SES SALAIRES
Dans l'état actuel des sociétés civilisées , fes salaires sont généralement la valeur en firgent d'une partie dés produits d'une industrie queleonque , va^ leur que les entrepi^eneurs livrent peu-à-'peu aul ouvriers avant que la production soit achevée.
' Cette valeur varie dans le même pays , selon l&i diffiêrén^ métiers ; selon que ces métiers exigent plus ou moins de connaissances acquises , d'habileté, dé
confiance ; selon qu'ils sont plas ou moins pénibles, plus ou moins désagréables , plus ou moins dangereux , plus ou moins considérés dans l'opinion publique , plus ou moins continus. Elle yarie dans différenspays , selon le climat, le degré de civilisation , les mœurs , les habitudes , la religion : toutes circonstances qui peuvent rendre une plus grande ou une plus petite portion de cette même valeur indispensable aux ouvriers.
L'intérêt individuel pousse les ouvriers à tâcher d'avoir la plus grande portion possible des produits, c'est-à-dire, de hauts salaires; les entrepreneurs à en donner la plus petite possible , c'est-à-dire , des salaires bas. Cette lutte cependant ne peut pas être longue. Les ouvriers ont un besoin instantané de salaires, qui sont leurs seuls moyens d'existence. Les entrepreneurs ont besoin aussi , quoique moins instantanément , d'exercer leur industrie ; elle est leur moyen d'existence à eux. 6i leur industrie chôme, les perles s'accumulent pour eux. Une partie des matières premières de leur industrie se détériore , une autre périt ; leurs machines, leurs connaissances , leur temps , tout devient inutile. Les ouvriers et les entrepreneurs sont donc également intéressés à ce que la production ait lieu et ne soit pas interrompue.
Mais qu'est-ce qui fixe ordinairement là part- des produits qui sera le lot des ouvriers , et celle qui sera le lot des entrepreneurs ; c'est-à-dire , qui estce qui fixe le taux des salaires ?
Le laux des salaires est fixé de commun accord entre les entrepreneurs et les ouvriers.
'Mais il y a une cause qui fixe le taux plutôt à un point qu'à un autre ?
Cette cause est principalement la proportion entre la quantité d'ouvrage que les entrepreneurs d'industrie ont à faire exécuter , et le nombre d'ouvriers prêts à l'exécuter. Si la quantité d'ouvrage est supérieure au nombre d'ouvriers , il y aura concurrence entre- les entrepreneurs , qui seront forcés , s'ils Yeu4ent éviter les dommages que leur causerait la suspension de feur industrie, d'ofifrir aux ouvriers une plus grande portion des produits de celle-ci ; c'est-à-dire, de leur donner de plus forts salaires. Si le nombre d'ouvriers est supérieur à l'ouvrage , iV y aura concurrence entre eux ; ils seront forcés, par une nécessité encore plus impérieuse, de se contenter d'une plus petite portion des produits de l'industrie à l'exercice de laquelle ils concourent ; c'est-à-dire , de recevoir de plus petits salaires.
Jl est vrai qu'il arrive souvent que, quoique fc
masse àefi ourrieps soit supérieure à la itiaâse (Fourrage à ex^cutei^, ofrtalliies 'industries, se troUirajat dans un état de prospérité l^ro^essive , n'ont pas un Qombre suffisant d'ouvriers , et procurent , à ceux gui y trayaillent, de hauts salaires : il arrive aussi que les salaires du même métier, toutes les; autres circonstances 9 habileté des ouvriers, prix des subsistances, etc. , étant les mémes,baissent beaucoup dans i^n district à cause d'une surabondance d'ouw*iers, et se maintiennent à un taux élevé dans un autre district à cause du manque de. bras , sans qu'il y ait translar tion immédiate d'ouvriers d'un district à l'autre 9 tant est fort chez l'homme rattachement à sa terre natale , tant il a de répugnance à se déplacer. Ilf ai.$ ces exceptions n'infirment pas le principe qu^e ûpu^ ayons établi , et elles n'ont pas une longue durée. Les hauts salaires dont jouissent les ouvriers qgii travaillent à ces industries privilégiées attirent bienr tôt vers elles les ouvriers de celles qui ^'en rapprochent le plus; chaque nouvel ipdividu qui entre dans la carrière du travail se porte de préférence vers elles , s*il a quelque peu les .qualités requir ses 'y )a répugnance des autres à se déplacer est à (a fin vaincue par l'appiât du gain , et lea ouvriers .privil^iés sont en dernier résultat repousséa de Ifur po3ition avantageuse.
Le taux dés Salaires cependaiit né poWrait pas. monter trop haut, ou descendre trop bas, sans' amener une réaction j sans changer , après un temps plus ou moins /long suivant les circonstance^ des différèns pays , là proportion entre Tourrage et les ouvriers. S'il montait trop haut , la grande aisance qui s'ensuivrait pour les ouvriers les porterait tous à des mariages précoces , et leur donnerait les moyens d'élever une nombreuse famille : d'autre part , les entrepreneurs , gagnant peu , ne pourraient pas dohïier une graînde étendue à leur industrie; le nombre d'ouvriers égalerait ou surpasserait ïa quantité d'ouvrages et le taux des salaires baisserait. Si lè taux dès salaires descendait trop ba^, fe malaise des ouvriers causerait une diminution ôik' un retard dans les mariages , rendrait les familles mbins nombreuses : les entrepreneurs , d'autre part , gajgjnant beaucoup , donneraient iihe grande étendue à leurs entreprisés ; le nombre d'ouvriers detiendrait égal où même inférieur à l'ôuTrage ,' et le
tAui' diès salaires hausserait.
Néanmoins, chaquehaussede salaire dépose Sais ' la population des germes de bien-être , qui portent de béns fruits , Ibrs mêtoé de là réaction en baisse. La pbpulation acquiert par ces haussés temporaires des habitude^ d'aisanî^é , et pour les conserver e^e
- ( 12 ) fait ensuite de grands efforts. Ceux qui emploient les ouvriers, et qui par les circonstances sont les seuls arbitres de la fixation du taux des salaires , sont , majgré eux , entrainés à faire des sacrifices à ces habitudes. C'est par un retour fréquent de ces n^ouvemens en hausse que , petit à petit, le sort des classes ouvrières s'améliore d'une manière stable dans un pays à civilisation progressive*
Ces lois qui déterminent les salaires fout cependant sentir plus promptement et plus vivement leur influence sur ceux des ouvriers proprement dits , que sur ceux des laboureurs de campagne , dont les salaires se ressentent partout y quoique à différeos degrés , de cette lenteur de n^ouvement qui est caractéristique de tout ce qui tient à l'agriculture.
Pour augmenter le revenu des ouvriers , il faudrait donc pouvoir élever le taux des salaires , et pour élever le taux des salaires , et le maintenir dans l'élévation , il faudrait pouvoir faire en sorte que l'ouvrage à exécuter fût toujours tant soit peu supérieur au ];iombre d'ouvriers prêts à l'exécuter,
Get équilibre est-il possible à établir , et une fois établi, est-il possible de le maintenir? £t si cela est ' possible, de quelle manière faut-il s'y prendre?
Ces questions ne peuvent être résolues avant qu&
Ton n'ait examiné la nature de deux élémens qui composent l'équilibre dont il s'agit. L'un de ces élémens, l'ouvrage, s'exécute toujours avec des in- . strumens, avjec des ouvriers , et par conséquent ce qui est nécessaire à leur entretien , et bien souvent . sur des matières premières; eu d'autres termes, toujours avec des capitaux , et bien souvent sur des capitaux. L'autre élément , les ouvriers mêmes , avec leur famille , forme la plus grande partie de la population d'un pays. Il faut donc examiner la nature des capitaux , et les lois qui en règlent la formation, et l'augmentation , et le^ lois qui régissent la population.
DES GA)>ITAUX.
En donnant au mot capital la signification la plus large possible, on peut dire que tout ce qui a été produit par l'industrie et le iravail de l'homme , et qui peut satisfaire ses besoins , être utile en soi , ou lui procurer des jouissances, est un capital. L'une ou l'autre de ces trois conditions est indispensable pour que le produit soit un capital, pour qu'il ait une valeur. Car, quelque grande que fût la quantité d'industrie et de travail employés à créer un produit qui ne remplirait pas une de ces trois conditions , qui ne satisferait aucun besoin , ne s^ait d'^tucùne uti-
lité , ne procurerait aucune jouissance , ce produit, toutefoi.s, ne' serait pas un capital, n'aurait aucune valeur. Ainsi des Vivres sont un capital , aussi bici que de l'argent , un pont , un arc-de-triomphe : un canal , un aqueduc , dans lesquels , par suite d^une erreui' de nivellement , l'eau ne pourrait pas monter, ne Géraient pas un capital.
Mais pour ce qui regarda l'équilibre que nous cherchons enire l'ouvrage à exécuter et les ouvriers qui doivent l'exécuter, nous devons avoir en vue les capitaux propres à alimenter l'ouvrage, c'est-à-dire, propres à être osés, consommés, détruits, pour reparaître sous une autre forme , avec une valeur plus grande qu'ils n'avaient auparavant. C'est ainsi, par exemple, qu'en fabriquant de la toile, on consomme du lin, des vivres; Ton usé des instfumens et des machines, tous capitaux , mais dont la valeur augmentée reparait dftns le^ capital fôilé. Ce n'est que par la surabohddJjLce de ces capil^ux , par leur supériorité en nombre sur U population , que le revenu des ouvriers pçut s'âcoroitre d-ùne manière curable, ipe le^ salaire^ peuvent, être élevés ; soit parce q^ la masse dQ$ 0bO3e3 aptes à être réparties entre les hommes est sejuifement alors ^ plus grande ; soit parce que , comme nous l'avons dit plhs haut ,: Dès 6uTriers soient lalor^ à même de dicter la loi aux enïrépre-*
irs , de ie fkite céder une {ilus ^ande part des iduîts des industries auxquelles ils travail^lent! [^uaiit à rauyragc à exécuter actuellemént,il serait Ls douté iudifférènt que Ton érigeât des arcs-de* >xnphe et que Toq bâtit des palais , ou que Ton ennençât des terres et queroùfit des vétemens : mais ur l'ouTcage à veuir , les capitauxjarcs-de-triompife palais , ne serviraient à rien ; tandis que les capi- IX, blésetyétemens, seraient d'uiaë grande utilité. La nécessité pousse naturellement les hommes à oduire,c est-à-dire,àformer des capitaux.Le désir 1 bien-être et celui d'améliorer leur sort , qui sou,t
hérens à la nature humaine , les conduit, lorsqu'ils int favorisés par les circonstances, les instituUons^ , une intelligence développée^ à les augmenter \ en mnant la préférence à ceux qui leur sont plus lies , sans exclure ceux qui leur procurent des puissances.
Des circonstances favorables sont , surtout , un 1 fertile , un bon cKmat, des rivières, des lacs , i mer , etc.
Le sol est lis fonds d'où l'homme tire les plus nportans de tous les capitaux , les . subsiatànes , et la matière première de toutes lés industries. S'il y àvai); deux pays à circonstances égales n tout le reste , mais dont lés sols eusseni; cette dif-
( 16 ) férence, queTun fût doué d'un tel degré de fertj qu'en y semant, avec une quantité déterminée di pitauxet de travail, un graindebléon en obtint 1 et Tautre, avecila même quantité de capitaux et travail , n en donnât que 60 ; le premier pays cj paré au second recevrait de son sol un don grai de 60 grains ; don qui peut être comparé à ti ceux que l'homme reçoit gratuitement de la j ture , a l'air, à la lumière , etc. On peut en i autant des mines. I
Dans un pays tempéré, les produits du sol p^ vent être variés ; le travail , même celui des chamj peut être réparti pendant toute la durée de Tanne les communications ne sont jamais interrompues f la rigueur des saisons ; toutes circonstances favo blés à la production.
Dans un pays à climat sévère c'est tout le ce traire.
Un pays enfin traversé par des rivières, baigj par la mer, fait facilement des échanges de produ tions très-avantageux avec ses différentes province! et avec ses voisins.
Mais toutes ces circonstances ne sont presqti d'aucun avantage , si un pays est barbare , ou rég par de mauvaises institutions , et si l'intelligenû
maine n*y a pas acquis un certain degré de dére- >pement.
Le sol immense de l'Amérique du Nord a tou-* 1rs été le même , doué du même degré de/ertié; mais, possédé pendant des siècles par despeuîdes chez qui Tintelligence était engourdie, ce l suffisait à peine à nourrir misérablement quelles milliers d'individus. Après que les Euroens s'y furent établis , avec leurs institutions et iirs connaissances , la puissance de ce sol qui avait >rmi pendant si long-temps se réveilla tout-à-coup, terre se couvrit d'une foule de productions et animaux utiles à l'homme , plusieurs millions individus y trouvèrent les moyens d'une existence sée; et tout fait présager que, dans quelques sièes , une population immense couvrira le sol de Lmérique.
Les mauvaises institutions de l'empire ottoman mdent nuls tous les avantages d'un sol fertile etd'un imat délicieux.
D'autre part , on a l'exemple de pays qui , avec es circonstances défavorables , ont cependant atlint à un haut degré de prospérité. Les marais de enise et de la Hollande , les montagnes de la Suisse t delà Norwége, les sabies de la Prusse, couverts e villes florissantes et de champs féconds ^ sont
( 18) une preuve frappante de la puissance du génie rhomme et des bonnes institutions , et des grau réfiidtats que Ton {^ut obtenir en dépit de circo
stances matérieUes défavorables. '
Les bonnes institutions et le développement I rintelligence peuvent agir de plusieurs manière Conjointement ou séparément , sur Taugmentati des capitaux.
En accordant aux hommes un grand degré de I berté , on éveille chez eux toutes les forces de lei ame , dont une partie est dirigée à rendre l'industi et le travail plus productifs. Les machines, et les a très instrumens de travail se perfectionnent , 1 procédés s'améliorent , le travail se divise et se disli bue de plus en plus, les entrepreneurs et les ouvrie deviennent plus industrieux et plus habiles.
En permettant à chacun d'exercer l'industrie, I suivre la profession pour laquelle il se sent le pli de vocation , et pour laquelle il a le plus de dispo tiens naturelleSjOn agit d'une majoière favorable l'industrie et au travail.
En accordant aux étrangers les mêmes droits ei vili la; iiUême protection des lois qu'aux nationaux , d leur permettant le libre exercice de leur culte , ol en attire beaucoup dans le pays avec des capitaux
( 19) des connaissances , qui amènent h formation d'autres caj^itauiiL.
En assurant à chacun la libre , tranquille, çt etir tiète jouissance des fruits de son industrie et de S04 travail*, on excite les hommes à l'épargne.
Au moyep âe bonnes routes et de canaux , et en ôtant toute entrave à la libre circulation des marchandises » 013. en facilite le transport, du point oti celles-ci qpt moins de valeur au point où elles en ' ont de^yantage.
J^ é^tablis^siîit. enÊn la liberté du oommerce , on favorise chez soi, aussi bien que chez les nations étrangères , la. production de toutes^ les choses aux* quelles le sol , \e climat , les dispositions et les habitudeç^ des habitans sont le plus propres , et ces chpse$ sont naturellemeçit meilleures ; elles sont produites en pli^^ grande abondance, et la part de c|ia* cun est plus grande.
Voilà de qui^Ue manière les bonnes institutions et Iç développement de Fint^gj^ce agissent sur les capitaux^ voilà les principales lois qui ea règlent là formation et raugmentAtion*.
Dans les pays les plus avancés en civilisation , i^ institutions et Tintelligence exercent plu& ou. moins
ce pouvoir bienfaisant sur les capitaux , et isuf la richesse et le bonheur des peuples; ces lois sont
plus ou moins en activité , à Texceptioii d'une seule, la liberté du commerce , qui n'existe nulle part : puisque si quelques pays onl abandonné les lois prohibitives , nul n'a encore pu , ou su se débarrasser des lois restrictives , nul n'a eu le courage de se jeter hardiment dans les bras fécondateurs de la liberté du commerce. Nous pensons cependant que la source de la richesse des nations ne coulera dans toute son abondance , qu'il n'y aura de stabilité pour plusieurs industries , de travail assuré pour un grand nombre d'ouvriers , que lorsque la liberté du commercé sera devenue la loi générale des nations.
Qu'une courte digression en faveur de cette liberté nous soit donc permise ; qu'il nous soit permis de joindre notre faible voix à celle de tant d'hommes supérieurs qui, depuis Adam Smith , la proclament et l'invoquent.
Dans cette matière,deux erreurs, surtout, ont égaré même des esprits supérieurs qui , voués à d'autres études , n'ont pas consacré à celle de l'économie politique, toute leur attention, toute la force de, leur intelligence. Nous nous bornerons à combattre ces deux erreurs principales.
Voici comment l'une de ces erreurs se formule ordinairement :
// ne faut pas être dépendant pour teloutelpro^ dutt de tel ou tel pays. •
Des âmes nobles , qui considèrent , avec raison , la Téritable dépendance comme un acte de bassesse et d'infériorité , se passionnent également contre cette prétendue dépendance , et elles font chorus avec ceux qui veulent y soustraire le pays; et la masse des hommes qui s'y croit intéressiêe , d'applaudir.
Mais il n'en est pas du commerce comme de la politique et de la morale. Il ne s'agit ni de dépendance, ni d'indépendance : il s'agit. d'intérêts , et d'intérêts matériels.
Si un pays duquel vous craignez à présent de dépendre , et dont vous repoussez les produits , se trouve dans des circonstances plus favorables que le vôtre pour produire certaines choses déterminées , il les produira avec plus de facilité , il les produira çn plus grande quantité et de meilleure qualité , et il pourra les livrer à meilleur marché. Avec la liberté du commerce, ces choses seront naturellement produites à l'étranger et inipôrtées chez vous.
Mais votre pays aura aussi des choses à la produc- ' lion desquelles concourent des circonstances favo- , râbles, et qu'il produira , par conséquent , avec plus, de facilité que d'autres pays, dans une plus grande
quailtitè , de meilleure qualité , et qu'il pourra livrer à meilleur compte. Avec la liberté du commerce , ces choses. seront naturellement produites dans, votre pays et exportées à l'étranger : il y aura gain pour tous les deux.
. Si vous défendez l'introduction de ces produits étrangers , pour soutenir les fabriques chez vous ,• il est très-probable que le pays étranger , par représailles , ou pris de la même inanie de tout produire /chez lui , ne voudra ^lus recevoir vos produits. Ainsi la production de choses que vous accomplissiez tous deux avec avantage cessera, pour donner lieu à une production que vous accomplirez tous deux avec désavantage : il y aura perte pour tous deux.
fiais quand même lé pays étranger serait assez éclairé pour ne pas user de représailles, quand même fl serait disposé à continuer à recevoir les choses que vous fabriquiez pour lui , tandis que vous ne* consentez plus i recevoir celles qu'il fabriquait pour vous , vous serei dans l'impossibilité de faire marcher les deux productions à la fois ; car, enfin , votre , main-d'œuvre et vos capitaux sont limités.
11 faut bien se persuader d'une chose j c'est qu'aucun pays ne fait cadeau delà plus petite fraction dé marchandise â un ûutre; autant il lui er^ envoie , au-
taôt il demande dé valeur ea échange > c'est-à-dire , autant de production il excite dans ce dernier pay^^ Au moyen des prohibitions et des restrictions, tous pouvez fabriquer chez vous les marchandises qu^un autre pays vous envoyait , mais vous empêchez inévitablement la production de celles que vous lui donniez en échaxige. Ainsi vous pouv&i créer dans votre pays une industrie qui ne lui étant pas homo^pème , ou naissant après qu'une autre semblable est déjà établie avantageiiseiBent dans un autre pays, ne lui sera pas aussi utile ^ Vous pouvez» en prêtant Tor reilk aux cris de détresse des entrepreneurs (et il faut peu de chose pour les faire crier) , en soutenir une autre déjà établie ^ et qui ne sait pas ou ne peut pas rivaliser avec la même industrie établie à l'étranger; et, en la délivrant de la concurrence, lui per-* mettre de cnc^upir dans k routine, et l'empAcher de se perfectionner* Mais vous êtes sdr de d$trmr?<mi de ralentir l'allure d-une industrie qui prospérait ei& silence, et par ses propres foroest.: vous êtes $âff;« si les choses prohibées ou surchargées de droits sotkt d'un transport facile, defairenattrela cçaiti^ebanâ^f ' la conbrëbandé qui suit, comme l'ombre smt lecorps, toutes prohibitions r tovfi! droits trop élevés, et qui venge d'une part les consommateurs des sacrifices injustes qu*oo leur impose, et qui de l'autre les dé-
( 2^ ) moralisé en les excitant à la yiolation des lois du pays.
Voici maintenant comment se formule ordinairement la seconde erreur ; elle s'exprime plus longuement :.
JT accorderais^ dit-elle, Vintrodttction des produits de l'étranger , si les étrangers s'obligeaient à prendre nos produits en échange ; mais , avec votre liberté du commerce, les 'étrangers voudrai avoir en échange , de l'argent au lieu de produits ; peu-à^peu presque tout l'argent sortira de notre pays, et nous serons ruinés. »
Mais la première erreur vaincue , on a bon marché de celle-ci. • ^
Les commerçans , qui sont rintermédiaire au moyen duquel les pays obtiennent les produits étrangers qu'ils désirent consommer , ont heureusement iihe communauté d'intérêts avec ces pays. ^Ils ne peuvent faire de bonnes affaires qu'en «tchetiant les choses où elles sont à bon marché , «t en les vendant où elles sont chères; c'est-à-dire, en prenant les choses où elles sont en* abondance , et «n les transportant où elles sont rares 5 o'est-àdire , -encore , en favorisant les intérêts «t en sa-
tisfaisant les besoins des différens pays. L'argeat n'a pas des propriétés telles que l'on ait à le pr^ férer à toute chose. Ses propriétés sont connues : il sert aux échanges d'objet avec objet, ou, fondu, il peut être façonné en meubles utiles et agréables à l'homme. Les commerçans ne l'aiment pas plus que toute autre marchandise ; ils aiment" et préfèrent ce qui les fait gagner le plus ; et ce qui les fait gagner le plus . fait gagner le plus aussi les pays pour lesquels ils font le commerce.
Si , dans votre fiays , l'argent abonde plus que la marchandise , l'argent relativement à la marchandise sera à bon marché ; dans ce cas , les commerçans prendront de l'argent eu i échange des marchandises qu'ils y auiont importées , et ils le transporteront dans un autre pays où l'argent sera rare et cher. Mais si, dans votre pays, la mar- .chandise abonde plus que l'argent, l'argent relativement à' la marchandise sera cher ^ dans ce cas ^ les commerçans feront tout le contraire : ils pre^dront de la marchandise en échange y et la transporteront dans un autre pays où l'argent abonde et est à bon marché , pour de-là le porter encore une fois où il est cher ; et ainsi de suite.
Retenir l'argent où il abonde , l'empêcher d'aller où il est rare , c'est vouloir arrêter le cours des
(M) Aeutes ^ c'est une entreprise aussi impossible qu'elle serait folle et ruineuse.
L'Angletotre a offert , il y a quelques années , une preuTe évidente que tdles sont les lois^ qui règlent rentrée et la sortie de l'argent d'un pays.
Pour des causes qu*il serait hors de propos d'énumérer ici , les banques privées s'y étaient grande- ^eiit augmentées. Celles*^ avaient étnis une quan- ^té énorme de billets, et elles les avaient prêtés à des négdcians. Ces billets , reçus en échange à l'^al de Targenit , avaient accru la quantité de numéraire hors de toute itoeaure avec la marchandise , et le besoin des échanges ; et une partie du numéraire fut, pour ainsi dire , forcé à sortir du pays. Mais ce n'étaient pas les billets qui pouvaient sortir ; à l'étran- ^r ils n'avaient aucune valeur ^ c'étaient les espèces f|ui devaient sortir. Elles allèrent, sous forme d'ein> prunta, en Amérique, en Grèce, etc. ; elles allèrent alimenter, dans toutes les parties dju monde, des spénitlattons aventureuses. Mais les emprunts et les spéoriations ayant mai tourné , les négocians nefurent 'pas en éti^t de payer leurs dettes aux banquiers. Les iaiUiles des n^nocians et des banquiers eosmmencèrent ;,la défiances'en^avade tous les esprits ; il y enl ee ^pM les Anglais appellent un fk» sur presque toutes les banques, c'est-indire , que les
possessepr3 de billets les portèrent tous à là fois au& banques pour les faire chang^er en argent, et les bai;iquiers n!en ayaient pas. Les faillites des banquijers augmentèrent d'une manière effrayante ; les billets perdineat tout ^édit. Dans un tel état de choses , ce n'étiait plus que l'argent qui pouvait ,&ervir.au3B: échâuge» , et Ywagent ét^it très-rare. Qu'arriva-t-il? l'argent iaussa éîM>raiénjpnt de valeur, ^ 1^ pri^t 4e tQjulbes le^ marchandises baissa. Alors r,oa vit r^venir l'argent en Angleterre <}ain|p^pdsre9cUsfÇi^^ m^nt; .et en pe.u de scmaipes Téguilibre avales autres pays se rétablit.
Toutefois le passage à^una pay^s de Tétât de prohibitions et de r^strictipins ^ Cjslui 4e Uh^té ^ commerce lexige de la part du l^isiaj^ur dçf m^ nageme^s. Plusieurs industries sont nées ^ Tombris^ de ces prohibitions et de ces rest/'içtkm3/, «evivieiit que 30123 leur protection^; et ^ cettfs p^çteçtipp^ était retirée imniédiateçoLent eUe^ mourr<aient jQu iraienit en décjsidence ; une partie dfBs capitaux qui y sont engagés serait anéantie , beaucoup d'ouvriejcs privés -de travail. Les préjugés mêmes, lorsqu'ils sont partagés par la généralité des habitans , doivent être ménagés par le législateur, parce qu^enfijn, les hommes sent heufeux oq malheureux d'après leur manière de voir. C'est awj écrivains à faire une
guerre à mort aux préjugés. Hais c'est aulégislateur à s'arrêter tout court dans les Toies fallacieuses des prohibitions et dés restrictions, et à empêcher qu'elles né donnent plus naissance à des industries factices : c'est à lui, par de sages lois , par une descente graduelle , de la prohibition aux droits d'importation sur les marchandises étrangères, et des droits éle?és à de moindres droits , à préparer, et et à étabUr peu-à-peu le pays sur le terrain solide de la liberté du commerce.
Et un pays qui est régi par de sages ilistitutîons , et où l'intelligence humaine a acquis un grand degré de développement , franchira ce passage avec beaucoup de facilité ; car dans un tel pays la vigueur, la sève , la force réparatrice, seront grandes; et peu de temps après , on s'apercevra que les malheurs que l'on prédisait devoir venir à la suite de la liberté du commerce, n'étaient que des fantômes créés par une imagination peu éclairée.
Quelques industries exotiques auront péri : mais les industries indigènes auront augmenté leurs produits ; elles jouiront d'une grande prospérité , et offriront aux ouvriers un travail stable , à l'abri des chances auxquelles ils sont exposés lorsque leur travail dépend en partie de ces industries exotiques que le plus léger souPle renverse.
Ce pays sera supérieur aux Autres , en indastrie comme en tout le reste.
BE Ul POPULATIOir.
Le créateur a jeté à pleines mains dans toutes les plantes , et chez tous les animaux , les germes de
leur reproduction. Il semble a vqir craint que la terre
ne fût dépouillée du moindre de ses ornemens. Et pouvait-il en être autrement de l'homme", la plus noble de ses créations? L'homme a été aussi doué de cette grande puissance de reproduction. L'expérience a 4émontré que là où les moyens de subsistance sont en grande abondance , et où la population peut prendre tout son essor , elle se trouve doublée à - peu - près à chaque quart de siècle : mais il n*y aurait pas d'espace suffisant pour contenir une population qui augmenterait de la sorte pendant quelques siècles seulement , point de terres capables de pourvoir à son entretien. Le jour devrait irrévocablement arriver où son développement aurait à se ralentir. Ce ralentissement ne peut avoir lieu que de deux manières : ou par la misère , et conséquemment la mort de plusieurs individus ; ou par la prévoyance , c'est-à-dire, un retard apporté aux mariages , et une diminution dans
le$ Daissances. La première manière est propre aux pays à-demi barbares ; quoique , dans de semblables pays, la population ne soit pas et nepuisse pas être grande , à cause de Fabsence des connaissances par lesquelles on se procure beaucoup de moyens de subsistance , et si, par une circonstance quelconque , elle prenait un essor extraordinaire , la misère et une grande mortalité Farrêteraient. La seconde est propre aux pays civilisés. Dans un pay« à-demi barbare ^ une population peu nombreuse peut être «zcessiye quoique éparse sur un grand territoire , et une mortalité extraordinaire la réduirait bientôt aux limites proportionnées à ses circonstances. Dans un jpajs civilisé , pne grande population sur un moin- «dre territoire peut ne pas être excessive ; et suivre jpendant un certain temps son cours d'accroissemejnt.
Tdie n'était pas Toinnion dominante sur les lois qui règlent la population avant l'apparition du célèbre ouvrage de M. Maltbus. Jusque alors les économistes avaient trouvé les indices de la prospérité d'un pays dans le grand nombre des individus » sAiis fivoir égard aux. subsistanoes. U. J)laltliu.s établit et prouva la vérité de ces nouvelles lois , et fit observer qu'un accroissei^ent de po^ula^tioin san3 un aocroissèment cçirrespondant de subsistances , au lieu d*étre
un iikm 9 est ua Qémx; que des epéaUires buimioes ne rermetA au moDde que pour souffrir et momîr bientôt de besoin .
L'humanité, au lieu d*étre reconnaissante envers un hon»ne qui l'avertissait 4'un gr^nd danger qu'ette courait , se tauma contre lui , comme si en découvrant une loi de> la nature humaine il llavait étabBe lui-même; on cria à Tiniquité ,ià rimmoraUté, avec la même justice que montrerait un homme :qui , en $e promeËiant $ur ui^e prairie verdoyante et e^^ apparenoe unie , s'irriterait contre celui qui .rayertirpt que, daçs cette beUe. prairie , il y a cep^nd^nt des fonds marécageux où Ton peut enfoncer et périr.
Il y a dourc dans les hommes , xpnune dans les plantes et las animaux^ n'en déplaise à notre amourpi'Opre, u^e grande puissancfî de reproduction, une for^e tendance à outre-passer les moyens 4^ subsistance^ Mais, vtandis que les plantes et les anin^auxne savent et ne peuvent pas inettre xm frein iii;i développement de leurs germes, et qu'uue partie de }Cteux-ci |iérit aussitôl qu'elle se dévelqppf , faute d'espace et d'aUment ; nous pouvons et nous savons, doués que nous sommes d'inte]%ence , mettre un frein à notre reproduction, enipéçherque les germes ne se développent avant que le Jerraîn ne soit prêt à les recevoir. Double triomphe de l'in-
teiligence : dopiiner nos passions , çt augmenter la somme de notre bien-être. Et cela nous savons le faire toujours mieux à mes^^e que nous avançons en civilisation ; car il est incontestable que depuis plusieurs siècles , les hommes ont été en se multipliant dans presque toute TEurope , et que cependant les subsistances pour tous ont été plus abondantes qu'au*paraYant.
 Dieu ne plaise que nous soyons jamais satisfaits de Tétat où se trouve une grande partie de nos semblables, que notre cœur soit fermé à leurs souffrances! La misère est encore bien grande. Mais, lorsque nous nous reportons seulement à quelques siècles en arrière , et que nous voyons les ravages que faisaient alors la famine et la peste , n'avons-nous pas le droit de penser que nos ancêtres avaient moins d'empire que nous sur leurs passions, moins de prévoyance , un développement d'intelligence moins complet T^n'avèns-nous pas le droit de nous féliciter de notre état social comparé à celui qui Ta précédé? L'Italie , par exemple , a été dépeuplée par la peste et la famine , à une époque où son sol était couvert de républiques riches et populeuses , resplendissant des chefs-d'œuvre de l'art , fécond en grands génies. En Angleterre , 68,596 individus mouraient de la peste dans la seule ville de Londres , l'année 1666.
Et , en portant DOS regards sur des temps plusrap* proches , nous Toyons partout la population augmenter , et en même t^mps les famines devenir plu6 rares , les pestes plus rares aussi et moins meurtrières. Nous voyons, par exemple , que dans la Grande-Bretagne , la population était de 10,942,646 en 1801 ; de 12,609,864 en 1811; de 14,391,631 en 1821; et quelle est maintenant de 16,537,398: que la mortalité qui était chaque année, de 1700 à 1780, d'un individu sur 37 ou 38, a été seulement d'un individu sur 45 en 1790; d'un sur 48 en 1800 ; d'un sur 54 en 1810 ; et d'un sur 60 de 1810 à 1820. Nous voyons le choiera n'emporter à ' Berlin et â Vienne, qu'à-peu-près 6 individus sur 1000. Avec des preuves d'une telle évidence nous pouvons laisser de côté toutes les autres.
-Les lois qui règlent la population se résument de cette manière î
L'homme est continuellement poussé par une force impérieuse à se reproduire avec plus de rapidité qu'il ne peut créer des moyens de subsistance. Cett^ force qui le pousse est immense, il est vrai j mais elle est toute matérielle , elle est connue^ elle n'est pas susceptible d'augmentation. D'autre part, il y a dans l'homme un désir de bien-être , force moins puissante sûrement , moins impérieuse que
rarotre ; mm aos» moins inatérielle, moinfi co&fiue, et ^i^est su6oeplâble dfan^meotatîosi*. Nulle dans rét«t barbare des* sociétés, faible aux premières ^oqtièsde leur cîviUsatioii , cette foree grandit arec les prc^ès de k ci vilisatiou, etélèreaiie diguede plus en flm forte contre la débord^sient de la popola-» tion.
A> présent que nous coâanaî^ony les kis sekm; l^aquellfâ. lea capitaux se forment et s'augmentent, et celles qui règlent la population , nous sommes à même de résottdre les deux questions que nous noua étions faite9, savoir r s'il est possible d'établir et de maintenir dans un pays un équilibre tel, entre Tourrage à * exécuter et les ouvriers qui doivent rej^écuter^ que la quantité de l'un soit toujours tant soit peu supérieure au nombre des autres; en d'autres tern^es^ qm ks capitaux soient toujours t^int sdrt peu supérieurs, à la population : et la nùfaniëre dont il faut s'y prendre.
Oui, l'établissementde cet équilibre est possible, mais diffiocîle : le maintien en est possible aussi ;
marîs'il est bien pïas difficile encore ; parce quil ne sorUfft pafs qu'il existe dans un pays plus de capitaux que die population , il ne suffit pas que ces capitaux soient d'une nature telle qu'ils soient propres à fournir de l'ouvrage ; il faut en outre que ceux qui les possèdent soient disposés à les faire valoir , ou à lés, prêter à d'autres qui les fassent valoir. Généralement parlant, ils ne demandent pas inieux. Mais il y â des crises , auxquelles le pays le mieux gouverné ne peut pas se soustraire , pendant lesquelles l'intérêt commande aux capitalistes de ne point employer leurs capitaux -, d*en sacrifier les intérêts ; d'en sacrifier même ufte partie pour sauver le reste. Telles scHït lés commotions politiques et les guerrçs. De • tonnes institutions , la sagesse des gouvernans et des gouvernés, peuvent bien éloigner d'un pays ces fléaux; mais elles rie peuvent pas empêcher que ' d'autres pays en soient tourmentés, et que le contrecoup n'en vienne jusque dans le pays le mieux àd-^ ministre. Alors les entrepreneurs de beaucMp d'industries ralentissent leurs opérations , d'autres lès suspendent , et des ouvriers sont congédiés.
Nous ne pensons pas , qu'en général , la drfiféreflce entre les capitaux et la population puisse jattiais être bien grande. Une population nombreuse sftns une quantité proportionnée de capitaux ne pouri^àit pas
(38) naître, ni se maintenir long-temps au même nombre; et une grande quantité de capitaux sans ung population proportionnée ne pourrait non plus ni être produite , ni maintenir sa supériorité. Et quant à ce cas particulier de crise , nous ne pensons pas non, plus , qu'une grande somme de capitaux se retire du commerce , qu'un grand nombre d'ouvriers soit congédié : car les industries qui absorbent le plus de capitaux, et emploient un plus grand nombre d'ouvriers, sont des industries qui produisent des choses de première nécessité) comme l'industrie agricole, et qui ne peuvent pas être suspendues. Mais il suffit qu'une petite partie des capitaux se retire, qu'un petit nombre d'ouvriers soit congédié , pour que l'équilibre soit rompu , poul* que le taux des salaires descende bien bas.
Il en est des salaires comme des subsistances que ceux-là sont en grande partie destinés à acquérir. Si, par exemple, la provision- des subsistances est d'un dixième seulement au-dessous des besoins de la consommation , leur prix augmentera non d'un dixième, mais de la moitié, ou plus encore; les hommes étant disposés à se soumettre à tout , à faire toutes fortes de sacrifices plutôt que de souffi'ir la £aim , plutôt que de diminuer sensiblement leur con* sommation ordinaire. De même , s'il y a un seul
dhcième d'ouvriers de plus qu'il n'y a d'ouvrage ;à exécuter, les salaires pourront baisser d'un tiers ou de la moitié ; car les ouvriers entreront en concurrence entré eux, et offriront de travailler au plus bas prix possible , plutôt que de rester sans ouvrage, et sans moyens de subsistance. Le contraire aurait heureusement lieu , pour peu qu'il y eût plus d'où- Yrage que d'ouvriers.
Un changement de modes , non dans <;es objets de fantaisie dont les femmes se pareût, car une marchande de modes a toujours de l'ouvrage , soit que les chapeaux se portent à la Holyrood ou à la i^/Âi&^.; mais tm changement dans ces objets dont une classe entière de la société faisait usage , et pour la production desquels des industries spéciales étaient établies , peut aussi rompre l'équilibre.
Toutefois cet inconvénient ne serait que tempo* raire , et serait contrebalancé par des avantages ;. car le revenu et la dépense de chaque individu restant les mêmes , il arriverait seulement qu'une partie . de la dépense serait portée d'un objet* sur un autre. Ainsi iine nouvelle industrie serait créée , ou une ancienne étendrait son activité; les ouvriers employés dans ces industries verraient augmenter leurs salaires; ils ne suffiraient plus à l'ouvrage; ceux qui auraient été congédiés apprendraient peu-à-péu le
nouveau métier en fareur , et après quelque temps l'équilibre serait rétabli. Que si la nouyelle mode avait conduit les hommes à abandonner Tusag^ d'un objet insalubre pour un autre salubre, d'un objet ridicule pour un autre raisonnable , un avantage moral viendrait encore peser dans la balance des compensations.
Quant à la manière dont il faudrait s'y prendre potii* établir et maintenii" l'équilibre entre l'ouvrage et tés ouvriers , la seule, vraiment efficace , sef manifeste par elle-même. Nous avons vu que les capitaux s'aûgfmentent par dés circonstances favorables , par de bonnes institutions , par un grand développement intellectuel: c'est donc à se rendre les circonstances favorables autant que possible , c'est à amélioi:er les institutions, à développer rintcllîgerice des individus, c'est, en d*autres termes, à dompter la nature par âé grands travaux , à améliorer les lois politiques , éiyilds et commerciales , à répandre géliéraliaaieutriàstructîôû, qu'il faut ditfuné nation se cOfîWàcre tout entière.
Kou^ aVôûs vu d'autre part cfieïa population n'est maintenue dtins des bornes convenables , que par la supériorité que Tésprit prend sur la matière , et par lès progrès de la civilisation.
]^lu8 la masse des hommes est dépourvue d'in-
structîon et d'aisance , plus les mariages sont précoces -y sans prévoyance , sans dignité , avec peu de besoins , les hommes s'abandonnent au seul plaisir dont ils soient susceptibles , et vers lequel l'instinct lès- porte : alors la population excède les subsistances , et n'est ramenée à l'équilibre entré elle et les subsistances que par la misère et la mort. £t 9 en vérité , je ne sais pas si , dans un tel étsA moral de l'homme, il serait bien queles mariages fussent retardés ; car, si l'excès de la population amène à sa suite une grande mortalité , le retard dans les mariages amènerait une grande immoralité. Mais à mesure que les hommes acquièrent de l'instruction^ les mariages sont retardés^ ils sont accoutumés à plus d'aisance > et ils ont plus de dignité^ ils ne veulent pas que leurs enfans occupent un rang inférieur au leur ; d'autres plaisirs d'un genre plus spirituel les soulagent de leurs sacrifices , et l'espoir d'élever eux-mêmes un jour une famille les tient ea haleine. 11 dérive de grands inconvéniens du retard apporté aux mariages , même dans cet état moral de l'homme^ mais enfin l'humanité ne marche pas par un sentier de roses.
Les institutions exercent aussi une influence quelconque sur la population. Dans les temps pas*ses, par exemple, on donnait des primes aux ma«
riages , on récompensait le seul fait d'avoir une nombreuse famille ; on forçait ainsi la population. C'est donc à favoriser de plus en plus le déyeloppement de rîntelligenee , à améliorer les lois , qu'il, faut, encore sous ce rapport, qu'une nation se con-
s^cre.
Mais , si , après l'emploi de tous les moyens que nous venons d'indiquer , par une de ces causes que la sagesse la plus consommée ne peut pas prévoir , l'équilibre venait à se rompre , la dernière ressource, ressource d'autant plus efficace qu'elle aura été plus ménagée, sera dans le gouvernement. Le gouvernement pourra faire exécuter de grands travaux , d'une nature telle que toute espèce d'ouvriers puisse , autant que possible , y prendre part ; il devra les faire exécuter sur les difiérens points du pays où il y aura le plus d'ouvriers sans ouvrage.
Quant aux fonds pour couvrir ces dépenses extraordinaires , il faudrait aussi avoir recours à des moyens extraordinaires. Les plus propres seraient les emprunts volontaires : et un bon gouvernement, avec quelques sacrifices , trouverait à emprunter, même dans des circonstances diffiiciles.
Si l'on avait recours à des impôts extraordinaires, en les augmentant on diminuerait d'autant le revenu et, par conséquent, la dépense des contribuables j on
supprimerait , d'un côté , l'ouvrage auquel celle dé^ pense aurait donné lieu, pour le faire surgir dans la même mesure du côté du gouvernement.
Si l'on avait recours à des emprunts forcés , il en serait de même.
Ce n'est que par des emprunts volontaires , par l'appât d'un gain extraordinaire , d'un placement plus sûr, vu les circonstances, que ne le seraient certaines entreprises industrielles , que l'on pourrait faire sortir de leur retraite , faire reparaître sur le marché, les 'capitaux que la crainte avait cachés , et procurer aux ouvriers plus d'ouvrage , qu'un tel état de choses , abandonné à lui-même , n'en saurait procurer.
Mais il faut, en outre, que le gouvernement se garde bien de venir au secours des ouvriers, autrement que par du travail et du travail réel ; il faut de plus qu'il ne continue pas ces secours , quand même ils seraient donnés ainsi , lorsque la cause qui les avait rendus nécessaires aura disparu. En agissant autrement f le gouvernement donnerait aux ouvriers la perspective de trouver des secours exempts de.peines dans toutes les positions malheureuses où ils pourraient tomber , même dans celles qu'ils ne devraient imputer qu'à leur inconduite ; il donnerait une direction factice au travail ;J1 sèmerait les ger-
mes d'un mafêque tT équilibre ealre TouTrage et les ouTriers , et, rien ne pouvant plus remédier à cet état de choses , il démoralis^ait les ourriers, ^ porterait une atteinte fatale 4 leurs intérêts.
Arant de mettre un terme à cette première partie de notre sujet qui concerne le revenu des ouvriers, il est bon d'aller au-devant de quelques objections que l'on ne manquerait pas de nous faire, et qui sembleraient renverser tout notre système ; il est bon de signaler quelques injustices que l'on commet à l'égard des ouvriers, et les mauvais conseils qu'on leur donne.
Si toute la terre était occupée par une nation unique, r^e par les mêmes lois, placée dans les mêmes circonstances , rien de mieux, nous dira-t-on, que de hauts salaires. Mais la terre est partagée en différentes nations, qui sont régies par des lois différentes , placées dans des circonstances dissemblables. Si dans un pays vous forcez les salaires , tandis qu'ils restent bas dans les autres, ce pays ne pourra plus produire à aussi bon marché que les autres ; il ne pourra plus soutenir la eoncurr&ice au marché général du monde ] de manière que des ouvriers , en commençant par avoir de hauts salaires, finiraient par n'avoir pas de travail, par n'avoir point de salaires du tout.
V objection , en ce qui concerne le compaerce extérieur seulement, /serait sans réponse, si les salaires étaient hauts .dans un p^iys à pause de la- cherté de la TÎe , et qu'ib fussent bas dans les autres pays parce que la v^ey serait à boa compte; les institu* tiens f au reste , étant égale^ient ^Qpnes partout^ le développement intellectuel également ayanoé, las machines et les procédé^ de fabrication également pfir£aiU , l'habileté des ouvriers et l'intensité du travail égales 9 Fiii^térêt des capi^ujc au même taux.
Hais, s'il y .9^yait un pays, comme nous l'avons supposé , où les spires ne fussent élevés qu'à cause de la plus grande quantité d'ouvrage que d'ouvriers , |à cause d'un^ plus grafjide abondance de c^jtaux que de population , et où tle^ insfiti^ùons Aiase^t e» outre meilleures, 1^ dév^elo^emeiït iatelleetuel plus avancé , les machines et les procédés de fabrication plus parfaits , rhabileté des «ouvriers ^t Tli^tgu» site du travail plus grandes , toutes choses qui facilitent la production, l'objection tomberait. L'éiévation des salaires , en tant qu'elle serai^t ]fi coj^é'q^eni;e de la position favorable des ouvriers, positi/^p qui les jjQndrait arbitres de la fixatioja du prix da travail , l'éiévatictn des salaires , disofOçs^OQ^s , ser^ exactement eontrebalMAcée p^r \à 4nniputiaii dep profits dçs entrepreneurs d'is^Jp^iries , et ^i^té-*^
rets des capitaux ; les ouvriers aut^aient une pîus gramU part des produits des industries , les entrepreneurs une moindre. Mais tous les autres avantages 9 que nous venons d'indiquer , donneraient à ce pays une supériorité décisive sur les autres dans la fabrication ; ses produits non-seulement soutiendraient la concurrence sur le marché général avec ceux des autres pays , mais ils les en chasseraient.
Voici une autre objection que l'an pourrait bous faire. On pourrait nous dire : si Fintérét des capitaux est plus bas dans un pays que dans les autres , si les profits des industriels sont moindres , les capitalistes et les industriels sortiront de ce paya, emportant avec eux leurs capitaux et leurs industries , ou en feront sortir les capitaux.
Je commencerai par répondre que , pourque les capitaux passent d-un pays à un autre , il faut que la diffiérence de Tintérêt soit bien grande. Les capîtalistës aimenti avoir leurs capitaux sous les yeux; les industriels ne peuvent pas se séparer de leurs établissemens , sans que 'ceux-ci ne dépérissent. De plus , ils sont attachés à leur terre natale comme tous -les autres hommes, et il faudrait l'appât d'un gain considérable pour les déterminer à la quitter. Où trouver d'ailleurs autant de bien-être, que dans le pays où nous avons supposé tant de circonstances
lieureuses , aussi bien matériellee que morales ? Ciomment entreprendre de grandes industries dans des pays plus arriérés en]civilisation , avec dés ouvriers moins habiles? Et quoique dans ce pays, l'intérêt des capitaux étant plus bas qu'ailleurs , les gains des capitalistes et des industriels seraiei^ partiellement moins grands; comipe les capitaux seraient plus nombreux, comme les industriels agiraient plus en grand , le total de leurs gains serait plus grand aussi.
Voilà pour les obj ections . Voici pour les inj ustices .
Parce qu'on a toujours en Tue le commerce extérieur et l'ayantage des petits salaires , on a commis , l'on commet encore de grandes injustices envers les ouvriers.
On les empéahe de se coaliser pour faire hausser les^ salaires.
Bien souvent les coalitions d'ouvriers sont déraisonnables , et en dernier résultat elles leur sont nuisibles. Ils demandent un salaire hors de proportion avec le prix courant des produits de l'industrie à laquelle ils travaillent. Si les entrepreneurs n'accordent pas ce salaire , et congédient les ouvriers , ceux-ci se trouvent bientôt privés de moyens de subsistance. Si les entrepreneurs accordent ce salaire^ ils se ruinent \ ils dérangent au moins leurs affaires , et , peu de temps après , ils sont obligés ou dé con-
gédief les ouvriers , ou de fixer le iaux des salaires
plus bas encore qu'il ue Tétait avant la coaKtion.
Il faut éclairer les ouvriers sur leurs véritables intérêts.
Bien souvent les ouvriers, à Toccasion d'unç coa^lition , cooimettent des excès , forcent des individus qui ne voudraient p^sy prendre part, à y p^en^re part, — Il faut pour ce cas des lois pénales, et les leur appliquer*
Mais il est de toute injustice de leur défendre les coalitions , lorsqu'elles ne troublent pas la paix publique, tandis qu'on les accorde aux entrepreneurs* Que si les ouvriers ont souvent tort de se coaliser , et s'il en résulté pour eux de la perte plutôt que du profit , quelquefois cependaiït c'est le seul moyen qu'ils puissent employer pour meltfe à la raison des entrepreneurs par trop avides.
Les ouvriers, dans la lutte avec les entrepreneurs, " pour la fixation du taux des salaires , ont déjà assez de désavantages naturels , sans qu'il faille en créer d'autres artificiels. Ils sont en grand nombre , et la coalhion est difficile pour eux; tandis que les entrepreneurs sont en plus petit nouxbre et que>la coalition leur est &cile. Xes besoins des ouvriers sont pressans ; ils ne peETeflct pas se passer long-, temps de salaires. Xes besoins des entrepreneurs
sont iDoiûs pressons ; ils peuvent se passer plus longtemps de l'exercice de leur industrie.
Une autre injustice que l'on commet envers les ouvriers , c'est de les empêcher de quitter le pays. Elle est si flagrante que nous nous croyons dispensés de le prouver. Il est aussi injuste de les empêdier d'émigrer qu'il le serait de les y forcer.
Et que Ton ne craigne pas que l'émigration devienne jamais trop forte. Tout s'y oppose : l'amour que l'hon^me porte au pays où. il est né , et qu'il doit quitter à jamais, les liens de parenté et d'amitié, l'incertitude du sort qui l'attend dans de javelles et lointaines contrées. La moindre p^iélioiiiition dajfis le prâ de la main-d'œuvre arrête tout cqwX l'émigrdiipn. Mais cejlenci est un.e resswïrce à iie p^s dédaigner « et dànt un gouyernemeiit peut tii:esr p^rti, au pm.mèeaede quelques sacrifices péci;iniaires ; car la plus petite dwiûutian dans le nomhxe îles ouvrier^ peut exercer une ipflu^nce bienfeiaante sur hs. salues .
Enfin, le if^uYais conseil que l'on xioniie .^li^ Q^r yriers , c!e$t de ne point s'abstenir du. travail tes jows de fête. Sûrement, si le nombre des jours dan.$ lesquds les ouvriers ne travaillent pas était excesisif, la production en sofiffrirait , et les ouvriers aussi ; alprs il leur serait utile d'en réduire le nombre. Mais ce
nombre étant modéré , quoique la production put être moindre , il est de l'intérêt , à part toutes considérations d*un ordre plus élevé, de l'intérêt purement matériel des ouvriers , de s'abstenir du travail dans ces jours, et en voici les raisons :
L'équilibre entre l'ouvrage et les ouvriers ne peut pas toujours être maintenu au même point. Si cela se pouvait, le conseil de travailler les jours de fête , quant au gain immédiat , serait bon ; l'ouvrier, en travaillant de plus, se priverait, il est vrai, d'un repos qui lui est nécessaire pour remettre ses forces épuisées , il se refuserait un loisir qu'il pourrait consacrer à la culture de son esprit , mais il gagnerait davantage. Mais^ comme cela ne se peut pas, comme il arrive souvent que l'équilibre se dérange au détriment .des ouvriers , qu'il y a plus d'ouvriers que d'ouvrage , il est de la plus haute importance que l'usage de ne point travailler certains jours se maintienne. Sans cela , toutes les fois qu'il y aurait plus d'ouvriers que d'ouvrage, les entrepreneurs étant les arbitres de la fixation du taux des salaires , ce serait à leur profit , au profit des capitalistes , des riches , que tournerait entièrement le surcroît de travail auquel les ouvriers se seraient volontairement condamnés. Les entrepreneurs ne donneraient aux ouvriers que les salaires indispensables au soutien
de la Tie, quoique ceux-ci travaillassent sans relâche du premier jusqu'au dernier jour de Tannée. Si donc la religion, dans des vues et des intérêts qui s'élèvent à des régions supérieures , ordonne aux hommes de ne point travailler les jours de fête , l'ami des ouvriers , dans des vues et des intérêts d'ici-bas , doit lui donner le conseil de ne point travailler dans ces tnêmes jours.
Après avoir examiné la nature du revenu des ouvriers, et ii^diqué les moyens de l'augmenter, il BOUS reste à examiner la nature de leurs dépenses , et à indiquer les moyens de les diminuer. Mais^ par diminution des dépenses des ouvriers , nous n'entendons pas une diminution dans la quantité de choses que ceux-ci consomment ; nous désirons, au contraire, que cette quantité augmente, et soit aussi grande que possible : une grande consommation constitue le bien-être actuel des ouvriers . et est la meilleure garantie de la durée de ce bien-être ; car lorsque des temps de détresse arrivent , les consommations ordinaires étant grandes, il y a du superflu à retrancher, et la détresse ne peut jamais
aller trop loin. Par diminution dés dépense;^, nous entendons uûe diminution daùs le prix des' choses que les ouvriers consomment.
DES DÉPEIfSES DES OUYRIBaS.
Une des principales déposes des ouTners sont les subsistances.
II, faut donc examiner la nature de celles-ci , et les lois qui les règlent.