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« Il est âgé de 9 ans. On ne relève rien de particulier dans ses antécédents, tant héréditaires que personnels. 11 est né à terme ; ses parents sont bien portants et ont eu trois autres enfants vivants et bien portants.
« Il n'a jamais été malade avant le mois de janvier 1920.
« A cette époque, après quelques jours, où il se plaignit de céphalée et présenta de la torpeur, il fut pris de fièvre. Ses parents constatèrent « qu’il louchait ». Un médecin appelé conseilla l'envoi à l'hôpital, ses parents ne l'y conduisirent que quelques jours après, le strabisme ayant disparu rapidement. Il entre ainsi le 5 février dans le service du professeur Pierre Marie, où on diagnostique une encéphalite léthargique. Il y reste trois semaines environ, après quoi, le jugeant suffisamment amélioré, on le rend à sa famille. Les parents ne tardent pas à constater un changement notable dans son Caractère.
« Antérieurement à son attaque, Charles était, en effet, un enfant appliqué et obéissant. S'il aimait à jouer comme les autres enfants, il jouait sagement était plutôt timide. Or, depuis son retour de la Salpêtrière, l'enfant, devenu beaucoup plus turbulent, jouait sans cesse, et d’une facon plus bruyante qu’à son ordinaire. Mais c’est surtout le soir que le changement apparaît manifeste. L'enfant ne s'endort que très tard dans la nuit, jamais avant 1 à 2 heures du matin. C'est à ce moment qu'il est le plus agité ; il ne peut plus rester dans son lit, rit, chante, s'amuse, n’obéit plus, enfin
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se moque de ses parents, et, quelquefois, les injurie avant de s'endormir.
« Un autre phénomène frappe également ses parents. Le soir, quand il est au lit, il a parfois des peurs. Il montre, sur le mur, des ombres qu'il croit apercevoir, des hommes qui s'agitent : « C’est comme s'il avait un cauchemar », disent ses parents. Il se cache alors sous ses couvertures, ferme les yeux et supplie qu'on chasse « les hommes qu’il voit ». Pour le calmer, ses parents font le simulacre d'ouvrir la porte et de mettre les ombres dehors en les pourchassant ».
En juin, 5 mois après ces accidents, ce que constatent les auteurs, n'est guère différent de ce qui est noté plus haut :
« Le soir, tous ces signes s'accusent, l'excitation s'intensifie. C’est vers 7 heures qu'il commence à devenir plus agité. Il parle continuellement, appelant ses camarades de lit, interpelle les gardiens pour leur demander des futilités, ou pour leur raconter des histoires. Il leur dit ce qu'il a fait, ce qu'il fera, où il à habité, ete, etc. 11 passe d'un sujet à l’autre. Il y a une véritable fuite des idées à certains moments. »
Si nous envisageons les troubles du caractère, le moment de leur apparition est beaucoup plus facile à préciser. Sans doute, il est des cas d'appréciation délicate. Dans l'observation 5, le processus infectieux, quoique le début remonte à janvier 1920, est encore en marche puisque récemment l'examen du liquide céphalo rachidien révélait: Pression 42. Albuminose : 0,35. Lymphocyies : 4 par cm3. Les troubles du
caractère ont apparu peu à peu en pleine évolution de l'affection. L'instabilité motrice et psychique a été observée chez Paul D.. (obs. 9) 3 mois après l'épisode primitif, alors que l’état général semblait être revenu à la normale. C. Roger, Jean (obs. 15) « paraissait guéri, on le remit à l’école, mais les troubles de l’attention frappèrent sa famille ». Il y eut donc une courte période de latence. Chez un malade de Macphail (1), elle dura 3 mois. En général, elle nous a paru faire défaut. Le changement de caratère éclate brusquement chez Joséphine D... (obs. 19) au moment précis où les signes physiques de l'affection ont disparu. Dans les observations que nous avons étudiées et dans nos observations personnelles, on peut dire qu’il n’a pas existé de convalescence de l'E. E. et que, au moment où elle était attendue, parfois même au moment où elle se réalisait du côté physique, les troubles mentaux ont révélé une face nouvelle de la maladie.
Agitation psycho-motrice. — Elle est vespérale et diurne.
1° L'agitation psycho-motrice vespérale est celle qui est la mieux connue des auteurs. À partir de 5 heures, en général, l'enfant a un besoin impérieux de mouvement. Il court, s'empare de tous les objets et les brise, déchire ses vêtements et les draps, fait des grimaces, a des accès de sputation. Les tics ont. tendance à s’exagérer. La logorrhée alterne avec des cris.
1e) Macphail. Mental Discorder resulting from Encephalitis léthargica. Journal mental science. Avril 22.
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Briand et Borel (1) ont donné à ces manifestations, le nom de troubles hypomaniaques. Argentine L. (obs. 2) avait autrefois des accès comparables. Ils ont été remplacés par des crises et des vertiges épileptiques diurnes. : La nuit, le sommeil est redevenu normal. Roger C. (obs. 15) est turbulent, désobéissant, touche à tout ét quand on le prie de rester en place, se met à danser: A son entrée à l'asile, en juillet 1922, il criait nuit et jour sans donner d'explications de son tapage et, depuis quelques mois, ses cris ne se produisent que la nuit. Ils sont aigus, comme rageurs, et l'enfant ne dit pas ce qui le force à agir ainsi.
2° En quoi consisté l'agitation psycho-motrice diurne? — Toutes les rémarques des auteurs se répètent à ce sujet. B. André (13 ans). (MM. Massé et Bourgo (2), éprouve un besoin immodéré de se dépenser physiquement.
Des malades de Nobécourt (3), Harman (4), Anden (5); Leay et Sand (6), Cruchet (7), Hamel et Merland (8), sont remuants, turbulents, agités. Robert, 6 ans (Briand et Reboul-Lachaux, (9) crie sans cesse et se frappe la tête contre les murs. Son agitation s’ac-
(1) Briand et Borel. Loc., cit.
(2) Massé et Bourgo. Séquelles motrices et psychiques de l’E.E. Journal de Méd. de Bordeaux. 25 nov. 1921.
(3) Nobécourt. Soc. de Pédiatrie. 15 fév. 1921.
(4) Harman. Troubles psychiques de l’encéphalo-myélite épidémique. Thèse Bordeaux, 1920.
(5) Anden. Behaviour changes supervening upon encephalitis in children. The Lancet 1922.
(6) Lealy et Sand. Mental discorders in children following Epidemic, Encéphalitis. Journal américain. Méd. assoc. 1921, page 373.
(7) Cruchet. L.E.E. J. de Méd. de Bordeaux. 10 janv. 1921.
(8) Hamel et Merland. Séquelles d’E.L.S. C.M.M. Nov. 1922. (9) Briand et Reboul-Lachaux. S.C.M.M. Déc. 1921.
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centue le jour. — P. Robert, âgé de 12 ans (obs. 4) déchire les draps et ses vêtements. Il est le plus souvent turbulent. Dans les moments de répit, il a l'air triste et vieux. — Denis, 9 ans 1/2 (obs. 6) crie et gesticule, ne reste pas 5 minutes à la même place. — Raymond M., 7 ans, (obs. 8) est désobéissant, touche à tout. — Paul D., 9 ans (0bs. ©) ne peut tenir en place. Il se lève de sa chaise malgré les ordres réitérés de ne pas bouger, touche à tous les objets, veut tout ouvrir et tout démonter. Turbulent, on le trouve partout où il ne doit pas être. Il va sans permission dans l’avpartement du surveillant et, sans gêne, se sert des objets familiers. Il ne porte aucune attention aux observations ou aux menaces. — B. Louis, 8 ans (obs. {2), turbulent el taquin dans sa famille, s’est moniré à l’asile sans cesse agité, ne pouvant rester assis, dansant et glissant sur le parquet. — M. Maurice, 8 ans (obs. 13) cassait tout chez lui et à l'asile renversait les tables de nuit, cassait les carreaux. Il est amélioré.
Ces cas dénoient une instabilité motrice et mentale morbide telle qu'on la rencontre rarement chez les enfants constitutionnellement anormaux, dont Bourneville, cité par Henyer, (1) disait: « Leur morbidité est exubérante. Ils ne restent en place nulle part, se lèvent de table à chaque instant, sans motif. S'ils jouent, ils passent rapidement d’un jeu à un autre ». Le terme de « chorée mentale » donné à ces troubles, est plaisant à citer lorsqu'on lit l'obser-
(1) G: Heuyer. Enfants anormaux et délinquants juvéniles. Th. de Paris 1914. s
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vation de J. Renault, Athanassio-Benistv et L. Thibert (1). Il s'agit d'une enfant de 7 ans qui : « présente une instabilité motrice frappante, qui fait croire à première vue, qu'il s'agit d'une choréique. Elle s'agite, remue les membres, la tête, fait des grimaces. Mais si, par des ordres réitérés et certaines menaces, on arrive à la tenir tranquille et immobile pendant quelque temps, on se rend compte qu'elle ne présente aucun mouvement involontaire pouvant entrer dans les syndromes déjà connus (tics, spasmes, chorée, athétose, myoclonie ou tremblement). Son instabilité motrice est calquée sur son instabilité psychique, ou plutôt elle est causée par elle... »
Il y a longtemps que cette instabilité a été considérée comme la forme légère d’une constitution hypomaniaque (Chaslin). Une fillette de 11 ans, observée par Kirschbaum (2), est devenue impatiente, turbulente, d’un caractère joyeux et exubérant. Elle rit sans cesse, se montre heureuse de recevoir des amis, rend des visites. Elle a des troubies profonds de l'attention. L'intelligence est normale ainsi que l’établissent les tests de Binet et Simon (âgé réel, 11 ans, âge mental, 11 ans). Un tel tableau clinique, même avec les cas de Combemalle, Vuillien et Selosse (3) et ceux de Briand. se présente assez rarement. Dans la plupart des observations, l'irritabilité, l'affaiblissement du sens moral,
(1) J. Renault, Athanassio-Bénisty, Thibert. Mouvements chroniques rythmés, consécutifs à l’E.E. Rev. Neur. 1921.
(2) Kirschbaum. Zeitschritt für diegesamte neurologie à, psychiatrie. Juillet 1921.
(3) Combemale, Vuillien et Selossé. E.E., troubles du caractère et hypomanie chez l'enfant. Echo méd. du Nord. N° 6, 1922...
le caractère impulsif des actes, la rapidité anormale des réactions, font penser à l'hypomanie. Cependant, l’agitation qui caractérise ce syndrome ne se manifeste que par crises passagères et le plus souvent vespérales ou nocturnes. Pendant la journée, l'instabilité ne traduit guère que l'exagération morbide des tendances normales de l'enfant. En dehors des paroxysmes d’agitation, l'examen intellectuel ne permet pas de. déceler, outre la mobilité de l'attention, les troubles de l'association des idées et du jugement qui caractérisent l'hypomaniaque. En un mot, l'activité psychique de la plupart des enfants que nous avons observés, dépasse de beaucoup l’automatisme intellectuel de l’hypomaniaque. Sans doute, les troubles hypomaniaques, sont indéniables et remplissent parfois toute la symptomatologie. Mais dans une étude des formes prolongées de l'E. E. où nous avons constaté la disparition progressive presque complète des formes insomniques avec agitation psycho-motrice vespérale nocturne, les troubles hypomaniaques, lorsqu'ils existent, n’ont qu’une valeur : symptomatique dans un syndrome morbide beaucoup plus complexe. Le fait qu'ils apparaissent par accès, peuvent guérir ou être absents au milieu d’autres troublés persistants, nous semble prouver l'exactitude de cette opinion.
Troubles du sommeil: — Dans une affection aussi polymorphe que l'E.E., la « léthargie » n'a pas la valeur d’un symptôme sine qua non de cette affection. Elle alterne fréquemment avec des phases d’insomnie nocturne, à ce point qu'on a reconnu l'existence d’une
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forme insomnique de l'E.E. chez les enfants. Il existe même, — fait paradoxal, quand on parle d'EE. — une insomnie à caractères spéciaux qui, à elle seule, doit attirer l'attention du clinicien sur la possibilité d'une forme prolongée de l'E.E.
Après un exposé général des troubles du sommeil qui peuvent se rencontrer dans l'E.E., qu’elle soit aigue ou prolongée, nous ne ferons que mentionner l’existence des troubles hypnagogiques dans les formes prolongées. Car leur symptomatologie est non seulement variée, elle est variable au cours dé l'évolution.
Nous emprunterons à la thèse de Mlle Lévy (1), le tableau d'ensemble des troubles hypnagogiques, quitte à en dissocier ensuite les parties constituantes suivant les cas :
« L'insomnie n'est en général pas complète en ce sens qu'il n’y a guère d'impossibilité absolue de dormir.
« Mais elle peut revêtir différents aspects, à travers lesquels, d’ailleurs, subsistent certains caractères sensiblement constants : Ze retard de l'heure du sommeil pouvant aller jusqu'à l'inversion du rythme du sommeil, l'agitation pendant le sommeil nocturne, lorsque celui-ci est possible, la diminution de la quantité d'heures du sommeil dans l’ensemble, si l’on excepte les décharges compensatrices du sommeil qui surviennent de temps en temps comme nous le verrons plus loin.
« Retard de l'heure du sommeil. — Où bien l'enfant
(1) Mlle G. Lévy. Manifestations tardives de l’E.E. Thèse Paris 1922.