‹ Considérations sur les rapports de l'épilepsie latente avec l'alcoolismeChapitre 35 sur 58 · ÉPILEPSIE ET INTOXICATION ALCOOLIQUE · texte numérisé non relu

ÉPILEPSIE ET INTOXICATION ALCOOLIQUE

La doctrine de liniorination: nous venons de le voir, domine l’histoire de la pathogénie de P épilepsie. te Toute manifestation comitiale parait être en rapport avec la présence d’un poison dans l organisme, que ce poison soit fabriqué par l organisme lui-même ou qu’il vienne du dehors.

La périodicité des crises, le retour plus on moins fréquent des 4

paroxysmes, s’il peut s'expliquer par une diminution ou une augmentation de l’aptitude convulsive sous l'influence d’un trai-

tement sédatif ou de sa suppression, peut également se concevoir par l'apparition plus où moins périodique, plus ou moins

fréquente de l’intoxication dans l’organisme. Si les organes d'élimination fonctionnent bien, si l'économie se débarrasse facilement des poisons, si le malade, par une vie régulière, par une hygiène sévère, par des habitudes de sobriété évite toute cause d'intoxication, la lésion cérébrale, la prédisposition héréditaire pourra ne pas se manifester, é//e restera latente.

Ce malade sera néanmoins un épileptique ou plutôt sera Ho

jours en puissance d’épilepsie et la crise révélatrice de la pré-

disposition latente surviendra dès linfection, dès le moindre écart de régime. Ç

‘Tantot la crise apparaîtra au cours de l'existence pour ne plus jamais revenir ou du moins ne se manifester qu’à de très rares intervalles. Tantôt pendant de longues années rien ne viendra révéler la prédisposition latente, lorsque tout à coup, sous l'in-

fluence d’une intoxication, le plus souvent évidente, un paroxysme surgit. Cette épilepsie tardive, n’est autre chose, nous l'avons vu, qu'une épilepsie restée latente pendant une grande partie de l'existence (Nous ne parlons pas bien entendu des cas possibles d’épilepsie sénile par lésions acquises).

Toutes les intoxications jouent le même rôle vis-à-vis des lésions ou de la prédisposition latente, les auto-intoxications comme les poisons venus du dehors, apportés par les malades eux-mêmes dans l'économie ; avec cette remarque que l'intensité, la fréquence ou des propriétés physiologiques particulières de certains toxiques peuvent éveiller l’aptitude convulsive avec plus ou moins de facilité. |

Aucune intoxication n'est plus favorable à l’éveil ou au réveil de l’affection que l’intoxication alcoolique (alcool et essence), favorable, nous le verrons, par les propriétés spéciales de l’alcool ou des substances qui l’accompagnent habituellement, favorable surtout par la fréquence de plus en plus grande de ce mode d'intoxication.

C'est d’ailleurs un lieu commun que de parler des progrès de l'alcoolisme. Il devient banal de constater Les ravages incessants eteffroyables de nos «poisons nationaux ». Lesstatistiques nemanquent pas et nous sortirions de notre sujet en nous étendant sur ce point. Cependant nous ne pouvons résister au désir de citer l'intéressant travail que M. Fernet (1) vient tout récemment de consacrer à cette question. D'après les recherches de cet auteur, les hôpitaux offrent un pourcentage d’un tiers environ de décès dus à l’alcoolisme sur la totalité de la mortalité par d’autres affections. Dans les asiles, M. Legrain (Ville-Evrard), à la tête d’un service d’alcooliques il est vrai, donne une proportion de 25 décès dus à l'alcoolisme sur 27 (année 1906). M. Joffroy (clinique de Sainte-Anne) et M. Leglas (Bicêtre) donnent l’un 57,89 9 0, l’autre 44,83 0/0 de décès dus à l'alcoolisme.

1. Fernet, Soc. médicale des hôpitaux, 1906, p 1073 et 18 octobre 1907,

.Considérations générales sur l’épilepsie alcoolique

Les rapports de l’intoxication alcoolique avec l'épilepsie ont été étudiés par tous les auteurs qui se sont occupés de la névrose

comitiale.

Percy à mis en lumière une forme spéciale d'ivresse, l'ivresse convulsive qu'il attribue à l’ingestion de vin nouveau ou adultéré par l'addition d'alcool et surtout d'eau-de-vie de grains et de genièvre. Lallemand et Perrin ont observé plusieurs cas analogues chez des militaires de la garnison de Paris qui s’étaient grisés avec un mélange de bière, de vin et d’eau-de-vie. Les observations cliniques et les expériences physiologiques de Trousseau et Pidoux, Bouchardat et Gubler ont surabondamment montré que les alcools de qualité inférieure procurent à ceux qui en abusent une ivresse dont l'excitation furieuse et les attaques épileptiques sont les éléments prédominants. Magnan et ses élèves, Joffroy, Bourneville, par leurs recherches cliniques et expérimentales ont mis au point la question.

Il est classique de décrire à côté de lépilepsie idropathique une épilepsie alcoolique. Pour certains elle aurait des caractères spéciaux qui en feraient une espèce clinique particulière. Mais en réalité l’attaque épileptique due à l’intoxication alcoolique ne diffère aucunement de celles dues à d’autres intoxications (Ball).

L’intoxication alcoolique est d'ailleurs complexe. L'alcool agit pour sa part, hous le verrons, mais à côté des alcools d'atomicités différentes, il faut placer d'autres substances très toxiques qui accompagnent toujours les boissons alcooliques. Nous voulons parler des essences : absinthe, anis, badiane, etc., qui forment la base des liqueurs spiritueuses. Les vins eux-mêmes ne contiennent pas que de l'alcool éthylique. On ne peut donc séparer l'étude des alcools éthylique, propylique, butylique de celle des essences, de sorte que par intoxication alcoolique nous entendrons les intoxications par les boissons fermentées ou distillées : vins, liqueurs alcooliques à essence, ete.

Nous n’envisagerons pas tous les rapports que peuvent avoir les intoxications alcooliques avec la genèse de la névrose comitiale. Nous ne reviendrons plus sur l'influence de l'alcoolisation des parents sur les produits de la conception. Nous avons vu plus haut que lPalcoolisme chronique des parents, la concep-

tion pendant l'ivresse, jouait un rôle considérable au point de

vue de la malformation de la descendance. L’aptitude convulsive n’a pas souvent d'autre origine.

Nous n’étudierons pas non plus l’action des poisons alcooliques sur les tissus et en particulier sur les organes d’élimination : le foie par exemple. Nous savons aujourd’hui (Klippel (1), Vigouroux et Juquelier) (2) que les accidents cérébraux de l'alcoolisme chronique surviennent moins du fait de l'alcool que du fait des produits toxiques qu’un foie devenu insuffisant par l’alcoolisme laisse passer dans l'organisme. P. von Baumgarten (3) vient de publier confirment pleinement cette doctrine.

à ce sujet le résultat de ses expériences qui

Certains alcooliques chroniques ne font souvent des attaques que sous l’influence d’auto-intoxications d’origine hépatique ou rénale. Nous avons observé dans le service de M. Legrain un certain nombre de malades tout à fait remarquables à cet égard. Nous suivons en ce moment dans le service de M. Vigouroux, deux épileptiques tardifs, alcooliques chroniques dont les crises paraissent survenir sous l'influence d'auto-intoxications hépatorénale (observations 33-34)

Nous aurons surtout en vue l'action de l'alcoolisme sur l'aptitude convulsive ; nous rechercherons comment la prédisposition peut s'éveiller par l’intoxication alcoolique et comment elle peut redevenir latente.

Klippel, Lecons de l'asile clinique, 1890.

2. Vigouroux et Juquelier, Insuffisance hépatique et délire, Rev. de psych., 1902, p. 403 ; Juquelire, thèse Paris, 1903. 3. Berlin. Elin. Wochensch., 21 oct. 1907, Sem. médicale, 1908, p. 40.

essences et de leur pouvoir convulsivant.

boulet, Mathieu et Mignot (1) et qui donne la teneur en alcool

Aeooliques avant de parler de la toxicité des alcools et des f 1° Boissons alcooliques. — Les principales boissons alcoo liques sont la bière, le cidre et surtout le vin. sa 1° La bière est composée de trois parties essentielles : l'alcool, l'acide carbonique et l'extrait. L’extrait dont la proportion oscille” entre 2 et 14 0/0 est constitué par du glucose, du maltose, des dextrines, des matières albuminoïdes, de la glycérine, des acides

et des sels minéraux. ne L'acide carbonique est très abondant, il n’a “pour l'étude qui nous occupe aucune importance. | e r

L'alcool est l'élément le plus intéressant, mais sa proportion ; est variable selon les espèces de bières. | A Voici un tableau que nous avons pris du livre de MM. Th

des principales sortes de bières.

Bières de débit

Origine 0/0 en alcool Origine 0fOenalcool Bière légère (Nancy) . . . 2,86 Bière poméranienne . 2,2 AIS Ax ONE LL EM ac TE A1) ntde Vienne. ul02,7 PRADA VATOISE Ware ele L — de Bohême... . 2,4

Bières d'exportation et de conserve

Strasbourg . RC RH EE ET | Nuremberg . . . . . 4,4 ETUber Per NS NET LR T0 DUC APN ESS Pantone ee MORE TG 0 PSC MN RE 2,7 Maxevile RE: 253 AO LAURE MES GNT GORE Et RE 0080 palé-ale"en 260 (006,5 Comète ME RE DS ROUE ALES “ie LT 0,0

4. Triboulet, Mathieu, Mignot, Traité de l'alcoolisme, Paris, 1905. nat

2 Les cidres et poirés contiennent en général 2 à 6 0/0 d’al-

cool, mais souvent ce titre est plus élevé et certains cidres de

pommes très sucrées et le‘poiré en contiennent près de 10 0/0

Avec l'alcool on trouve dans le cidre, de l'acide succinique, de

la glycérine, de l'acide malique, des sels, du tannin, des gom-

mes, et des huiles grasses et volatiles.

3° Le vin est la boisson alcoolique qui se consomme le plus

en France. On distingue trois sortes de vins : les vins secs

(rouges et blancs) les vins mousseux, les vins de liqueur.

Composition des mins secs

Maxima Minima par litre par litre gr. gr.

& =, — Densité er RAR RARE 1,04 0,998 HAUT AREA EE Cr Re + 940 800 ALCOOLS ÉTHYLIQUE, ie propylique, amylique, etc. 150 50 Acides et éthers volatils . . . 1,50 0,50 Extrait sec . 26 13,50 Glycérine. 7,50 4,50 Acidité totale. SRE © 1250 Acidité due aux acides he tils. 0,60 0,30 Bitartrate de RER 4 1,40 Acide succinique. 4,50 0,87 Cendres 4 0,80 Titre alcoolique des vins de liqueur 0/0 0/0 Lunel . Se a) Bagnols DCR AM Lacryma-christy . . 15 PORO STE ES" 419"871078 CAMIPEE AN ME MMNRS Maxsala.; : 7,9 0%20 8121 Mages Real Xénbs tr DOS Muscat grec : «1.1,29;6

Vins mousseux

Les vins de Saumur et de Champagne ont un titre alcoolique élevé de 5 à 15 0/0.

2° Boissons distillées. — On comprend sous le nom de boissons distillées celles où l'alcool entre pour la plus grande part.

Ces boissons ne sont jamais constituées uniquement par de l'alcool et elles ne jouissent de la faveur qu'à cause de leurs impuretés qui leur communiquent une saveur plus où moins recherchée.

Les principales boissons distillées sont : le marc, le rhum, le cognac, le kirsch, l’eau-de-vie de prunes, de cidre, les alcools de fantaisie (rhum faux, cognac faux, kirsch faux), l'eau-de-vie de grains, de genièvre, etc.

M. Roques a dressé un tableau des impuretés contenues dans les boissons distillées: ce sont des acides, des aldéhydes, du furfurol, des alcools supérieurs, de l’aeide cyanhydrique.

3° Vins aromatisés, liqueurs sucrées, apéritifs. — On range habituellement sous ce nom le vermout, les vins dits toniques à base de quinquina (byrrh, etc.), de kola et de coca.

Le vermout est un vin blanc alcoolisé, renfermant un certain nombre de plantes aromatiques, surtout l’absinthe.

Les liqueurs sont des composés d’alcool plus ou moins hydraté, de sucre et de substances aromatiques: les plus connues sont l’anisetite, le curaçao, la chartreuse, la bénédictine, le punchliqueur, le kummel, le noyau, le dantzig, le marasquin.

Les apéritifs sont des liqueurs non sucrées, fortement aromatiques et spiritueuses. Ce sont les amers (amer picon, bitter de Hollande) et surtout l’absinthe fort en usage en France et dans les colonies. Cette dernière liqueur possède un rôle étiologique puissant en matière d'épilepsie. Son titre alcoolique est de 45 à 75 degrés et sa composition assez variable comprend en général les essences de grande absinthe, petite absinthe, anis, badiane, fenouil, menthe, hysope, angélique, coriandre, mélisse.

Voici d’après M. Adrian (thèse de Charpine) les doses d’alcool pur et d’essences diverses contenues dans un verre d’absinthe de 30 centimètres cubes :

Alcool pur Essences diverses Essence d’ebsinthe

Absinthe ordinaire . . 14,3 0,030 0,005

— demi-fine. . 15 0,046 0,010 uk fines srl 20,4 0,084 0,010 —.. suisse, + + 24,2 0,085 0,010

Telles sont les boissons alcooliques les plus communes auxquelles on peut imputer les désordres pathologiques les plus graves dans l'organisme. Sous cette forme, l'alcool et d’ autres substances toxiques sont absorbées et peuvent provoquer chez les prédisposés les réactions convulsives.

Nous allons envisager maintenant la toxicité générale des alcools, de leurs impuretés et des essences.

TOXICITÉ DES ALCOOLS

Camerarius (1699) parait être le premier auteur qui se soit attaché à démontrer la toxicité de l'alcool de vin. Fr. Petit (1710) en pratiquant des injections d’alcool dans les veines d’un animal provoqua une mort rapide de celui-ci. Plus tard, Lussana et Albertoni (1874) fixèrent le pouvoir toxique de l'alcool éthylique et estimèrent à 6 grammes par kilo d'animal la dose capable d'amener la mort. Mais il faut arriver à Dujardin-Baumetz et Audigé (1) pour avoir une étude scientifique et sérieuse de la question. Ils déterminèrent la « dose toxique limite » de l'alcool éthylique, « c'est-à-dire la quantité d alcool éthylique absolu qui, par kilogramme du poids du corps de l’animal, est nécessaire pour amener la mort dans l’espace de 24 à 36 heures avec un abaissement graduel et persistant de la température ». Hs récherchèrent également la dose toxique limite de l'alcool méthylique, des alcools supérieurs, de la glycérine, de l’aldéhyde, de lacétone.

1. Dujardin-Baumetz et Audigé, Recherches expérimentales sur la puissance toxique des alcools, Paris, 1879.

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A dr SN Ep

; 4 HO iH600f btique GEO. \# éthyliques:

—.; propylique .

— butylique.

— amylique.

glycérine propyliqué . acétone aldéhyde ncétique

où . FO:

QT

on résulte de fred de ce tableau que tous les alcools mono

atomiques ou polyatomiques sont des poisons plus ou moins

violents, mais leur action est d'autant plus toxique que leur atomicité est plus élevée (loi de Rabuteau) ; exception faite cependant pour l'alcool méthylique qui serait plus toxique et dont le

poids atomique est moins élevé. Joffroy, nousle verrons, a mon-

tré qu'en réalité l'alcool méthylique est moins toxique: que j' al cool éthylique ; la loi se trouve donc vraie. :

Rabuteau a montré que la toxicité des alcools croissait avec le point d’ ébullition : l'alcool éthylique bout à 78, le butylique

à 1160, l'amylique à 132° (loi de Rabuteau). (si k

Ces travaux de Dujardin-Baumetz et Audigé ont été critiqués au point de vue de la technique expérimentale par différents

auteurs, particulièrement par Anthaume (1) et par Darem- 4

berg (2). Ils ont été repris d’une façon rigoureusement scienti-

fique par Joffroy et Serveaux (3). Ces deux auteurs ont amélioré leur méthode de mensuration de façon à se trouver dans des

conditions d'expériences toujours identiques (4). Ce sont des chiens, des lapins et des cobayes qui ont été choi-

sis comme sujets : « l'animal de choix, avait dit Daremberg, | est celui qui paraît à chaque expérimentation le plus facile à

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