‹ Considérations sur les grandes opérations de la compagne de 1812, en Russie; des M émoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 59 sur 87 · CARACTÉRISTIQUE DE LA CAVALERIE · texte numérisé non relu

CARACTÉRISTIQUE DE LA CAVALERIE

Dans la haute antiquité, et en général avant rinvention de Ja poudre et des armes à feu, la cavalerie a toujours été Tarme des victoires. Son influence sur Tissue des combats était alors si grande, qu'on briguait même l'alliance du peuple qui en possédait une bonne. C'est ainsi que nous vîmes tous les petits états grecs recourir à celle des Thessaliens, qui possédaient la meilleure cavalerie de la Grèce.

Sa proportion à Tégard de Tinlanlerie a été, à différentes époques , soumise a de très-grandes modifications. Les Parlhes , les Mèdes et les Scythes avaient dans leurs armées plus de cavalerie que d'infanterie : à la bataille du Granique, les Perses avaient autant de cavalerie que d'infanterie; mais plus nous avançons dans les temps postérieurs, plus nous remarquons une diminution très-sensible dans cet te proportion, comme , par exemple, chez les Spartiates et les Athéniens, dans les armées desquels la proportion de la cavalerie à l'infanterie était d'un à dix. Plus tard, dans les armées d'Alexandre, elle fut d'un à sept. Chez les Romains, elle fut tantôt d'un à dix, tantôt d'un à douze. Le consul Sempronius, dans la seconde guerre

punique, avait 24,000 fantassins et 2,000 cavaliers.

Dans les temps modernes, la proportion qui s'est conservée le plus longtemps a été d'un à six ; mais la plus forte transition qui s'est fait sentir dans l'augmentation et la diminution de ces différentes proportions a été à l'époque de l'invasion des Français en Russie, en 1812» et pendant la campagne qui l'a suivie. Napoléon entra sur notre territoire à la tète de 491,953 fantassins et 96,579 cavaliers, ce qui faisait une proportion d'un à cinq , et nous le voyons reparaître dans les plaines de Lutzen à la tête de 110,000 hommes d'infanterie et de 7,500 cavaliers, combattant par conséquent à la tête d'une armée où la proportion de la cavalerie à l'infanterie était d'un à quatorze. Son génie militaire ne manqua cependant pas de ressource, et nous le voyons obvier à cette pénurie de cavalerie par une masse imposante d'artillerie, et développer aux yeux de l'Europe étonnée toutes les ressources de cette dernière arme, et accorder à ses effets une empreinte de décision jusqu'alors encore douteuse.

Abstraction faite des différentes proportions qui ont eu lieu dans les armées à Fégard de la cavalerie, elle n'en conserva pas moins le premier rang jusqu'au moment de l'invention de la poudre et des armes k feu. Les victoires

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EXÂMEiN RAISONNÉ

étaient son ouvrage , et elle était aussi Tarme favorable des conquérants (i). Ayant depuis Tinvention de la poudre , perdu sa plus grande prérogative, celle d^une sorte d*invîncibililé, tandis que les difficultés de la faire agir avec succès n*en devini^ent que plus compliquées, son importance diminua graduellement, et se serait peut-être évanouie tout à fait si le génie de Seydlilz ne lui eut rendu momentanément sa force et sa splendeur. La guerre de sept ans nous offre Tépoquc la plus intéressante de la cavalerie; et c'est dans cette lulte étonnante que nous devons puiser les vrais principes des vertus comme des défauts de cette arme, ainsi que de son emploi.

En comparant les époques qui ont précédé et suivi celle de la guerre de sept ans, nous remarquerons facilement qu'aucune arme n'a été soumise, dans ses victoires comme dans ses défaites, à des alternatives si différentes, que la cavalerie, qui offre de grandes difficultés pour son action, se désorganise facilement, et se remet difficilement de son désordre. La fougue impérieuse des chevaux, la difficulté de rassembler les cavaliers après un échec, celle de rendre aux escadrons leur formation primitive, sans laquelle ils perdent toutes les vertus inhérentes à cette arme, ainsi que la tension vicieuse des sentiments moraux des individus qui la composent, et qui en est souvent la suite , ont été la cause indubitable de ces mutations étonnantes que nous avons remarquées dans ses actions.

Avec Tinvention de la poudre s'évanouit aussi l'irrégularité de l'action de la cavalerie, qui fît place à une lacli(]ue réglementaire. Les armes à feu ayant multiplié d'une manière étonnante les moyens de soumettre la cavalerie, pendant son mouvement, à des pertes sensibles, qui portent toujours atteinte à Tintégrité des lignes offensives, et les désorganisent au moment du choc, il fallut bien songer à accorder à l'action de cette arme des règles positives , qui ne pouvaient pas, il est vrai, annuler les torts que les armes à feu lui avaient faits, mais qui lui conservèrent cependant encore un rôle brillant à jouer.

(i) Ces eicmpies cependant ne sont pas saas exception, car nous avons vu Milliade, Pausanias el Aristide, aui batailles de Marathon et de Plnl<^e, rem-

La cavalerie se divise en cavalerie de ligne, en cavaktrie légère, et en cavalerie mixte, mieux connuesous la dénomination des dragons. La formation de ces derniers a été éprouvée par une grande partie de militaires distingués, et peut-être que Vexpérience même a trop peu parlé en leur faveur pour que leur formation acquit de nombreux prosélytes. Leur éducation forme leur défaut principal; et ce défaut consiste dans l'imposition de deux rôles diamétralement opposés l'un à l'autre, celui de fantassin et de cavalier, et cette complication d'études les rend médiocres pour l'un comme pour l'autre rôle.

c Les dragons, dit le général Thiébault (i), ne doivent être que de l'infanterie montée de manière à parcourir rapidement des espaces plus ou moins grands , ou de la simple cavalerie , mais vouloir en faire de l'infanterie et de la cavalerie , c'est avoir de l'infanterie médiocre , qui coûte trois fois plus que ne * doit coûter la meilleure, et de la cavalerie qui ne compense plus alors ce qu'elle coûte; c'est exiger , de la plupart des hommes dont on fait des dragons, plus qu'ils ne peuvent faire et apprendre ; c'est étourdir ceux auxquels on ordonne le matin de porter le haut du corps en avant, et le soir de porter le haut du corps en arrière ; c^est démoraliser et rendre aussi faibles cavaliers que faibles fantassins des hommes auxquels on dit : A cheval, aucune infanterie ne peut nous résister ; et à pied, au contraire aucune cavalerie ne peut nous entamer; enfin, c'est n'avoir» malgré beaucoup de soins et de dépenses» ni infanterie, ni cavalerie. > Les dragons, dans leur première origine, n'étaient simplement que de l'infanterie qu'on mettait à cheval pour suivre plus aisément h cavalerie. Nous les avons vus remplir ce rôle à la retraite d'Aumale , et rendre des services signalés à Henri IV. Ceux des Impériaux , pendant la guerre de trente ans, avaient été formés dans le même principe ; de là vient aussi qu'on trouve dans le même temps des piqueurs à cheval. Cette troupe fut introduite dans les armées françaises en 1550, sous le règne

porter des victoires complètes sur les Perses, et les devoir au courage de leur infanterie.

(s) manuel gén. du service des Étals-Majors^ p. 408.

d'Henri H, par le maréchal Brissac (i), lequel, dans la guerre du Piémont, imagina de monter des compagnies d'arquebusiers. Les autres nations les imitèrent, et celte formation se conserva jusqu'à nos jours, mais comme nous pouvons nous en convaincre, avec des variations bien sensibles.

Convaincus , par la difficulté de l'éducation des dragons comme cavaliers et comme fantassins, et des services si rares que cette troupe a été dans le cas de rendre en combattant à pied, plusieurs nations, en conservant cette formation dans leurs armées, paraissent cependant ne plus l'envisager, et ne s'en servir que comme cavalerie. Nous avons vu, dans les campagnes d'Espagne , tous les services signalés que cette troupe a rendus aux Français. Gomme troupe combattant à pied, les dragons n'ont paru que rarement sur la scène. 11 est vrai qu'à la bataille de Parme, en 17.^4, nous avons vu les dragons du duc de Wiirlemberg mettre pied à terre, combaltre avec beaucoup d^avantage, et parvenir à faire replier la brigade du roi. En 1793, à la bataille de Kaiserslautem, les carabiniers d'élite prussiens mirent aussi pied à terre, et expulsèrent du village d'Erlebac deux bataillons français qui occupaient une enceinte isolée et des jardins. Plus tard, en Espagne, le ii^ de dragons de la division de Latour-Maubourg nous offrit, le même exemple au combat d'Usagre , et avec le même succès. Mais quelques exemples, tout convainquants qu'ils soient, peuvent- ils servir de preuve en bveiir d'une institution que beaucoup d'autres définils évidents réprouvent? ^

L'organisation des dragons combattant à pied et à cheval, pourrait être sans doute très-avantagense , si leur éducation et les moyens de parvenir à un bon résultat, n'étaient pas aussi compliqués et aussi difficiles. Dans les mouvements offensifs, il peut arriver souvent qu'en reconnaissant le terrain dans différents sens, les partis de cavalerie, quelque nombreux qu'ils puissent être, soient arrêtés par quelques fantassins postés à l'entrée d'un déûlé, ou désignés pour défendre un pont, ou tout autre accident de

(i) « Ces dragons du maréchal de Brissac, dit Guibert » dans son Essai général de Tactique , étalent pro- » prement de rinfanterie k cheval; ils conservèrent

> pendant quelque temps le mousquet et la pique. On

> leur donnait de mauvais chevaui , afin que la perte

lanature ou de l'art. Si la cavalerie ne possède pas quelques tirailleurs auxquels elle puisse faire mettre pied à terre , elle rencontrera tant d'entraves dans ses expéditions, que les plus grands sacrifices seront inutiles, et elle sera souvent obligée d'y renoncer.

Sans entrer cependant dans des discussions approfondies sur la possibilité ou la difficulté de l'organisation des dragons , discussion qui est étrangère au but de mon ouvrage, je me contenterai d'en dire mon avis. La cavalerie étant rarement dans le cas de faire mettre pied à terre à un régiment entier , tandis que ceux où quelques hommes qui doivent embrasser le rôle de voltigeurs, peuvent être très-frëqoents, on ne saurait mieux faire que d'incorporer dans chaque escadron un peloton de tirailleurs q;iii soient aguerris à faire les deux services , sur quoi j'aurai encore l'occasion de revenir plos tard. Peut-être n'est-ce pas tant l'impossibilité de former par régiment une centaine de ces amphibies militaires, mais la grande difficulté à surmonter, et d'en organiser des régiments entiers, qui ne peuvent pourtant pas être recrutés en entier par des gens d'une conception facile, d'une aptitude exemplaire, qui se plient avec facilité aux deux services.

Si, cédant à l'opinion du général comte de Bismark, exprimée dans son ouvrage intitulé: le Système destiraiUeunde cavalerie^ article ii, on trouve une possibilité d'organiser et d'attacher à chaque escadron des régiments de cavalerie un peloton de tirailleurs, qo*oo choisira parmi les hommes dont la conception sera la plus saine et le discernement le plus juste , eo un mot, capables de surmonter toutes les difficultés de deux rôles aussi différents ; la cavalerie acquerra certainement une force motrice assez ramifié pour pouvoir, je ne dirai pa^ vaincre dans toutes les occasions, mais ne pas voir paralyser ses opérations par quelque accident fortuit, qui souvent n'est que de peu de conséquence dans son principe; mais qui en acquiert une grande par le manque d'éléments nécessaires pour le surmonter. Le général Riible de Lilienstem, dans son Manuel pour l'Ofj^cier,

» fût moins grande quand ils seraient obligés de le^ B abandonner. Il ne portaient ni bottes, ni éperons, et B lorsqu'ils mettaient pied h terre pour combattre, • ils attachaient leurs chevaui deux à deux. »

su

tome i^'y page 62, nous raconte qu^en 1814, le colonel de Marvitz avait organisé dans son régiment de landwehr une petite troupe de chasseurs, qu'il avait fait monter, et quMl s'en était servi avec beaucoup de succès devant Magdebourg et Wesel. c Us étaient, dit-il, tellement

> aimés par leurs camarades, qu'un cavalier 1 qui était envoyé pour flanquer, se trouvait » heureux de recevoir un chasseur pareil pour » compagnon. >

c Le général Thiébault, au contraire, nous 1 assure, qu'ayant été chargé en Tan XII d or- 1 ganlser, à Versailles, les 3", 9® et 15®

> régiments de dragons, l'opinion des chefs 1 de ces corps était, qu'un dragon qui ne 1 voudrait négliger aucun de ses devoirs, 1 ne pourrait avoir dans la journée, une heure » pour se reposer et pour manger. > D'après une assertion pareille, il est évident qu'une troupe employée à pied et à cheval ne sera qu'une troupe médiocre ; ou bien , si l'on force le dragon à consacrer vingt- trois heures par jour à son éducation et aux soins qu'il doit donner à son cheval et aux effets qui composent son habillement et sa coiffure, ses forces physiques succomberont bientôt sous le poids des fatigues.

Qu'une éducation trop approfondie de l'école du fantassin nuise au développement des qualités du bon cavalier, est une chose qui s'explique facilement , déjà par le manque du temps nécessaire pour parvenir à une sorte de perfection dans l'un et l'autre rôle. Mais qu'une connaissance d'une partie de l'éducation du fantassin soit loin de pouvoir nuire au cavalier, la cavalerie russe l'a prouvé avec évidence ; car l'Europe entière n'a jamais vu paraître sur aucun champ de bataille une cavalerie plus belle et mieux instruite, que celle que la Russie possède actuellement.

Il était réservé à l'empereur Alexandre, dont le génie embrassa avec une perspicacité surprenante tous les principes fondamentaux sur les-

(i) Le colonel MartH)l, dans son ouvrage intitulé : De la NcccssUé d'augmenter les forces militaires de France, nous assure aussi que les Autrichiens ayant reconnu que les meilleurs cavaliers étaient ceux qui connaissent les exercices et les manœuvres de l'infanterie, recrutent leur cavalerie parmi les Tantassins.

(4) Mes Rêveries , lom. i, page \0^.

quels repose l'éducation du cavalier, d'intro* duire dans son année comme base de Tétude du cavalier , une partie de l'éducation du fantassin , et nous vîmes la cavalerie russe franchir avec une rapidité étonnante, l'espace immense qui sépare une masse de recrues assise à cheval , d'avec une troupe de cavalerie aguerrie et propre à toutes les manoeuvres dont cette arme est susceptible , et je puis dire sans exagération , qu'un génie comme celui de Seydliti à la tète de la cavalerie russe actudle, pourrait faire revivre avec facilité les fameuses journées de Rosbach et de Zorndorff, dont les faits sur* prenants immortalisèrent les nombreux escadrons de Frédéric le Grand (i).

Les raisons de ces résultats efficaces me paraissent même trop évidentes» pour qu'il soit nécessaire de s'appesantir longtemps sur leur démonstration. Le maréchal de Saxe disait (9): c Tout escadron qui ne peut aller deux mille 1 pas à toutes jambes sans se rompre y n'est

> jamais propre à la guerre. C'est le point fon-

> damental : quand ils sauront cela , ils seront

> bons, et le reste leur paraîtra facile* 1 II envisageait par conséquent la contiguïté et l'alignement, comme une des bases de la bonté de la cavalerie. Mais cet alignement ne provient-il pas de celui des épaules, et du maniement adroit de la jambe et du poing? Cependant, si les deux dernières vertus ne peuvent s'acquérir qu'en maniant souvent son cheval, certes que la première ne s'apprendra jamais mieux qu'en donnant au cavalier une pontûm bien droite par rapport à la perpendiculwilé de son corps, et un alignement réguliotfpir rapport à ses épaules, en l'habituant à maickr en ligne étendue.

La cavalerie de ligne , les cuirassiers (s) et la cavalerie légère, les hussards (4) et les lanciers (5) , ne remplissent qu*un seul rôle» odai enfin qui forme la nature de cette arme. Pont presque toujours, et dans toutes les armées de l'Europe, emporté par leur bonté sur ces

(5) L*histoire ne nous indique pas positivemeot leur création.

(4) Dans leur principe, les hussards n*élaient que drs milices hongroises, que TAutrichc fil monter et habillfr comme les naturels du pays.

(5) Créés par le maréchal de Saxe. Cette troupe» dav son origine, n'était aussi que la milice polonaise, que le maréchal lit monter.

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avortons de la cavalerie dont nous venons de parler.

Mais la cavalerie en général qui, avant Tinveolion de la poudre et des armes à feu, a toujours été , comme je Tai dit plus haut , Tanne de la victoire (i) , qui, plus tard aussi , en a décidé de si belles, quoique parvenue à un degré de perfection assez grand pour pouvoir toujours remporter sur celle qui recueillit autrefois tant de lauriers, n'a, dans les dernières guerres , participé que partiellement aux différents dénouements des batailles, n^a paru posséder qu^une force négative, et même n^apparut dans plusieurs luttes , que comme masse inaotive (i). Mais d'où provient donc ce défaut, se demande-t-on? Depuis les fameuses journées de MoUvitz, Rosbach, Zomdorff , etc., la cavalerie a-t-elle perdu de sa force intrinsèque? Non. Les changements qui se sont opérés dans sa tactique, ont-ils été au détriment de cette arme? Non. La cavalerie est-elle moins aguerrie? Non. L'infanterie plus brave? Non. Que lui manque-t-il donc? J'emprunte ici les paroles d'un des généraux de cavalerie les plus distingués de l'Europe, le comte de Bismark, pour y répondre (i) : un chef pour la conduire.

Le comte de Bismark, dans son Sffstème de Cavalerie, page 240, en parlant de la nécessité de mettre à la tète de la cavalerie un homme capable de la commander, nous cite l'exemple de celle de Frédéric le Grand , ayant perdu son dief , le fameux Seydlitz, ne put produire que des demi- travaux; et il ajoute : c Les membres t nigent une tête; c'est dans la tête que doit m^/téaair la force intellectuelle; chaque fa- » Mlle ^iritnelle doit, en se personnifiant, se > mpmdaire de temps en temps , si on ne veut « fW qu'elle s'évanouisse tout à fait Mais si 9 cette tête intellectuelle tombe 'dans l'inac- 9 tien ou meurt 9 les parties perdent leur liaison » organique, et chacune ne vit que pour soi et

(i) C'est la cavalerie macédonienne qui décida la bataille du Granique ; elle recueillit les mêmes lauriers à cdle d*Arbèle. Les rives de THydaspe retentirent anari de ses hauts faits.

(t) Les annales des guerres modernes ne nous offrent que peu d'exemples de batailles et de combats où la cavalerie décida de la victoire, et qui sont : les batailles de Rosbach, ZomdoriT, Wurtzbourg, de la Katzbach et Waterloo, et les combats de Haynau et de Fère-€hampenoise.

isolément. Parvenu à ce point , il en résulte , ce que chaque scrutateur trouve dans chaque campagne , que la cavalerie n'agit plus avec ensemble , et on n'aperçoit plus que les parties qui se reproduisent çà et là.

> C'est justement ce que nous trouvons dans la guerre de sept ans. Lorsque après la bataille de Cuncrsdorf, Seydlitz tomba en disgrâce, et ne reçut plus de commandement, on vit aussi s'évanouir les hauts faits de la cavalerie. Le roi la rassembla, il est vrai, en masse, lui donna aussi un chef d'un grand nom , le duc de Holsteîn ; mais un nom distingué n'est pas en état de compenser le manque de talent. Le roi voulait punir Seydlitz , et lui prouver qu'il pouvait se passer de lui. Mais qui devint donc la victime de celte punition? la disgrâce qu'a éprouvée Seydlitz a manqué de coûter au roi la bataille deTorgau (4). > Il est vrai que les terrains qu'on choisit pour champs de bataille sont souvent trop coupés pour pouvoir employer la cavalerie avec succès, et entravent sa libre circulation; mais ces choix , peut-être , sont-ils prémédités et fondés justement sur le manque d'un chef habile pour en conduire une grande masse.

La disposition de la cavalerie dans les ordres de bataille du système actuel , rassemblée toujours en grande masse , favorise les hauts faits de cette arme , et parait être basée sur Tidée d'en avoir une respectable à sa disposition pour l'employer au moment opportun; tandis que les résultats des batailles et des combats ne nous ont offert bien souvent que des exécutions qui ont contredit cette idée primitive.

N'avons-nous pas vu dans des batailles décisives, dans lesquelles tout, jusqu'au dernier bataillon et escadron , devait être utilisé , comme à léna , Lutzen , des masses imposantes de cavalerie être des témoins inactifs de la défaite

(s) Tactique de la Cavalerie^ pag. 18 et 19, et Système de la Cavalerie , pag. 120.

(a) Là où les connaissances décident de tout , un âge mûr ou Tancienneté de service oe suppléeront pas au défaut de talent. A la fameuse bataille de Crécy, le prince de Galles , Gis d*Édouard III, n'avait atteint que rage de seiie ans, et participa cependant , en grande partie , au gain de cette glorieuse journée. Condé n'avait encore que 32 ans lorsqu'il remporta la victoire à Rocroi.

de leurs camarades , cl ne partager avcic eui que les fatigues des retraites?

La cavalerie, en général, mais préalablement la cavalerie légère , est le flambeau de l'armée, car sans elle, les troupes manqueraient de moyens pour s'éclairer à des dislances assez grandes, pour la sécurité des armées et Tensemble des mouvements. La bataille de Lutzen nous oifre un exemple de tous les dangers résullant de la pénurie de la cavalerie. Il n'est pas à supposer qu'un militaire aussi profond que Bonaparte, dont les travaux avaient anticipé sur toutes les époques les plus avancées de la civilisation militaire, ait pu oublier une des premières obligations de Tart auquel il avait donné lui-même les développements les plus vastes. Les paroles qu'il prononça au moment où il était occupé à suivre le combat que le corps avancé de Lauriston avait engagé dans le faubourg de Lindenau, et où il dit : c Ce » sera une bataille d'Egypte ; partout l'infan- • terie française doit savoir se suffire , et je ne » crains pas de m'abandonner à la valeur innée » de nos jeunes conscrils (i) , > prouvent que s'il ne fit pas battre l'estrade à sa droite vers Zwenckau et Pegau, et à sagaucbe vers Mark- Ranslœdt, et qu'il se laissa surprendre en marche , c'était une négligence que nous ne devons pas envisager comme le produit d'un oubli des règles que l'art militaire nous impose; mais comme la suite indubitable de la pénurie totale de cavalerie, dont il n'avait pas osé engager le petit nombre dans ces sortes de reconnaissances, puisqu'il s'était apprêté à livrer bataille à ses ennemis au delà de Leipzig (i) . Ce défaut, que la négligence ou les circonstances produisirent, a manqué d'attirer à l'armée française une nouvelle représentation de la bataille de Rosbach ; car au moment où toute l'armée alliée, ayant franchi l'Elster à Pegau , se trouvait déjà eu mesure de tomber à corps perdu sur son adversaire , les Français n'avaient encore que le corps de Ney, qui était en position à Rahna et Gœrschen , à lui opposer.

Cependant les travaux de la cavalerie ne se

(i) Manuscrit de mil huit cent treize, par le baron Fain, toiii. i, pag. 549.

(tt) « l.e, peu de cavalerie qu*on avait , dit le baron > Odcloben, dans sa Relation circonstanciée de la

bornent pas seulement à ces sortes de reconnaissances passives; c*est elle qui achève les combats, qui décide de la grandeur des résultats, et qui en recueille les trophées. Aussi, dans toutes les batailles où elle a été engagée d'après les vrais principes de la tactique des trois armes , comme à la Katzbach , à Waterloo , etc., ne remarquons-nous pas la cavalerie ne développer toute sa force et sa vélocité qu'an moment de la décision, achever de rompre les lignes ennemies, et se mettre à la poursuite des adversaires rétrogradants, pour augmenter et s'emparer des trophées de la journée.

Mais justement, pour pouvoir imprimera la cavalerie une sorte de caractère de décision , il ne suffît pas de lui accorder, par son organisation et son éducation , les moyens de pouvoir faire usage de ses vertus intrinsèques, il est indispensable encore de la subordonner à un chef habile, impétueux, mais conséquent; car tous les résultats brillants qu'on peut attendre d une bonne cavalerie , qui sans contredit sont très-nombreux, dépendent :

i° Du choix du terrain où on l'engage; car, lorsqu'on lui assigne une position entravée par de nombreux accidents, on se met dans la cruelle nécessité de la laisser en inaction. C^est ainsi qu'à la bataille de Cassano, que le duc de Vendôme gagna sur le prince Eugène, le champ de bataille , déchiré par TAdda et les canaux appelés le grand et le petit Ritlorto, et la Pendina , offrit si peu de facilité pour le$ manœuvres de la cavalerie, que le seul mou* vement qu'on remarque pendant cette aflBûre n'est que la fuite de trois régiments dedrafoos espagnols et de quelques autres français, H qui se précipitèrent dansl'Adda, où peu d*faoni» mes échappèrent au trépas. Si au moment o« le prince Eugène se rendit maître du pont de Rittorto, il eût pu faire charger les troupes françaises rétrogradantes avec une masse imposante de cavalerie , il n'y a pas de doute que le courage des lm|)ériaux aurait été couronné d'an succès complet; car Toccupation de la redoute' du pont de i'Adda, où les Français n'auraient pu pénétrer qu'en masses informes, n'aurait

> Campagne de 1813 en Saxe, tom. i, pag. 47, était B insuffisant; et comme elle consistait, pour la plus s grande partie, seulement en régiments de la garde, » on la tint toujours en réserve. *

pas pu présenter de si nombreuses difficultés ;

â^ Du moment opportun où on la fait agir;

3® De la décision avec laquelle cbaque attaque doit être faite.

La cavalerie la mieux aguerrie et la plus instruite ne pourra rien exécuter si elle n'est pas bien dirigée , tout comme le cbef le plus instruit, et le plus ricbc en expédients , ne pourra rien offrir de brillant, si sa cavalerie ne répond pas justement aux éléments de sa vraie nature.

Les dernières guerres surtout ne nous ont offert que rarement le spectacle imposant d'une cavalerie bien dirigée ; quoique ne possédant qu'un noyau peu nombreux de vieux cavaliers, elle n'était pas cependant sans talent ni sans vertu , c'est ce qui a porté les censeurs sévères à rejeter tout le blâme de celle inaction sur les chefs qui la commandaient. Murât même, dont ||r l'existence militaire nous a offert plus d'une belle action, comme à Eckmiilh, à Dresde, etc., n'a cependant pas été non plus exempt de reproches. Les militaires allemands l'ont accusé de n'avoir été qu'un sabreur, et de n'avoir pas possédé les qualités nécessaires pour commander une masse de cavalerie dans une bataille rangée (i). Mais dans une armée commandée par Napoléon , fallait-il plus qu'un sabreur quf sût profiter des vertus intrinsèques de l'arme qu'il menait au combat ? Et chaque chef de cavalerie, dans l'armée de Bonaparte, pouvaitil aussi paraître autre chose, puisque Napoléon savait se trouver partout où sa présence était nécessaire, et ne quittait le poste qu'après avmrtout ordonné? C'est ainsi qu'à la bataille de Dresde , il sort à six heures du matin de la porte de Frcybcrg, et aperçoit la lacune que le mouvement des divisions autrichiennes de Bianchi et Giulay , en se prolongeant vers leur gauche sur la rive gauche de la Weissritz, pour donner place au coi*ps de Klénau, qui était encore en marche, avait occasionnée. Il charge Murât de tirer partie de cette imprudence de l'ennemi ; et après avoir indiqué l'endroit où les coups devaient se frapper, il revient sur ses pas, traverse la ville, et sort par la porte de Dippoldisvalde, et, sur que ses ordres seront exécutés avec justesse et avantage, il ne s'oc-

(i) Le comte de Dismark, Taclique de la Cavalerie , et plusieurs autres après lui.

cupe plus que des mouvements des corps des maréchaux Saint-Cyr, Mortier et Marmont. Une confiance pareille , de la part d'un homme tel que Bonaparte , qui savait certainement taxer au juste les talents de ses subordonnés, et qui, surtout à la bataille de Dresde, où le sort de son armée pouvait être décidé par quelque mauvaise disposition et devenir déplorable, n'était pas dans le cas d'abandonner aucune chance au hasard , ne prouve-t-elle pas en faveur du chef qui commandait la cavalerie française?

Si peut-être Murât , comme veulent le soutenir plusieurs auteurs allemands, ne possédait pas aussi ce coup d'œil militaire décisif, qui nous fait reconnaître de prime-abord, sur des terrains variés et d'une vaste étendue, l'endroit où il faut frapper le coup décisif, il est difficile de lui disputer le talent d'avoir su manier avec vigueur et discernement, vertus indispensables d'un chef de cavalerie, des masses imposantes. Pourquoi compterions-nous donc toujours ces coups heureux qu'il a souvent faits, plutôt au nombre des coups de hasard qu'au nombre des coups de génie !

La vigueur du choc étant la vertu primitive de la cavalerie, et ce choc ne pouvant être effectif si les lignes attaquantes ne conservent pas leur alignement et les escadrons leur coutiguïté, on ne saurait jeter un regard assez attentif sur cet alignement et cette contiguïté des lignes et des escadrons pendant leurs mouvements offensifs. C'est cette vertu qui a rendu la cavalerie française, pendant la guerre d'Egypte, si redoutable aux mamelouks, qui, corps à corps , ne le céderont certainement à aucune cavalerie de l'Europe ; mais n'étant pas disciplinés, et ne possédant pas l'habitude de bien charger en ligne contiguë et alignée ^ leurs charges ne possédaient pas ces efforts multipliés et ce choc collectif d'où résultent les effets souvent extraordinaires d'une charge de cavalerie. De là vient l'équilibre que le général Bonaparte a établi entre la cavalerie française et les mamelouks égyptiens, et qui a déduit des principes sur lesquels reposent les effets du choc. On ne le conçoit que trop bien lorsqu'il dit (i) c que 2 mamelouks tenaient tête

{•à) Mémoires publiés par le général Gourgaud,

» à 5 Français, parce qu'ils étaient mieui ar- • mes, mieux montés, mieux exercés; mais i que 100 cavaliers français ne craignaient pas > iOO mamelouks; que 500 étaient vainqueurs » d'un pareil nombre, et que 1,000 en bat- » laient 1,500. » Si plus tard, dans sa réponse aux Notes critiquée de Napoléon^ page 41 , le général Rogniat nous assure que les mamelouks s'étaient rendus redoutables à la cavalerie française, l'assertion peut être vraie , et même déduite de la description que le général Bonaparte fait des deux cavaleries. Si on accepte donc que les mamelouks se sont rendus redoutables aux Français dans les engagements des patrouilles, de rencontres, etc., où il n'existe jamais de masses, mais où l'on combat en fourrageurs, il serait difficile de leur accorder relie même supériorité dans les batailles rangées. Si le général Rogniat avait pris la peine de s'étendre sur les modifications qu'on pouvait tirer du cas que les deux adversaires débattaient, la dispute aurait pu être aplanie tout de suite, et je suppose qu'il aurait fini par être de l'avis de son antagoniste.

Delà vient aussi l'ascendant incalculable que la cavalerie russe a eu de tous les temps sur Qelle des Turcs. On a vu souvent quelques escadrons battre et mettre en fuite des milliers de cavaliers..

Si l'infanterie forme la base de la composition des armées, la cavalerie en est un accessoire dont les travaux sont indispensable pour soutenir avec avantage les engagements dans les grandes plaines, et pour compléter les victoires. Pour ce qui regarde le rôle que celte arme est appelée à jouer en général dans les armées , les subdivisions de ce rôle , sur lesquelles j'aurai Toccasion de revenir plus tard, sont soumises, pour les cas isolés, à une trèsgrande énuméralion.

Pour que chaque arme soit en état de remplir le n>le qu'elle est appelée à jouer, ne revendiquons d'elle que ce que, d'après les forces et les vertus inhérentes à sa nature, elle est en état de produire. Ne l'employons que dans les cas où elle peut agir avec eflicacité, et considérons la cavalerie, dans le service qu'elle remplit dans les batailles, sous deux rapports

(i) Dans la haute antiquité , 1c rontrastc qui existait dans réquipcmcnt des cavaleries thessalicnne, numide

tout à fait différents. Tant que le point qui doit décider de la victoire en faveur de l'un ou de l'autre parti est encore au pouvoir de notre adversaire, et que les troupes qui le défendent s'y maintiennent encore avec contenance et supériorité , la cavalerie ne doit être considérée que comme arme de secours, qu'on emploie pour soutenir l'infanterie et l'artillerie contre les mouvements offensifs de la même arme, et, en général, si le terrain le permet, dans tous les engagements, ou bien pour compléter la désorganisation de quelque point de la ligne ennemi, si les effets foudroyants de l'artillerie et des masses d'infanterie y ont produit quelque flottement. Si, au contraire, la victoire n'est que peu douteuse, et qu'il ne s'agisse plus que d'un choc pour la compléter et augmenter les trophées de la journée qu'elle embrasse sans hésiter le rôle d'arme indépendante, et que son mouvement et son choc,V semblables à l'éclair et à la foudre qui s'ensuit, renversent, désorganisent et enlèvent à son ennemi ses aigles et ses canons.

Mais si, faussement instruits de l'emploi de la cavalerie dans les batailles rangées , nous l'employons dans ces moments de crise où tous ses efforts deviennent inutiles, en la soumettant à des éches indubitables, nous rendrons non-seulement ses services inutiles , mais nous lui ravirons aussi cette assurance morale qui double la vraie force de chaque arme, et il suflit souvent, pour la démoralisation d'une troupe, de la fatale conviction que son ennemi est invincible. De combien d'heureux résultats l'armée française n'a-t-elle pas été redevable à ce faux nimbe dont la tête de Napoléon a paru être couronnée après les victoires de Rivoli, Marengo, Austerlitz et léna?

Pour que la cavalerie arrive justement au but qu'on se propose de lui faire atteindre, il faut non-seulement que son emploi réponde àses vertus, mais que son armure et son équipement soient en rapport direct avec son service. D'un côté , ne paralysons pas sa vélocité en la surchangeant de fardeaux inutiles, et de l'autre, ne lui ravissons pas, par quelque manque d'armure et d'équipement, les moyens de développfu* la force qui est inhérente à sa nature (i).

et grecque, était frappant. Tes cavaliers thessaliens et numides étaient à demi-nus, sur des chcvaui presque

Sous ie rapport de l'armure de la cavalerie, on remarque, dans plusieurs armées européennes, un inconvénient assez grave, en armant, sous le rapport des armes à feu, à peu près également les différentes cavaleries dont le service cependant n'est pas du tout homogène. Nous voyons les cuirassiers, les dragons et les hussards, armés de carabines, tandis que le service des premiers et des derniers n'exige jamais d'autre arme pour leurs attaques que le maniement de la palache ou du sabre, et pour les derniers, celle du pistolet aux avant-postes. Pourquoi et à quel usage les surchargerait-on d'une arme dont ils n'ont jamais occasion de faire usage? Qu'on arme de carabines les dragons et les chasseurs à cheval, la chose peut encore s'expliquer par le service pour lequel on suppose que ces troupes seront dans le cas d'être employées, quoique ces cas soient rares; ^nais il peut arriver qu'au défaut d'infanterie on soit obligé de faire mettre pied à terre à une troupe de dragons ou de chasseurs à cheval, et alors, pour bien remplir leur rôle, il faut qu'ils soient armés de carabines. Mais les cuirassiers et les hussards sont-ils jamais dans le cas d'abandonner leurs chevaux? et j'aime à croire que ces carabines ne sont pas destinées pour s'en servir à cheval !

Le comte de Bismark, dd^ns son Système delà Cavalerie, page5i, en arme les cavaliers pour s'en servir aux avant-postes, tandis que lé pistolet me parait suflire pour ce service. Comme il est indispensable d'alléger plutôt que de rendre plus pesante l'armure de la cavalerie, en calculant, d'après la manière de s'en servir, les cas où on peut en faire usage, les difficultés, les résultats et l'inutilité qui en proviennent, je crois qu'on peut hardiment refuser les carabines aux vedettes, et ne les armer que de pistolets , sans pour cela leur ravir quelque avantage. Croit-on, pour certaine occasion, que la cavalerie sera dans le cas de faire usage de la carabine? alors, qu'on y emploie des dragons ou des chasseurs à cheval. Pourquoi , par rapport à l'armure de la cavalerie, devrait -on assujettir celte arme aux cas dans lesquels elle

nos aussi, tandis que les cataphrartaires des Grecs étaient tellement accablés sous le poids de leur armure, que les hommes n'avaient aucune adresse et les chevaux manquaient de vélocité. Je prends la liberté de renvoyer le lecteur aui Éléments de Tactique pour la

peut se trouver, et ne pas soumettre plutôt le choix des différentes cavaleries aux occasions diverses dans lesquelles on devra les employer? Le major Decker, dans ses Instructions pour la Cavalerie et l'Artillerie à cheval (i) , se prononce fortement aussi en faveur des carabines , en disant c qu'après la campagne de 1806, la

> majeure partie de la cavalerie prussienne

> perdit les carabines, et en ressentit amère- » ment la privation dans lescampagnesde i8lâ

> à 1815. > Voici les quatre cas qu'il discute, et dans lesquels cette arme lui parait plus ou moins indispensable pour le cavalier :

I® Aux avant-postes;

2® Lorsqu'ils flanquent ;

3^ Si la cavalerie agit seule , et se trouve arrêtée par un détachement d'infanterie;

A° Si la cavalerie se trouve sur la défensive, et se voit obligée de recourir aux avantages du terrain.

Je sens bien que le combat scientifique que j'engage est inégal, puisque je me propose de combattre contre deux autorités; mais

A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire;

et puisque mon raisonnement et ma conviction m'ont mené à un résultat différent, il est de mon devoir de me prononcer sur ce sujet. Discutons chaque cas séparément.

Aux avant-postes. C'est un service do surveillance, tK>ur lequel, comme nous l'avons vu plus haut, il est avantageux et même indispensable d'amalgamer l'infanterie avec la cavalerie. Les efforts d'un et même de deux cavaliers isolés ne produisent pas de force eollective puissante , mais leur présence esl indispensable, car l'ennemi peut attaquer nos avant-postes avec de l'infanterie mêlée , et nos cavaliers devront être les soutiens les plus fidèles de nos voltigeurs, et vice versa. Montés sur des chevaux, ils seront les porteurs les plus agiles des nouvelles que le commandant des avant-postes voudra faire parvenir au chef de l'avant-garde. Les voltigeurs sont donc là pour échanger les coups, les cavaliers pour

Cavalerie, par Mottin de la Balme, pag. S57: et k V Essai sur ttlistoire générale de VArt militaire , par Carrion-Nisas, tom. i, p. 410.

(i) Die Gefechtstehre der beiden verbundenen Waffen : havalterie undreUenden Artillerie, p. 1 54 et lulv.

les soutenir. Or, ce soutien ne demande, en aucune manière, la carabine, mais le sabre; car le cavalier le manie beaucoup plus aisément que la carabine ; et s*il parvient à se glisser à dos de son ennemi, le pistolet lui suffira pour le coucher à terre.

Je ne discute pas le cas de surprise; car placer des avant-postes dans des endroits où on peut les attaquer à Timproviste est une impéritie inexcusable. Nous savons, au contraire, que les avant-postes doivent être placés sur des points d'où Thomme puisse apercevoir son ennemi , de quelque côté qu'il vienne. Le devoir des avant-postes , sMls voient approcher Tcnnemi , est de donner Talarme ; et si c'est le cavalier qui Ta reconnu le premier, il lui faut une arme pour Tavertissement : soit ; mais le pistolet lui suffira , car à 40 ou 50 pas, il a un voisin qui décharge aussi son arme, et dans le même moment toute la chaîne est instruite de l'approche de l'ennemi.

Les flanqueurs. c Lorsque des iiraillcui*s

> armés de pistolets, dit M. Decker, flanquent

> contre d'autres armés de carabines, les pre-

> miers font toujours volte-face (i), » Je suis contre un avis pareil, et en voici la raison: un cavalier armé d'une carabine ne peqt bien tirer qu'en arrêtant son cheval, car il a besoin de l'usage de ses deu\ bras ; et au moment où il couche en joue, son ennemi, qui bat la plaine, change à chaque instant de place, oblige par conséquent son adversaire de le poursuivre avec le canon de sa carabine dans des directions différentes, et lui ravit tous les moyens de bien ajuster. Il n'y a qu'un pur hasard qui peut rendre juste un coup pareil, et le hasard n'est pas toujours favorable (%). Pendant ce temps, le flanqueur, aimé du pistolet, a eu tout le temps nécessaire pour venir à dos de son ennemi ; et pendant que celui-ci abandonne la carabine pour guider son cheval et faire volte-face , un bon tireur de pistolet la déjà couché à terre.

Pour ce qui regarde le troisième cas, si nous

(i) • Des flanqueurs armés de pistolets, dit le comte

• de Bismark {Syslème de Cavalerie, pag. 143), ne

• sont pas du tout dangereux ; je m'abstiens aussi d'en ' parier davantage. >

(«) Je Tais même abstraction du désavantage qu'un cavalier, qui arrête son cheval , se donne envers un fanassin adroit et bon tireur, et qui trouve devant lui

adoptons l'organisation des tirailleurs de cavalerie, proposée par le comte de Bismark, chaque escadron n'aura donc qu'un peloton armé de carabines, et le reste n'en aura pas besoin.

Un exemple cité par le général Thiébault dans son Manuel général du service des étaUmajors f a porté M. Decker à ériger en principe ce troisième cas qui forme sa quatrième supposition. Le voici (page 410) : c A la ba-

> taille de Friedland , dit le général Thiébault,

> le général baron de la Perrière, commandant » la cavalerie du 9* corps, arriva sur le terrain

> après avoir fait, au grand trot, une marche » de quatre lieues. Une masse de cavalerie

> fraîche, et en nombre bien supérieur à la

> sienne, lui faisait face, et s'ébranla pour le

> charger au moment où il se mit en bataille :

> dans cet état de choses, ne pouvant lutter

• de choc, il forma sa ligne derrière un faiUe^ » obstacle , lit prendre la carabine, et ayant le

> sabre au poignet attendit l'ennemi de pied » ferme, et le reçut par un feu qui le décida » a se retirer sans achever sa charge, i

Je ne vois pas qu'en faveur d'un cas, il foiUe changer l'armure d'une cavalerie, et même les raisons qui l'ont nécessité ne sont pas exemptes d'observations : i** Je ne crois pas que ce soit un bon principe que de faire trotter un régiment de cavalerie, l'espace de quatre lieues; 2° si les circonstances l'ont néc^té, est-il prudent de mettre un régiment aussi fatigué, tout de suite après son arrivée sur le champ de bataille, à la merci d'une attaque de l'ennemi? On le place, au contraire, en réserve , pour lui donner le temps de se remettre un peu de ses fatigues; car nous savons qoe l'action de la cavalerie de réserve n'a lieu ordinairement qu'à la fin de la bataille, il est donc aussi inutile de Tanner de carabines, car, après avoir repris haleine, il peut avec succès se servir de l'arme blanche (s).

Le pistolet, au contraire, est une arme de défense et d'avertissement presqu^indispensable

un but immobile. Cette assertion cependant pourrait être encore en ma faveur «

(s) Il serait curieux de prendre des notions eiactes sur le nombre des cartouches de carabines que la cavalerie aura consommé dans une des dernières campagnes. Je ne crois pas que les parcs de réserve en aient beaucoup souffert.

pour le cavalier, mais dont je ne pense pas qu'on puisse se servir dans la mêlée, comme le suppose le général Bismark ( Système de ca- Valérie , page 54. ) Des coups de feu pareils ne seraient-ils pas souvent au détriment de la troupe qui s*en sert? carpeul-on répondre que dans une mêlée , où les amis ainsi que les ennemis ont changé de place , la balle perfide en manquant son vrai but, n'aille renverser un des siens, sans toucher celui pour lequel on la destine ? Après le choc, la désorganisation des escadrons est beaucoup trop grande et la mêlée trop compliquée pour qu'on soit sûr de ses coups.

Pour ce qui regarde les feux de la cavalerie, on devrait, par exemple, bannir tout à fait Tusage impropre que les chasseurs à cheval ont conservé de nos jours, celui de se servir achevai des feux collectifs, lorsqu'ils sont attaqués par la même arme; tandis que l'expérience a parlé tant de fois contre cette institution.

i® Un feu un peu vif ne manque jamais d'effaroucher les chevaux et de faire perdre aux escadrons leur conliguïlé et leur alignement ;

S"" Le manque de temps , si la troupe défensive laisse venir les assaillants à portée de la carabine etsurlout à une distance d'où les coups puissent être justes, lui ravit les allures progressives, qui précèdent le choc et le rendent moins efficace;

3« L'embarras qui résulte dans l'emplacement de la carabine pour mettre le sabre à la main , soumet quelquefois la troupe au désavantage d'attendre l'attaque de pied ferme, au lieu d'aller à la rencontre des assaillants^ ce qui est contre toutes les règles de la tactique de la cavalerie ;

k^ Les coups sont si peu sûrs, qu'il n'en résulte que des pertes insignifiantes pour les attaquants, qui sont loin de compenser les désavantages des pertes de la contiguïté des escadrons et des allures progressives , qui précèdent et rendent le choc plus ou moius efficace; ainsi que l'embarras qui «résulte du changement des armes.

Je déduis mon princiqe et mes raisons d'un

(t) Actuellement iletmann.

(t) Le général lui-même se trouvait à la grande armée.

(3) Le lieutenant-colonel Plotho , en faisant paraître son ouvrage sur les Campagnes de 1813 et 1814, doit avoir travaillé sur de faui matériaui , ou n*a pu s'em-

fait dont j'ai été témoin oculaire, et qui m'a prouvé jusqu'à l'évidence qu'une cavalerie qui se sert à cheval des feux collectif, est en désavantage marqué contre une autre qui l'attaque avec un peu de décision et à l'arme blanche.

Après la fameuse bataille de Dennevitz, le comte de Tauenlzien , à la tête du ^® corps prussien, ayant abandonné l'armée du Nord, s'était porté de Herzberg où il avait été envoyé pour poursuivre les débris de l'armée du maréchal Ney, par Ubigau vers Liebenwerda, pour se joindre à l'armée de Silésie et coopérer aux attaques que le maréchal Bliicher se proposait de diriger contre Murât, qui stationnait à Grossenhayn. En s'approchantde Liebenwerda, le comte Tauentzien détacha quatre régimentsde cosaques sous les ordres du général Ilowaisky 3^ (i), pour éclairer sa droite et pousser ses reconnaissances vers Muhlberg. Le chef du corps m'enjoignit l'ordre de suivre ce détachement pour lui faire parvenir les nouvelles que le général Uowaiskay pourrai t recueillir. Arrivés près du village de Borac, nos éclaireurs y découvrirent un détachement de cavalerie composé de trois régiments de chasseurs à cheval. Quoique le nôtre ne fût composé que de quatre régiments de cosaques, et que nous manquassions tout à fait d'artillerie, le général llowaisky, sûr du dévouement exemplaire et si souvent éprouvé de ses régiments, ne balança pas un seul moment pour attaquer l'ennemi , et fit les dispositions suivantes: la régiment du colonel Bicharof reçut l'ordre d'attaqueren fourrageurs; ceux du général llowaisky 3® et Kouteinikof 6® suivaient en ligne contiguë, n'ayant que peu de distance entre les escadrons , et celui du général llowaisky 5* («), fut envoyé pour tourner et prendre l'ennemi en flanc et à dos (s).

Les Français s'étaient mis en mesure de nous recevoir, et le combat s'engagea bientôt. Le chef de la cavalerie crut apparemment, que n'ayant que de la cavalerie irrégulière à combattre, qui n'était pas même soutenue par de l'artillerie, il ne pouvait faire rien de mieux,

pécher de céder k Tiniluence delà prévention nationale, en décernant Fhonneur de ce combat (page 305) au général de Dobschulz. Je puis attester que le général Uovraisky n*a partagé les lauriers de celle brillante aifaire, qu*avec les quatre régiments qu'il commandait alors.

EXAMEN RÀISOINNË

que de lui envoyer une décharge, espérant i qu'elle suffirait pour arrêter la fougue des Cosaques, et que la régularité de ses attaques suffirait ensuite pour compléter le désordre. Il fut bientôt et cruellement détrompé, et cette fois-ci, la supériorité qu'une troupe régulière possède sur une autre irrégulière , ne peut même compenser les désavantages auxquels est soumise une cavalerie qui se sert de ses feux à cheval. Le régiment de Bichalof qui couvrait le mouvement de ceux d'ilowaisky et Kouteinikof , ayant reçu la décharge de la cavalerie ennemie (i), conformément aux ordres reçus du général Ilowaisky , s'écoula dans les intervalles et vers les deux flancs de la ligne qui le suivait. Celle-ci se met au galop ; et les ennemis, embarrassés de leurs armes et des brides de leurs chevaux , n'eurent presque pas le temps d'aller au-devant de leurs adversaires, et fuirent pris comme en flagrant délit. Les cosaques fournirent la charge , qui ne pouvait même pas se comparer à celle qu'une cavalerie ré{;ulière et bien exercée peut produire, mais qui cependant parvint à désorganiser la cavalerie ennemie à un tel point, qu'en moins de quinze minutes elle ne présenta plus le moindre vestige d'ordre et d'ensemble (s). Notre butin monta à plus de 500 prisonniers pris avec leurs chevaux, ainsi que plusieurs officiers parmi lesquels se trouvait le colonel Talleyrand-Périgord. Le général qui commandait la division, ne dut son salut qu'à l'escorte qui le défendait et qui le sauva des poursuites de plusieurs Cosaqucs,qui avaient été sur le point de l'atteindre. Ce combat doit, sans contredit, servir d'exemple salutaire pour le danger imminent auquel la cavalerie s'expose en se servant des feux collectifs, et du peu d'eflet que ces mêmes feux produisent pour la troupe assaillante,

(i) 11 n*eul, autant que je puis ni*en ressouvenir, tout au plus que 17 hommes mis hors de combat , ce qui prouve d'une manière évidente combien les coups sont peu sûrs.

(t) Le général Gourgaud, dans son Examen critique de la Campagne de 1812, publié par le général comte de Ségur (page 131), nous fait part aussi de la défaite du 16* de chasseurs à cheval au combat de Willepsk. « La cavalerie de la garde russe , dit-il , protégée par r le feu d'une batterie de 12 pièces, chargea c« régi- 1 ment, à la tète duquel était le général Pire. Le » 16* de chasseurs voulut employer une manœuvre qui > lui avait réussi plusieurs fuis ; il attendit la charge

ce qui rend à peu près leur secours nul (3).

Il faut encore que j'ajoute en, honneur des cosaques, qui se couvrirent de gloire à celle affaire, que le terrain qu'ils ont été obligés de parcourir pour en venir aux mains, n'était pas des plus propices pour le mouvement de la cavalerie. Mais les cosaques, que leur service oblige si souvent à battre des plaines mêmes très-coupées, et qui sont plus accoutumés à se fier sur leur bravoure personnelle que sur les résultats de la régularité de leur éducation, s'inquiétèrent pendes obstacles que leur offrait la nature; et malgré le flottement qui s'était opéré dans les escadrons, atteignirent complètement le seul but qu'on se propose d'atteindre dans tout engagement, celui de battre son ennemi.

L'habitude de parcourir, en petite comme en grande masse, des terrains un peu coupés, ne peut que rehausser tous les avantages d'une boniie cavalerie; et comme la nature ne nous présente que rarement des terrains unis, il serait même indispensable pour que , le jour d'une bataille, nos masses de cavalerie ne soient pas quelquefois assujetties à une inaction désavantageuse, d'accoutumer cette arme à braver les caprices de la nature , et de l'habituer à con* server, pendant ses attaques, l'alignement et la contiguïté des rangs dans les escadrons, même sur un terrain désavantageux. Une cavalerie qui serait accoutumée à surmonter des obstacles pareils, ferait des prodiges sur un terrain uni et propice à ses mouvements.

A la première bataille de Polotsk , livrée le 6— IB août, le capitaine de Knorring (4), à la tête de l'escadron de réserves des gardes à cheval , ayant remarqué le ravage qu'une batterie ennemie occasionnait dans l'infanterie de notre centre, se porte en avant; et en chargeant

> sans s*ébranler, et à 30 pas de distance, Gt un fea de I carabine. La vélocité de la cavalerie russe ne put p»

> être arrêtée par ce feu, qui ne Gt que causer du dét- » ordre dans les rangs du 16*. 1

(5) Le maréchal de Saie nous dit aussi , dans lei Rêveries , tom. 1, pag. 84 : c Le feu de la cavalerie n*est

> pas fort redoutable , et j*ai toujours oui dire que tous • ceui qui s'avisaient de tirer étaient battus. »

Le général Ruhie de Lilienslern , dans son Mamtel de VO/ficicr^ tom. 1, pag. 49, n'accorde aussi aux fcvi de la cavalerie, que peu ou presque pas de résultat.

(4) Actuellement général-major et commandant an régiment de cuirassiers de la garde à Varsovie.

l'artillerie ennemie, rencontre un ravin sec, mais assez profond, et tellement large, qu'en le franchissant, plusieurs chevaux s'abattirent et y restèrent avec leurs cavaliers. (Ravins dont le champ de bataille était déchiré en tout sens. ) 11 surmonte cet obstacle , et parvient à enlever douze pièces de canons à Tennemi. Loin de se contenter de cet exploit, il s'arrête un moment pour rallier son escadron , et ayant aperçu un régiment de chasseurs à cheval , il court à de nouveaux dangers et à une nouvelle gloire. Les difficultés du terrain qu'il devait parcourir étaient plus grandes encore à surmonter; mais tel est l'avantage incalculable d une cavalerie accoutumée à manœuvrer sur des sites inégaux, qu'aucun accident de terrain ne fut assez grand pour cet escadron d'élite , qui , après s'être rendu maître d'une batterie de douze pièces de canon , mit encore un régiment de cavalerie en fuite.

Avant de Gnir cet article , je ne puis m'empécher d'émettre un dernier sentiment sur le changement que je crois utile de faire dans la cavalerie, par rapport à son armure. Ce changement me parait d'autant plus nécessaire , qu'il imprimerait à la cavalerie un caractère de force , qu'elle est encore loin de posséder. A mon avis, ce n'est pas tout que d'ôler aux cuirassiers et aux hussards leurs carabines, il faut leur accorder des lances. L'expérience même nous a démontre tous les effets salutaires de cet armement. Quelques mois avant l'ouverture de la campagne de 1812, nos régiments de hussards reçurent des lances. On en arma tous les premiers rangs des escadrons, tandis que les seconds conservèrent le sabre.

On devrait croire qu'un temps aussi court fût insuffis;int pour pousser le maniement de la pique jusqu'à une sorte d'habileté; mais tel est l'empire de la nécessité de se défendre, que pendant les hostilités, nos hussards s'en servaient déjà avec cette dextérité qui caractérise l'homme habile. Cette arme leur a été surtout d'une grande utilité contre les tirailleurs français, qui avaient l'habitude de se

(i) Guibert nous donne une dérivation bien paradoiale de l'institution de la pique , Essai général de Taeiiquc, lom. i, pag. 180 : « Quand la valeur d'un

• peuple baisse, dit-il, on allonge les armes , on prend

• des armes de jet, on cherche a mettre le plus d*inter-

• valle qu'on peut entre Tennemi et soi. i Combien se

jeter à terre au moment où ils se voyaient attaqués par nos cavaliers. Celui de nos hussards qui ne poss^ait pas de pique, devait se contenter de froisser un peu son adversaire sous les pieds de son cheval ; celui , au contraire , qui en possédait une, était sûr d'étendre son ennemi à ses pieds (i).

Dans les attaques, lés hommes du second rang qui étaient armés de sabres, pouvaient être envisagés comme les assistants de ceux du premier; et s'il arrivait que dans le choc, l'homme armé de la pique manquât son coup , tandis qu'il cherchait à réparer celte faute en frappant un des ennemis du second rang de la troupe adversaire , son assistant le protégeait avec son sabre contre les atteintes de l'ennemi qui se trouvait devant lui. Les hussards du corps du comte de Witlgenstein, que j'ai été dans le cas d'interroger sur les prérogatives de l'une ou de l'autre arme, m'assurèrent que jamais il n'avaient eu autant d'assurance et de probabilité pour la réussite du choc, que depuis qu'on les avait armés de la pique. Ab^ traction faite des prérogatives, que pour le choc, la pique a sur le sabre, déjà l'effet moral que cet armement avait produit sur ces vétérans, et la persuasion de la supériorité effective qu'ils avaient acquise sur leurs adversaires, étaient d'un avantage incalculable.

L'acquisition d'une bonne cavalerie étant non-seulement très-difficile, mais même trèscoûteuse , il est indispensable de donner à son organisation, ainsi qu'à son armement, les soins les plus attentif)^, pour que les énormes dépenses ne soient point faites en vain. Mais si même sa bonté a été portée à ce degré élevé qu'on exige d'elle, qu'on se garde bien de la subordonner à un chef inhabile et incapable de la manier. En l'employant sur des terrains désavantageux, ou dans des moments où elle risque de tout perdre sans rien gagner, on la démoralise, et, comme le dit le comte de Bismark {Système de Cavalerie, page 45) , c elle

> se décourage et devient si timide , qu'il est

> difficile de la séparer de l'infanterie, à la-

serait-il trompé s'il avait pu jamais supposer que rieo ne pouvait égaler la bravoure des vainqueurs de Fontenoy , de Raucoux et de Lairfeld , lesquels , il est vrai , ignoraient peut-être le maniement de la pique. !fous pourrions leur offrir, dans les vainqueurs de la Kalibach et de Leipzig, des rivaui bien dangereux.

EXAMEiN RAISONNÉ

> quelle elle s'attache comme Tenfant à sa » nourrice. »

SECTION II

DES PROPRIÉTÉS DE LA CAVALERIE, ES GÉNÉRAL, ET DE CELLE DE LA CAVALERIE DE LIGNE , EN PARTICULIER.

Les grands avantages de la cavalerie en géuéral, consistent dans la vélocité de son mouvement et la force de son choc; mais comme son emploi à plusieurs buts différents, qui multiplient les éléments de son éducation et ses propriétés, ce qui a même nécessité deux cavaleries, nous devons aussi Tenvisager sous deux rapports différents.

La cavalerie de ligne est celle qui ne se bat qu'en lignes, mais en grandes comme en petites masses ; c'est celle qui compose ordinairement la réserve. La cavalerie légère se bat en ligne comme en débandade, et forme les partis qu'on assigne aux lignes de bataille et qu*on place derrière leurs flancs, ainsi que ceux qu*on place derrière les intervalles des bataillons de la seconde ligne. La première est destinée à compléter les victoires et à les rendre décisives; la seconde, à soutenir Tinfanterie dans ses engagements offensifs ou défensiCs, jusqu'au moment de la décision de la bataille, ainsi qu'à défendre Tartillerie contre les attaques de la même arme.

Sans vouloir approfondir encore une fois une chose qui a été si souvent discutée par le général Rogniat, le colonel Marbot, le comte de Bismark, et plusieurs autres, et me prononcer sur l'organisation de ces deux cavaleries de réserve et légionnaire, je ne veux maintenant m'étendrc que sur leurs propriétés.

La cavalerie, en général, ne possède pas, comme l'infanterie, des formations offensives et défensives dont l'emploi puisse la mener à des résultats différents. Si dans son état passif, et par conséquent tout à fait hors de la sphère active de l'artillerie, comme par exemple, dans les réserves, la cavalerie est formée en colonnes par escadrons ou par divisions, ce qui lui offre les moyens de se transporter avec plus de rapi-

(i) La supéricrité des propriétés de la cavalerie consiste dans le chue et le maniement du sabre ; mais elle ne peut en faire usage qu'au moment où elle

dite sur le point désigné , dans son état offensif, on ne la trouve ordinairement que déployée, possédant quelquefois des colonnes de cavalerie pour réserve, qui ne conservent non plus leur formation, tant qu'elles n^ont pas échai^ leur état passif contre l'offensif.

Nous voyons donc que le déploiement par escadrons forme la base de la tactique de la cavalerie, et que le ploiement en colonne, formation qui favorise le mouvement pour franchir les espaces, n'est qu'une modification qui a le calcul du temps et la facilité du mouvement pour principe.

La cavalerie, quoique arme purement offensive, ne possède que rarement, comme nous l'avons vu plus haut, ses n^oments d'indépendance , et ne peut, en général, être considérée que comme arme de secours. Pour pouvoir donc profiter de ses propriétés, l'essentiel est toujours de ne l'engager qu'au moment opportun, et ce moment est-il arrivé, de ne pas le laisser échapper par une indécision nuisible. La vraie propriété de la cavalerie , qui ne devrait jamais souffrir de modification, est celle de renverser par son choc tout ce qui voudrait s'opposer à son passage , véritable aspect sons lequel nous l'avons ^'ue paraître dans les temps anciens, ce qui la rendait nécessairement l'ennemie la plus dangereuse des lignes de bataille ; car leur maintien ne dépend que d*aiie contiguïté intacte.

D*après l'organisation et l'armement des différentes armes, les moyens défensits et o^ fensifs de l'infanterie et de la cavalerie, ne sont en aucune manière en équilibre, et la première possédant plus de moyens de défense que b seconde n en a pour la vaincre (i) , son adioa doit repascr sur une loi invariable, celle de ne pas l'engager dans un moment dcsavantageuit où ses propriétés sont insuffisantes pour vaincre son ennemi.

1^ choc composant la vraie force de la cavalerie, on doit le rendre aussi impétueux que possible. Il est non-seulement indispensable, au moment où on sonne la charge définitive, de lâcher la bride pour donner aux chevaux un liberté entière ; quelques coups d'éperons

se bat corps h corps a>ec son ennemi, tandis que le fantassin fait usage de son arme à une Irès-graiHie distance.

nn

aussi ne peuvent pas gâter la chose (i). Mais |)our que les escadrons conservent leur alignement, d*oii dépend la réussite du choc, qui ne doit être qu'une force collective, il faut que les chevaux conservent les mêmes allures, et que, par conséquent, les cavaliers soient ani- 1 mes du même esprit, qui se caractérise pour tous par Toubli de soi-même.

c Le mouvement, dit le comte de Bismark

> dans son Système de la Cavalerie (p. 221 ) ,

> est Télément de la cavalerie; il recèle toute

> sa force. Mais ce mouvement, qui nous mène » aux vrais exploits, ne peut être que celui » qui, dominé par une passion indomptable

> de la gloire, soit en même temps dirigé par

> une idée profonde, et procède au dénoù- » ment , soutenu par une confiance sans tM>mes » et un courage décidé. »

Si la troupe, animée d'un esprit pareil, est conduite par un chef intelligent qui sache dé* couvrir le point vulnérable de son ennemi, et profiter du moment opportun , les propriétés de la cavalerie se développent alors sous le point de vue le plus favorable. Que cette cavalerie paraisse sur les champs de bataille comme arme de secours pu comme arme indépendante, pourvu que son action corresponde au sens de ses propriétés et de sa tactique , les résultats de son action ne peuvent manquer d'étonner les militaires observateurs.

Comme arme de secours, nous Tavons vue paraître avec éclat à la bataille de Peterwaradin. L'infanterie du flanc droit des Impériaux ayant été rompue par le corps des janissaires, aJt>aiidonnait aux vainqueurs le terrain qu'elle avait déjà gagné, et les redoutes, sous la protection desquelles elle venait de combatre avec tant d'avantages. Le prince Eugène voit s'évanouir momentanément à ses yeux Tespérance de la victoire ; car malgré les exhortations des généraux Lanken, Bonneval et Wellenslein, qui s'efforçaient de s*opposer au désordre , les bataillons désorganisés des Impériaux abandonnaient avec précipitation le terrain qu'ils

(i) Les traditions anciennes nous rapportent qu'à la bataille que Posthumius livra aux Latins , près du lac de Kegilla, il poussa les combinaisons de Taugnientalion de la force du choc, jusqu'à ùter les brides à sa cafalerie, pour ravir aux cavaliers tous les moyens de paralyser la fougue impétueuse des animaux. C'était, il est vrai, le meilleur moyen aussi de ravir à la cava-

devaient défendre. Riche en expédients, le prince Eugène ne se laissa pas décourager par un échec pareil. Ayant aperçu que, s'abandonnanl à une poursuite téméraire et désordonnée , les janissaires prêtaient le flanc aux Impériaux , il ordonne au comte de Palfi de détacher 2,000 chevaux de la gauche pour passer à la droite, et charge en flanc les janissaires, occupés déjà à forcer le second retranchement, derrière lequel la moitié de Tinfan* terie impériale, qui avait été rompue, s'était réfugiée, et où elle n'aurait pas pu opposer une longue résistance , vu le nombre des ennemis qui l'attaquaient. Le choc s'exécute; les 2,000 chevaux impériaux tombent à bride abattue sur les bataillons des janissaires, et en désorganisent plusieurs. Pendant cette mêlée , Tin fan terie de la première et de la seconde ligne des Impériaux se reforme, et se remet de nouveau en ligne. Le prince Eugène fait avancer la réserve. Les coups qu'on porte aox Musulmans sont réitérés; ils prennent la fuite, et les Impériaux finissent par remporter une victoire complète.

Plus tard, à la bataille de Guastalla, nous la voyons moissonner des lauriers non moins grands. A la suite des pertes nombreuses et si souvent réitérées que les Impériaux avaient essuyées, ils venaient de suspendre leurs attaques et se préparaient à abandonner le champ de bataille , lorsqu'un heureux hasard vint seconder leurs cfibrts et parut leur promettre une victoire, en faveur de laquelle ils venaient de faire tant de sacrifices.

Deux escadrons impériaux, postés dans une plaine entre deux chaussées, voulaient gagner la prairie au delà de l'Arginello, et se joindre au corps principal de cavalerie. Ils paraissent sur l'Arginello et aperçoivent les deux brigades de Leroi et de Souvré qui flanquaient un buisson. Ils tombent dessus et les mettent en déroute. Le général Souvré est blessé, et privés de leur chef, ses régiments se débandent. La cavalerie impériale poursuit son mou-

Icrietous les moyens de man(KuvTer,et,par conséquent, la paralyser tout à fait, en donnant aux chevaux les moyens de pouvoir se diriger aussi dans un sens con^ traire du point où on aurait voulu les mener. Au reste, toutes ces sortes de traditions paraissent posséder tant d'hypothèses fabuleuses, qu*il est souvent permis de

ne pas y ajouter foi.

ail

ËXAMEiN RAISONNÉ

vemcnt et arrive sur la prairie; mais, apercevant foule la masse de la cavalerie enuemie, elle se réfugie dans un bas-fond qui se prolonge le long de TArginello vers Guastalla. L'infanterie des alliés ayant reconnu cette poignée de cavaliers ennemis, suppose leur cavalerie en position près du Pô , battue et rejetée, et que celle des Impériaux les attaque à dos. Une terreur panique s'en empare , et la plus grande partie des bataillons du flanc gaucbe des alliés, se débande et fuit vers Guastalla.

L'équilibre venait donc d'être rétabli , il ne s'agissait plus que d'en profiter. Si, dans un moment aussi opportun, le comte de Kœnigseck avait soutenu ses escadrons, il n'y a pas de doute que la victoire n'aurait pas balancé un moment à se déclarer en faveur des Impériaux. Mais rien de tout ce que, dans des cas pareils, les règles de la tactique prescrivent, ne fut exécuté, et ces escadrons isolés, privés de secours, en récompense d'un dévoùment aussi beau, finirent encore par être très-mal- Iraités par les troupes alliées.

Comme arme indépendante, nous voyons la cavalerie, à la bataille de Friedberg, franchir les bornes de l'ordinaire et se rapprocher même du merveilleux. Je crois ne pas pouvoir mieux faire que de rapporter à ce sujet la narration, de Frédéric le Grand lui-même (i).

c Dès que M. de Nassau eut formé son aile (la gauche), dil-il, il donna sur ce qu'il y avait encore de cavalerie ennemie devant lui et la mit en dérouie. Le général Polentz contribua beaucoup à ce succès; il s'était glissé avec son infanterie dans le village de Fegebeutel, d'où il enfilait la cavalerie autrichienne ; quelques décharges qu'elle reçut on flanc, la mirent en confusion et préparèrent sa défaite. M. de Gésier, qui commandait la seconde ligne , voyant qu'il n'y avait là aucun laurier à cueillir, se tourna vers l'infanterie prussienne , et trouvant les Autrichiens en confusion , il fil ouvrir l'infanterie pour y passer , et se formant sur trois colonnes, il fondit sur ces Autrichiens avec une vivacité incroyable; les dragons (20 es-

(i) Histoire de mon temps, tom. i, pag. 530. (t) Le Journal militaire prussien (Militair^Woehenblntî) nous a transmis (année 18â5, png. 3550), la pa-

> cadrons des régiments de Bareuth, KoUen*

> burg et Bonin), en massacrèrent un grand

> nombre; ils firent prisonniers 21 bataillons

> des régiments de Marchai, Graun, Tungen,

> Traun , Colowrad , Wurmband et d'un régi-

> ment encore, dont le nom nous manque; U

> y en eut beaucoup de tués; et cependant on fit

> ^,000 prisonniers et on s'empara de 66 dra»

> peaux ; un fait aussi glorieux mérite d'être écrit

> en lettres d'or dans les fastes prussiennes (t) . » Nous voyons , d'après cette description , que

le général Gésier saisit en militaire savant, c'est-à-dire, dès qu'il aperçut de la confusion dans l'infanterie autrichienne, le moment d*eagager sa cavalerie, et accorda par là, i ses propriétés, tous les avantages qu'elles possédait

Rapportons maintenant un exemple d'un résultat diamétralement opposé à celui que je viens de citer, et en développant les causes de la réussite de l'un et du revers si marquant de l'autre, tâchons de déduire un résumé définitif des propriétés de la cavalerie de ligne. Prenons la bataille de Leipzig.

Les alliés venaient d'abandonner Wacban au pouvoir de leurs ennemis, qui poursuivaient leur succès avec énergie. Le prince de Wurtemberg qui s'était replié vers Gossa et qui était beaucoup plus faible en infanterie et en artillerie que ses adversaires, aperçul bientôt , une forte masse de cavalerie devant lui. Elle se dirige aussitôt vers Gossa, charge Tinfimterie des alliés qui s'était mise en mesure de recevoir le choc , et malgré l'impétuosité de U cavalerie ennemie , l'infanterie russe fait bonne contenance et se maintient dans sa position. Une partie de cette cavalerie parvient cependant à franchir nos lignes et les charge à doi. La division légère de la cavalerie de la ganh russe en souffrit, mais l'infanterie resta cependant intacte.

Une masse assez respectable des ennemis conçut la témérité de se porter vers une âévation près de Gossa, où se trouvaient Tempereur de Russie et le roi de Prusse. L*empereur Alexandre ordonne aussitôt aux Cosaques de la garde de charger, pour mettre fin à U confusion que cette apparition spontanée de

tente que le roi accorda au régiment de dragom es Bareuth. Comme elle estcurieuse,sous beaucoup deii|pports, je prends la liberté d*y fixer rattcntion du ledcv.

la cayalerie ennemie avait produite dans celle de notre centre. L'aide de camp général comte Orloff-Denissof , à la tète de cette poignée de braves , tombe à corps perdu sur ces ennemis téméraires, et parvient non-seulement à arrêter leur fougue impétueuse, mais à reprendre aussi 24 pièces de canon, dont les ennemis s^étaient rendus maîtres.

Pendant que les Cosaques arrêtaient le mouvement offensif de la cavalerie ennemie, la division de la cavalerie légère de la garde avait employé ce temps à se reformer, et, soutenue par 3 régiments de cavalerie prussienne , que le général comte de Fabien venait d'envoyer au secours du point menacé, elle parvint à rejeter les ennemis hors de la sphère active de no0 lignes de bataille. Le général en chef, cherchant aussitôt à réparer tous les torts que l'attaque de la cavalerie avait pu faire, renforça le corps du prince de Wurtemberg par les grenadiers russes, Gl avancer devant Gossa une batterie de 80 pièces de canon, et plaça derrière ce poste les réserves des gardes prussienne et russe.

Telle fut Tissue de cette attaque audacieuse que la cavalerie française Gt contre notre centre , et dont le résultat fut loin de répondre au courage et au dévoùment qu'elle y avait déployés. Si, avant de la faire tomber sur le corps du prince de Wurtemberg, on avait commencé par saluer notre infanterie par quelques coups de canon bien ajustés, et qu'on eut envoyé la cavalerie à la charge, au moment où les feux de rartillerie auraient produit du flottement dans les masses de Tinfanterie russe, il n'y a pas de doute que le succès de celte attaque aurait été complet et les résultats d'autant plus funestes pour les alliés, que la cavalerie ennemie , au lieu d'aller chercher des lauriers sur des points aussi difficiles à subjuguer (du côté de nos réserves) , serait parvenue à rejeter notre infanterie des deux premières lignes sur la cavalerie de réserve; un succès pareil aurait dégarni entièrement notre centre, et un mouvement décisif prononcé du côté de Gossa par les réserves françaises, qui auraient pu ensuite s'étendre vers la droite et vers la gauche , pour prendre les positions de Crobem et Libertwolkovilz à revers, aurait pu donner à cette journée la tournure la plus désavantageuse pour les alliés.

Le chef de la cavalerie française anticipa sur les moments de l'action de celte arme , et voulut lui faire jouer, avant que le moment opportun fût encore arrivé, le rôle d'arme indépendante, et la mena à sa ruine: c'est ce qui, arrivera toutes les fois que, avant de faire charger la cavalerie, on ne cherchera pas, par l'intensité des feux de l'artillerie, à ravir à l'infanterie sa contenance et sa fermeté. Si, à la bataille de Zomdorff, le fameux Seydlitz ne fit pas usage des feux de l'artillerie , et s'en reposa sur le seul effet de sa cavalerie , c'est que son attaque sur le flanc droit des Russes, postés près du marais de Hopfen, avait été dirigée avant sur la cavalerie, qu'il rejeta «ur l'infanterie ennemie, et prépara justement cet état de désordre dont la cavalerie doit toujours profiter, et qui assure sa victoire. Au moment où Seydlitz reforma sa troupe, il dirigea les régiments des gardes-du-corps et des gendarmes contre le front de cette masse informe, où il venait de porter la confusion, tandis que le régiment des cuirassiers de Seydlitz et ceux des hussards de Ziethen et de Malachowsky l'attaquaient à dos. La plus grande partie des Russes tomba sous le glaive inexorable de la cavalerie prussienne, tandis que le reste se réfugia sous la protection du ruisseau qui tombe près de Quartschen dans la Mitzel.

Nous serons toujours en défaut, si nous considérons la cavalerie de ligne comme l'arme qui doit gagner les batailles, et non comme celle qui doit les compléter, en profitant des succès remportés par l'infanterie. C'est agir en sens contraire de sa tactique, et exiger de ses propriétés plus de vertus qu'elles n'en possèdent, que de l'engager dans des attaques aussi difficiles et d'un succès aussi peu certain que celles contre une infanterie qui s'est prépa|[ée à recevoir le choc , sans avoir cherché avant à l'ébranler par le feu foudroyant de l'artillerie, ou à la désorganiser en rejetant sur elle sa cavalerie; en un mot, la cavalerie peut embrasser le rôle d'arme indépendante, mais ce n'est qu'au moment où les lignes de bataOle sont ébranlées.

Nous voyons, en dernier résumé, que si les propriétés de la cavalerie de ligne sont loin d'égaler celles de l'infanterie, cette arme n'en conserve pas moins une qui lui appartient exclusivement, celle de compléter les victoires et

de les rendre décisives ; propriété qu*on ne saurait priser assez haut, car ce n'est que sur le degré de désorganisation de Farmée battue, et le temps nécessaire pour la réorganiser, que les vaincus peuvent calculer la reprise de leurs opérations offensives ultérieures.

Les avantages que nous rapporte la tactique sont souvent d'autant plus grands, qu'ils réparent souvent l'équilibre que des opérations stratégiques nous font perdre quelquefois. Il ne faut, après une victoire, que savoir proGter des circonstances : c'était justement le grand secret des opérations de Frédéric II et de Napoléon , qui savaient livrer bataille à propos , les rendaient décisives, et ressaisissaient les avantages que des mouvements stratégiques antérieurs leur faisaient perdre quelquefois. 11 n'y a pas de doute que si même il est possible de vaincre son ennemi sans le secours de la cavalerie, il est impossible de s'attendre à de grands résultats sans sa participation. La bataille de Ligny, livrée le 16 juin 1Bi5, nous en offre tout de suite un exemple. La victoire que les Français ont remportée a été sans contredit complète. Les Prussiens y perdirent beaucoup de monde en tués et blessés , ce qui ne fait que prouver qu ils se sont bien battus; mais les seuls trophées que l'armée française conquit, n'ont été que les 45 pièces de canon que les Prussiens furent obligés d'abandonner au moment où ils commencèrent leur mouvement rétrograde après la dernière attaque de cavalerie, dans laquelle le maréchal Bliicher manqua d'être fait prisonnier. Si l'armée française avait été composée comme elle Ta été en 1805, i806, 4807, 4809 et 4843, il n'y a pas de doute qu'une charge d'une masse de ca* Valérie de ligne opérée au dénoùment aurait porté la confusion de l'année prussienne au plus haut degré, et une poursuite bien dirigée par une autre masse im|>osante de cavalerie légère, et, comme on dit vulgairement, sur les talons de l'ennemi , aurait sans doule ravi aux Prussiens tous les moyens d'entrer en ligne deux jours plus lard sur le champ de bataille de Waterloo. Mais à l'époque dont nous parlons, la cavalerie française comptait Irop peu de vétérans dans ses rangs, auxquels a|»partienl l'honneur de rendre les victoires décisives, et, d'un autre c<\lé, elle était en trop petit nombre p«)ui* pouvoir sullire si tous les

engagements auxquels elle doit participer dans les batailles.

SECTION lit.

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