CHAPITRE III
Il n'y a donc pas d'antagonisme entre la tuberculose et le paludisme.
Un tuberculeux peut s’impaluder (obs. T'et I) et un paludéen peut devenir tuberculeux {obs. HIT et suivante) les deux infections peuvent entreméêler leurs manifesta- Hons et s'influencer l’une l’autre, en s'aggravant réciproquement.
Mais nous irons plus loin. Nous pensons que la tuberculose est une des complications les plus graves et les plus fréquentes de la malaria, vraisemblablement favorisée par la grosse anémie palustre.
Qu'il faille incriminer cette anémie ou toute autre cause, tout paludéen est exposé :
S'il est tuberculeux en évolution à voir sa bacillose s'aggraver et accélérer sa marche. ;
S'il est tuberculeux latent ou ancien tuberculeux, à voir réveiller sa bacillose.
S'il n'est pas tuberculeux à le devenir à plus ou moins brève échéance.
La tuberculose ne s'installe pas nécessairement après les premiers accès de paludisme, mais à la deuxième ou troisième atteinte, l'organisme s'affaiblissant davantage à chaque poussée paludéenne.
3 YI
SR
Dans notre observation n° X, où il s’agit d’un paludisme d'invasion très grave, ce n'est qu'à la suite de Ja deuxième atteinte que le malade devient bacillaire.
De même dans la huitième observation, il s'agit d'une femme qui entre une première fois à l'hôpital bien qu'impaludée plusieurs fois depuis trois ans, elle n'a pu se débarrasser de sa dernière atteinte : à ce moment : cliniquement pas de tuberculose : elle est revue l’année suivante, et cetle fois, elle est bacillaire.
Les observations IV, V, VIT sont analogues. Chez tous nos malades, que nous avons ou non assisté à l'éclosion de leur tuberculose, nous voyons celle-ci s aggraver à chaque poussée de paludisme, à ce moment, ils se remettent à tousser et à déchiner rapidement.
Dès lors, il s'agit d'une association de paludisme et de tuberculose : et c'est elle que nous allons étudier.
C'est généralement l'élévation de la température qui attire l'attention sur les poumons.
Un malade a présenté quelque temps auparavant des accès de paludisme. Depuis, il traîne et ne se remet pas. L'appétit est nul, les forces font défaut, le sommeil est rare ; l’'amaigrissement est considérable, le teint pâle ou terreux, la formule leucocytaire montre une anémie imtense. Mais la température reste normale, ou même il y a un peu d'hyperthermie : c'est là le tableau esquissé de la cachexie palustre : avec un traitement général approprié, on réconfortera peu à peu le malade ; à ce momoment, il ny à pas de raison spéciale qui assombrisse le pronostic.
Si, au contraire, lorsque les accès de fièvre ont disparu et l’on ne peut plus les mettre en cause sous forme
D ne = | +
= 585 — d'accès larvés, on voit, même après quelques jours de température normale, le thermomètre monter le soir : 31°5, 38° où 38°5, on doit se méfier et examiner attentivement les poumons. Peut-être l'examen clinique ne révélera-t-1l qu'un peu de congestion du sommet, peut-être même à cette période précoce, l’auscultation et la percussion seront-elles absolument négatives. Mais déjà à cette période on pourra suspecter la bacillose, devant cette fièvre qui n'est pas influencée par la quinine persiste quelque temps, bien qu'améliorée par le repos ; on assistera très probablement à l'installation de quelques symptômes, qui ne laisseront bientôt plus de doute, des craquements secs apparaîtront aux sommets, avec un peu de submatité et d'exagération des vibrations : les épreuves de la cutiréaction et de l’intradorméo-réaction pourront apporter encore un élément de diagnostic précoce. Ce fut là le cas de Ouad-Adda, qui fait le sujet de notre observation n° X. Il semble bien que chez lui nous ayons assisté à l’éclosion de la tuberculose et qu'il ne s’agisse pas d’une forme torpide réveillée par le paludisme ; en effet, à son paludisme d'invasion, qui fut particulièrement grave, avait succédé une période d'apyrexie complète durant laquelle le malade recouvrait peu à peu ses forces (fig. 5). À ce moment, comme à son entrée, un examen soigneux des poumons n'avait donné que des résultats absolument négatifs. Au contraire, après sa seconde attaque de malaria, Ouad-Adda présenta tous les soirs une élévation légère de la température : et cette fois apparurent des signes cliniques de tuberculose pulmonaire (courbe n° VI). [Len fut de même dans les attaques de paludisme qui survinrent (courbe VII) : mais à ce mo-