‹ Considérations Sur Les Troubles Mentaux Liés Aux Formes Prolongées De L'Encéphalite Épidémique Chez L'EnfantChapitre 15 sur 29 · CARE · texte numérisé non relu

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camarades. Elle:volait, soit des objets sans valeur, soit des sous pour acheter des bonbons. « Très mauvaise langue », elle mentait effrontément, « inventait toutes sortes de choses », racontait aux voisins que sa sœur refusait de lui donner à manger et la maltraitait. Elle taquinait les animaux et. surtout un chien de la maison, les frappait à coups de pied. Gabrielle devenait si insupportable que les voisins menacèrent de faire intervenir le commissaire de police si sa sœur ne se décidait pas à la placer. Celle-ci s'y résigna d'autant plus volontiers que l'enfant commençait à faire des fugues inquiétantes.

« À son arrivée, la malade se montra relativement docile. (Sa sœur lui avait dit qu'on lui mettrait une camisole de force.) Elle ne fait aucune dfficulté pour avouer ses mauvais instincts. Elle ment par plaisir. Son niveau intellectuel est suffisamment élevé pour son âge, elle ne présente rien de somatique à signaler ; son enfance à été normale jusqu'en 1920. Son caractère était alors doux et docile.

« Au mois de décembre 1918, Gabrielle eut la « danse de Saint-Guy ». On l’hospitalisa à la Salpêtrière ; cette chorée dura plusieurs jours, accompagnée d’un petit mouvement fébrile. Bientôt apparaît un syndrôme oculaire caractérisé par de l'inégalité et de la paresse pupillaires, une mydriase unilatérale pendant 2 semaines et de la diplopie. L'état léthargique est assez prononcé (l'enfant dormait la cuiller dans la bouche). Cette somnolence se prolonge jusqu’en mars 1919. A ce tableau s'ajoutent des rêves avec onirisme ou hallucinations

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visuelles. Un Wassermann fait à la Salpêtrière fut négatif. Mais à la suite d’un examen du L.C.R., la sœur de la petite malade fut informée qu'il s'agissait d'une E.E.

« Nous n'avons aucun renseignement précis sur la jeune Gabrielle qui, jusqu'en septembre 1920, si ce n'est que l'enfant passa quelques semaines à la campagne avant de revenir à l’école. À son retour, elle se montra insupportable. Sa maîtresse s'étonna d'autant plus de la voir ainsi que, les autres années, c'était une fillette studieuse et docile. Depuis son retour, elle tracasse tout le monde, ne s'intéresse à rien. Son caractère est tel que la directrice de l’école refuse de l’envoyer à la colonie de vacances avec les autres enfants.

« L'hérédité directe de Gabrielle est assez chargée ; la mère a été internée à Ville-Evrard en 1913, puis transférée à Pierrefeu (Var), où elle se trouve encore, pour « dégénérescence mentale, mélancolie et idées vagues de persécution ». Une grand'mère maternelle, internée pendant dix ans, est morte à l’asile de Limoges.

Nous avons pu examiner cette malade un an après avoir pris cette observation. Les troubles du caractère ne se sont pas modifiés. Ils atteignent la même intensité. Nous ajouterons que cette malade est gourmande. Il n'existe pas d’onanisme.

Elle présente de l’arriération pédagogique. Elle ne fait pas d'erreur dans la table de multiplication, mais elle croit que la prise de la Bastille eut lieu en 1870, que Charlemagne est enterré au Panthéon, ignore les

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principales capitales. Cette enfant n'a pas d’'arriération intellectuelle, d'après les tests de Simon.

L'attention est troublée. Test de Collin : négatif. Test de Rogue de Fursac : ne barre qu'une seule fois un À sur deux.

L'enfant a parfois de la somnolence dans la journée.

La pupille droite est plus grande que la pupille gauche.

La réaction irienne à la lumière est normale.

Pouls : 74 ; R.O.C. : 56.

Obs. 15. — C... Roger-Jean, âgé de 9 ans, est rentré à l'asile Sainte-Anne, le 22 juillet 1922, avec le diagnostic suivant du docteur H. Wallon : « Présente, depuis une crise d’encéphalite léthargique survenue il y a trois ans, des modifications respiratoires plus ou moins périodiques se traduisant alternativement par une respiration siffiante et bruyante avec cris intermittents et par des phases d'apnée avec cyanose progressive des lèvres, immobilité, impotence motrice mais sans perte de conscience ; il se montre excité et a besoin de surveillance et de soins qui rendent nécessaire son placement dans un établissement spécial. »

Le docteur Colin, à l'admission, note de « l'excitation psychique, avec turbulence, troubles du caractère consécutifs à une encéphalite léthargique. Troubles respiratoires. Vertiges avec pâleur de la face. »

Les parents n’'eurent pas d'autre enfant. Le père est décédé de la grippe. La mère est en bonne santé. Elle eut une fausse couche. La sœur est morte épileptique

nee

à l'asile d'Angoulême. Leur père était épileptique. Roger GC... vint à terme, il a marché de bonne heure et n’a parlé qu'à deux ans. Il n’a pas eu de crises d'épilepsie et n’a jamais uriné au lit. C'était un enfant obéissant, peut-être un peu menteur, d’une intelligence vive, donnant toutes les apparences d’un être normal. Il allait à l’école et savait lire et écrire les lettres quand, en 1919, c’est-à-dire à l’âge de 5 ans, il présenta une hyperthermie que les nédecins mirent d'abord sur le compte d'une méningite cérébro-spinale avant de faire le diagnostic d'encéphalite léthargique. Il présentait de l’'hypersomnie, du strabisme, des convulsions sans qu'il eût jamais de secousses myocloniques.

Il paraissait guéri, on le remit à l’école, mais les troubles de l'attention frappèrent sa famille. Il ne put rien apprendre, devint menteur et voleur. Les crayons et les boîtes de couleurs étaient dérobés à ses camarades. Il avait des alternatives de colère et de calme. Il n’a frappé personne, n’a pas maltraité les animaux. A certains moments, on le voyait rêveur et pensif, le regard égaré. Il dormait mal et des cauchemars, la nuit, lui arrachaient des cris.

Depuis un an, depuis 1921, sa famille à remarqué des troubles de la respiration qui consistent en phases d'apnée avec cyanose des lèvres et en reprises respiratoires bruyantes et rapides. Parfois — surtout pendant les périodes d’apnée — on lui parle et il ne répond pas. Il n’a jamais perdu connaissance et il peut rester debout pendant l'accès. Il s’est mis à crier depuis les premiers jours de juillet 1922.

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