‹ Considérations Sur Les Troubles Mentaux Liés Aux Formes Prolongées De L'Encéphalite Épidémique Chez L'EnfantChapitre 16 sur 29 · ER · texte numérisé non relu

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A l'asile, nous constatons de l’arriération pédagogique. Cet enfant de 9 ans épelle les lettres et ne sait écrire que son nom. Il compte jusqu'à 50, se trompe dans les: plus faciles additions et ignore la table de multiplication. Il a de l’histoire et de la géographie des notions rudimentaires, mais n’a pas de troubles de la mémoire, et ce qu'il sait, il le sait bien, rhistoire de Jeanne d'Arc, par exemple : Il ne présente nas de puérilité, n’a pas d'affaiblissement intellectuel et, à ce point de vue, donne l'apparence d’un arrêt, d'un retard dans son instruction et son éducation. Parfois même 1l surprend par des réflexions profondes et tristes, faisant preuve de précocité intellectuelle. Test d'André Collin bien exécuté. Les troubles du caractère doiminent le tableau clinique. Il est menteur et voleur, fouillant dans la table de nuit des malades. Il n’est pas sujet aux fugues et n'est pas violent, mais il est taquin, insupporte ses voisins par mille taquineries. Il n’est pas irascible et n’a eu qu'une seule fois un geste impulsif : il a cassé un carreau sans raison apparente.

Il est turbulent, désobéissant, touche à tout et, quand on le prie de rester en place, se met à danser. Il ne s'ennuie pas à l'asile, montre à l'égard des infirmiers des sentiments affectueux et demande à m'embrasser. Il pleure facilement, sans motif, quand on l'interroge, par exemple.

À son entrée, en juillet 1922, il criait nuit et jour sans donner d'explication de son tapage et, depuis quelques mois, ses cris ne se produisent que la nuit. Ils sont aigus, comme rageurs et l'enfant ne nous dit

pas ce qui le force à agir ainsi. Ces cris ne peuvent être mis sur le compte de cauchemars, car ces derniers sont irréguliers et rares, avec zoopsies (serpents). Une seule fois — vers 3 heures de l'après-midi — le malade a eu de l’onirisme. Il voyait des bêtes minuscules qu’il cherchait à saisir.

Pas d'onanisme.

Signes physiques. — Les troubles de la respiration sont très caractéristiques. Lorsque nous avons examiné Roger C.. pour la première fois, le 22 juillet 1922, nous avons été frappé par une phase d'apnée. de durée variable pendant laquelle les joues pâlissent, les lèvres se cyanosent, deviennent turgescentes, laissant couler un filet de salive. Puis, brusquement, le malade fait une inspiration bruyante à laquelle succède une expiration soufflante. Le rythme respiratoire d'abord lent, se précipite, faisant alors songer au début du rythme de Cheyne-Stokes. Le facies devient vultueux jusqu’à ce que vienne une phase d’apnée, marquée par la vasoconstriction des vaisseaux. Depuis le mois d'octobre, ce rythme respiratoire n’a pas tendance à s’accélérer ; il est devenu plus régulier, demeurant à raison de 50 respirations par minute. Entre la tachypnée et l’apnée existent des périodes normales et régulières quant à la fréquence des mouvements respiratoires. Le pouls bat à 102. Le réflexe oculo-cardiaque est fortement positif, le pouls tombe de 102 à 64. Après les phases de tachypnée, l'enfant est fatigué : « J'ai besoin de dormir », dit-il, et les réponses qu'il fournit sont lentes et paresseuses. Ces troubles respiratoires subissent une

exacerbation nocturne. et l'émotion accélère leur rythme, rend la respiration plus bruyante. Il arrive que les phases d'apnée, surtout sous une influence émotionnelle, se compliquent d'un vertige, durant environ 40 secondes, au cours duquel le malade a le regard vague, ne répond pas aux questions, mais ne présente pas de perte de connaissance.

Au cours de la tachypnée paroxystique, Roger C... a fréquemment des crises de larmes, se gratte, s’écorche, pousse des cris, surtout la nuit. Il serre les mâchoires, grince des dents, comme s'il avait un accès de rage et se mord la lèvre inférieure, laquelle est profondément ulcérée avec perte de substance. Le malade supplie qu'on lui arrache les dents de la mâchoire supérieure, tant il souffre.

Ces troubles respiratoires ne sont pas modifiés par la position couchée. La pupille gauche est plus grande que la pupille droite. La réaction irienne à la lumière est normale. Les réflexes rotuliens sont vifs. Ponction lombaire, le 28 octobre 1922. Albumine : 0; lymphocyte : 0 ; glycorachie légère.

Pression artérielle : 11 1/2 6.

SEMIiOLOGIE

SEMIOLOGIE 1. — Troubles mentaux

Ces observations, malgré la diversité des symptômes qu'elles contiennent, demandaient à être. groupées. Elles se. laissent aisément compafer l’une à l’autre. Aussi, en reprendrons-nous les points principaux, afin de reconnaître si elles sont de nature à permettre un tableau d'ensemble... : ;

Pour Truelle et Petit (1) : « .Ce syndrome, qui est habituellement de longue durée, d'apparition tardive et qui s'accompagne, en général, de troubles organiques divers (syndrome parkinsonien, mouvements choréiformes, myoclonies, syndrome. excito-moteur, etc.), a paru constitué par les principaux éléments suivants : excitation hypomaniaque taquine avec tendance au bavardage et mème, le soir, à la fuite des idées ; insomnie avec excitation maniaque progressivement croissante jusqu'au milieu de la nuit ; sommeil tardif, matutinal, entrecoupé souvent:de cauchemars, de frayeurs oniriques, de somnambulisme ; instabilité de l'attention ; impulsions subites à des actes pervers (taquineries, farces méchantes, imputations calomnieuses, bris d’objets) ; accès subits de colère avec tendance aux actes violents et tentative de suicide à caractère impulsif ;

(1) Truelle et Petit. Les troubles mentaux dans l’'EE. Congrès de Quimper (août 1922).

Eyes ’ éveil précoce de la sexualité avec masturbation ; exhibitionnisme ou provocation à des actes hétérosexuels ou homosexuels. »

« Certains des éléments peuvent manquer dans certains cas ou tarder à apparaître ; mais, d'une façon générale, la physionomie de ce syndrome nous est apparue tout à fait caractéristique de l'E. E. chez les enfants ; nous en avons, d’ailleurs, retrouvé les éléments principaux incidemment signalés dans les descriptions de nombre d'auteurs (Abadie, Briand et Borel, Bremer, Reboul-Lachaux et Porc'her, Combemale, Vulilien et Selosse, Cruchet, Dubourg, Hofstadt, KHeitz, Mouriquand, Lamy et Martin, H. Roger, Aymès et Daumas).

« Ajoutons, cependant, que tous les cas publiés ne paraissent pas avoir la même valeur. Il y a, en effet, chez les enfants des difficultés d'interprétations spéciales, notamment en ce qui concerne les faits de perversités instinctives. »

Pour Ehermitte (1) : « D'humeur querelleuse, agressive, insupportable, l'enfant se fait comme un malin plaisir de taquiner, de persécuter son entourage ; il n'est pas jusqu'aux animaux qui pâtissent de son besoin de faire souffrir. Briand et Reboul-Lachaux ont rapporté une observation ayant trait à un enfant qui « s'amusait à écarteler les canards » ; dans une autre, il est noté que l'enfant s’acharnait à mettre les doigts dans les yeux des chiens et des chats, à leur tirer la queue. Il y a là plus qu'une ébauche de perversions instincti-

(1) Lhermitte. Les formes prolongées de l’E.E. Journal Méd. français, avril 1923.

ves. Mais celles-ci peuvent se manifester plus crûment encore. Telle malade observée par Mile Lévy montait sur un arbre pour uriner sur les paralytiques qui s’y abritaient ; telle autre cherchait à diriger le jet de son urine dans sa bouche. Un certain nombre de perversions semble tenir en partie à un éveil précoce de la vie génitale et les perturbations plus ou moins grossières de la vie sexuelle ne se comptent plus : exhibitionisme, masturbation effrénée en publie, incitation à la même perversion par les propos et par les gestes. Enfin, des modifications de même ordre peuvent porter sur l'instinct social ; et Briand et Reboul-Lachaux ont signalé non seulement des tentatives de coups et de morsures, mais de meurtre. Un inalade cherche à étrangler un de ses voisins ; un autre s'efforce de défoncer le crâne d’un camarade en lui projetant un marteau ; un autre, enfin, tente pendant la nuit de retourner les lits et d'y mettre le feu. »

Nous croyons important de revenir sur les faits, afin ‘de les préciser et de leur reconnaître, s’il y a lieu, des caractères distinctifs. Ces caractères nous serviront à discuter le diagnostic et à tenter l’esquisse d'un tahieau d'ensemble du syndrome psychopathique.

Après avoir noté le mode d'apparition des troubles liés à l'E. E. aussi bien mentaux que physiques, nous étudierons l'agitation psycho-motrice et les troubles du sommeil. À ce sujet, nous dirons quelques mots de l’onirisme et du somnambulisme observés chez nos malades. Nous passerons en revue les vertiges épileptiques, les tics et nous insisterons sur les différents trou-

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bles du caractère et de l'humeur qui nous ont paru devoir retenir l’attention : fugues, vols, mensonges et mythomanie ; actes impulsifs ; érotisme et perversions sexuelles. Les perturbations de l'émotivité et de l’affectivité nous retiendront et surtout nous discuterons la question de l’affaiblissement de l'intelligence en nous arrêtant, autant qu'il faudra, sur l’état des principales facultés intellectuelles.

Mode d'apparition des troubles. — Il n'est évidemment question ici que des troubles durables de l'E.E., ceux-là même que nous étudions dans ce travail. L'époque de leur apparition, par rapport au début de l'E. E., vârie suivant que nous envisageons les troubles physiques ou les troubles psychiques. Pour les premiers, il existe, selon Mlle G. Lévy :

« 14° Des manifestations apparues au cours de l’épisode aigu primitif, qui persistent ensuite, isolément comme reliquats, après disparition de tous les autres symptômes ou de certains d’entre eux.

« Elles constituent alors des formes prolongées de l'E. E.

« 2° Des manifestations survenues à la suite de l’épisode encéphalitique primitif, en apparence terminé, parfois même passé complètement inaperçu.

« Celles-ci se produisent après un temps de latence dont la durée est extrêmement variable, pouvant être de quelques semaines et pouvant atteindre ou dépasser deux ans. »

Pour la plupart, ces manifestations sont d'ordre neu-

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rologique et nous les étudierons au chapitre des signes physiques. Il pourrait sembler que les troubles hypnagogiques dussent être étudiés en tête de la symptomatologie physique ; cependant, nous les étudierons avec les troubles mentaux, parce qu'il n'existe pas de limite nette entre les simples troubles du sommeil et les perturbations excito-motrices d’allure psychique que nous avons parfois observées.

Quoique nous n’ayons pas personnellement observé les troubles mentaux à la phase aiguë de la maladie, la plupart des observations qu'ont rapportées les auteurs ont trait pour la plupart à des phénomènes de confu-

sion mentale qui s’amendent en même temps que la:

phase hyperthermique décrite.

Nous n'avons jamais remarqué que cet épisode confusionnel se soit prolongé, réalisant un ensemble clinique analogue à ce que Régis a décrit sous le nom de confusion mentale chronique. Ce qui persiste, ce sont les troubles du sommeil avec agitation nocturne et les phénomènes d’onirisme qui caractérisaient la période aiguë de l’affection. Les modifications hypnagogiques et l’onirisme dont nous avons cité de nombreux exemples ne sont que la persistance, atténuée, il est vrai, et quelque peu estompée, du tableau clinique qui avait été réalisé lors de l'atteinte infectieuse aiguë. L'observation de Briand et Borel (1) est bien significative à ce sujet :

« Charles V... est entré à l'Admission le 9 juin 1920, venant de la Salpêtrière.

(:) M. Briand et A. Borel. Un cas d’E.ÆE. avec onirisme nocturne et hypomanie chez un enfant de 9 ans. S.C.M.M., juin 1920.

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