DES SUBSISTANCES
Les subsistances sont un capital comme tous les autres. Pour qu'elles soient à bon marché , il faut qu'elles abondent, et pour , qu'elles abondent, il feut quêtes puissent être produites avec facilité.
Mais dans la production des subsistances (quoique elle se fasse avec dés Capitaux, tels que les semences, les instrumens aratoires, etc. , et qu'elle se fasse sur des capitaux , lorsqu'il s'agit de terres déjà en culture , ei sur lesquelles on a fait des dépenses), certaines circonstances favorables dont nous avons déjà eu l'occasion de parler . et que l'homme ne peut pas se donner , telles que le sol et le climat , ont une part plus directe- que dans la production des autres capitaux.
Une autre particularité caractérise cette production. Elle dépend plus que les autres des saisons , et
par eonséqueirt ses résultats sont j^us incertains , et le prix de ses produits peut varier excessiTement d'uiïe année à l'autre. Un fabricant de toile, par exemple, en employant tout ce qui est nécessaire à sa fabrication, sait à-peu-prës combien de pièces de toile il produira , et à quel prix. Un fabricant de blé , si Ton peut s'exprimer ainsi , peut être trompé de moitié daiis ses prérisions.
lorsque les hommes commencèrent à cultiver la terre , ils commencèrent sûrement par cultiver des terres fertiles » sous un climat tempéré. Il n'en pouvait pas être autrement. Avec une intelligence peu développée , avec peu de connaissances et d'expériènee ^ en se servant d'instrumens grossiers , ce n'était qu'à l'aide de la nature , à l'aide d'un sol fertile et d'un bon climat, qu'ils pouvaient produire les subsistances nécessaires à letir entretien.
Mais après que les hommes eurent formé des nations , quelques-unes en devancèrent d^autres dans la carrière de la civilisation , et alors il fut possible à celles qui avaient fait le plus de chemin dans cette arrière , et qui , à cause de l'accroissement de la population , Avaient déjà mis en culture toutes les meilleures terres» de tirer une partie de leurs subsistances d'un sol moins fertile , sous un climat moins favorable: il leur fut possible de demander une
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autre partie de leurs subsistances , en échalige d'au-*très produits , à des nations gui , étant plus arrié-^ rées , n'avaient pas encore mis en culture to'utes leurs meilleure^ terres ; les premières nations continuant ainsi à participer , au moyen des échanges , au présent que la nature continuait à &ire aux secondes.
Pour avoir donc abondance de subsistances , et par conséquent pour qu'elles soient à bon marché , il faut que les pays qui ont épuisé leurs terres fertiles en demandent une partie à ceux qui ne les ont pas encore épuisées. Ceux-ci, à cause delà fertilité de leur sol, et à cause du^bas prix de la main-d'œuvre (bas prix résultant du peu de besoins des peuples arriérés en civilisation , et de la nature de l'ouvrage , qui étant moinâ difficile que tant d'autres est moins rétribué) , peuvent produire les subsistances plusfa^ dlement , et les livrer aux autres à meilleur marché. . Ayant ainsi prouvé qu'il est de l'intérêt des na* tions plus civilisées de prendre une partie de leurs subsistances chez les nations moins civilisées , nous ^vons sans doute alarmé les propriétaires de ces premières nations. Qu'ils se rassurent.
Avant tout , nous ne demandons pas un passage
brusque , des prohibitions ou des droits élevés sur
.l'entrée des subsistances produites à l'étranger , à
rentière liberté d'entrée. Ce passage nous le demandons graduel , comme nous l'avons fait pour le3 produits d'autres industries, El, après cela, combien n'existe-il pas de circonstances favorables aux propriétaires des terres, favorables au maintien du prix élevé des subsistances ! Les subsistances indigènes se protègent elles-mêmes , par la difficulté de transport inhérente à ces matières , contre lé bas prix que "pourrait causer l'envahissement des subsistances produites à l'étranger. La consommation qu'en fait un pays civilisé et très-peuplé est telle , que la quantité importée ne peut être que minime en proportion de la consommation totale. Les pays qui n'ont pas encore mis en culture toutes leur bonnes terressont , ou p.eu civilisés, et alors les procédés de culture y sont mauvais, il y a peu de bras pour cultiver les terres , et elles ne peuvent fournir que peu de subsistances j ou , par une exception à la règle générale , dans le cas de l'Amérique du Nord, ils sont avancés en civilisation , et alors la population y augmente tellement, la main-d'œuvre y est si chère , que ces pays consomment la plus grande partie de leurs subsistances ,, et celle qu'ils livrent au commerce étranger ne peut l'être qu'à un prix éïevéi A Texceplion des grains , peu d'autres subsistances peuvent venir de loin. Toutes celles qui se
corroïTipenl promplement doivent être produites à le portée des consommateurs.
3Par conséquence, en tirant une certaine quantité degrainsderétranger, Ton est à même d'étendre j par exemple , la culture des légumes frais , d'élever plus d^ bétail. La consommation de la viande , qui est si petite maintenant, deviendrait plus grande; la nour-riturfe du peuple serait plu« variée, plus saine, elle lui donnerait plus de vigueur. Il y a plus. Toutes les autres productions de la terre qui requièrent une culture soignée , des ouvriers intelligens et en grand nombre , et qui servent dç matière première à plu^ sieurs industries , ne peuvent pas venir non plus de ces pays. Toutes ces productions dédommageraient amplement les propriétaires de la diminution de demande et de prix , qui , dans le cas d'une libre entrée des grains étrangers, pourrait se faire sentir dans les grains indigènes.
Quant à Tinconvénient de l'incertitude des résultats qui est inhérente à la production des subsistances , et de la variation dans leur prix ( variation qui , par la nature de l'objet, est plus grande que celle de toute autre chose , et amène , lorsque c'est une variation en hausse , des dangers pour la paix publique ) , il n'y a d'autre remède , pour le rendre moins funeste , qu^une entière liberté du commerce
des grains : liberté de transport d'un point du pays à l'autre ; liberté d'entrée et de sortie du pays ; liberté d'accaparement. Car il arrive toujours que les faisons qui ont été défavorables aux récoltes de certaines terres , Ont été favorables aux récoltes de certaines autres ; que les irécoUes ayant été niauvaises dans un pays ont été assez bonnes dans un autre, et qu'ayant été bonnes une année, elles ont été mauvaises une autre année. Lorsque le commerce est libre , il prend les grains où ils sont à meilleur marché, et les trarisporte où ils sont le plus chers^ilen égalise ainsi le prix dans tous les pays , autant que possible. L'accaparement met de côté le surplus des anîièés d'abondance pour le livrer à la consommation dans les années de disette , et il en égalise aussi le prix , autant que possible , pendant une longue àérie d'année^.
Ces spéculatibfis du commerçant de graiâs et de l'accapareur sont vitales pour la société , et plû^ elles réussissent , pliis les personnes qui les entreprennent y trouvent de bénéfices , plus la société y gagne aussi. Ces sortes dé commercé ne peuvent cependant pas donner des bénéfices excessifs, puisqu'elles sont livrées, comme les autres, à la'concurrence : mais elles sont nécessairement plus avantageuses que beaucoup d'aiitres, à cause du préjugé qui existe con-
tre les commerçand de gprains et les accapareurs ; uti plus grand profit doit dédommager ceux-ci de la déconsidération qui les frappe, et des dangers qu'ils courent dans les temps de disette. Si l'on réussissait à détruire ce préjugé, on feraitbaisser le prix moyen des grains.
Quelques gouvernemens se sont chargés et rechargent encore de ces spéculations déconsidérées; mais l'expérience a démontré qu'ils ne sont pas propres S cela.
Voilà comment on peut s'y prendre pour avoir les subsistances en abondance , et à un prix, autant que possible , uniformément bas.
Plusieurs autres objets de la dépense des ouvriers sont des capitaux qui se trouvent placés dans la.catégorie générale des capitaux; tout ce que nous avons démontré en favoriser l'augmentation s'y applique naturellement, et nous dispense de nous arrêter là-dessus.
Les épargnes pour les cas de maladie et de vieillesse , etc. , sont des dépenses qu'il serait à désirer que tous les ouvriers fissent, mais qui , par malheur, ne sont faites que par un très«-petit nombre d'entre eux. Nous sortirions de notre sqjet, en nous y arrêtant , et <;ela nous mènerait trop loin. Ainsi, nous allons parler, en dernier lieu , d'une dépense des ou.
vriers (fune nature spéciale, qui se rattache à de grands intérêts, et qui soulève de grandes passions c'est-à-dire, des impôts.