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HISTORIQUE

L'historique de l'étude des tumeurs gastriques bénignes peut se diviser en deux périodes, la seconde, la plus proche de nous, et aussi la plus brève, étant dominée par un fait d'importance : l’introduction dans la pratique courante, puis le perfectionnement technique et diagnostique, de l’exploration radiologique de l’estomac. Si, comme nous le verrons plus loin, les signes radiologiques sont loin d’être constants et absolus, ils n’en permettent pas moins, dans la grande majorité des cas, de soupconner l'existence d’une tumeur qui, par sa localisation et sa symptomatologie extrêmement variable, n’a longtemps été qu’une surprise opératoire ou une constatation d’autopsie.

Nous ne chercherons pas à rappeler ici toute la littérature consacrée, depuis CRUVEÏILHIER en 1842, à la question qui nous occupe. Nous nous bornerons à citer les travaux qui font date, soit par leur importance, soit par la rareté des faits qu’ils rapportent, parus depuis la thèse de MEYNARD en 1935.

Cette même année, SUFFRAN consacrait sa thèse aux manifestations hémorragiques des tumeurs bénignes de l’estomac, alors que l’observation de BRODIER se compliquait d’une anémie grave; F. MouTiER, dans son Traité de Gastroscopie, DuvaL et BECLERE, dans leur « Radiologie clinique du Tube digestif », au chapitre « Estomac », BELOT et de VuLpian, en précisent le diagnostic

radiologique. DisTEFANO, cette même année, en étudie les complications mortelles, tandis que des observations de lipomes sous-muqueux nous sont données par VERNE et TROISIER, et J. GLASS.

L'année 1936 nous apporte deux observations de myome gastrique, de SCHROEDER et de CONWAY, un cas de lipome et un cas de neurofibrome de RENANDER, un travail d'ensemble de MINNES et GESCHICKTER, une étude radiologique de Levy-LanG. Toujours la même année, RIGLER étudie la fréquence et la dégénérescence maligne de ces tumeurs, tandis que BRULÉ et ses collaborateurs donnent une intéressante étude d’une variété assez rarement observée au niveau de l’estomac, la tumeur villeuse.

Une nouvelle observation de tumeur villeuse est apportée en 1937 par Cain et CALTAN, des cas de lipome sont décrits par DIDIER, BARIETY et METIVET, une observation de schwannome par FIESSINGER et BERGERET. Le diagnostic radiologique de ces tumeurs fait l’objet des travaux de BourTon et de MOORE, tandis qu’HARTMANN et STRUP- PLER se consacrent à leur traitement.

En 1938, paraissent plusieurs ouvrages d’anatomo-pathologie, ceux de BIANCARDI, de REDEL, de SArARIS; trois observations de myome sont données par Bovier, par SOUPAULT et par SWORN, tandis que NEYRAUD consacre un important ouvrage aux schwannomes. HARING reprend la question de l’anémie pernicieuse comme complication des tumeurs bénignes gastriques, et DIerHELM s'attache à l’étude de leur diagnostic radiologique.

Enfin, en 1939, MEyABAT consacre sa thèse aux schwannomes gastriques; ZWOLINSKI décrit une observation de

M Pen

myome diagnostiqué et opéré comme kyste de lovaire, tandis que MILHIET rapporte un cas de myome diagnostiqué radiologiquement et excisé chirurgicalement.

Ainsi, en cinq années, les travaux publiés sur les tumeurs bénignes de lestomac sont relativement nombreux — et nous n’en avons pas cité ici la totalité. Cependant, pour obtenir une vue d'ensemble de la question, il nous faudra dans certains cas recourir à des statistiques antérieurement publiées.

FREQUENCE

Les tumeurs gastriques bénignes sont rares. Pourtant, elles ne paraissent pas aussi exceptionnelles de nos jours qu’autrefois. Actuellement, les chiffres les plus communément admis oscillent entre 0,5 et 2% de l’ensemble des tumeurs de l’estomac. Une des statistiques les plus étendues, celle de RowLanp et DouGras, qui rassemble 4.654 observations puisées dans la littérature, établit que pour 150 tumeurs gastriques il faut compter 149 cas de néoplasmes malins.\Pour EUSTERMANN et ELMER, qui s’appuyent sur le matériel de la Clinique Mayo, la tumeur gastrique est de nature bénigne 1 fois sur 200.

On pourrait objecter que ces chiffres restent au-dessous de la vérité, car il faut tenir compte des tumeurs de petit volume et d'évolution silencieuse, qui passent certainement inaperçues. Pourtant, le cas de BoviEr nous montre qu’un fibromyome de la grosseur d’une tête d’épingle en verre a pu être le point de départ d’un passé gastrique de 15 ans, avec aggravation considérable et amaigrissement important. Les chiffres de 0,5 à 2% peuvent donc être acceptés comme exprimant la fréquence de la bénignité des tumeurs gastriques.

Les deux sexes paraissent également atteints; mais l’âge des malades est rarement inférieur à 50 ans, exceptionnellement supérieur à 70 ans.

ETIO-PATHOGENIE

Les tumeurs bénignes de l’estomac ont l’étiologie commune à toutes les tumeurs de même nature, quelle que soit leur localisation. À cette prolifération pathologique, on s'accorde à reconnaître deux ordres de lésions prédisposantes : les unes sont constituées par une défectuosité de la structure gastrique, anomalie le plus souvent congénitale, mais qui peut également être acquise. L'observation, relativement fréquente, de polypes muliples siégeant sur toute l’étendue du tractus gastro-intestinal vient à l’appui de l'hypothèse d’une anomalie de développement atteignant l’ensemble de la muqueuse digestive.

Plus souvent, il existe une altération inflammatoire chronique de la muqueuse gastrique. Cette altération peut elle-même avoir des origines diverses : l’alcoolisme, les erreurs diététiques, une mastication défectueuse, des troubles trophiques dus à un athérome artériel. Comme facteur prédisposant, on retiendra encore toutes les infections microbiennes de la muqueuse. Dans la majorité des cas, et plus particulièrement en présence de tumeurs pédiculées, on a pu établir par l’examen microscopique de la muqueuse l’existence d’une gastrite chronique, à forme surtout hypertrophique. On comprend, en particulier dans le cas de tumeur pédiculée, que l’inflammation consécutive à une irritation chronique de la muqueuse, que cette irritation soit physique, alimentaire,

chimique ou bactériologique, provoque une hypertrophie locale, augmentée, mécaniquement, par les contractions de l’estomac, les ondes péristaltiques, la pression du contenu gastrique. |

On peut donc dire que les tumeurs bénignes de l’estomac se développent toujours en un point de moindre résistance de la paroi gastrique; que cette prédisposition soit congénitale ou, plus souvent, acquise, les mouvements physiologiques de l’organe et le milieu chimique constituent des irritations qui favorisent le développement de la tumeur.

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