‹ Considérations Sur Les Troubles Mentaux Liés Aux Formes Prolongées De L'Encéphalite Épidémique Chez L'EnfantChapitre 19 sur 29 · RE UE · texte numérisé non relu

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lation d’attentats et de hâblerie ». Nous n'avons rencontré que cette troisième forme. Briand et Reboul- Lachaux ({) signalent trois enfants sujets aux récits imaginaires. Une petite fille de 12 ans, présentée par M. Briand (2) et sur laquelle nous reviendrons quand nous envisagerons la question médico-légale de l’'E:E., - « ameutait par ses cris les habitants de sa maison, se posait en enfant martyre, elle accusait son père et sa mère de la maltraiter, de la priver de nourriture, etc. » Raymond D., 7 ans (obs. 4), dit qu'il n’a plus de mère, qu'on ne lui donne pas à manger. Denis, 9 ans et demi (obs. 6), déclarait être frappé par son père. Charlotte B., 8 ans (obs. 7), invoque des raisons analogues pour expliquer ses fugues. Raymond M., 7 ans (obs. 8), allait, racontant que sa mère était morte. Paul D., 9 ans (obs. 9), va se plaindre aux passants que son père veut le tuer. D. Fernand, 13 ans (obs. 4), s'est rendu au Commissariat de police pour se plaindre des locataires « qui faisaient des trous dans le mur pour lancer des saletés aux autres voisins » et de son père qui le maltraitait. |

Actes impulsifs. — Nous comprenons dans un même chapitre un ensemble de manifestations diverses, parce qu'elles sont, la plupart du temps, réunies au point de vue clinique et parce qu'elles ont toutes une origine automatique: : La ER

(:) Briand et Reboul-Lachaux. Loc. cit.

(2) Briand. Les troubles mentaux de l’E.E: au point. de vue médico: légal. Acad. de Méd. Nov. 1921.

Les crises de colère que nous trouvons dans la plupart des cas se développent dans des conditions telles qu'elles supposent une irritabilité singulièrement morbide. La remontrance la plus atténuée, l’objection la plus doucement prononcée suffisent à leur déclenchement. Parfois, rien ne semble les avoir provoquées et elles traduisent l’excitabilité pathologique du système nerveux. Nous montrerons chez certains enfants une fragilité émotive qui se révèle par des crises de larmes incoercibles et en apparence non motivées. La sensibilité de ces enfants nous fait assister à des troubles de la sphère émotionnelle et volitionnelle et nous nous trouvons en présence d’une sorte de susceptibilité aussi bien psychique que physiologique.

C'est sur ce terrain que se développent les impulsions à détruire et à frapper. « Tout fait psychique tend à s'associer ceux qui, avec lui, peuvent former un système, et en même temps à empêcher de se produire et de se développer ceux qui ne peuvent s’harmoniser avec lui pour une fin commune. Il n'en est pas ainsi lorsque, du fait d'un trouble acquis..., il vient à se produire un état plus ou moins accentué de dissociätion, de désagrégation psychique. Le fond de synthèse mentale s’affaiblit et certains faits psychiques tendent à devenir autonomes et finissent même par être prépondérants. S'il est vrai qu'à l'état normal l'idée tend déjà naturellement à se transformer en mouvement, il s'ensuit que, dans les cas pathologiques, cette tendance se trouvera simplement facilitée, le mouvement se produira de lui-même presque totalement,

Son

l'acte réfléchi fera place à l'acte impulsif » (Séglas). Les impulsions auxquelles nous avons affaire ne sont ni exclusivement automatiques ni obsédantes ou conscientes. Elles sont liées à des motifs affectifs, souvent insignifiants.

Un malade de 13 ans de Massé et Le Bourgo (1) « essayait de battre les infirmiers ou les autres malades. Il a voulu enfoncer les volets de la fenêtre de la chambre où il était enfermé ; il frappait violemment à la porte, criait à tue-tête.

Raymond D., 7 ans (André Collin, Tobolowska, Requin (2), a des accès de colère. « [1 pique ses camarades à la face et au cou avec le bec de sa plume ». Gabrielle C., 15 ans (idem), devient coléreuse, lève la main sur sa mère. Kirschbaum (3) a observé un garçon de 14 ans violent, insolent, coléreux ; une fillette de 5 ans qui battait les enfants, les griffait, les mordait, se cachant pour épier le moment où elle pourrait, sans être vue, leur lancer du sable et des pierres. Un malade de 10 ans, appartenant à Harman (4), a aussi de violentes colères. Une fillette de 10 ans (Anden) (5), coupe les draps et ses vêtements, arrache les rideaux. Deux enfants de 8 ans (Sand) (6) sont impulsifs.

Chez le malade de Roubinovitch, Barük et Bariéty (7), « les troubles du caractère sont très marqués. L’en-

(1) Massé et Le Bourgo. Loc. cit.

(2) André Collin, Tobolowska. Loc. cit.

(3) Kirschbaum. Loc. cit.

(4) Harman. Loc. cit.

(5) Anden. Loc. cit.

.(6) Lealy and Sand. Loc. cit. 1 (7) Roubinovitch, Barük et Bariéty. Loc. cit.

HOREZ

fant est méchant, querelleur, ne veut pas obéir ; une infirmière lui ayant dit de se coucher, il la frappe violemment à coups de poing : « Je m'en fous, dit-il, ils ne m'auront pas ». Il urine volontairement au milieu de la chambre pour ennuyer le personnel. »

Charles .,, 9 ans {Briand et Borel), est « irritable, ironique et violent. Un soir, il frappe une infirmière, brise un carreau, casse différents objets, injurie le personnel ». Il se montre violent et cherche à frapper l’entourage. Germaine B., âgée de 7 ans et demi (Hamel et Merland), est devenue méchante, menteuse, violente, malpropre. Georges M., 9 ans (obs. 1), eut des crises de colère tant à l’école qu'au foyer familial, au cours desquelles il trépignait, hurlait et frappait ses parents. Il regrettait aussitôt que commises ses impulsions violentes. G. Armand, 7 ans (obs. 3), à son arrivée à l’Asile, avait des colères et commettait des actes impulsifs, jetait ses aliments à la tête de tout le monde. Il est amélioré. P. Robert, 12 ans (obs. 4), sujet aux colères, frappait son jeune frère et lève encore la main sur ses camarades, sans que ces violences atteignent une grande intensité. Il déchire les draps. Quand il n’est pas turbulent, il a un air triste et vieux. P. Laurent, 13 ans (obs. 5), est souvent grossier. Il insulte le maître d’école qu'il traite de « €... ». Il trépigne, devient violent, frappe ses camarades. Denis, 9/2 (obs. 6), est susceptible à l'excès. Il casse des carreaux, se mord les poignets et s'écorche (cicatrices). Charlotte B., 8 ans (obs. 7) à des colères, au cours desquelles elle trépigne et s’arrache les cheveux. Il lui est arrivé de giffler la maï-

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tresse d'école, mais elle n’a jamais frappé sa mère. Paul D. 9 ans, (obs. 9) bouscule tout le monde, ne respecte rien. Il n'est pas violent. Joséphine D. 10 ans, {obs. 10) eut des colères au cours desquelles elle déchirait les draps et les serviettes. Elle levait la main sur ses parents et les sœurs de la rue de Vaugirard chez lesquelles elle avait eté placée durent la renvoyer. A l'asile, elle trépigne souvent, se roule à terre, envoie des coups de poing dans les carreaux, se bat avec ses camarades. Elle ne frappe pas les animaux. B. Lôuis, 8 ans (obs. 12) devint coléreux et violent, donnant des giffles à sa petite sœur,®grossier, turbulent, exigeant et taquin. M. Maurice, 8 ans (obs. 13) se mit à tout casser dans sa famille, surtout les glaces de l'appartement. Il jetait de l’eau bouillante sur son frère. A l'asile, il est insolent. Quand on vient le voir, il égratigne son frère, tire les cheveux de sa mère. B..14 ans (obs. 14) très emportée, gifflait sa sœur au moindre reproche, frappait ses petites camarades. Elle taquinait les animaux et surtout un chien de la maison, les frappait à coups de pied..C. Roger, 9 ans (obs. 15) malgré des alternatives de colère et de calme, est peu irascible. Il n'a eu qu'une fois un geste impulsif ; il a cassé un carreau sans raison apparente.

Voici des actes impulsifs d’un caractère plus grave :

Un enfant de 10 ans, vu par Macphail (1) sujet à de vraies colères, enlève un couteau des mains de sa mère et tente d'en frapper son frère.

Un enfant de 9 ans (Anden) pousse son frère dans

(x) Macphail. Loc. cit.

un canal et donne à sa sœur aînée des coups de boutéille sur la tête.

P. Laurent, 13 ans 1/2 (obs. 5) a envoyé un coup de poing dans le ventre de sa mère. Il a pris un couteau pour la frapper et l’a souvent menacée.

Raymond 7 ans (obs. 8) a eu des colères au cours desquelles il déchirait ses draps, frappait ses parents, menaçait d'étrangler sa mère et lui aurait lancé n'importe quoi à la tête. Il a mordu une infirmière. Il est inintimidable et grossier. Il traite sa grand'mère de « vieille bique ».

D. Fernand, 13 ans (obs. 19), était sujet à des entêtements qui finissaient en violentes colères si l'on essayait de s'opposer à ses caprices. Ses traits se contractaient et il frappait. I1 a atteint sa mère au visage, cependant qu'il se montrait caressant et affectueux entre les phases de colère et regrettait les actes qu'il avait commis. Rancunier, vindicatif, il cherchait querelle au maître d'école, faisait des scènes pendant la classe. Il jetait du pain d'épices par les fenêtres, lançait ses lunettes contre la cheminée, piétinait son chapeau dans la boue et, poussant un jour brutalement une petite fille, la fit choir sur la tête et la blessa. Le jeune Fernand se rend parfaitement compte de son état : « Je suis excité à tous moments. J'ai envie de casser tout. » [1 convient qu'il est irritable et qu’il frappe ses frères, tout en sachant qu'il pourrait leur faire beaucoup de mal : « Je ne peux pas m'en empêcher », dit-il.

Erotisme. Perversions sexuelles. — Les auteurs ont

insisté sur ce point. L'excitation génitale avec provocalion à des actes homosexuels, a été notée chez deux enfants, par G. Petit (1). Mlle G. Lévy (2) a étudié également « des phénomènes de masturbation avec tendance à la propagande par les propos et par les gestes ». Chez l'un de ses malades, « garçon de 14 ans (obs. 9) on observe depuis 2 ans, avec des troubles choréiques, des tentatives de masturbation continuelle, de l’exhibitionnisme, et le désir d'entraîner ses camarades vers les mêmes préoccupations ».

L'ensemble de ces troubles a nécessité l’internement de l'enfant. Jean Branche (3) qui a étudié le même malade dans sa thèse, constate que « cette habitude, antérieure à son encéphalite, semble être devenue un véritable tic ; il promet de ne pas recommencer, se rend compte qu'il fait mal et chaque jour, il est surpris à nouveau ».

Un autre malade de Mile Lévy « âgé de 18 ans, présente les mêmes phénomènes, mais beaucoup moins accusés ». Des cas de puberté précoce ont été observés à la suite de l'E.E. C’est ainsi que M. Stern (4) cite le cas d'un enfant de 12 ans, chez qui est apparu, à la suite d’une E.E., un développement génital complet chez lequel il a relevé : troubles de la voix, accroissement du volume des organes génitaux, établissement des fonctions sexuelles, croissance de la moustache et des poils.

(x) Discussion à la S.C.M.M. Décembre 1921.

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