LA PARTICIPATION ENDOCRINIENNE
a) Le facteur lhyroïdien.
C'est la première glande endocrine qui vienne à l'esprit, pour expliquer l’exophtalmie, en raison de la fréquence de cette dernière au cours de l’hyperthyroïdie,
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Nous avons vu cependant avec Justin BESANÇON que lhyperthyroïdie n’est ni nécessaire, ni suffisante, mais paraît simplement favorisante dans la genèse de l’exophtalmie., La fréquence et l'importance des exophtalmies résiduelles après thÿroïdectomie, suffirait d’ailleurs à en faire foi. Certains auteurs comme BARTLETT vont même jusqu'à considérer l’exophtalmie, plus comme un signe d'hypothyroïdie que comme un signe d'hyperfonctionnement, opinion à laquelle AZERARD serait, comme il l'avoue lui-même, bien près de se ranger.
b) Le facteur surrénal.
Certains arguments ont été avancés pour faire Jouer aux surrénales un rôle dans l’exophtalmie.
Sainron et Didier Hesse ont pu déterminer quelquefois une exophtalmie, en administrant à la fois de la thyroxine et de l’adrénaline. Or, l’adrénaline peut être considérée comme une véritable hormone surrénale.
Les facteurs cliniques qui augmentent l’exophtalmie tels l'effort, l’asphyxie, l'émotion, sont aussi ceux qui font sécréter les glandes surrénales.
Dans quelques cas enfin, l’exérèse ou la radiothérapie de la. surrénale ont pu faire régresser l’exophtalmie.
Cependant, de sérieuses objections ont été aussitôt avancées. L’hyperglycémie et l’hypertension, d’origine surrénale surtout, ne se rencontrent que bien rarement au cours de la maladie de Basedow.
Si l’exophtalmie était due à une sommation adrénalinethyroxine, comment expliquer les exophtalmies résiduelles à la thyroïdectomie, alors que la thyroxine n’entre manifestement plus en jeu ?
Enfin, si tous les alcaloïdes du groupe de l’Yohimbine inversent l’action de l’adrénaline, certains d’entre eux seulement agissent contre l’exophtalmie. Autant d’objections qui éliminent le rôle éventuel des surrénales.
F4] a c) Le facteur génital.
Si les constatations expérimentales ne sont pas convaincantes, la clinique humaine nous apporte cependant quelques observations intéressantes : plus grande fréquence de l’exophtalmie maligne chez l’homme, âge en général assez avancé des sujets. Apparition de l’exophtalmie chez la femme, à la période de la ménopause, période de régression de l’activité de la glande sexuelle femelle. De plus, d’après HaLpom, l’exophtalmie maligne serait améliorée par les œstrogènes.
Mais il semble que l’on puisse expliquer ces constatations par une action freinatrice de la folliculine :sur l’hypophyse, plus que par une action directe sur l’exophtalmie. Nous avons déjà à envisager le rôle primordial de cette nouvelle glande.
d) Le facteur hypophysaire.
Il y a, en faveur du rôle de l’hypophyse, un certain nombre d'arguments cliniques. Telle la constatation d’exophtalmies précoces de type basedowien au cours des adénomes de l’hypophyse, qu’il s'agisse d’acromégalie ou de maladie de CUSHING. Et un grand nombre d’expériences confirment cette hypothèse.
En voici l'essentiel :
L’injection quotidienne d’extrait du lobe antérieur d’hypophyse détermine chez le cobaye, après dix à vingt jours, une exophtalmie ayant tous les caractères basedowizns et à laquelle s'associent un goitre et de l’amaigrissement. Cetté exophtalmie est parfois à prédominance unilatérale. Ce principe exophtalmiant est à différencier des hormones somatotropes et gonadotropes, seuls les extraits acides sont actifs. Il détermine, en même temps, des modifications histologiques intenses du corps thyroïde, comparables à celles de la maladie de Basedow.
Néanmoins, on peut obtenir une dissociation expérimentale de l’hyperthyroïde et de l’exophtalmie. Si en effet, les injections du lobe antérieur sont poursuivies pendant des semaines, l'exophtalmie s’accentue, tandis que le poids et le métabolisme basal se normalisent.
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Ces études ont élé reprises systématiquement par FRIEDcoop avec l'hormone thyréotrope. Elles ont été confirmées en France par Guy LAROCHE.
D. MARINE et S.-H. Rose, pour déterminer l’inutilté de l'hormone thyroïdienne, expérimentent sur des cobayes préalablement thyroïdectomisés : ils obtiennent une exophtalmie avec œdème, beaucoup plus grave et beaucoup plus précoce que si le corps thyroïde est laissé en place.
Mais à côté de ces arguments qui plaident en faveur de l’antehypophyse, dans le mécanisme de l’exophtalmie, on peut en opposer certains autres.
Les résultats favorables obtenus par l’expérimentation sont inconstants : 9 fois sur 30. D’autre part, la thyréostimulino urinaire est en général diminuée dans la maladie de Basedow ; elle a cependant été trouvée augmentée dans un cas d’exophtalmie maligne par Guy LAROCHE.
En outre, l’étude du mécanisme même de l’exophtalmie par injections d’antehypophyse met en lumière un certain nombre de faits négatifs. L’antehypophyse, à l'inverse des substances sympathicomimétiques, n’agit pas par effet direct sur le muscle lisse de l’orbite, puisque son effet est retardé (10 à 20 jours). Elle n’agit pas par stimulation thyroïdienne, puisqu'elle provoque encore l’exophtalmie chez l'animal éthyroïdé. Elle n’agit pas par décharge d’adrénaline, puisque la médullo-surrénale n’est pas modifiée. Mais il n’est pas exclu qu’elle agisse par l’intermédiaire de la corticosurrénale, ou contrairement aux données classiques, de JEUNE a décelé la présence d’adrénaline.
Cependant, dans des travaux récents, Alexander ALBERT vient de prouver l’action locale direc.e sur l’œil, de « ce principe exophtalmiant » qu’il n’est pas possible, actuellement, de séparer de la thyréostimuline.
Selon lui, l'œil est projeté en avant, moins par l’œdème ‘de lorbite que par l'existence d’une grande quantité d’un liquide
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rétrobulbaire qui exerce une pression sur la face postérieure de
l'œil, el arrive à vaincre la résistance de la musculature externe.
La ponction de ce liquide supprime l’exophtalmie expérimentale. Le drainage palpébral en empêche la réalisation, lPimjection artificielle d’un liquide quelconque dans cet espace réalise une exophtalmie absolument identique aux exophtalmies hypophysaires.
Si le liquide injecté est un extrait pituitaire, l’exophtalmie persiste plus longtemps, ce qui prouve une action directe sécrétante de l'extrait pituitaire sur le tissu de l'orbite. Et, d'autre part, 1l apparaît une exophtalmie contralatérale. Si on fait une injection intrapéritonéale d’extrait pituitaire à un animal, elle provoque l’apparition d’un liquide rétro-oculaire qui est, qualitativement sinon quantitativement, identique à lPextrait pituitaire comme le prouvent les effets de sa réinjection dans l’espace rétro-bulbaire d’un autre animal.
L'action élective de ce « principe exophtalmiant »sur le métabolisme de l’eau ne se mamifesterait pas exclusivement au niveau de l’orbite. BASTENIE fait remarquer que la rétention d’eau serait généralisée, ce qui expliquerait la constitution d’un æœdème prétibial net, coïncidant avec l’acmé de l’exophtalmie maligne.
Malgré quelques critiques négligeables, le rôle de la thyréostimuline isolée de l’antihypophyse, apparaît comme capital dans la pathogénie de l’exophtalmie ; qu’elle agisse directement, par son action métabolique, ou indirectement, la clinique et lexpérimentation le prouvent, d’une manière irréfutable.