d'avance et en instruire les troupes qui inarcbent sous sa protection. Voltigeant avec adresse, n'abandonnant sa proie qu'au moment ou eUe Taura fatiguée, elle facilitera les succès de Tanne qui devra porter les coups décisifs. EUe doit être aussi lar terreur du repos des caoq^, comme le fléan des troupes qu'elle surptendia en rase campagne.
Une description pareille lui accordant une sorte de préfiôndérance pour l'action préparatoire, ne nous autorise cependant pas à abandonner la -cavalerie légère à sa propre force impulsive; mais pour alléger son service et le
rendre moins diilicile, nous oblige au contraire à la soutenir et à la faire combattre aussi sous la protection des autres armes, et surtout de rinfanterie. Le terrain ofire souvent à son ae^ tion tant d'entraves à subjuguer, et qu'elle n'est pas en état de surmonter à elle seule, qu'il nous mène involontaii*ement au désir de la voir continuellement dans son action, associée i de bons tirailleurs,
€omme le mouvement de marche de 1- infanterie est trop lent pour suivre la cavalerie dans ses rechercerches et ses différentes actions, pour obvier à cet inconvénieat, on accédera à l'organisation des tirailleurs de cavalerie , dont le cooftte de Bismark nous a développé l'orga* uisation, les propriétés et l'action (i). Soutenue par une institution pareille, une troupe de cavalerie qui se trouverait séparée *des autres armes serait déjà en état de franchir plus d'un obstacle, qu'il lui serait cependant impossible desurmcHiter si elle ne possédait pas quelques cavaliers qui puissent mettre pied à terre et frayer le chemin d'nn défilé, d'un pont, etc. c Les tirailleurs, dit le comte de Bismark (s),
> peuvent se battre sur tous les terrains et contre i chaque arme ; et quoique les engagements à
> pied soient devenus maintenant plus rares, » ils ne sont cependant pias tout à fait exclus, » et les tirailleurs doivent absolument y être l'exercés. >
D'après l'organisation et l'éducation que le comte Bismark accorde à ses tirailleurs, nous reconnaissons le type d'après lequel ceux de l'infanterie ont été institués, avec cette difierence que ceux de la cavalerie conserveront la prérogative de la célérité sur ceux de l'infanterie. Un cas épineux, où la vitesse pourrait avoir une grande influence , démontrerait tout de suite la prépondérance des premiers sur les derniers. Puisse seulement la perfection qu'on cherchera à accorder à leur éducation ^aler l'utilité de leur institution !
C'est surtout dans les mouvements rétrogrades de la cavalerie, mouvements si épineux pour cette arme, que ses tirailleurs lui rendront de très-grands services, en retenant l'ennemi et donnant aux troupes rétrogradantes leiemps et les moyens de prendre une nouvelle posi-
(1) SdMzen-SysUm der Jletil«rey,Stuttgwdt, 1824. (t) [dem.
EXAMEN RAISONNÉ
tioD en arrière, et d'y ordonner les escadrons. Que la cavalerie se relire en échelons ou en échiquier, il est toujours indispensable de cour ▼rirïa rétrogradation, pour que Vennemi ne puisse pas attaquer la partie rétrogradante dans un moment où son mouvement lui donne tant de désavantage.
Dans la retraite en échiquier surtout, dans laquelle la ligne rétrogradante n*ose pas sV bandonner à un mouvement trop accéléré , pour ne pas fatiguer les chevaux, les tirailleurs et la cavalerie légère en général (i), doivent chercher, pendant tout le temps que la première ligne rétrograde à travers la seconde, et tourne par conséquent le dos à son ennemi, et que celle-ci emploie à se mettre en mesure de combattre son ennemi, en voltigeant sur ses flancs et Tagaçant en front, à le faire craindre pour ses derrières, et chercher à paralyser la décision des mouvements des assaillants.
Une armée qui posséderait une cavalerie légère habile à agacer et fatiguer son ennemi, et à paraître avec la rapidité de Téclair sur les 'flancs et à dos de ses adversaires, pourrait, dans beaucoup d'occasions, désespérer facilement son ennemi. L'infanterie serait la seule arme qui conserverait sa prépondérance en conservant sa formation des masses défensives contre la cavalerie, tandis que Tartillerie perdrait beaucoup de son assurance, si une charge que la cavalerie se proposerait de faire en front était précédée par un mouvement ofiensif d'une cavalerie légère bien aguerrie, possédant au suprême degré le talent d'exécuter des mouvements de conversion autour des ailes des batteries.
L'apparition subite de flanqueurs , qui aune certaine distance se détacheraient de la ligne attaquante, suffirait pour obliger une batterie à changer de position ; mais pour une bonne cavalerie qui s'avancera avec franchise, il ne faut quelquefois, pour s'emparer delà batterie, que le temps que les artilleurs emploieront pour mettre les pièces sur les avant-trains , et se retirer pour prendre une autre position.
La cavalerie légère, en couvrant la retraite d'une armée battue , peut aussi , en donnant
(i) Le comte de Bismark exige entre les tirailleurs et la ca?alcrie à laquelle ils appartiennent, une proportion de uo à cinq.
l'alarme par des attaques inopinées , tromper son ennemi, lui faire craindre quelques mouvements, et en l'obligeant à se mettre en mesure de recevoir et de s'opposer aux insultes des adversaires, faire gagner à l'armée rétrogradante assez de temps pour opérer la retraite. Pendant le mouvement rétrograde des Français depuis le champ de bataille de La Rothière, où ils venaient de perdre une bataille rangée , et les défaites du corps du duc de Raguse à Ronay ^ et les combats livrés à Saint-Thiébault et au pont de Clerey, Napoléon, qui venait de prendre position à Troyes^ pi^essé sur sa droite par le corps du comte de OoUoredo et la division légère du prince Maurice de Lichtenstein, et en front par la majeure partie de l'armée des alliés, se vit obligé d'abandonner Troyes pour se replier sur Nogent. Le 6 février, toute l'armée française commença son mouvement rétrograde, et il ne resta à Troyes, pour couvrir la retraite, que le duc de Trévise avec la division Michel , la garde de Paris , aux ordres du général Gérard , et les dragons du général Briche.
Le prince de Schwarzenberg , qui était décidé à attaquer l'ennemi le 7, fit venir le corps du comte de'Wittgenstein à Piney. Le comte de Pahlen , après avoir laissé un détachement à Arcis, pour observer l'Aube, se dirigea par Chaumont sur Méry, et le prince de Wurtemberg s'avança jusqu'à Laubressel. Le duc de Trévise, qui était au moment d'être attaqué par des forces bien supérieures, auxquelles même la masse primitive de l'armée française aurait été obligée de céder, avait à cœur de proléger la retraite des troupes rétrogradantes. Pour leur faire gagner quelques moments précieux en faisant perdre du temps aux ailiiés, il fait courir des patrouilles de cavalerie légère vers Luzigny, et attaque leurs avant-postes avec les dragons du général Briche , sur la route de Bar-sur-Seine , près de Comprenne ; le stratagème réussit complètement, et le prince de Schwarzenberg, s'attendant à être attaqué, perdit un temps précieux pour se mettre en mesure de s'opposer aux ennemis. Les Français en profitèrent pour atteindre Nogent.
L'action de la cavalerie légère, en se débandant, peut embrasser une si grande étendue de terrain, la vélocité de son mouvement lui offrant les moyens d'échapper avec rapidité aux
DES TROIS ARMES
poorsoites de ses ennemis» quVlle peut menaeer diflTérents points où» sans les tronpes légères» les autres annes ne pourraient jamais se hasarder. Elle peut toujours, forcer ses ennefflis à se donner un désavantage momentané pour ne pas risquer de subir un plus grand malheur» et souTent» lorqu'on sait en profiter et qae la circonstance est favorable » un moment suffit pour remporter un avantage qui soit le prélude de la victoire ; mais c'est justement dans des tâcbes aussi diflBciles qu'Û iaut diercher» par la combinaison des troupes»
d'accorder à la cavalerie légère un degré de force que sa nature ne possède pas» et qu'elle doit emprunter à Tinfanterie, quelquefois aussi ï Tartillerie à cbeval » et de lui associer» dans des moments pareils » quelques tirailleurs des plus experts» bon tireurs» lestes dans leurs moavements» et dont Tesprit soit ricbe en expédients efficaces. Tout le problème de rengagement reposant sur Tart avec lequel les troupes légères sauront forcer Tennemi à dé-
garnir un point quelconque » et lui ravir une partie des moyens de résistance» il est indispensable que l'action des troupes auxquelles on foit remplir un emploi pareil, porte l'empreinte du courage » du sang-froid» de la finesse» de la célérité et d'un accord parfait.
Adroite lorsqu'il faudra se glisser et surprendre son ennemi» agile en l'agaçant, et souple à esquiver sa poursuite ; fouillant avec attention et à de grandes distances le terrain» lorsqu'il faudra éclairer la marcbe d'une armée et protéger son déploiement» débandée lorsqu'il s'agira de paralyser» pendant les retraites» les mouvements offensifs des ennemis» en s'attachant à leur flanc et menaçant leur derrière» rassemblée et chargeant avec impétuosité» si par quelque heureux hasard les adversaires découvrent un point faible de leur odre de bataille » la cavalerie légère répondra justement aux différents services que les armées en attendent » et sera le flambeau qui éclaire » ainsi que l'égide qui protège.
EXAMEN RAISONNÉ
SBI
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