‹ Considérations Sur Quelques Observations Rupture Spontanée Du CœurChapitre 18 sur 21 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

La nommée Vessier, âgée de 60 ans, d'une constitution délicate, après avoir été soignée dans plusieurs hôpitaux, entra dans le service du docteur Boys de Loury, le 7 mars 1839. Elle se plaignait de douleurs extrêmement vives dans tout le membre pelvien droit. Cette douleur était telle que la malade ne pouvait faire aucun mouvement et que les nuits se passaient sans sommeil. Le membre ne présentait rien de particulier, aucune rougeur, pas d’exostoses sur le tibia. Cette maladie, qui datait de plusieurs mois, fut traitée comme une sciatique; des vésicatoires pansés à la morphine, l'opium à l'intérieur calmèrent les douleurs, puis des douches de vapeur rendirent peu à peu la force et le mouvement, si bien que, dans les derniers temps, cette femme montait et descendait les escaliers et prenait de l'exercice avec les autres malades.

A son entrée dans le service, elle avait été examinée avec soin, sans qu’on découvrit chez elle aucune lésion organique, et, pendant un séjour de trois mois, elle ne s'était plainte que de ses douleurs qui du reste diminuërent insensiblement.

Le 15 mai, s'étant levée comme à son ordinaire, après avoir fait elle-même son lit, nettoyé sa ruelle, après avoir bu un peu de bouillon, et, sans que ses voisines, avec lesquelles elle causait, se fussent aperçues de quelque trouble chez elle, elle s'assit près de son lit sur lequel sa tête se pencha; on la coucha précipitamment, elle respirait encore mais difficilement; la bouche était légèrement déviée. L’interne de garde appelé aussitôt la trouva morte. Dix minutes ne s'étaient pas écoulées entre le moment de celte crise subite et son dénoûment.

Le lendemain, le docteur Boys de Loury apprit les détails de cette mortsi rapide; malgré la déviation de Ja bouche, qui avait été remarquée, il déclara qu’il pensait que la mort n'était pas la suite d'une apoplexie, mais qu'elle avait dû être occasionnée par la rupture d’un gros vaisseau, ces lésions seules

donnant lieu à des phénomènes aussi foudroyants,

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A l’’autopsie, les vaisseaux de l'arachnoïde sont congestionnés, mais on n’y trouve aucun caillot, aucun épanchement sanguin. Les poumons sont gorgés de sang en arrière. Le péricarde est médiocrement distendu par une masse de sang, que la couleur bleuâtre de cette enveloppe laissait apercevoir avant qu'elle fût ouverte. La quantité de ce sang, qui est rouge et fluide, n’est pas de 200 grammes. Le péricarde a conservé son épaisseur normale et ne présente aucune altération.

Le cœur est d’un volume ordinaire, sans dilatation, sans changement de forme, son tissu paraît ramolli; sa couleur est pâle, grisätre. Sur la face postérieure de cet organe, à l'union de l'oreillette gauche avec le ventricule du même côté, le tissu, plus rouge, entoure une perforation d'un centimètre de diamètre, dont les bords forment une espèce d’incision cruciale, sans qu’on puisse remarquer sur cette paroi qu'il y ait une différence d'épaisseur

avec le reste des parois de l'oreillette. Au-dessous de cette perforation, dans

le tissu plus épais qui réunit le ventricule à l'oreillette, on remarque une

rupture incomplète, pénétrant dans le tissu musculaire de dehors en dedans, l'écartement des bords simule une perte de substance. Au milieu de cette déchirure, qui a un centimètre et demi de longueur, on trouve une petite ouverture étroite dans laquelle on fait pénétrer un stylet; c'est une des artères coronaires. Les bords de la valvule tricuspide sont incrustés de tubercules crayeux ou ossifiés. En enlevant la membrane interne, on trouve une large ossificalion en forme de croissant, dont les bords sont couverts de plusieurs aspérités en pointes insérées au bord libre de la valvule. Les autres organes sont absolument normaux.

Le docteur Boys de Loury ajoute : « dans le fait dont j'ai été témoin, » nous avons bien trouvé sur la valvule de la veine pulmonaire des concré- » tions osseuses considérables, mais il est rare que chez les vieillards on » n'en trouve pas de plus où moins étendues, ou même plus généralisées. » La seule cause à laquelle je puisse rapporter la mort de cette femme est

» un ramollissement général de tout le lissu du cœur, ramollissement non

» inflammatoire, mais qui a été décrit sous le nom de ramollissement gris,

» datant probablement de fort longtemps, et que les auteurs disent pouvoir

» reconnaitre pendant la vie, par la faiblesse du bruit d'impulsion de l'or-

-» gane et celle du pouls ! »

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