‹ Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en RussieChapitre 66 sur 86 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DES TROIS ARMES

SECTION PREMIÈRE

DU RAPPOET BNTRB LB8 TE0I8 ARHB8 DIFfArRHTBS.

Apres avoir posé les principes des propriétés, des positions et de Paction individuelle des trois armes , il nous reste à examiner la dérivation de leurs rapports entre elles , et à considérer leurs combinaisons , le soutien qu^elles doivent se porter réciproquement, et les résultats qui doivent en provenir.

Abstraction faite d^un équilibre prépondérant de forces physiques et d*où la victoire peut dériver si facilement, le succès d^une bataille qui délie ordinairement le nœud que les mouvements stratégiques enlacent, provient en grande partie du bon emploi , et surtout du soutien réciproque que les trois armes s^accoi*^ dent*

Dans tous les engagements qu^on est dans le cas de faire soutenir aux di&érenles armes, lorsqu'on veut parvenir à un résultat avantageux , le principal est toujours de sMdentifier avec le caractère et les moyens de Tarme qu*on emploie, et de celle qu'on se propose de combattre. Cest dans leurs propriétés qu'on doit chercher les vrais moyens de se défendre et de vaincre. LMgnorance de l'emploi des armes ne peut produire que des résultats fatals qui, commençant par une perte d*hommes, finissent parla dédite delà troupe qui combat.

Que, sans avoir préparé son action , on enjoigne à la cavalerie d'attaquer de l'infanterie qui se soit apprêtée à recevoir le choc, ou qu'on abandonne l'artillerie à son unique défense , en lui ravissant le secours des autres armes, il n'y a pas de doute qu'on mènerait l'une à un échec certain , et l'autre à une perte indubitable. Que l'infanterie , à son tour, soit abandonnée par l'artillerie, elle sera en butte à de grandes pertes, mais elle est encore la seule qui puisse se soutenir avec un certain équilibre contre la coalisation des trois armes ensemble.

Nous pouvons en conclure que, pour se soutenir avec un avantage marquant, contre un ennemi qui dispose des trois armes, il faut pouvoir lui opposer la même combinaison de troupes , en adaptant au terrain et à la circonstance , l'amalgame le plus elficace et celai qui nous conduit au résultat le plus avantageux et le plus réel. Ce n'est, en général, qu'en développant les rapports qui existent entre les différentes armes , qu'on peut aussi désigner les vrais moyens de leur action, ainsi que les circonstances dans lesquelles on peut les engager avec avantage et en retirer des résultats efficaces.

Chaque bataille peut être envisagée comme un syllogisme de tactique , qui possède trois moments très-distincts : celui de l'engagement.

mS TROIS ARMES.

<h nœud et de U dédskMi. Le général qui oommaDde en chef profile du premier, pour placer ses troupes» obserfer la position de l'en- Demi et former wa premier plan d'attaque; voilA pourquoi l'engagement d'une bataille ne nous offre presque jamais, non-seulement de dioc décisif sur aucun point de la position, mais pas même de mouvement bien prononcé, qui pût en quelque sorte dévoiler les projets d'un des partis. Au contraire, un o^tain tâtonDement se fait remarquer pendant un certain temps; mais cette époque n'est jamais la moins intéressante de la journée. Elle influe plus qu'on ne le croit sur le nœud du combat , puiaque c'est celle dont on profite pour observer la position topographique de l'emplacement des Iroupes de son ennemi, et former ma propre plan d'attaque.

Le nœud ambrasse la sphère des mouvements des différentes armes et des contre-mouvemenU derennemi , des attaques partielles , des suocèset des échecs. On fatigue son adversaire, on cherche à partager son attention , on agit de manière à le forcer de découvrir quelque côté tûble, ou bien on dirige contre un des points de son ordre de bataille , une force plus grande que celle dont il peut y disposer pour le défendre, et on |Mrépare ainsi le dénoûment.

Le dénomment est l'engagement de toutes les forces présentes , et le résultat des mouvements et des engagements de la journée. 11 est, et il doit être en rapport direct avec l'^ispect 80D8 lequel on a envisagé le terrain , les proprîétésdes troisarmes et l'emploi qu'on ena fait.

Après avoir achevé et mis au jour le déveh^pement des propriétés de l'infanterie, de la cavalerie et de l'artillerie , basé l'action de chaenoe d'eUes sur les vei*tus et lecaraclère inhélents à leur nature , et exposé enfin les vices et les avantages de chacune d'elles individuellement, ainsi que la manière de les employer pour pouvoir mieux les caractériser, bisons-en un tableau succinct, et procédons ensuite aux rapports intimes qui existent entre elles.

L'inCinterie est une arme indépendante et possède une force positive permanente. Ses propriétés sont offensives et défensives , déduites de ses moyens d'attaque et de défense ; elle est la seule qui puisse risquer de s'engager sans nécessiter le secours d'une «autre arme, et

son action indépendante peut èlre préparatoire et définitive.

La cavalerie est une arme auxiliaire et m possède qu'une force positive temporaire. Ses propriétés sont purement offimsives, et son action ne possède qu'une indépendance momentanée ; mais les résultats de son action sont définitife.

L'artillerie est une arme secondaire et possède une force. positive permanente. Ses propriétés sont défensives, mais destructives, et son action , dépendante des deux autres armes , sans lesquelles elle n'ose jamais s'engager, est purement préparatoire.

£n considérant maintenant l'action de chaque arme, sous le rapport de son état d'individualité , nous pouvons déduire de ce tableau, sous le rapport qui existe entre les armes , les conclusions générales suivantes :

Abstraction faites des pertes smxquelles Finfanterie peut être en butte en s'engageant sans être soutenue, c'est cependant la seule arme qui, dépourvue de secours, peut se soutenir avec avantage. Il lui est impossible de se soustraire aux pertes que Fartillerie peut lui faire éprouver, car la force de résistance des éléments qui composent l'infanterie n'est point du tout en proportion avec la force de percussion des projectiles de l'artillerie ; mais les formations de la première sont assez dBcaces pour lui faire soutenir avec avantage les attaques de la même arme et de la cavalerie. Elle peut non-seulement repousser leurs mouvements offensifs, mais les poursuivre même, pendant un certain temps, avec un feu bien dirigé, dont les effets, il est vrai, se perdent bientôt par réloignement, contre la cavalerie, mais dont les résultats ne cessent d'être avantageux contre une infanterie rétrogradante.

Si on pouvait accorder à l'infanterie, abandonnée à son unique finrce impulsive, la faculté de se maintenir avec avantage contre l'artîibme, on parviendrait facilement à imprimer à cette arme le sceau de la perfection. Mais l'impossibilité d'accorder à des projectiles lancés par dés armes que manie le fantassin , une force de tir et de percussion, à peu près équivalente à celle des projectiles lancés par des canons, a établi entre l'infanterie et l'artillerie , quant à l'effet des armes dont l'une et l'autre se servent, un équilibre trop défavorable pour la

EXAMEN RAISONNÉ

première, pour qu'elle puisse se maintenir avec une sorle d'avantage. IL ne reste donc qu\m seul moyen pour rétablir cet équilibre, c'est d'accorder à Tinfanterie un secours assez puis* sant pour pouvoir paralyser les effets meurtriers de l'artillerie, et ce secours, nous le trouvons dans rartillerie même.

La combinaison de l'infanterie avecTartillerie, en soustrayant la première aux effets meurtriers de la secondeetcorrigeant le vice capital qui rendait son action imparfaite, produit, entre les deux armes, un rapport intime qu'on ne doit jamais rompre, si on ne veut pas mettre l'infanterie en butte à des désavantages marquants! En suivant ces deux armes dans leur action offensive et défensive, on se convaincra d'autant plus de l'intimité du rapport entre les deux, qu'on verra que la combinaison de leur action leur suffit pour pouvoir attaquer ainsi que se défendre avec avantage.

La combinaison existant une fois dans les moments d'engagements qui commencent par le feu de rartillerie, la partie qui se défend riposte par un feu aussi bien nourri que celui qu'elle reçoit. Les tirailleurs ennemis chercbent-ils à se glisser, à la faveur des sinuosités du terrain, pour s'approcher des batteries, et par des coups bien dirigés leur enlever leurs servants, l'infanterie défensive leur oppose la même troupe, et, en les forçant à fixer leur attention sur les adversaires qu'on vient de lancer contre eux, contribue ainsi à la défense et à l'état de sécurité de son artillerie.

L'ennemi se propose -t- il de nous enleyer notre artillerie par le choc vigoureux de la cavalerie, on épie son mouvement offensif, et lorsque le moment dangereux approche, les batteries sont mises en un lieu de sûreté, et l'impétuosité de cette cavalerie vient se briser contre les colonnes de l'infanterie, qui, comme nous l'avons déjà vu, possèdent les vertus défensives les plus puissantes.

Se propose-t-onde prononcer un mouvement offensif dont un choc doit être la suite, les colonnes offensives, les tirailleurs et l'artillerie possédront assez d'éléments destructifs et de propriétés préparatoires pour rendre l'action décisive. Recourons à un exemple pour rendre l'assertion plus évidente.

A la bataille de Wagram , au moment où les Français gavaient engagé un feu très-vif du

côté de Markt-Grafen-Neusiedel, Napoléon dirigea une autre attaque contre les troupes de Hohenzollern, postées devant le village de Baumersdorf. Cette attaque fut combinée avec celle que Davoust faisait contre Markt-Grafen-Neusiedel, pour prendre à revers les troupes du corps duprincedeRosenberg,qui avaient formé un angle. La liaison de ces mouvements offensifs obligea les Impériaux de faire rétrograder de plus en plus leur flanc gauche , et d'abandonner même le village de Markt-Grafen-Neusiedel. Tandis que les Français soutenaient leur mouvement de conversion par un combat de front contre les troupes placées au-dessous de Markt-Grafen-Neusiedel, Napoléon préparait une attaque définitive contre le flanc même de ses ennemis.

La masse offensive était composée de six colonnes d'infanterie, disposées en échiquier, ayant de l'artillerie devant et dans les intervalles, ainsi que des nuées de tirailleurs. La cavalerie autrichienne, apercevant cette masse offensive, tombe dessus à bride abattue; maïs le choc ne réussit pas; la cavalerie impériale rétrograde, et les Français poursnivmit leur mouvement offensif. Le premier assaut est cependant repoussé; mais loin de se laisser décourager, ils reviennent à la charge, tandis que Finfanterie 4e la seconde ligne, en faisant un à-droite en bataille, se prolonge et se déploie sur la droite de la masse attaquante qui renou* velle son assaut, dont le succès fut aussi peu favorable que le premier. Le troisième fut plos opiniâtre et plus décisif: les Impériaux sont enfoncés; les troupes françaises, qui avaient débouché de Glinzcndorf , soutiennent ce succès, et, conjointement avec les troupes du maréchal Davoust , achèvent la décision de la victoire.

Cet exemple, tiré d'une des plus fameuses et des plus meurtrières batailles des temps modernes, sera suffisant pour nous convaincreque l'infanterie , soutenue par de l'artillerie, forme une combinaison d'action qui suffit pour nous accorder toujours les résultats les plos avantageux^ et pour pouvoir aussi décider de la victoire.

Le rapport qui existe entre ces deux armes est donc intime, et la liaison de leur action doit être inséparable; car, abandonnées chacune à leur propre force impulsive, l'artillerie ennemie

DES TROIS ARMES

soumet l'infanterie à des perles très-grandeB, tandis qu'elle court eUe-méme à une perte in* faiUible.

La cavalerie qu*ou engage sans la soutenir par d'autres armes , n*a de probabilités positives de succès que contre la même arme; car, douée de la même force, des mêmes propriétés, des mêmes prérogatives, et livrant par conséquent le combat à facultés égales, elle possède les mêmes chances pour le succès. Si on l'engage contre une infanterie qui s'est apprêtée à recevoir son choc, ses efforts offensife se brisent contre les propriétés défensives de L'autre, comme les exemples que nous offrent les batailles de Marengo et de Leipzig. Si on dirige ses mouvements offensifs contre Tartil* lerie , cette ajrme ne pouvant se défendre ellemême, étant, quel que soit le cas où elle se trouve, défendue par Tune des deux armes, la cavalerie sera donc obligée de combattre contre une force combinée , et aura encore moins de chances de succès.

J'en conclus que, dans ces deux derniers cas, pour soustraire cette arme aux désavantages que je viens d'énoncer, il faut ou une action préliminaire qui prépare le succès du choc, ou une action simultanée qui le fasse réussir.

La première présuppose une combinaison de mouvements, et la seconde une complication d'effofts.

L'action préparatoire étant un engagement qui doit devancer celui de U cavalerie , elle exemple celle-ci de toute coopération, et fait retomber tout le poids de la tâche sur l'infanterie et l'artillerie, dont Taction combinée, comme nous venons de le voir, produit le degré de force impulsive suffisante pour acquérir des avantages marqués dans l'aîttaque comme dans la défense. C'est à l'action combinée de ces deux armes ou à leur engagement successif, selon que l'ennemi, le terrain et la circonstance le permettront ou l'exigeront, qu'on doit donc imposer la tâche de préparer les moments opportuns et les chances avantageuses de l'action de la cavalerie.

Cependant, en basant Paction de la cavalerie sur un autre préliminaire, qui à son tour est le produit d'une combinaison de mouvements, ce n^est pas toujours un succès isolé, et par conséquent de peu de conséquence pour l'issue d'une bataille, qui peut être le principe de ces

mouvements ; un succès pareil peut avoir aussi pour but la possession de la clé de la position, ou d'un point important du champ de bataille, et qu'on ne cède qu'après l'avoir défendu à outrance; alors, ce n'est pas une seule attaque qui peut nous livrer un point pareil; car ordinairement la défense est tout aussi opiniâtre que l'attaque est vive. La même combinaison de force impulsive étant opposée l'une à l'autre, et souvent les avantages que la prépondérance des forces physiques accorde à un parti, étant contrebalancés par les avantages des localités doût jouirait l'autre, produit justement ces combats à outrance dont la 6n ne peut être amenée que par une combinaison de mouvements offensif^ et défensifs. Des colonnes qu'on entame sont bientôt reformées par le serrement des rangs, opération qui n'exige que peu de temps pour l'achever; l'ennemi croit-il pouvoir vaincre en faisant agir une force prépondérante, la réserve est toute prête pour lui en opposer d'équivalentes; en un mot, des engagements opiniâtres, le profit qu'on tire des localités, les ruses qu'on emploie, les manœuvres dont on fait usagé, et qui nous entraînent dans des mouvements souvent très-compliqués, doivent servir d'action préparatoire à celle d'une cavalerie qui se prépare à compléter la victoire.

Le cas que je viens de discuter supposait une masse de troupes à laquelle les engagements antérieurs des autres armes auraient déjà ravi sa force primitive, et contre laquelle on engagerait une masse de cavalerie qui achèverait sa dissolution. 11 peut cependant arriver que les éléments dont se compose la masse qu'on se propose de vaincre, soutenue spontanément par une réserve, acquière de nouveau assez de puissance encore pour se soutenir contre une cavalerie qui s'abondonne à l'impulsion de son choc. Pour prévenir cette dissolution qui peut suivre de près l'attaque, on doit amalgamer la cavalerie avec une autre arme, et produire, par cette combinaison, le degré de force impulsive capable de subjuguer l'obstacle survenu.

Il faut commencer par examiner le cas, et voir si la combinaison devient nécessaire, et ne procéder à l'exécution que si nous la trouvons indispensable; mais alors aussi, lorsqu'on est dans le cas de devoir combiner l'action d'une arme avec celle de la cavalerie, il faut com~

EXABIEN RAISONNÉ

mencer par s'assurer si la viiesse du mouvement de Tune est équivalent à la vélocité de l'autre. Si» au contraire, on voulait combiner Faction de la cavalerie avec celle d'une autre arme, dont le mouvement serait moins prompt, il en résulterait un amalgame vicieux. Eu commençant un mouvement offensif , la cavalerie, en s'abandonnant à son mouvement de vélocité, qui constitue la force de son choc, ne pouvant être suivie par l'arme qui* la seconde, tomberait dans le désavantage dont nous venons de parler, ou bien , si elle ralentit son mouvement pour procurer à l'arme qui la secourt la possibilité de la suivre, elle paralyse l'efficacité du choc et perd le moment opportun.

L'infanterie et l'artillerie à pied possédant un mouvement beaucoup plus ralenti que celui de la cavalerie, ne peuvent, sans faire de tort réel à l'opération offensive de cette arme , la seconder dans de pareilles occasions, et c'est l'artillerie à cheval qu'on combinera avec la cavalerie. Pouvant suivre cette arme avec les mêmes allures et la même vitesse ; possédant, connue nou^ avons déjà eu l'occasion de nous en convaincre, plusieurs autres avantages ca* ractérisques , comme la promptitude avec laquelle elle peut se soustraire aux attaques de ses ennemis pour donner une libre action aux armes qui la secondent, ainsi qu'une plus grande justesse de tir que l'artillerie à pied, l'artUlerie à cheval est justement l'arme la plus convenad)le pour renforcer la cavalerie et ne pas l'abandonner dans ses charges.

Mais les précautions les plus salutaires, qui ne paraissent nous offrir que des chances favorables, ne sont pas toujours exemptes d'incidents imprévus qui peuvent tourner au désavantage de la cavalerie. Pour prévenir du moins des défaites totales et des dissolutions qui en sont souvent k suite , elle a besoin d'une égide protectrice pour sa reformation, et sans laquelle sa force impulsive se trouve tout à fait paralysée. Cette réorganisation ne pouvant mieux se faire que sous la protection d'une arme qui possède de grandes propriétés défen-

(i) Je propose de reformer une cavalerie désorganisée sous la protection de riofanterie, sans admettre la même arme dans ce rôle; car, dans des discussions scientifiques, il faut toujours indiquer plutôt le remède le plus salutaire, abandonnant déjà an chef le soin de se servir , dans un moment pareil , de celui que la circon-

sives , il serait difficile de faire un meîlleiir choix que d'imposer à l'infanterie la lâche de recevoir une cavalerie battue , et lui accorder le temps nécessaire pour sa reformation (t).

L'artillerie possédant aussi la propriété d*arrèter les mouvements offiensife d'une troupe ennemie, peut aussi protéger la reformaiion d'une masse de cavalerie battue ; mais comme les batteries ne doivent jamais être mises en action sans ^tre soutenues par une autre arme, qui soit toujours prête à la soustraire au danger de tomber entre les mains des ennemis , sous le rapport de la protection qu'on doit accorder à une cavalerie rétrogradante et qui doit se réorganiser, l'artillerie ne joue qu'un rôle secondaire, tandis que le primitif est réservé à l'infanterie , qui forme ordinairement les lignes de bataille et protège aussi l'artillerie. Les exemples quej'ai déjà citésdelareformation de la cavalerie sous la protection de l'infanterie, et que j'avais tirés des batailles 4' Austertitz, de Jéna, et du combat de Fuentës de Honor, prouvent en faveur de l'efficacité du principe, premièrement par la facilité de son exécution, et secondement par les avantages des résultats.

Toutes ces considérations nous portent à conclure que lacavalerie , dont les succès doivent être fondés, excepté contre la même arme, ou sur une action préparatoire, ou sur une action combinée, et dont la reformaUon doit se faire plutôt sous la protection d'une autre arme, se trouve, quant au premier et troisième cas, en rapport direct avec l'infanterie (t) , et, dams le second , avec l'artillerie à cheval.

Le rapport de Tartillerie avec les deux autres armes est beaucoup plus intime encore que ne l'est celui de l'infanterie et de la cavalerie entre elles. Quoique ces deux dernières ne puissent pas toujours, et dans tous les cas, soutenir à elles seules des engagements avec prépondérance , et un avantage marquant, elles peuvent cependant se battre sans que les chances de succès soient toutes à leur détriment ; tandis que l'artillerie ne peut, sous aucun raj^iort et

stance lui offrira. Il ne faut donc pas on oonelure que je ?euilie anéantir la possibilité de pouvoir réo^niser aussi la cavalerie sous la protection de la même arme.

\«) L'infanterie, comme nous Tavons vu, possède sa Maison idtime aussi.

DES TROIS ARMES

dans aaeim cas, être engagée 8i elle n'est son^ tewie par l'une des deui autres armes. Ce n'est pas que rartillerie ne puisse faire effet si die n'est pas secondée : mais ses effets ne sont jtmais de longue durée; car si elle n'est protégée par l'infanterie t)u la cavalerie » ne pou- Yint se défendre eUe-méme, elle finit par tonber au pouvoir de l'ennemi.

J'ai désigné l'artillerie par arme secondaire, car ne pouvant pas se maintenir dans son rôle saDS le secours d'une des deux armes, qui )oi prête les moyens de soutenir son action , nous deTons l'envisager dans tous les mcmieuts de ses engagements, comme une action précaire et dépendante de celle des deux autres armes.

Mais une fois que le maintien de sa position et la sécurité de son action sont assurés par le secours que lui prête l'infanterie ou la cavalerie, aucune des deux autres armes ne peut comparer Tefficacité de ses effets avec ceux de Tartillerie. Les distances dans lesquelles ils peuvent déjà devenir meurtriers, la vigueur <iae son secours accorde à l'action de Tinfankerie et de la cavalerie , la force impulsive qui en provient et les résultats étonnants qui en sont la suite, accordent à ses pn^riétés un rang très-estimable parmi les armes. •

L'artillerie ne possédant pas du tout de moments d'indépendance, doit rester pour ainsi dire sous la tutelle de l'infanterie ou de la cavalerie, et doit se soutenir réciproquement avec ces deux dernières armes dans leurs différents engagements. Mais la combinaison de son action étant suffisante pour accorder à l'inbnterie une force impulsive assez grande pour soutenir tous les genres de combats avec avan-r tage, et à la cavalerie , une vertu destructive capable d'amener un brillant dénoûment, nous pouvons considérer l'artillerie comme une arme indispensable, et sans laquelle les enga* gements des deux autres armes seraient épineux et soumis à de très-grandes pertes , et les résultats douteux et souvent de peu de conséquence.

£n résumant maintenant tous les principes généraux que nous venons d'exposer pour le rapport qui existe entre les trois armes, fondé sar leurs propriétés et leur action , nous pouvons poser la série de maximes suivantes :

1** Les effets de l'action^ de l'infanterie, en général, doivent être basés sur l'action

{fféparatoire des tirailleurs et de l'artlUerie;

â* L'action offensive de l'infanterie doit être basée sur la combinaison de cette arme avec l'artillerie ;

5<^ Les engagements que l'infanterie aura décidés, se compléteront i>ar la cavalerie;

4® Les retraites de l'infanterie doivent s'opérer sous la protection de l'artillerie et de la cavalerie. La première doit chercher à prendre une position oblique à la marche de l'ennemi pour le prendre de flanc, et la seconde doit chercher à achever ce que l'artillerie aura commencé;

b^ Le déploiement de l'infanterie doit se faire sous la protection de l'action combinée de la cavalerie et de l'artillerie ;

6^ L'action de la cavalerie et la décision de ses mouvements offensifs doivent être basées sur l'action préparatoire de l'infanterie et de l'artillerie, ou sur l'action combinée de la cavalerie elle-même avec l'artillerie à cheval;

7** Les retraites de la cavalerie doivent se faire sous la protection de l'infanterie;

8<* Le déploiement de la cavalerie doit s'o»

pérer sous la protection de l'action combinée de la cavalerie légère et de l'artillerie à cheval;

9** L'artillerie ne doit agir que sous la protection immédiate de l'infanterie ou de la cavalerie ;

10® L'action de l'artillerie combinée avee celle des deux autres armes, accordant justement à l'une comme à l'autre, le degré suffis sant d'impulsion pour vaincre et se défendre , quel que soit le genre de combat qu'on soutienne, il vaut mieux, toutes les fois que les circonstances et le terrain le permettent, ne jamais séparer l'artillerie de l'infanterie et de la cavalerie.

D'après cette série de principes, nous voyons, en dernier résultat, que l'action des différentes armes, considérée sous le rapport des engagements offensifs et défensifs, produit un lien de rapports entre les trois armes , dont les chaînons sont si intimement entrelacés, que toutes les fois qu'une des trois armes en secondera une autre dans son action offensive et lui imprimera la force impulsive suffisante pour vaincne son ennemi, si l'on veut prévenir aussi tous les effets dangereux d^un échec , et par conséquent remédier aux désavantages de la défensive , il est presque indispensable d'y en-

EXAMEN RAISONNÉ

''tremèler la coopération de la troisième arme, en combinant les différents raomenls de Faction simultanée de toutes les trois, d'après les circonstances et Tarme contre laquelle on se propose de combattre.

Ce n'est pas que Tinfanterie ou la cavalerie ne puissent combattre sans être secourues par une autre arme, elles peuvent même remporter de temps en temps quelques succès. Rien de plus facile que d'engager un combat; mais en Fentamant, il faut tâcher de vaincre, et en remportant la victoire , il faut Tacheter au prix du moindre sang possible ; car il faut que les succès soient en équilibre avec les pertes, et la combinaison des armes, d'après les principes énoncés , devient donc indispensable.

SECTION II

EiE LA COUBINAISOM DES TROIS ARMES. '

Pour constituer une force positive qui puisse produire une action décisive, nous devons adopter pour principe invariable la combinaison des armes. La force de Tartillerie se faisant sentir à de grandes distances, cette arme forme la première gradation des pertes qu'on fait essuyer à son ennemi. L'infanterie , comme arme offensive et défensive , pouvant soutenir des engagements dans le lointain et la proximité, rassemble en soi tous les moyens d'enta* mer son adversaire, tandis que la cavalerie, jointe aux deux premières armes , forme le maximum de la force qui détruit.

L'appréciation de la force et de la position de l'ennemi , ainsi que la reconnaissance du terrain qui nous mène à lui, doivent nécessairement précéder chaque engagement. C'est d'après ces données qu'on doit décider de la combinaison et de la formation des armes qu'on engage.

Au moment de l'engagement d'une bataille, les premières lignes de bataille des deux armées étant toujours dans un éloignement qui surpasse la portée du fusil, il ne reste , pour les deux partis combattants, que deux moyens de s'atteindre. Il faut^ ou employer l'artillerie ou avancer pour rendre les feux de l'infanterie eâlcaces. Le moment de l'engagement n'étant pas le plus propice pour faire de grands mouvements offensifs, dans de pareilles occasions, on fait plutôt avancer de l'artillerie, qui rem-

plit alors deux rôles à la fois, celui de battre l'ennemi en brèche et de défendre les approches des lignes de bataille.

La ligne des feux de l'artillerie se trouve ordinairement interrompue par les distances qu'on fixe entre les batteries : pour rendre cette ligne de feu contiguê, on remplit ces espaces par des tirailleui^s , qui s'avancent sons la protection des différentes sinuosités du terrain , et rendent par leurs feux ceux de la première ligne , contigus.

Cette ligne des feux de l'artillerie , combinés avec ceux de l'infanterie, forme justement ce rideau , sous la protection duquel les armes opèrent leurs mouvements et préparent leurs manœuvres. C'est aussi la rupture de cette ligne de feux qui est le but des premières attaques des adversaires et qui constituer le premier engagement.

Cette rupture ne peut s'opérer que de deux manières :

i* En paralysant ces feux par d'autres plus meurtriers et plus puissants;

â^ En prononçant sur un des points un mouvement offensif qui oblige les batteries et les tirailleurs à se replier.

Mais tandis qu'un des partis cherche à rompre la ligne de feu de son adversaire , celui-ci tâche d'obvier à des inconvénients pareils, en assignant à son artillerie les positions les plus avantageuses, et aux troupes qui la protègent un emplacement d'où elles puissent défendre efficacement les batteries mises sous leur protection.

Pour parvenir à son Ijut et vaincre facilement toutes ces difficultés, la combinaison des armes, dont le soutien réciproque rend leur action plus efficace et plus sûre, devient indispensable , et cette combinaison se présente sous quatre aspects différents ;

1^ L'infanterie avec l'artillerie ;

^^ La cavalerie avec l'artillerie ;

3^ L'infanterie avec la cavalerie;

4^ L'infanterie avec la cavalerie et l'artillerie.

Et l'emploi de ces différentes combinaisons doit se conformer aux modulations du terrain et à l'opportunité des circonstances.

Combinaison de l'infanterie avec VartUkrie, Par rapport aux batailles, Faction de Tin-

DES TROIS ARMES

fanlerie combinée avec celle de rarlilleriepeut se diviser en trois catégories , qui sont :

i® Les engagements des lignes de bataille qui comprennent en eux la défense des différents, accidents de la position que ces lignes occupent ;

9^ Les mouvements offensifs que Pinfanterie prononce dans le dessein de s'emparer d'un poste ou pour former une brèche ;

3® Les combats qu'elle livre en protégeant en général la retraite des troupes.

Dans les engagements de Tinfanterie combinés avec rartillerie, cette dernière commence toujours le combat, car ses projectiles franchissant de grands espaces , elle peut entamer son ennemi même dans un éloignement assez majeur. Les tirailleurs qui s'avancent à une certaine distance en avant de la masse primitive , forment la seconde gradation de l'engagement, et rinfanlerie, dont les colonnes sont préparées pour recevoir ou pour opérer le choc, nous donne la dernière el définitive.

Ces trois différentes gradations successives de Taclion de ces deux armes combinées , doivent à peu près servir de. principe normal à tous les engagements de l'infanterie avec l'artillerie, et renferment justement en elles les deux époques différentes qui doivent caractériser chaque action , et qui sont : la préparatoire, ou celle qui protège le mouvement et facilite le choc, et la définitive qui le décide. L'artillerie et les tirailleurs protégeront et prépareront le choc, tandis que les masses de l'infanterie le décideront..

Mais ce principe, tout général qu'il soit, possède cependant ses inversions, par rapport aux formations diverses auxquelles on assujettit la masse agissante, et par rapport aux modulations dont on se sert pour la mettre en action.

L^action de la troupe offensive, qui a souvent la possession de différents objets pour but , repose aussi a son tour sur des règles générales , qui doivent servir de principes qu'il faut appliquer à tous les cas, et qui sont: le choix d'un terrain favorable et une formati^ qui facilite l'action de chacune des armes.

Cette dernière observation surtout repose sur un principe si vrai, et elle est d'une conséquence tellement majeure, que toute formation qui ne serait pas basée, sur cette règle , serait vicieuse. Si la disposition des tirailleurs mas-

que les feux de l'artillerie, ou si les batteries empêchent les masses d'infanterie d'entrer en action, il n'en résultera jamais autre chose qu'une défaite.

Pour ce qui regarde le choix de l'artillerie qu'on emploiera pour seconder l'infanterie, on pourra le baser aussi sur un principe normal, qui se rapporte tout à fait à la topographie du point où l'on combat. Si le terrain offre quelques difficultés , il vaudra mieux employer de l'artillerie à cheval, qui, par sa légèreté et la facilité avec laquelle on pçut la faire mouvoir ^ possède plus de moyens de sur^ monter ces petits obstacles. Si le terrain, au contraire, est uni, et n'offre aucune difficulté, on pourra se servir de Tartillerie à pied et avec les mêmes avantages.

Un mouvement offensif peut se prononcer de deux manières différentes :

i^ En faisant mouvoir toutes les troupes qui forment la première ligne de bataille, et en assujettissant successivement le mouvement de la seconde et de la réserve à celui de la première ;

â° En ne faisant avancer qu'une partie des troupes «vers un point dont on veut prendre possession.

Le premier mouvement se partage en mouvement en ligne parallèle et en échelons.

Quoique le principe du premier mouvement paraisse le plus simple, puisqu'on fait avancer les trpupes simplement en avant, le terrain, les circonstances et l'ennemi en rendent cependant l'exécution presque impossible. Les sinu^^sites et des coupures souvent difficiles à franchir, paralysent toujours le mouvement d'une ligne étendue , et on aura rarement un avantage assez marqué sur tous les points du champ de bataille , pour pouvoir prononcer partout un mouvement offensif.

. Ayant égard aux chances avantageuses et défavorables auxquelles on est en butte sur les différents points, si les circonstances amenaient une fois la possibilité de faire participer toute la masse des troupes au mouvement offen3if, on se servira plutôt de celui en échelons , car son exécution est la moins difficile.. Ce qui la facilite encore plus, c'est que ce mouvement peut se régler sur trois points différents, qui sont l'un dés deux flancs ou le centre, qu'on peut disposer à volonté les distances entre les

EXàMEN RAISONNE

éobelons aîo» que leur force (t) > qu'on peut placer les réserves de manière à avoir toujours une masse puissante qu'on peut mettre en ao* tion et même moàuler le mouvement^ ainâ q«e la composition des différentes parties, en se eonfomant auK difficultés du terrain qu'elles devront parcourir.

D'après le principe normal , l'artillerie et les tirailleurs pcolégevont le mouvement offensif. Les pièces de la partie avancée formeront jnslemenjl les batteries primitives, tandis que les adjacentes chercheront à concentrer leurs feux avec les premières. L'artillerie de réserve, placée derrière les éc^dons du flanc avancé, épiera le moment favorable pour entrer «n lice^ et si l'ennemi prononce son mouvement rétrograde, elle se portera, par un mouvement de eoKversion , contre les adversaires, tâchera de se placer de manière à pouvoir faire usage des feux obliques oud*«nfikdes, tandis ^e les troupes qui la secondent, chercheront à profi* ter de diaque lottement qui se manifestera dansas rangs de r«nnemi.

L'arlillerie , sous la protection de laquelle marcheront les échelons, n'étant pas assujettie à un mouvement bien plus accéléré que l'infanterie qui les forme, on y emploiera les batteries de gros calibre et de l'artillerie à pied. Celle,.au contraire, qui devra opérer le mouve^ ment de conversion , étant obligée de l'exécuter avec promptitude, ^devra être de l'artillerie à cheval. •

Quoique l'exécution du mouvement en échèions soit plus (acile que celui d'une ligne qui se meut parallèlement, on n'est ausû que f6i*t raremeui dans le cas de faire usage de ces sortes de manœuvres. Sur 4oute l'étendue de la |igne,les engagements sont ordinairementd'nne nature trop différente, et lorsqu'on se trouve dans l'offensive sur un flanc, on se trouve r^ jeté sur la défensive sur l'autre et, par conséquent, pour ne pas rompre d'une manière vicieuse la contiguïté de la ligne de bataille, on est obligé de s'astreindre à des combats soutenus par des partis, jusqu'au moment où la défaite d'un des combattants étant décidée, il se trouve obligé de battre en retraite. La poursuite

(i) En prenant , par exemple , 50 à 00 pas de distance entre les échiloos , et en formant chaque échelon d'une brigade.

se prononce abrs sur tous les points, dans laquelle, comme nous l'avons déjà vu, c'est à ta cavalerie et non à l'infanterie qu'afqpartiennent les plus nombreux lauriers.

LcNTsqu'uti parti d'infanterie est chargé de s'emparer d'un poste ou de former une brèche, et qu'on lui assigne de l'artillerie pour le seconder dans son opération , la formation en une seule masse offensive est toujours la plus avantageuse; car, de oelte manière, on dirige vers le point décisif toute la masse des troupes qu'on veut employer. Le nombre des troupes qu'on assigne pour l'exécution doit être proportk»niié à la force du poste dont il faut s'emparer , ou à celle dès troupes qu'on doiteombattre, et la formation de la masse offensive , assujettie au nombre d'înfamterie et d'artillerie qu'on emploie. Si l'on n'engage qu'une force minime, à laqudle en n'ose pas même accorder beaucoup d'artillerie, pour ne pas perdre Tefficacitë des feux collectifs , il vaut mieux ne pas diviser les pièces, en les laissant toujours en masse, et disposer rin&nterie de manière à pouvoir opérer le choc sans que son mouvement puisse être gêné par l'artillerie, ou à pouvoir la défendre en cas de nécessité. Si , au contraire, l'artillerie est en assez gnmd nombre, on pourra la partager en parties, tandis que les intervalles qui les sépareront seront remplis par les tirailleurs et serviront aussi de déboudiés pour les bataillons assaillants.

Si le choc de la première ligne n'a pas réussi, alors c'est à la seconde à r^arer ce tort. Pendant que l'infanterie est aux prises, l'artillerie, ne pouvant prendre part à l'engagement, doit du moins être utilisée pour les mouvements ultérieurs. La section de droite Hait aussitôt un mouvement de conversion vers la droite , et celle dé la gauche un autre vers la gauche. Les bataillons de la réserve accompagnent les deux sections d'artillerie.

Si le choc de l'infanterie a été repoussé à double reprise, les sections d'artillerie de la droite et de la gauche, qui se seront avancées à la portée des cartouches à balles, feront quelques décharges, et les bataillons qui les accompagnent, se trouvant par leur position dans les deux flancs des vainqueurs que les chocs et les feux de Tartillerie auront passablement désorganisés , posséderont toutes les chances avantageuses en leur laveur, et leur dernier choc

DES TROIS AMHS.

poun» nrement ne pM être eoamitté pa» an focete eomptet.

Lorsque le tmrraia empêche de se servir de b ceralerie , ce sereiit des masees amalgamées faprës ee principe dont on se servira pour attaquer ufne infimterie qui se propose de recevoir en ligne déployée. Les feusi de Tartillerie qui précède les cotênnes , et dont les coups de balles sont déjà meurtriers k 600* pas, produisent un ravage tellement grand r même avant que l'infanterie déployée ait pu se servir de ses kwL , et par conséquent avant qu'elle ait pu enlever un seul artilleur, que le choe des colonne» ne peut manquer de réussir.

Cette disposition est d'autant plus avantageuse que, dans des occasions pareilles, l'artillerie qui accompagne l'infanterie assaillante, n'a rien à risquer. Les bataillons déployés nV sent pes aller au-devant d'elle, dans la crainte de rompre leur ligne , et si la cavalerie qui se trouve derrière la seconde ligne s'avance pour attaqeter et s'emparer des batteries, habituées eommè elles doivent l'être de manoeuvrer avec les aut^s armes, il n'y aura rien de plus facile pour eHes, que de se soustraire à ce mouvement oflfensif , en se rapprochant de leur première ligfte de bataille principale, tandis que llnfanterie qui marche en colonnes oieosives, i^arrête pour fermer des colonnes contre la cavalerie et possédera tous les moyens de résister avec avantage.

Ifais il ne suffit pas seulement de vaincre , il firat aussi savoir profiler de la victoire , et les feux de Finfïinterie ne pouvant poursuivre qu'à de petites portées, c'est à Tartillerie qu'on en abandonnera le soin. La position des différentes parties étant justement la plus avantageuse pour faire usage des feux croisés, elle poursuivra avec ses projectiles l'ennemi rétrogr»dant, juscpi'au moment où son éloignement rendra leurs effets presque nuls.

Lorsqu'il s'agira de couvrir le mouvement des troupes rétrogradantes, comme il y a deux moyens de Teffectuer, qui sont : la retraite en échiquier et la retraite en échelons , on se conformera aux avantages du terrain pour employer Pune ou l'autre. Dans le premier cas, on cherchera à garnir les points les plus avan-

(f ) J*aTertis le lecteur que > si je n*ai pas fiif t medtiod de Vadkm des tirailleurs, c'est puce que la combtoai-

tigeux et en renforcera lee batteries de k pra»^ nière ligne qu'on placera , autant que le terrain le permettra , devant les intôraUes de la première ligne de l'infanterie-De cette manière, Whataiflons conservent la possibilité de pouvoir de temps en temps prononcer, sous la protection de leurs tirailleurs, un mouvement offensif, et coopérer aux résulMs que les feux de l'artillerie produisent dans les rangs enneinis.

L'artillerie des flancs, qui cherchera aussi à combiner ses efiets avec ceux de la première ligne, devra préalablement choisir des posi^ tiens qui la mettent à même de prévenB* lee mouvements de conversion des ennemis et surtout l'intercqition de la ligne de retraite des troupes défensives. L'artillerie cherchera doue à manœuvrer dans la direction la plus rapprochée du point par lequd l'infanterie devra s'écouler, afin de la soustraire tout à fait à la poursuite des ennemis.

Les retraites en échelons s'exécuteront d'après les mêmes règles que les mouvements offensib faits dans le même principe, ayant soin de commencer le mouvement rétrograde par le flanc qui aura la position la moins avantageuse, pour pouvoir le mettre, aussitôt que possible, hors d'atteinte. Les positions et l'action de l'artillerie ne seront isoumnses à aucun changement; en un mot, les mouvements of* fensifs en échdons serviront et disposition normale pour les retraites, sauf à y apportloT quelques modifications en se conformant aux.

modulations du terrain (i).

Combitmisfm de la cavalerie avec l^artiUene,

L'action de la cavalerie, oondbinée avec celle de l'artillerie, repose sur le but de oorobattre une force amalgamée d'après le même principe, ou d'en subjuguer une autre dont les proprié* tés défensives seraient supérieures à ceHes ofllensives de la cavaferie.

Le principal, pour cette combinaison, est de dioisir une plaine ouverte, d'où l'on puisseob» server tous les mouvements de l'ennemi et pouvoir prévenir et paralyser son action. L'artillerie à cheval et la cavalerie légère, codume armes préparatoires sous la protecliou desquelles on

sott de leur action avec oellé de nuAmtei'ie de ligne , a déjà été dértfloppée dans la vi* section du ii* chapitra.

EXAMEN RAISONNÉ

opérera la disposition des escadrons dans l'ordre de bataOle, ouvriront le combat. Chacune des deux armes, en combattant dans le sens de sa propice tactique, préparera les mouvements offensifs, et protégera les manœuvres de la masse primitive de la cavalerie.

Dans le premier cas, les deux partis combattant sous les auspices de la même combinaison d'armes, et par conséquent, à forces intrinsèques égales, posséderont les mêmes chances de succès: Futilisation des armes et les mouvements qu'on leur fera faire, devront donc seuls décider du succès en faveur de Tun ou de Taulre parti.

Ces sortes de combats sont ordinairement très-difficiles à diriger; car, d'après les règles des positions de la cavalerie, comme on ne doit pas choisir de terrain trop accidenté, et la nature ne nous en offrant pas dont toutes les coupures, qui doivent masquer les mouvements de cette arme, ne soient que de peu de conséquence , on se voit obligé d'en prendre un , plutôt plat et ouvert, que hérissé de difficultés. Un terrain pareil n'offrant aucune ressource pour soustraire les mouvements à la vue de l'ennemi , ce n'est qu'une série de manœuvres . bien conduites et bien adaptées à la circonstance et à la position de l'ennemi, qui peuvent décider du succès.

La bonté des manœuvres doit tendre préalablement à tenir, avec les escadrons et l'artillerie à cheval des lignes de bataille , l'ennemi en échec, le fatiguer par des attaques simulées, l'obliger à mettre sa réserve en action, et tomber avec une masse fraîche et Imposante sur le point entamé.

Ce raisonnement nous prouve que dans des engagaments pareils, comme dans tous ceux qu'on est dans le cas de soutenir, la réserve y jque un rôle très-important , et dans les combats de cavalerie contre la même arme , un plus éminent encore, à cause du peu d'avantage que nous offre le terrain , et l'égalité de chances que la combinaison des armes accorde aux deux partis.

Les obus, comme nous l'avons déjà vu plus haut, étant les projectiles que la cavalerie redoute plus, c'est dans les combats de cette arme combinée avec l'artillerie, qu'il est utile de rassembler les obusiers en batteries*. Cette sorte de projectiles possédant la propriété de battre

en brèche les escadrons, et d'effaroucher les chevaux, pour mieux parvenir à ce but, il est indispensable de faire usage d'une force collective; car le partage des obusiers dans les différentes batteries, en ne produisant que des effets partiels, leur ravit une grande partie de leur efficacité.

Pour ne pas être dans le cas de rassembler pendant le combat une masse respectable d'obusiers, opération très-difficile, à cause du grand développement de terrain sur lequel les différentes batteries sont placées, on fera bien d'en faire l'organisation avant l'engagement, fsi on assignera leur position dans la réserve. Laformation des baiteries d'obusiers une fois achevée, on procédera à la disposition des troupes dans l'ordre de bataille, en se conformant aux principes déjà discutés sur les positions des armes, et sur ceux que je viens d'énoncer.

Pour pouvoir mieux expliquer le mécanisme de l'action de la cavalerie combinée avec Tartillerie, il faudrait peut-être offrir plusieurs exemples, et leur application au terrain; mais, d^un autre côté, ces exemples n'étant applicables qu'au terrain dont on aurait fait le choix, sans que les mêmes mouvements puissent tonjours être adaptés à d'autres champs de bataille , je préfère en généraliser les principes.

Le rôle de l'artillerie consiste en général à s'opposer au feu 4^ celle de l'ennemi, et de prévenir sa destruction sur tous les points.

Celui de la cavalerie, par rapport à V^rtillerie, consiste à la bien défendre contre les agressions de l'ennemi, et à ne pas précipiter son action, pour ne pas ravir à l'artillerie l'activité de la sienne. Pourvu que les batteries occupent une position avantageuse, les effets de leur action, quoique lents, n'en sont pas pour cela inutiles. Tout sera en règle, si même l'artillerie prépare lentement, pourvu que la cavalerie achève avec célérité et vigueur.

Dans les combats que nous basons sur la combinaison de l'action de la cavalerie avec celle de Tartillerie, les engagements de ces deux armes sont ordinairement alternatifs, et souvent- soutenus par la cavalerie, sans que l'artillerie la suive toujours dans son mouvement. Chacune d'elles doit préalablement diriger son attention sur les effets que leur action prodiftit, pour pouvoir, ou réparer le mal d'un échec, ou pour compléter le succès ob-

DES TROIS ARMES

tenu, L'artiUerie cherchera à paralyser les feux de la même arme ou le mouveraent de la cavalerie, tandis que celle-ci protégera la retraite des vaincus, défendra Tartillerie, et tombera sur les batteries des adversaires, au moment où elle les apercevra dénuées de défense , ou engagées dans quelques mouvements difficiles.

Lorsque la cavalerie sera obligée de s'engager pour subjuger une force prépondérante, le secours des feux de Tartillerie lui devient indispensable; car ce sont eux justement qiii accordent à la cavalerie la force impulsive sufiisante pour surmonter ces entraves. Pendant que la cavalerie fait ses dispositions pour l'engagement et s'avance vers Tennemi, Tartillerie apprêtera les moments du choc.

S'agti-il d'une charge de cavalerie pour laquelle les circonstances l'obligent de prendre l'artillerie à cheval pour compagne « les deux armes combinées 8*engageront de la manière soivante : parvenue à une distance, supposons de 1,000 pas de l'ennemi, pendant que la cavalerie déploie , l'artillerie à cheval parcourt an galop l'espace de 200 pas en avant, et fait fea Jusqu'au moment où la cavalerie l'a rejointe. Pendant que les batteries répètent cette manœuvre, la cavalerie légère voltige sur les flancs des ennemis; et, au moment où les effets de l'une et de l'autre ont été suffî- ^nis pour rendre la réussite de la charge de la cavalerie non douteuse , alors celle-ci devance son artillerie à cheval, qui ne songera, dans ce moment , qu'à se placer de manière à laciliter le mouvement offensif des escadrons assaillants , en doublant les pièces par deux ou par quatre. Pendant que ceux-là exécutent le «fcoc, la réserve et l'artillerie vont prendre la position que le terrain rendra la plus avantageuse , pour pouvoir ensuite protéger les escadrons rétrogradants, ou pour poursuivre lés ennemis battus, tandis que la masse qui a exécuté la charge se réorganise de nouveau, et s'avance pour prendre possession du terrain qu'elle vient de conquérir.

Comme, après une charge, même heureuse, ^ escadrons assaillants sont soumis à un certain désordre, il est juste que ce ne soit plus à ^vers cette masse, plus ou moins informe, ^c la réserve et l'artillerie prononcent leur iQOQTement offensif. 11 leur faut donc un terrain "kre, «t qui soit propice aux manœuvres que

la circonstance exigera. Pendant que le choc de la cavalerie s*exécute, lé chef qui commande la réserve mènera les deux armes qui la composent hors de la mêlée , et, pour ne pas être interrompu dans ses dispositions , choisira jus- . tement le moment où Tennemi sera occupé à mettre ses troupes en action, et à parer le choc * de la cavalerie assaillante.

Toutes les manœuvres, exécutées par la cavalerie combinée avec l'artillerie achevai, sont infiniment plus épineuses que lorsqu'on y fait agir de l'infanterie, car les éléments de l'action des deux premières armes étant une vélocité à toute épreuve , la vivacité av«c laquelle tout doit s'exécuter nous ravit quelquefois le moment de réflexion indispensable pour mûrir le projet. Gomme un combat ne peut jamais finir par la même manœuvre par laquelle il a commencé, et le dénoûment n'étant, que le produit de plusieurs mouvements » diversions et chocs, les différentes combinaisons étant obligées de se succéder avec la même vitesse avec laquelle elles sont exécutées, ilest indispensable que le général qui commande une masse de cavalerie combinée avec de l'artillerie, possède un coup d'œil sûr , une Imagination ardente^ et un esprit riche en moyens d'attaque et de préservation.

Gomme exemple d'un combat soutenu par^la cavalerie combinée avec de l'artillerie, digne d'attirer l'attention des militaires , je vais citer ' celui de Uebertwolkovitz.

Afin de s'assurer de la force et de la position de l'ennemi , le comte de Wittgenstein reçut l'ordre de faire le 2-14 octobre une reconnaissance forcée. Les Français venaient d'à* bandonner Grœbem et Gossa, et s'étant repliés vers Leipzig, avaient fait occuper Mark-Kleeberget Wachau avec leur infanterie, et fait placer leur cavalerie près de Liébertwolkovitz.

L'attaque fut ordonnée en deux colonnes ; la première , composée des troupes légères du comte de Pahlen et de la cavalerie de réserve du général Rœder, devait avancer par Grœbem et Gossa ; Tinfanterie faisait la queue de la colonne. La seconde, composée du 4* corps autrichien, commandé par le général Klenau, devait se diriger vers Liébertwolkovitz. La 14® division d'infanterie russe reçut l'ordre d'occuper Grœbem; la 4®, Gossa; le régiment de cosaques d'Ilovaisky xii* devait avancer vers

EXAMEN RAISONNÉ

Mark-Kleebei^; le régiment des himards de Grodao derail prendre position devant Wa<ehaa, tandis que le régiment de landwehr de Silésie lui servirait de réserve.

Le général comte de Pahlen engagea le eombat en foisant avancer nne batterie d'ar^ tilterie à eheval, et it faire un feu meurtrier sur les masses de cavalerie ennenrie. Sa cavalerie marchait dans l'ordre suivant : Les régiments, de hussards de Sou'm et de Louben étaient en léte , après eux venaient le régiment des cuirassiers de la Prusse Orientale et tes uhlans de Silésîe ; ensuite venaient les cuirassiers de Brandebourg et de Silésie. Les uhlans de Tschougouef et le régiment de cosaques dis Crecof reçurent Tordve de se porter de Stosrmthal dans le flanc droit des ennemis.

La cavalerie française , sons le commandement du roi de Naples , forte de 8»000 chevaux, se forma en une colonne profonde; elle se trouvait sons la protection d'une artillerie nombreuse , qu'on pkça sur les hatrleurs derrière Wachau, dont le feu meortrier, en pr^ nant les alliés en flanc, paralysait leur mouvement ofl^ensif. Persuadé que l'ennemi recevait le combat dans la plaine entre Liebertwolkovit2 et Gossa , le comte de Pahlen résolut de tomber sur son flanc gauche, et rassembla la majeure partie de ses régiments (5 regimbent» de cuirassiers, i régiment de dragons et i régiment de uhlans) sur son flanc droit.

L'ennemi prit Tinitiative des mouvements, et attaqua la cavalerie des alliés. Les chocs se succédaient presque sans interruption. Les escadrons repoussés se repliaient sous la protection de leurs Réserves, s'y reformaient etre^ venaient de nouveau à la charge. L'artillerie S cheval russo-pmssienne se signalait par un feu meurtrier et par sa coopération aux attaques de la cavalerie.

L'équilibre des forées physiques n'étant pas en faveur des alliés, et une partie de leur cavalerie du flanc droit ayant été désignée pour tourner le flanc gauche des ennemis, leur première ligne de bataille succomba momentanément aux attaques réitérées de la cavalerie française. Heureusement, les régimentsdu flanc droit, à force de manœuvres et d'efforts, parvinrent à mettre l'aile gauche des ennemis en danger; avantage d'autant plus grand, qu'il paralysa leurs mouvements offensifs. 1^ cava-

lerie firançaise, qui venait de combattre e» U^ gne, se vit obligée de former des adaanes yoor assurer son flanc.

Dans ce moment on vit paraître le corps db comte Klenau, qui arrivait de Thrana. La cavalerie alliée du flanc droit s'apprêta alors à tomber sur l'aile gauche des ennemis. Le comle Klenau fit avancer son artillerie dans la direction dans laquelle la cavalerie devait faire aon attaque, et fit un feu meurtrier. La cavaderie alliée saisit ce moment, et tombe i bride abatr lue sur les ennemis, en cernant ïeor flanc gauche; les Français sont mis en déroute et afcandoanent le champ de bataille.

La retraite étant devenue indispensable, le roi de Naples fit a<vancer l'infanterie (pu occupait Wachau , et pkça une nombreuse artillerie sur les hauteurs entre Uebertwcrikovita et Wachau ; et c'est sous la protection de ces dem armes réunies qu'il parvint à se soustraire à tous les désavantages d'une retkiite opérée sous les yeux des ennemis.

En rappelant à mitre mémoire les principes généraux que j'avais énoncés » ainsi que les différents mouvement que le comte de Pahlen fit faire à se» troupes au combat de Liebertwolkovitss,. nous verrons, en demiet résultat» que l'artiUerie et la cavalerie légère entaoM^ rent le combat, les lignes de bataille se formèrent soua la protection de leor action combinée. Celle des escadron» des lignes de bataille était tantôt alternative , tantôt combinée avec fe feu de l'artillerie; ce que l'une coaunençaîl^ l'autre Fachevait, et le combat ne s'est déctaié qu'au moment où l'on mit la réserve en action et en faveur de celui qui sut le mieux l'utiliser. Le comte de Pahlen s'y est couvert de ivoire.

Obligé d'abandonner le champ de bataille, le roi de Naples aussi, comme militaire prévoyant, fit avancer aussitôt de l'infanterie rt de l'artillerie, les deux ennemies les plus terribles de la cavalerie. C'est sous leur proteo* tion qu'il opéra le mouvement rétrograde, et voilà pourquoi il parvint à l'exécuter avec ordre et sans grandes pertes.

Combiiimton de l'infanterie avec la cavaierie,

La diflërence qui existe entre les mouvements de ces deux armes est tellement grande, qu'elle ne rend leur secours réciproque bien intime

DES TROIS ARMES

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