‹ Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en RussieChapitre 73 sur 86 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L*ARTILLERIE · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L*ARTILLERIE

Chaque arme prise séparément , ou dans sa combinaison avec les autres, est le principe des victoires ; mais la primauté doit toujours être accordée à celle qui rend le plus de services en faisant le plus de mal à Fennemi.

De toutes les armes qui prennent une part active aux batailles , celle dont les propriétés sont susceptibles de perfectionnement, dont la sphère d'action peut s'agrandir par ses effets, c'est Tartillerie. On aura beau réfléchir sur l'infanterie et la cavalerie , nous ne pourrons jamais rien mettre de meilleur à la place du fusil avec la baïonnette pour la première, et de la lance , du sabre et du cheval pour la seconde. Leur armement étant arrivé au terme de son amélioration, tout ce que nous pourrions faire encore en leur faveur ce serait d'inventer quelque évolution dans le sens de la grande tactique, mais non changer leur force impulsive, ce qui n'est pas le cas, avec l'arlillerie. Une fois que les fusées à la Congrève , et surtout les obus de Schrapnels seront perfectionnés, ils donneront à l'artillerie une force destructive tellement grande, que ce^te aime pourra véritablement devenir le fléau de l'humanité.

L'esprit de l'homme est trop fécond , et notre

siècle trop civilisé^ pour que ce perfertionne-

ment n^ait pas lieu, et, sans vouloir m'arroger

e titre de prophète, je crois prévoir qu'un jour

( viendra où Fart des batailles sera fondé sur les effets de l'artillerie, qui s'érigera en arme principale, en assignant aux deux autres des catégories secondaires.

Si ces deux inventions, dont je viens de parler, se sont succédé dans un court espace de temps, il n'y a pas de raison pour que Timagination humaine reste stationnaire dans ses innovations, et l'artillerie, étant la seule arme susceptible d'amélioration, c'est vers elle que se tourneront les idées ingénieuses des savants, et c'est elle qui en recueillera tous les fruits.

En résumant les propriétés de l'artillerie, j*ai dit, page 291 (i) : c Que c'était une arme

> secondaire qui possédait une force positive » permanente. Que ses propriétés étaient dé-

> fensives, mais destructives, et que son action , » dépendante des deux autres armes, sans les- » quelles elle n'osait jamais s'engager, était » purement préparatoire. »

Mais, quelles sont les conditions de cette action préparatoire? Que peut-^n en attendre ou en exiger? Quel est son minimum, et quelle en peut être l'apogée? Voici où git la question et la solution du problème.

Nous n'avons été presque jamais témoins de combats à outrance de l'artillerie ; de ces com-

(i) Examen raisonné , etc.

MÉMOIRE

bats» dont la réussite ah été basée sur Taction de cette arme , et où elle parût comme arme principale, et les deux autres comme armes secondaires ; de ces combats , dis-je , où Ton sacrifie le dernier artilleur et le dernier canon , pour parvenir à un grand résultat. Ignorant ce que son action , poussée à son maximum d'intensité , peut produire , nous avons prisé ses propriétés au-dessous de ce qu^elles sont effectivement. J'ai TU les choses autrement et j'en juge d'une manière différente.

J*invoque ici le témoignage d'un des plus illustres militaires de noire siècle, celui du maréchal prince de Varsovie. Dans ses conversations confidentielles sur l'art des batailles , et sur les propriétés des différentes armes, combien de fois n'a-t-il pas attiré toute mon attention sur Farlillerie, sur les grands résultats qu'il en a obtenus pour le sort des combats, et les effets qu'il espérait en obtenir encore*

En visitant le champ de bataille de Grochov (c'était la première fois qu'il le voyait), et apercevant le petit bois du centre de la position où nous nous sommes battus plusieurs heures consécutives, en engageant imprudemment un combat à outrance de tirailleui^, il me dit :c La possession de ce bois ne m'aurait 1 pas coûté aussi cher, j'aurais placé 50 pièces 1 de canons sur ces hauteurs (i), et j'en aurais I bientôt expulsé les défenseurs. >

Soixante-dix jusqu'à quatre-vingts pièces rassemblées en une seule masse, bien placéeset bien servies, sont à ses yeux le vrai principe des victoires. Ayant été tant de fois témoin des effets foudroyants de rarlillerie, ses souvenirs restèrent gravés dans sa mémoire ; il mit plus tard son expérience à profit, et celte arme est devenue son arme de prédilection pour les batailles.

Ce qu'il a dit, il l'a démontré, je l'ai tu, et j'en parle maintenant avec connaissance de cause.

Ces combats à outrance de l'artillerie lui ravissent, il est vrai, beaucoup de serviteurs et de chevaux. A l'assaut de VarsoYÎe, sur 300 pièces de canon qui en ont été mises en action, nous perdîmes, en tués et blessés,

(i) Elles se trouvent vis-à-vis du bois , qui n'est foncièreroeot qu'un bouquet insignfiant, et le dominent parfaitement.

iO officiers supérieurs et subalternes» au nombre desquels se trouyaient 8 cheb de brigade et de compagnie; 400 hommes tués, 300 blessés et 850 chevaux.

En comparant cette perte avec celle que l'artillerie des armées essuie ordinairement, plus d'un militaire se sera récrié sur son énormilé; mais, à Borodino, n'en avons-nous pas fait une de 48,000 hommes? Maintenant, je demande quelle différence y a-t-il entre un fantassin , un cavalier et un artilleur dans la balance de l'humanité? A mes yeux ils sont égaux, car ils sont hommes. Il ne s'agit donc que d'aviser aux moyens de compenser les grandes pertes de l'artillerie pour prévenir son inaction, et la chose ne me parait pas si difficile. Que l'infanterie et la cavalerie préparent le nombre nécessaire d'artilleurs ; la première, pour l'artillerie à pied; la seconde, pour l'artillerie à cheval. Ces deux armes pourront fermer facilement des pépinières qui compenseront les vides occasionnés par les combats, et mettront l'artillerie à même d'entrer toujours en lice.

C'est un de ces moyens, fruit de l'éducation du soldat , dont la facilité est hors de doute, et dont il serait même inutile de discuter longuement.

Deux voies différentes nous conduisent aux grands résultats que nous pouvons attendre d'une arme quelconque :

4® Son éducation ;

2^ Son emploi.

Les effets de l'artillerie sont si foudroyants, que son emploi rationnel doit produire des résultats immenses pour le sort des combats; car, en diminuant d'une manière effrayante le nombre des forces ennemies^ en rompant la compacité des masses, ou la contiguïté des lignes de bataille, elle apprête un rôle facile aux autres armes, les accompagne dans leurs mouvements offensife, leur imprime une force positive , et ne cesse de partager leurs lauriers.

En parlant des propriétés de l'artillerie, j'ai dit, page 265 (s) : Que ses effets pouvaient être envisagés sous plusieurs rapports différents :

4<^ Elle peut paralyser, ou même arrêter un

(s) Examen raisonné^ etc.

SUR L'ARTILLERIE

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