‹ Considérations Sur Quelques Observations Rupture Spontanée Du CœurChapitre 20 sur 21 · OBSERVATION VIT · texte numérisé non relu

OBSERVATION VIT

Une prostituée, âgée de 25 ans, entre à l'hôpital Saint-Jean, ayant perdu connaissance quelques instants auparavant, au moment où elle se livrait à l'exercice de sa profession. Les membres sont agités de mouvements convulsifs; la malade dit d’une voix sourde qu’elle étouffe ; une dyspnée extréme la force à conserver la position assise. La peau est cyanosée, le visage tuméfié, les lèvres.violettes, les veines du cou sont gorgées de sang. Le pouls-est extrêmement rapide et petit, les battements du cœur LR tumul-

tueux, confus, irréguliers; ses bruits sont confondus en une sorte de roule-

ment sans rhythme déterminé auquel correspond un frémissement vibratoire |

marqué. $

La malade se plaint d'une douleur extrêmement violente siégeant audessous du mamelon gauche, à la région FREE Mort par Gun une heure plus tard.

Autopsie : On trouve des traces anciennes de péricardite et d'endocardite,

une hypertrophie du cœur, portant principalement sur le ventricule gauche,

un caillot VOMAUIEUE remplissant ce ventricule et se. prolongeant dans l'aorte. Les cordages tendineux, qui vont du sommet du faisceau antérieur de la colonne charnue principale gauche, s'insérer au bord libre du segment antérieur de la valvule mitrale, sont rompus dans leur milieu. La rupture s'est faite pour chacun d’eux à une hauteur différente, mais pour tous

suivant une direction allongée. D'ailleurs ces tendons sont très fragiles et

y ÉVEs se déchirent facilement ; leur surface est rendue inégale par la présence de petites végétations arrondies et ces cordages tendineux participent en entier: à l’épaississement général de tout l’'endocarde.

Par l'examen des observations que nous venons de citer, il est facile de remarquer, que la mort survient dans les ruptures spontanées du cœur avec une rapidité plus ou moins grande, plus ou moins variable.

Des malades, les uns tombent foudroyés, les autres succombent aussi très rapidement il est vrai, mais au bout d’un certain nombre d'heures écoulées.

La cause de la différence de rapidité de la crise finale nous semble due à la différence de traumatisme, si je peux m’expliquer ainsi, du myocarde. À une grande déchirure correspond une morte rapide, à une lésion moindre, une morte plus lente.

Dans le premier cas, la cavité cardiaque étant largement béante, le liquide sanguin tend à se précipiter à flot hors du réservoir circulatoire; une partie du sang s'écoule vers le péricarde spoliant d'autant, à l'improviste, les organes essentiels de la vie, d'où, chez ces derniers, apparition de phénomènes incompatibles avec l'intégrité de la fonction vitale de l'individu.

Mais le péricarde brusquement distendu par l’afflux du sang ne se laisse pas vaincre et, réagissant à son tour, comprime fortement le cœur par l'intermédiaire du liquide épanché. Celui-ci, agissant avec violence, sur un organe si délicat, oppose un obstacle invincible à ses contractions, d’où syncope et mort.

Dans les cas de lésions de faible étendue, le sang filtre, si l'on peut s'exprimer ainsi, goutte à goutte, à travers la petite ouverture, il s'épanche encore dans le péricarde, mais la force du courant étant moins violente, il y a là production d’un

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milieu, somme toute, assez favorable à la formation d’un caillot sanguin, qui peut, par la suite, venir s'appliquer sur la lésion, l’obturer en partie et ne laisser ainsi qu’issue très petite pour le sang. 2

Celui-ei continuant cependant à passer, distend toujours le péricarde, d’où gêne de plus en plus grande dans les contractions du cœur et, au moment où les battements de ce dernier deviennent impossibles, la mort arrive par un mécanisme analogue à celui que nous avons exposé précédemment.

Quant à ce qui est de la douleur angoissante, avec sensation de brûlures siégeant au niveau de la région précordiale, ne serait-il pas possible de rapprocher ces symptômes de ceux si douloureux de l’angine de poitrine et d'admettre que, dans la pratique civile, beaucoup de cas d’angine de poitrine terminés par la mort ne seraient pas dus à des ruptures complètes ou incomplètes du myocarde?

Dans les hôpitaux, tant civils que militaires, où les autopsies se font couramment, il est facile de reconnaître, grâce à ces dernières, les lésions organiques qui ont pu entraîner la mort. Mais, dans la pratique civile, où la nécropsie est entourée de tant de préjugés et de rèpulsion, 1l ne nous semble pas téméraire d'affirmer que, dans quelques cas réputés angines de poitrine, une rupture de la paroi cardiaque était peut-être le point de départ de l'issue fatale.

Quoi qu'il en soit, ces deux maladies offrent plus d’un point de ressemblance et le diagnostic des ruptures lentes du cœur et de l’angine de poitrine est entouré d'obscurité telle que le praticien serait souvent embarrassé dans son pronostic si la rupture n'était beaucoup moins fréquente que l’angine.

Nous allons maintenant exposer les conclusions auxquelles nous avons été amené par les modestes études que nous avons faites sur les ruptures du myocarde.

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