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‘ne s'endort que vers le milieu de la nuit : 4 ou 2 heures du matin.
« Agitation du sommeil nocturne et fréquemment dans ce cas, le sommeil, lorsqu'il survient, est agité. L'enfant parle, chante, siffle en dormant, et garde, en somme, une partie de son excitation psycho-motrice de l'état @e veille.
« Parfois même, on a pu constater des phénomènes de somnambulisme.
« Inversion du rythme du sommeil. — Ou bien l’enfant ne s'endort pas de la nuit, et tombe alors dans un sommeil profond vers 6 ou 7 heures du matin, après avoir passé une nuit entière dans un état d’agitation démoniaque.
« Quelquefois même, cette agitation dure encore toute la matinée suivante, après avoir débuté la veille au soir.
« Car, quelle que soit la forme de cette insomnie, elle s'annonce par une agitation psycho-motrice vespérale, qui survient tous les jours à heure fixe et sur laquelle on ne saurait assez insister comme symptôme caractéristique de la maladie.
« Vers la. tombée de la nuit, le plus souvent vers 5 heures, parfois vers 7, 8 heures, l'enfant qui, fréquemment, semble tout à fait normal et gentil au cours de la journée, commence à s'agiter.
« Certains se mettent à parler sans arrêt, à courir, à s'emparer de tous les objets qui les environnent, pour les détruire.
« Fréquemment, réapparaissent alors des mouve-
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ments choréiques, des secousses myocloniques, des crises de contracture des masséters avec grincement des dents, qui n’existaient pas pendant la journée.
« L'enfant fait des grimaces, se mouche, souffle éperdûment, se met les doigts dans le nez, se gratte, se frappe lui-même. »
Certains autres commencent à dire des mots orduriers, reniflent, crachent ou présentent des crises de polypnée bruyante.
Sommeil et somnolence diurne. — Lorsque la crise se prolonge ainsi, l'enfant s'endort ensuite d’un sommeil profond, irrésistible, que l’on a vu, dans certains cas, durer vingt heures.
En règle, cependant, l'enfant ne dort que quelques heures dans la matinée, car la crise cesse vers 6 heures du maün.
L’après-midi, l'enfant joue et semble normal.
Ou bien, il présente des moments de somnolence.
Ou bien encore, il continue, mais avec moins d’intensité, à souifier ou à respirer bruyamment, s’il s’agit d'une forme insomnique respiratoire, ce qui est extrêmement fréquent.
J. Comby (1) divise le cycle nocturne des troubles du sommeil, en 4 phases :
« 4° Dans la première partie de la nuit, les malades voudraient dormir, mais ils sont trop incommodés pour le faire ; |
20 Dans la seconde, ils se résignent à l’insomnie,
(1) Comby. Séquelles nerveuses de l’E.E. Archives de médecine des Enfants. 3 mai. 1923. Tome XXVI.
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demandent leurs jouets, déchirent leurs draps, grimpent sur les meubles, font du bruit et se salissent ;
3° Plus tard, ils tournent vers la manie aigüe, et deviennent insupportables ;
4° Vers le matin, ils tombent dans un sommeil qui, survenant quand les autres enfants se réveillent, offre quelque chose d’anormal. »
L’insomnie avec agitation psycho-motrice, à la phase aigüe de la maladie, est une constatation d'ordre banal. Pour Picard, « dans la forme intégrale, l’insomnie est la règle ». Cependant, nous n'avons jamais per: sonnellement constaté l'E.E. à l'état aigü. Certes, l'interrogatoire des familles témoigne que dans la plupart de nos observations, l'insomnie nocturne avec agitation psycho-motrice et délire, avait frappé les parents. Leurs renseignements sont trop vagues pour nous permettre d’assigner des caractères spéciaux à cette insomnie du début. Tout porte à croire qu'ils sont conformes à ceux cités plus haut. (Mlle Lévy).
Les troubles du sommeil dans les formes prolongées nous sont plus familiers. On ne saurait séparer de l’insomnie, l'agitation psycho-motrice, celle-ci étant la plupart du temps, cause de celle-là. Mais les différentes manifestations de l'agitation psycho-motrice, qu’elles eussent lieu le jour ou la nuit ont fait l’objet d’une vue d'ensemble. Nous ne voulons envisager ici que l’insomnie au sens littéral du mot sans nous préoccuper de sa cause ni des faits dont elle est remplie : le trouble du sommeil seul nous intéressera ici. A ce point de vue, nous envisagerons au Cours des formes prolongées :
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1° L'insomnie persistante chez les enfants qui présentent des troubles mentaux.
Consécutivement nous étudierons :
a) Le sommeil diurne qu'on pourrait appeler sommeil de compensation chez les sujets insomniques ;
b) La somnolence diurne chez les enfants qui n'ont pas ou n'ont plus d'insomnie nocturne ;
c) Enfin, l'évolution de ces états : amélioration et guérison.
1° L'insomnie dans les formes prolongées de l'E.E.. sans adjonction de troubles psychiques diurnes, a été relatée dans plusieurs observations de Francioni. (1) Hofstadt (2), chez 21 enfants, a vu à l'agitation nocturne succéder un sommeil matutinal calme de 5 à 6 heures. Pendant le jour, ces enfants paraissent normaux. « Par analogie avec les troubles du sommeil des maniaques et des catatoniques, note cet auteur, on pourrait dire psychose post-encéphalitique, mais le psychisme diurne normal des sujets s'y oppose. Peut-être s'agit-il d'une lésion du centre du sommeil ou d'une action toxique sur ce centre du virus DES dans le système nerveux ». ”
Th. Reh (3) à noté chez un enfant de 7 ans 1/2, un état d'excitation psycho-motrice nocturne, contrastant avec un psychisme diurne normal. Branche (4) à
(1) Francioni Carlo. Sur un syndrome mental particulier consécutif à l’E.E. (Policlino méd. prat. N° 17, p. 575. 25 avril 1921).
(2) Hofstadt. Forme spéciale des troubles du sommeil consécutive chez les enfants à l’E.E. Münchner Mediz. Wochenschrift, 1921.
(3) Th. Reh. Revue médicale de la Suisse romande 1921. Agrypnie avec agitation nocturne chez les enfants.
(4) Branche. Troubles mentaux consécutifs à l’E.E. Thèse de Lyon
observé un enfant de 14 ans 1/2 (obs. 15) « atteint de troubles hypnagogiques nocturnes qui laissaient la place à un état psychique sensiblement normal pendant la journée ; ;
2° Dans la 2 catégorie de malades, l'agitation diurne connaît une recrudescence vespérale avec insomnie (Francioni (4) chez un enfant de 14 ans i/2, Nobécourt (2) qui, après avoir eu une ébauche de syndrome parkinsonien présenta de l’hémichorée, puis une chorée généralisée, l'insomnie persista et le caractère devint détestable. Anden (3) (obs. 1), Kischbaum (4), (obs. IV), Briand et Reboul-Lachaux (5) (obs. IV, Robert) présentent des cas comparables au point de vue de l'agrypnie. D. Paul obs. 9) se réveille la nuit en sursaut, se lève de son lit. D. Fernand (obs. 11), 8 jours après l’'E.E., avait encore de l’agrypnie nocturne. Elle & disparu, cependant que la somnolence diurne a continué comme nous le verrons.
C. Roger (obs. 15) à son entrée à l'asile en juillet 22, criait nuit et jour, sans donner d'explications de son tapage ; depuis quelques mois, il ne crie que la nuit, cris aigüs, rageurs. Ces cris ne peuvent être mis sur le compte de cauchemars, car ces derniers sont fort rares. Ils coïncident, à partir de 6 heures du soir, avec une recrudescence de l'agitation et des troubles respiratoires, tels que nous les avons longuement étudiés.
(1) Francioni. Loc. cit.
(2) Nobécourt. Loc. cit.
(3) Anden. Loc. cit.
(4) Kirschbaum. Loc. cit., (6) Briand et Reboul-Lachaux. Loc. cit.
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Comme nous l'avons indiqué, les troubles du sommeil pendaht la journée, peuvent se distinguer en sommeil diurne et somnolence diurne.
a) Le sommeil diurne, celui que nous avons proposé d'appeler sommeil de compensation, est la règle chez les enfants qui ont de l'insomnie nocturne. Il remplit en général la matinée encore que sa durée soit fort irrégulière. Parfois (Anden, Kirschbaum), il ne dépasse pas 6 heures dans la journée, mais c’est que dans ce cas l’insomnie n’a pas duré toute la nuit. Mile Lévy et Rutimeyer ont observé des cas de sommeil
b) La somnolence diurne nous a paru devoir être différenciée du sommeil diurne de compensation parce que, coexistant avec un sommeil nocturne normal, elle marque que le trouble principal de l'&.E. n'a pas achevé d'évoluer. Ce n'est pas que certains enfants à sommeil nocturne normal ne puissent présenter un sommeil diurne vrai plusieurs mois après l'atteinte aigüe d'E.E. Un malade de 10 ans 1/2, étudié par Harman (1), a des crises de sommeil durant de 5 à 10 minutes qui reviennent fréquemment dans la journée. Il s'endort à table, les aliments dans la bouche. Le soir, 1l faut le déshabiller.
Ce sommeil diurne s'oppose au sommeil de compensation tel que nous l'avons présenté par la brièveté et la répétition de ses crises. Il se présente rarement. De plus, à mesure qu'on s'éloigne du début de l'affection, il a tendance à faire place à la somnolence. P. Laurent
(5) Harman. Loc. cit.
(abs. 5) somnole en classe, surtout à 10 heures et à 2 h. 1/2,. M. B. (obs. 144). B. Louis (obs. 12). M. Maurice (obs. 13), sont somnolents pendant le jour. Le dernier malade s'endort le soir dès qu'il a fini de manger. Il se couche toujours la tête au pied de son lit. Pour D. Fernand (obs. 11), que nous signalons comme guéri de son insomnie nocturne, il continue à être somnolent tout le jour : il ne se plaît qu'au lit. La somnolence de P. Robert (obs. 4) ne survient pas par intervalles comme dans la majorité des cas. Elle dure pendant tout le cours de la journée. Du reste, elle a tendance à l'amélioration. Après, ce malade ne fournit aucune réponse. Il a le regard vague, l'air absent. Il s’agit là d’une sorte d'état crépusculaire. À ce propos, signalons que ces sortes de vertige ne doivent pas être confondus avec les phases de somnolence. L’obnubilation intellectuelle profonde, l'état vague du regard, les signes vaso-moteurs, la brièveté des crises feront penser au vertige. Même lorsque le malade a des vertiges, la somnolence ne présente vis-à-vis d'eux aucun rapport chronologique. Elle est un symptôme bien différent de la torpeur psychique qui peut accompagner les vertiges de ces enfants.
En résumé, nombreux sont les auteurs qui ont signalé l’insomnie nocturne avec agitation d’une part, le sommeil et la somnolence diurne d'autre part. Nous avons trouvé dans plusieurs de nos observations, des signes de l’une et de l’autre catégorie. Le fait que nos malades, récemment et fréquemment observés, ont pu être examinés plus longtemps après la phase aigüe de l'encéphalite que les autres auteurs n'avaient pu se per-
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mettre de le faire, nous autorise les observations suivantes.
Si des troubles du sommeil nocturne sont notés, dans une certaine phase de la maladie, dans nos observations, ils cessent d'exister dans la plupart des formes longtemps prolongées. Nous en avons vu s’atténuer progressivement (obs. 4) pour disparaître tout à fait. Du reste Zella (1), qui a vu chez huit sujets de 12 à 17 ans l’agrypnie résister à tous les médicaments, a pu assister à sa disparition progressive et à la guérison définitive. Le malade de Roubinovitch (2), Barük et Bariéty, n’a plus ni somnolence diurne ni insomnie nocturne. |
La somnolence diurne est beaucoup plus durable, encore que nous l’ayons vu s’atténuer peu à peu. Elle est dans plusieurs de nos observations le dernier vertige des troubles du sommeil. ni
Faut-il voir dans ces troubles persistants du sommeil, « une lésion du centre du sommeil ou une action toxique sur ce centre du virus persistant dans le système nerveux » (Hofstadt). Il est bien difficile actuellement, de se faire une opinion, puisque dans l'exemple de Roubinovitch, Barück et Bariéty, les troubles du sommeil guérissent, alors que les.perturbations du rythme respiratoire persistent, la composition du liquide céphalo-rachidien continuant à être pathologique : (alb. 1 gr. 0, 35 de glucose. Pas de réaction cytologique. Pression : 35 au manomètre de H. Claude).
(1x) Troubles du sommeil consécutifs à l’E.E. Prof. Zella de Flo-rence (Revista de pathologia nervosa e mentale. Avril 1921). (2) Roubinovitch, Barük et Bariéty. S.C.M.M. 8 nov. 1922.
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Rutimeyer (1) a cru devoir faire remarquer que les troubles du sommeil chez les enfants, n'étaient jamais imputables à ce que Dejerine appelle la « phobie d'insomnie ». C’est bien notre avis. Cependant, cet auteur prétend avoir obtenu de bons résultats thérapeutiques par la suggestion dans le sommeil.
Nous nous rencontrons avec Rutimeyer pour porter sur ces troubles du sommeil, un pronostic favorable.
Somnambulisme. — Signalé par de Lisi (2), nous ne l'avons vu noté chez l'enfant, que par Anden (3). Il s'agit de 2 garçons de 10 ans qui présentent de l’excitation psycho-motrice nocturne. Un cas très net de somnambulisme post-encéphalitique, est celui de Maurice P. 18 ans, présenté par H. Colin (4), à la S.C.M.M. Nous le signalons bien que Maurice P. ne soit plus un enfant. I} a un symptôme parkinsonien avec tremblement généralisé et une impotence motrice des membres inférieurs, mais la nuit, il peut marcher et à deux reprises, il a tenté d’étrangler l'infirmière de veille ; elle aurait pu être tuée si un malade voisin ne lui avait porté secours. A l'asile Sainte-Anne, il a brisé des carreaux pendant une crise de somnanbulisme. Ces accès pendant lesquels les infirmiers n'ont pas constaté de tremblement, s'äccompagnent d'amnésie.
Onirisme. — Il a été fréquemment signalé à la
(x) Rutymeyer. Uber post encephalitische Schlafstôrungen Schwed. Med. Wochens N° 11, p. 7, 1921.
(2) De Lisi. Sur le park insonisme post-encéphalitique. Policlinico, t. XXVIII, 17 décembre ‘rg21.
(3) Anden (Loc. cit.).
(4) M. Colin E.E. et tremblement S.C.M.M. 18 décembre 1922.
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période aigüe de l'E.E. Il n'y faut voir que l'expression de phénomènes toxi-infectieux. Nous n’en voulons pour exemple, que cette petite fille de 42 ans, examinée par Kirschbaum (1), qui voyait ses parents monter au ciel et une étoile tomber sur un toit en flammes et la malade de Briand et Borel (2) qui montrait sur les murs des ombres d'hommes agités. Il se cachait sous les couvertures et suppliait de chasser ces individus. MM. Marcel Briand et Fribourg-Blanc, montrèrent à la Société de Psychiatrie « l'importance de l’onirisme comme signe de début dans le diagnostic de l'E.E. ».
Ce qui est intéressant, c’est la persistance de l'onirisme. Ainsi ce malade 6 mois après la phrase aiguë de l’'onirisme, alors que l'état physique est rétabli, a encore des illusions et des haïlucinations visuelles. Ge sont des hommes ou des femmes habillées de rouge. L'enfant se rend compte que ce ne sont là que visions, que « figures de rèves ». Il ne devrait pas avoir peur. Il semble chez ce malade que l’onirisme soit la dernière manifestation toxi-infectieuse d'un organisme redevenu normal. Deux ans après l’E.E., Paul D. (obs. 9) a un sommeil irrégulier et chaque nuit des frayeurs le font se lever du lit. Depuis quelques mois seulement a cessé l’onirisme avec zoopsies de Robert P. (obs. 4), atteint d'E.E. en février 1920. Roger C. (obs. 15), trois ans et demi après l’encéphalite, a parfois des caucñemars avec visions de serpents. Une seule fois — vers 3 heures de l’après-midi — il a eu de l’onirisme diurne.
(x) Kirschbaum. (Loc. cit.) (2) Briand et Borel (Loc. cit.).
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Il voyait des têtes minuscules qu'il cherchait à saisir. Aucun de ces trois enfants n’a un état physique absolument normial. Ainsi qu'il est permis de le constater, les cas d'onirisme dans les formes prolongées de l'E.E. sont rares.
Vertiges. Absences. — Nous avons observé chez le plus grand nombre de nos malades des phases de durée variable, pouvant aller de 40 secondes à plusieurs minutes, au cours desquelles l'enfant devient brusquement immobile, le regard fixe, la physionomie hébétée. Il s'arrête de parler, ne répond plus aux questions, ne paraît pas capable d'y prêter attention. Les opéra- : tions psychiques sont suspendues. L'accès passé, ou bien l'enfant reprend la conversation sans que rien ne subsiste du malaise, ou il reste un certain temps obnubilé et très lent dans les processus psychiques. Parfois le seul fait de lever la tête, de regarder le faîte d’une église (obs. 4) détermine une sensation d’éblouissement et d'étourdissement. Souvent pendant l’absence, la tête s'incline en avant (obs. 4, 6, 11). Un enfant (obs. 6) demande à sa mère : « Tiens-moi, je vais tomber. Je ne peux pas me tenir. » Mais chez lui ce vertige ne s'est jamais accompagné de perte de connaissance.
Mile Lévy a vu cette obnubilation passagère tantôt succéder à un accès de soufflement nasal, tantôt le précéder (obs. 66). « En janvier 1921, on a remarqué que, par moment, l'enfant se mettait à souffler violemment par le nez. Depuis février, cette soufflerie présente un caractère de véritables crises : l'enfant
souffle sans cesser, parfois jusqu'à ce qu'il tombe. Ces crises surviennent plusieurs fois dans la journée, parfois la nuit. Les parents disent qu'elles ne se produisent pas, et même qu'elles s’interrompent lorsque l’enfant est distrait. Le père décrit lui-même la crise dans les termes suivants : C’est un tic ininterrompu qui consiste à souffler bruyamment du nez et par saccades. Les bras restent engourdis, inactifs, les extrémités froides. Une indifférence presque totale. Impossible de faire cesser le soufflement, même priant, grondant ou menaçant. À ses moments de tic, il ne semble pas entendre ni voir autour de lui ; les yeux restent fermés. »
Par moment, il survient des crises de « Catatonie ». Il paraît absent et se met à bâiller éperdument. On lui parle, il ne répond pas. Il ne parvient pas à remuer... Cette crise dure plusieurs minutes et se termine brusquement par la reprise du soufflement.
Dans ‘’intervalle des troubles respiratoires, Roubinovitch, Barük et Bariéty ont décrit chez leur malade des phases d'inhibition durant environ une minute. La respiration est à peu près suspendue, la reprise de. l’activité s'accompagne en général de la polypnée spéciale à cet enfant.
Les phases d'apnée de Roger C. (obs. 15) se compliquent souvent, surtout sous une influence émotionnelle, d'une absence durant environ 40 secondes, au cours de laquelle le malade a le regard égaré et ne ré pond pas aux questions.
Faut-il rapprocher ces états qui tiennent tantôt du vertige, tantôt de l'absence, tels qu'ils sont décrits dans
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l'épilepsie, du cas d'Argentine L. (obs. 2). Elle ne perdit jamais complètement connaissance, mais les médecins qui l'ont observée à Berk, en mai 1920, trois mois sprès l'E.E., ont prononcé le mot d’épilepsie pour des crises se reproduisant deux fois par semaine, selon un certain rythme par conséquent, avec agitation avant l'attaque, obnubilation, écume aux lèvres et sommeil après la crise. Nous croyons tous ces états comparables les uns aux autres. Sans doute, Mile Lévy n’a jamais rencontré l'épilepsie. Sans doute, nous n'en avons qu'une observation probante (obs. 2), mais comment admettre par exemple que les absences de Roger C. (obs. 15) aient une pathogénie différente de celles des absences comitiales, surtout quand nous avons signalé
un cas d'E.E. ayant débuté par une crise épileptique typique. Nous avons tendance à croire les phénomènes que nous venons de relater chez nos malades, de même nature que les accidents épileptiques. Ce n'est, du reste, qu'une hypothèse.
Tics. — Pour Chaslin, les tics les plus fréquents sont le clignement des yeux, des sourcils, les mouvements des lèvres et de la langue, le grincement des dents, le reniflement, le hochement de tête, le haussement des épaules, le claquement des doigts, le grattage du nez, le balancement de la tête, du tronc, le léchage des lèvres, le rongement des ongles (« onychopagie »), l’arrachement des cheveux, des poils, de la moustache
(1) Guillain. Soc. Méd. Hop. 15 oct. 1920. E.L. avec crise épileptique initiale. :
(« trichotillomanie »), le grattage d'une partie quelconque du corps.
Le clignement des yeux existe dans notre observation 12. Les mouvements de la langue qui roule dans la bouche sont signalés dans notre observation 4, ainsi que le claquement des doigts.
Le tic du grattage se rencontre soit en rapport avec des poussées prurigineuses, soit à titre de lésion psychique.
MM. Briand et Porcher (1) ont vu une fillette de 10 ans qui contracta un tic de grattage à l’occasion d'une poussée prurigineuse, avec éruption herpétique au niveau de la base du thorax. Un malade de 14 ans, étudié dans la thèse de Branche, a une éruption faite de pustules prédominant aux épaules et au tronc... « Il s'agissait de simple pyodermite d'origine externe, l'enfant étant porteur de poux. Il guérit et, cependant. il se livre parfois à des actes bizarres dont il ne garde pas le souvenir, rapides et qui impliquent un certain degré d’anesthésie d’origine mentale ; il s’est gratté les ongles des orteils jusqu’à se faire saigner.. Plus tard, il continue à se mutiler les orteils, il lui manque actuellement les ongles des 2° et 3° orteils du pied gauche.
Nous passons dans cette observation d'un grattage dû à des lésions prurigineuses au tic purement psychique. Duverny (2), cité par Mlle Lévy (3), signale chez un enfant « un besoin véritable de se frotter jus-
(1) Briand et Porcher. Séquelles d’E.E. S.C.M.M. Août 1921.
(2) Duverny. Société méd. des hôp. de Lyon. 8 juin 1920 (3) Mile Lévy. Loc. cit.
qu'au sang le pourtour des divers orifices du corps, les yeux qui deviennent rouges et tuméfiés, le nez où le malade arrive à entrer le pouce, les oreilles qu'il fait saigner, l'anus enfin qu'on trouve au matin dilaté de la largeur du poing, les lèvres qu'il dilacère, la bouche où il s’arrache deux dents. » Denis (obs. 6) se mord les poignets, s'écorche et des cicatrices sont apparentes. Paul D. (obs. 9) se suce le dos des mains, ainsi que Gabrielle (André Collin, Tobolowska et Requin (1). Un petit malade d'Anden (2) se mord et s’écorche.
Le tic de sputation a été signalé par nous (observations 2 et 3). |
Nous avons étudié les tics respiratoires en même temps que l'ensemble des troubles de la respiration.
Nous avons parlé au chapitre des manifestations organiques de l'attitude de tête en flexion, chez les malades de Hamel et Merland (3) et dans nos observations 6, 12 et 13. Nous avons rapporté l'opinion de Claude sur la nature, à son avis organique, de ce qu’on désignait jusqu'à ce jour sous le nom de torticolis mental.
Fugues. — Il existe des fugues en quelque sorte excusables. Ce sont celles des enfants qui fuient les mauvais traitements de leurs parents ou un foyer inhospitalier. Nos renseignements nous permettent dans nos cas de réfuter cette cause d'erreur. Les parents des enfants que nous avons observés étaient pleins de sollicitude pour leur petit malade.
(1) André Collin, Tobolowska et Requin. Séquelles d'E.E. Soc. Méd. Psych. Juin 22.
(2) Anden. Loc. cit. ,
(3) Hamel et Merland. Loc. cit.
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Bien que nos observations fassent mention de vertiges souvent et d’épilepsie quelquefois, nous sommes en mesure d'affirmer qu'il ne s’agit pas de fugues par
impulsion inconsciente avec amnésie.
Jamais nous n'avons rencontré l'impulsion irrésistible et l'amnésie consécutive qui, pour certains auteurs, caractérisent la fugue.
Les fugues que nous avons en vue nous paraissent traduire un état morbide de l’activité qui se révèle par l'instabilité motrice et psychique de, ces malades. Aussi en parlons-nous immédiatement après les. phénomènes d’agitation qui ont été décrits sous le nom de « syndrome excito-moteur » (1).
Anden (2) a observé une fillette de 10 ans qui a l’habitude de se sauver par la fenêtre, une autre de 9 ans sujette également aux fugues. MM. Lucien Massé et G. Le Bourgo (3) signalent un enfant de 13 ans qui, un an après une encéphalite survenue le 26 février 1920 « refuse d'obéir, s'échappe continuellement de la maison, semble éprouver un besoin immodéré de se dépenser physiquement » et qui, placé à l'hôpital des Enfants, fait une fugue au bout de 17 jours d’hospitalisation. Denis, 9 ans et demi (obs. 6) ; Fernand, 13 ans (obs. 11) ; M. Maurice, 8 ans (obs. 13) ; B. Louis, 8 ans (obs. 12) sont sujets aux fugues. Charlotte B., 8 ans (obs. 7) « à moitié habillée, va dans les rues, au marché, dans les magasins, malgré la défense expresse de
(x) Mlle G. Lévy. Loc. cit.
(2) Anden. Loc. cit.
(3) Lucien Massé et G. Le Bourgo. Loc. cit.
sa mère. Elle s'est enfuie d’une institution de Montrouge où elle avait été placée, enfuie d'une maison religieusé de Bourges. Un soir, à 8 heures, elle enjambe la fenêtre de l'appartement, quitte Saint-Denis, se fait payer le ticket de tramway et, trouvée errante à Paris, est conduite au commissariat de Police. » Raymond M., 7 ans (obs. 8), « se sauvait du domicile de ses parents et se rendait chez des voisins. Il ne rentrait pas seul au logis, il fallait le chercher dans les rues. Sans gène, il pénétrait dans les maisons étrangères et y mangea une fois une côtelette entourée de pommes de terre frites ». Paul D., 9 ans (obs. 9), ne songe qu’à s'échapper de l’école et du domicile de ses parents.
Tel est le caractère des fugues que nous avons observées. Cependant, Tinel (1) en a observées, à propos desquelles, si elles sont parfaitement « conscientes et parfois même préparées avec assez d’astuce », on remarquera cependant qu'elles coïncident souvent avec une défaillance momentanée de l'attention, de la mémoire et du sens critique », et Tinel se demande si ces actes « ne peuvent être regardés dans une certaine mesure comme l'équivalent atténué des crises de somnolence ou de léthargie. »
Vol. — Gabrielle , 13 ans, volait « soit des objets sans valeur, soit des sous pour acheter des bonbons », ainsi qu'une fillette de 10 ans, vue par Anden (2). Do-
(1) Tinel. Syndrômes névropathiques et encéphalite léthargique. Journal méd. français. Avril 1873.
(2) Anden. Loc. cit.
nald Paterson (1) cite le cas d'un enfant qui, en février 1918, à l’âge de 11 ans, eut une E.E. avec confusion mentale, stupeur et léthargie pendant 5 semaines. La mère remarqua un changement de caractère qu'elle attribua à la maladie. Son fils était autrefois normal, intelligent et docile. Paterson l’a examiné en 1924. Il a été plusieurs fois inculpé de vol et la police le considère comme un incorrigible voleur. Son intelligence ne paraît pas altérée. Un enfant de 8 ans et demi (obs. 11), signalé par Lealy et Sand (2), serait devenu voleur à la suite de l'E.E. Le malade de Massé et Bourgo (2), que nous avons vu fugueur, commet de menus vols chez les Voisins.
P. Robert (obs. 5) a volé des bonbons et du lait dans l’épicerie où il avait été placé et où il n'est resté que huit jours. Il a essayé de dérober un modèle de dessin. Denis, 9 ans et demi (obs. 6), a « volé des crayons à ses camarades et, à l’intérieur de l'asile, a dérobé du chocolat ». Raymond M., 7 ans (obs. 8), pénètre chez les étrangers et mange une côtelette aux pommes frites. I1 vole aux devantures des oranges et des amandes. mais un sou trouvé, il le rend à sa mère. Paul D. 9 ans (obs. 9), « fouille dans les tables de nuit des malades et s'empare de ce qui lui convient. Chez le surveillant de l'asile, il dérobe des plats sucrés ». Joséphine D., 10 ans (obs. 10), dérobait de l'argent qui lui servait à des dépenses excessives. Quand son père et
(1) The after affects of epidemic encephalitis in children, by Donald Paterson et J.C. Spence. The Lancet 1921.
(2) Lealy and Sand. Loc: cit.
(3) Massé et Le Bourgo. Loc. cit.
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sa mère lui reprochaient ses vols, elle se montrait repentante, pleurait, mais recommençait sans tarder. A la Fondation Vallée, elle s'empare de menus objets. D. Fernand, 13 ans (obs. 11), a volé 10 sous à ses parents, des friandises chez les confiseurs. M. Maurice, 8 ans (obs. 13), C. Roger, 9 ans (obs. 15), sont devenus voleurs, ce dernier préférant les crayons et les boîtes de couleurs.
En résumé, vol jusqu'alors futile, vol familial, vol scolaire. Aucun’ caractère particulier. Ni l'intelligence, ni le caractère n'entrent en jeu pour inhiber la tendance. Chez les instables que sont les enfants ayant été atteints d'E.E., l’aptitude à résister est singulièrement amoindrie.
Mensonge et mythomanie. — Il est difficile de faire du mensonge un symptôme pathologique chez l'enfant, quand celui-ci se borne à nier un acte commis dont il redoute les conséquences ou à donner d’une faute une excuse erronée. C'est la répétition du mensonge rebelle aux remontrances et aux punitions, qui nous paraît une anomalie du caractère. Aussi signalons-nous P. Robert (obs. 4), C. Roger (obs. 5), B. Louis (obs. 12), P. Laurent (obs. 5) comme des menteurs habituels.
La mythomanie, qui comprend le mensonge vraiment pathologique, désigne la tendance morbide à l’altération de la vérité, à la fabulation imaginative et à la simulation. Dupré (1) en reconnaît 3 sortes : « la hâblerie fantastique, l’auto-accusation criminelle et la simu-
(1) Dupré. La mythomanie Etude psychologique et médico-légale du US à et de la fabulation morbides. Progrès médical, 25 mars