LA THÉORIE HYSTÉRIQUE
En 1886 le professeur RAYMOND (*), dans son article du dictionnaire de Dechambre, attirait l'attention sur le rôle considérable que jouait l'hystérie dans le développement de la tétanie.
La thèse ZALprvar (**) en 1888, reprenant et développant cette théorie, l’étendait à toutes les tétanies essentelles et peut-être à un certain nombre d'autres. Les signes de TRoussEAU et de Weïss n'étaient, d'après lui, que des manifestations hystériques. Ils témoignaient - seulement de l’hyperexcitabilité du système nerveux chez des névropathes « en état d'opportunité de contracture », suivant l'expression de Charcot.
GILLES DE LA TOURETTE (***), en 1895, -confirmait la théorie hystérique par de nouvelles observations. & Il n'est pas douteux, écrivait-il, que la contracture des extrémités avec sa généralisation possible aux muscles du larynx, sa provocation facile par la compression des membres, sa terminaison notée déjà par Trousseau en une violente crise convulsive, ne soit souvent, comme le pensait RayMonD dès 1886, de nature hystérique; il n'est pas jusqu'au caractère épidémique de certaines observations que n’explique la névrose ».
Et le même auteur, insistant sur l'extrême fréquence
() F. Raymonn. — Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales. Article Tétanie. , (‘*) ZaLpivar. — De la nature hystérique de la tétanie essentielle. Thèse
de Paris 1888.
(*) Grzces DE LA ToureTTe. — Nouvelle iconographie de la Salpétrière.
LRO PES
‘le la tétanie hystérique, déclarait qu'au moins en ce qui concerne notre pays, il y aurait bien rarement lieu de £<e préoccuper d’une autre sorte de tétanie. En dix ans, à la Salpétrière, dans le service de M. CHARCGOT, on n’aurait observé qu'un seul cas de tétanie non hystérique.
La question vaut done pour nous la peine d’être diseutée. L'hystérie ne saurait-elle être mise en cause au sujet des accidents présentés par notre malade ? Les crises convulsives, faut-il les considérer, non pas comme des complications de la diarrhée chronique, mais comme une simple manifestation de la « diathèse de contracture » dont il serait atteint ? :
C'est là une hypothèse que nous nous croyons autorisé à écarter. Nous avons soigneusement recherché chez notre malade les différents stigmates de la névrose; aucun n’a pu être retrouvé.
S’agirait-il d'une hystérie monosymiptomatique, d’une « hystérie locale » (ZALDIVAR) ? Mais ce n’est guère là le mode de début ordinaire ni le dénouement de ces accidents : ni traumatisme ni émotion n'ont précédé leur apparition; jamais de crises convulsives antérieures; les coniractures subsistent pendant le sommeil. Enfin, pour en revenir toujours au même argument, leur apparition si rapide après l'arrêt du flux diarrhéique ne nous est nullement expliquée par cette théorie. Il ne s’agit done pas là, à notre avis, d’une tétanie hystérique.