CHAPITRE II
DE L*IKFANTERIE.
SECTION PREMIÈRE
PRéROGATIYES DB l'iUFANTERIE EN GÉNÉRAL.
Les Anciens avaient deux infanteries différentes .: l'infanterie pesante, et l'infanterie année à la légère. Le service de ces fantassins était assujetti à leurs armes, et réciproquement l'armure desdifférentes infanteries était adaptée à leurs rôles. Les vélites, les hastaires, les princes et les triaires des Romains, les peltastes et les oplites des Grecs, ainsi que plus tard les arquebusiers et les piquiers des Français, possédant des armes différentes, comme i'épée à deux tranchants, la hasle, le javelot, le pilum , la pique, les boucliers de différentes grandeurs, l'arquebuse et la pique, formèrent deux infanteries tout à fait différentes.
Chez les Modernes, au contraire, en égalisant leurs armes, on finit par confondre les deux infanteries, et si l'habitude a consacré de nos jours une différence dans les dénominations qu'on leur donne, je ne veux pas en conclure que maintenant aussi il existe deux infanteries. Non , mais d'un rôle que chacune d'elles était appelée à jouer autrefois, on en imposa deux aux fantassins d'aujourd'hui , et nous les vimes, dans les guerres modernes , se battre indifféremment en ligne, en colonne, et en débandade. Des changements qui se sont opérés, nous pouvons donc conclure quHl n'existe plus qu'une seule infanterie, mais
remplissant les deux services différents, et à laquelle nous pouvons donner hardiment la dénomination d'infanterie mixte.
Lorsqu'on introduisit le fusil à baïonnette, qui fut généralement reçu et dont on arma tous les fantassins des temps modernes, on égalisa leurs armes et plus tard leur éducation, et ce n'est que le terrain sur lequel notre infanterie se bat et les cas différents où elle se trouve, d'où provient, selon sa variété, cette différence qui avait paru s'évanouir par l'égalisation des deux services aux mêmes hommes , en les assujettisant à savoir se battre en lignes, en colonnes et à la débandade.
Il s'agit^maintenant de décider si celle imposition de deux services différents aux mépies hommes et Torganisation de deox inbnleries tout à fait différentes par leur service et dont chacune ne sache remplir qu'on seul rMe, sont des organisations bien imaginées, ou si elles ne devraient pas faire place à une autre plus avantageuse.
S'il était possible d'enseigner à toute la masse des soldats des nombreuses armées modernes, deux rôles à la fois, et que la complexité des études qui alors leur deviennent nécessaires, ne portât aucune atteinte à leur perfection , l'avantage de posséder une infanterie aussi bien aguerrie pour le service de ligne, que pour la débandade, deviendrait incontestable, mais imposer à toutes les recrues qui remplissent le vide de l'infanterie, et dont une grande par.
iùA
lie sont étroites dans leurs facultés intellectuelles et presque toujours plutôt brutes dans leur développement (i), deuif rôles également difficiles, c'est risquer de ne jamais atteindre à cette perfection d'étude qui forme la vraie force des armées, c'est exiger de Tinfanlerie plus que les éléments dont elle se compose ne peuvent produire, et prendre la meilleure voie pour n'avoir ni une bonne infanterie de ligne» ni une bonne infanterie légère.
Sous le rapport de l'éducation physique des deux infanteries, la différence de leur développement est tellement grande, que les succès qu'on obtiendrait dans l'éducation du soldat de ligne, retarderaient ceux qu'on voudrait acquérir dans le développement du tirailleur. Dans le même homme , la leçon d'aujourd'hui gâterait tous les succès qu'on pourrait attendre de celle du lendemain, et vice versa; car on enseignerait au même individu deux rôles qui exigent des développements différents , et qui sont, sous beaucoup de rapports, diamétralement opposés l'un à l'autre.
L'expérience que j'invoquerai pour ma défense décidera certainement en ma faveur, car c'est celte même expérience qui a fait naître en moi celle idée que je soutiens. J'ai servi moi-même dans les deux infanteries, j'ai manié des recrues que j'ai développées pour les deux services, et je me suis convaincu qu'avec un peu de peine et de patience on pouvait IrèsfacUement dresser un fantassin de ligne en six mois, tandisque le développement du tirailleur, tel que nous devons l'entendre, nécessite un temps toujours double et souvent même triple, sans que pour cela on soit sûr qu'un tirailleur qui n'a que dix-huit mois d'étude, abandonné à ses propres combinaisons, réponde justement au rôle difficile qu'il est appelé à jouer dans les combats (s). Qu'à cette difficulté de dresser de bons tirailleurs on veuille encore en ajouter une autre , celle de vouloir plier leur dévelo|>pement physique et moral à deux rôles diamétralement opposés Tun à l'autre, qu'on les
(i) Vérité incontestable pour tous ceui qui ont manié des reçues.
(i) Je dirai même plus. Une très-grande partie des recrues, malgré toute Taptitude et le désir requis de s^instruire, k cause de défauts organiques, ne |uirviendront jamais k former même des tirailleurs médiocres. Une ouïe un peu dure, un manque de mémoire, une
soumette à une éducation où, comme je viens de le dire , la leçon d'aujourd'hui détruise celle de la veille, et influe d'une manière vicieuse sur celle du lendemain , je pense qu'on parviendra difl^ilement à quelques bons résultats: voici pour le premier cas. Examinons maintenant l'organisation de deux infanteries tout à fait différentes , et dont chacune ne sache remplir qu'un seul rôle.
Abstraction faite de la tâche imposée à l'infanterie légère pendant la marche des troupes, aux avant -postes^ dans les patrouilles, aux grand'gardes , etc.., n'envisageant son service que sous le rapport des batailles , nous nous convaincrons facilement que sou rôle se réduit aux cinq cas suivants :
i*' Couvrir le front des lignes de bataille;
2® Masquer le mouvement offensif des troupes;
3° Couvrir leur retraite;
4® Prendre possession d'un terrain trop acci*^ denté et où l'infanterie ne peut se battre qu'en débandade ;
5^ Tromper l'ennemi sur le vrai point de l'attaque principale.
Si l'éducation des deux infanteries et l'organisation des régiments sont telles que chacune d'elles ne sache remplir qu'un seul rôle, et qu'on en forme des régiments à part , nous nous convaincrons facilement qu'il serait indispensable, pour chacun des cinq cas, qu'on ajoutât à l'infanterie de ligne destinée à composer les lignes de bataille, et pour son action en général, des régiments de voltigeurs qui formeraient les rideaux nécessaires. Mais si cette distribution était même admissible pour les second , quatrième et cinquième cas, le premier et le troisième , qui ne sont pas les moins essentiels, nous offriraient des inconvénients très-graves. Examinons la question , et voyons la disposition qu'on ferait pour couvrir la première ligne de bataille.
Si l'on débande des régiments entiers pour masquer et pour défendre son front, l'espace de
conception un peu difficile, doivent déjà être envisagés comme des défauts capitaux, qui s'opposent au développement des connaissances indispensables pour un tirailleur, et parmi l'immense quantité de recrues dont on complète les armées, combien s'en trouve-t-il qa^ ne sont pas eiemptcs de ces vices?
iemin qu'un régiment de voltigeurs une fois dâMindé occuperait, serait tellement vaste» qu'un seul chef de régiment qui doit présider aux dispositions, aux mouvements et à l'ordre qui doit y régner, a moins qu'il ne s'abandonne aveuglément à ses subordonnés, ne pourrait jamais répondre de l'exactitude de son service, ce qui serait déjà un très-grand vice , et en- Irainerait dans des désordres pernicieux. Ne débander qu'une partie du régiment , il faudrait alors ranger le reste en réserve der^ rière la ligne de tirailleurs ou dans celle de bataille, soit; mais si l'on place ces réserves, dont le rôle est de soutenir ou de rallier les parties débandées, derrière la chaîne des tirailleurs, comme elles sont Tunique espoir du régiment, et ne doivent, par conséquent, être employées que d'après les dispositions de son chef, on sera obligé de les poster de manière à ce qu'il puisse en disposer à chaque moment opportun, et il faudra se garder de les disséminer sur un grand développement de front. On devra les placer en masse et les exposer par là au feu meurtrier des projectiles des ennemis. Une disposition pareille serait, sanscontredit, un vain sacrifice d'hommes. Si , au contraire , on leur assigne une pièce dans la ligne de bataille, je répondrai : que si la chaîne des tirailleurs , par des pertes réitérées , s'affaiblissait tellement qu'on fut obligé de la faire soutenir par les restes des régiments, le départ de ces différentes réserves occasionnerait, sur beaucoup de points, des vides dans la ligne de bataille toujours pernicieux, et qui ne pourraient être compensés par aucune autre troupe; car la seconde ligne ne doit jamais soutenir la première partiellement, tandis que le rôle de la réserve est propre à un service pareil.
Mais la tactique moderne , comme nous l'avons vu plus haut , a rendu la présence des voltigeurs indispensable pour toutes les manceuvres qu'entreprend Tinfanterie ; et comme, au lieu de disperser des régiments entiers , il vaut mieux n'en débander qu'une partie , l'or-
(i) Malgré la sUbilité de cette organiation et la l)onté de ce mode , il D*eD est pas rooiw reçu dans beaucoup d'années européennes d'instruire toute Tinfanlerie k connaître les deui services k la fois.
(i) 11 n'y a que les régiments de réserve, au nombre de huit , qui n'en ont pas.
ganisalion la plus avantageuse me paraît donc celle de l'incorporation de voltigeurs dans les régiments d'infanterie de ligne ; organisation qui, excepté chez les Anglais et les Saxons, a été introduite dans presque toutes les armées européennes , mais avec de grandes modifications pour le nombre (i). Les Français, dont chaque bataillon est composé de huit compagnies, en ont une de grenadiers, six de fusiliers et tue de voltigeurs. Les Russes possèdent dans chaque compagnie, dont quatre forment le bataillon , vingt-quatre tirailleurs, plus, un peloton de voltigeurs par bataillon , et qui appartient à la compagnie de grenadiers. Les Prussiens, dont les régiments sont composés de trois bataillons, les partagent en deux bataillons d'infanterie de ligne, et un bataillon de voltigeurs (t). Les troisièmes rangs des deux premiers bataillons font le même service aussi (s). Les Danois, dont les régiments sont composés de deux bataillons en temps de paix, et de quatre en temps de guerre, ont, dans le premier cas, une compagnie de grenadiers, huit de fusiliers, et une de voltigeurs; dans le second, ils en ont le double. De six compagnies, qui forment le bataillon dans l'armée suédoise, ily en a une de voltigeurs. Les armées anglaise et saxonne, au contraire, n'ont pas incorporé de voltigeurs dans les régiments de ligne ; mais leur infanterie légère forme des régiments à part. Les Russes et les Suédois ont encore des régiments de chasseurs ; mais le nom ne fait rien à la chose, leur éducation n'en reste pas moins la même, et ont leur fait bire le service de ligne tout aussi bien que celui de la dâiaii» dade.
Nous voyons donc que l'infanterie des armées européennes possède, chez les Russes, un peu plus d'un quart de voltigeurs; ches les Français, le huitième ; chez les Prussiens, les cinq neuvièmes; chez les Danois, un dixième; chez les Suédois , un sixième.
Si les organisations de plusieurs des armées que je viens de présenter offrent de grandes modifications pour le nombre des tirailleurs,
( s) Les feux d'un bataillon étant ordinairement produits par les deux premiers rangs, la dispersion du troisième , qui charge 1rs fusils du second et lui fait passer aussi le siens pour les décharger , nuit un peu k la vivacité des feux d'un bataillon , mais ne paralyse pas ses moyens de défense.
et que plusieurs même en possèdent trop*peu pour bien remplir le service de Tinfanterie légère , la formation des régiments prussiens nous offre un nombre assez grand c pour que 1 r infanterie, comme dit Bonaparte (i),ean'en- > voyant que les voltigeurs en tirailleurs , ne « perde pas Tusage du feu , et qu il ne se passe » pas des campagnes entières sans qu'elle tire » un coup de fusil, i
Les voltigeurs couvrent-ils le front d'une ligne de bataille? les régiments qui les détachent étant dans la proximité de la ligne de tirailleurs n'en envoie que le nombre nécessaire avec leurs soutiens, en gardant leurs réserves primitives sous la protection de la ligne de bataille ; ce qui obvie à l'inconvénient d'avoir des lignes de tirailleurs trop étendues , et offre aux chefs les moyens de mieux surveiller la conduite de leurs subordonnés.
S'agit-il de l'attaque d'un bois d'une vaste étendue? le lecteur objectera peut-être que ces sortes d'attaques exigent un plus grand nombre de tirailleurs que les régiments n'en possèdent, et que les chefs seront obligés de débander des régiments entiers , et d'envoyer en tirailleurs des gens qui ne connaissent pas ce métier : un cas ne fait pas une règle; il conviendra avec moi que le rôle des tirailleurs, dans l'attaque des taillis, est soumis à d'autres lois que dans les plaines , où l'on doit exiger du tirailleur , de l'ordre , de la précision dans les mouvements, et une stricte application de sa lactique; ce qu'il ne peut exécuter dans les bois, où les voltigeurs ne pouvant se voir, ne peuvent aussi ni s'aligner, ni se rassembler, ni changer de front, ni s'abriter sous la protection des avantages du terrain, et où l'exemple des officiers et la bravoure des troupes décident de tout.
Une autre raison morale encore , qui parle en faveur de cette organisation , c'est que les tirailleurs incorporés dans les régiments, en couvrant le front de celui auquel ils appartiennent, où ils n'ont que des parents, des amis, des camarades et des juges; pouvant, d'un côté, compter sur leur reconnaissance , et appréhen- <lant, de l'autre, le jugement défavorable que
(1) Mémoires dr IS'apoléon, rédigés par le général Mfiiitholoii, toin. I.
les camarades porteraient sur leur conduite s'ils trahissaient les lois de l'honneur, se battront toujours mieux que ceux qui, formant des régiments à part, devront renoncer à cette douceur, et seront exempts de cette punition; et cet effort moral, produit par cette incorporation, n'est pas à dédaigner.
Le colonel Marbot, dans un de ses écrits militaires (%) , qualifie ce véhicule moral du titre de c rêve fondé sur une fausse observation du > cœur humain. » Gomme sa description me pirait être basée sur une fausse assertion psychologique, elle peut ti*ouver place ici, pour que le lecteur puisse mieux juger des deux avis différents, c Je conviens, dit-il, que Thomme qui marche au combat, entouré de ses voisins, de ses parents, de ses amis, sera d'abord stimulé par leur présence , éprouvera le désir de se distinguer sous leurs yeux, et craindra surtout de montrer de la faiblesse. Mais dès que le combat est engagé vivement , ces divers sentiments sont bientôt étouffés par la pitié et la douleur que le soldat éprouve en voyant la mitraille , les boulets et les balles renverser autour de lui les compagnons de son enfance. Il s'attendrit sur leur sort, oublie son devoir, pour ne plus s'occuper que de l'affreuse position dans laquelle il voit ses voisins et ses amis les plus chers, et il est tenté de quitter son rang pour voler à leur secours. La mort , ou la mutilation de plusieurs de ses compatriotes, dont il coniMiit intimement les parents, le font penser au désespoir que ceux-ci éprouveront en apprenant la perte qu'ils viennent de faire. Cette ré* flexion le tranporte en idée dans son village, lui rappelle sa propre famille, son vieux père, sa mère chérie, l'objet de ses amours! dès lors les illusions passagères s'évanouissent, et il ne reste plus dans le cœur du soldat qu'un seul désir, celui de voir cesser le combat. >
Premièrement, je ne sais pourquoi, au moment.où le désir de la gloire et de la distinction est vivement excité dans l'homme, la blessure d'un camarade |)orterait plutôt le soldat à l'attendrissement et à l'oubli de son devoir, qu^au
(î) De la nécessité d'augmenter les forces militaires de la France, page 26.
soin de le venger (i)? Secondement, comment ce sentiment d'effenrescence dont Thomme est presque toujours animé pendant le combat feraii-il naître en lui cette tendre émotion, sensation si hétérogène à celle qu'un champ de bataille produit ordinairement, et le transporterait-il plutôt dans son village, dans le sein de sa mère et vers Tobjet de ses amours , qu'il ne réveillerait en lui le sentiment de la gloire et le désir de se distinguer? Je crois, et il me semble avec raison que, dans le combat, le soldat est phis près de la fureur que d'une émotion de sensibilité.
Comme pendant de l'exemple que nous cite le colonel Marbot , et qui rectifia ses idées à ce sujet, qu'il me soit permis d'en citer un autre qui rectifia les miennes.
La veille de la première bataille de Polotsk , le 5—47 août, le sergent-major de la !'• compagnie de grenadiers du régiment du prince Guillaume de Prusse , qui était fort estimé de ses compagnons d'armes, fut dangereusement blessé. Les voltigeurs avec lesquels il se trouvait, sous les murs de Polotsk, l'ayant cru mort, un des tirailleurs qui revenait pour faire panser sa blessure, l'annonça à ses camarades. Le peloton de grenadiers manifesta unanimement le désir d'aller le venger ; mais comme le comte de Wittgenstein avait déjà envoyé l'ordre de suspendre le combat des tirailleurs , on ne put accéder à leur prière.
Si cependant , après avoir blâmé l'inconvenable institution d'imposer plusieurs rôles à des hommes , comme je l'ai dit plus haut , étroits dans leur conception , le lecteur m'accuse peutêtre d'adopter une organisation contraire à ma première idée, je le prierai alors de se rappeler tout ce que j'ai dit par rapport à l'impositioQ des deux rôles difiërents à l'infanterie, et de ne pas oublier que le doute qui germait en
(i) Le général Lamarque, cet auteur si renommé et si àigoe de sa haute réputation, nous dit au contraire (tfe VStprii militaire en France, pag. 81) : «Si, dans
• qmkiiies circonstances , des émotions trop vives ont > &it dégénérer chez quelques hommes la sensibilité » en foiblesse, dans mille autres , Taspect des blessures
• et de la mort d'un parent, d*a&tmi, ont excité des » sentiments contraires , et porté jusqu'à la fureur la » soif de la vengeance. »
(i) l.es plus bornés.
(5) Il ne serait que trop juste de donner aussi aui
moi sur les résultats peu efficaces qui pouvaient provenir de cette complexité d'étude, ne se rapportait qu'à une partie des fantassins (s) qui recrutent les armées, et que nous emploierons justement pour organiser l'infanterie de ligne, en désignant les plus braves, les plus habiles et les plus susceptibles de bon sens pour le rôle de voltigeurs (s).
Sous le rapport de la taille , il faudra faire aussi une distinction. Le service de l'infanterie de ligne n'exigeant que de la force corporelle, tandis que celui de l'infanterie légère demande non-seulement de la force physique , mais aussi de la dextérité dans les mouvements et de la souplesse dans le corps , on incorporera dans la première toutes les recrues dont la grandeur surpassera 5 pieds 6 pouces , en assignant celleci et au-dessous aux voltigeurs , ayant soin de n'en recevoir aucun de moins de 5 pieds 2 pouces; car il ne faut pas envisager les tirailleurs sous le seul rapport de leur souplesse : comme les emplois qu'on en fait sont très-multi plies , il faut , ainsi que je viens de le dire , avoir aussi égard à leurs forces physiques, et qu'ils soient de taille moyenne, mais robustes, et en état de soutenir les fatigues.
Je pensiMtoème que ce partage des recrues , d'après leurs qualités morales et physiques , ne fera pas tort à l'infanterie de ligne; car, combattant toujours en masse et sous la direc* tion constante de ses chefs , quand même elle serait composée de soldats moins habiles, pourvu qu'ils soient bons tireurs, elle pourra ^ toujours être plus facilement maintenue en ordre , ce qui n'est pas le cas avec les voltîgeurs, qui, dispersés vsur un vaste développement de terrain, sont souvent abandonnés à la merci de leurs propres combinaisons, et n'ont pendant des heures entières d'autre soutien que leur science et leur courage (4).
voltigeurs quelques prérogatives qui pussent les distinguer, comme, par exemple, une paye double du fantassin de ligne , et une ou deux années de service de moins.
(4) Ce n*est pas une prédilection injuste en faveur de rinfanterie légère , dont j*ai eu l'honneur de commander un régiment , qui m*a inspiré cette idée de distribution, non ; mais une conviction Impartiale, fondée sur le service des deux infanteries. Si f avais commandé un régiment d'infanterie de ligne, je n'aurais pas changé de langage.
Mais il esl temps que je revienne au vrai but de celle section , où je me suis proposé de développer les prérogatives de T infanterie.
L'infanterie est Tarme primitive. La facililé avec laquelle le fantassin surmonte toutes les difficultés engendrées par la configuration du terrain, celle de pouvoir s'y glisser pour ar^ river et assaillir à Timprovisle son ennnemi , d'en profiter pour éviter ou soutenir un combat inégal, ou de se porter sous leur protection pour remédier aux désavantages que produit la supériorité de son ennemi, lui assigne avec justice le premier rang parmi les trois armes.
L'infan terie pouvant presque partout se frayer un chemin, étant la plus nombreuse, la plus facile à recruter ainsi qu*à se former, la moins susceptible de désorganisation, et la plus terrible à cause de la multiplicité de ses effets meurtriers (i) , doit nécessairement être aussi Tarme des grandes opérations militaires , dont le succès dépend en grande partie du nombre tles troupes qu'on peut employer , de leur habitude à soutenir les fatigues des marches , et de la facilité de pouvoir se porter sur tous les point où leur présence est nécessaire.
L'infanterie possède encore cettemipériorité sur les deux armes, qu'elle peut être employée et se soutenir avec avantage dans l'offensive comme dans la défensive. Ses différentes formations, par leur compacité ainsi que par leurs feux terribles et multipliés et par leur choc , lui en offrent toute la possibilité, tandis que la cavalerie, mise en action, ne possède qu'un seul rôle purement affirmatif, et que celui de Tartillerie, si elle n'est pas défendue par les autres armes, est purement défensif.
L'arme primitive du fantassin , le fusil , le rend redoutable à Tartillerie , et lui offre aussi tous les moyens de contrebalancer la force que le choc de la cavalerie doit nécessairement pro-
(i) Car bien que les armes que le cavalier porte sur lui , soient plus nombreuses que celles du fantassin , la facilité que ce dernier possède dans le maniement de la plus meurtrière, qui est le fusil, lui assure toujours une gfande supériorité sur le cavalier.
(i) Il s'entend de soi-même que leur éducation doit être portée au plus haut degré de perfection, et que le soldat désigné pour se battre en débandade, ne soit pas seulement bon tireur, mais leste, adroit, et que sa mémoire soit riche en stratagèmes qui doublent sa force
duire. S'agit-il de paralyser les feux de l'artillerie en lui enlevant ses servants , ayons recours à l'infanterie légère, car sans pertes sensibles, elle peut aussi nettoyer le terrain que les autres armes devront parcourir lorsqu'il s'agira de se rendre maître des batteries, et leur préparera une conquête facile , en prévenant la destruction que les feux des pièoes sèment ordinairement parmi les armes qui les attaquent.
D'habiles tirailleurs (t), en parcourant le champ de bataille avec intelligence et intrépidité, unis lorsqu'il s'agit d'un choc contre la même arme , ou d'une défense contre les flanqueurs ennemis, débandés lorsqu'il faudra couvrir un mouvement ou surprendre son ennemi, paralyseront facilement les feux meor^ triers de l'artillerie, en se glissant d'une manière inopinée vers le terrain que couronnent les pièces , et par des coups bien ajustés kor enlèveront aisément leurs servants. L'idée de cette institution, une des plus ingénieuses de l'art militaire, nous a été inspirée par les Anciens (s). Les soldats armés à la légère des Grecs, ainsi que les vélites des Romains, dont l'emplacement était ordinairement devant le front des troupes, commençaient toujours le combat avec les armes de jet, et cherchaient, par des coups bien ajustés, à chasser les éléphants et les chariots de guerre, ou bien, en se trouvant sur les flancs, où quelquefois ils remplaçaient la cavalerie, ils étaient destinés à tomber sur le flancs et à dos de l'ennemi*
S'agit-il de s'opposer au choc impétueux de la cavalerie, une bonne infanterie, en se formant en carrés ou en colonnes, lui sera toujours supérieure , car ses moyens de défense surpassent ceui^ que la cavalerie possède pœr l'attaque. Des feux bien nourris et bien dirigés, en étant aux lignes de cavalerie leur pfemière vertu , la contiguïté , rendent leurs effets beau-
et remédient aux désavantages de la défensîTe. Leseonseils que le général Duhesme nous donne à ce sujet* daw son Essai hisloriqtie sur CinfanUrie légère, ckap. f et VI , sont asseï satisfaisants pour qa*il ne soit pas nécessaire d*en dire davantage.
(s) Le lecteur peut trouver des détails généalogiques très-intéressants sur leur institution , dans le Journal militaire de Berlin^ le même dont j'ai parlé pluskaut, année 18:21, n**' 260 et 261.
coup moins dangereux , et quelquefois les paralysent tout à fait.
Je vais citer quelques exemples qui serviront, je l'espère, de preuve évidente, qu'une infanterie bien organisée, bien instruite, et surtout bien dirigée , ne doit jamais succomber devant la cavalerie; et les combats que je me propose de retracer n'ayant pas été, comme beaucoup d'autres, le résultat de quelque heureuse circonstance que le hasard produit souvent, mais la conséquence immédiate de r«ivanlage incontestable qu'une infanterie, telle que je viens de la supposer, possède sur la cavalerie , il n'y a pas de raison pour que cette arme ne conserve à chaque occasion la prépondérance sur sa rivale. Je commencerai par la bataille d'AuersUedt, livrée le S— ii octobre 1806.
Au commencement de la bataille d*Auerstaedt, lorsque la division Scbmettau venait d'engager un feu très-vif, dont le but avait été la possession du village de Hassenbausen , le général Bliicher, à la tète de 25 escadrons, qui devaient former le flanc gauche de l'or^ dre de bataille des Prussiens, s'était mis en mouvement vers Spiesberg. Un épais brouillard avait pendant toute la marche couvert le champ de bataille , et ôté aux troupes des deux partis les moyens de s'entrevoir. La cavalerie prussienne s'était déjà avancée vers Punscherau, sans apercevoir l'ennemi. Mais le brouillard s'étant dissipé, le général Bliicher remar^ qua bientôt qu'il se trouvait, avec une masse imposante de cavalerie, dans le flanc et à dos de l'infanterie. française. Ne voulant pas perdre un moment aussi opportun , il ordonne la charge. De son côté, le maréchal Davoust, reconnaissant la C4ivalerie ennemie dans une position aussi avantageuse, ordonne à l'infanterie de la division Gudin de se former en carrés. L'attaque s'exécute; mais les carrés français, formés en échiquier , reçoivent à bout portant cette nombreuse cavalerie, dont les attaques réitérées furent toutes infructueuses. En vain le général Bliicher ramène à la diarge les escadrons repoussés; ses efforts et le courage de sa cavalerie restent sans effet, et l'infanterie française prouva dans cette occasion , comme une infanterie bien organisée et bien conduite le fera dans tous les cas, que sa prépondérance sur la cavalerie est incontestable.
lie second exemple, que je me propose d'of-
fiir au lecteur, est bien plus convainquant encore , eu égard à la disproportion des forces qui prirent part à l'action. C'est le combat de Krasnoï, livré au mois d*août 1812, par la division d'infanterie du général Nevéroffskoï, contre les corps de cavalerie des généraux Grouchy , Nansouty et la cavalerie légère du général Bordesoult.
Pendant la marche de l'armée russe, vers Roudnia , et son mouvement de flanc vers Pôreczié , le général Nevéroffskoï avait été laissé à Krasnoï pour éclairer la communication d'Orcha à Smolensk. Le 2—14 août, il fut attaqué par les troupes du corps du maréchal Ney , et, après un combat très-opiniâtre, déposté de la ville par la division Ledru.
Voulant éviter un combat trop inégal, le général Nevéroffskoï continue sa retraite sur Smolensk, et il est poursuivi par les corps de cavalerie des généraux Grouchy, Nansouty, et par la brigade légère du général Bordesoult. Parvenu dans les vastes plaines , entre Krasnoï et Korytnia , il fut de nouveau attaqué par cette masse, qui montait environ à 18,000 "lâievaux. Les dragons de Charkof , qui faisaient l'arrière-garde de la colonne du général Nevéroffskoï, furent bientôt culbutés par la cavalerie légère des ennemis, et se placèrent sous la protection des colonnes d'infanterie, qui venaient d'être réunies en cairés pleins.
Cest dans cet ordra que le général Nevéroffskoï continua sa marche vers Smolensk. Des feux bien nourris et bien dirigés suppléèrent au désavantage des forces physiques, et l'infanterie russe parvint à repousser les charges souvent réitérées des ennemis, qui firent de vains efforts pour la rompre, et elle atteignit, non sans quelque perte, le village de Korytnia , où elle passa la nuit.
Mais pour se convaincre de la pré|)ondérance que, par ses feux et ses formations, l'infanterie possède sur la cavalerie , il ne faut pas oublier, que la division russe n'était composée que de 12 bataillons, qui pouvaient tout au plus compter 6,000 hommes sous, le^ armes et un régiment de cavalerie, et que malgré le désavantage de ses forces physiques, elle parvint à résister, même sur un terrain qui favorisait les mouvements offensifr de la cavalerie, à des forces triples.
Un troisième exemple, non moins couvain-
no
quant de la supériorité de rinfanierie , est celui que nous offre la bataille de Mollvitz. Frédéric le («rand , sachant que Tennemi lui était supérieur en cavalerie, avait entremêlé entre les escadrons de chaque aile deux bataillons de grenadiers (i). Au moment où le général Rœmer renversa et mit en fuite la cavalerie du général Schulenburg , le roi , en nous faisant part du sort «le ses deux bataillons ( Histoire de mon Temps, tomei", page 161), nous dit : c M. Rob- » mer y fut tué ; mais ce qui doit surprendre t tout militaire , c'est que ces deux bataillons » de grenadiers, qui avaient été entrelacés en- » tre les escadrons de la droite, se soutinrent > seuls et se joignirent en bon ordre à la droite » de rinfanterie. >
En un mot, la supériorité de rinfanierie sur la cavalerie est si grande , soit que cette arme se forme en carrés ou en colonnes pour lui résister, qu'on |)eut dire hardiment qu'une infanterie qui succombe au choc de la cavalerie, est une mauvaise infanterie , ou , pour le moins, que c'est une infanterie qui s'est mal comportée.
La facilité avec laquelle l'infanterie peut d'ailleurs se couvrir , par quelques avantages du terrain où le mouvement de la cavalerie se trouve paralysé, lui donne aussi une grande prépondérance sur sa rivale. (In champ de bataille parsemé de villages, de bosquets et de ravins, sera toujours une position défensive très-avantageuse contre la cavalerie , qui ne peut, sur un terrain pareil , ni déployer ses forces, ni en faire usage. C'est dans une position pareille qu'en 1812 , le c<>mte Ostermann , à la tête de 8,000 fantassins , soutint si glorieusement le combat d'Ostrowno, contre un corfis de 10,000 cavaliers et un régiment d*infanlerie , jusqu'au moment où , renforcé par la division Delzons, le roi de Naples fut en état de déi>loyer une force d'infanterie égale à celle du comte Ostermann , et enlevant par là , à ce dernier , tous les avantages du terrain, sous la protection duquel il combattait, le mit dans la nécessité d'opérer une retraite, qui M'elFoctiia cependant avec un or.lre parfait.
(I) l>OHition vicieuse, et dont le roi avoue lui-même In il^rortuoslti^ en disant : < C'était une disposition dont * r.UKtnvo- Adolphe avait fait usage à la bataille de
I iilii'n,el dout.selon toute apparence, on ne se scrrira I- iilus. •• t<>tait la disposition favorite de Folard, et le
L'infanterie sert aussi de nombre normal pour Torganisation des armées, et c'est d'après sa force qu'on calcule ordinairement celle de la cavalerie et de l'artillerie. La juste propoi^ tionde la cavalerie à l'infanterie a été désignée par les militaires expérimentés de un à cinq: ce qui cependant doit être sujet à de grandes modifications d'après le pays où l'on fait la guerre, et je crois, aussi , d'après le degré de bonté de l'instruction des différentes aimes et des qualités physiques qu'elles possèdent. Voilà pourquoi, on proportion des autres armées, j'oserai toujours assurer que. celle des Russes a besoin de moins de cavalerie ; car la qualité de ses chevaux est supérieure à celle dont cette arme se recrute dans les autres armées européennes, et c'est certainement un des points les plus essentiels. Supposant même que la cavalerie légère des Impériaux , leurs hussards hongrois, l'emporte de prime-abord sur les hussards russes , cette préférence ne serait que de peu de durée, et on se convaincrait bientôt dans le courant d'une guerre que mon assertion n'est pas exagérée. Pour ce qui concerne les cuirassiers russes, ils seront toujours préférables à toute la cavalerie de ligne de l'Europe entière. Les qualités physiques de l'homme et du cheval, ainsi que leur instruction, sont in£niment plus complètes que dansles autres armées, et les rendront formidables à tous leurs rivaux. Cette sorte de cavalerie étant justement celle qui achève et rend les batailles décisives , l'armée russe pourra en avoir toujours moins que celles de l'Europe entière , sans que pour cela les résultats soient moins avanla* geux.
L'infanterie est aussi la seule arme qui, abandonnée à ses propres forces , peut encore se maintenir avec avantage , et secondée par l'artillerie, qu'on doit, par rapport aux autres armes , n'envisager que comme arme secondaire , peut même gagner des batailles. Quelques exemples étant la meilleure preuve de mon assertion, je vais citer ceux que nous offrent la bataille de Biberach, livrée le â o^
comte de Brezé , dans ses Observations hisloriques ei critiques sur les Commentaires de Folard el sur le cavalerie y cliap. vu, page 118, se fit assez de maavali sang pour prouver la f^us^té d une disposition parriHf, tandis qu'il aurait pu le Caire à beaucoup moins de flrais.
U>bre i796, et celle deCaldîero, livrée « eo i 805, entre les armées française et autrichienne en Allemagne et en Italie,
A la bataille de Biberach , à Texception du mouvement que la cavalerie autrichienne fit pour couvrir la retraite de la division Baillet, cette arme ne nous a offert pendant loute la journée aucun choc éclatant. A celle de Caldiero, à Texception de Fattaque que le comte de Bellegarde , à la tôte de 8 bataillons , soutenus d*un régiment de cavalerie légère fit contre Stra; de celle que plusieurs petits détachements de cavalerie autrichienne dirigèrent contre la division Parlounaux , et enfin de celle où le régiment des hussards de Kienmaycr se montra avec tant d'éclat, et qui eut lieu près , de Colognola-Bassa , mais qui toutes les trois ne peuvent être envisagées que comme des attaques partielles , insignifiantes et qui n'auraient pas même mérité d*étre relevées, si elles n*eussent été les seules où cette arme prit pari au combat , Thonneur de cette journée doit incontestablement être déféré à Tinfanterie, qui s'y montra comme arme primitive.
Les pertes essuyées par les deux années belligérantes, dans ces deux affaires , sont une preuve évidente du courage avec lequel ces champs de bataille furent disputés, et les relations détaillées (i) de ces affaires qui prouvent évidemment que les généraux en chef n*ont pas perdu un seul moment de vue tous les moyens que la tactique la mieux ordonnée leur offrait, pour remporter Tun sur Taulre la victoire, seconderont Tévidencede mon assertion, et prouveront d'une manière non douteuse qu'une infanterie bien aguerrie , bien discipli* née et surtout bien dirigée, soutenue |iar Tartillerie , peut gagner des batailles.
SKCTIOIN 11.
PROPRIÉTÉS DE l'iNFâMERIE DC LIGKE.
C'est eu grand partie dans les différents engagements qu'une arme soutient contre l'ennemi , que nous pouvons rechercher ces pro-
(•) pour lesquellosi jo prends la liberté de renvoyer le lecteur au Journal militaire auirichien , année 1825 . clup. IV , page 1 , et aui Principu slraléyiqua de Varthidue Charlei, tome m , page 215.
priétés; et ces engagements étant en partie subordonnés i ses différentes formations, il est juste que ce soit dans ces dern ières que nous puisions aussi le principe des propriétés de l'infanterie.
La différence des formations de chaque arme est subordonnée à rem|kloi qu'on se propose d'en faire, et du résultat qu'on doit en attendre. Plus une arme estsuceptiblede formations utiles et produisant de bons effets, plus son efficacité est grande. Telles sont les vertus de l'infanterie de ligne. Ses formations lui accordant les moyens de se soutenir avec avantage dans l'état défensif, ainsi que de produire de grands effets daas Toffensive, la première place parmi les trois armes lui appartient avec justice.
Les feux foudroyants et multipliés d'une ligne déployée en bataille, le choc d'une colonne conduite avec prévoyance et intrépidité, ainsi que la formation avantageuse de la colonne contre la cavalerie (i), sont autant de moyens efficaces que les inventions de la tactique ont accordées à l'infanterie de ligne, podr pomoir se soutenir avec un certain avantage contre tous les dangers auxquels cette arme pourrait être en butte.
Chaque fonnation émanant d'un principe et étant employée dans des cas différents, il n'est que trop juste d'en approfondir séparément les propriétés et les différents résultats.
De C Infanterie de ligne déployée en balaille.
Le déploiement en bataille a deux grandes propriétés, qui rendent toujours formidable cette formation, toutes les fois que les chefs savent bien l'adapter au terrain et à la circonstance : ce sont ses feux multipliés, et le peu de prise qu'elle offre aux boulets et aux obus de ses ennemis. Mais comme chaque formation possède ses prérogatives ainsi que ses défauts, le déploiement eu ligne n'en est pas exempt non plus. Ses vices, au contraire, seront même plus nombreux que ses vertus. Ses feux sont avantageux , il est vrai, mais elle est incapable
(t) Formation que j*ai adoptée comme défeiiMTc r outre la cavalerie, et dont j aurai plus tard TocciMoa d>xpliqiier les avantages.
de mouvement, elle ne peut pas résister à la cavalerie , ni même au choc d'une colonne, et les cartouches à balles la soumettent à de trèsgrandes pertes.
Les combats que T infanterie , formée dans Tordre mince, soutient à certaine distance contre la même arme, en opposant à ses ennemis la défense la plus meurtrière qu'elle possède; ses feux, en leur faisant faire des pertes dont la grandeur souvent n'est compensée par aucun avantage équivalent , lui donnent sans contredit des avantages exclusifs sur les attaquants : tandis que , manquant tout à fait de profondeur, elle est perdue si le choc devient son unique ressource. Une masse d'infanterie, formée en colonnes sans être soutenue ni par l'artillerie, ni par la cavalerie, hasarde-t-elle de parcourir une plaine ouverte, dont le terrain ne cache pas aux bataillons défensifs la marche des colonnes offensives , qui servent de but à leurs feux, il est certain que la ligne leur fera souvent essuyer des pertes tellement grandes, qu'elles finiraient par dégoûter les chefs d'entreprendre des mouvements aussi dangereux , et les porteraient à choisir des moyens moins destructeurs.
Les succès éclatants que l'infanterie angloespagnole a remportés si souvent sur celle des Français, qui tout aussi bien aguerrie,tout aussi brave et peut-être même plus expérimentée, succomba cependant dans plus d*un mouvement offensif qu'elle fit contre ses ennemis en l'attaquant dans Tordre profond, proviennent : 1® de ces pertes qu'une ligne déployée par des feux mutipliés et bien nourris, fait essuyer à une infanterie qui , abandonnée à son unique force, s'avance contre elle en ordre profond ; formation qui paralyse tout à fait ses feux au moment où ils deviennent un moyen très-avantageux pour s'opposer au ravage que ceux des ennemis occasionnent; â^ de cette opiniâtreté que les assaillants eurent toujours d'engager l'infanterie sans la soutenir par les autres armes, et sans faire précéder leurs attaques, ou parle feu de leur propre artillerie, dont les coups sonvent répétés occasionnent, sinon une brèche qui ravisse sans retour à la ligne sa contiguïté, mais du moins produit un certain flottement toiyours dangereux; ou par un choc de cavalerie , le fléau le plus dangereux pour une infanterie déployée en bataille ; 3* du manque de
rapidité et de décision dans le mouvement offensif, car sans produire le choc intrépide qui doit être le dénoûment et le seul moyen de réussir dans ces sortes d'attaques, Tinfanterie française cédait à ses ennemis le terrain dont elle devait se Tendre maiti*esse.
En approfondissantcependantlesyraiescauses de la non-réussite de plusieurs attaques faites parles Français contre les troupesangloespagnoles, pendant les campagnes dont h Péninsule a été le théâtre, je suis loin de vouloir recevoir pour loi fondamentale qu'une attaque en colonnes, contre une infanterie déployée en bataille, qui fait usage de ses feux^ soit toujours une vaine témérité, dont une perte inutile d'hommes soit la suite. Tout dépend de la résolution avec laquelle l'attaque en colonnes est conduite, ainsi que des sacrifices qu'on est en droit de porter au but qu'on se propose d'atteindre, et qui doivent être eu rapport direct avec Timportance qu'on peut accorder au point qu'on attaque. Un exemi^e d'une attaque en colonnes dont la marche se trouvait encore entravée parle désavantage du terrain , contre une infanterie déployée en bataille et avantageusement postée, qui a réussi complètement, suflBra, sinon pour diminuer les avantages d'une ligne contre une attaque en colonnes, du moins pour venger Thonneur de cette dernière formation , et à laquelle beaucoup de militaires, éblouis par les nombreux lauriers que sa rivale a moisonnés dans l'infanterie anglaise pendant les campagnes d'Eq[»agne, ravissent une grande partie de ses avan» tages. Je vais en citer un dont j'ai été témoin oculaire et actif. «
A la première bataille de Polotsk, livrée le 6 — 18 août 1812, au moment où le générai Saint-Cyr attaqua le corps du comte de Wit^ genstein, rangé en bataille sous les murs delà ville, le régiment du prince Guillaume de Prusse se trouvait posté devant la maison de campagne que le chef du corps avait occupée avec son quartier général, formant le centre du flanc gauche, et posté entre deux batteries, dont celle de droite était de 30 pièces et celle de gauche de 6 canons. Une grange en pierre , bâtie près du [>ont jeté sur la rivière de la Pdota, était devant le front du régiment à une distance de 2,000 pas, et dérobait à ses regards l'avenue du pont, et, par conséquent, tous les
mompanaits de rennemi qui le franchissail en fortes cokmnes* Au moment où une salve d'artOlerie, partie des batteries françaises, annonça le commencement du combat , la division Wrede, formée en colonnes profondes, déboudia par la droite du couvent de Spass, en longeant cette grange en pierre dont j*ai parlé plus haut , et parut bientôt dans Téclaircie. Le régiment du prince Guillaume de Prusse conduit par son chef, Tinlrépide général Kasatsdikoffsky, ne balança pas un moment pour aller au-devant de Tennemi. Pendant que les Russes firanchissent Tespace qui les sépare de Tennemi, celui-ci déploie 2 bataillons qui formaient la tète de sa colonne d'attaque. Le second bataillon du régiment russe, qui avait pris vers la gauche, double son pas pour s'aligner avec le premier; l'un et l'autre croient avoir bientôt atteint le but de leur mouvement et s'apprêtent i charger à la baïonnette , lorsque les ennemis couchent en joue les bataillons assaillants, et un feu de file sème la mort dans les rangs. Cest dans ce moment épineux que le général Kasatchkoffsky, frappé d'une balle, fut obligé de quitter le champ de bataille.
Quoique privés du chef qui les avait si souvent conduits à la victoire, les bataiUons rus> ses, loin de se déconcerter, s'avancent avec fermeté; des hourras souvent répétés remplissaient déjà la plaine , lorsqu'un ravin sec vient s*opposer à la facilité de leur mouvement (i). Faut-il à l'homme valeureux plus d'un instant de réflexion pour préférer la mort au déshonneur d'abandonner le champ de bataille? Un moment de résolution décida detout : les bataillons russes se jettent dans le ravin^, remontent le talus asses doux du côté opposé, et font mainbasse sur les ennemis, qui, par leur formation et leur position avantageuses avalent tant de supériorité sur nous, et les obligent bientôt à évacuer le terrain qu'ils occupaient.
Mais d'autres exemples d'attaques et de défenses, faites daos le sens de la même tactique, nous offrant des résultats contraires i celui que je viens de ciler, il s'agit de décider par quelles raisons l'emploi des mêmes moyens a produit
(i) Il était difficile de prendre une position plusavan- Ugeose pour une infonterie déployée , que ceDe que les Bavarois occupaient en ce moment . Les ravins, les baies et d*aulres pareijs accidents, doublent toujours les I
deux résultats diamétralement opposés. Cepesk dant , avant d'en approfondir la raison , je vais offrir en parallèle à mon exemple, comme omtraste frappant, celui que nous offre la bataille d'Albuhéra, livrée le i6 mai iSii , et gagnée par l'armée anglo-espagnole commandée par le maréchal Béresfort, sur celle des Français, sous les ordres du maréchal Soult.
L'armée anglo-espagnole, qui avait pris position parallèlement au fleuve de l'Albuhéra et du ruisseau de Ghieapiema, ayant le village d'Albuhéra devant le front, venait d'engager un feu assez vif avec la division française du général Godinot, dont l'attaque sur ce point navait été qu'une fausse démonstration, pour détourner l'attention des Anglais de celle que le maréchal Soult projetait de bire sur leur extrême droite. Mais à peine le maréchal Bjresfort se mit^il en mesure de défendre le village d'Albuhéra, dont la possession livrait aux ennemis un débouché facile au delà du fleuve, qu'il aperçut les troupes du 5* corps, commandées par le général Girard, dont le mouvement avait été masqué par les buissons et les hauteurs parsemés dans l'angle formé par les ruisseaux de Noyales et de Ghieapiema, sous la protection desquels le général Girard forma ses troupes en colonnes d'attaque, et qu'il les vit s'avancer au delà du ruisseau de la Ghieapiema, directement sur son extrême droite. 11 ordonna donc aux troupes rassemblées sur le champ de bataille, à l'exception de la division Hamilton et de quelques bataillons de celle de Ballesleros, qui restèrent devant Albuhéra, de faire un à-droite en bataille, et de se prolonger en arrière vers leur droite, de manière à pouvoir masquer, par ce changement de front, tous les points qui pouvaient conduire les ennemis dans le flanc et à dos de la première position.
l^endant que cette manœuvre s'opérait, le corps du général Girard formé en colonnes d'attaque sétait tellement rapprodié de la division Ballesteros, qu'il croyait pouvoir tent^ une attaque à l'arme blanche. Les bataillons espagnols, qui avaient déployé, reçoivent les
avantages des bataillons déployés; car, sans paralyser leurs feoi, ils présentent aoi assaillants des obstacles très-difficiles k surmonter.
assaillanls avec un feu bieo nourri et bien dirigé, les obligent, à cause des pertes considérablesqu'ils faisaient, d'arrèterleur mouvement, et de se replier sur les bataillons de la seconde ligne.
Plus tard , au moment où un régiment de hulans polonais, commandé par le colonel Konopka, et 2 régiments de dragons français, à la tête desquels se trouvait le colonel Vinot, parvinrent par des charges heureuses dirigées contre la brigade anglaise deColborne, quils désorganisèrent tout à fait, à rétablir l'équilibre que les troupes françaises venaient de perdre; le général Girard, qui avait conservé aux bataillons de son corps là même formation, résolut de renouveler une attaque dont le premier résultat n'avait pas été des plus satisfaisants.
Précédé par un essaim de tirailleurs auxquels on mêla des flanqueurs polonais, l^infanterie du général Girard se porta au-devant des ennemis. Ceux-ci , déployés en bataille , la reçoivent de nouveau avec un feu de file meurtrier, dont le ravage fut d'autant plus grand, que les colonnes attaquantes n'en avaient d'autre à y opposer que celui de leurs tirailleurs. Les pertes que les assaillants faisaient à chaque pas les découragèrent tellement, que ni Texhortation, ni Texemple de leurs chefs , ne purent relever leur courage.
La brigade anglaise du général Hougton arriva bientôt encore pour soutenir et remplacer les bataillons affaiblis des Espagnols, tandis que le général Abercromby déploya la sienne sur le Oanc gauche de celle-ci , et s'apprêta à diriger ses feux contre le flanc droit des colonnes d'attaque des Français. Le général Girard crut pouvoir remédier à ce moment critique, en ordonnant à ses troupes de se déployer en ba-> taille ; mais cette manœuvre , dont l'exécution avait conunencé sous le feu meurtrier des ennemis, ne lit qu'augmenter le désordre et l'abattement. Enfin , après une résistance aussi faible que de courte durée, les colonnes assaillantes à dcmi-déployées furent contraintes de céder le champ de bataille, repassèrent le ruisseau de la Chicapierna ; et leurs chefs parvinrent
(i) C'est justement ce qui arriva au régiment du prince Guillaume de Prusse. Les chefs du régiment, des deux bataillons, 2() officiers et h peu près 480 hommes
seulement à les rassembler et réocganiaar sur ce terrain que le cinquième corps avait occupé au point du jour.
L'état des lignes déployées étant un état défensif, c'est donc dans le choc des colonnes, comme étant les vraies masses d'où dépendent les effets qu'on se propose de recueillir de ce genre de combat, que nous devons puiser les vraies causes de la différence des résultats dont je viens d'exposer le parallèle.
Si l'attaque du régiment du prince Guillaume a complètement réussi à la bataille de Polotsk, ce régiment le doit à la rapidité avec laquelle ce mouvement a été exécuté et à sa valeureuse résignation. L'honneur doit toujours en être déféré, pour une grande pajrlie, aux chefs du régiment et des bataillons, aux oflBciers commandant les premiers pelotons, enfin aux soldats qui composent les têtes des colonnes d'attaque, qui rarement reviennent sains et saufe d'une lutte pareille (i). J'avouerai plutêt que le feu de Tartillerie dont l'effet devient déjà meurtrier même à de grandes distances, si les projectiles atteignent bien les colonnes, peut plus aisément arrêter le mouvement offensif des troupes, tandis que la fusillade ne sera jamais, pour une colone qui marche avec décision et fermeté, un écueil devant lequel tous les efforts des assaillants doivent se briser. Pendant que les hommes des rangs avancés du régiment du prince Guillaume, tués ou blessés, vidaient les rangs, les colonnes marchaient, et une fois que l'arme blanche put être mise en action , il ne resta plus aucun doute pour la réussite de l'attaque ; car la ligne n'a pas la profondeur nécessaire pour soutenir le choc. Les bataillons du corps de Girard, au contraire, a« lieu de chercher à franchir avec rapidité k terrain qui les séparait de Tennemi, commencèrent i fiiire un déploiement pour lequel il leur manquait deux choses principales: le temps et un point qui fût hors de la sphère active des feux des ennemis , et, par conséquent, ils perdirent dans Texécution le vrai principe de la réussite d'un choc en colonne contre ua ennemi déployé en ligne. Ils s'engagèrent ensuite dans une fusillade toujours dangereuse
furent mis hors de combat. C'est une perte énorme, il est vrai, mais le but a été rempli.
el sans eflfel dans de pareib cas, ayant perdu de vue ce principe si vrai de Guibert : qu'il ne faut tirer que quand on ne peut pas marcher.
Comme le» colonnes pour réussir dans leurs attaques sont soumises, il est vrai , à de grandes pertes « si les chefs qui entreprennent de pareils mouvements offensifs croient ne pas posséder d'autres moyens pour s'emparer d'un poste défendu par des bataillons déployés, ils doivent» avant tout, peser l'équilibre qui existe entre l'importance du point qu'ils attaquent, et des pertes qu'ils seront obligés de faire.
Que la configuration du point stratégique , dont la possession décide souvent du gain des batailles , soit telle que, pour le défendre avec avantage, l'inianterie qui l'occupe prenne Tordre mince. A ces désavantages pour les assaillants, ajoutons encore ceux d'un terrain coupé, lequel couvrant le front de la position des défenseurs, augmenterait la difficulté d'y parvenir, et paralyserait en même temps le mouvement des autres armes. Hé bien ! malgré tous ces obstacles et les pertes qui s'ensuivraient, ne balançons pas un moment pour entreprendre l'attaque. Ménageons-nous seulement le moment le plus favorable, et, dès que l'heure a sonné, n'ayons égard ni aux pertes, ni aux difficultés; mais reportons notre attention vers les avantages immenses qui dérivent du gain d'une bataille. Dans des cas où , au contraire , la configuration du terrain est telle que, sans paralyser l'action des autres armes, on peut les amalgamer avec l'infanterie, recherchons quelle est la combinaison d'armes pour la composit ion des colonnes d'attaque, qui nous mènerait plus facilement, ou du moins au prix de moins de sang, au but que nous nous proposons d'atteindre (i).
D'un autre côté , comme il n'est pas k topposer que , pour une attaque en colonnea, on ^'emploie qu'un seul bataillon , et que la pos-
(i) Dn feui éqaWalentsà eeui des enneinis seraient « il est Trai , le meilleur moyen qu'une infanterie qui attaque pourrait opposer à une infanterie, pour lialancer par les mêmes avantages ceux dont jouit une ligne ; mais tes bataillons étant obli^M de francliir souvent d'asRez grands espaces d'un terrain plus ou moins accidenté, si, avant de les mener contre Tennemi, on les déployailje flottement qui résulterait de leur monveaent finirait par désorganiser tellement les lignes ,
session d'un point quelconque défendu par une infanterie déployée, est l'objet de combinaisons antérieures de tactique, dans lesquelles les effets qu'on se promet jouent aussi un grand rôle ; et que , par conséquent, ne l'envisageant pas comme une attaque partielle, on emploie une masse asseï respectable, nous nous convaincrons facilement que cette attaque deviendra pareille, en masse, h celle qu'exécuta le général Girard, qui possède ses règles, et où l'infanterie ne devrait pas être appelée à jouer le rôle d'assaillante à elle toute seule (a). L'arme la plus dangereuse pour une infanterie déployée en bataille étant, sans contredit, la cavalerie, pourquoi n'amalgamerions-nous pas des partis de cavalerie et quelques pièces de canon avec les bataillons assaillants, faisant précéder toute la masse par un essaim de tirailleurs? Derrière les deux colonnes des flancs, je place un escadron de flanqueurs dont le devoir sera de semer l'épouvante et la terreur en attaquant en flanc et à dos les bataillons défensifs; car quel que soit le petit nombre des cavaliersassaillantSyleurattaquesurles flancs de l'infanterie a toujours la plus haute importance, surtout lorsqu'elle est formée dans Tordre mince. Déjà l'effet moral , que l'apparition de la cavalerie produirait sur une infanterie déployée, laquelle par conséquent n'ayant que peu de moyens de défense, se verrait pour ainsi dire prise en flagrant délit , ne manquerait fias de rapporter de bons résultats, en paralysant cette fermeté avec laquelle une infanterie déployée en bataille reçoit toujours à bout-portant les colonnes de la même arme^ fermeté dont nous trouvons le principe dans les avantages des formations adaptées aux circonstances et des feux qui doublent leur solidité. Que les partis de cavalerie se mettent en mesure d'attaquer, et nous verrions les chefii^ desbataiUons déployés, fort embarrassés de donner à leur troupe une formation défensive
qn*ellfs ne manqueraient pas de se transformer en masses difformes , et incapables de produire le moindre effet.
(s) Nous avons vu le triomplM de cette tactique prendre naissance i la bataille de Spire , gagnée pnr le maréclial Tallard sur le prince de liesse, se perdre MentAt apr^ dans le gouffre des nouvelles combinaisons, et ne revivre que dans les temps les phis modernes.
avantageuse et capable de s'opposer en même temps au choc de Finfanterie et de la cavalerie (i).
Si^ à celte même bataille d' Albuhéra , que j'ai citée plus haut, la cavalerie des colonels Vinot etKonopka, avait élé amalgamée à Tinfanterie du général Girard, et eût été en mesure de produire son attaque simultanément avec Finfanterie française, il n'y a pas de doute que cette attaque eût peut-être été suffisante pour renverser le flanc droit des ennemis, et pour devenir le prélimentaire de la victoire. Celle •que cette cavalerie dirigea contre la brigade anglaise de Colbome, quoique couronnée d'un «uccès complet, n'eut cependant aucun résultat, car ce mouvement avait été trop isolé pour produire un effet capital.
Mais chaque terrain n'étant pas propre au mouvement de la cavalerie et de l'artillerie, le lecteur objectera peut-être qu'il se présentera beaucoup de positions où les bataillons assaillants devront être privés du secours que ces armes peuvent leur accorder. Je demanderai alors à mon tour pourquoi devrait-on attaquer en front des positions qui offrent beaucoup de difficultés pour l'attaque, et dont les entrave^ sont encore multipliées par les avantages du terrain? Recherchons alors la réussite de notre mouvement offensif dans les règles que nous indique Fart militaire pour vaincre les différents accidents du terrain , que leur configuration rend plus ou moins fortes. Mais comme, dans ces sortes d'attaques, les tirailleurs de l'infanterie de ligne soutenue par l'artillerie y jouent le plus grand rôle, je me réserve d'en parler au moment oii mes réflexions m'auront amené jusqu'à ces deux objets.
Après avoir émis mon sentiment sur l'ordre minoe , je pose en dernier résumé :
1^ Quoique le déploiement en bataille ne soit pas une formation qui puisse toujours résister à la colonne; mais comme c'est celle cependant qui fait perdre le plus de monde à l'assaillant.
(i) Eo discutant sur les attaques à la baïonnette , je crois obliger mon lecteur en Tinvitant à jeter les yeux sur les idées qu'un oflicier autrichien a exposées sur ce genre d'attaque (Journal milUairc aulrichien, année 1834, 6* cahier, page 257 ). La manière qu'il propose est peut-élre trop compliquée pour pouToir être
il est toujours très-avantageux h rinfanterieqiri est attaquée par la même arme, toutes les fois que l'emplacement des bataillons est favorisé par la configuration du terrain , de déployer et de recevoir son ennemi avec un feu de file bien nourri. L'essentiel sera donc de placer les bataillons sur un terrain qui paralyse surtont les mouvements offensifs de la cavalerie, et oà, par conséquent, l'infanterie ne puisse pas être atteinte par cette arme ;
2® Comme les bataillons déployés, i cause de la longueur de leur ligne, ne peuvent pas se mouvoir sans perdre leur oonlïgaTté, cette formation ne peut être employée que dana la défensive ;
3® Pour ne pas diminuer les avantages qui consistent dans la vivacité et le nombre des feux, le déploiement doit être achevé à peu près an moment où Fennemi commence son mouvement offensif, pour pouvoir le saluer pendant sa marche par plus d'une décharge, et tenter de lui faire perdre par là Fenvie d*aflBronter un feu meurtrier;
4P Comme la tête d'une colonne n'occupe en longueur que le terrain d'un peloton ou d'une division (s), pour que les feux du bataillon, qui, composé de huit pelotons, possède par «conséquent une plus grande longueur que la tête de la colonne, puissent être tous effectib, et que la majeure partie des balles n'aillent pas siffler à droite et à gauche du bataillon assaillant sans l'atteindre, il est indispensable que le bataillon déployé fasse par demi -bataillon un demi-tour à gauche et à droite, afin que tous les coups, au lieu de se diriger en ligne droite, et dont il y aura, dans le premier eas, les 7/8, et dans le second, les 3/4 de perdus, vinssent se concentrer dans un même foycnr et atteignent ou les fiancs ou la tête des colonnes.
C'est ainsi , et très-facilement, que nous nous procurerions des feux croisés, si meurtriers pour le but vers lequel ils sont dirigés , et auxquels Guibert, dans son Esêai général deJ^ac" tique, a consacré un chapitre entier (s).
employée dans un combat effectif; mais Fidée n'ai reste pas moins aasex ingénieuse, et par cela roéoM mérite d'attirer l'attention des militaires.
(i) l>eui pelotons s'appellent aussi, dans Fannée russe, une division.
(a). Le lecteur qui désirerait une plus grande compU-
De t Infanterie de ligne formée en colonnes.
Depuis Tinvention de la poudre et la possibililé de battre eu brèche les masses d'infanterie à de grandes distances, la colonne, en perdant beaucoup de sa solidité, a certainement aussi beaucoup perdu de son importance. Autrefois, Tanne blanche étant la seule qui pût désorganiser une masse compacte, une colonne, composée d*une infanterie brave et bien disciplinée, en devenait une à peu près impénétrable, et, par conséquent , invincible; mais, malgré tous les avantages qui lui ont été ravis, la formation dans Tordre profond n*en a pas moins conservé trois grandes prérogatives : la force du choc, la défense avantageuse contre la cavalerie , et la possibilité de se mouvoir dans tous les sens avec facilité et précision. C'est pourquoi nous voyons Tinfanterie , dans les batailles, être le plus communément assujettie à cette formation.
En jugeant d'après la multiplicité des buts auxquels une formation peut répondre , et des effets qu'on peut en attendre, celle de la colonne, sans contredit , aura la préférence sur celle du déploiement en bataille. S*il y a des cas, comme nous Tavons vu plus haut, où, sous les rapports de la perle en hommes , perte dont je suis loin de vouloir dépriser la valeur , la colonne sera en désavantage contre une ligne, il y en a peut-être très-peu , si le gain d'une bataille dépend de la possession d'un point défendu et attaqué par de Tinfanterie, où par conséquent les pertes les plus grandes deviennent insignifiantes, en comparaison des grands résultats qui s'y rattachent, dans lesquels uue infanterie bien disciplinée, bien conduite, et formée en ordre profond, ne Temporte sur une autre déployée en bataille.
cation de feux croisés , peut satisfaire sa curiosité dans Fourrage de M. de Leorier, intitulé : Théorie de Vofficier tupérieury etc.
(i) Il n^est pas tout à fait inutile de s*entendre à ce sujet , pour qu*il n'en résulte pas de quiproquo ou de fiiusses interprétations. J'envisage lecboc d*une colonne plutôt comme cause morale que physique. Peu crédule sur la force physique du choc d'une colonne, je n'ajoute aucune foi à ces démonstrations basées sur des comparaisons hypothétiques, plutôt fausses que vraies, et dont le résultat ne peut être qu idéal. Je ne nie pas Tutilité et la nécessité de la profondeur de la colonne;
Mais avant d^entamer ma dissertation sur les avantages et les défauts des colonnes, dont nous avoùs de quatre espèces : les colonnes serrées formées sur un et sur deux pelotons, et celles à distances, formées de même sur un et deux pelotons, et dont la différence consiste dans la longueur des lignes qui forment les tètes et dans leur profondeur ; je veux du moins en généraliser les propriétés.
Pour qu'une colonne possède les propriétés requises, il faut qu'elle ait assez de profondeur pour pouvoir opérer le choc (i) , et que sa formation ne paralyse pas les moyens d'opérer son déploiement avec la moindre perte de temps.
Plus la tète d'une colonne a de longueur, moins elle a de profondeur. Il s'agit donc d'assigner une juste proportion entre les deux propriétés, de manière que l'excès inutile de Tune ne nuise pas au manque qu'il produirait dans Tautre. Pari*apport à ce calcul, la tactique nous a offert trois formations différentes, qui sont: les colonnes serrées , formées sur un peloton et sur une division , et celles formées sur les deux pelotons du milieu , ou , comme on les appelle , les colonnes d*atlaque.
En attribuant, comme je l'ai dit plus haut, Texistence du choc d'une colonne à la formation des troupes en profondeur, je ne crois pas lui ravir les facultés indispensables pour le produire, en ne lui accordant que la profondeur de quatre pelotons, donnant par conséquent à la tète la longueur de deux. Mais comme nous avons vu plus haut que le choc n'est pas la seule propriété de la colonne, et qu'elle doit en avoir une non moins essentielle, celle de pcavoir déployer avec rapidité, pour pouvoir bire usage de ses feux, les colonnes qu'on appelle colonnes d^attaque, qui sont formées sur le quatrième et cinquième pelotons, et dont le
mais je crois pouvoir affirmer que cette profondeur n'ajoute rien k la force du choc dont la somme, soos le rapport physique, est presque nul; car pour ramener le produit du choc de la colonne aui lois physiques d'où une masse compacte emprunte la force du sien , il ha^ drait commencer par produire dans les éléments de cette colonne , cette adhérence sans interstices d'où la pression physique acquiert ses résultats; et les moyens d'y parvenir? Cependant les pelotons delà queue étant justement tout ce qu'il (liut pour pousser devant eux et soutenir la tête de la colonne , nous nous en servirons I pour produire l'effet physico-moral dont j'ai parlé,
déploiement se fail paf les deux flancs , seraieni cerlainemenl celles qui nous mèneraient le plus facilement à notre but. Mais celte sorte de colonne possède un autre désavantage, celui d'avoir un front plus long et par conséquent oflrant plus de prise aux cartouches à balles et aux balles de fusils ennemis , si ce sont justement ces sortes de colonnes qu'on emploiera pour une attaque à la baïonnette.
Il serait très- avantageux, sans contredit, qu'une colonne qui a réussi à enfoncer son ennemi et à le mettre en fuite en l'attaquant à la baïonnette , puisse le poursuivre encore avec un feu bien nourri, à quoi la colonne d'attaque, ou faite sur les pelotons du milieu, pourrait parvenir facilement en déployant sur la tète ; mais comme tout déploiement présuppose une colonne en ordre, je crois que celle qui vient d'opérer un choc, sera rarement en état de conserver cet ordre indispensable pour son déploiement ; car une sorte de désorganisation suit de près l'attaque (i). En perdant sa formation régulière , régularité d'où dépend le bienêtre de chaque troupe , il est tout juste que la colonne assaillante perde aussi toutes les vertus de l'olfensive, et nous devons par conséquent puiser les effets avantageux qu'on doit attendre de toute attaque à la baïonnette qui a réussi, non dans les éléments actifs de la colonne assaillante, mais dans le mouvement décisif qu'un chef, à la volonté duquel sont subordonnés tous les mouvements , doit toujours prononcer sur ce point où la brèche a été faite , pour ne pas perdre par un retard dangereux les fruits que la réussite d'une attaque pareille peut produire.
J'en conclus donc qu'une colonne assaillante n'ayant pas besoin de se déployer, il faut choisir pourle choc celle qui , possédant un front moins long , offre aussi moins de prise aux cartouches à balles et aux balles de fusils de l'ennemi, et ce sera la colonne serrée, formée sur
(i) IVous ne devons pas croire qii*une colonne qui a réussi dans le choc, puisse conserver sa compacité comme une masse matérielle. I/cxaspération de ses éléments devient si grande , que chaque individu qui la compose ne songe qu*à teindre son bras du sang de son ennemi, et ne le trouvant pas dans sa proximité, sort des rangs pour Tatteindre. A cette même attaque du régiment du prince Guillaume de Prusse , que j'ai cilée plus haut , et la seule à laquelle j'ai pris part ( car quoi-
un peloton, que je nommerai colonne offensive.
Les colonnes qui sont destinées à former les lignes de bataille et couvrir l'artillerie » tant qu'elles sont exemptes de mouvements offensifs» doivent posséder trois propriétés : i® celle de pouvoir se déployer avec vitesse pour pouvoir s'opposer aux attaques de T infanterie ; â^ de se défendre avec supériorité contre le choc de la cavalerie ; 3® de posséder une formation qui ne souffre pas beaucoup des projectiles destnioleurs de l'artillerie.
La colonne d'attaque formée sur le quatrième et le cinquième pelotons» sera justement celle qui répondra le mieux aux propriétés cidessus mentionnées. Il n'y a aucun doute qu^en déployant par les deux flancs, c'est celle qui offre le déploiement le plus rapide, sans perdre pour cela les avantages défensifs contre la cavalerie; car en serrant les pelotons , elle offre tout aussi bien un carré plein que les colonnes que je viens de désigner comme offensives, et même un carré plus parfait, comme nous le verrons par la suite. Il ne restera donc qu'une troisième vertu à lui accorder , celle d'être le moins en butte aux coups de l'artillerie» et qu'elle pourra posséder à l'aide d'une petite modification.
Nous avons vu que ces sortes de colonnes sont de deux genres, c'est-à-dire : colonnes serrées et colonnes ouvertes ou à distances. Il s'agit de décider laquelle des deux conviendra le mieux pour le cas que nous débattons. Examinons les propriétés de la colonne ouverte ou à distances, en les adaptant aux trois objets que les colonnes doivent remplir lorsqu'elles forment les lignes de bataille; c'est-à-dire» former et maintenir leur contiguïté» couvrir l'artillerie et se défendre contre la cavalerie.
Supposant que les distances entre les pelotons de la colonne soient pleines, et que» pour trente files dont chacun sera composé » on en
qu'on cite beaucoup de chocs à la baïonnette , ils n'ont lieu que très-rarement), l'exaspération des soldats devint si grande, que j*ai vu un d*entre eux, nommé Tschernow, détacher la baïonnette, jeter le fusil, dont la longueur embarrassait ses mouvements dans la mêlée , et aller frapper dans toutes les directions autant d*enncmis qu*il put en rencontrer, jusqu'à ce qu'il tombât lui-même percé de plusieurs coups.
DES TROIS ÂRftfES.
prenne une de vingt-cinq pas, le premier et le boitième pelotons seront à une distance de soixante-quinze pas de ceux de la tète de la colonne. Je suppose qu'une infanterie ennemie entreprenne une attaque , et que les assaillants soient à quatre cents pas des lignes de bataille défensives (i). Les bataillons défensifs commenceront leur déploiement au moment où les colonnes offensives se mettront en mouvement. Que les colonnes défensives serrent les colonnes avant le déploiement, ou qu'elles déploient d'emblée, elles n'auront que cent cinquante pas à faire pour qu'il soit effectué. Les bataillons offensifs auront donc encore deux cent cinquante pas à faire pour atteindre leurs adversaires, juste distance à laquelle il est permis aux fantassins de faire usage de leurs feux, car, à une plus grande , les coups sont trop peu sûrs. Dans ce cas, les colonnes ouvertes conservent donc tous leurs avantages. Passons maintenant au second cas.
Fautril s'opposer au choc de la cavalerie, la colonne à distance ne nous ravit non plus aucun des avantages qui puissent assurer un heureux résultat; car , pour le réprimer, je forme un carré plein, et il ne me faut que quarante-cinq secondes pour l'achever , en serrant les pelotons. En le formant de la colonne d'attaque, on réparera même en quelque sorte le défaut que les militaires imputent aux carrés pleins, celui de manquer de place pour recevoir dans leur milieu les chefs qui doivent se mettre sous sa protection au moment où il est attaqué par la cavalerie. Le dessin qui suit le démontre avec plus d'évidence (s).
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(i) Ce qui certes n*est pas une distance hors de mesure. Je puis la supposer plus grande et conserver plus de chances encore en ma faveur.
Cette formation possède encore une prérogative qui n'est pas sans influence. Supposons que le bataillon ail débandé son troisième rang en tirailleurs, qu'il soit attaqué par la cavalerie, et que la chaîne de tirailleurs, dispersée par les flanqueurs ennemis, n'ait pas eu le temps ni les moyens de se rassembler sous la protection de son bataillon. Si le chef se propose de s'opposer au choc de la cavalerie en formant un carré vide , privé de son troisième rang, le carré n'en aura que deux de profondeur , et ne possédera presque pas de moyens de résistance. Les vices du carré vide se trouvant justement dans le manque de profondeur des faces et dans la difficulté de remplir les brèches que les projectiles ennemis y occasionnent, dans le cas présent le vice s'augmentera» les moyens de le repousser deviendront plus difficiles encore, et la formation, en dernier résultat , ne présentera que des dangers et aucune chance de succès. Le carré plein, comme je le propose au lecteur, obvie à tous ces inconvénients; et si même le troisième l'ang, débandé en tirailleurs, par quelque circonstance malencontreuse, ne parvient pas à rejoindre son bataillon , le carré plein ne possédera pas , il est vrai, toute la profondeur que je lui ai supposée , mais en aura encore assez pour posséder toutes les vertus défensives , celles enfin qui sont indispensables pour pouvoir s'opposer avecavantage au choc impétueux de la cavalerie.
Le chef qui commande la ligne de bataille , au lieu de former yne colonne contre la cavalerie, préférera-t-il un carré vide? U faudra faire faire aux deuxième, troisième , sixième et septième pelotons des mouvements de conversions d'un quart de cercle à droite et à gauche , et faire avancer le premier et le huitième pelotons, auxquels ensuite on fera faire volteface.
U ne reste encore à cette colonne qu'une troisième vertu à posséder pour que son utilité soit tout à fait évidente ; c'est celle de souffrir moins des coups de l'artillerie. Il n'y a pas de doute que plus les colonnes sont serrées, plus les boulets, et surtout les obus leur font de mal. Qu'un coup bien ajusté fasse tomber un
(%) Les grands cercles marquent les places des ofBciers commandant les pelotons , les points celles des sous-officlers, les petits cercles celles des tambours et
obus dans une colonne serrée et qu'il y crève, la perle serait immense ; et comme les pertes inutiles d*hommes sont préjudiciables , il faut aviser, autant que possible, aux moyens d*y obvier.
La force de percussion des projectiles diminuant en raison de l'espace qu'ils ont à parcourir, il n'y a pas de doute qu'une colonne ouverte à pleines distances , qu'elle soit exposée à des coups de but en blanc ou de plein fouet , offrira toujours beaucoup moins de prise que la colonne serrée ; que ce soit même un obus, s'il tombe entre deux pelotons, ses éclats occasionneront certainement aussi moinsde mal.
Maintenant , ayant résolu les trois propositions en faveur de la colonne formée sur le quatrième et le cinquième pelotons et à distances, nous pouvons poser en dernier résultat, que lorsque les bataillons forment les lignes de bataille, ou seront destinés à couvrir l'artillerie , on formera l'infanterie en colonnes d'attaque et à distances, que j'appelle colonnes défensives.
Pour ce qui regarde celles formées sur un peloton et ouvertes , comme chaque combat ne peut être composé que de mouvements offensifs et défensifs , si même les circonstances ou le terrain ne permettent d'employer que de l'infanterie formée dans l'ordre profond, passant de celui-ci à l'ordre mince, dans ces deux cas, on pourra employer avec efficacité les colonnes dont je viens de discuter les propriétés , et que j'ai désignées par colonnes offensives et défensives. J*envisage donc les colonnes formées sur un peloton et ouvertes comme inutiles, et dont il n'est pas même nécessaire de faire mention.
La rapidité de mouvements et la possibilité de porter vers un point, de la possession duquel dépend souvent le gain d'une bataille , une masse respectable de troupes étant, sans contredit, une des grandes causes du gain des batailles, sous le rapport de la formation en colonnes, l'infanterie possédera aussi cette prérogative sur les autres armes; car elle est aussi celle qui se meut avec le plus de facilité, de précision et de rapidité. Abstraction faite des
des musiciens, et le vide sera dans un des bataillons pour les chefs du régiment et du bataillon , et Taide de camp, et dans les autres, pour les deux derniers. Le porte-enseigne, avec le drapeau, se placera, d'après
grands taillis , des rivières , et en général des endroits ôîi les eaux empêchent à l'homme de se frayer un chemin , il n'y a pas d'obstades naturels que l'infanterie , formée en colonnes, ne puisse franchir. Les ravins, les bas-fonds, les défilés, pourvu que leurs débouchés aient la largeur d'un peloton, ou les broussailles, ne sauraient arrêter son mouvement.
Cette facilité avec laquelle une colonne peut se mouvoir dans tous les sens, est encore une de ces vertus qui souvent peut la soustraire même aux boulets de ses ennemis, car ceux-ci n'ayant pas, comme les cartouches à balles, la vertu de pouvoir raser en largeur une vaste étendue de terrain, Tessentiel sera d'échapper à leur direction. Que des colonnes soient exposées aux boulets des ennemis, le devoir du chef sera de bien examiner la position de l'artillerie des adversaires, en jugeant par la direction des projectiles, et alors rien ne lui sera plus facile que de soustraire ses colonnes, sinon tout à fait, du moins en grande partie, aux 'feux de ses ennemis, leur faisant pour cela changer de position, et les avançant ou les faisant rétrograder de quelques pas, ou bien en les portant plus à droite ou plus à gauche..
Après avoir énuméré tous les avantages des colonnes , je ne veux pas passer sous silence les défauts que cette formation possède, énumération d'autant plus nécessaire à faire que, sans elle, le lecteur pourrait m'accuser, et avec justice, d'avoir accordé à la formation de la colonne un caractère général de perfection qu'elle ne possède pas.
Plus on peut mettre de bras en action , et plus on peut en attendre de résultats satisfaisants. En paralyser une partie et l'offrir dans un état passif, comme proie aux projectiles des ennemis, c'est risquer, sinon de mettre en doute le gain d'une bataille , du moins de parvenir à la victoire au prix de plus grands sacrifices. I^ formation de la colonne, en présentant une masse compacte, dans laquelle la plus grande partie des éléments qui la composent ne peuvent pas faire usage de leurs armes, ravit à l'infanterie sa plus grande force, celle
le dessin (E), en arrière des sous-oflSciers. J'avertis aussi le lecteur que j*ai pris pour type Torganisation du bataillon dans Tarmée russe.
DES TROIS ARBfES.
qui la rend redoutable à toutes les annes, ses feux. Que la colonne soit assujettie à un rôle défensif, c'est-à-dire, chargée de former la contiguïté des lignes, ou de couvrir rartillerie, ou au rôle offensif, celui de s^emparer d'une hauteur, d'un village, ou de faire une brèche dans les lignes ennemies, pour ne pas perdre de la rapidité du mouvement qui seule peut assurer le succès d'une entreprise pareille, loin de s'engager dans des fusillades dont sa formation paralyse les effets, ou les rend presque nuls (i), même sans avoir égard aux pertes souvent innombrables auxquelles elle est en butte, elle ne doit, dans des cas pareils, que songer à franchir avec vitesse et dans le plus grand ordre, l'espace qui la sépare de son ennemi.
Sous le rapport de cette perte d'hommes, qui sont les éléments actifs d'où dépend le sort des combats, cette nécessité de les sacrifier, toute absolue qu'elle peut l'être dans beaucoup de cas, n'en est pas moins un désavantage trè»grand et auquel il est même impossible de remédier, et dans laquelle sa grandeur ne saurait être compensée, que par les résultats éminents qui s'y rattachent.
Cependant, d'après tout ce que nous avons vu sur le sujet des colonnes , leurs avantages étant infiniment plus nombreux que leurs désavantages, car les cas où elles peuvent être employées avec efficacité sont plus fréquents que ceux où cette formation serait au détriment des troupes , elles n'en restent pas moins la base de la formation de l'infanterie dans l'ordre de bataille.
Des colonnes, envisagées comme formation défensive contre la cavalerie, et des carrés.
Le moment le plus dangereux pour l'infanterie, est certainement celui où elle est attaquée à dos par la cavalerie, car n'ayant aucun moyen de défense , elle succombe à l'attaque et finit par se désorganiser. Pour se soustraire à cet inconvénient , les anciens tacticiens cherchè-
(i) Car ce ne sont tout au plus que les deux premiers rangs des pelotons de la tète qui peuvent en faire usage.
(i) Bulow, dans son ouvrage sur la campagne de iM)5, tome n, page 15, rappelle un corps vide, sans entrailles, richement pourvu de tous les avantages et des vices de la phalange , et plus immobile encore , si
rent à lui accorder une formation qui put la garantir de ces sortes d'attaques, de quelque côté que l'ennemi se portât , et nous vîmes naître celle du carré ; car pouvant faire usage des feux de tous les côtés, c'était celle qui a paru la plus avantageuse pour arrêter la fougue dangereuse de la cavalerie. Ces carrés étaient vides et n'offraient sur les faces que trois hommes de profondeur.
Mais pour que les carrés puissent remplir les conditions du principe de leur formation, il faut qu'ils possèdent assez de profondeur pour ne pas être rompus, et si les circonstances obligent les masses à un mouvement rétrograde, qu'ils puissent se mouvoir avec facilité, précision, et surtout en conservant leur formation intacte (s). Tant que les assaillants ne s'en tinrent qu'au choc impétueux de la cavalerie abandonnée à sa propre force, les carrés furent envisagés comme obstacle assez puissant pour s'opposer à son choc et y résister de temps à autre. Mais au moment où , pour les battre en brèche, on employa de l'artillerie, dont les effets devançaient l'attaque et préparaient des débouchés aux cavaliers assaillants (s), le carré perdit beaucoup de son invincibilité , et l'efficacité de cette formation devint un sujet de discussion.
Sous le rapport de la facilité du mouvement, cette formation présente aussi beaucoup de difficultés , car rien de plus difficile que de mouvoir pendant un certain espace de temps un carré vide, sans que la désorganisation ne s'ensuive , et dont le commencement se manifeste toujours aux angles de la queue.
Pendant la campagne de 1806 , au combat de Halle, livré le 17 octobre, le régiment de Trescow, qui avait cantonné près de Magdebourg, marchait par la rive gauche de la Saale , pour rejoindre le corps du prince Eugène de Wiirtemberg, et arriva sous les murs de la ville au moment où les Français s'étaient rendus maîtres des ponts de la Saale. Coupé des siens, sans aucun espoir de jonction , le chef du régiment
on veut le mouvoir sans qu'il s*y forme de brèche. (3) Inconvénient auquel il est même difficile d*obvier, car le carré n'ayant que trois hommes de profondeur , ne peut remplir les brèches que les projectiles y forment , quen serrant les faces, ce qui occasionne un flottement très-dangereux k la masse , et dont la cavalerio pro6te toujours avec deitérité et hardiesse.
résolut de se retirer et forma ses troupes ea deux carrés vides. Les Français avancent quelques pièces d'artillerie, et plusieurs obus touchent un des carrés qui cherche , par un mouvement latéral , à se soustraire à la direction des projectiles des adversaires. Ce mouvement, en peu d'instants, désorganisa tellement le carré, qu'il se replia en masse informe, entraîna le second dans sa fuite, et parvenu jusqu'à la papeterie située sur l'Ochsenbcrg , tout le régiment y fut en partie jeté dans la Saale, et en partie fait prissonnier.
Le manque de profondeur des carrés vides , et l'idée de réparer ce défaut par une formation plus profonde, a sans doute été la première indication pour celle des carrés sur six rangs. Mais comme devant un ennemi attentif et hardi, les manœuvres des différentes armes, si l'on en attend des résultais avantageux, doivent porter l'empreinte de la simplicité et s'opérer sans perte de temps, ces carrés sur six rangs, où on est obligé de doubler les pelotons et faire des mouvements assez compliqués avant d'en achever la formation (i) , ne répondant pas à la vivacité nécessaire des mouvements, on chercha un troisième moyen. La colonne serrée paraissant contenir en elle les deux propriétés , on s'en servit comme formation défensive contre la cavalerie. Le premier essai en fut fait dans les plaines d'Aspern , et les résultats en furent éclatants. Mais malgré les brillants succès qu'on en recueillit, peu d'armées consentirent à imiter les Impériaux dans cette opiniâtreté de suivre une voie déjà frayée, peut bien avoir pris naissance dans la jalousie du métier. En parcourant la série des luttes sanglantes qui, après la bataille d'Aspern, ensanglantèrent le continent, et où l'infanterie s'opposa au choc de la cavalerie , nous parvenons jusqu'au combat de Krasnoï, que j'ai cité plus haut, sans voir revivre cette formation , et dans cette dernière affaire , comme nous l'avons déjà vu , elle maintint encore une fois la grande réputation de son invincibilité.
C'est au héros, dont la gloire rejaillit d'un éclat si brillant après les batailles d'Amberg , de Wurzbourg et d'Aspern , que nous devons
(i) Le lecteur peut trouver des détails sur cette formalion, sur différentes profondeurs de rangs, dans le Journal mUitaire de Berlin y années 1817 et 1822,
cette idée. L'expérience , comme je Tai dit plus haut, qui arrête le choix et fixe l'emploi des principes dont l'utilité devient incontestable» ne laissa aucun doute sur les beaux résultats que cette formation , envisagée comme moyen défensif contre la cavalerie, pouvait produire.
Les avis sur cette formation sont trop partagés, pour que je prenne la liberté de décider cette discussion scientifique; mais qu'il me soit du moins permis d'y ajouter mon avis.
La cavalerie ne peut vaincre un carré qu^en *y faisant une brèche par laquelle elle puisse s'introduire, rompre la contiguïté des faces et prendre les fantassins à dos. Le choc du cavalier ayant été trouvé souvent trop impuissant pour opérer ce résultat, on se servit d'un autre moyen plus efficace pour le produire» et ce fut l'artillerie.
Une dixaine de boulets, dont les coups bien ajustés devancent l'attaque et frappent dans un carré de trois hommes de profondeur , suffisent quelquefois pour y préparer une brèche où la cavalerie peut facilement s'introduire. D'un côté, la possibilité de battre les carrés en brèche, et de l'autre la difficulté d'en remplir les débouchés , me paraissent être déjà des inconvénients assez graves, pour pouvoir envisager cette formation comme moyen imperfec^ tible. La colonne, au contraire , présentant une masse compacte , ]K)Ssède tous les éléments nécessaires , non-seulement pour réparer les maux que l'artillerie occasionne dans un carré vide, mais en conserver encore assez pour s'opposer à Timpéluositédclacavalerie. La colonne souffre ordinairement beaucoup plus du feu de l'artillerie qu'un carré vide , j'y consens ; mais le remède suivra de près le mal. Premièrement» nous venons de voir que la grande mobilité d'une colonne la soustrait facilement aux effets des projectiles, et pour cela , elle n'a qu'à faire usage des mouvements latéraux à la direction des trajectoires; secondement, dans un cas pareil à celui que nous considérons , ce n'est pas aux pertes auxquelles on est en butte quMl faut toujours songer, mais aux moyens de se soutenir jusqu'au moment où le secours ait eu le temps d'arriver, et certainement le carré plein
n*' 43 , 46 et 198 , et dans l'ouvrage du major Bieberstein, intitulé : die Taklik hergelcilel aus der Ereigikombinazionslehre , page 39.
en possède beaucoup plus que le carré vide.
Ayant posé plus haul en principe, qu'un carré est vaincu lorsque la cavalerie s'y introduit et attaque les fantassins à dos, il est trèsfacile de se convaincre que la colonne qui forme un carré plein est exempte de ce défaut ; car d'après le dessin que j'ai offert au lecteur, il voit que le seul vide que la colonne possède est occupé par le chef de bataillon et son aide de camp, et, par conséquent, il y a une difficulté absolue de s'y introduire. En un mot, la colonne employée commemoyen défensif contre la cavalerie, tel que je Tai désigné, est, à mes yeux, semblable à un ouvrage de fortification, dont on ne peut s'emparer qu'au moment où son chef se rend, car la défaite de la colonne » formée d'après mon système, n'est décidée que lorsqu'elle devient toute entière prisonnière , ou bien au moment où le dernier homme est tombé sous le feu de l'artillerie ou le sabre de l'ennemi; mais avant que le canon et la cavalerie parviennent à opérer un ravage pareil, la colonne aura eu tout le temps de recevoir du secours.
Un des points principaux est , tout comme pour le carré vide , de se servir tellement de ses feux, que l'ennemi ne puisse pas tomber sur la colonne au moment où elle est occupée à recharger ses fusils, de posséder, en un mot, des feux consécutifs et non interrompus ; et ce seront des feux de rangs, qui ont le double
(i) C*est à tort que M. le marquis de <^hambraj, dans son ouvrage lutitulé : de V Infanterie, exagère les difficultés des feux de rangs, et fondée peu près sur cette hypothèse Tefficacité de l'ordonnance de rinfanterie sur deux rangs , comme elle est reçue dans l'armée anglaise, et que tant de défauts réprourent. < L'expé- » rienee a prouvé, dit-il (page 13), que le feu de deux » rangs, qui est presque le seul dont on fasse usage de-
> Tant l'ennemi , est aussi nourri quand l'infanterie est » formée sur deux rangs , que quand elle l'est sur trois ; 9 beaucoup de militaires, qui ont fait la guerre d'Es- » pagne contre les Anglais, prétendent même qu'il Test
> davantage. Cela résulte, ajoute-t-il, de ce que de- » vaut l'rnnemi on ne peut obtenir que le soldat du • deuxième rang change son arme contre celle du sol- » dat du troisième rang , ainsi qu'il devrait le faire. » Si le marquis de Chambray voyait l'armée russe, il changerait bientôt d'avis, car dans ses régiments le chef de bataillon n'a tout au plus que le temps de commander : couchez en joue — feu , pour trouver le second rang tout prêt k faire feu pour la seconde fols, tenant
avantage d'être consécutifs et subordonnés au commandement du chef de la colonne (i).
Un exemple plus convainquant encore de l'efficacité de la formation en colonne employée comme moyen défensif contre une attaque de cavalerie , sera certainement celui où nous verrons que même une fraction de cette colonne , que je viens d'envisager à peu près comme invincible, qui, par conséquent , ne possédait ni les mêmes vertus , ni les mêmes moyens de défense, résista pourtant avec supériorité contre une attaque de la cavalerie. Nous en trouvons un dans la campagne de 1793.
Le 17 novembre, un corps prusso-saxon»
sous le commandement du général comte de Kalkreuth (plus tard devenu maréchal ) » se repliait de Saarbriich par Biesingen, Homberg» vers Kaiserslautem. Résolu de réprimer l'audace des ennemis, qui poursuivaient le corps sans relâche, le général prit position suc tes hauteurs de Biesingen, et plaça le régiment de Crusatz, auquel il ordonna de se déployer en bataille, sur la grande route qui mène de Biesingen à Bliescaster. Le combat s'engagea bientôt, et les Français, repoussés sur tous les points, tentèrent de redresser leur défaite en essayant une attaque de cavalerie. Le major Slrantz, qui commandait le régiment de Crusatz, voyant la cavalerie venir à lui , doubla ses pelotons en mettant les pairs derrière les impairs, et forma ainsi plusieurs petites colonnes
déjà ses fusils du troisième rang après rechange. Lorsqu'une armée est aussi bien exercée que l'armée russe , il n*y a aucun doute que l'ordonnance sur trois rangs est plus efficace que celle sur deux , car sa force destructive étant justement comprise dans ses feux, il n'y a aucune perte de temps , tandis que sur deux rangs on s'apercevra toujours d'une certaine interruption, ce qui accorde aux troupes assaillantes des moments où ellss n'essuient aucun feu , et pendant lesquels elles marchent par conséquent en sécurité. Une autre preuve non moins évidente, c'est que le nombre des balles et des feux non interrompus, et que nous ne pouvons justement recueillir que de l'ordonnance sur trois rangs, étant les vrais moyens pour arrêter le mouvement des bataillons offensifs, je me trompe peut-être, mais je suis presque persuadé que de deux bataillons, dont l'un sera formé sur deux rangs et l'autre sur trois, dans le même espace de temps le dernier lancera plus dt projectiles que le premier, et remplira, par conséquent, avec plus d'efficacité, le but des feux de rang de Tin fanterie.
de deux pelotons de profondeur , en ordonnant à ceax de la queue de faire volte-face.
La cavalerie ennemie se précipite sur ces fractions de colonnes , et , malgré les efforts qu'elle fit pour les désorganiser , elle ne parvint pas à en entamer une seule, et après un combat assez opiniâtre, s'enfuit en désordre, en laissant sur le champ de bataille beaucoup de morts et de blessés.
En élevant la colonne comme moyen défensif contre la cavalerie à un degré de perfectibilité plus élevé que le carré vide, le lecteur ne doit pas en conclure que je déprise tout à fait cette dernière formation, au point de Fenvisager comme inutile; non. Mais en supposant que l'ennemi qui se propose d'attaquer de Tinfanterie avec de la cavalerie, emploiera sans doute les moyens les plus efficaces pour parvenir à désorganiser cette infanterie qui , de son côté , cherchera ceux qui la mettront plutôt à même d'y résister, j*affirme qu'il devra se former plutôt en colonnes qu'en carrés (i) ; car la solidité et la sûreté qu'offre chaque formation , sont les vertus primitives que nous devons nous efforcer d'atteindre.
L'expérience , qui accorde toujours à chaque chose sa vraie valeur, et dont nous pouvons aisément décider d'après les résultats qui s'en sont suivis, a parlé avec plus de décision en faveur des colonnes que des carrés ; car quoique notre mémoire soit riche en exemples de carrés qui ont résisté au choc de la cavalerie, nous en trouverions un plus grand nombre encore où la cavalerie a écrasé l'infanterie qui s'était assujettie à cette formation ; tandis que tous les cas où , pour résister au choc de la cavalerie , rînfanterie s*est formée en carrés pleins, ont été couronnés d'un succès complet. Les annales des temps modernes nous en offrent même un à la bataille de Waterloo , où une infanterie jeune encore , et loin d'avoir atteint un haut degré de perfection et de solidité , résista avec succès à la cavalerie anglaise. En opposition à cet exemple , j'en citerai un autre qui mérite aussi d'être arraché à l'oubli , où une cavalerie nouvellement formée, dont l'éducation n*avait
(i) D*après les principes et le dessin que j*al déjà offerts au lecteur.
{%) J'ai vu revenir ce régiment après sa charge, menant son butin qui était composé de 4 à 500
pas même eu le temps d'être perfectionnée, et dont les effets par conséquent étaient loin de pouvoir être efficaces, écrasa cependant un carré wurtembergeois. J'en atteste le résultat brillant , car j'en ai été le témoin oculaire.
A la bataille de Dennewitz, au moment où le corps du général Bulow fut en mesure de prendre part au combat, le général comte de Tauentzien remarquant un certain relâchement dans les mouvements offensifs de l'ennemi, qui trahissait un moment de la faiblesse, crut devoir profiler d'un instant aussi opportun pour le faire charger par sa cavalerie. Le major Bameckow , à la tète de deux escadrons du 3® régiment de la landwehr de la Poméranic, se précipite sur un carré wurtembergeois , l'enfonce malgré le feu meurtrier avec lequel cette infanterie le reçut , et le cerne si bien que la moitié de la masse fut faite prisonnière (s).
Quoique les colonnes aient été rarement employées comme moyen défensif contre la cavalerie, cependant puisqu'un succès complet s'en est suivi toutes les fois que cette formation a été employée , cette réussite constante prouve que son efficacité n*est soumise à aucun doute, tandis que l'histoire des guerres modernes nous offre une très-grande série de tentatives infructueuses faites par l'infanterie pour s'opposer à la cavalerie, en se formant en carrés vides. Rendant à ceux-ci la justice qu'ils méritent , mais comptant toutes les exceptions où cette formation a succombé aux charges de la cavalerie, et les mettant en parallèle avec les réussites constantes des colonnes, ne serons-nous pas consciencieusement forcés de préférer lea dernières aux premiers?
Ayant maintenant achevé mes considérations sur l'ordre profond , je pose en dernier résomé, que les colonnes doivent se partager en offensives et défensives. Les premières formées sur un peloton et serrées, serviront pour les attaques à la baïonnette , et les autres formées sur les deux pelotons du milieu, et qui sont de deux genres, c'est-à-dire, serrées et à distances, seront destinées , les premières, pour
prisonniers et d*une aigle. La mort ravit au nugor Barneckow la douce satisfaction de jouir de son haut fait ; frappé de deui halles, il tomba mort aai pieds de ses ennemis.
s*opposer au choc de la cavalerie , et les secondes, pour la formation des lignes de bataille.
SECTION \\\
PROPRIÉTÉS DE l'iNFANTERIE LÉGÈRE.
Ayant, dans le commencement de Tarticle précédent, posé eu principe que plus une arme était susceptible de formations utiles produisant de bons effets , plus son efiicacité était grande ; n'envisageant finfanterie légère que sous le rapport de ses engagements en débandade , la seule enfin qui lui conserve le droit d'être désignée alors par le titre d'infanterie légère (i) , nous nous convaincrons facilement que ses propriétés sont infiniment moins grandes que celles de Tinfanterie de ligne. D'ailleurs, les formations de ralliement d'une troupe débandée ne présentent ordinairement que des forces tellement insuffisantes, qu'elles ne peuvent même s'opposer qu'à un très-petit nombre de flanqueurs. Mais le service de ce qu'on nomme infanterie légère ^ possède d'autres prérogatives dont je vais faire l'énuméralion.
Les mouvements d'un homme isolé étant toujours moins gênés que ceux d'une masse, la facilité avec laquelle les tirailleurs parviennent aux points qu'on leur désigne d'enlever ou d'occuper , quelles que soient les coupures du terrain qui y conduisent ; cette facilité , disons-nous, lorsqu'il s'agira de combattre sur un terrain montagneux , boisé et déchiré par des accidents difficiles à surmonter, assignera toujours à l'infanterie légère un rêle très-important à jouer.
La force de l'infanterie, en général, étant le produit de ses feux et du choc, celle de l'infan-
(i) Car, en Feogageant en masse, on la met dans la catégorie de rinfanterie de ligne.
(i) Ayant égard à un service aussi compliqué, qui demande de très-grands efforts et un emploi constant de forces physiques, il est non-seulement nécessaire, mais même indispensable, de jeter un regard attentif sur l'habillement du tirailleur , qui doit être aussi léger que commode. Si pour Tinfanterie de ligne il est permis en quelque sorte de sacrifier Tulile à Tagréable, un habillement lourd et incommode, pour le tirailleur, serait un défaut imminent, car celte sorte dlnfanterte manquerait de forces physiques pour remplir le service non interrompu qui lui est imposé. Forcés souvent de charger leurs armes dans des positions de gêne, il faut bien
terie légère, envisagée sous le rapport du service de la débandade, perdra beaucoup de son efficacité en comparaison de celle de l'infanterie de ligne; car des deux vertus principales que celle-ci possède, la première n'en a qu'une seule, l'efTet de ses feux, qui étant aussi moins collectifs, produisent de même des résultats moins grands. Cependant , si ses effets ne sont pas tels qu'on puisse l'envisager comme arme indépendante , du moins comme arme préparatoire et de sûreté, elle possède de grandes prérogatives. C'est elle qui rouvre les retraites, éclaire les mouvements des armées, conmience les combats, reconnaît le terrain, assure le repos des autres troupes en patrouillant autour d'elles, et fait le service de flanqueurs» des avant- postes, des postes de replis, des grand'gardes, des patrouilles et des partis. En un mot, l'infanterie légère est de service tous les jours , et fait le service pendant toute la journée (i).
La formation ordinaire, celle de la débandade, ayant ravi à l'infanterie légère les avantages du choc , avantages sur lesquels reposent si souvent les succès des combats, il n'est que trop juste d'attacher une attention particulière aux vertus qui lui sont dévolues en partage, et qui sont la justesse de ses feux, la légèreté de ses mouvements, ainsi que le développement de la conception des individus qui la composent.
Le moyen, pour un homme isolé, de s'approcher sans être découvert, sous la protection d'un arbre, d'un buisson, d'une haie, d'une maison, d'un ravin, d'une lisière , et ainsi abrité de pouvoir, sans courir aucun danger, conserver son coup de fusil jusqu'au moment opportun , et assaillir son ennemi à l'impio-
prendre garde de l'augmenter par rhablllement et le bagage qui leur est indispensable d*avoir toujours avec eux. Le tirailleur est si souvent dans le cas de s'asseoir, de se coucher, de se mettre k genoux, de grimper et do sauter, que ce serait lui ravir tous les moyens de l'attaque et de la défense que de paralyser ses mouvements en Tassujettissant à un habillement qui ne soit pas conforme à toutes ces positions. Le fantassin léger, abandonné , comme je Tai dit plus haut, des heures entières k son propre courage, k sa science et à la combinaison de ses idées, perdrait facilement beaucoup de cette confiance que Thomme possède toujours , lorsqu'il peut faire aisément usage de ses
armes.
viste , est un de ses avantages qui , pour Tensemble des combinaisons du gain d'une bataille, ne saurait se priser assez haut.
S'agil-il de conduire une masse d'infanterie à travers un terrain coupé ou une plaine , des tirailleurs bien exercés, dont l'esprit est riche en moyens et en ex]>édients, lui rendront des services signalés. Devançant les masses qui les suivent et formant un rideau protecteur, ils paralyseront les feux les plus meurtriers , ceux de l'artillerie , car, cachés derrière les accidents que la nature et l'art leur offrent, ils lui enlèveront ses hommes de service. C'est eux qui prépareront le moment où le choc doit s'opérer , en produisant une sorte d'hésitation dans l'ennemi, qui naîtra des pertes qu'ils lui feront essuyer en l'attaquant en front, dans le flanc et à dos, sans qu'il puisse facilement s'en défendre (i). Mais tout en faisant sentir aux tirailleurs les avantages qui résultent de leurs feux, lorsque abrités par quelque accident naturel ou de l'art, ils peuvent vaincre leurs ennemis sans être vus ni atteints, il faut soigneusement scruter leur conduite , et chercher à déraciner chaque abus qui pourrait facilement se glisser parmi eux ; en un mot , observer rigoureusement que le choix de ses accidents , sous la protection desquels ils se placent, soit fait par une combinaison utile et non par une sorte de pusillanimité. Un autre abus* dangereux qui se glisse facilement parmi les tirailleurs , c'est celui de la course ; inconvénient très-grave, auquel les chefs doivent chercher à obvier, car un tirailleur, chargé de son fusil et de son bagage , en s'abandonnant à la course , en moins d'une demi-heure se fatigue tellement qu'il devient incapable de soutenir la longueur du combat et perd sa vertu primitive, la justesse du tir. J'en ai fait moi-même l'expérience dans mon régiment avec plusieurs de mes meilleurs tirailleurs, parmi lesquels était un sousofficier, tireur habile, que j'ai vu rarement manquer son but à la distance de trois cents pas, qui fit même preuve de son talent en tuant au vol un oiseau avec une balle, et qui manqua au but plusieurs coups de suite à la distance de deux cents pas, après un exercice que je lui fis
(i) Comme ces succès dépendent beaucoup de la configuration du terrain, dont les avantages ne sont pas égaux , les tirailleurs les plus adroits et qui sauront le
faire pendant une demi-heure de temps, à la course. Une tremblement sensible s'était tellement emparé de ses bras, qu'ils lurent comme paralysés. Je crois que la vitesse du pas du tirailleur ne doit pas excéder cent quarante pas par minute. J'en ai fait l'expérience, et je me suis convaincu que les manœuvres étaient trèsrapides.
Il n'y a qu'un cas ou on pourrait permettre aux tirailleurs d'accélérer encore la vitesse de leur mouvement, c'est celui où, pour occuper quelque position avantageuse, ils seraient forcés, pour y réussir, de franchir rapidement l'espace qui les en sépare. Mais aussi» dans onpareil cas, une fois que la position est occupée, il u*e serait pas inutile, après un court espace de temps, de relever les tirailleurs dont une marche trop accélérée aurait rendu les feux incertains, par une chaîne plus fraîche et, par conséquent, plus capable de donner des services efficaces. Cette nouvelle chaîne se formera de la réserve qui, comme nous le verrons plus tard à Partick de l'action de l'infanterie légère, ne doit, dam aucun cas, s'abandonner à la course, et conseil vera par conséquent des gens peu fatigués.
Pour peu que l'éducation des tirailleurs soit conforme au vrai principe de leur rôle , l'infanterie légère possédera un genre de pérogative qu'aucune autre arme ne partage dans on sens aussi étendu avec elle ; c'est que chaque individu est utilisé, chaque arme est mise avec succès en action, et peut rendre des services signalés. Mais tous ces services doivent être réciproques avec l'infanterie de ligne, et pour que celle-ci ne soit pas en butte à de trop grandes pertes dans les mouvements qui ordî* nairement précèdent le choc, et que le produit des services isolés de l'autre ne reste pis sans effet, il faut qu'indépendamment de leurs propresréserves elles se soutiennent mutuellement
Quelle que soit la tâche imposée à Pinfimterie de ligne , elle ne doit jamais se dispenser du secours de l'infanterie légère, car c'est i celle-ci qu'est réservé le soin de reconnaître et de balayer le terrain. Elle prévient les suiprises, dont les dangers ne se bornent pas seulement à une perte d'hommes, mais dont kl
mieux les discerner, assureront toujours à Isur une grande prépondérance sur sa rivale.
suites Gâcheuses entraînent souvent après elles la désorganisation de Tinfanterie de ligne et la perte des points que celle-ci est chargée de défendre.
Qu'un chef, qui conduit ses masses éloignées à quelque distance de la chaîne de ses troupes légères 9 rencontre son ennemi; pendant que les tirailleurs escarmouchent avec lui cl paralysent ses mouvements offensifs» il a tout le temps de faire une dispc»sition adaptée aux avantages du terrain, et, selon que ses accidents le lui permettent, il prononce, sous la protection de ses troupes légères, un mouvement offensif, ou, si les circonstances le lui prescrivent, il reste sur la défensive et manœuvre pour gagner un des flancs de son adversaire.
Mais, d'un autre côté, pour que Tinfanterie légère , arme défensive et à laquelle son or^ donnance ordinaire, celle de la débandade, ravit les propriétés du choc, et ne laisse par conséquent qu'une force intrinsèque d'une moindre importance, puisse rendre les services dont je viens de parler, il faut absolument qu'elle soit soutenue par des masses qui la suivent, ne la perdent pas de vue, et qui soient prêtes à prévenir ou à venger les échecs qu'elle pourrait facilement essuyer si on l'abandonnait à sa propre défense. Puisque les services de l'infanterie légère ne doivent être envisagés que comme préliminaires et préparatoires, ils seraient souvent insignifiants si les chefs, qui dirigent les mouvements des deux infanteries, ne se bornaient qu'aux combats des tirailleurs; car il n'est pas donné à l'infanterie légère de former des brèches, que nous envisageons comme les avant-coureurs des pertes des batailles.
Mais, au contraire, les services que les tirailleurs , soutenus par des masses d'infanterie de ligne, peuvent rendre pendant une bataille , sont souvent incalculables, et nous apercevons le triomphe de cette tactique dans l'armée française à la bataille de Jéna. L'attaque du Floh-berg par des troupes du maréchal Âugereau, celle du village de Vierzehn-Heiligen par 40* régiment de la division Suchet, du village d'Isserstaedt par la division Desjardins, etc., sont autant d'exemples qu'on ne sauraft trop étudier et prendre pour modèles. A la bataille de Waterloo, nous vimes aussi l'armée prussienne, commandée par le maréchal Blucher, s'engager sous la protection de ses chaînes de
tirailleurs qui, parcourant de mamelons en mamelons le terrain ondoyant devant Frischermon , nettoyèrent tout l'espace qui les séparait des ennemis, et facilitèrent aux masses d'infanterie qui les suivaient à une certaine distance, des chocs impétueux qui contribuèrent avec tant d'efiicacité aux succès de la journée. La bataille de Lutzen , au contraire, et les combats sanglants et opiniâtres livrés dans Klein, Grossgœrchen et Rahna, nous offrent un contraste frappant de l'engagement inutile des tirailleurs, s'ils ne sont pas soutenus par des masses d'infanterie, et de la nullité des résultats qui en proviennent.
Voilà pourquoi il est indispensable que les chaînes de tirailleurs ne s'éloignent pas trop des masses qui les soutiennent, et que ces dernières soient toujours à une distance telle que l'infanterie de ligne soit dans la possibilité d'achever ce que les tirailleurs auront commencé, c Le combat des tirailleurs, dit le général Ruhle
> de Lilienstem (Manuel^ t. i*% pag. 525), finit
> là où celui des masses compactes commence. > Tout ce qui regarde l'ordonnance et les évolutions des tirailleurs, doit nécessairement posséder plusieurs traits distinctifs et être modifié, 1® par nipport au terrain ; 2^ par rapport à l'arme contre laquelle ils doivent s'engager. Étant obligés d'adapter leurs mouvements au terrain qu'ils ont à parcourir, et sa configuration présentant ordinairement un champ accidenté ou plat, il est indispensable d'assujettir les tirailleurs, dans le premier cas, à une tactique qui se distingue plutôt par ses combinaisons avantageuses que par l'ordre de ses mouvements. C'est le moment de sacrifier l'alignement aux avantages qu'un enclos, des jardins, des haies, des digues, des fossés, un terrain boisé, montagneux, et parsemé de villages et de cabanes isolées que les tirailleurs occupent, peut nous offrir; car ces accidents naturelset de l'art sont justement suffisants pour cacher des hommes isolés, qui ne pouvant être ni vus, ni atteints, désolent leurs ennemis par des coups bien ajustés. Le site de ces différents accidents étant rarement dans un alignement régulier, et leur assiette formant ordinairement un échiquier informe , pourquoi devrions-nous sacrifier les avantages que de pareils abris nous offrent à la seule conviction d'avoir su bien aligner une chaîne?
Mais pour que tous ces objets ne soient pas, pour les tirailleurs, semblables à une arme qui resle sans effet par l'ignorance du parti qu'ils peuvent en lirer, U n'est pas tout à fait inutile de leur donner du moins les premières notions de la topographie, notions qu'on prendra soin de simplifier assez pour qu'elles ne surpassent pas les limites de leur esprit et de leur compréhension ; car il ne faut pas les laisser sans quelques idées sur la manière d'apprécier les positions et leurs accidents, sous le rapport de leur tactique.
Les circonstances assujettissent-elles les tirailleurs à parcourir un terrain uni et où il est difficile de Sipustraire leurs mouvements à laconnaissance de l'ennemi , qui ne cesse sans doute d'épier leurs actions, dans l'intention de punir la moindre inadvertance, le plus petit écart des règles prescrites : que le chef qui les conduit, en leur faisant changer de terrain, leur fasse aussi changer de conduite. Dans ce cas, il est nécessaire, même indispensable, de les assujettir à un alignement qui forme toujours la première gradation de l'ordre et de l'ensemble qui doit régner dans chaque troupe, lorsqu'elle est sous les yeux d'un ennemi attentif et vigilant. Les dispositions des commandants des chaines en deviennent moins gênées, les manœuvres plus exactes et les résultats plus avantageux.
Pour ce qui regarde la disposition par rapport à la distance qu'on doit établir entre les paires pour la formation des chaines, cette disposition doit être basée sur l'arme que les tirailleurs devront affronter. 11 faut y mettre une différence distincte, selon qu'ils devront s'opposer à l'infanterie, à la cavalerie, ou être exposés à l'artillerie. Comme leur rôle, dans les trois cas, resle cependant purement défensif, le principal est de les mettre, autant que possible, à l'abri des feux de l'infanterie ou de l'artillerie, et des sabres des flanqueurs ennemis. 71 n'y a pas de doute que, plus une masse d'hommes est serrée, plus elle souffre des balles de fusils et des cartouches à balles ; si nos tirailleurs se trouvent donc exposés à ces projectiles , pour les soustraire à des pertes ruineuses et inutiles, il faudra bien se garder de resserrer leurs chaines ; mais, au contraire, placer les paires dans un éloigne* ment aussi grand que leur défense réciproque l'exigera. Les circonstances, au contraire, les
ont-ils amenés dans la proximité de la cavalerie, et les exposent -elles au danger d'être attaqués par ses flanqueurs,le principe défensif a changé, et ce n'est plus que la formation des carrés ou des globes, quoique petits et informes, mais compactes, qui peuvent les soustraire aux coups de leurs ennemis. Mais ces formations demandent le rassemblement d'un certain nombre d'hommes; et pour que les flanqueurs, profitant de l'avantage que la vélocité de leurs chevaux leur donne, ne préviennent pas ces réunions, il est indispensable , au moment du danger, de resserrer les chaînes, de manière à pouvoir réunir au moins un peloton de la diaine en masse.
SECTION IV
DES POSITIONS EM GÉlfÉRAL, ET DE CELLES DE l'iNFÂMTERIE EU PARTICULIER.
Les positions, en général, doivent être envisagées sous deux rapports différents : i® sous le rapport du terrain, et 2® sous celui de la distribution d^ troupes pour les défendre. Mais,d'un côté, la libre circulation de ces troupes dépendant toujours du choix du terrain oiï on les fait mouvoir, et, de l'autre, les succès des batailles n'étant en grande partie que le résultat de ces mouvements , avant de passer à l'emplacement de l'infanterie, il est bon de jeter un coup d'œil attentif sur les propriétés des positions considérées sous le rapport topographique.
Le rôle de chaque troupe, rangée en bataille, étant relatif et se basant en grande partie sur les forces physiques dont on peut disposer, je le partagerai en trois classes distinctes ; le rôle défensif, le rôle offensif et le rôle mixte ; c'està-dire, alternativement offensif et défensif. Les positions devant être choisies d'après le rôle que les troupes sont appelées à jouer, je les partagerai aussi en purement offensives, en purement défensives et en mixtes.
Mon idée n'étant pas d'énumérer les motifii différents qui peuvent nous porter à prendre une des trois positions dont je viens de parler, mais de développer leurs avantages à l'égard de l'emplacement de l'infanterie, je me propose de ne les envisager que sous le rapport de ceux que leurs accidents procurent i la position de celte arme.
Diaprés les raisons qui doivent présider au choix de Tune des trois positions ci-dessus mentionnées, il est facile de se convaincre que celui des premières étant décidé par un nombre prépondérant de forces physiques , dont l'équilibre marqué décide toujours en faveur des opérations, le choix du terrain pourra n'être qu'une considération secondaire ; car , lorsque je puis opposer dix hommes contre un, il n'y a pas de doute que l'avantage sera toujours de mon côté. Il ne faudra que savoir les utiliser; et pour pouvoir le faire sans difficulté, les positions qu'on choisit dans ce cas pour champ de bataille , ne doivent posséder qu'une seule vertu , celle de ne pas embarrasser les mouvements des troupes, et, par conséquent, leur site n'exige à peu près aucune des conditions des deux dernières. N'ayant égard, dans leur choix , qu'à la libre circulation des troupes, on les trouve donc sur des ten*ains ouverts et plais, plutôt qu'accidentés.
Les positions purement défensives qui présupposent un manque total de forces physiques pour pouvoir se soutenir avec avantage, et dont on doit compenser la pénurie par les prérogatives que nous offre Tart ou la nature, doivent être choisies sur des terrains dont le front et les flancs soient défendus , ou par des obstacles naturels insurmontables , ou par des lignes de fortiGcations dont l'attaque oblige les ennemis à mettre en action le surplus des forces qu'ils possèdent par rapport à leurs adversaires. Ces positions se trouvent ordinairement derrière des fleuves d'un passage difficile, des déGlés faciles à défendre, des marais, des forêts qu'on ne peut pas tourner , ou que l'on ne tourne que par des mouvements de conversion soumis à de grands dangers, et sur un terrain élevé dont le talus escarpé en rend les approches très-difficiles. Pour ce qui regarde la position de la troisième catégorie , au contraire, les troupes qui les occupent ne doivent pas se borner à une défense exclusive du point qu'elles sont chargées d'occuper ; mais chaque armedoit chercherplutôl à passer delà défensive à l'offensive, et, dans ce cas, il faut nécessairement avancer pour déposter son ennemi. Mais les mouvements de l'infanterie étant très-lents, et demandant par conséquent un long espace de temps pour franchir le terrain que l'occupation des différents points l'obligea parcourir.
et pendant lequel on doit la soustraire aux attaques de ses ennemis, il faut placer l'infanterie sur un terrain derrière des accidents qui cachent toutes ses manœuvres, ou sur des sites dont la déclivité , sans lui ravir l'aisance des mouvements, multiplie pour l'ennemi les difficultés de leur abord.
Cependant ces accidents , que j'admets conune avantageux pour les positions mixtes, ne doivent pas être trop multipliés; car, dans un pareil cas, cette multiplication finirait par transformer les approches de ces positions en défilés qui s'opposeraient à la contiguïté des lignes de bataille, pendant leurs mouvements offensifs ou rétrogrades, et, en les rompant, leur ravirait leur première vertu.
Comme les positions des deux dernières catégories exigent des combinaisons multipliées, et par conséquent un examen plus approfondi , ces considérations m'obligent de consacrer à chacune d'elles un article séparé.
Des positions purement défensives.
Si un manque de forces physiques nous force à prendre une position purement défensive, il est tout naturel que nous cherchions à compenser la faiblesse de nos forces par le choix d'un terrain dont les accidents, en protégeant notre front et nos flancs, soient tels, que leur attaque demande des forces quintuples et même plus grandes encore qu'il n'en faut pour leur défense, et qui mettent les flancs à l'abri d'un mouvement de conversion. Ces positions doivent donc être choisies sur un terrain élevé et dominant toute la plaine occupée par l'ennemi , de manière à ce que notre artillerie puisse en rendre de tous les côtés les approches difficiles , et, s'il est possible, inabordables.
Mais, tout en présentant aux ennemis de grandes difficultés à surmonter , elles doivent offrir aux troupes défensives la facilité de se mouvoir dans tous les sens, pour s'opposer aux attaques des assaillants, et , par conséquent, posséder dans leur circonférence tous les avantages de tactique qu'un champ de bataille peut nous offrir. Telle était la position que le duc de Brunswick avait occupée, le 27 novembre 1793, à Kaiserslautern. Le plateau du Kaiserbei^ , dont le front était défendu par la Lauter et la ville de Kaiserslautern, que des
Mais pour que tous ces objets ne soient pas» pour les tirailleurs, semblables à une arme qui reste sans effet par Fignorance du parti qu'ils peuvent en tirer, il n'est pas tout à fait inutile de leur donner du moins les premières notions de la topographie, notions qu'on prendra soin de simplifier assez pour qu'elles ne surpassent pas les limites de leur esprit et de leur compréhension ; car il ne faut pas les laisser sans quelques idées sur la manière d'apprécier les positions et leurs accidents, sous le rapport de leur tactique.
Les circonstances assujettissent-elles les tirailleurs à parcourir un terrain uni et où il est difficile de s^oustraire leurs mouvements à la connaissance de l'ennemi, qui ne cesse sans doute d'épier leurs actions, dans l'intention de punir la moindre inadvertance, le plus petit écart des règles prescrites : que le chef qui les conduit, en leur faisant changer de terrain, leur fasse aussi changer de conduite. Dans ce cas, il est nécessaire, même indispensable, de les assujettir à un alignement qui forme toujours la première gradation de l'ordre et de l'ensemble qui doit régner dans chaque troupe, lorsqu'elle est sous les yeux d'un ennemi attentif et vigilant. Les dispositions des commandants des chaînes en deviennent moins gênées, les manœuvres plus exactes et les résultats plus avantageux.
Pour ce qui regarde la disposition par rapport à la distance qu'on doit établir entre les paires pour la formation des chaînes, cette disposition doit être basée sur l'arme que les tirailleurs devront affronter. Il faut y mettre une différence distincte, selon qu'ils devront s'opposer à l'infanterie, à la cavalerie, ou être exposés à l'artillerie. Comme leur rôle, dans les trois cas, reste cependant purement défensif, le principal est de les mettre, autant que possible, à l'abri des feux de l'infanterie ou de l'artillerie, et des sabres des flanqueurs ennemis. Il n'y a pas de doute que, plus une masse d'hommes est serrée» plus elle souffre des balles de fusils et des cartouches à balles ; si nos tirailleurs se trouvent donc exposés à ces projectiles , pour les soustraire à des perles ruineuses et inutiles, il faudra bien segarder de resserrer leurs chaînes ; mais, au contraire, placer les paires dans un éloigne* ment aussi grand que leur défense réciproque l'exigera. Les circonstances, au contraire, les
ont-ils amenés dans la proximité de la cavalerie, et les exposent -elles au danger d'être attaqués par ses flanqueurs,le principe défensif a changé, et ce n'est plus que la formation dés carrés ou des globes, quoique petits et informes, mais compactes, qui peuvent les soustraire aux coups de leurs ennemis. Mais ces formations demandent le rassemblement d'un certain nombre d'hommes; et pour que les jQanqueurs, profitant de l'avantage que la vélocité de leurs chevaux leur donne, ne préviennent pas ces réunions, il est indispensable, au moment du danger, de resserrer les chaînes, de manière à pouvoir réunir au moins un peloton de la chaîne en masse.
SECTION IV
DES POSITIONS EN GÉNÉRAL, ET DE CELLES DE l'infanterie EN PARTICULIER.
Les positions, en général, doivent être envisagées sous deux rapports différents : i® sous le rapport du terrain, et 2^ sous celui de la distribution d^ troupes pour les défendre. Mais, d'un côté, la libre circulation de ces troupes dépendant toujours du choix du terrain où on les fait mouvoir, et, de l'autre, les succès des batailles n'étant en grande partie que le résultat de ces mouvements , avant de pass^ à l'emplacement de l'infanterie, il est bon de jeter un coup d'œil attentif sur les prupriéiés des positions considérées sous le rapport topographique.
Le rôle de chaque troupe, rangée en bataille, étant relatif et se basant en grande partie sur les forces physiques dont on peut disposer, je le partagerai en trois classes distinctes ; le rôle défensif, le rôle offensif et le rôle mixte ; c'està-dire, alternativement offensif et défensif. Les positions devant être choisies d'après le rôle que les troupes sont appelées à jouer, je les partagerai aussi en purement offensives» en purement défensives et en mixtes.
Mon idée n'étant pas d'énumérer les motib différents qui peuvent nous porter à prendre une des trois positions dont je viens de parler, mais de développer leurs avantages à l'égard de l'emplacement de l'infanterie, je me propose de ne les envisager que sous le rapport de ceux que leurs accidents procurent i la position de cette arme.
D'après les raisons qui doivent présider au choix de Tune des trois positions ci-dessus mentionnées, il est facile de se convaincre que celui des premières étant décidé par un nombre prépondérant de forces physiques , dont l'équilibre marqué décide toujours en faveur des opérations, le choix du terrain pourra n'être qu'une considération secondaire ; car , lorsque je puis opposer dix hommes contre un , il n'y a pas de doute que l'avantage sera toujours de mon côté. Il ne faudra que savoir les utiliser ; et pour pouvoir le faire sans difficulté, les positions qu'on choisit dans ce cas pour champ de bataille, ne doivent posséder qu'une seule vertu , celle de ne pas embarrasser les mouvements des troupes, et, par conséquent, leur site n'exige à peu près aucune des conditions des deux dernières. N'ayant égard, dans leur choix , qu'à la libre circulation des troupes, on les trouve donc sur des terrains ouverts et plats, plutôt qu'accidentés.
Les positions purement défensives qui présupposent un manque total de forces physiques pour pouvoir se soutenir avec avantage , et dont on doit compenser la pénurie par les prérogatives que nous offre Tart ou la nature, doivent être choisies sur des terrains dont le front et les flancs soient défendus , ou par des obstacles naturels insurmontables , ou par des lignes de fortiGcations dont l'attaque oblige les ennemis à mettre en action le surplus des forces qu'ils possèdent par rapport à leurs adversaires. Ces positions se trouvent ordinairement derrière des fleuves d'un passage difficile, des déGlés faciles à défendre, des marais, des forêts qu'on ne peut pas tourner , ou que l'on ne tourne que par des mouvements de conversion soumis à de grands dangers, et sur un terrain élevé dont le talus escarpé en rend les approches très-difficiles. Pour ce qui regarde la position de la troisième catégorie , au contraire, les troupes qui les occupent ne doivent pas se borner à une défense exclusive du point qu'elles sont chargées d'occuper ; mais chaque annedoit chercher plutôt à passer de la défensive à l'offensive, et, dans ce cas, il faut nécessairement avancer pour déposter son ennemi. Mais les mouvements de l'infanterie étant très-lents , et demandant par conséquent un long espace de temps pour franchir le terrain que l'occupation des différents points l'obligea parcourir.
et pendant lequel on doit la soustraire aux attaques de ses ennemis, il faut placer l'infanterie sur un terrain derrière des accidents qui cachent toutes ses manœuvres, ou sur des sites dont la déclivité, sans lui ravir l'aisance des mouvements, multiplie pour l'ennemi les difficultés de leur abord.
Cependant ces accidents , que j'admets conune avantageux pour les positions mixtes, ne doivent pas être trop multipliés; car, dans un pareil cas, cette multiplication finirait par transformer les approches de ces positions en défilés qui s'opposeraient à la contiguïté des lignes de bataille , pendant leurs mouvements offensifs ou rétrogrades, et, en les rompant, leur ravirait leur première vertu.
Comme les positions des deux dernières catégories exigent des combinaisons multipliées, et par conséquent un examen plus approfondi, ces considérations m'obligent de consacrer à chacune d'elles un article séparé.
Des positions purement défensives.
Si un manque de forces physiques nous force à prendre une position purement défensive, il est tout naturel que nous cherchions à compenser la faiblesse de nos forces par le choix d'un terrain dont les accidents , eu protégeant notre front et nos flancs, soient tels, que leur attaque demande des forces quintuples et même plus grandes encore qu'il n'en faut pour leur défense, et qui mettent les flancs à l'abri d'un mouvement de conversion. Ces positions doivent donc être choisies sur un terrain élevé et dominant toute la plaine occupée par l'ennemi , de manière à ce que notre artillerie puisse en rendre de tous les côtés les approches difficiles , et, s'il est possible, inabordables.
Mais, tout en présentant aux ennemis de grandes difficultés à surmonter , elles doivent offrir aux troupes défensives la facilité de se mouvoir dans tous les sens, pour s*opposer aux attaques des assaillants, et , par conséquent, posséder dans leur circonférence tous les avantages de tactique qu'un champ de bataille peut nous offrir. Telle était la position que le duc de Brunswick avait occupée, le 27 novembre 1793, à Kaiscrslaulern. Le plateau du Kaiserbei^ , dont le front était défendu par la Lauler et la ville de Kaiserslautem, que des
fortifications avaient mises hors d'alteinte, formait le centre de la position. Une forte redoute servait de réduit aux troupes du flanc droit ; des parapets y avaient été élevés pour couvrir Tartillerie, et des épaulements pour rinfanterie. On prépara, au-dessus de la ville, une inondation de la Lauler. Ce plateau, dans son centre comme sur ses deux flancs, était entouré de bas-fonds qui gênaient les mouvements oflensifs des troupes ennemies , et qui avaient rendu la position purement défensive. Cependant, pour procurer à ses troupes les moyens de faire aussi des mouvements oflensifs, le duc se prépara sur la rive droite de la Lauter un champ de bataille dont le flanc droit , appuyé au village de Moorlautern , était aussi défendu par une redoute placée sur le Rohrswalderberg. Sur le flanc gauche , il fit construire sur le Galgenberg une autre redoute qui servait de point d*appui aux troupes de Taile gauche, et facilitait un mouvement offensif sur la route de Homburg. Toute la position , depuis Moorlautern jusqu'au Galgenberg, n'avait à peu près que quatre kilomètres d'étendue , et favorisait tous les mouvements des réserves placées sur le Kaiserberg vers les deux flancs. Cette position avait encore l'avantage de posséder deux lignes de retraite , par Otter-
(i) Voyez-en la description dans YHistoiredes dernièr^ê Campagnes de Gustave-Adolphe en Allemagne, par Francheville , page 591.
(i) Le lecteur peut en voir une description détaillée dans les Mémoires mililaires du général Tempelhof.
(s) Ce camp possédait trois lignes de fortifications qui contenaient 108 redoutes et 585 bouches à feu. Les feui étaient flanquants, tous les débouchés des déGlés étaient occupés.
La première ligne, avec ses oscillations, s'étendait depuis Léguas, traversait les hauteurs d*Arruda et Monte-Gracia , et s*appu3fait vers la droite près d'Aïhandra au Tage , à gauche à Tembouchure du Sizondro k Pontc-de-llol , entre Torrès-Wedras et Mafra. Elle contenait 53 redoutes toutes palissadées et entourées de ravins, et armées de 140 bouches à feu.
La seconde ligne avait 65 redoutes armées de 150 pièces de canon , s'appuyait à droite à Alverca au Tage , et s'étendait au delà des défilés de Ituccllas , Cabcça , de Montachique et Mafra.
La troisième ligne avait 11 redoutes, armées de 95 canons , et s'appuyait par sa droite au Tage , près de Uellem; par sa gauche, près de Carcacsà la mer, et dans le cas de l'abandon du pays par l'armée alliée, de-
berg sur Mayence , et par Turckheim sur Manheim. C^est justement à la circoiiscription de la circonférence du champ de bataille, qui, en présentant aux ennemis de très-grandes difficultés à vaincre, oflrait au duc les moyens de pousser ses réserves vers les points attaqués, ce qu'il fit justement sur son flanc droit contre les troupes que Hoche dirigea contre Moorlautern et la redoute du Rohrswalderberg, et plus tard contre la division Taponier, à laquelle le général Hoche enjoignit de s^emparer de la redoute du Galgenberg ot de tourner le flanc gauche des ennemis , que le duc fut redevable de la victoire qu'il y remporta.
Les positions défensives se trouvent aussi sur des terrains circonscrits dans une chaîne contiguëde fortifications de campagne, hérissées de bouches à feu et qui les rend inexpugnables, comme les exemples que nous oflrent le camp de Gustave-Adolphe à Numberg (i) , celui de Frédéric le Grand à Bunzelv?itz (t) , du duc de Wellington derrière les lignes de Lisbonne (s), des Turcs, en 1810, près de Battin (a) , celui de Drissa, en 1812, etc., etc.
On prend aussi ces sortes de positions sous les murs d'une forteresse, comme celle du général Kray sous les murs d'Ulm , celle de Napoléon sous Mantoue et sous Dresde , et des
vait couvrir l'embarquement qui devait s^effectuer près du fort Juliao.
Pour augmenter les difficultés deTassaut, les alliés avaient fait des profils très-forts, préparé des iDoodations et coupé les routes. Les redoutes qui couvraient le chemin de Lisbonne étaient assez éparses , ce qui avait formé des débouchés par où les troupes pouvaient défiler pour se préparer au combat.
(4) D'un côté, il ne follait pas moins que la ferme décision du général en chef, comte de Kamenskj, et dont il a donné dans cette occasion une preuve bien évidente, ainsi que le courage exemplaire des troupes qui composaient son armée; et de l'autre, l'Ignorance asseï prononcée du séraskier Koschanz-Ali , et des pachas Achmet et Muktar (ce dernier fils du fameux Ali, pacha de Janina), pour procurer aux Russes la possession des trois camps au prix de si peu de sang. Le général m chef, comte de Kamenskj , ayant reconnu que les fortiGcations n'étaient pas fermées, ordonna de les attaquer par les gorges, tandis que les troupes qu'il commandait en personne, et celles du général comte de Kamensky Talné, furent dirigées vers le front des fortifications.—Pressé sur plusieurs points, Mukfar-Pacha prit le premier la fuite.tandis que le reste des troupes ottoma nés, commandées par Achmet-Pacha , mit bas les armes.
Russes sous les murs de Smolensk. Un fleuve d'un cours rapide et possédant des rives escarpées , dont rennemi voudrait forcer le passage , sans avoir égard aux moyens faciles que son adversaire possède pour en défendre les approches, en nous offrant la possibilité de nous y opposer, pourra nous rendre les mêmes services (i). On mettra dans la même catégorie des sites dont le front est défendu par des taillis hérissés d'abatis, ainsi que par des terrains aquatiques , dont le marécage s*oppose au passage des troupes et les rend par conséquent inabordables.
Les difficultés, par lesquelles Fart et la nature rendent ces sites souvent inexpugnables, contre lesquelles les lois de la tactique deviennent insuffisantes et en font échouer les tentatives, rendent ordinairementces positions plutôt stratégiques que tactiques. Les atlaques en front n'étant pas les seules dont on puisse faire usage pour déposter un ennemi d'une position purement défensive et souvent inattaquable, on emploiera donc un autre moyen moins destructeifr et tout aussi avantageux, celui de les tourner par un des flancs; opération qui nous oblige souvent à évacuer la position , pour ne pasdonner de prise sur notre lignede retraite (i) .
Les reconnaissances étant une fois faites , si la position a été trouvée purement défensive , le premier soin de celui qui veut Toccuper, sera de la soustraire à ses débordements qui paralysent sa force intrinsèque , en cherchant à prévenir chaque mouvement de conversion. Si cette condition devient impossible , il faut du moins chercher à faire le choix du site de manière à ce que Tennemi, s'il abandonne l'attaque en front et entreprend un mouvement de conversion , soit obligé de prêter un des flancs des colonnes tournantes, et de les exposer par là à être prise en flanc et à dos; danger assez grand pour lui faire perdre le désir de Fentreprendre.
En général, ces positions ne peuvent être tout à fait bonnes que lorsqu'elles sont à cheval sur la ligne d'opérations naturelles, et que si
(i) Telle était la position du comte de Wittgenstein ea 181 i , au combat de Tschascboiki derrière TOuia et b Lookomélia.
(i) (:'est à la ioite d'un mouvement queVamiée française Gt en 1813, vers Dokcbitsy, mouvement qui met-
l'ennemi est obligé , pour l'intercepter, de faire un mouvement de conversion d'une grande circonférence et d'un danger effectif, ou sur des sites qui, nous offrant la possibilité de changer de ligne d'opérations, nous exemptent par conséquent des inquiétudes que ces mouvements de conversion occasionnent par rapport à l'intégrité de nos communications. En rabattant le flanc attaqué jusqu'à la nouvelle ligne d'opérations, on se prépare par là une retraite facile et sans danger.
Des positions mixtes.
Tout engagement présuppose deux objets à remplir : i® battre son ennemi et le poursuivre; 2^ si Ton est battu, de faire une retraite bien ordonnée. C'est sur ces deux objets qu'on doit baser le choix des positions mixtes.
La règle générale de l'emplacement de Tinfanterie, par rapport aux lignes de bataille, est de la poster de manière qu'en perdant le moins de monde , elle défende avec efficacité les postes qu'elle est appelée à garder , et qu'étant parvenue à riposter à son ennemi, elle puisse aussi gagner du terrain en poursuivant son succès. Pour répondre à ces trois objets, il faut que, pour le premier, l'infanterie soit, autant que les accidents du terrain le permettent, à couvert des feux meurtriers de l'ennemi; pour le second , que son emplacement et la disposition de la troupe la mette à même de profiter des avantages des localités ; et , pour le troisième , que son mouvement offensif ne soit pas trop gêné par un terrain coupé. Par rapport à l'ennemi, une position, pour être bonne, doit posséder deux traits distinctifs : i^ offrir sur son front et ses flancs des difficultés marquées pour l'adversaire qui voudrait s'en rendre maître ; 2® s'il se résolvait à la tourner, que cette tentative le mette en danger ou de perdre ses propres communications , ou d'avoir ses colonnes tournantes prises en flanc.
Pour que le choix d'une position mixte, par rapport aux lignes de bataille, soit fait dans
tait Tarraée russe en danger d'être tournée par sa gauche et d'être coupée de sa ligue d'opération naturelle sur Smolensk, qu'elle se vit obligée d'évacuer le camp de Drissa.
EXAMO RAISONNE
Ut yoA <k U pfire tactique, il Ciot cbercher, aoUnt que p^Mftîhle, â choisir des lemiiisgarht« <le YÎlbg^, de boaqoeis, de haies, d'enck^. de jardias, ainsi que de taillis et d'élératiCfD^ de moyeDDe faauteor, a]>anl soîd de garder les y illages et les boaqneU par des chaînes de tirailleurs qui, à leur tour, derront être souteleDU*» par des résen es , et de garnir les élé^atîons avec des pièces d'artillerie. En cachant ainsi remplacement des masses d'infanterie derrière ces rideaux naturels, on ravit aux ennemis tons les moyens de les apercevoir, et on leur dërolie par là la connaissance et Tappréciation de leur [losition, ainsi que tous les moyens de les prendre pour Lut (i). Obligés, pour les atteindre, de viser plus loin que les accidents qui les cachent , les artilleurs ennemis pourront rarement être sûrs de leurs coups, et la plus grande partie des projectiles viendront frap[ier devant ou derrière les bataillons. Un autre avantage , non moins grand qui en résultera, sera les moyens que les masses désignées [lour défendre les différents accidents dont nous venons de parler, posséderont pour tomber à Timprovlste sur des assaillants un peu imprévoyants, en profitant de l'avantage souvent incalculable d'une attaque inopinée. Les mêmes accidents de la nature, que nous venons d'accepter comme avantageux pour garnir le front d'une position, le seront aussi pour les derrières. Tout en offrant des abris sûrs pour les troupes, comme ces sortes d'accidents n'entravent pas leur mouvement, une fois que la retraite a été décidée, ils offriront aux troupes rétrogradantes des positions avantageuses, et les moyens de marcher avec aisance sans les obliger à se ployer en colonnes profondes , formation qui , sur le champ de bataille , a le double inconvénient de faire perdre du temps, et de posséder peu de moyens de défense.
Des positions de l'infanterie.
Ayant récapitulé les différents avantages qui constituent la force des positions, sous le rapport topographique, revenons maintenant à la
(i) A la bataille de Ligny, l'inlention du maréchal Biucher avait été de dérober ses troupes aux regards de ses ennemis, en les plaçant entre les villages de Ligny et .de Drie, dans des bas-fonds; mais les hauteurs
distribalion de rin&nterie destinée pour garder et défendre les diflinnts acddcnts de terrain que ooos aTons acceptés comme avantageux pour former le front des positions, et couvrir les lignes de bataille.
Les villages, qni sont ordinairement garnis de jardins , entoorés d*encios , de haies et de clayonnages, fonnent de pins oo moins grands défilés où les mouvements des troopes sont souvent très-gènés. U serait donc dangereux de les encombrer de troupes, qni seraient obligées de rester înactives à cause du manque de place pour se déployer et pour manceuTrer. Ces postes offrant aussi, par leurs maisons, beaucoup de moyens faciles de défense, qui demandent peu de bras pour les préserver d^ètre pris, il serait même dangereux d^y amasser beaucoup de troupes : leur encombrement ne servirait qu'à les exposer aux coups de Tartillerie ennemie, dont on concentre ordinairement les feux sur ces sortes de postes, qui oflBrent tant de moyens faciles pour les défendre.
Nous en concluons donc que les masses d^infanterie qui sont destinées pour défendre un terrain qui serait parsemé de villages , dcnrent être plutôt placées derrière ces sortes de postes, ayant soin de les garnir d*une chaîne de tirailleurs qui occupera les maisons , les jardins, les enclos et les clayonnages qui se trou» veronl dans leur circonférence. On assignera à cette chaîne de tirailleurs des postes de replis, qui lui serviront aussi de réserve, et la renforceront en cas de besoin ; et, si le village possède quelque grande enceinte d*église , un grand verger ou un cimetière, on y placera une autre grande réserve, dont le soin sera de s^opposer aux troupes ennemies qui voudraient pénétrer dans le village. Si c'est un bourg qu'on se propose de défendre , la réserve principale sert placée sur le marché, comme le point où eonvergent ordinairement toutes les routes qui mènent dans le bourg.
Le chef de cette réserve primitive dirigera son attention sur les avenues par lesqudks» apparemment, l'ennemi viendra fondre sur le village , comme étant les passages les plus h»
de Fleurus, dominant tout le champ de bataille, trahirent rintention du général en chef prussien, et découvrirent Tarmée aux yeui de ses adversaires.
ciles par lesquels on peut pénétrer en masses compactes. Si, au contraire, le village ne possède pas de ces réduits avantageux pour remplacement de la réserve , il faudra en meltre une dans la proximité du poste , qui , en changeant de place, ne devra pas cependant changer de rôle.
Le reste de rinfanterie sera désigné pour secourir les troupes employées pour défendre les villages qui ferment le front des positions, et sera postée dans un certain éloignement. Mais comme tous les mouvements précurseurs des attaques de cette infanterie ne doivent se faire que dans la proximité de son ennemi , il est utile de placer Tinfanterie assez près de ces accidents, afin qu*uu mouvement un peu long pour atteindre son ennemi , ne lui ravisse pas le moment opportun, et ne la trahisse pas aux yeux de celui-ci, en éveillant par là sa prévoyance.
A la bataille de Ligny, les Prussiens, en occupant les villages de Saint-Amand et de Ligny, dont la possession couvrait le front de leurs lignes de bataille, firent les dispositions suivantes : Le 1 ®' corps , commandé par le général Ziethen , occupa le village de Saint-Amand avec 3 bataillons et 2 compagnies de voltigeurs ^ la 3* brigade. La 1*^ brigade fut placée en réserve derrière le village. La 4* brigade occupa le village de Ligny avec 5 bataillons, tandis qae 6 bataillons furent placés en réserve. La 2" brigade , et le i*este de la 3® brigade, ce qui formait un total de 13 bataillons, se déployèrent en deux lignes derrière et entre les villages de Brie et de Ligny. Le 3® corps, commandé par le général Thielemann, formant le flanc gauche et la première ligne de Tordre de bataille, appuyait son flanc droit au village de SombreiT, que le général fit occuper par un bataillon de voltigeurs. Les troupes de son flanc gauche ayant occupé fortement les villages de Tongrines et Tongrenelle, qui se trouvaient devant son front, ainsi que toutes les métairies qui étaient le long du ruisseau de Ligny, s^appuyaient à Boley.
(f ) La bataille de llochstett restera toujours un exemple frappant et terrible du danger d*encombrer les villages de troupes, qui ne peuvent plus ni se mouvoir, ni attaquer , ni même se défendre. I.e village de Blindheim sera toujours un monument de Tignorance du maréchal Tallard et de TiDSOUciance des généraui qui comman-
Pourvu qu'un village possède dans son espace assez de bras pour le défendre contre Fimpulsion d'une première attaque, le reste de rinfanterie désignée pour défendre toute retendue du terrain qui Tenvironne, étant postée derrière le village, pourra même et avec plus de facilité, en marchant par les deux flancs du poste, assaillir l'ennemi qui eptreprendrait une attaque sur un des deux flancs. En un mot, il ne faut faire entrer dans un village que le nombre de troupes nécessaire i)ourle défendre avec opiniâtreté et avantage, celui pour le moins qui sera suffisant pour ne pas céder de prime-abord cette conquête à son ennemi (i).
A cette même bataille de Ligny, que je viens de citer, les Français s'étant rendus maîtres de Saint-Amand, cherchèrent à prolonger leur flanc gauche en occupant toutes les allées , les haies et les bas-fonds qui se trouvent du côté de Rrie et de la grande route. Ce mouvement ayant donné de l'inquiétude pour le flanc droit des Prussiens, et pour leur liaison avec les troupes hollandaises , le maréchal Rlucher enjoignit au général Steinmetz, auquel il donna 6 bataillons, de reprendre Saint-Amand. Les Prussiens abordent le poste avec leur bravoure accoutumée, et parviennent à s'emparer d'une partie du village jusqu'au cimetière, où les Français avaient placé la réserve, qui parvint à arrêter le mouvement offensif des Prussiens. Un combat sanglant s'y engagea , pendant lequel le général Vandamme , qui avait placé la masse primitive de son infanterie derrière le village, arriva au secours des troupes attaquées. Il ordonna au général Girard de tourner le village par la gauche du côté de Wagnele , et un assaut, dirigé de trois côtés, força les Prussiens à révacucr tout à fait.
11 est incontestable que , pour ce genre de combat, les Français ont une grande supériorité sur plusieurs armées européennes, et le talent qu'ils ont toujours déployé, ainsi que les r^les dont ils se sont servis pour la défense des villages peuvent, sans contredit, servir d'exemples et de préceptes. Presque tous les militaires expé-
daient à Taile droite. Enfermer 37 bataiiloDS et 13 encadrons de drains dans un village, tombe déjà dans le ridicule , et nous fait même douter de la bonne foi avec laquelle le maréchal Tallard aurait dû servir la cause de son mattre.
vu
EXAMEN R.MSONNÉ
rimcntésen sont d'accord. C'est ainsi qacnous les avons vus à la bataille de Leipzig , en 1815, et à celle de Waterloo, en 1815, se soutenir pendant des journées entières, à la première dans le village de Probsteyda , et à la seconde dans Planchenois. N*avons-nous pas vu dans le combat à outrance de ce dernier poste, dont la possession était pour les Prussiens d'un intérêt majeur, possession dont on peut dater la déroute de l'armée française, le général Bulowr obligé de soutenir le colonel llillcr par sa réserve, composée de la 14^ division, de diriger même sur ce point une brigade qui se trouvait sur sa droite , sans cependant venir à bout de s'en emparer? Les Prussiens furent obligés de renforcer le corps de Bulow par celui du général Pirch; et ce n'est qu'à l'impulsion simultanée de forces aussi puissantes, que les Prussiens ont été redevables de cette conquête. Mais quelles sont aussi les règles qui pourraient nous sauver , lorsqu'on est écrasé par le nombre? Si les Français avaient encore eu quelques troupes disponibles pour pouvoir secourir leur extrême droite, peut-être aurait-on vu un autre résultat.
Les bouquets élant moins susceptibles encore que les villages de contenir des masses d'infanterie, ce sera de même à des cbaines de tirailleurs, à leurs postes de replis et à leurs réserves, que nous en abandonnerons la défense, ayant bien soin de ménager le reste de cette arme, pour la faire manœuvrer sur un terrain qui lui offrira plus de liberté d'action.
Pour ce qui regarde la position de l'infanterie désignée à la défense des grands taillis, comme sa position dépend beaucoup de la grandeur du bois qu'elle doit défendre, et que c'est selon sa dimension qu'on doit calculer les masses défensives et celles qu'il peut contenir, il serait dilllcile de décider la manière dont on devraitdistribuer l'infanterie pour défendre les boisde di iTérentes grandeurs. Si, au con traire, les circontances forçaient l'infanlerie à se poster de manière à avoir un taillis occupé par l'ennemi devant soi, l'essentiel serait de la placer bors des coups de fusil de la lisière; car les tirailleurs ennemis, c^cbés derrière les arbres qui leur serviraient d'abri, mettraient l'infanterie à la merci de pertes d'autant plus sensibles, qu'il serait même difficile de leur rendre la pareille.
A IVgard de la position de l'infanterie dési-
gnée pour la défense des élévations dont la plupart sont occupées par l'artillerie, sa place sera, sans contredit , sur les versants des mamelonsqu'elle est appelée à défendre, prête à s'opposer à chaque mouvement oŒensif que l'ennemi entreprendrait pour s'emparer de nos pièces, qu'elle doit envisager comme un dépôt sacré conflé à son honneur, et dont la perte doit être tout aussi flétrissante pour les régiments, que celle de ses drapeaux. C'est en faisant peser sur les masses désignées à la défense des batteries, et non sur les artilleurs eux-mêmes , le déshonneur de leur perte , qu'on parviendra plus facilement à accorder à la sphère active de cette arme le dévelopement dont elle est susceptible. L'organisation même de l'artillerie prouve en faveur de cette assertion, car elle possède , il est vrai, assez d'hommes pour servir ses pièces, mais non pour les défendre.
S'il arrivait qu*on manquât d'artillerie pour garnir la crête des élévations, ou qu'elle pût être mieux utilisée sur un autre point , alors , au défaut de cette arme, en emploiera des tirailleurs qui occuperont la pente du côté de l'ennemi, tandis que les masses d'infanterie seront postées sur les versants. C'est une disposition dont le duc de Wellington s'est ser?i« avec beaucoup de succès dans ses campagnes d'Espagne.
Mais quelle formation accordera-t-on aux masses d'infanterie postées sur ces versants? C'est un sujet qui ne doit point être exempt de discussion. Si l'élévation qu'on occupe est telle, que*la cavalerie, à cause de son escarpement, n'ose l'attaquer, je conseillerais alors de placer cette infanterie postée sur les versants, plutôt déployée en bataille qu'en colonnes , et en voici les raisons : l'ennemi qui entreprendrait de s'emparer de cette élévation étant obligé, par la conflguration du terrain, d'employer pour l'attaque, de l'infanterie et non de la cavalerie (car le choc de celle-ci se trouverait alors paralysé le long de la pente pour arriver au sommet), une ligne postée sur le sommet d'une élévation aura un très-grand avantage contre de l'infanterie qui, pour parvenir jusqu'au choc, serait obligée de gravir un talus plus ou moins escarpé, de ralentir son mouvement, et perdrait beaucoup par le feu que l'infanterie défensive dirigerait contre elle.
Quoique la ligne placée sur le versant, obligée le se mouvoir pour atteindre le sommet, éprouvât un certain (lotlemenl, la petilc distance [u'elle aurailà parcourir permellrait qu'on lui it entreprendre ce mouvement, sans craindre |u'il lui ravisse sa contiguïté. Le principal sera le posséder aussi à côté un autre bataillon brmé en colonne oŒensive, et qui soit prêt à bndre sur les assaillants , en les prenant en lanc et à dos, si T infanterie offensive, poursuivant son mouvement avec vigueur, se trourait à portée de tenter un choc à la baïonnette.
Si , au contraire , la déclivité de la pente du namelon ne paralyse pas les mouvements ofensifs de la cavalerie , il est tout simple qu*on )lace rinfanlerie formée en colonne défensive >réte à se former en colonne contre la cavalerie.
Je ne veux rien ajouter à cet article sur la brmation qu'on doit accorder à Tinfanterie iur les différents terrains où on la place. Ayant, lans les sections II et 111, développé avec déail les propriétés des formations des deux inanteries, ainsi que les cas où elles doivent être employées, il serait inutile de s'appesantir încore une fois sur les difi*érentes occasions lans lesquelles on devrait employer l'une plutôt lueTautre. C'est au discernement du chef qui »mmande cette arme , qu'est réservée la tâche le donner à ses masses les formations les plus ivantageuses , et qui doivent être le résultat le la position que les bataillons occupent et le l'arme qu'ils doivent combattre.
Les bouquets, les élévations, les villages, et, m général, toutes sortes d'habitations, ayant, :omme nous le voyons, non-seulement l'avanage d'offrir des défenses faciles et prolongées, nais de servir aussi de rideau à la position et lux manœuvres de F infanterie postée sous la >rotection de ces abris, il n'est que trop naurel de profiler de ces avantages, lorsque le lie qu'on choisit nous en offre de pareils.
Pour ce qui regarde le terrain qui se trouve i dos des lignes, et qu'une infanterie rétrogralante serait obligé de parcourir, il ne faut pas )rendre trop rigidement Tacceplion d'un pays acile à parcourir, en ne choisissant, pour les lerricrcs d'une position de l'infanterie, qu'un errain tout à fait uni. Que ce soit seulement m site qui ne présente pas de déGlés ou de ivières à franchir ; en un mot , que ce ne soit |>as un terrain qui oblige l'infanterie rétrogra-
dante à se ployer en colonnes-manœuvres, formation qui ne présente que des têtes pour défense , et la soumet , par conséquent , à être surprise dans un état qui paralyse ses moyens défensifs. Au contraire, les mêmes accidents de terrain propres à couvrir le front d'une [>osition, seront aussi avantageux {K>ur ses dernières, car tout en offrant beaucoup de moyens de défense , ils faciliteront par là Técoulement des troupes rétrogradantes sous la pn>tection des arrière -gardes, dont le premier soin sera de profiter des avantages que la configuration du terrain leur offrira, et dont nous venons de faire Ténumération.
Jusquà présent nous n'avons envisagé les positions de l'infanterie que par rapport aux avantages du terrain sur lecjuel des bataillons isolés, qui ne font qu'une partie de l'ordre de bataille, sont postés ; discutons maintenant sur sa position, par rapporta l'ordre de bataille en général.
L'infanterie désignée pour former les lignes de bataille , dont la première vertu est la contiguïté, ne pouvant pas, ainsi que la cavalerie et l'artillerie, être placée partiellement, il serait même difficile de suivre strictement les principes que je viens d'énoncer. La configuration du terrain que le hasai*d assigne aux lignes de bataille , ne favorisant pas dans toute son étendue l'emplacement de rinfanlerie d'après les principes ci-dessus désignés, les soins du chef seront dirigés à compenser le manque de ressources qu'offre le site , par les avantages des formations dont j'ai développé les vertus et les emplois dans la section II , où j'ai traité des propriétés de l'infanterie de ligne, ainsi que par le secours que l'artillerie |H)urra lui offrir. Si aucun accident ne se présente, pour couvrir les lignes de bataille, une forte artillerie, placée sur les élévations qui se trouveraient devant leur front, les couvrira toujours avec avantage, et com|)ensera ainsi les défauts de la nature. C'est ainsi qu'à la bataille de Waterloo, le duc de Wellington, ayant fortement occupé devant les deux ffancset le centre de sa position,' les métairies de llaugoumonl, de la Haye et de Pa[ielolte, garnit les hauteurs qui se trouvaient entre ces trois postes et devant le front de ses lignes de bataille, par une forte artillerie de gros calibre. L'essentiel est de poster les lignes de bataille à une distan(*e
telle , que les bataillons qui les forment soient en étal de soutenir les troupes qui défendent les postes avancés, pour ne pas les mettre à la merci d'un ennemi souvent plus nombreux, qui pourrait profiter d'une position vicieuse qu'on donnerait aux masses principales, en les éloignant de la ligne avancée des accidents naturels. C'est au vice d'une disposition pareille que le maréchal de Villeroi a du , en grande partie, sa défaite h la bataille de Ramillies. Voici le jugement que le marquis de Feuquières en porte (i) : < L'ennemi conduisit l'attaque du village de Ramillies, dit-il, dilTércmmenl de celle de la cavalerie de la droite. Il y marcha sur quatre ou cinq lignes; mais, en approchant de la tète de ce village, il connut que notre ligne d*infanlerie était trop éloignée du village pour le protéger de son feu, et que les ilancs du village n'étaient pas garnis de troupes, parce qu'il y en avait trop peu.
> Sur cette mauvaise disposition de notre part , il en forma une bonne : il fit avancer une de ses dernières lignes sur le front de la première; ensuite de quoi, en approchant du village, ce front, «lui le débordait, s'étendit en potence sur le liane du village et le for^-ia fort aisi'^ment, parce qu'il n'y trouva pas de résistance, dans le temps que les troupes soutenaient l'attaque de la tète. L'oifîcier particulier et le soldat, ajout e-t-il, n'étaient pas capables de redresser par leur seule valeur une affaire perdue par sa mauvaise disposition; de sorte que le désordre fut bientôt général par toute la droite , qui abandonna son champ de bataille et son canon. • Quant aux mouvements oflensifs, que les lignes de bataille sont dans le cas de prononcer, comme dans des cas pareils, on n'occupe que le
(0 Mémoires de J^I. le marquis de Feuquières , tome IV, page â8.
(s) Lcsautcurs des Bulletins français ont pousséquelquefois leur passion pour Tostental ion, jusqu'à imputer i un militaire aussi profond que Bonaparte les fautes les plus grossières. Tout leur était po^ible, pourvu que leur citation portât le sceau de re\lraor(liiiaire en fait de mouvements, de positions ou de courage. Nous lisons, par exemple, dans le einquanle-huilième nullelin de la grande année, daté de rrrusrh-Kvlau, le !) février 1807: « La garde à pied (il ne faut pas ou- 0 hlier qu'elle formait ordinairement la réscr>e prin- » ripale de l'armée) a été toute la journée Tarnie avi
terrain que l'ennemi nous cède, et que par conséquent, à la suite du mouvement, on n'est pas toujours le maître de les poster de manière à pouvoir profiter de tous ses avantages, c'est alors la disposition des troupes qui doit obvier à la défectuosité du terrain. Une masse imiK>sante d'artillerie , qu'on place devant le front de la première ligne de bataille, en défend les approches ; une autre, de cavalerie , qu'on poste avantageusement derrière une des ailes et qu*on parvient à soustraire aux regards des ennemis, paralyse les mouvements offensifs de l'adversaire en tombant sur la partie attaquante, et en la prenant en flanc ou à dos.
Mais les lignes de bataille demandent parfois des secours souvent répétés, qu'on leur porte en relevant les bataillons battus et désorganisés , ou en prévenant les débordements de leurs flancs, auxquels elles ne sont pas en état de s'opposer par leurs propres forces; elles exigent alors de grandes réserves, que Toncom-. pose ordinairement des troupes les meilleures et les plus éprouvées , doAt la position, tant qu'elles sont inactives, doit être derrière les lignes de bataille, hors d'atteinte des coups de l'artillerie ennemie et postées sous la protection de quelque accident du terrain qui tes cache tout à fait aux regards de l'ennemi («). C*est à ces réserves qu'on impose les rdlcs différents que je viens de citer.
Mais ces réserves envisagées sous le rapport de leurs difl'érents emplois, étant obligées de prêter des secours souvent répétés (s) , et leur rôle étant par conséquent toujours diflicile et épineux , il n'est que trop juste de désigner pour leur composition une masse imposante d'infanterie, composée de vétérans qui, témoins actifs de faits glorieux et de catastrophes dangereuses, savent toujours mieux apprécier
> bras, sous le feu d une épouvantable mitraille (!!!!)i » sans tirer un coup de fusil, ni faire aucun mouve- » ment. > Je prendrai la liberté de demander quelle position, dans un pareil cas, occupaient donc les lignei de bataille? A-t-on jamais entendu avouer avec pins de naïveté et dans Tunique but de contenter l'ostentation, une faute aussi grossière? Et c'est h la couromie du restaurateur de l'art militaire qu'ils attachaient ud fleuron aussi ridicule!
(r.) Comme l'exemple que nous oiïrc la bataille de Wagram, et pour lequel je prends la lil)erté de renvoyer le lecteur aui Réflexions sur le Système des Guerres mod(mes . pages 250 et suivantes.
essitc des prompts secours, et dont les ces couverts d'honorables stigmates , ser- 5 preuves irrécusables de leur entier dent pour le souverain et le pays qu'ils onncur de servir.
SECTION V
ACTION DE l'infanterie EN GÉNÉRAL.
art de savoir bien choisir une position ilacer ses troupes , est d'une importance re i>our les combats, celui de les mettre ion est plus utile encore, car les vicne sont uniquement que le résultat de H des différentes armes.
]uc action porte plus ou moins Temî du caractère du chef qui commande les s. Il n'est donc pas tout à fait inutile ofondir cehii de son ennemi et de calcuaprès une donnée pareille , les disposile la journée. Voir s'il faut le fatiguer e défense prolongée et tomber à corps vers la fin du combat, ou bien s'il est cile de l'étonner par une attaque vive ttendue , le rompre par des chocs sou- ^pétés, le poursuivre sans relâche pour ir tous les moyens de rétablir l'ordre de upes et s'emparer des trophées, tionde Tinfanlerie est composée de deux l'attaque et la défense qui doivent être le premier , sur la plus haute élévation ré de décision des moyens d*agression , M!ond , sur la prolongation la plus opides moyens de résistance. Ces deux rôles it être envisagés sous dix aspects dîlTé*
)ans les plaines;
»ur un terrain coupé et parsemé d'habi-
imployés à défendre des fortifications de
gne;
ous le rapport des engagements contre
Lerie ;
Contre la cavalerie ;
lonlre l'artillerie;
tes combats en masse ;
tes combats en débandade ;
)u choc ;
tes feux.
(ue engagement , chaque combat , doit
isé sur la rapidité des mouvements, car
c'est le meilleur moyen pour parvenir promptement à son but, et toujours au prix de peu de sang. Mais, si la rapidité doit servir de base aux mouvements, les moyens qu'on emploie pour parvenir au but qu'on se propose d'atteindre, doivent être toujours les plus décisifs. Les demi-moyens dont la marche ne peut être que tâtonnante et les effets indécis , entraînent après eux deux pertes sensibles; celle d'une plus grande consommation d'hommes , et celle du temps , dont le prodigue emploi , arrêtant souvent le cours des combinaisons, en rend aussi les résultats moins décisifs et souvent presque nuls.
Jamais cette empreinte de décision , si utile dans les manœuvres de la tactique, et le choix des moyens les plus décisifs, ne se sont développés avec un caractère plus marqué, que dans les campagnes du dix-neuvième siècle; voilà i)ourquoi les résultats des batailles de Jéna, d'Eckmiilh, de Taroutino, de Culm, de la Katzbach, deDenuewitz, Leipzig, etc., furent si décisifs, et leurs trophées si nombreux.
Nous avons vu, dans les articles précédents, que rinfanterie en général possède trois formations que nous devons envisager comme les seules formations guerrières, qui se soumettent, il est vrai , à de petites modifications , mais qui forment la base de sa tactique. C'est la formation en ligne de bataille, en colonnes et en débandade. Ces formations fondamentales possèdent différentes compositions que nous devons envisager comme des ramifications scientifiques de l'art des combats, et qui consistent dans la combinaison des différentes armes en masses offensives, dont la force , ainsi que la combinaison, doivent être assujetties au terrain et à l'arme que l'on se prépare à combattre.
En appliquant l'action de l'infanterie aux neuf premiers cas différents, dont j'ai donné rénumération au commencement du chapitre , nous nous convaincrons facilement qu'elle se réduit, pour les formations fondamentales, au juste choix des plus décisives, selon l'ennemi et le poste qu'on se propose d'attaquer, et, pour la composition des masses , à la combinaison des annes selon le terrain, la force et l'ennemi qu'on se propose de combattre.
L'infanterie, comme l'arme la plus nombreuse, étant aussi celle qui se prêle le plus facilement aux différents modes de combats sur
les différents terrains, engage, prépare et gagne les batailles. Le soins des autres armes est de la suivre dans ces différentes nnodulalions, de la soutenir dans ses engagements et de compléter les victoires. Des travaux aussi difliciles et aussi dangereux rendent, il est vrai, le rôle de cette arme à la fois honorable et très-épineux , mais aussi les mailres de Tart , ayant su proportionner ses moyens d'attaque et de défense, aux obstacles qu^elle doit surmonter, la force intrinsèque qui en est résulté, est en équilibre avec les dangers auxquels elle s^expose. Ce n'est aussi qu'une juste comjiensalion du rôle qu'elle est appelée à jouer , et un moyen indispensable pour le lui faire soutenir avec dignité , avec aplomb et avec chance de succès. Cette compensation consiste dans son armement, les moyens de vaincre son ennemi à de grandes distances, dans ses formations et les différentes manœuvres auxquelles sa tactique peut être assujettie.
Mes réflexions antécédentes ayant assez approfondi les pnncijtcs fondamentaux des différents genres de combats de l'infanterie, je crois être arrivé au moment où je puis procéder à l'examen de l'action même de cette arme. D'après la nature et le genre de combattre des tirailleurs et de l'infanterie de ligne, nous pouvons hardiment partager leur action en deux genres distincts, qui sont : l'action préparatoire et l'action déûnitive. La première est le fruit de combinaisons topographiques et militaires , et la seconde est enfantée plutôt par un courage aveugle et un dévoûment qui est au-dessus de tout calcul. Les éléments de l'action des tirailleurs, qui n'est que défensive, sont donc : finesse , raisonnement, juste appréciation du terrain et coups bien ajustés; pour celle de l'infanterie de ligne, pour la défensive , une persévérance courageuse et l'emploi efficace de ses formations et de ses feux , cl, pour l'offensive, un mouvement décisif qui renverse tout ce qui s'oppose à son passage. Une différence aussi grande dans les éléments de leur action , mérite bien aussi qu'on consacre à chacune d'elles un article séparé.
SECTION VI
DE l'action de L*I^FAKT^:RIE DE UG?iK.
L'action de rinfanteric de ligne repose sur les combats en masse. La dénomination que
nous avons donnée à son action , et que nous avons appelée action définitive , nous prouve évidemment que le dioc y joue un grand rôle, et nous avons vu plus haut qu'il ne peut pas y avoir de choc là où il n'y a pas de compacité. La multiplication des masses d'iufanterie rend le choc moins douteux; la rapidité des chocs, les résultats plus grands. Les annales des guerres modernes nous offrent, pour Fa^ tion de l'infanterie de ligne, beaucoup d'exemples bien convainquants , et je ne puis m^empêcher de citer celui que nous a offert Tarmce prussienne à la journée des 4-1 G octobre 1813. Les dispositions et les mouvements de ce combat sont trop instructifs, pour l'infanterie de ligne, pour ne pas l'offrir à mon lecteur comme un exemple à suivre dans les mouvements offensifs de cette arme.
Nous avons vu, à l'article des propriétés de rinfanteric légère, toutes les pertes inutiles danslesquelles une fusillade inconséquente nous entraine, elles résultats fatals qui en proviennent; je veux donc, par un exemple dont 1» dispositions étaient diamétralement opposées à celui que nous offre l'attaque des quatre villages à la bataille de Lutzen , soutenir Taxiome sur lequel je viens de baser les grands avantages des mouvements de tactique, et qui consistent dans des opérations décisives, et dont la décision gît da^ la multiplication et la compacité des masses qu'on emploie pour les exécuter.
Un corps français de 20,000 hommes était posté sur une élévation d'une douce déclivité, ayant une artillerie de 60 pièces de canon devaût le front. Le village de Mccckem et FElster protégeaient le flanc gauche, et en rendaient les approches très-difiiciles. L'aile droite était soutenue par des masses imposantes de trouftes de différentes armes.
L'attaque de cette position tomba en partage au général Yorck , dont le corps formait le flanc droit de l'armée de Silésie.
L'avant-garde du corps du général Yorck venait de se rendre maîtresse du village de Mœckeni; mais l'ennemi ayant soutenu sel troupes rétrogradantes, parvint à rcprendrcce poste et s'y maintint. Le chef du corps prussien enjoignit aussitôt à doux brigades d^infanlerie de soutenir son avant-garde, et ordonna au reste de son infanterie de se prolonger vers la g«i-
chCy et la dirigea contre le flanc droit des ennemis. 1^ cavalerie prit position derrière les niasses de Taile droite.
Les deux brigades désignées pour soutenir Tavant-garde se déployèrent chacune en deux lignes, elles bataillons formés en colonnes présentaient ainsi une masse de quatre lignes de profondeur. C^est dans cet ordre que les Prussiens s'avancèrent vers leurs ennemis, dont la nombreuse artillerie semait la mort dans leurs rangs, sans cependant interrompre leur marche. Pour couvrir efficacement les pièces contre un ennemi aussi hardi, le général français fit avancer plusieurs bataillons déployés en bataille, dont le feu de file , joint à celui de Tartilleric, parvint à désorganiser la première ligne des bataillons assaillants, et les rejeta sur la si'conde. Les troupes battues s'écoulent à travers les bataillons qui s'avancent pour les soutenir, sans en rompre un seul. La seconde ligne des Prussiens parvient à rejeter les ennemis , qui, à leur tour , se soutiennent par une seconde ligne de troupes fraîches. Les Prusr siens font avancer leur troisième pour soutenir leur seconde, déjà vacillante, et les ennemis en font autant. Enfin le général Yorck engage la quatrième, et par conséquent sa dernière réserve, et ordonne en môme temps à la cavalerie du flanc droit de soutenir celte quatrième ligne. Ce mouvement fut des plus décisifs : les ennemis, ne pouvant résister à quatre chocs consécutifs, évacuent le champ de bataille, et laissent au pouvoir de leurs adversaires 40 pièces de canon , et une prompte retraite p^t seule les soustraire au malheur d'être entièrement écrasés et forcés de se rendre.
Un autre exemple, quoique bien antérieur à celui que je viens de citer , mais qui a été fait aussi dans les principes de la même tactique, est celui que nous offre la fameuse bataille des Pyramides. C'est aussi une attaque en masse des divisions Bon et Menou qui décida la victoire en faveur des Français. Rapportons à cette occasion le récit du général Berthier luimême (i). < Pendant que les divisioas Desaix » et Régnier, dit-il, repoussaient avec succ ces la cavalerie des mamelouks, les divisions
(i) Relation des Campagnes du général Bonaparte en Égyjtte ri en Syrie,
(9) t'iK* assertion pareille paraîtra, certainement un
» Bon et Menou, soutenues par la division
• Kléber, commandée par le général Dngua , » marchaient au pas de charge sur le village » retranché d'Ëmbabeh. Deux bataillons des » divisions Bon et Menou , commandés par les » généraux Rampon et Marmont sont détachés, » avec ordre de tourner le village, et de profi-
• ter d*un fossé profond pour se mettre à cou- » vert de la cavalerie de Tennemi , et lui déro- » ber leurs mouvements jusqu'au Nil.
> Les divisions, précédées par leurs flan-
> queurs, continuent de s'avancer au pas de
> charge. Les mamelouks attaquent sans succès
> les pelotons de flanqueurs ; ils font jouer et » démasquent 40 mauvaises pièces d'artillerie. » Les divisions se précipitent alors avec plus » d'impétuosité, et ne laissent pas à l'ennemi » le temps de recharger les canons (i) . Les re- » tranchemcnts sont enlevés à la baïonnette ; le » champetle village d'Embabeh sont au pouvoir
> des Français. Quinze cents mamelouks à che-
> val, et autant de fellahs, auxquels lesgénéraux » Marmont et Rampon ont coupé toute retraite
• en tournant Embabeh, et prenant une posi-
> lion retranchée derrière un fossé qui joignait k le Nil, font en vain des prodiges de valeur; i aucun d'eux n'échappe à la fureur du soldat;
> ils sont tous passés au fil de l'épée ou noyés » dans le Nil. Quarante pièces de canon, 400 cha-
> meaux , les bagages et les vivres de Tennemi
• tombent entre les mains des vainqueurs. » Qu'à ces résultats brillants on ajoute d'un
côté les pertes souvent insignifiantes qui en sont la suite , et qu'on récapitule de l'autre ces combats meurtriers où, par l'emploi de fausses mesures , le dénoùment n offre que des pertes incalculables d'hommes et peu d'avantages, et où les assaillants passent souvent des journées entières à combattre sans parvenir au but qu'ils se proposent d'atteindre, et on ne sera pas peu étonné que les chefs, à la volonté desquels sont subordonnés toutes les dispositions , choisissent bien souvent, iK)ur parvenir à leur but, les moyens les plus destructeurs et les moins décisifs.
Il est vrai qu'il est indispensable que le terrain favorise ces sortes d'attaques en masse ;
peu exagérée; au reste, elle ne diminue en aucune manière Teflet de la disposition dont je veui prouver rcdicacité par ce fait.
mais si nous examinons bien ces différents accidenls, nous nous convaincrons facilement que la nature» souvent capricieuse dans sa création, ne nous présente pas très- fréquemment de ces obstacles insurmontables qui s'opposent tout à fait à la marche dune masse d'infanterie. Certainement, c'est d'après la multiplicité des accidents et la diJUculté de les franchir, qu'on doit calculer la force de la masse qu'on veut mettre en action; mais il faut, je crois, recevoir pour axiome irréfragable, de ne jamais abandonner les tirailleurs à leur unique impulsion, car leurs combats, si on ne les soutient pas par des masses imposantes d'infanterie de ligne, ne peuvent être envisagés que comme demi -mesure. Mais aussi quel taillis qui, parmi les différents accidents quV)n peut franchir, quoiqu'avec diilicuUé, est l'accident le plus difficile à surmonter pour l'infanterie, quel taillis ne [jossède pas de voies propres au passage des colonnes? Ces chemins suffiront pour la marche de quelques colonnes, et, dans ce cas aussi, nous pourrons rester d'accord avec le principe établi.
Vaction de l'infanterie de ligne peut se partager en deux genres différents, qui sont: l'offensif, ou en avançant contre son ennnemi ; et le défensif , qui se subdivise en deux cas : i® en attendant de pied ferme l'attaque de son adversaire; 2" en rétrogradant pour occuper en arrière une nouvelle position.
Qu'on se propose d'avancer pour attaquer son adversaire, ou de rétrograder pour occuper une nouvelle position, l'infanterie qui, dans les deux cas , aura h se mouvoir, doit toujours être formée en colonnes. Mais la formation des lignes de bataille doit nécessairement être différente. Dans le premier cas, le mouvement offensif n*étant que le préliminaire du choc, il faut que les masses soient assez rassemblées pour pouvoir se soutenir réciproquement', et, par conséquent, les bataillons rapprochés. Dans le second, comme il s'agit d'une défense, et que, tout en se défendant, on puisse gagner du terrain en arrière, il faut former les lignes en échiquier, pour qu'en rétrogradant l'une à travers do l'autre, tandis que la seconde présente aux ennemis des masses capables de soutenir leur impulsion , la première se replie pour gagner du terrain en arrière.
C'est par des mouvements pareils qu'à la
bataille de Fère-Champenoise, les divisions Pacthod et Amey cherchèrent à se soustraire aux attaques souvent répétées des alliés. Ayant à combattre de la cavalerie, elles se formèrent en carrés , parcoururent tout l'espace de plusieurs kilomètres de distance, depuis Villeseneux jusque près des marais de Saint-Gond, et seraient même peut-être parvenues à gagner le bourg de Fère-Champenoise, sous la protoetion duquel il leur aurait été si facile de se reformer, et d'échapper au triste sort qui les tltendait, si le général comte de Pahlen, à h tète de 2 régiments de cavalerie, ne fût venn s'établir sur leurs derrières, et ne leur eût coupé cette retraite.
Ce mouvement rétrograde ne doit cependant être employé que lorsqu'on est tout à fait décidé à abandonner le champ de bataille à son ennemi, et qu'on est, par conséquent, intéressé à gagner en arrière autant de terrain que possible. On cherchera alors à diriger les troupes vers des points d'une défense facile , pour leur donner le temps de reprendre haleine, et leur accorder les moyens de se reformer; caries mouyeiiients rétrogrades ne manquent jamais de porter atteinte à cet ordre ,■ sans lequel ancune troupe ne saurait prolonger sa défense.
Si, au contraire, on était encore en état de balancer les succès dé la journée, et qu'on n'entreprit le mouvement rétrograde que pour rallier ses troupes, pour ne perdre que le moindre terrain possible, ce mouvement devra 8*eiécuter par échelons en pivotant sur un des flancs, et en commençant par le flanc opposé à œlai sur lequel on voudra pivoter. Tel a été le mouvement rétrograde de l'armée française i la bataille de Marengo. Cette manière de rétrograder a le double avantage de pouvoir refiN^ mer très-vite l'ordre de bataille, qui en deviendra un oblique, de pouvoir reprendre facilement l'offensive, en portant vers le flasc avancé la majeure partie des réserves, et de déborder le flanc ennemi, ou, pour le moins, de le rejeter momentanément sur la défensive, ca lui donnant de l'inquiétude pour l'aile menaede-
Pour ce qui regarde le cas où l'on veut attendre de pied ferme son ennemi , tout repoiK sur les ditrérentes formations que l'on accôril aux bataillons qui forment les lignes de btnille, et qui doivent être modiflées d'aprèi l'arme à laquelle on se propose de résister. U^
SOI
feux, dans des cas pareils, y jouent un trèsgrand rôle. Les meilleurs, comme nousTavons déjà vu, sont toujours ceux qui sont subordonnés aux commandements des chefs, et qui ne commencent que d*après leur ordre, et, par conséquent, au moment opportun. Ces feux sont ceux de rangs, car n'étant que le produit da commandement du chef de bataillon, ils nous soustraient à cette fougue inconsidérée du soldat, qui croît avoir acquitté sa conadence, en ayant fait usage de ses 60 car tourbes» sans songer aux résultats nuls qui proyitiinent d*une fusillade mal ordonnée.
Si le champ de bataille qu'on veut abandonner présente on site parsemé de nombreux accidents, ilesthonqueTinfantene, soutenue par quelques pièces d'artillerie, se charge de couvrir la retraite des troupes rétrogradantes ; car si nous engagions de la cavalerie ou une grande masse d'artillerie, ce serait agir en sens contraire de la tactique des différentes armes, et Tinulililé de leur présence ne serait pas le seul désavantage qui en résulterait; la perte du matériel en deyiendrait la suite indubitable. Si la configuration du terrain nous force donc d'abandonner l'infanterie à peu près à son unique force impulsive , c'est le cas où le chef qui la commande doit déployer un talent supérieur.
Si pendant le mouvement rétrograde il se trouve un défilé qu'on doive traverser, il est indispensable d'arrêter une partie de l'infanterie à une certaine distance du défilé, lui faire prendre, si toutefois la chose est possible, une position avantageuse et purement dèfknsive (4), et lui accorder par là les moyens d'arrêter l'ennemi tout le temps que le reste des troupes emploiera pour rompre , se former en colonnes manœuvres et franchir le défilé. Les villages, les lisières des bois et des bouquets, en un mot, toutes les chicanes du terrain doivent être mises à profit pour retenir les ennemis, et donner aux troupes rétrogradantes le temps de s'écouler.
L'écoulement des troupes à travers le défilé, ri sa largeur le permet , se fera plutôt par les deux flancs. En préparant les troupes pour ibaochir le défilé, nous trouvant à la merci d'un
(1) Car ces sortes de positions, comme nous Tavons vu à VsiTi'icXtdti Poiiiiont de V Infanterie, offrent des
ennemi qui possède tant de chances de succès en sa faveur, on a, de cette manière, le double avantage que l'écoulement se fait avec une moindre perte de temps, et que les troupes qui forment les ailes en gagnant le défilé seront protégées, [lendant leur mouvement, par celles du centre et par cette partie de l'infanterie sous la protection de laquelle la retraite devra s'achever.
Le devoir de cette dernière troupe sera de profiter des différents accidents du terrain que les troupes des flancs viendraient à abandonner, par un mouvement d'extension vers les deux ailes; extension dont la diminution sera graduelle, et calculée d'après l'écoulement des troupes rétrogradantes et le terrain qu'il sera néc^saire encore d'occuper pour protéger le mouvement de retraite. *
Si c'est un taillis qu'on doit franchir, les troupes légères qui seront destinées pour garder la lisière du défilé devront naturellement être renforcées et soutenues par des réserves respectables qui leur ofllrent les moyens de le défendre, pendant le mouvement rétrograde, en cherchant à ne s'engager à leur tour dans la retraite qu'au moment où les masses primitives auront eu le temps de sortir du défilé et de se déployer.
Pour ce qui regarde les démonstrations offensives de l'infanterie qui forme les lignes de bataille, d'après la distribution des troupes, qu'on dirige toujours vers les points décisifs des champs de bataille, les chocs qui s'ensuivent et les succès si différemment balancés qu'on remporte sur une des ailes ou au centre, les rendent oi*dinairemcnt partielles. On se trouve rarement dans le cas de pouvoir prononcer, pendant la bataille, un mouvement offensif sur toute la ligne, tandis que l'engagement de l'infanterie légère, qui la couvre, s'étend mais avec un succès toujours varié. Le mou vent des différentes parties des lignes de bataille doit donc se prononcer partout où les chaînes de tirailleurs, soutenues par leur réserve, sont parvenues à gagner du terrain, pour être à même de soutenir, par un choc définitif, l'action préparatoire de leurs troupes avancées.
Le gain du terrain décidant de celui du com-
moyens très-faciles poor les occuper et s> maintenir avec peu de troupes.
âOi
bat, les lignes dcbalaille devront suivre, aussi rapidement que possible, les mou vemeni s offensifs des chaînes de tirailleurs, et s'avancer vers les poinls dont elles se seront rendues maîtresses, ou pour coopérer à leurs travaux, si leurs forces sont insulTisantes pour déposter les ennemis. Une fois que les troupes auront suspendu leur marche, et réparé tous les torts que le flottement d'un mouvement offensif a pu causer, les chefs des lignes chercheront à profiter des avantages du terrain , pour y poster avantageusement leurs troupes, ou obvieront à l'un de ces vices par d'autres dispositions , d'après les principes exposés dans la section IV.
Si rinfanterie est désignée pour attaquer un village, comme il est indispensable quelquefois de parcourir de grands espaces de terrain , sans pouvoir cependant dérober le mouvement offensif aux regards de l'ennemi, afin de rendre les pertes moins grandes, il est indispensable de se servir de deux modes d'attaque, c'est-àdire, le préparatoire et ledéfcnsif, et, par conséquent, couvrir les mouvements de Tinfanterie de ligne par des chaînes de tirailleurs. Dans beaucoup de pays, les avenues des villages étant souvent assez larges pour quune colonne puisse y passer , les défenseurs ne craindront pas de les défendre par des pièces de canon, qui auront toujours assez de temps pour se soustraire aux attaques des ennemis, si ceux-ci parvenaient à assaillir le poste.
Supposons donc Tattaque d'un village défendu par de l'infanterie et quelques pièces d'artillerie , et procédons aux dispositions des assaillants.
L'artillerie cherchant toujours à diriger ses feux contre les masses compactes, car ses coups y produisent souvent des résultats fatals, il est tout naturel que les boulets soieut dirigés contre les colonnes. Rien de plus facile cependant, pour une colonne d'infanterie, de se mouvoir pendant sa marche dans différentes directions; rien de plus difficile pour rartillerie que de changer souvent de but: les coups en deviennent si peu justes, que les troupes contre lesquelles on les dirige n'en souffrent que peu, ou point du tout.
Le chef qui commande l'infanterie, après avoir disposé ses chaînes de tirailleurs , et ployé, d'après les principes énoncés dans la seconde
section du second chapitre, son infanterie de ligne en colonnes offensives, prononce son mouvement. Il s'entend de soi-même que le nombre des colonnes offensives sera surbordonné à celui des troupes ennemies désignées pour défendre le point qu'on attaque ; et si le nombre des masses assaillantes n'excède pas trois, on les fera marcher en une seule ligne; si, au contraire, il le surpasse, on les formera en deux lignes, pour pouvoir faire deux chocs conséca* tifs, d'après la disposition dont j'ai fait mention au commencement de cette section. Lachainede tirailleurs , avec ses réserves, ouvrira la marche. C'est dans cet ordre de bataille que la troupe prononcera son mouvement.
Tant que les masses assaillantes se trouveront dans un certain éloignement du feu de l'artillerie ennemie, et que ses coups ne peuvent être que faibles ou peu justes, leur direction n'a pas d'importance. Le chef de la troupe assaillante reconnaîtra la position de son ennoni, et les dispositions qu'il aura à faire. En approchant de la sphère active des feux de Tarlillerie , le chef manosavrera avec ses colonnes par de petits mouvements avec un huitième de tour à droite ou à gauche, selon la direction que les boulets prendront (i), et cherchera, autant que la chose sera possible, de flanquer l'artillerie ennemie. Si les colonnes offensives parviennent à se soustraire pendant quelque temps aux coups meurtriers des boulets ennemis, l'avantage sera déjà important, et la réussite de l'attaque moins douteuse.
Parvenu dans la proximité du point où le choc doit se faire, que le chef ne consulte que son courage, et non le danger qu'il doit surmonter , et cherche à pénétrer dans le village, en se servant d'un pas plus accéléré qu*à Tordinaire. Si , d'après la disposition , l'ordre de bataille possède deux lignes d'infanterie, que la seconde, au moment où I9 première fait son attaque, ne s'amuse pas à attendre Pissue du combat, mais fasse son possible pour franchir l'espace qui la sépare encore du village, et vienne assez près pour rendre le choc plus efficace , s'il a réussi, ou pour le renouveler si les troupes de la première ligne ont été repoussées.
(f) La facilité avec laquelle les colonnes peuvent m mouvoir dans tous les sens, ne laisse presque aocua doule sur celle d'opérer ces différents mouvements.
Au combat de Dannigkow, livré le 24inars- 5 avril 1815, la seconde colonne, sous les ordres du général Borstel, qui avait rétrogradé jusqu'au village de Zepernik, entendant le bruit du canon dans la direction de Dannigkow, se mit aussitAt en marche par VVallwitz, vers le village de Vehlitz. Ce village était occupé par Tcnnemi, et la division du général Berg, postée devant, dirigeait vers ce point un feu très-nourri d'artillerie. L'ennemi occupait le pont de TEhle et l'avenue du village, avec 4 pièces de canon. Son infanterie, postée derrière Vehlitz, était formée en plusieurs carrés.
Au moment où Tinfanterie du général Borstel fut en mesure d'attaquer, les deux généraux convinrent de prononcer leur mouvement offensif sur trois points, et de la manière suivante (i) :
Le 4* bataillon de voltigeurs de la Prusse orientale , ayant en seconde ligne le bataillon d^ grenadiers de la Poméranie, reçut l'ordre d*attaquer le village par sa gauche.
Le ^ bataillon du régiment de Poméranie , ayant en seconde ligne le 1*'' bataillon du même régiment, fut dirigé vers le flanc droit.
Le 26® régiment de chasseurs russes, soutenu par 2 bataillons de milice de Vologda et d'Olonetz , devaient se porter sur le centre.
Une compagnie de voltigeurs russes fut réunie à une autre de prussiens, est toutes les deux furent désignées pour partager le mouvement offensif des colonnes assaillantes.
Au moment où les colonnes offensives franchirent TEhle , elles furent aussitôt attaquées par une forte masse de cavalerie; elles se formèrent en carrés, et repoussèrent Tennemi , qui fut ensuite battu par les dragons de la Reine et les hussards de Grodno. Cette attaque imprévue avait retardé celle du village de Vehlitx; mais enGn les colonnes assaillantes s'avancèrent au pas décharge. Les i^' et ^ bataillons du régiment de Poméranie, ainsi que celui des grenadiers, attaquent le village en front, tandis que les chasseurs russes le tournent, et, après plusieurs attaques consécutives et simul-
(i) La configuralion du terrain offrait apparemment les moyens de Tattaquer sur trois points, ce qui n'est pas toujours possible.
(i) Comme la disposition de rartillene n'appartient
tanées, ils parviennent à s'en. rendre maîtres, ainsi que d'une pièce de canon et de 2 caissons de munition.
Si le village a été emporté, les troupes assaillantes doivent revenir momentanément à l'état défensif. Aussitôt le chef fera, pour les troupes légères, les dispositions dont je vais m'occuper dans la section suivante, %t ne laissera dans le village, des masses de celles de ligne, que le nombre nécessaire pour pouvoir se défendre avec avantage contre les attaques des ennemis , et disposera le reste d'après les principes énoncé dans la section IV, des Positions de r Infanterie. Si le nombre des troupes qu'on a employées pour l'attaque ne suffit pas pour la disposition projetée, il sera du devoir du commandant de la partie de l'ordre de bataille où se trouve le point qu'on vient de se disputer, de renforcer ses troupes, et de les mettre en état de se défendre et de résister à ses adversaires (i).
Si l'idée du chef est d'employer l'infanterie pour un mouvement de conversion dont le résultat soit avantageux, sans soumettre les troupes à de trop grandes pertes, on cherchera à occuper préliminairement, sur le flanc où le débordement doit avoir lieu, et d'une manière peu sensible pour l'ennemi, en commençant, par exemple, par une petite troupe isolée de tirailleurs, tous les avantages du terrain dont le site débordera la ligne de bataille des adversaires ^F^uf à les soutenir après par des partis plus considérables. Ce n'est que de cette manière qu'on parvient à ne pas faire connaître de prime-abord ses intentions à son ennemi.
On se servira aussi de la même disposition , si on est dans le cas de faire précéder le mouvement de conversion par un mouvement offensif, opéré en marchant devant soi, et on en recueillera le double avantage, 4® d'accorder plus de latitude aux manoeuvres des troupes des ailes; S" de pouvoir, sous la protection de ces abris, déborder plus facilement le flanc de l'ennemi , en se glissant vers quelque point qui conduise à celui où est son adversaire. De cette manière l'infanterie, tout en occupant despo-
pas à cet article, je m*ab$tiendrai d'en parler jusqu*au moment où je serai parvenu aui positions et k l'action de cette arme.
sîiions avantageuses, parvient à étendre sa sphère d'acUvité.
La partie offensive de notre ordre de bataille est-elle parvenue dans la proximilé du flanc ennemi, et notre aile se Irouve-t-elle appuyée à un village, ou cachée derrière un bouquet? l'infanterie , dont les mouvements lents exigent tant de précautions , et qui ne doit entreprendre de conversion que de peu d^étendue et de développement, acquiert alors la facilité de les exécuter par un simple changement de direction. En faisant un à-droite ou un à-gauche en bataille , elle opère sa manœuvre sous la protection de ces sortes d'abris qui la cachent aux regards de ses adversaires , et que nos troupes légères et nos lignes de bataille occupent, et elle se place perpendiculairement au flanc ennemi que Ton veut déborder.
Quant aux mouvements de Tinfanterie, ils doivent porter Tempreinte d'un courage froid, mais décidé ; car l'effet moral qu'ils produisent sur l'ennemi ne peut être ni aussi grand ni aussi impérieux que celui de la cavalerie : ils sont trop lents pour imposer.
Pour donnera l'infanterie de ligne, qui n'attaque jamais autrement qu'en masse, une contenance plus martiale , on ne devrait jamais l'engager dans des mouvements offensifs qu*au son du tambour. J'en ai fait plusieurs fois l'expérience , et j'ai trouvé que cette musique , toute désagréable qu'elle peut être pour l'ouïe , relevait beaucoup le courage du soldat, lui donnait un certain sang-froid ; que son maintien en devenait visiblement plus tranquille , et son pas plus régulier, avantages qu'on ne saurait priser assez haut dans les différents engagements de cette arme.
Mais l'oubli de ces petits moyens ne doit cependant jamais dispenser l'infanterie de cette résolution, qui doit présider à tous ses mouvements offensifs, et il vaut mieux pluldt ne pas les entreprendre si on ne se croit pas en état de les achever. Nous avons vu dans les articles précédents, que louleslesnon-réiissitos desattaques de l'infanterie , ainsi que les pertes énormes qui s'ensuivaient , ne provenaient ordinairement que du manque de résolution. Voilà pourquoi je [répète ce que j'ai déjà dit plus haut : avant d'engager l'infanterie dans une attaque , il faut calculer si le but que nous nous proposons d^atteindre compense aussi les
grandes pertes auxquelles cette arme est en butte dans ses mouvements offensifs.
SECTION VII
DE l'action de L'ilfFAHTERlE LÉGÈRE.
L'action de l'infanterie légère est tout à bit contraire à celle de l'infanlerie de ligne, et repose sur les combats en débandade. Un fantassin adroit.et instruit jieut à peuprësètre envisagécomme on homme invulnérable. Leprofit qu'un homme isolé peut tirer de chaque accident du terrain, dont la nature a été si libérale, et dont il peut profiter dans ses mouvements comme d'un échiquier dont chaque case lui offre un abri et le moyen de se soustraire à la vue de son ennemi , est j'espère suffisant pour qu'un individu qui sait en profiter avec discer^ nement et justesse , tout en coopérant d'après la grandeur de sa tâche au gain d'une bataille^ reste intact. Ces résultats sont difficiles à alMjbdre, il est vrai ; mais aussi je ne les ai envidÇfis que sous le rapport de leur possibilité , et non des difficultés qu'ils engendrent.
Cette prérogative, dans toute son étendue, ne peut cependant se rapporter qu'à l'infanterie légère ; car il n'est permis qu'au tirailleur, qui combat isolément, d'aller chercher un abri derrière un arbre , une habitation , un clayonnage , dans un ravin , etc. , et parcourir le terrain sur lequel il combat dans des sens divergents. L'infanterie de ligne, à moins que quelque taillis très-épais et d'une grande dimension ne s'oppose à son mouvement» doit toujours rester et agir en masse.
D'après ce petit prélude que je viens de donner par rapport à l'action des tirailleors, il est aisé de se convaincre que l'impolsion de la force n'étant pas l'accessoire le plus nécessaire qui doive présider à leur action, si les tirailleurs qu'on fait agir contre l'ennemi ne sont ni adroits ni instruits, leurs réserves même leur seront d'un faible appui. On pourra, en les débandant, occuper, il est vrai, plus de bns, rendre les feux plus vifs ; mais je ne crois pas qu'en rendant les chaînes plus épaisses, ce soit le bon moyen pour parvenir au vrai résultat Je pose donc en premier principe, pour ce qui regarde l'action des tirailleurs, que tout doit être basé sur leurs qualités, leur savoir, et la
justesse du tir, et non sur le grand nombre des individus.
Si les Français y auxquels nous devons en grande partie le perfectionnement des tirailleurs, nous ont offert, dans les premières campagnes de la révolution, une méthode de combattre opposée à celle dont je viens de parler , il faut en rechercher la cause dans Tétat de crise et la pénurie de soldats expérimentés dans lequel la France se trouvait alors. Attaquée de toutes parts, elle avait été obli|^e de mettre sur pied tous les citoyens en état de porter les armes , qui n*étant pas aguerris ne pouvaient se plier à une tactique qui leur était inconnue, et dont leurs adversaires avaient étudié toutes les finesses. 11 fallut songer à en adopter une autre où TiUvStinct naturel suffît pour mettre les hommes en action; et nous vîmes paraître sur la scène ces masses informes de tirailleurs, combattant sans tactique et sans discernement, se fiant plutôt au grand nombre, à Tépaisseur
»|eurs chaînes, et à la vivacité des feux qui pirovenaient, se jeter plutôt en masse compacte, mais informe, sur tous les points d'un accès difficile , et devancer quelquefois dans le même ordre les masses du reste de ces légions disciplinées que la France possédait encore.
L'usage de cette tactique désordonnée ne cessa qu'avec les circonstances, et au moment où , rentré dans un état plus pacifique, le pays put employer son temps et ses soins à Torganisation et à Tinstruction de ses soldats; car, en 1800 encore, nous vîmes, au combat de Montebello, ces masses informes de tirailleurs précéder d'autres d'infanterie de ligne. C'est dans cet ordre qu'à cette affaire, le général Rivaud attaqua les hauteurs de Rivetta. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que cette tactique impropre, dont l'expérience même a désapprouvé l'emploi , et que ses auteurs eux-mêmes ont bannie plus tard, a été la cause de beaucoup de victoires; et soit ignorance de la part des ennemis de la France , ou une bravoure prépondérante des Français, cette méthode a enfanté plusieurs succès que les armées révolutionnaires ont obtenus.
Pour se convaincre cependant , en gteén} , de l'amélioration des troupes et de la tactique, il n'y a qu'à comparer les moyens qu'on employait autrefois, et les résultats qui en provenaient, avec ceux de notre temps, et nous
verrons bientôt le triomphe de celle de nos jours. Si même maintenant nous apercevons quelquefois dos écarts , et l'oubli de ces principes décisifs dont j'ai parlé plus haut, on peut hardiment en chercher la cause dans ce sentiment d'invincibilité que les armées modernes nourrissent en elles-mêmes, qui les porte à croire que pour des troupes aussi braves , et dont l'éducation est poussée à un degré aussi élevé de perfection , tous les moyens qu'elles adoptent sont efficaces et les mènent facilement au but qu'elles se proposent d'atteindre. Le courage et les moyens employés par les troupes belligérantes étant égaux, nous avons vu plus d'une fois, dans ces chocs souvent répétés, une grande partie des assaillants s'ensevelir sous les décombres des villages et des enclos, et les victoires appartenir à ceux qui avaient les forces numériques en leur faveur.
La définition de préparatoire , que j'ai donnée à l'action des tirailleurs , et qui ne me parait pas impropre, prouve évidemment que leur rôle consiste à nettoyer le ten*ain que les masses qui les suivent devront parcourir pour parvenir à l'action définitive. Tous les coups décisifs doivent donc être réservés à l'infanterie de ligne. Mais comme, dans tout engagement, les résultats sont alternativement avantageux ou funestes, que l'on gagne ou que l'on perde du terrain; pour pouvoir arrêter les moyens de rétrogradation, et renforcer les chaînes de tirailleurs, on leur accorde des réserves indépendantes des lignes de bataille , tandis que le devoir de celles-ci est de protéger les troupes légères en général.
La sphère active du tirailleur est marquée par le caractère de son action. Son service est la première gradation qui nous mène à des choses plus compliquées, et qui n'appartiennent plus à son action , qui , n'étant que préparatoire, doit se restreindre dans la sphère que l'infanterie de ligne peut franchir avec facilité. Il y a donc dans le service de ces deux infanteries, une réciprocité qui ne doit être jamais interrompue. C^est de la proximité de leur position que doit provenir l'unité de leur action. Si un vain orgueil des tirailleurs les portait à franchir les limites que leurs propriétés ont marquées en traits si distincts, ils deviendront les atomes inutiles de cette sphère d'activité, à laquelle ils doivent accorder le
premier souffle d'exislenee; et si, par insouciance ou un manque de savoir-faire, Tinfanlerie de ligne ne surveillait pas leurs travaux avec Tatlention requise, et dans un éloignement que la circonstance , le terrain et le temps nécessaire pour franchir l'espace nécessiteront, elle se ravirait volontairement les moyens que les tirailleurs peuvent lui olTrir pour parvenir avec facilité au résultat désiré.
L'ordonnance reçue dans l'armée russe, où la lactique des différentes armes a été portée à un très-haut degré de perfectionnement , qui n'a cherché, pendant les temps pacifiques, qu'à réaliser toutes les idées que les tacticiens les plus fameux ont pu concevoir, et qui aurait même désespéré facilement le génie créateur de Frédéric le Grand , accorde encore à ses chaînes de tirailleurs des postes de replis indépendants des réserves primitives , dont les places se trouvent entre la chaîne et sa grande réserve. Composé d*un demi-peloton, chacun de ces postes de replis est justement tout ce qu'il faut pour soutenir ou rallier les chaînes auxquelles il appartient, et pour soustraire les réserves primitives, qui forment déjà des masses assez respectables , à l'inconvénient d'être exposées au feu meurtrier des ennemis : car les postes de replis étant là pour soutenir les tirailleurs, ces réserves peuvent être mises sous la protection de quelque abri où elles ne peuvent être ni vues ni atteintes, sans qu'une disposition pareille soit au détriment des troupes qu'elles sont désignées à soutenir (i).
La chaîne de tirailleurs destinée pour couvrir un bataillon, doit se déployer de deux cents à deux cent cinquante pas, et se trouver ordinairement dans cet éloignement de la ligne de bataille. A cent pas derrière cette chaîne, on placera deux postes de replis de 12 hommes chacun , désignés pour la soutenir , la rallier en cas de nécessité. Leur position sera derrière les deux flancs de la chaîne. A deux cents pas derrière celte chaîne, on placera la réserve primitive, qui est composée de deux pelotons aussi, forts chacun de 4B hommes (i). La
(i) Si le terrain le permet , il s'entend de soi-même que le commandant des tirailleurs désignera pour les postes de replis aussi, les endroits les plus favorables, pour les cacher aux coups des ennemis.
(2) J'avertis le lecteur que c'est l'ordre de bataille primitif des tirailleurs dans Tarmée russe, et qu'on le
distance entre les paires sera de six, huit, dn ou douze pas, selon, que les circonstances l'exigeront. C'est dans cet ordre de bataille normal que nos tirailleurs avanceront vers l'ennemi, sauf à le varier selon les-circonstances et le terrain qu'on parcourra. L'o£Bcier commandant la chaîne la resserrera, l'élargira et prendra ror' dre oblique. Se trouve-t-il pressé par un ennemi plus puissant, il la renforcera par les postes de replis , formera des globes pour s*opposer à lattaque des flanqueurs ennemis, et reprendra l'ordre primitif au moment où la cavalerie ennemie sera repoussée.
Si les circonstances nous ont obligés de renforcer la chaîne des tirailleurs par les postes de replis, la réserve primitive devra détacher tout de suite 24 hommes, qu*pn formera en deux demi-pelotons, qui iront remplacer les deux postes de replis. La réserve primitive ne conservera plus que 24 hommes , dont on se servira ou pour former encore une fois des postes de replis , ou pour renforcer la cha^ principale, si la nécessité l'exige. Mais comme» dans aucun des cas, les tirailleurs ne doivent rester sans réserve, pour pouvoir redresser le défaut de celui-ci, on fera avancer le peloton de voltigeurs que nous avons vu dans le premier article, dans presque toutes les années, faire partie de l'organisation des bataillons. Mais ce sera aussi le dernier secours que le corps de bataille accordera à ses tirailleurs, car un trop grand morcellement de celui-ci est toujours dangereux.
Tous les mouvements des tirailleurs demaiidant un pas plus accéléré que le pas ordinaire des manœuvres , dont le nombre , comme nous l'avons vu plus haut, monte à cent quarante pas par minute, cette vicacité de mouvements ne manquera pas à la longue d'exténuer les forces de ceux dispersés dans la chaîne (s). Cependant, pour tirer quelque avantage des pro* priétés d'une arme quelconque, il faut bien se garder de paralyser les vertus qui en forment les éléments. Dans le service que les tirailleurs peuvent rendre , leurs forces physiques et la
soumet k dilTérentes modincations , d'après les modulations du terrain qu'on parcourt et l'ennemi qu'on coinbat. (n) Pour ce qui regarde les mouvements des postes de replis et des réserves, tant quMls no sont pas obligés de se débander, ils conserveront le pas ordinaire , qui est environ deiOO à 110 pas par minute.
justesse de leur tir y jouent un assez grand rôle, et la seconde vertu étant dépendante de la première (i), il est indispensable de ménager les premières pour ne pas lui ravir les facultés de la seconde. 11 n^y a pas de doute
iu^un combat longtemps prolongé, exténue » forces physiques, et que trente à quarante coups tirés de la même arme, Tencrassent tellement, qu'elle finit par ne produire que des coups très-rares. Gardons-nous donc de laisser les tirailleurs trop longtemps engagés avec Tennemi; et les relevant dans un certain espace de temps, accordons-leur celui de rétablir leurs forces épuisées, et mettre en ordre leurs armes dérangées.
Le chef aura soin , après un certain espace de temps, de relever la chaîne fatiguée par une autre plus fraîche , et notre ordre de bataille normal s'y prête avec beaucoup de facilité. Les deux postes de replis placés à cent pas derrière la chaîne primitive seront débandés par un signal du cornet, et notre ordre de bataille présentera deux lignes de tirailleurs et la réserve primitive. La seconde ligne, qui sera désignée pour relever la première, avancera au pas de charge ; et au moment où elle aura devancé la première , celle-ci rétrogradera pour former les deux pelotons de replis, pour lesquels on devra la désigner (3). La même opération sera exécutée pour les retraites, et les deux pelotons de replis devront être débandés au moment où la chaîne principale commencera son mouvement rétrograde , pour pouvoir présenter toujours à l'ennemi, au moment où la première ligne rétrograde à travers la seconde, des troupes fraîches capables de rejeter l'ennemi , ou soutenir ses attaques.
Mais dans leurs mouvements en avant , comme dans ceux en retraite, le premier soin des tirailleurs sera de profiter de tous les avantages
(1) Car, comme nous Tavons déjà vu , les coups d*UD homme fatigué ne peuvent jamais être bien justes.
(t) I! s'entend de soi-même que les tirailleurs de la première ligne ne cesseront leurs feux qu*au moment où la seconde les aura dépassés, et celle-ci devra commencer tout de suite les siens , pour ne pas laisser d'intervalle.
(s) Tant il est vrai que le moral eierce souvent un pouvoir impérieux; car pourquoi ne pourrait-on
que le terrain présentera de franchir avec rapidité, mais sans course, les espacesqui leur offriraient trop de désavantages en les découvrant à Tennemi, et de diriger leur attention, plutôt sur des coups bien ajustés que précipités. En un mot, les tirailleurs, adroits lorsquUl faudra tirer sur leurs ennemis , agiles lorsqu'il s'agira de franchir un espace , et circonspects lorsqu'ils fouilleront le terrain , ne manqueront pas de devenir le fléau de leurs adversaires , et rempliront, de cette manière, la tâche qui laor est réservée dans les combats, celle de nettoyer le terrain pour les masses qui les suivent , et qui sont destinées pour porter les grands coups , ou de tromper les ennemis sur les vraies intentions de leurs adversaires.
S'agit-il de nettoyer un taillis d*nne grande dimension, où le courage personnel et le nombre nous mènent le plus facilement au but, le premier devoir des chefs et des officiers débandés dans les chaînes , devra tendre à conserver une sorte d'union entre les paires. Rien de plus facile dans ces sortes de combats , où les tirailleurs ne peuvent s'apercevoir qu'à de courtes distances, que les chaînes se désunissent, et que les lacunes deviennent tellement grandes, que, dans un mouvement offensif, l'ennemi dépasse nos chaînes. L'effet moral que la seule nouvelle d^un ennemi qui se trouve à dos, produit sur les soldats, suffît quelquefois pour mener à un résultat fatal (3). A la bataille de Kliastitzy, en 1812, me trouvant avec le régiment qui avait été envoyé pour nettoyer le bois en face de notre droite, et, parvenu dans l'épaisseur du taillis, j'aperçus plusieurs tirailleurs français qui , s'étant égarés et désorientés, vinrent sur nos derrières, croyant suivre toujours la chaîne à laquelle ils appartenaient , et marchaient l'arme au bras. J'envoyai un sous-offîcicr et plusieurs de mes gens pour les saisir, et ils ne purent revenir de leur
pas se battre tout aussi bien contre un ennemi qui nous attaque k dos, en faisant volte-face? Qu'il n*y ait en général qu*une réOeiion défavorable pour les défenseurs et non un désavantage marqué , qui produise souvent des résultats fatals, et qu'une attaque k dos est souvent au détriment des assaillants, le combat de Dannigkow, en 1815, et la bataille de Dennevitz, nous Tout démontrés avec assez d'évidence.
élonncmcnt en tombant entre les mains de leurs ennemis (i).
Dans tous les cas, dans Tattaque comme dans la défense d'un bois, la lisière est la chose qui doit principalement attirer notre attention. Sommes-nous sur la défensive , c'est celle du bois que nous voulons défendre; avons-nous, au contraire , échangé la défensive contre l'offensive, ce sera alors celle du bois qui est au delà de la plaine où nous sommes intentionnés de déployer (i). Ce n'est qu*en abandonnant à Tennemi la possession de la lisière qu'on défend, que les chances de succès pour les défenseurs comme pour les assaillants , deviennent égales; mais tant que ces derniers sont encore en rase campagne, ceux qui gardent la lisière et se trouvent cachés sous sa protection , conservent une grande prépondérance, pouvant enlever leurs adversaires, et ne pouvant cependant pas être vus , et rarement atteints.
Les Français, qui sont si experts dans les combats de tirailleurs , et qui savent si bien défendre un village, ne le sont pas autant, à mon avis, lorsqu'il s'agit de garder un bois ou un défilé. A cette même bataille de Kliastitzy, que je viens de citer, au moment où nous fûmes envoyés pour nettoyer le bois où s'appuyait leur gauche, et dont la possession était pour eux d'une importance majeure, puisqu'il conduisait justement vers leur ligne de retraite, et aboutissait à la grande route derrière la ferme de Kliastitzy, où nous pouvions les prévenir et gêner le mouvement rétrograde de leur armée, au lieu d'en occuper la lisière, nous ne rencontrâmes l'ennemi que dans l'épaisseur du taillis. Cette négligence nous oHrit les moyens de porter jusque dans le fond du bois, sans y avoir perdu un seul homme , une force capable de contre-balancer celle qui le défendait.
ÏM lendemain de cette bataille, au moment où la division du général Sazonof reçut un échec momentané, le comte de Wittgenstein étant venu avec le reste de son corps pour soutenir les troupes rétrogradantes et rega-
(i; Il s'était formé apparemment un intervalle entre le régiment du prince Guillaume de Prusse et le 24' de chasseurs, que le comte de Willgcnstein avait aussi dirigé vers le même bois, et il faut croire que les prisonniers (pie nous fîmes s'étant désunis dans la chaîne (piils formaient, se glissèrent dans la lacune qui était entre les deui réf^iments.
gner le terrain que son avant-garde venait de perdre , rangea ses troupes en bataille à rentrée d'un grand bois. Au moment où notre avant-garde entière eut abandonné le taillis, le chef du corps fit jouer ses batta^ies, et ordonna au général KasatschkoJflTsky, qui commandait la gauche, de prononcer soif mouvement offensif. L'ennemi, qui était en possession de la lisière d*où il pouvait toujours nous faire beaucoup de mal, qui était assez en force pour pouvoir défendre le défilé, et qui se défendit même très-vaillamment dans Tépaisseur du bois , ne riposta à nos troupes k la lisière que tout au plus un quart d'heure* Le bois cependant était coupé en diJOTérents sens par une grande quantité de sentiers et de chemins qui favorisaient le mouvement des réserves, et nous en trouvâmes même de très-' fortes, com[K>sées de trois armes, que nous expulsâmes des éclaircies. Jamais l'entrée d'un défilé pareil ne fut vendu aussi bon marché.
La tâche la plus difficile pour les tirailleurs est toujours l'attaque des villages, où ils précèdent ordinairement les masses de Tinfanterie, qui portent les coups décisifs. Ces habitations ne présentent ordinairement autour d'elles» dans un certain espace, que des champs labourés, qui n'offrent, en général, aucune protection aux assaillants, tandis que les défenseurs, cachés derrière les coins et dans les maisons même , ainsi que derrière les dayonnages les plus avancés, possèdent non-seulement l'avantage de pouvoir se couvrir par ces abris, mais aussi celui de pouvoir y appuyer leurs armes, et de tirer par conséquent des coups mieux ajustés. La promptitude, et une sorte de décision dans les mouvements» sont donc le seul remède à ce mal ; car, en parcourant la plaine avec célérité, on s'expose à un moindre nombre de coups que si on avançait lentement. Si la position du village permet aux chaînes de le tourner par un des flancs, et si l'ennemi a été assez imprudent pour dégarnir justement le côté foible de son poste» il n'y
(9) Si toutefois il s*en trouve une. Dans le cas contraire, les tirailleurs tâcheront de gagner quelques accidents du terrain , qui , en les cachant aui yeux de leurs adversaires, leur offrent aussi les moyens de te soutenir avec avantage, pour procurer aui troupes qui déboucheront des taillis le temps nécessaire pour se déployer.
a aucun doule que c*est par le point vulnérable qu'il faudra Taitaquer; mais une faule aussi grave de la part de Tennemi n'est pas à présumer, et au défaut de l'arlillerie , qui postée sur fes flancs des villages défend si efficacement ces sortes de postes, chaque adversaire sera assez intelligent pour garnir les endroits les plus faibles, du moins par une chaine de tirailleurs et quelques postes de replis; le tout soutenu par une réserve, si Tassielte des habitations le permet.
Si , par des attaques bien conduites, on parvient à s'emparer d'un poste pareil, il faut que le chef de la troupe change de suite son rôle d'assaillant en celui de défenseur, et ne se laisse pas distraire du but principal par quelques considérations secondaires, afin d'éviter ces scènes sanglantes que nous offrent toujours les prises et les reprises des villages. Après s'être rendu maître des habitations, toute l'attention du chef doit préalablement se tourner vers la défense avantageuse du poste dont il vient de s'emparer, et des moyens de s'y maintenir. Pendant qu'il s'occupe à garnir les clayonnages avancés et les maisons, à disposer les postes de replis et les réserves, à leur donner un emplacement avantageux , et procède, en un mot, aux moyens de se soutenir contre ses adversaires, les masses destinées pour soutenir les troupes déjà engagées ont le temps d'arriver dans la proximité du poste qu'il faudra défendre contre les mouvements offensifs des ennemis , et le chef celui de les disposer d'après les avantages des localités et les principes que j'ai exposés dans la section précédente.
Après avoir parlé du service de l'infanterie légère dans les batailles rangées, énumérons maintenant ses obligations dans celui des avant-postes et des patrouilles.
Si le service de l'infanterie légère, aux avant-postes comme dans les patrouilles, est aussi essentiel que le rôle qu'ils sont appelés à jouer dans les batailles, il n'est, sans contredit, ni aussi difficile, ni aussi fatigant, ni aussi dangereux. Leur tâche, dans le premier cas , se borne à la surveillance du camp dont ils forment la chaine la plus avancée , où ils n'échangent que quelques coups isolés, et où ils sont relevés dans un certain espace de temps par les gens de service aux grand'gardes.
Dans le second, leur rôle se borne à fouiller le terrain dans des directions divergentes, pour assurer la sécurité des troupes qui les détachent.
Le service des avant- postes exige une surveillance à toute épreuve ; et pour être bien maître de la campagne, il faut avoir soin de les placer sur des points élevés, d'où ils puissent voir dans le lointain et donner l'alerte aux troupes campées (i) ; mais comme ces sortes de postes ne sont pas seulement des postes de surveillance, mais aussi d'avertissement, il est indispensable , quel que soit à peu près le terrain, d'y amalgamer quelques cavaliers qui puissent donner avec promptitude l'avis nécessaire de l'apparition de l'ennemi. Le devoir des tirailleurs de service aux avant-postes sera de recevoir les premiers coups de leurs adversaires , et de chercher à les retenir pendant tout le temps que les grand'gardes et les postes de replis emploieront pour se mettre sous les armes. Soutenus par eux , les tirailleurs tâcheront de profiter de chaque avantage qu'offrira le terrain. Dans tous les cas, l'action de l'infanterie légère est basée, comme nous l'avons vu plus haut, sur le talent de savoir profiter des accidents du terrain; mais jamais autant que lorsqu'elle sera de service aux avant-postes. L'ennemi cherchant toujours à tomber à Timproviste, et à la tête d'une force supérieure à celle qu'on peut lui opposer, pour i)ouvoir enlever quelques postes avancés et ravir au corps principal tous les moyens d'avertissement, il est indispensable que le manque de force physique soit du moins compensé par le profit qu'on peut tirer des avantages du terrain; et c'est ce que nos tirailleurs devront faire tant qu'ils ne seront pas relevés par d'autres troupes que le corps principal enverra i leur secours.
Le service des patrouilles et sans contredit beaucoup plus difficile que celui des avanlpostes, par le double but qui en fait la base : la recherche de l'ennemi et l'exploration du terrain. La difficulté de ce service en démentit les apparences. Il est en réalité plus difficile qu'on ne se le représente, et exige de l'officier commandant plusieurs notions topographiques
(i) Sans cependant jamais oser donner une fausse alarme, su risque d*encouHr une punition eiemplaire.
et militaires, et des troupes qui le composent, beaucoup de vigilance et d'actÎTité. La bataille de Luzura nous prouve évidemment combien les petites causes, produisent souvent de grands effets, et tous les services qu^une patrouille attentive et vigilante peut rendre. Une patrouille sauva l'armée des deux couronnes du piège que le prince Eugène avait tendu au duc de Vendôme, en reconnaissant Tarmée impériale couchée sur le ventre derrière la digue du Zéro. Cette découverte donna Talarme à
(i) lotitnlé : Ueber die Anordnung und dos verhatien der patrauillen» Sa dissertatioo sar le service des
toute Tannée du roi d^Espagne, qui courut aux armes qu'elle venait de quitter, pour tendre ses tentes; et le duc de Venddme parvint tdlement à balancer les destins de cette journée, que la victoire resta indécise.
Mais, pour ne pas répéter des principes dont d'autres auteurs ont été jusqu'à découvrir tous les replis, et dont les développements n'ont rien laissé à désirer, je prendrai la liberté de fixer l'attention du lecteur à ce sujet sur l'ouvrage du colonel Rechlin de Meldegg (i).
patrouilles est tellement complète , qo*OD peut dire hardiment qu'elle ne laisse rien à désirer de plus.
USS TROIS ARMES.
SU