‹ Considérations sur les grandes opérations de la compagne de 1812, en Russie; des M émoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 57 sur 87 · SUIS · texte numérisé non relu

SUIS

(i) c Sur cent hommes pris au hasard , dit le général » Thiébaull dans son Hanuel du service des étals-ma-

• jor$, il n'y en a en général que vingt-cinq ou trente » qui , maîtres de leurs chevaux , maniant bien leurs » armes, électrisés par les circonstances, ayant pris

• leur parti sur les chances de la guerre , et animés de

nous verrions alors les différentes armes répondre plus justement encore au rôle qu'elles sont appelées à jouer dans les combats.

Mais l'organisation, la bonté et le courage des différentes armes ne suJQSsent pas encore pour accorder à chacune d'elles le véritable trait de l'invincibilité. Il faut pour cela une autre force motrice et qui n'est pas inhérente à leur nature, mais qui dérive du soutien réciproque de toutes les trois. En prenant chacune d'elles isolément et en action , nous nous convaincrons facilement que, sur le champ de bataille, le rôle que les différentes armes sont appelées à jouer a des moments très-épineux; mais le remède à ce mal, nous le trouvons justement dans leur soutien réciproque. La combinaison de deux armes produit le premier degré d'élévation de cette force notrice, capable de se défendre comme d'attaquer avec un avantage marquant, tandis que la liaison de l'action des trois, forme cette puissance irrésistible et souvent foudroyante d'où proviennent ces résultats étonnants que nous .offrent les diocs opiniâtres et si souvent répétés de deux armées rassemblées sur le même champ de bataille.

C'est aussi dans cette combinaison désarmes, ainsi que dans l'adaptation de leur action à la variété du terrain, que nous trouvons les vraies épines de la grande tactique. Tout terrain n'étant pas propre pour le mouvement des trois armes différentes, un des premiers soins du chef qui les engage dans un combat, doit être le choix de celui qui offre à chacune plus de facilité d'action; car, comme l'observe trèsjudicieusement le général Jomini, ce ne sont pas les masses présentes , mais les masses agissantes qui gagnent les batailles. Cet axiome

» Tardeur des braves , chargent franchement et ne s'a- » musent. pas i parer, mais ne sont occupés qu'i frip- » per; ces hommes sont ceux qui décident les afkires. » Après eux , on trovrera à peu près dans un nombrt

> égal une seconde dasse d'hommes qui , lorsqu*ils k » peuvent sans risque, donnent de même quelques coups » de sabre, mais qui, avant tout, cherchent à parer

> ceux qui les menacent ; enfin les autres , embtrnMés • d*eux et de leurs chevaux , et toujours disposés à la

> retraite, ne songent qu*^ leur salut « sont à peine en p état de parer quelques coups , et ne guettent que le

^Winoment d'échapper à lous les risques que leur fai- 9 blesse leur exagère. »

étant irréfragable 9 gardona-nous bien de jamais paralyser Taction des différentes armes , en les faisant agir sur un terrain cpi soit contraire à leurs mouvements.

Des principes et réflexions ci-dessus énoncés, nous pouvons tirer les conséquences générales suivantes :

i^ Pour que les différentes armes remplissent leur devoir avec avantage , il faut que leur perfectionnement soit exempt de fautes et adapté à leur vrai service. Sans lui , une armée n'offrirait qu'un corps dont les membres seraient paralysés, et qui, par conséquent, ne serait pas susceptible du moindre effort qui soit d'une conséquence majeure. Une armée pareille rentrerait bientôt dans le néant, que ses moyens réels lui assignent ;

â® Pour que les résultats auxquels on doit s'attendre de remploi des différentes armes, répondent justement à Tidée qui en est le principe, il faut absolument que cet emploi de chacune d'elles se fasse dans la circonstance qui lui est la plus favorable, et que leur soutien réciproque fasse paraître d'un cdié leurs forces intrinsèques dans tout leur jour, et soustraie de l'autre les faiblesses de toutes les trois aux coups menaçants des ennemis. Voilà pourquoi la connaissance profonde des propriétés de toutes les trois est indispensable à celui qui est destiné à en manier de grandes masses;

3^ Que le terrain sur lequel on fait combattre les différentes armes, ne paralyse pas leur force inhérente ;

4<* Que leur distribution , sur le champ de bataille , soit en raqpport direct avec l'importance du point qu'elles sont destinées à défendre. C'est dans ces quatre points que l'on trouve non la source infaillible des victoires , mais du moins des moyens assez efficaces pour se soutenir avec avantage sur un champ de bataille. Faisons abstraction de l'équilibre qu'on voudrait établir entre les résultats que produit la force motrice de chaque atme et ceux qui proviennent du courage des ÈtmffiBs^ vertu inappréciable, il est vrai , qui est sans doute une des grandes causes des victoires, mais dont les effets ne sauraient jamais se déterminer, car les forces morales ne sont assujetties à aucun calcul, et ne récapitulons qu'une partie des auses matérielles des victoires ou des <)éfaMKL qui appartiennent au domaine de l'orgamS»

tion et de la tactique des trois armes, et qui ne manquent pas d'avoir une influence majeure sur l'issue des combats , nous nous convaincrons facilement, qu'une fois que les troupes sont rangées en bataille, les premières ont été en grande partie le fruit de la rigide observation de ces règles, et les autres la conséquence indubitable de leur oubli.

Des conséquences aussi graves doivent donc nous servir de raisons péremptoires pour nous porter à accorder à l'éducation des armées une attention particulière, et à rendre propre à la guerre, autant que possible , cette espèce plus ou moins matérielle d'humains dont on fait des soldats, afin de ne pas manquer le but de leur institution.

Mais cependant gardons-nous bien de n'envisager réducalion du soldat que sous son seul rapport physique, n'oublions • pas qu'if n'en reste pas moins homme pour cela, et que les vertus morales sont, sous celte seconde condition, son plus bel ornement. Que son éducation ait donc deux tendances distinctes, dont l'une en fasse un être religieux, honnête, soumis et fidèle à son serment et à ses devoirs, et l'autre un défenseur habile et zélé des intérêts de son souverain et du sol paternel.

La religion épurera ses mœurs , ne le portera qu'à ce qui est bon et honnête, et, en lui apprenant à aimer ses devoirs, le conduira d'une manière graduelle à connaître, à respecter, à chérir la dignité de son état et à oublier sa première existence, comme habitant d'une paisible chaumière , dont le souvenir entrave si souvent les premiers moments de l'existence militaire, et porte le soldat à une sorte d'apathie nuisible au développement de ses qualités intellectuelles.

La recrue, passant de l'état de paysan à celui de soldat, entre dans une sphère nouvelle qui lui impose des devoirs à remplir, et dans laquelle ceux qu'elle contracte envers son souverain et sa patrie y doivent l'emporter sur ceux de père, de fils^ de frère et d'ami, et c'est justement son amour pour la religion, en réveillant en lui celui de ses devoirs, qui opérera cette conversion. Quant au souvenir de ses dieux pénates, encore présents à son esprit comme l'unique sentiment qui, jusqu'à son entrée au service, ait rempli son cœur, cette douleur que l'abandon du toit paternel réveille

en lai , que ce soient ses chefs qui la rendent moins puissante , et que le soldat retrouve en eux ce père du sein duquel on vient de Tarracher, et dans ses camarades ces frères et ces amis qu^il vient de quitter.

Mais en terminant mes réflexions sur l'éducation des soldats, je ne.puis m'empécher d'ajouter que toutes ces qualités morales et phy-

siqueSy dont je viens déparier, ne doivent être que des rayons dont nous devons chercher le foyer dans Fesprit et les vertus de Tofficier. Il doit être la lumière qui éclaire » le guide qui conduit, Texemple qui enflamme, et le soldat n*ètre sous quelques conditions qu'une copie fidèle d'un modèle digne d'être imité sous tous les rapports.

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