DIVISION DU SUJET
Avant de passer à l’étude compliquée des caractères de la maladie g'énérale, nous allons dans un premier chapitre exposer la constitution de la maladie et les éléments qui la composent, sa nature et sa cause. Nous étudierons ensuite les causes nombreuses et diverses des maladies g*énérales, la manière dont se présentent leurs symptômes et leurs localisations. Puis, après avoir dans un court parallèle fait voir les différences qui séparent la maladie générale de la maladie locale, nous énoncerons dans un dernier chapitre les maladies générales, en donnant les caractères distinctifs de chacune d’elles, de manière à former une nosologie provisoire. Nous croyons d’ailleurs devoir prévenir 1§ lecteur que les idées générales émises dans cette thèse ont été empruntées tant aux traites de pathologies interne et générale de M. Monneret, qu à ses leçons à la Faculté et au lit du malade .
Constitution de la maladie.
Il convient d’abord d étudier la maladie à son état de simplicité et de voir par quelle série de phénomènes elle est constituée, suivant en cela le précepte, de Descartes, dont on ne saurait trop.se souvenir, de « Conduire par ordre ses penoées en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître pour monter peu à peu par degrés aux connaissances les plus compliquées.
1£67. — Viser.
Nous avons donné dans notre historique une grande partie des définitions de la maladie, nous pouvons remarquer qu elles se réduisent à deux g'randes classes. Les unes ne nous donnent qu’une idée peu exacte de la maladie, en voulant poufainsi dire l’idéaliser, et nous jettent dans de vaines spéculations, telles sont les définitions de Stahî, Van Helmont, Barthez, Reil, etc. Les autres plus modestes ne veulent donner de la maladie que la sèule idée que nous en puissions concevoir, en U réduisant à là connaissance de la cause expérimentale. Nous définirons donc la maladie : un trouble de fonctions, ou Une altératicn d’organes amenant consécutivement une lésion des fonctions,
^ D’ailieürs cette belle définition, empruntée à Galien, a été adoptée par les auteurs modernes les plus autorisés.
La maladie, dit M. Andral, est dans son acception la plus large un dérangeiaent quelconque, soit dans les lois physiques, soit dans les lois vitales qui régissent 1 organisme; il y a donc deux especes de désordres à considérer : désordres anatomiques, désordres fonctionnels.
Pour M. Monneret, la maladie est un état anormal du corps vivant, caractérisé par une altération de structure ou un trouble de fonctions.
Enfin MM. Hardy et Bébier définissent la maladie : toute modification anatomique^ chimique ou phpiologique survenue dans l’économie accidentellement et en dehors de toute action organique fegulière.
Le mot de maladie exprime donc ces trois termes :
«ause, lésion, symptômes, qui, pris chacun en particulier, ne désignent qu’un certain ordre de faits. Ce sont ces trois inconnues que notre esprit tend sans cesse à dégager, même à son insu, pour arriver à la notion exacte de la maladie.
Dans un certain nombre de maladies nous avons la notion exacte de la cause, du symptôme et de la lésion ; mais, dans beaucoup d’autres, nous ne distinguons sur l’bomme souffrant qu’une partie plus ou moins restreinte, mais toujours incomplète, de la maladie.
Dans une série de maladies nous ne connaissons que les troubles fonctionnels sans aucune notion de la cause comme dans certaines névroses.
Dans un grand nombre d’autres la lésion ne ncAis a pas échappé et nous la voyons se manifester pgj* un appareil de symptômes constants.
Quelques-unes, comme la rage, le délire alcoolique, ne nous donnent que des troubles de fonction et la notion de la cause.
Enfin, il en est, comme la vaccine, la syphilis, dans lesquelles la cause, la lésion, les symptômes sont évidents.
Outre ces éléments, il en est un autre qu il ne faut pas négliger dans les maladies. Dans 1 état physiologique, le consensus que l’on remarque entre tous les organes porte à admettre qu’il existe un prin-^ cipe d’action qui empêche les fonctions d’empiéter les unes sur les autres, d’excéder certaines limites, d’où une harmonie générale, un équilibre dont personne ne peut mettre en doute la réalité.
De même, dans la maladie nous pouvons suivre le trouble de ses mouvements consensuels qui appartiennent à l’état de santé ; car, après le début de cette maladie, l’ordre tend à se rétablir, et l’on peut, à l’aide de l’observation attentive des phénomènes, voir sur quels org-anes elle porte principalement son action, et c’est après une série d’actes patholog'iques qui restent à peu près les mêmes pour chaque maladie qu’arrivent les terminaisons heureuses. C’est au consensus physiolog*ique des fonctions qu’il faut rapporter cette action salutaire dans la maladie ^ quel que soit le nom qu’on lui donne, principe vital nature, etc.
Il faut donc faire consister la maladie dans la lésion d’un ou de plusieurs org'anes, dans la perturbation d’une ou de plusieurs fonctions, enfin, dans ^intervention toujours salutaire mais souvent insuffisante, du principe vital. Ainsi comprise, l’entité maladie est aussi utile à conserver que l’entité vie. Elle diffère essentiellement de la santé, de l’état valétudinaire, et des actes physiolog*iques continus ou intermittents qui marquent l’évolution des org-anes et des fonctions de relation, de nutrition et de reproduction.
Le médecin, pour avoir la notion exacte de la maladie, doit donc se borner à connaître les troubles fonctionnels, les phénomènes morbides, les lésions des forces et de la matière, ainsi que la cause.
^ Les phénomènes morbides qu’offre à considérer i^org-anisme sont de plusieurs ordres.
Les uns sont vitaux ou dynamiques, les seconds
sont physico-chimiques; enfin, on a distingué une troisième série de symptômes dans l’organisme malade, ce sont les phénomènes d’ordre plastique.
Les premiers, que l’on peut appeler aussi nervodvnamiques, sont les plus élevés dans la série des phénomènes morbides ; ils dépendent presque exclusivement du système nerveux. Ils supposent un certain développement de l’être organisé, car on connaît certains poisons qui ne paraissent agir sur l’œuf qu’à partir du moment où l’embryon est pourvu d’un système nerveux. Ils se composent de troubles, d’actes ou de fonctions et peuvent dépendre de l’intelligence, de la sensibilité, de la motilité, de la circulation, de la respiration, de la digestion, delà sécrétion et de la génération.
Les phénomènes d'ordre physico-chimique portent sur les changements de dimension, de situation des organes, sur la température, sur les changements de composition des principes immédiats qui entrent dans la constitution de la matière organisée. Les symptômes d’ordre chimique consistent dans des phénomènes de composition et de décomposition qui s’accomplissent dans nos organes sous l’influence souveraine et modératrice du système nerveux.
Quelques auteurs admettent en outre qu’il existe des phénomènes particuliers qu’ils désignent sous le nom de symptôme d’ordre plastique. Ils consistent dans des phénomènes de formation et de développement intimement liés aux propriétés inhérentes à la cellule vivante. «Ces propriétés, dit M. Sée, subsistent par elles-mêmes, elles sont indé-
pendantes, dans une certaine mesure, de l’action du système nerveux et des phénomènes chimiques qui s’accomplissent dans les tissus. » C’est cette force plastique qui, dans l’ordre patholog*ique, préside à la formation des tissus hétérolog’ues. En réalité cette force physiolog*ique et la nature médicatrice sont complètement identiques. Ce sont deux aspects d’une seule et même puissance.
Si maintenant nous arrivons à la lésion, nous établirons la même division que pour les symptômes, et nous considérerons des lésions d’ordre physico-chimique portant seulement sur la matière, et des lésions d’ordre dynamique portant sur les propriétés vitales de la matière org*anisée.
Les altérations du premier ordre comprennent les chang*ements de composition élémentaire et des principes médiats ou immédiats. Ces modifications peuvent porter sur la quantité, la qualité, le siég-e des divers principes, ou sur la formation d’un prin^ cipe immédiat nouveau. Les lésions d’ordre plastique comprennent la série si nombreuse des altérations org-aniques et la formation des tissus nouveaux que Virchow a divisés en hétérotopiques, hétérochroniques et hétéromorphiques.
L’anatomie nous enseig*ne la condition statique normale de tel ou tel appareil, de tel ou tel tissu ,* la physiolog-ie nous démontre par une série d’études compliquées les actes rég*uliers dérivés de la matière saine, làoù le médecin accomplissant le double rôle anatonaiste et de physiolog*iste constate qu’un organe lésé produit des phénomènes insolites. Il y a donc à établir entre l’homme sain et l’homme ma-
lad« une comparaison que Ton peut poursuivre, jusqu’à un certain point, terme à terme.
Ordinairement, dans un org*ane sain, les fonctions s’expriment rég’ulièrement. Dans un organe dont la matière est altérée, la perversion d’un ou de plusieurs des actes qui constituent la fonction est la conséquence immédiate du nouvel état de la matière. D’où la nécessité pour le médecin de voir comment s’accomplit la lésion des org*anes, et si ces lésions suivent des lois déterminées.
La lésion peut porter sur le liquide ou sur le solide; si elle porte sur le solide, si elle est circonscrite, elle constitue à elle seule toute la maladie. M. Monneret lui donne, avec raison, le nom de lésionmaladie. Mais il peut arriver que cette lésion si bien circonscrite soit l’expression d’une cause g*énérale; alors elle ne constitue pas à elle seule toute la maladie, elle n’en est que l’expression, elle n’est que la détermination locale unique d’une maladie générale, tel : un tubercule du poumon, un cancer dû sein, un rhumatisme du deltoïde, etc. Cette cause générale peut aussi donner lieu à plusieurs altéra- # lions du solide ; on dit que dans ce cas elle dissémine ses lésions, par exemple dans la syphilis, dans la scrofule, dans la goutte, etc.
Le liquide peut être altéré localement ou en masse.. Les altérations locales portent sur les changements de composition de l’urine^ du sperme, du lait dans quelques-unes des maladies des glandes qui les sécrètent. Mais les altérations les plus importantes sont ceUes du sang, car elles constituent une cause
g'énérale de maladie, et donnent lien à des altérations du solide ; ex. : chlorose, scorbut, etc.
JusqjLi’ici nous sommes resté dans les altérations visibles, maison est porté à admettre qu’il en existe d’autres que nous n’avons pu encore découvrir, mais qui affirment leur existence par des troubles fonctionnels et de structure. Ainsi, nous admettons que^ dans les maladies virulentes et venimeuses, le sang* est altéré de sorte que le solide le devient consécutivement. De même enfin, nous admettons une modification primitive et g*énérale du solide et du liquide dans les états morbibes g*énéraux, tels que le rhumatisme, la g*outte, la tuberculose, etc.
C’est sur cette division des altérations du corps humain que Galien a fondé la belle division des maladies que nous avons exposée dans notre historique.
La lésion de structure n’est cependant pas toujours le premier ni le seul élément de la maladie, il est un g*rand nombre de maladies dans lesquelles on ne peut trouver que des troubles purement fonctionnels, il en est d’autres où la lésion est manifestement précédée par ces troubles vitaux, comme dans la plupart des maladies générales. Car, outre la structure, la maladie peut aussi léser les propriétés de la matière organisée, propriétés que nous nommerons vitales, sans attacher à ce mot e sens métaphysique des anciennes doctrines.
Pour nous, les propriétés vitales sont celles dont nous ne pouvons nous rendre compte ni par laphy-
èique, ni par la chimie ou la mécanique, et qui sont subordonnées k un arrang-ement particulier de la matière, de sorte que, dans un tissu d’arrang'ement différent, siège une propriété vitale différente.
Nous devons donc étudier dans la maladie des troubles de l’intelligence, de l’excitabilité, des sensibilités, de la contractilité.
De même qu’en étudiant seulement les fonctions on ne pourrait se faire une juste idée de la vie, de même on ne peut se rendre un compte exact de la maladie qu’en étudiant simultanément l’influence de la maladie sur les propriétés vitales, et celle des fonctions lésées les unes sur les autres. C’est à l’influence de l’excitabilité produisant l’excitation qu’il faut rapporter la synergie des actes vitaux et la sympathie qui n’est que la synergie morbide. L’hypersthénie, l’hyposthénie, l’ataxie, ne sont que des modifications différentes de cette propriété amenant des désordres dans l’organisme.
Aux propriétés vitales correspondent des actes vitaux ; aux propriétés physico-chimiques de la matière correspondent des actes physiques et chimiques, et c’est la réunion d’un certain nombre d’actes vitaux, physiques et- chimiques qui constitue la fonction. Il faut donc que le praticien s’attache à distinguer sur son sujet malade le moindre trouble d’acte et à le poursuivre par une analyse sévère, jusqu’à ce qu’il en ait trouvé la cause, ou du moins qu’il puisse connaître le point de départ de la maladie.
Dans les maladies internes, ce sont ordinairement les troubles vitaux qui ouvrent la scène morbide;
1867. - Viger.
«les actes phjsico-ciiimiqiies ne sont troublés que consécutivement.
Mais les actes morbides et les symptômes ne se succèdent pas toujours avec la même rég’ularité et ne cessent pas dans un ordre déterminé pour tous les cas particuliers d’une «nême maladie, en s’avançant vers une terminaison heureuse ou malheureuse.
Quand il en est ainsi,la maladie est dite rég’ulière et cette rég-ularité est notée comme une eirconstance
favorable ; elle prouve que rorg?anisme fait des efforts
pour résister à l’envahissement mwbide, elle permet en outre de choisir le meilleur moment pour ag-ir , en même temps qu’elle indique le véritablesens dans lequel doit être appliqué le traitement.
«L’expérience, dit Barthez, nepeutnousfaireconnaître en quoi consiste essentiellement l’action d’une cause de phénomène., elle ne :peut manifester que ordre et la règ*le que suivent dans leur succession es phenoinèBes qui indiqueMt cette cause. » Aussi
s. BOUS Toulons aller à ;la recherche des causes, mes^nous forcés de -laisser -une lacune -entre’ 1 apparition du premier phénomène de la maladie et la penétraùon de la cause dans l’org-an-isme. Nous sommes obligés de nous eoirtenter de là cause secondaire, que l’on nomme aussi-évidente, déterminante ou éloigm^ée.
Sans être diathésique, sans avoir reçu de ses parents nn germe morbide, le sujet peut avoir ce que Galien appelait la We. cette disposition parfL- Uere et purement physiologique de chaque individu qm, che. quelques-uns, peut influer énormément
sal^ lâ! afâjTche et la laature de la maladie. D’autres fois c’esÉ le ^erme de ces états morbides héréditaires dont nous nous occuperons plus loin, scrofule, tubercule, etc. , qui, à un moment donné, exposent la sujet à l’évolution d’un grand nombre de maladies.
La pathog*éme est consacrée à la recherche de ces causes de maladies et à la manière dont s’accomplit la g’énération de leurs phénomènes. Il faut qu’elle découle de la physiolog^ie, elle n’en est que l’application à l’homme malade, que la déduction rigoureuse. Toute hypothèse sur la nature d’une maladie doit avoir sa confirmation dans les données physiologiques , et la physiologie ne peut légitimer une théorie qu’en la mettant d’accord avec l’observation pathologique. Aussi le fait principe fourni par l’expérimentation , aussi bien dans les sciences physiques* que dans la pathologie, ne doit point être dépassé, sinon nous retombons dans les hypothèses dont nous avons parlé dans notre historique ; la fibre motrice de Baglivi, le strictum elle laxum de Brown, l’irritation de Broussais, etc., et foutes ces conceptions, plutôt philosophiques que médicales, qui, ne comprenant qu’un élément de la maladie, la restreignaient à un tableau dichotomique, lequel est bien loin de son essence.
Loin de là, que cherchent à faire les auteurs modernes fidèles à la méthode expérimentale, il cherchent à grouper un certain nombre de phénomènes sous une meme c-ause plus générale. De cette façon on forme des lois partielles ou générales, comme on le fait dans les sciences physiques, de telle ma-
nière que Ton puisse remonter du phénomène à la cause partielle, et de la cause partielle à la cause g-énérale, méthode féconde en résultats, qui nous a permis de reconnaître la véritable nature des maladies g-énérales et de leur rattacher un g*rand nombre de maladies locales.
Le g-roupement des maladies locales sous les noms d’inflammationhémorrhagie, etc., nous fait connaître l’origine commune d’un certain nombre de phénomènes morbides et leurs affinités.
C’est eette manière d’envisager la pathologie qui a conduit les auteurs modernes à poser d’une façon nette les éléments des maladies.
Les cléments prochains des maladies sont les états morbides que l’on ne peut décomposer en plusieurs autres et qui, par leur réunion, constituent la maladie.
Ces éléments prochains peuvent être divisés en locaux et généraux.
Les éléments morbides locaux comprennent :
1* Les troubles des propriétés dynamiques ou Vitales, dépendant :
De l-irritabilité (sthénie, asthénm, ataxie, sympathie) ; •
De la contractilité (spasme, paralysie) ; .
e a sensibUité (hyperesthésie, anesthésie) ;
De 1 mtellig-ence (délire).
mi!” I Wm ' comprenant l’hyperé-
nne, I anem.e 1 mflammation, l’hémorrhagie
4“ Lésions de sécrétion (hydropisies, hétérocrinies, acrinies).
5 Lésions de nutrition (hypertrophie, atrophie ulcération, induration, ramollissement, g-ang-rène).
La 2® classe se compose, selon nous, des éléments morbides g*énéraux que l’on peut subdiviser en ;
Altérations du sang* (pléthore, anémie, scorbut, albuminurie, altérations du sang* par les virus, les poissons, les venins).
2® Lésion simultanée de tous les solides et liquides de l’économie, comprenant les autres maladies g*énérales.
Telle est la classification des éléments morbides qui a été donnée par M. Monneret. Est-ce à dire que ces éléments expriment la nature intime de la maladie? Non certainement. C’est seulement en rapprochant entre eux un certain nombre d’actes morbides, de symptômes et de lésions correspondantes, coïncidant constamment, que nous sommes parvenus à disting*uer les phleg*masies, les hémorrhag*ies, les névroses, sans avoir de notions bien claires sur le mode de production et sur la nature intime des phénomènes de chaque maladie. Nous sommes oblig‘és de nous contenter provisoirement de cette nature incomplète de la maladie.