TRAITEMENT
Le traitement de la maladie de Stokes-Adams est dominé par le fait que l’on a presque toujours affaire à des malades âgés, scléreux, plus ou moins insuffisants cardiaques. Il devra donc répondre à deux indications :
1° Soutenir le cœur et améliorer la circulation coronarienne.
2° Prévenir les crises nerveuses dans la mesure du possible; il faudra même parfois intervenir au cours de pauses très prolongées. À la première indication répondent les médicaments toni-cardiaques et vasodilatateurs coronariens : ouabaïne, coramine d’une part; théobromine, aminophylline, théophylline-éthylène-diamine, extraits désinsulinés de pancréas, d'autre part.
Pour la plupart des auteurs, sauf pour Laubry, la digitaline est formellement contre-indiquée, sauf dans les cas où l’on peut savoir avec certitude que les ventricules ne sont plus soumis aux influences vagales.
Le traitement préventif des crises est plus discuté.
L'atropine paraît tombée en discrédit aujourd’hui;
beaucoup d’auteurs ne rapportent avec elle que des
échecs. Nous verrons tout à l'heure ce qu’il y a lieu d’en penser à propos de notre malade.
L’adrénaline, comme traitement de fond, est peu employée; elle risque en effet de provoquer de la tachycardie et parfois même de la fibrillation ventriculaire; d’autres fois, elle exagère le trouble rythmique et la fréquence des pauses (Lutembacher).
L’éphédrine aurait pour certains (Lenègre) une action presque spécifique, à condition de l’employer quotidiennement et à doses suffisantes : 12 cgr., 15 cgr, par jour.
On ne devra jamais utiliser la quinidine; son emploi dans un certain nombre de cas a été suivi de mort (Davis, Sprague). Elle resterait indiquée cependant dans les cas où un examen électro-cardiographique donnerait la certitude qu'une crise nerveuse est due à une fibrillation ventriculaire (Lian, Kerr et Bender). Un traitement étiologique de la maladie de Stokes-Adams serait évidemment tenté si le syndrome pouvait être rattaché à une syphilis, à une dissociation auriculo-ventriculaire survenant à la suite d’un R. A. A.
Signalons que les auteurs américains (Cohn, Levine, Price, Nisse..) vantent les effets du chlorure de baryum dans le syndrome de Stokes-Adams. La dose journalière moyenne serait de 0 gr. 12 pour Strauss et Meyer. Ce traitement est à peu près inutilisé en France.
Des pauses cardiaques de très longue durée peuvent obliger à intervenir; dans ce cas, la thérapeutique la
plus habituelle est l’injection intracardiaque d’adrénaline. Elle a donné quelques succès (Clerc, Levine et Matton).
Dans le cas de notre malade, et malgré la défaveur qui semble s’attacher aujourd’hui auprès de certains à l’atropine, nous y sommes, suivant en cela les indications fournies par Vaquez, demeurés fidèles. Dans les cas de bradycardie paroxystique, Vaquez recommandait d'utiliser le sulfate d’atropine en solution à la dose d’un demi-mmzgr. par jour donné par périodes de quatre jours suivies d'interruption de même durée (1). Il indiquait qu’on pouvait également à cette même dose d’un demi-mmgr. l’administrer en injections sous-cutanées quotidiennes pendant cinq à six jours pour éviter l’accumulation (2). Plus tard, il préconisait avec Donzelot (3) l’atropine par la bouche à des doses quotidiennes allant de 2/10 de mmegr. à un mmgr. ou cette même dose de 1 mmgr. par injection. Nous avons atteint progressivement des doses infiniment supérieures, 2 mmgr. et même 2 mmgr. 1/2 en injections quotidiennes sans aucune espèce de pause et cela pendant une période qui, lors du dernier séjour à l'hôpital de notre malade, a duré 64 jours.
Ces doses véritablement considérables n’ont déterminé chez lui aucun des signes de l’intoxication belladonée, tandis que lors de ses premiers séjours il présentait une mydriase intense et une sécheresse de Ia
(1) Les Arythmies, p. 417.
(2) Vaquez : Maladies du Cœur, p. 580.
(3) Les Troubles du rythme cardiaque, p. 258.
bouche insupportable pour des doses infiniment
moindres.
Il apparaît toujours assez présomptueux en matière de thérapeutique d’attribuer l’amélioration obtenue au traitement employé; on peut toujours se demander, en effet, si l’on ne se trouve pas en présence d’une simple coïncidence et si l'amélioration constatée n’aurait pas été la même en dehors de toute
thérapeutique.
Ce qui nous permet d’affirmer qu’il n’en est pas ainsi dans notre cas, c’est le fait que nous avons rapporté plus haut; dès que l’atropine a été diminuée dans des proportions considérables pendant un certain temps, les accidents épileptiformes n’ont pas manqué de réapparaître.
Nous avons utilisé d’autres médications qui, pour moins importantes qu’elles aient été, ne nous en semblent pas moins avoir eu leur utilité : les glucides administrés soit sous forme de glucose (sérum glucose), soit sous forme de saccharose (ration supplémentaire de sucre alimentaire). Nous pensons que la diminution considérable des glucides dans le régime alimentaire auquel est à l’heure actuelle soumise la population française entraîne à la longue une diminution du glycogène musculaire en général et myocardique en particulier. Il n’est pas impossible que la suspension de cet apport glucidique supplémentaire chaque fois que le malade retourné chez lui ne pou-
vait plus s’en procurer les bienfaits, n’ait eu son rôle
, — 121 — dans le retour des paroxysmes d’insuffisance cardiaque et des crises syncopales.
Enfin, c’est en pensant au rôle de la circulation coronarienne dans le mécanisme de la dissociation que nous avons fait appel aux vaso-dilatateurs périphériques : théophylline, et plus particulièrement extraits désinsulinés de pancréas dont Vaquez a doté la thérapeutique et dont notre maître, le docteur René Bénard, a montré les remarquables effets (1).
(1) La Semaine des Hôpitaux, 1° mars 1938, p. 99.