‹ Considérations sur les grandes opérations de la compagne de 1812, en Russie; des M émoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 78 sur 87 · S6CI. I · texte numérisé non relu

S6CI. I

HISTOIRE

La cavalerie n'a besoin que d'une plaine de cent pas pour faire une charge à toutes brides, ce qui constitue uniquement sa force. Où ne trouve-t-on pas un terrain aussi circonscrit? D'ailleurs, le mot plaine ne doit point se prendre dans Tacceplion rigoureuse. Le terrain peut offrir une inclinaison ou une élévation de 45 degrés , sans que la cavalerie en éprouve d'obstacles bien sensibles à la rapidité de ses mouvements; et fût-il même inégal, pierreux ou labouré , de bons chevaux ne doivent point s*en trouver arrêtés : or, il est à présumer que la cavalerie est bien montée.

Mais , me dira-t-on , si ces espaces sont bordés de bois, haies ou fossés, derrière lesquels rinfanterie ennemie trouve un abri d'où elle incommode la cavalerie de son feu. Je répondrai que des haies et fossés qu'a pu franchir un fantassin, ne sont point une barrière pour une cavalerie entreprenante commandée par un Seydlitz (i). Quant aux bois, la meilleui*e méthode de les fouiller et d'en débusquer Tenneroi , est d'entremêler tellement des hussards et des chasseurs à pied , que le cavalier se trouve entre deux fantassins , ou que la cavalerie soit disposée en échiquier derrière les intervalles des tirailleurs, prête à se jeter en avant, des qu*il y a quelque chose à faire pour elle.

On voit donc que la cavalerie légère pouvait être employée en Suisse avec avantage. Principe général : jamais l'infanterie ne devrait marcher sans cavalerie. La nature du terrain détermine laquelle des deux armes doit prendre le devant. Les Français , dans cette guerre , se sont servis de cette méthode avec le plus grand succès (i) .

Puisque j*ai commencé à traiter cette matière, je placerai ici une suite de réflexions que je n'ai point encore publiées , sur les rapports de la cavalerie et de l'infanterie , et sur quelques autres objets militaires de la plus haute importance (ô). Loin de former une digression inutile , elles seront pour le lecteur

(i) Célèbre général , à qui la cavalerie prussienne est principalement redevable de son instruction.

{yole du Traducteur.)

(i) Tacite rapporte que les Germains, si inférieurs d'ailleurs aui Romains en Licliquc, connaissaient celte manière de comballre :

« Eoque mixii prœlianturt aplâ el congrucnîe ad

attentif, un moyen d'expliquer cerUines par* ticularités de la campagne que je vais décrire.

L'auteur d^un ouvrage moderne, qui dénote autant de sagacité que d'ërudilion (4), démontre parfaitement que la tactique enseignée de nos jours , c'est-à-dire , la ladtque de Tiii* fanterie, est une théorie abstraite , dont Tapplication est impossible à la guerre.

En effet, est-il praticable de s^avancer gravement en ligne serrée et alignée, contre des batteries qui lancent une grêle de mitraille, sans que l'alignement ne soit aussitôt rompu sur tous les points, puisqu'un coup, à distance convenable, peut emporter vingt, trente, quarante hommes , et plus?

Dans la célèbre guerre de sept ans, on n'enleva jamais de batteries, qu'en se précipitant sur elles sans ordre et à pleine course ; Texpérience apprit bientôt qu'il fallait renoncer ao pas et aux évolutions de la parade de Berlin. Tout, effectivement, concourt à démontrer qne l'espèce d'attaque que les Français nomment en tirailleurs, est la mieux calculée de toolci La distance d'un homme à l'autre doit élic déterminée d'après le nombre , en ne peidant jamais de vue de déborder l'ennemi aatant que possible. Si l'on a assez de monde, on fivmera deux rangs; le second en échiquier dc^ rière le premier : il est facile de juger comhiei peu, alors, le feu de l'ennemi est à craindie.

Une autre considération non moins importante parle pour ce système. Est-il possibk que toute une troupe fasse feu en même teofi au commandement de son chef, quand le bmil du canon empêche de l'entendre, quand b poussière et la fumée empêchent de ^apera^ voir? Le soldat , bientôt livré à lui-même, le soldat qui, comme on l'a observé, fonde aoi salut sur le nombre de coups qu'il tire, fiît feu des qu'il a chargé. Ce que l'on appelle fee de peloton ou de bataillon, n'est doncpto praticable; et, en place, s'établit une mo»» queterie irréguliëre et à volonté , qui pml son origine dans la uature'même de la choN.

equcilrempugnam^eloeilatepedilum, quos Juvenlule dekctos anlè aeiem locant. >

Dr Mon. Geki. vi. {lifole du Traducteur,)

(3) Le projet de Fauteur est d>n former un ap|Midice pour son système de guerre moderne.

(i; Cotuidéraliont sur Vart de la guerre.

Mais si ces feux de peloton et de bataillon pouvaient s'exécuter à la guerre , ne seraientils pas plus meurtriers que celui des tirailleurs? Il est aisé de se convaincre du contraire , en considérant la position gênée du soldat dans le rang. D'habiles officiers de marine m^ont assuré que , à la portée du fusil , il était difficile d'atteindre le corps du vaisseau ennemi; que la plupart des boulets donnaient trop haut ou trop bas. Quelle conGance , d'après cela , pouvez-vous placer dans ces feux d'ensemble?

L'objection que j'ai le plus souvent entendu faire contre les tirailleurs, c'est qu'on peut facilement les disperser, en les faisant charger par la cavalerie.

La réponse est simple : soutenez-les de votre côté par un corps de cavalerie, en seconde ligne , derrière laquelle ils puissent se rallier aisément , en leur ménageant des intervalles pour leur passage. Je dis par de la cavalerie , parce que , généralement parlant , il n'est point d'infanterie qui puisse arrêter une troupe à cheval. Pour cela, du moins, il lui faudrait des piques; le fusil ordinaire est trop court de sept pieds. Quelques prodiges que l'on raconte de la baïonnette, je soutiendrai , avec l'auteur déjà cité (i) , que cette arme est loin d'être aussi redoutable que le croient les gens dépourvus d'expérience. Le sabre des Turcs et des montagnards écossais est bien autrement terrible; et, si les Turcs avaient les premières notions militaires, la baïonnette des Russes serait un faible obstacle à leur opposer.

L'extrême utilité des tirailleurs une fois reconnue , on doit sentir combien il est inconséquent de ranger l'infanterie sur plusieurs lignes dans une bataille. Il est évident que Ton emploiera bien plus avantageusement ces lignes de derrière, en les étendant sur son front, pour parvenir à déborder l'ennemi, c'est-à-dire, à le prendre en flanc et à dos. Depuis l'invention de la poudre, on n'est point vaincu par la violence du choc de l'ennemi, mais par la supériorité de son feu, dirigé concentriqueraent. Si l'on voulait agir en masse, il faudrait se former en colonnes à la Folard. Hors de là , trois rangs sont déjà trop ; conséqucmmcnt , notre ordre mince actuel est le

(i) Considérations sur larl de la guerre.

(Note du Traducteur.)

plus mauvais qui se puisse. La première ligne culbutée se renverse sur la seconde, et y porte le désordre. Encore une fois, c'est à la cavalerie à soutenir l'inCunterie, et celle-ci ne doit former qu'une seule ligne.

La guerre de la révolution française a démontré souvent la vérité des principes que j'ai posés dans mon premier ouvrage , et que je rappelle dans celui-ci. Je me suis convaincu de plus en plus que l'adoption d'un nouveau système de guerre amènerait une nouvelle organisation politique de l'Europe, et, par suite , une paix perpétuelle. Pour ne pas me répéter , je renvoie à mon premier écrit (f).

Je demande seulement qu'il me soit permis de retracer ici le dernier paragraphe du précis» dont j'ai extrait les passages que l'on vient de re.

€ Si, dans la campagne qui va s^ouvrir (disais-je en mars 1800), les Français veulent pénétrer par le Tyrol, les Autrichiens doivent les y laisser avancer, et alors attaquer la Suisse sur leurs derrières, tant du côté de l'Italie, que de celui de l'Allemagne. Les Français, en revanche, doivent attaquer le Piémont parla Suisse, et de Gênes, se répandre de nouveau en Lombardie sur la rive méridionale du Pô. La perte de Gênes doit entraîner celle de l'Italie pour les Français. >

L'événement a fait de ces paroles une espèce de prophétie. Après la longue et glorieuse campagne de 1799, les Autrichiens avaient pris leurs quartiers d'hiver le long du Pô. Dès le mois de mars, le général Mêlas transféra son quartier général de Turin à Alexandrie, de là à Acqui , et rassembla la majeure partie de 868 forces dans la vallée de la Bormida. Les Français, de leur côté , réunirent presque toutes leurs troupes sous Savone. Il était facile de juger que le but de ces dispostions, pour les Autridiiens, était de couper û communication des Français avec leur patrie; et, pour les Français, de la conserver.

Cependant les Impériaux étaient assez forts en nombre, pour faire, vers Gênes, des démonstrations qui inquiétassent les Français sur leur véritable projet, et en même temps pour velDer

(t) Esprit du système de çuerre Wkodtmi , n* part, sect. ?i et VII.

HISTOIRE

sur les Alpes. Mais il n'est pas donné au savoir, ni môme à rcxpérience consommée, depcnélrcr les vues du génie.

I^e 5 avril , le général Mêlas se porta d'Acqui à Cairo , et successivement à Carcare, Malare, Cadiliona et Monteaito. L'objet stratégique de ces mouvements paraissait être Noli , et leur but tendait à envelopper totalement Farmée Française. Sous ce rap])ort, ces opérations méritent d'autant plus d'éloges, que les Autrichiens ayant pour base Céva, Mondovi, Asti, et d'autres forteresses , ils meltaient leurs ennemis dans la position la plus critique.

Le plus heureux succès couronna leurs efforts. Apres avoir cmporlé plusieurs baulcurs retranchées, ils parvinrent jusque sous les murs de Savone. Les Français jetèrent 700 hommes dans la citadelle de cette place , et se retirèrent sur Albissola.

En même temps, le général Kaim fit attaquer le Mont-Genis. Les Français, surpris nuitamment, ne purent s'y maintenir. Quel bonheur pour les Autrichiens , s'ils eussent pris les mêmes mesures contre le Saint-Bernard, le Gothanl et le Simplon !

Le 6, ils obtinrent un nouveau succès sur la côte orientale de Gènes. Ils contraignirent le général Miollis à la retraite; mais, le lendemain, Masséna s*y transporta lui-même, battit les Autrichiens, et leur fît. 2,000 prisonniers. Le silence de ceux-ci sur cet événement, en est une confirmation.

Par l'occupation de Savone, il n'existait plus de communication entre l'aile droite et l'aile gauche de l'armée française; la première se trouvait même totalement cernée. Gctte opération devrait être regardée comme un chef-d'œuvre de l'art, si elle n'avait été facilitée par la grande supériorité en nombre.

Le général Suchetse relira avec l'aile gauche le long de la côte , toujours disputant le terrain, mais toujours contraint à ctuler. Le 12, il était déjà sur les hauteui-s de Finale ; il ne se passait point de jour qui ne vit une multitude d'affaires de postes : la plus brillante de toutes fut, sans contredit, la prise de la Bochetta par le général Hohenzollern, qui emporta sept redoutes fermées.

Malgré cet heureux début , malgré l'extrême importance de la ville de Gênes, pour toute puissance qui veut conquérir ou conserver

l'Italie, il est permis de croire que les Autrichiens pouvaient encore mieux employerleun forces. G'est la Suisse, comme que l'ai déji prouvé (i), c'est la Suisse, qu'ils devaient attaquer et conquérir à tout prix. La conquête de Gênes, et l'expulsion des Français hors de l'Italie, n'étaient qu'un objet d'intérêt secondaire; tant il est important de se représenter les cho* ses sous leur vrai jour, et de se proposer on but fixe auquel toutes les parties du plan doivent concourir. L'armée française, dans la rivière de Gênes, d'après tous les rapports, était inférieure de plus de moitié à celle de l'Empereur. De plus , toutes les places fortes du Piémont étaient au pouvoir des Aulrichieos, qui avaient donc la liberté de faire agir h majeure partie de leurs forces contre la Suisse.

Peu de temps après , la campagne s'ouvrit aussi en Allemagne, mais avec cette différenoe que les Français y prirent iaunédiatemenl l'oflensive.

Ils avaient un garant du succès dans les dis^ positions des généraux autrichiens. Ceax-«i ignoraient-ils que, la Suisse étant occupéepar les Français, il n'y avait point de poàtioB tenable en Souabe , en avant d'une ligne tirée du lac de Gonstance jusqu'au Rhin, par Pfidlendorf et Heidelberg? Que les Français piSr sassent le Rhin entre Bàle et le lac de Constance, ou qu'ils pénétrassent dans le pays des GrisoBi et le Tyrol, tout ce qui occupait le sud-ouest de la Souabe, se voyait forcé à une relnitc précipitée , pour ne point perdre toute ocmuainication avec ses moyens de subsistance, ht passage du Rhin est tellement facilité par a courbure depuis Schaffhouse jusqu^à Eglisn, et de là jusqu'à Bâle, qu'il est impossible de s'y opposer. Au total, cette guerre , plus qa'itcune autre, a démontré combien les rivières, par elles-mêmes , sont des barrières impuii^ santés.

L'inspection seule de la carte fait voir qodk étrange imprévoyance avait présidé à la distribution des quartiers d'hiver des Impériaux cl à l'établissement de leurs magasins. Placés av le Danube supérieur , dans la Souabe mëriiEonale, ils n'étaient qu'un appât de plus pour lei Français. Les premiers éléments de la guen* enseignent que les magasins doivent, antiit

(0 Page 3C6.

qu'on le peut , être situés dans des places à Tabri d'un coup de main. Cesl à Kempten , à Memmingen el à Ulm , que les Autrichiens devaient former les leurs, après avoir rendu ces trois endroits susceptibles de la plus longue défense possible.

Cette disposition supposée, on pourra s'étonner que je veuille, néanmoins, faire passer le Rhin aux Impériaux, pour se porter à Tattaque de la Suisse. Hais que Ton considère que cette attaque ne devait être qu'une diversion , pendant que l'opération principale aurait eu lieu du cùtc des Grisons et du Tyrol.

Le quartier général était à Doneschingen, et les cantonncmenls dispersés sans ordre aux environs. On prêtait le flanc de toutes parts. La cause en était évidente : on se tenait au centre, pendant que Vennemi occupait la circonférence , c'est-à-dire , la courbe décrite par le Rhin.

C'était le long de l'iller qu'auraient dû être marqués les quartiers ^ d'Ulm à Kempten et Memniingen, jusqu'au Tyrol; mais il fallait aussi une chaîne d^avant-postes depuis Bregentz sur le lac de Constance, jusqu'à Ëchingen sur le Danube, et sur le Rhin, des piquets de cavalerie, chargés de surveiller les mouvements de l'ennemi , et de donner promptcment avis de son passage. On l'attendait alors en dedans de la ligne de défense, dont j'ai parlé plus haut. C'est ce que fit l'archiduc Charles en 1709 , c'est ce qu'il fallait faire encore en cette occurrence; mais les dispositions des Autrichiens semblaient bien plus calculées sur les moyens de subsistance que sur les principes de la guerre.

Le général Moreau avait d'abord établi son quartier général à Colmar , soit pour mieux diriger l'ensemble en se plaçant au centre , soit pour mieux donner le change à l'ennemi sur le véritable point d'attaque. Dans la nuit du 24 au 25 avril, il fit passer le Rhin à son aile gauche, sous le général Sainte-Suzanne, près de Kehl, et à son centre, sous le général Saint- Cyr, près de Brisach. Les avant-postes autrichiens furent renforcés, et opposèrent quelque résistance. Sainte-Suzanne se divisa en trois colonnes, dont Tune se porta versRastadt. Les Impériaux occupaient un camp auprès de Willingcn et llufingen, et le général Kray restait immobile à Doneschingen, non pas, vraisem-

blablement, en conséquence d'un plan, mais, au contraire , faute d'en avoir un qui pût s'adapter aux circonstances.

Le 27 , le général Sainte-Suzanne repassa le Rhin tout à coup près de Kehl : les Autrichiens, trompés par cette manœuvre, se reportèrent aussitôt sur ce fleuve. Cependant Moreau l'avait passé, le 26, près Bàle. L'aile gauche remonta jusqu'à Brisach , et se réunit au centre , qui , le même jour , avait marché par Fribourg sur Elzach. Mais ce furent principalement les passages opérés près Schaffliouse, Constance, et dans la partie voisine du lac , qui déterminèrent les Autrichiens à abandonner leur position, dans la crainte de se voir coupés.

Je trouve utile de citer ici un rapport des Impériaux sur l'ouverture de la campagne en Souabe, et j*y joindrai des commentaires qui mettront à même de saisir cette grande opération dans tous ses détails.

€ Les progrès de l'armée française en Souabe, » et la retraite des troupes allemandes, n'ont

> rien d'étonnant, si l'on se représente les

> positions militaires respectives. »

La retraite des Impériaux n'est, en effet, nullement étonnante dans la position où ils se trouvaient; mais il est étonnant qu'ils l'aient prise ^ cette position.

c Celui qui possède Kehl, les têtes de pont

> de Brisach et d'Huningue , et l'angle que fait i la Souabe en face de Bàle, est , militairement

> parlant, non-seulement maître du terrain » compris entre la Forêt Noire et le Rhin, mais

> de la Forêt Noire elle-même. »

Cela est incontestable : mais l'auteur devait ajouter que la possession de la Suisse assurait œlle de la Souabe entière jusqu'au lac de Gooslance. Pourquoi donc les Autrichiens se mettaient-ils dans un sac, où ils ne pouvaient éviter d'être enfermés que par la fuite la plus prompte?

c Les principaux chemins qui conduisent à

> la Forêt Noire, tels que ceux des vallées de I KinUing et de Hausach, du Trou d'Enfer, 1 près Fribourg, etc., étaient défendus par des

> retranchements. Mais lorsqu'un de ces pas- » sages dans les montagnes est forcé , les au-

> très sont bientôt tournés , et l'on ne peut plus

> prétendre à s'y maintenir, surtout quand une

> armée doit, comme le devait celle de TEm- I pereur, occuper tout le cours du Rhîn, jus-

HISTOIRE

> que dans le pays des Grisons , y compris le

> Voralrberg et les passages du Tyrol qui don- » nent accès dans le sein de la monarchie. >

U n'est pas nécessaire d'occuper tous les passages pour les défendre; on arrête bien mieux rennemi en prenant une position oblique. S'obstine-t-il à pénétrer, il se prépare le sort des fourches Caudines (i). Pourquoi donc fallait-il que les Autrichiens occupassent le Voralrberg?C'est en se plaçant à Kempten,quMls empêchaient les Français de s'avancer dans le Tyrol. c Le général Kray avait donné aux généraux Kienmayer et Giulay, Tordre éventuel de n'opposer dans les plaines de TOrtenau et du Brisgau, qu'une résistance momentanée, afin de donner le temps aux troupes de se rassembler à l'entrée des passages dans les montagnes. Le général Starray , en cas que l'ennemi lui fut trop supérieur, devait se retirer par Pforzheim, et se réunir sur le haut Nccker avec Faile droite de l'armée, parce que cette fois on n'avait pas à appréhender, comme dans la campagne précédente , que l'ennemi fit une diversion par Manheim, et moins encore sur le bas Rhin, i Le corps de Starray aurait pu agir d'une manière plus utile; nous en reparlerons plus loin. L'ordre de tenir dans les montagnes était irréfléchi, parce que du moment où les Français passaient le Rhin en Suisse, toutes les positions se trouvaient tournées.

c Le centre de l'armée devait se former dans

> les plaines derrière Stockach , où notre nom-

> breuse cavalerie pouvait se déployer avec f succès, si Moreau s'y laissait attirer. »

Moreau ne s'est point laissé attirer, il s'est volontairement avancé dans la plaine : il y a eu un combat à Stockach , et il n'a point été à l'avantage des Autrichiens.

c Mais, dans tous les cas, il fallait abandon- » ner aux Français une partie considérable de

> la Souabe : car on ne peut nier que le géné-

> rai Moreau , ayant une connaissance parfaite • du pays, avait ouvert la campagne, d'après » un plan impénétrable , incomparablement » mieux calculé que celui du général Jourdan, » en mars 1799. »

(0 L*an de Rome 451 , les consuls Posthumius et Veturius, s'étant imprudemment engagés dans un défilé, furent enveloppés par les Samniles , et obligés de

La manoeuvre de Moreau était MTtDte , mais non impénétrable. Comment les Aatrichiens n'ont-ils pas prévu qu'il se porterait sur les points où il pouvait les couper et les prendre en flanc? Le passage de Kehl ne devait pas les occuper un instant : Moreau était trop habile , pour attaquer de front ce qu*il était en son pouvoir de tourner. On voit cependant que les Autrichiens ne détachèrent point leurs regards du corps de Sainte-Suzanne ; et , d*après le rapport cité ici , lorsque ce corps repassa le Miîd, loin de pénétrer le but des Français, ils attribuèrent leur retraite aux revers que venait d'essuyer Masséna en Italie.

€ Le général Lecourbe, connnandant Taie f droite de l'armée française, fit mineëp-

> lement de vouloir passer le Rhin dansph-

> sieurs environs du lac de Constance» ah

> d'agir de concert avec Moreau. >

Si le général Moreau eût fait passer h majeure partie de ses forces entre Bâle et le lac» la position des Autrichiens aurait été cncort plus critique. La colonne qui passait à Constance» marchait à Stockach» et s*y empanît des magasins; celle de Schaffhouse ooupiît l'armée impériale de Stockach» et toutes den se trouvaient bientôt tellement à dos de Pcnnemi» qu'il lui était presque impossible de le rouvrir une communication avec les États héréditaires» à moins qu'une armée de léaeiw ne vint lui faire jour. Il est vrai quMl eût falhi pour cela» que le corps qui avait passé à KcU se maintint sur la rive droite» afin de tons les Autrichiens à conserver leur fatale posilioSi Ils ne la quittèrent pas avant le l*' nui; é avant ce terme» la manœuvre que je Yieosdi tracer pouvait être convenablement eséontéai

Ce n'est pas que je prétende» en nulle bçoa» blâmer la marche du général Moreau. EUe ert» au contraire» digne de l'admiration des eoenaisseurs. Il ne pouvait pas s'imaginer que hi Impériaux ne concevraient aucun soupçon, ci le voyant renforcer si considérablement u droite. Je veux seulement faire remarquer qM l'opération» telle que je la conçois» eût étf beaucoup plus décisive» parce qu'elle était e^ centrique» et que les hommes ordinaires m

passer mus le joug. £e« faurekes Cauâineg tirent nom de Caudium, aujourd'hui Arpala, village Capoue et BéneYeot . ( Note du Traducteur. )

savent point prendre de mesores contre Veir traordinaire.

Il y avait encore, ce me semble, une autre manière d'ouvrir la campagne, tendant non moins directement vers le but, quoique ayant davantage Tapparence de Texcentricité. Elle donnait à la guerre une toute autre tournure, parce que le théâtre en était transféré dans d'autres régions.

Au lieu du sud-ouest de laSouabe, les Français auraient attaqué le Tyrol; ils laissaient Tarmée autrichienne en repos dans la première de ces provinces, et forçaient le Rhin dans le Vorairberg, à Bregentz et à Feldkirch. Il aurait, néanmoins, été convenable de montrer des tètes de colonnes à Kehl et à Brisach , afin de maintenir les Impériaux dans leur position ; mais, au contraire, ne faire nulles démonstrations à SchafThouse, pour ne point leur donner Tidée de replier leurs troupes. 11 sufsait de border le Rhin en forces, pour cacher le mouvement qui se sertit fait vers le Tyrol.

11 est vraisemblable qu'il eût été conquis avec la plus grande rapidité. Car, suivant toutes les relations, le corps du prince de Reuss était trop faible; et, d'ailleurs, Tinfimterie française vaut mieux que Finfanterie autrichienne, pour la guerre de montagnes.

Que Ton ne dise pas que le général Kray, profilant alors du dénàment de troupes où se serait trouvée la Suisse, s'en emparait derrière Moreau, et par là enveloppait son adversaire. Ce coup se présentait de lui-même, si Farmée de réserve, formée à Dijon, n'eût occupé la Suisse, dès le jour où Moreaus'en serait éloigné. Mais il me parait bien plus probable, que les Impériaux, fidèles à leurs principes de défense parallèle, se seraient retira à marches forcées dans l'archevêché de Salzbourg, la Carinthie, ou même l'Autriche, pour couvrir Vienne. Que devenaient-ils alors, si l'armée de réserve fût venue accroître les forces de Moreau.

Le général Mêlas était trop occupé en Italie, devant Gênes, pour qu'il lui fût possible de voler au secours des États héréditaires, ou même d'entreprendre une diversion. S'il eût voulu passer les Alpes pour tomber sur le flanc

(i) Quelques mois plus tard , on a cependant m les Français aui portes de Vienne, TEmperenr et tonte sa famille à la veille de se réfugier en Hongrie : et pu

droit des Français, dans le Tyrol ou en Suisse , il fallait, du moins, qu'U laissât une grande moitié de ses troupes pour tenir tête à Masséna et à Suchet. D'ailleurs, il est bien moins facile de passer d'Italie en Suisse ou en Allemagne, que de ces contrées en Italie, parce qu'il est toujours plus aisé de descendre das montagnes que de les monter avec son bagage et son artillerie.

Au reste, malgré la brillante perpective qu'offrait aux Français ce plan d'opérations, des considérations particulières , tant militaires que politiques, me déterminent sans pdne i donner la préférence à celui qu'ils ont suivi. Je vais, d'aï>ord, exposer les premières*

La plus grande des difficultés qui se présente dans une opération contre le Tyrol, est celle des subsistances. Sans des magasins considérables, une armée nombreuse ne peut s'alimenter que peu de jours dans ce pays montagneux. A moins que les Français n'eussent trouvé des magasins tout formés dans le Tyrol, ils ne pouvaient espérer que ceux de la Suisse suffissent à nourrir deux armées, celle de Moreau et celle de réserve. Comment les faire suivre dans;une opération nécessairement aussi rapide? Car, plus on prolonge les lignes d'opérations qui ont un magasin pour base , i^os il devient difficile de mouvoir l'armée vers l'objet proposé. Or, comme l'activité de celle-ci dépend deses moyensde subsistance, on peut établir que la force des opérations militaires est en raison inverse de la longueur des lignes d'opérations.

Ces réflexions, fruits de l'expérience , étaient sans doute un motif suffisant pour détoomer le gouvernement Français d'une entreprise aussi hasardeuse. D'ailleurs , estpil prouvé que les succès extraordinaires qu'on eût pu s'en promettre, eussent été un bien réel aux yeux d'une saine politique? Les Français à Vioin'e, l'Empereur dépouillé et fugitif, ne donnaientils pas l'alarme au reste de l'Europe, menacée de voir renaître la monarchie colossale deCbarlemagne? Des puissances neutres jusqu'à ce moment inondaient aussitôt le nord de l'Allemagne, pour repousser un torrent prêt à les engloutir (i).

tme pniflianca n*a remoé, tant eltes étaient loin de s*alarmer û'MnmmU qui devaient amener la fin dt cette eradkgœrfe. (NaUékTraàÊeUmr.)

HISTOIRE

L'Ilalie offrait des chances plus engageantes : son éloignemcnl excitait moins la jalousie des puissances du Nord. De plus, une république y avait déjà existé , que l'apparition des armées françaises devait faire i^naitre de ses cendres. La fertile Lombardic, quoique depuis plusieurs années le théâtre de la guerre, assurait enfîn de vastes moyens de subsistance aux maîtres que lui donnerait le sort des armes.

De tout ce que je viens de dire, il faut conclure que le plan des Français, de faire de la Suisse un point central d*attaque contre la Souabe et Tltalic, était le seul raisonnable, le seul capable de donner de la consistance à leurs progrès. Reprenons la suite des événements.

Les Impériaux abandonnèrent cnGn la position de Willingen et Hufiîngen; et, le 3 mai, les Français entrèrent à Doneschingen, où avait été le quartier général de Kray. Les Autrichiens se retirèrent précipitamment par Tuttlingen et Geissingrn , dans les environs de Stockach etLiptingen. Le Brisgau n'était plus occupé par Tune ni Tautrc armée, toutes deux se portant vers TEst.

Le général Starray se retira de Rothenbourg sur le Necker, où il devait prendre le commandement de V^ilc droite, et se rejoindre au général Kray. Le prince de Hohenlohe se retira aussi de Manheim à Canstat.

Cependant, le passage de Tailc droite de Farmée française, sous le général Lecourbe, k Constance et Dissenhofen, avait déterminé Kray à transférer son quartier général à Stockach. Moreau Vy atteignit, le 4 mai, et il s'engagea une affaire , qui , à cause de ses suites, pourrait être appelée une bataille, quoique la perte respective ne fût pas considérable.

Le 5 , les Autrichiens prirent poste à Moeskirch , et y furent aussitôt attaqués. Ils publièrent qu'ils avaient repoussé leurs ennemis ; mais les Français prétendirent les avoir complètement battus, et le prouvèrent en continuant à gagner du terrain sur eux.

Les jours subséquents virent de nouveaux combats, dont le résultat était toujours la retraite des Autrichiens. Le plus grand de leurs désavantages était de n'avoir point encore eu le temps de se concentrer. L'armée française, au contraire, ne formait plus qu une vaste ligne.

qui, débordant sans cesse les Impériaax, repliait tous les corps qu'elle rencontrait. Il était évident que le but des Français , en pesant continuellement sur la gauche des Autrichiens, était de les rejeter sur leur droite, et de les forcer enGn à passer le Danube, dont alors la rive droite, ou méridionale, tombait entièrement au pouvoir des vainqueurs. C'est dans ce dessein que Moreau continua à maoceuvrer ca Bavière : rien n'était mieux calculé.

L'aile droite des Autrichiens, observée, inquiétée par Sainte-Suzanne , ne put opérer n jonction avec les autres corps. L^ troupes impériales,comme l'attestentles rapports delems ennemis, montrèrent une bravoure digne d'éloges; mais leurs chefs ne semblaient pas avoir trouvé encore les moyens de réparer le désordre occasionné par les mauvaises dispositioDS primitives.

On a peine à croire qu*il faille absolument désespérer du succès de toute une compagne, dès son ouverture. Replaçons donc l'armée autrichienne dans les environs de Doneschiogen, au moment où Moreau passa le Rhin , et voyons ce qu'un chef habile, connaissant le pay8,la force de l'ennemi et ses dispositions, eâlpi entreprendre pour lui résister. Cet examen, j*aime à le suppaser, doit satisfaire celai qoi entend la guerre, comme celui qui cherche! rapprendre.

Il était de toute nécessité que les AulrichieBi se retirassent, aussi promptemenl que posible, derrière la ligne que j'ai tracée plushaol, et se rassemblassent à Pfullendorf, pour éviiff d'être tournés et battu3 partiellement, comme cela est arrivé. Leur aile gauche devait iant les plus grands efforts pour se conserver an communication avec le Tyrol. L'essentiel élii de ne point perdre de temps : les demi-résohtions, les demi-mesures sont les plus mauvaisa de toutes , et c'est envain qu'on essaye de nvenir sur une occasion négligée.

On pourrait demander ce qui serait arriTé, si Tarmée autrichienne , observant avec sanffroid les mouvements des Français, se M obstinée à maintenir ses positions à la soiuce du Danube. Je ne pense pas que Doneschingei et HufTmgen fussent précisément les lieux propres à cet cifel ; et il me semble que les Imp^ riaux auraient dû marcher sur leur gauche, H camper dansles environs de Geissingen, mab ci

conservant toujours la rWe gauche du Danube.

La position de Willingen ne devait pas être abandonnée ; elle était importante. Elle couvrait, en potence, le flanc droit de la grande armée.

Mais aussi lot on s'aperçoit ici de ce que pouvait faire la colonne française qui débouchait par Bâle. Elle se portait sur le flanc droit de la position sur le Danube, et cherchait à la séparer de celle de Willingen. Si elle se hasardait à passer le Danube, il fallait TassailUr des doux côtés à la fois. On était plus fort, et on pouvait la battre, s'il est vrai que le général Kray eut 70,000 hommes sous ses ordres.

Par un détachement sur sa gauche, il pouvait attirer Moreau vers Stockacb , et exécuter une de ces manœuvres hardies qui commandent Tadmiration. Par là, les Français se voyaient arrêtés, dès leurs premiers pas, dans leur invasion ; c'est, en un mot. Tunique méthode de conduire heureusement la guerre défensive.

Cette manoeuvre consistait à prendre un camp sur la gauche des Français, en passant le Danube, mais en le conservant soi-même sur son flanc gauche. Si Moreau se laissait at^ «Cirer vers Stockacb, sur sa droite, il se trouvait alors, par la position d'Engen, presque entièrement séparé de sa base, jusqu'à Schaffhouse.

Peut-être toute Tannée pouvait-elle, par une marche sur sa gauche, déterminer le général Moreau à marcher parallèlement sur sa droite vers Stockacb. Cette marche pouvait se faire sur la rive gauche du Danube , et couverte par ce fleuve jusqu'à Moringen. En cet endroit, on faisait passer un corps, qui avait la faculté de se replier, s'il rencontrait la grande armée française. Celle du général Kray asseyait son camp à Engen.

Mais elle pouvait, à la vérité, être prise à dos par le corps de Sainte-Suzanne , et se voir contrainte de retourner dans sa position parallèle sur la rive gauche du Danube. Pour parer à ce coup, le cam p de Willingen se transfé-

(«) En 1 058, le duc Bernard de Saie-Weimtr étant alors au service de France , surprend les villes forestières de Laufenbourg , Waldshut , Seckingen , et assiège nheinfeld. Le général autrichien, duc de Savelli, accourt, et lui fait lever le siège, avec une perte considérable. C était le 18 février : le 21 , le duc de Wei-

rail àHuffingen, et couvrait ainsi celui d'Engen.

Le générai Moreau se trouvait alors forcé k des mouvements rétrogrades, et ramené lui* même à la guerre défensive. Vraisemblablement il aurait attaqué le corps situé à Engen, et c'était, dans ce cas, à une bataille à forces égales , à décider entre les deux partis. Si les Autrichiens eussent été battus , ils pouvaient , en se retirant dans la même direction, prendre une seconde et peut-être une troisième posi* tion, avant d'être contraints de repasser sur la rive gauche du Danube. D'ailleurs, leur général n'ignorait pas, sans doute» que c'est souvent du sein d'une défaite, qu'on se reporte à la victoire , tel que le fit voir le célèbre duc de Weimar (i).

Dans l'histoire militaire de nos jours, les Impériaux trouvaient un modèle parfait de la conduite qu'ils avaient à tenir. La position du duc Ferdinand de Brunswick, dans la campagne de 1761 , relativement à l'armée française commandée par le prince de Soubise , offre une foule surprenante de points de ressemblance avec la situation de Kray à l'égard de Moreau.

Si donc le général Kray eût défendu le terrain pied à pied, en se retirant dans ses positions sur la rive gauche du Danube , il aurait pu mettre une digue aux progrès des Français, jusqu'à ce qu'ils eussent été renforcés par l'armée de réserve. Celle-ci alors pouvait se trouver forcée de différer sa grande entreprise sur l'Italie; et c'était beaucoup gagner pour les Autrichiens, eussent-ils été repoussés, en Allemagne , jusque dans les États héréditaires.

Laissons, pour un instant, les suppositions, et revenons au récit des faits. *

Après le sanglant combat de Moeskirch, le général Kray ne se retira pas jusque derrière l'iller, et dans le camp retranché d*Ulm, comme s'y attendaient les Français. Pendant la nuit, il se porta sur Siegmaringen , où il passa le Danube; mais, dans la nuit du 7 au 8, il revint occuper la rive droite, afin que les Français ne s'en emparassent point. 11 crut ne pouvoir

rnar reparaît tout à coup, défait coroplétement les Impériaui , et prend leurs quatre généraux Savelli , Enkefort, Sperreuter, et le fomeax Jean de Werth, qui fut mené en triomphe à Paris.

Hi#lotr«delayiftfrr«defreiiteafif , i^ SekiUer, tom. ui , liv. IV. ( Kote du Traducteur. )

mieux aueuuins le bnt • ni -si anaun» ^nste i Bibench . mil riçna par ine narrhe âanaie. MaLs. le». Les F:Mt.-ai5 /utainumnt ivi» n» nombreuse ^JuSmierje. nie '^ wnin sorànemeat biiLse fiivoreait . -amnâ n* -^ «inèciiait la cavalerie iiiirîirhuHiiie « iomiff. La xi^i- «oaBanuçaay-iaiilien. « ine aurïia.Mrp»

du ^neril 5*iiit-»:yr. ivim.ifr«it •» 'rjîmmes sans se iéployer. ians a Swet levant Biberach . ou eile» rencontrweit le* i^mt-oïKœs de Temiemi. pi'elles .mibottareoc lasâitùt. Le chemin oreux •rœ âime la peùie n^rère -ie Ries6. ne les empêcàa pas 'le les poonoi'VTe jusque dans la ville.

Ceeî se parî^ait à la Irotte des Français, et i la gauche des Autrichiens, pendant 'pe le ^ néral Richepanse canomiait. depois -à heores. le reste du froot de TennemL Toute cette lî^pie était portée sur des hauteurs, derrière la rir Yière. et la famée de rartiilerie pennettût à peine de TaperveToir. Dês*iae le gêmml Riche* ; panse vit «pie ks deux di^isioas de la droite ! avaient culbuté renoemi et occopê Biberach, et | que coQséquemment son flanc se trouvait coq- Tert . il passa la rivière à gué. Son infanterie atteignit une hauteur escarpée qui commandait | Biberacfa : et sa cavalerie, pour ne pas s'engager dans un terrain marécageux, alla passer sur un pont près de la Tille , pois fondit aussitôt sur les Autrichiens, qu'elle prit en flanc et à dos. Leur perte fut très-considérable; ils cherchèrent leur salut dans les bois. On ne peut voir une manoeuvre mieux combinée.

Ce revers contreignit le général Kray à se retirer sur Memmingen. On ne voit pas, dans les rapports de Faction dont je viens de parler, que la cavalerie autrichienne ait agi, quoique les Français aient trouvé le moyen de se servir très-utilement de la leur. Mais on pourra demander pourquoi les Impériaux étaient venus s'exposer à ce combat de Biberach. Arrivés à Sicgmaringen, au lieu de se reporter en avant du Danube, ils devaient rester sur la rive gauche : au lieu de descendre le fleuve, ils devaient le remonter, et donner aux Français de Finquictiidc pour les derrières de leur armée. C'est par des diversions habiles, c'est en se partageant en plusieurs corps , que loo met obstacle aux progrès de Tennomi. Vous le contraignez à s'affaiblir, en se divisant, c Mais, • dira-t-on, par la même cause, vous vous af-

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du cofps chargé d'agir Ters Engen. De ce ■». ment, h gnene changeait absolument de bet. Que ponnil bire Moican ainsi entooé, d ayant, de plos, le TTiolderrièfe lai? PoonilJ s'engager en Bancre, et se déUcber toUkment de sa base, dont h posiUon d'Engea k le séparait déjà qoe trop? D'aiOears. te «mi porté à Clm n'avait qu'à remonter l'iller i» qu'à Memmingen, pour couvrir la Bavière. Oi n'était donc qu'à force ouverte que les Ftas> çais auraient pu se tirer d'une position am critique. Malgré eux, le géntel Kiav éld toujours le maître de gagner Biberadi par u( marche forcée, et il ne leur était point p^niyr de prévenir le corps qui se portait à Eagcs, en remontant le Danube. Ce mouvement éliK d'ailleurs si extraordinaire, que les Fnncaii n'auraient jamais songé à s'en garantir , et seul, U pouvait décider du sort de la campagne (■

(i) Vojei £ipHf Al lytièmr de guerre I" part., sect. z.

fayeiir des Autrichiens en Allemagne » el vraisemblablemenl en Italie.

D'un aulre côté, je ne co9||oi8 pas pourquoi les Français, au Heu d'allaqéer à Biberach, ne s'étendaient pas à Test par Memmingen, en prenant une position parallèle au Danube. Us se mettaient alors, il est vrai, le Tyrol à dos; mais les forces des Impériaux y étaient presque nulles, et l'événement le démontra depuis, quand les Français se placèrent comme je rindiquc ici.

On ne peut trop s'étonner du peu de soin que prirent les Autrichiens de former , dans le Tyrol , un corps de troupes capable de faire la plus uliie diversion. Le conseil aulique parait avoir pour principe d'envoyer toujours des renforts aux grandes masses, qui n'en deviennent souvent que plus lourdes et moins actives. C'était aussi celle du feld-maréchal Daun, qui n'avait jamais assez de soldats autour de lui : cette erreur a été très-utile à F^rédéric le Grand , dans la guerre de sept ans. 11 est à remarquer que dans la guerre de Turquie, et dans celle-ci, les Autrichiens sont tombés dans les deux extrêmes opposés. Dans la première, ils voulurent tout couvrir par un coitlon, trop faible sur tous les points pour Tattaque et la défense : dans la seconde , iifltie sont beaucoup trop concentrés. Le milieu entre ces excès, c'est-à-dire, la disposition de différents corps se flanquant et se soutenant mutuellement, dépend du coup d œil stratégique , et ce coup d'œil renferme tous les talents du général.

Le 10, le général Kray fut attaqué de nouveau à Memmingen. Il parait que ce ne fut qu'une affaire d'avant-poste, car il maintint sa position. V humanité seule, dit-il dans son rapport , le détermina, le 11 , à se retirer sur Ulm. Mais les Français publièrent la relation d'une attaque faite par le général Lecourbe avec l'aile droite, attaque qui coûta encore beaucoup de monde aux Autrichiens, en morts et en prisonniers. Enfin, le général Kray atteignit Ulm, où il espérait se refaire des fatigues d'une retraite aussi précipitée.

C'est à lllni que nous retrouvons tout d'un coup le corps du général Starray. Pendant tous les événements militaires que nous venons de décrire, il semble être resté inactif sur la rive gauche du Danube. Il la conserva près d'Llm, et Kray resU sur là rive droite.

Le quartier général était entre Ulm et Guntzbourg, et l'armée impériale était conséquemment à cheval sur le Danube. C'était une position impossible à conserver, dès l'instant où l'ennemi se montrerait sur l'un de ses flancs, particulièrement sur le gauche.

Quand le général Kray abandonna Memmingen, c'était vers le Tyrol qu'il aurait dû se diriger, par Kempten, en remontant l'IUer. Il s'y faisait suivre par l'aile gauche et une partie du centre, tandis que la droite se postait sous Ulm, et que le corps de Starray remontait le Danube jusqu'à Siegmafingen pour menacer les derrières de l'armée française.

11 est digne d'observation que , dans presque toutes les manœuvres stratégiques, il est seulement nécessaire de se partager en trois corps, c'est-à-dire, qu'il y a communément trois points qu'il faut occuper, et rarement davantage. Mais le talent d'un chef est de savoir déterminer ces trois points essentiels : chacun d'eux peut ensuite se couvrir par de petits détachements.

Dans le cas dont il s'agit, les Autrichiens ne pouvaient donc mieux faire que de se partager en trois corps. Leur opération à Memmingen aurait consisté en un déploiement du centre, pendant que l'aile gauche, qui devait être la plus forte de beaucoup, se serait dirigée au sud vers Kempten , et la droite au nord vers Ulm, toutes deux couvertes par l'IUer. Parla, les Impériaux mettant à découvert la Souabe orientale et la Bavière, semblaient en ouvrir les chemins aux Français, si ceux-ci étaient assez inconsidérés pour donner dan le piège.

On ne peut se dissimuler , du moins , qu'ils n'eussent été fort surpris à la vue de celte opération nouvelle. Leur indécision sur la marche qu'ils avaient à suivre pouvait les tenir quelque temps dans l'inactivité. Le principe des retraites excentriques, dans la stratégie, n'étant point encore connu, n^ayant jamais été mis à exécution, les Autrichiens y trouvaient des ressources incalculables. Je renvoie à mon premier ouvrage, où je crois avoir exposé des idées tout à fait neuves sur ce système (i).

{î)EiprU du tyiUme de guerre modeme.v* ptrt.,

sect. VIII.

inonie directe avec celle de Bonaparleen Italie.

Les Français avaient y d'ailleurs, la facilité de faire une diveraion en Bavière , par Augsbourg, comme ils le firent par la suite. Cette diversion était déjà suflBsante pour débusquer les Autrichiens de leur position sous Llm, sans qu'il fut nécessaire de détacher un corps au delà du Danube. Elle avait encore le précieux avantage de consumer moins de temps; la peur d'être coupés déterminait , sans nul doute, les Impériaux à se rapprocher en hâte de TAu triche.

En général, il est toujours extrêmement dangereux de détacher un corps au delà d'un grand fleuve, à moins que la faiblesse de Tennemi ne vous donne la certitude de le battre complètement, si vous le rencontrez.

Le général Vandamme fut détaché avec i 0,000 hommes , de Mindelheim sur Augsbourg. Les Autrichiens étaient postés entre Tlller et la Kammlaeh; mais ils étaient très-resserrés vers le Danube; et ne possédaient plus qu'une langue de terre très-étroite sur la rive droite, par suite du combat qui avait eu lieu, le i6, à Nersingen , près du fleuve.

Pourquoi donc les Impériaux , d'après leurs propres rapports, plus forts en nombre que les Français, n'cnlrcprenaient-ils jien sur les derrières de leur ennemi ? On parla beaucoup de prendre Moreau à dos, quand il s*étendit vers la Bavière, par Mindelheim et Augsbourg, mais nulle de ces menaces n'eût d'effet.

. Et ce|)endant, que l'on examine ce que pouvait faire l'armée autrichienne, sans passer sur la rive gauche du Danube. Entre l'IUer et la Kammlaeh , ses avant-postes s engageaient chaudement avec ceux des Français, de manière à les disposer à une attaque générale de front; pendant ce temps, le gros de l'armée se portait rapidement à droite , masqué par ce combat d'avant-postes, et il allait prendre une position derrière l'iller, c'est-à-dire, sur la rive gauche ou occidentale de cette rivière : c'était préparer la ruine totale de l'année française.

En effet, elle avait à dos le Tyrol, occupé '^ par le prince de Reuss; à sa gauche, la grande armée autrichienne derrière TlUer; en front, ^ le corps posté sous l'im; la Bavière seule lui restait ouverte , mais plus elle s'y serait enfoncée , plus elle se serait interdit tout espoir tie salut.

Au lieu de cette grande et décisive mesure, les Impériaux se contentèrent de harceler les Français dans la Souabe méridionale , par des partis volants. Un de leurs ofUciers , le comte de Walrooden , se distingua particulièrement par plusieurs coups, aussi bien combinés qu'exécutés. Dans une reconnaissance, entreprise par les Français sur la gauche des Autrichiens, le général Giulay fit agir ses hussards avec une précision si rare, qu'en peu d'instants il obtint le succès le plus marqué.

Ces actions partielles prouvent quel avantage on pourrait plus souvent retirer de ses troupes à cheval, si on savait les employer à propos. Parmi les personnes les plus obstinées à nier la supériorité de la cavalerie, se trouvent ordinairement des officiers de cette arme même. On s'en étonnerait davantage, si Tonne considérait , que la plupart des hommes ne veulent point que l'on exige trop d'eux, et désirent paraître avoir fait plus que leur devoir ne leur commandait.

Cependant , Moreau , par ordre de son gouvernement, ayant détaché 20,000 hommes de son armée, pour renforcer celle d'Italie, les Autrichiens se persuadèrent qu'il allait être réduit à la défensive; et ce fut dans ce moment qu'il médita son entreprise sur Augsbourg et la Bavière.

Sou aile gauche était à Biberach, un autre corps à Hegebach, et un troisième plus fort i llleraicheim, dont les avant-postes s'étendaient jusqu'à Illerdissen et Wiblingen , en tirant du côté d'Ulm. Ces corps étaient commandés par les généraux Saint-Cyr et Sainte-Suzanne.

Moreau était, avec l'aMe droite, à Memmingen et Babenhausen. Journellement il occupait l'attention de l'ennemi par de légères escarmouches. La nature du pays , sans cesse coupé par des bois et des rivières, donnait un avantage constant au soldat français, toujours plus agile que l'allemand. Enfin , le 28 mai , Moreau s'empara d'Augsbourg, pendant qu'une autre partie de ses troupes passait le Lech à Landsberg. On ne contestera plus désormais la nécessité de fortifier ces deux places, si l'on veut défendre la Bavière.

11 est évident que le général Moreau se détermina à cetle diversion par deux motifs, qui font également honneur à sa grande sagacité. D'abord, il voulait foire contribuer la riche

HISTOIRE

ville d'Augsbourg, où il trouva en effet des ressources de toute espèce. En second lieu^ il désirait sonder les intentions de Kray. Il était possible qu'une diversion en Bavière lui fit quitter sa position d'Ulm, soit pour se porter sous IngoLstadt, soit pour défendre Tlnn ou riser, en front. G*est pourquoi le parti français qui passa le Lech, de même que celui qui occupa Augsbourg, n'était que peu fort en nombre.

Cependant, le général Mecrfeldt» détaché de Taile gauche de Tarmée autrichienne, s'avança de Rain, près le Danube, et parut devant Augsbourg. Mais ce fut beaucoup moins la crainte qu'il inspirait, que Timmobilité de Kray dans son camp d'Ulm , qui décida Moreau à rappeler ses détachements près de lui.

On doit rendre justice à la résolution de Kray dans ces circonstances. Il comblait tous les vœux de son ennemi s'il eût abandonné Ulm : il y resta , et fit mieux encore , en attaquant vigoureusement la gauche des Français.

Il est à remarquer que ceux-ci étaient probablement avertis de ce projet d'attaque, puisqu'elle n'eût lieu que le 5 juin, et que, dès le 3, au soir, la garnison d'Augsbourg, et le corps détaché en avant du Lech , commencèrent à reprendre la route de Memmingen.

Le général Kray fit avancer son armée sur plusieurs colonnes, ou plutôt en plusieurs corps, parce que la grande extension de sa ligne ne permettait pas que ce fût autrement. Il se mit en marche le 4, et attaqua, le 5.

Les corps de la droite se portèrent sur Biberach et Ochsenhausen, puis sur lUeraicheim, où eut lieu le plus fort du combat. C'était une chaîne d'affaires de postes dans un terrain boisé et coupé d'une étendue de plusieurs lieues : par cela même , le résultat ne pouvait pas en être décisif.

Il ne peut l'être, en pareilles circonstances, que lorsqu'un des corps d'une aile de l'ennemi essuie une déroute totale. On peut alors prendre le reste de la ligne en flanc, et la cou[>er de sa base, ou, du moins, rejeter l'aile battue sur l'autre , et renverser toutes les positions de Tennemi ; car, quand on est sur son flanc , il est facile de s'étendre assez pour le prendre a dos.

Il fallait donc, ici, que le général Kray , l)endant qu'il occupait les autres postes de la

ligne française, portât la majeure partie de ses forces contre Biberach ; qu'il fil les plus grands efforts pour en débusquer l'enDemi; que de là il s'avançât sur OebseDbausen, et qu'il y tombât sur le flanc el les derrières des Français, tandis que leur front était occupé; mais il fallait aussi porter par Munchroth une autre division sur Memmingen, afin d*empècher le général Moreau de se déployer sur le flanc droit du corps qui combattait à Ochsenhausen.

Ensuite, toute l'aile droite de l'année de Kray prenait une position le long de l'Iller, pendant qu'un corps passait cette rivière plus haut, entre Memmingen et Kempten. Alon l'armée française se trouvait encore tournée sur sa gauche; elle était obligée d'aller prendre une position parallèle derrière la Guntz, ou quelqu'autre rivière : en un mot, elle était perdue , ou du moins n'avait plus de moyens de salut que dans une résolution désespérée.

Mais, dans l'attaque dont il s'agit, les succès furent balancés : la droite des Autrichiens repoussa la gauche des Français, et, pendant ce temps, la droite des Français battait le général Starray.

Cela devait être, puisque c'était à leurdroîie que les deux années avaient réuni la majeure partie de leurs forces, et que , danslenoaven système de guerre, le plus grand nombre doit toujours à la fin décider du succès (i).

Le général Kray retourna, le â7, dans son camp sous Ulm; s'il ne fut pas battu, dn moins ne retira-t-il aucun fruit de cette vaste opération, combinée et exécutée avec tant d'appareil.

Le 6, les généraux Meerfeldt et Lichtoh stein avaient surpris un corps français daM Schwabmunchen : paraissant tout à coup en deux endroits opposés, presque tout ce qui ne fut pas tué, en défendant ce boui^, tomba entre leurs mains. Celte expédition denil d'autant moins être passée sous silence , dam l'histoire de cette campagne, qu'outre Vmr trême habileté avec laquelle elle fut elle sert encore à démontrer les avanl l'on peut retirer, à tout instant, de la guerre.

(0 Voyez VEtprit du iyslème de gnfrrs n« part., sect. !'•.

* Le général Moreau ayait désormais acqais la convie lion, que de simples excursions en Bavière ne détermineraient point Kray à quitter sa position d'Ulm : de plus, il s'était assuré, par l'épreuve qu'il avait faite, qu'il n'avait point à redouter une forte et audacieuse diversion sur ses derrières. 11 avait la mesure du talent de son adversaire, et il forma aussitôt un des plus grands, un des plus admirables plans, dont l'histoire des guerres modernes fasse mention.

Ce plan ne consistait en rien moins qu'à passer le Danube entre Ulm et l'embouchure du Lech , pour séparer le général Kray de ses magasins à Donawerth et Ratisbonne , et enfin pour le couper de sa base, en l'isolant de Vienne et de l'Autriche.

Par ce moyen , le général Kray, qui n'avait point pris garde aux manœuvres du général Lecourbe sur le Lech, se voyait absolument forcé d'abandonner Ulm. Cette importante place d'armes devenait la proie des Français, et les rendait maîtres du Danube.

Mais ce vaste mouvement exigeait deux opérations préparatoires , pour pouvoir s'exécuter avec sûreté. D'abord, il fallait le masquer par un corps qui restât devant Ulm , et c'est à quoi Moreau destina ce qu'il appelait sa réserve. En second lieu , il fallait chasser du Lech les corps autrichiens de Meerfeldt et autres, ainsi que les Bavarois, postés sur cette rivière. La prudence ne permellait pas qu'on se les laissât à dos pendant le passage du Danube.

En conséquence, les Français passèrent le Lech , le 12 juin, en trois divisions, par Friedberg, Schoengau et Landsberg. Les détachements impériaux qui occupaient les avenues d'Augsbourg, après quelques escarmouches, furent contraints a se replier. Les troupes bavaroises étant également repoussées à Landsberg et Friedberg , les Français entrèrent de nouveau à Augsbourg.

Le général Meerfeldt prit alors la position d'Aicha en Bavière^ pour y attendre le corps de Starray , et d'autres renforts que Kray voulait lui envoyer d'Ulra.

La colonne du centre des Français, commandée par le général Ixcourbe , s'avança en Bavière, par Euratsbourg. La plus forte division avait paSvSé le Lech à Schoengau, et marchait sur Reitenbuch. Probablement cette

colonne, à cause du voisinage du Tyrol, était la plus considérable , comme destinée à protéger le flanc droit des autres, si de ce pays le prince de Reusseût voulu tenter une diversion. Mais il se retira, au contraire, devant le général Lecourbe, dans la Bavière méridionale. Il est hors de doute qu'il eût pu tirer infiniment plus de parti de ses troupes, si, du Tyrol, il se fût porté, par Kempten, h dos des Français.

Le général Moreau laissa, quelques jours, son armée dans ses positions sur le Lech et la rive droite du Danube ; seulement il se transporta lui-même de Memmingen dans un village plus près d'Ulm , sur la rive droite de Tf lier. Il fit alors rapprocher son armée de cette forteresse, pour occuper davantage Tattention des Autrichiens, et leur cacher ses projets ultérieurs.

La cause de cette inactivité, pendant six ou sept jours , semble être encore une épreuve de la part de Moreau, pour achever de sonder les dispositions de son ennemi. L'immobilité constante des Autrichiens ne laissa plus de doutes sur la possibilité d'entreprendre , sans péril , le passage du Danube au-dessous d'Ulm. H était très-probable que Kray commettrait la faute capitale d'abandonner Ulm, et de se retirer à l'est, de peur d'être coupé; par là, il donnait l'ouest à ses ennemis, sans nécessité.

Le 48 juin vit faire les premiers pas pour l'exécution de cette grande entreprise. Quatrevingts Français passèrent le Danube à la nage avec leurs armes, s'emparèrent des villages de Grembhein et de Blindheim, et de quelques pièces de canon. Les sapeurs et pontonniers, qui étaient passés sur des échelles appuyées sur les débris d'un pont, le rétablirent sous le feu de Tennemi. Alors l'armée suivit , et gagna la rive gauche.

Il parait que les Français passèrent aussi non loin de Donawerth, à Munster et à Erlingshofen , sur des ponts que les Autrichiens avaient rompus , mais qu'ils rétablirent comme celui de Blindheim.

Je remarquerai encore, à cette occasion, que les demi-mesures sont toujours les plus funestes. Les Autrichiens devaient, ou rompre et détruire totalement ces ponts, ou les laisser entiers: dans le premier cas, pour em|>écher le passage des Français; dans le second , pour

HISTOIRE

passer eux-mêmes, si les circonstances Texigcaient.

Dès le 19, il s'engagea de nouveUes actions, principalement avec un corps situé près de Donawerth ; il était trop faible, il fut prcsqu 'entièrement détruit. Les tirailleurs français , en cette occurrence , comme presque dans toutes, décidèrent le succès.

Un combat plus sérieux se livra près d'Hochstett, lieu célèbre pour les Français, qui fut témoin de leur victoire en 1 705 et de leur défaite en 1704. Les Autrichiens, n'ayant que des corps détachés aux endroits les plus importants, tels que Donawerth, Hochstett, Dillingen , Lavingen, et étant disposés par bouquets, furent promptcment entamés et dispersés. Les Français occupèrent Donawerth, le 20, et la fameuse position du Schellenberg.

Le même jour, le général Kray se mit en marche d'Ulm, avec 25 bataillons et une nombreuse cavalerie , après avoir laissé une garnison dans la place. Il se porta, en hâte, vers la rivière de Brentz, par Albeck et Langenau. Il parut se diriger sur le corps français qui avait pris pied sur la rive gauche du Danube , et qui se montait déjà à 30,000 hommes. On s'attendait à une bataille : il ne se passa rien.

Les Français avaient poussé de petits détachements dans les environs de Nordlingen; le 25 , ils furent contraints de se replier.

A mesure que les Autrichiens se retiraient à Test, leurs ennemis occupaient les endroits qu'ils évacuaient. Dès le 2i, les Français étaient en possession de Giengen , Heidenheim, du Brentzthal, d'Aalen, Esslingen, Gemund et Geislingen.

Au-dessus d'Ulm, également, ils avaient passé le Danube à Erbach , et s'étaient portés vers Blaubeuren. Alors, Ulm se trouva investi.

Le 20, le général Kray avait son quartier général à Monheim, dans la principauté de Neubourg, et Moreau à Néresheim. 11 y avait eu, le 2i, de légères actions pour se disputer l'AUmuhl, petite rivière qui coule de Pap|>enheim à Aichstct, avec de fréquents détours. On se canonnti pendant une grande heure, puis survint Tordre de cesser le feu, ce qui fit croire à la conclusion d'un armistice , en conséquence de la convention de Marcngo.

On voit que Kray avait fait tout ce que Moreau pouvait souhaiter, et tout ce qu'il avait

prévu , en se portant d^Ulm dans la prÎDcipauté de Neubourg et le haut Palalinat.

Maintenant, examinons ce qu'aurait pu (aire, à sa place , un général totalement indépendant du conseil aulique. Il marcha au nord » c'était au sud qu'il fallait marcher. J'ai la satisfactioa de me rencontrer ici avec le général Moreau lui-même; voici la substance de son rapport i Bonaparte :

c Voyant que l'armée autrichienne était iné-

• branlable dans son camp d'UIm, d*où elle » pouvait détacher, Mur Ui deux rives du Do-

> nube, et nous empêcher par conséquent de

• faire aucuns progrès essentiels en Allema-

• gne; ne voulant point engager d'actioD à

> Blaubeuren , dans la crainte que l'ennemi ne

> profilât de mes mouvementé, pour se porter

> sur Memmingen , s'ouvrir une communicaiiom

• avec le Tyrol et envoyer un corps en Italie,

> je me déterminerai à faire manœuvrei* le gi^

> néral Lecourbe sur le Lech , espérant par là

> forcer le général Kray à courir au secours de

• la Bavière; mais il ne le lit pas, et nous

> manœuvra à dos , etc. >

Par cette manoeuvre à dos, le général Moreau entend l'attaque du o juin , dont nous avons rendu le compte le plus détaillé.

L'opinion de Moreau jette encore un nouveau jour sur l'extrême importance dont était le Tyrol , dans cette campagne. Pourquoi donc le général Kray, s'en éloignant sans cesse ^abaudonne-t-il Ulm et toute la Souabe , après k passage du Danube par Moreau, pour aller, dau le haut Palatinat , se mettre en liaison directe avec l'Autriche et la Bohême?

Loin d'y avoir été contraints par le mouvement de l'armée française, je soutiens que les Autrichiens pouvaient en retirer les plus grandi avantages.

Ce n'est pas, toutefois, que Moreaa, à mei yeux, ait commis une faute en se hasardant au delà du Danube. Il savait quels étaient sei adversaires, et la connaissance des hommes n'est ])as moins utile, à la guerre, que celle des choses. Il est des cas où Ton peut, où Ton doit franchir les bornes de la prudence.

Considérons ici les faits en eux-mêmes. Mo* reau n'avait point une base sufRsante pour len* ter, sans dangers, une manœuvre aussi hardie. Resserré entre le Tyrol et le Danube, son angle objectif n'avait pas 90 degrés; conséquemment

DE LA Campagne de isoo.

il devait être facile de le séparer de sa base (i). C'esl à quoi auraient dû tendre tous les efforts des Impériaux.

Quant à eux, ils n'avaient point à redouter de perdre leur base , quand même Moreau se fut placé entre eux et le chemin direct de l'Autriche. Ils i)ouvaient toujours, par un léger mouvement, appuyer une de leurs ailes sur leur base, soit au nord sur le Danube, soit au midi sur le Tyrol.

Le 20 juin, ou même plus tard, le général Kray devait s'éloigner d'Ulm , pour attirer de plus en plus les Français sur la rive gauche du Danube. Il lui importait peu de conserver de ce côlé sa communication avec les magasins situés derrière lui , puisqu'il la retrouvait toujours par le Tyrol.

Après avoir rassemblé toutes ses forces sur la rive gauche du Danube, il se mettait en mouvement. La mai*che de ces différents corps vers (Ilm, pouvant donner des soupçons au général français, il était important de la cacher le plus possible : il fallait donc qu'elle eût lieu la nuit.

Ces corps seraient arrivés au point du jour devant Ulm ; ils en pouvaient former la garnison. Si leur nombre était plus que suflSsant, Texcédanl rejoignait la grande armée.

Je la sup|K)se partie dès la veille au soir : elle passait le Danube pendant la nuit, et, dès le matin , elle tombait sur les Français avec des forces concentrées et supérieures.

Le général autrichien prenait sur-le-champ une position déterminée, d'où il pût se poi*ter à volonté oii le besoin l'aurait exigé. Car, poursuivre les différents corps français dispersés, pouvait donner le temps à Moreau de repasser le Danube, et de rouvrir sa communication.

Quel devait donc être l'objet des Impériaux, ou le point sur lequel ils devaient diriger leur marche? fitait-ce à l'est ou à Touest de l'Iller? C'est ce que nous allons examiner.

1^ général Kray pouvait attaquer brusquement sur la rive droite ou orientale de l'Iller, la partie de l'armée française qui n'avait point passé le Danube, et l'accabler par une énorme* supériorité de forces.

Mais il pouvait aussi remonter la rive gau-

(i) Esprit du système de guene moderne ^ i'* part., sect. II.

che de Tlller, passer cette rivière, et prendre poste à Memmingen. Par celte manœuvre, il coupait totalement aux Français leur communication avec leur base sur la rive droite du Danube : ils la conservaient sur la gauche, c'est-à-dire, avec le Rhin, depuis Strasbourg jusqu'à Mayence ; mais leurs magasins n'étaient point dans cette partie.

Le général Kray avait d'autant plus de motifs pour aller s'emparer de cette excellente position de Memmingen, que, dût le succès ne point répondre à son attente, il ne se compromettait que très-faiblement.

Moreau pouvait, d'abord, remontant la rive gauche du Danube, où il était avec la meilleure partie de son armée , marcher vers Ulm , et assiéger cette place ; mais ce siège était impraticable, tant qu'elle n'était pas investie sur les deux rives, et, de sa position de Memmingen, Kray y mettait un obstacle direct. En sie partageant, et mettant le fleuve entre Jes deux divisions de leur armée, les Français s'engageaient dans la situation la plus périlleuse.

Qu'on ne me dise pas que, de même qu'ils étaient, précédemment, maîtres de la rive droite jusqu'au confluent du Lech et plus bas, ils le seraient devenus de la gauche jusqu^à Ingolstadt, et que, par conséquent, leur communication avec leur base , c'est-à-dire , avec le Rhin et ses places fortes, leur restant toujours ouverte par Tubingen et Stuttgard , leur situation se trouvait encore la même, puisqu'ils n'auraient fait que changer de rive avec les Autrichiens. Il me sera facile de prouver que les choses prenaient, alors, un aspect tout différent.

Par suite de la position de Kray à Memmingen, Moreau perdait sa communication avec la Suisse, conséquemment avec l'Italie et l'armée de Bonaparte : car le général autrichien ^ par une légère marche de flanc, pouvait facilement se placer entre la Suisse et Tarroée française, qui eût occupé alors ja rive gauche du Danube. Il n'y avait point assez de troupes en Suisse, pour que l'on pût redouter une diversion à dos de leur part.

Bien plus, de sa position de Memmingen, le général Kray pouvait envoyer un gros corps dans le Tyrol, et de là il était le maître de se porter, à volonté, sur l'Italie ou sur la Suisse. La conquête de ce dernier pays lui était assu-

HISTOIRE

rée par deux colonnes , dont la première pénétrait par Coirc, Claris , Schwitz et Lucerne^ et la seconde par Feldkirch , Appenzell et Zurich.

La position des Impériaux à Memmingen devait nécessairement avoir de si funestes résultats pour Moreau, qu'il aurait indubitablement tout tenté pour la leur faire quitter. Tout fait croire que , loin de rester sur la rive gauche du Danube, il aurait rassemblé toutes ses forces pour tomber avec fureur sur le général Kray. Celui-ci était-il battu, il avait toujours une retraite libre en Tyrol, où il ne cessait pas d'inquiéter singulièrement le général Morcau. Aidé des milices du pays, il lui devenait trèsfacile de s'y défendre : sa marche s'effectuait en toute sûreté par Kempten, en remontant riller.

La défaite de Kray à Memmingen ne pouvait donc point avoir les suites désastreuses qu'ont eues ses revers subséquents ou ceux de ses successeurs. Moreau , quoique vainqueur, était contraint d'évacuer la Ikivière et la Souabe orientale, pendant le reste de cette campagne; il ne pouvait, en aucune façon, laisser l'armée du Tyrol sur son flanc, et encore moins sur ses derrières. De plus, il se trouvait obligé de veiller sur la Suisse, sans cesse menacée par le Tyrol.

Si Moreau eût attaqué les Autrichiens à Memmîngen, il pouvait chercher à tourner leur flanc gauche, pour les séparer du Danube et d'Ulm; il pouvait, autrement, s'attacher à leur droite, pour la couper du Tyrol , ce qui valait encore mieux. Peut-être aussi réussissait-ril à tourner les deux flancs , et , alors , la situation de Kray devenait des plus fâcheuses.

Cette manœuvre, pour laquelle le coup d'œil de Moreau l'aurait vraisemblablement déterminé, n'est point d'une aussi difficile exécution qu'on se l'imagine au premier examen. Il n'est pas même besoin d'une aussi grande supériorité de nombre, que des gens inexpérimentés le pourraient croire. Il est aisé d'inquiéter le front de Tenncmi par de petits corps, principalement dans un terrain boisé et coupé , tandis que Ton manœuvre pour cerner ses flancs et lui intercepter la communication avec ses moyens de subsistance. Si son centre est rompu , le désordre facilite encore plus l'opération projetée.

Le général Kray, dans l'hypothèse actuelle,

devait moins s'inquiéter de son flanc gauche, suffisamment protégé par Ulm. Les Français ne pouvaient agir avec efficacité, de ce côté, avant de s'être rendus maîtres de celle place, et un siège leur devenait impraticable dans h position où nous les supposons. Toute ratlention des Impériaux devait se porter sur rentre tien de leur communication avec le Tyrol, d'où dépendait leur salut.

Le général Kray pouvait camper en avant de riller ou se retirer derrière cette rivière, et occuper seulement Memmingen par des avantpostes , ce qui eût mieux valu , à cause du danger qu'il y a d'avoir une rivière derrière soi, quand on est exposé à une affaire générale, on, ce qui est bien pire , à une surprise.

Ce n'est pas que je pense que Kray aurait dû attendre l'attaque des Français dans une immobilité parfaite ; il aurait fallu , au contraire, que, masqué par les troupes qo'il avait à Memmingen, il marchât par sa droite, pour tomber sur le flanc gauche des Français. Par là, il avait l'avantage de l'offensive , et se mettait hors de danger de perdre sa commuaication avec le Tyrol.

C'est près de l'abbaye d'Oltobeuren, par exemple, qu'il aurait pu se porter sur la gauche de Moreau, qui avançait vers Memmingen. Si l'attaque ne réussissait pas, le Tyrol lui offrait un asile sûr ; si elle avait le succès qu'il était permis d'en espérer, il n'y avait plus de retraite pour les Français. Pressés par l'armée victorieuse, le corps posté à Memmingen leur inle^ disait le passage de l'IUer et le retour vers le Rhin. 11 fallait qu'alors le général Kny renouvelât ses attaques isans relâche.

Moreau aurait chei*ché probablement à le reporter sur la rive gauche du Danube. Mais avec combien de périls n'aurait-il poinl lenlé ce passage, ayant l'armée de Kray à dos, elle corps de Memmingen , qui aurait côtoyé riller, se montrant avant lui au delà du Danube?

Il est difficile de dire ce qui serait arrité, mais il est eiMjpre plus difficile de croire que cela fût arrivé.

Mais, quittons les suppositions, pour revenir aux événements réels. Nous avons laissé le général Kray, dans les derniers jours de juin, à Monheim, dans la principauté de Neubourg.

liC Si, il se remit en marche, passa k

Danube à peu de distance de Neubourg, laissa une forte arrière-garde , et campa sur la rive droite , de façon que son aile droite était appuyée au fleuve, et que son armée faisait front vers le Lech.

Le 26, un corps français 'd'environ 12,000 hommes passa le Lech vis-à-vis Friedberg, pendant que le général Molitor occupait le prince de lleuss dans la Souabe supérieure. Ce corps français avait beaucoup de cavalerie. Il s'avança, dans la nuit, de plusieurs milles sur Munich; il élait commandé par le général Dccacn. Le général Meerfcldt se replia devant lui, et réleclcur de Bavière abandonna sa capitale.

Le général Kray occupant toujours les bords du Danube près de Neubourg, plusieurs corps français, sous les ordres de Lecourbe, s'avancèrent de Donawrerlh contre les Autrichiens, pour les rejeter sur Ingolstadt.

Le 28, il s'engagea une action, où le général Mon Irichard, avec l'avant- garde, attaqua trop précipitamment : le général Kray, qui commandait en personne, le repoussa avec perle.

Les généraux Lecourbe et Grandjean, étant survenus avec leurs divisions, rétablirent promptement la prépondérance , et culbutèrent les Autrichiens, quoique plus nombreux.

Ceux-ci, pendant la nuit, se retirèrent sur les deux rives du Danube jusqu'à Ingolstadt. Auparavant ils mirent le feu au pont de Neubourg.

Des environs d'Ulm , les Français envoyèrent des partis dans le duché de Wurtemberg, où ils se flrent de nouveaux moyens de continuer la guerre.

Le général Kray ne maintint qu^un seul jour sa position d'Ingolstadt. Le 29, il se porta sur la rive droite du Danube, vers Landshut sur riser. Les Français prirent la même direction par Freisingen.

Le 27 , après une aflaire fort chaude avec le général Mcerfeldt, le général Decaen était entré à Dachau, et, le 28, à Munich, que les Autrichiens avaient évacué sans résistance.

De ce moment, toute l'armée française était campée sur les terres de Bavière. Il ne restait plus en Souabe que le sorps qui bloquait Ulm, sous le général Richepanse.

On doit des éloges à la marche du général

Kray sur landshut : elle le rapprochait du Tyrol, et le mettait à même de menacer le flanc droit des Français. En un mol , elle était conforme au principe immuable que j'ai souvent rappelé, savoir, que les retraites doivent toujours être excentriques.

S'il avait pu maintenir celte position, Moreau trouvait des difiicultés presque insurmontables à pénétrer en Autriche.

Mais les Français pouvant, de Munich, détacher une colonne sur le flanc gauche des Impériaux, ceux-ci se voyaient alors séparés du Tyrol, et forcés d'abandonner Landshut et toute autre position sur User.

Le général Kray devait donc tout tenter pour reprendre Munich; le plus expéditif était une attaque ou surprise des plus rapides, pendant que le général Decaen s'était déjà éloigné de cette place : il fallait aussi envoyer un gros détachement contre ce général, et l'attaquer vivement.

Les Autrichiens pouvaient, sans regret, abandonner le Danube à leurs ennemis; tout pro« grès leur devenait impossible, tant que Kray occupait Landshut. En cas que la reprise de Munich eût lieu , les règles de l'art exigeaient que les Impériaux passassent immédiatement riser avec toute leur armée , et détachassent une forte colonne sur Augsbourg. Le flanc droit des Français se trouvait menacé; ils se voyaient en danger de perdre leur communication avec la Suisse et l'itjilie.

Il est vrai que les vivres auraient pu manquer, faute d'avoir établi dans le Tyrol des magasins suffisants. C'était cependant leur véritable place, tant à cause de leur sûreté, que parce que ce pays devait être regardé comme le centre de toutes les opérations.

Il était facile de prévoir que le général Moreau chercherait bientôt, par ses manœuvres, à déloger les Autrichiens des bords de Tlser. U lui sufiisait pour cela d'envoyer un corps sur rinn supérieur, vers Braunau.

Mais Kray, en se portant à gauche de Landshut sur rinn et le Tyrol, changeait la face des choses. Approvisionné par l'Autriche, il pouvait ensuite opérer, à volonté, vers l'Italie, la Suisse, ou l'Allemagne.

I^ général Moreau fit avancer son armée en diiférents corps, spécialement dans la Bavière méridionale, où il manœuvra sur le flanc gau-

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^ /f*f*^Vr^ '!iffi/.ij!>A. f/»j||^ir», c^ corps éUii ^i«r4«^//fjp tt'fp hihk; il n^ pavait pf/iuX 8 à

n #r*l ir*^hn\t','\t', ijfU\0^f un fiinemi qui se ' fi'/fl^ r|#; yii$\9'ur$: » f nncfort ; mais il faudrait, ; ff'/fir r^U, t\ni'. h \t*j^«: J^f|<fmartahon établie t\itn% h ^utzrrt' tU: U n? solution , ne gênât point I*'^ uiutiMitèPAiV^ y.rs le nonl.

Verx !#• Mj/I, on du f.W: du Mein,se présenlent de plu a y^rnutU olislarjrrs. Il faut passer r^'lle rivière pour v; met Ire au dos de l'ennerni; o\UTH\utu Irëv-hasardeuse, quand on n*a fHuril la faeult/T de m; retirr*r au nord dans les rMonlaf<neH , vi Hur k^Hïnigstein, en cas d'échec. I^lte ri'traile était lil»re, lorsque Cuslines^en 1702, était sur la Nidda; il aurait dû être l'oupé, et n*a pu érhapperque par une grande fiiifte de MMi adversaire.

|,a diliruUé de |N*iiélrer de Mayencc en WU'iwt^uf^ provient de re qu'il faut agir exrfnlriqu<*iMf*Ml ; vl, pour peu que Tennemi entende son niélier, il se montre lûenlol sur les lliiiii-s el à dos.

!.!< détour qtiif fait le Hliin à Mayenre, en se |i't.iiit tout il roup à l'ouest, en est la cause.

Zjl — js*»ii m T«te roorbe, Fennemi se titrave iLiilir* H" ji zir^mAénsice.

l£a«= ifiiis v^ms -"nrore â rendre compte de DiHffPii^ i-^^^foemm^ <ncre les deas. grandes îT-ne;^ i-'iOL ji •^a»dn:â»ya tle rarmbtke.

11! y mUts. . îis Imçêrûnx forent dâogés IH l^niÊHuiE. Lk^sûAk Ferdmand plaçaiqnelm»» j«iuilliia^ ^a, x^mt dn pont, mais îb fxr-ac j^aiiu*. «i ahamkmnant d» canoos et

Lz sirir^e ht taoswertk par le comte Je 9f «ïT. ri'- j icx la boaiaii|gerie de campagae le^ 5'nairafiï . «t ft saffiiuk dêCmîre les retna- :!Dr!«xi»»in5 vi'^ itaïeiU âevë» aa ScheUenbcif; *•& •»•!' K TK a»î<zvelle prcove de ratilitédei

A t L^n ie ie retirer de ITser sur PMsao et fe l«i^i^«. ce «ici avraÎK oorcrt TAntrî^ »Tx Frurû. le fimîiA baj se dirigea Tcn 1<« eiTir:o» de Braonaa. dans la Bavicfc »nii>:x:a!« : c'est ce qw lui conseillaît h

Le priace de Reos. au commencemeiit de jaïDe'. . fit qqdqoes dêmoDStratioiis da Tyrol, â d- A de Farmée de Noreaa , et les Françiis recToyèrent auffiitôt un corps sur le Lecb. Le çéoêral Lecoarbe marcha, aTCc trob dÎTiskws, contre le prince de Rrass. qui, outre le eorpi de Condë, avait reça des renforts consuls râbles.

Le pas dXhrenberg près de Reati, Sdla^ nîtz, et le passage de Kobtein, sont les seok points par lesquels oo puisse pénétrer annori dans le Tyrol. Ces défilés étaient garms de troupes et de chasseurs tyroliens, mais oa n'était point sans inquiétude sur le pasBigi de Feldkirch.

Le général Lecourbe , qui se dirigeait pir Memmingen sur le Tyrol et le Vorarlberg, K replia tout à coup vers Schoengau ^ sur le LA 11 attaqua les Autrichiens à Reuti et Imma* stadty el les repoussa; il prit la résolutioB hardie de faire marcher un corps de troofa par la forél de Bregentz , ce que nul générsl n'avait osé tenter jusqu'alors. Par lli , il eoopait aux Impériaux la retraite sur les moatagnes de Montasun, et se donnait la faculté de les attaquer en même temps par la Sutfliei Cette manœuvre, admirable dans tous sei mouvements, força les Autrichiens a évacuer précipitamment le pays des Grisons, dont la

Français se trouvaient maîtres, ainsi que de Feldkirch.

Que l'on juge maintenant combien une forte diversion du Tyrol eût été efficace contre les Français, puisqu'une simple démonstration de ce côté les détermina sur-le-champ à détacher un corps considérable. On a bien tort de considérer les diversions comme des opérations secondaires ; il faut y employer la plus grande partie de ses forces, et leur succès est immanquable.

Pourquoi le général Kray, rassemblant ses troupes derrière Tlnn , n'allait-il pas gagner le Tyrol par Burkhausen, Ditmanning, Traunstein, Marquarstein et Kufstein?

Ce mouvement aurait été masqué par une forte reconnaissance dans les environs de Landshut , où Ton aurait employé beaucoup de cavalerie. Ce corps se repliait , après, derrière rinn , sur deux colonnes ; Tune vers Braunau , l'autre vers Alt-Oetiog.

Parvenue en Tyrol, je ne pense pas que Tarmée impériale dut déboucher par Kufstein. Il suffisait de garnir fortement ce défilé et celui de Schamilz, en continuant la marche. Alors, de Reuti, ou du pas d'Ëhrenberg, les Autrichiens descendaient en force sur la rive droite du Lech : en se tenant sur la rive gauche , ils couraient le risque d'être séparés de leur base par les Français, c'est-à-dire, des trois pas de Reuti , Schamitz et Kulslein. Il ne leur restait plus d'autre parti , en pareil cas , que de se porter en toute hâte vers Ulm et le Danube, pour obtenir une nouvelle base; mais cela était-il praticable, ayant sans cesse à côtoyer Tarmée française?

Pour couvrir la marche sur le Lech, il eût été bien vu de faire déboucher un corps de Kufstein, puis un autre de Scbarnitz. L'ennemi les aurait considérés comme l'avant-garde des colonnes qui allaient s'avancer par ces défilés; et, au moment où il se serait porté contre eux, l'armée se montrait sur le Lech. Il fallait bien qu*aloi*s les Français évacuassent la Bavière, suivis en flanc ou à dos par les corps que l'on aurait laissés à Braunau et Alt-Oeting.

Plus j'examine cette manœuvre , plus l'effet m'en semble infaillible. Les Français se trouvaient cernés dans un demi-cercle de corps, correspondant tous entre eux depuis Braunau jusqu'au pas d'Ehrcnberg sur le Lech. Une

continuité de mouvements bien combinés les forçait également à abandonner la Souabe orientale : Ulm se trouvait dégagé. Je dis [dus, une autre opération rejetait les Français jusqu'au Rhin même.

J'entends ici une diversion en Suisse. Une colonne autrichienne se portait sur Bregentz , une autre sur Feldkirch, et de là sur Appenzel. Dès lors, les choses n'étaient plus égales des deux côtés : les Autrichiens, eussent-ils été battus, avaient toujours une retraite certaine en Tyrol; mais si la Suisse tombait en leur pouvoir, ils se trouvaient en mesure d'interdire aux Français le retour sur le Rhin.

La colonne de Bregentz couvrait celle d' Appenzel; chacune de celles qui descendaient du nord du Tyrol , couvrait sa voisine. C'était un développement simultané de tètes de colonnes, qui se portaient de plus en plus à l'ouest : on avouera qu'il n'est pas possible de voir une plus belle manœuvre.

Examinons , en revanche , la position dans laquellerarmisticetrouval'arméeautrichienne.

Elle n'était pas entièrement mauvaise; elle l'eut été, s'ils se fussent appuyés au Danube. Ils s'étaient placés entre ce fleuve et le Tyrol, ce qui dénotait des vues beaucoup plus saines.

D'après un rapport de Kray, du 8 juillet, son armée campait près d'Amtfing. Le corps de réserve était à Haag, un détachement vers Landshut, et un autre à Saal, devant Ratisbonne. Wasserbourg et Huhldorf étaient paiement occupés.

L'armée impériale se trouvait trop divisée par ces différentes positions. Celle de Ratisbonne était inutile, puisqu'on ne pouvait défendre cette ville. Je crois que trois corps sur trois points divers, pouvant tout couvrir, il suffisait de ceux d' Alt-Oeting , Wasserbourg et Rosenheim. Mais je suppose aussi que l'on eût tenté un coup hardi pour rentrer en possession de Munich; car, pour ne point faire la guerre défensive avec trop de désavantage , il faut se montrer quelquefois sur l'oflensive.

Dans le cas d'une attaque trop vigoureuse de la part des Français, on gagnait le Tyrol, d'après le grand principe des retraites excentriques, c'est-à-dire, obliques, et jamais perpendiculaires (i).

(i) Esprii âm système de guerre moderne , r* part., sect. VIII.

HISTOIRE

La coDvcDlion de Parsdorf, du 45 juillet ^ vint tout à coup suspendre les opérations militaires. Il n'est pas hors de propos de retracer ici la ligne de démarcation qui fut tirée entre les deux armées, afin d'être en état de mieux suivre les événements subséquents.

Les Autrichiens restèrent sur la rive gauche de la Nidda, la droite du Meiu et de la Rednilz, la gauche de TAllmuhl et du Danube, la droite de la Vils et de la Golpach. Leur ligne s'étendait alors , en remontant la rive droite du Lech, sur les limites du comté de Werdenfels.

L'armée française étendait ensuite sa droite des sources du Lech, à dos du Vorarlberg, la vallée de l'Ill y comprise, le long des frontières des Grisons, jusqu'à Chiavenne. Le haut et le bas Kngadin restait aux Impériaux, ainsi que la vallée de Sainte-Marie vers la source de l'Adîge : le pays des Grisons demeurait neutre.

Les forteresses d'Ulm, Phîlisbourg, Wurzbourg et Ingolstadt , avec un circuit proportionné, conservaient garnison impériale, et devaient recevoir leur subsistance par des convois réglés.

Avant de me permettre des réflexions surcel armistice, et de passer aux grands événements qui avaient déjà eu lieu en Italie , je dois encore soumetire à mes lecteurs quelques considérations sur celte première période de la campagne d'Allemagne.

On peut la diviser en deux parties : celle de Souabc et colle de Bavière; toutes deux portant ce caractère, qu'elles sont presque totalement stratégiques et fort peu tactiques (i). Je veux faire remarquer que le résultat en est beaucoup moins du à des combats, qu'à des marches et mouvements.

Les combats furent presque tous décidés par une masse de forces prépondérantes, portées sur un point; on s'étudia toujours à se déborder, à se tourner réciproquement. C'est une suite nécessaire de la plus grande extension en plusieurs corps, el du développement de ces corps sur un front plus large.

('etle prodigieuse étendue, nécessitée par le soin de couvrir ses magasins, et par la force des armées, plus nombreuses qu'autrefois.

(i^ Esprit du sysitcmc r/r guerre moderne, i" pari.,

rend extrêmement diiRcîle de tourner le flanc de l'ennemi par des manœuvres de simple tactique. D'ailleurs, si Ton y parvient, la division de la ligne, en plusieurs positions, ne permet pas de recueillir communément d'avantages ' décisifs. Le plus souvent, le résultat de tous vos efforts est de battre une partie d'un corps, qui, lui-même, n'est qu'une partie de l'ensemble.

Par exemple, 3 bataillons occupent une hauteur et 5 escadrons la plaine adjacente. A mille pas de là est un bois où Ton aura placé 3 aatrès bataillons , également appuya par quelques escadrons , et ainsi de suite. Tout cela, cependant, est compté pour une position. Le temps énorme qu'exigent les manœuvres nécessaires pour tourner une ligne ainsi disposée sur plusieurs lieues d'étendue , donne presque toujours à l'ennemi celui de combiner ses mouvements sur les vôtres, quand vous les exécutez à sa vue, c'est-à-dire, quand ce sont des mouvements de tactique.

Voilà pourquoi , dans cette campagne, il ne s est rien opéré de grand et d'important que par la stratégie. C'est elle qui a appris à ras^ sembler une force supérieure contre un corpi de l'ennemi, contre un point de sa position, puis à fondre alors sur lui, à l'accabler soos le nombre, en le pressant à la fois sur son front et ses flancs.

Je prétends donc que la tactique, comme Part de manœuvrer en présence de Tennemi, de tomber avec une masse prépondérante sur un point de sa ligne, pendant qu'avec on nombre moindre on contient le reste dans si position , enfin, comme Fart de multiplier ses forces , disparaîtra de plus en plus de la théorie de la guerre. La stratégie seule dirigera tout, et les batailles ne seront plus que le résultai des masses et du nombre (s) .

Les combinaisons de la tactique sont présentement connues; elles ne peuvent rédlemcht donner le change qu'à un ennemi frappé d'une cécité totale. 11 est sans cesse en son pouvoir de déjouer vos projets par un contre mouvement. Ce n'est que dans Toriginc de ses conceptions , que la tactique a pu produire de grands effets.

(i) Esprit du système de guerre moderne ^ part, ii, sccl. !'•.

Elle offre peu de ressources contre un incident regardé à la guerre comme le plus terrible de tous : c'est celui où le centre étant enfoncé» les deux ailes se trouvent séparées Tune de Tau Ire. Je crois avoir le premier mis au jour un principe applicable à ce sujet.

J'ai démontré l'utilité et l'excellence des retraites excentriques (i).

Si elles sont les meilleures , ou même les seules bonnes, pourquoi s'effrayer de voir enfoncer son centre? L'excentricité n'en acquiert que plus d'aisance. Si Tennemi s'avance, il vous prèle ses flancs; bientôt vous vous trouvez sur ses derrières, vous interceptez ses moyens de subsistance, sa communication avec sa base (i).

Chez les anciens, Tattaque et la défaite du centre ont pu avoir d'heureux effets : encore voyons-nous ce qu'il en coûta aux Romains, pour avoir tenté cette manœuvre à la bataille de Cannes.

Ce principe de l'excentricité, une fois bien compris et adopté, doit changer la face de la guerre. Jusqu'à cette époque , ayant l'apparence d'un paradoxe, comme tout ce qui ne tombe pas immédiatement sous le sens, il trouvera des antagonistes opiniâtres.

J'ai obser>'é plus haut que les Français n'avaient jamais eu une base suffisante en Souabe, puisque leur angle objectif resta toujours audessous de 90 degrés.

En effet, cette base n'était proprement que l'espace compris entre Bàle et Strasbourg, au plus Landau, car la rive gauche ou septentrionale du Danube était au pouvoir des Autrichiens.

Mais de Bàle à Pfullendorf, c'était toute autre chose : ils avaient au sud la Suisse pour base. C*est pourquoi j'ai déjà dit que les Impériaux n'auraient point dû songer à défendre la partie occidentale de la Souabe, puisque les Français occupaient deux côtés du quadrilatère.

On pourrait peut-être étendre l'avantage de

(f) Esprit du système de guerre moderne^ v* part., scct. \lli.

r la base assurée par la Suisse , jusqu'au méridien de Bregentz. En effet , quoique le lac de Constance , du méridien de Pfullendorf jusqu'à celui de Bregentz , ne fasse point une base, il empêche cependant les opérations de l'ennemi, et l'espace occupé par les eaux est neutre pour les deux parties.

Mais le méridien de Bregentz dépassé , les Français étaient menacés sur leurs deux flancs; au sud , par le Tyrol et les Grisons, jusqu'au Rhin ; au nord , par le Danube , dont les Autrichiens possédaient encore la rive gauche.

Plus les Français s'avancèrent vers le Lech, plus ils s'éloignèrent de leur base , sans pouvoir s'en former une nouvelle. Leur angle objectif diminuait toujours, et le triangle, dans lequel ils opéraient offensivement, perdait progressivement de sa surface. L'angle qu'ils présentaient à leurs ennemis, en Bavière, était à peine de 60 degrés. Leur position était extrêmement critique; elle avait quelque ressemblance avec celle des armées coalisées en Champagne, en 4792. Celles-ci ne durent la faculté de se retirer qu'aux détestables dispositions de Dumouriez, en dépit de toutes les louanges qu'il se donna impudemment ; et de même , malgré les grands talents de Moreau, on ne peut nier qu'il ne trouva des avantages réels dans l'inhabileté de ses adversaires. 11 en sut profiter, et c'est un art qui, chez les anciens comme chez les modernes, a manqué à la plupart des généraux.

Nous ne trouvons effectivement que trois points qui soient à l'abri de la censure, dans la conduite des Autrichiens pendant la campagne que nous venons de suivre.

IVemièrement, leur retraite sur Ulm ; secondement, Tattaque de l'aile gauche des Français à Biberach , tandis qu'ils manœuvraient sur le Lech; enfin, leur retraite sur Landshui et Braunau , c'est-à-dire , derrière Ttaer et rinn , au lieu du Danube.

11 est temps de nous occuper de ce qui s'était passé en Italie.

(t) Esprit du $y$tème de guerre modirne, part r% sect. 11.

HISTOIRE

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