LES DÉFENSES DE L'ORGANISME
Du fait de l'extrême toxicité du milieu intestinal, l’organisme se trouve donc, même à l’état normal, sous la Inenace constante d'une intoxication digestive. Contre
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les poisons intestinaux il utilise pour sa défense :
1°. — Les organes de fixation,’ de destruction, de neutralisation des produits toxiques. 2°. — Les émionctoires. ‘ 1°. — Les organes de fixation, neutralisation, destruc- 2 2h . « han. — Autour de la muqueuse intestinale se trouve
disposée une triple ligne de défense a) la muqueuse intestinale.
b) le foie, - ©) les autres glandes antitoxiques.
a) La muqueuse intestinale. — C'est la première barrière dressée contre l’envahissement des poisons et des inicrobes intestinaux. Elle agit par son action mécanique et par ses diastases, en particulier par l’erepsine (CHARRIN) (*)4: Cette action antitoxique, les expériences de CHARRIN en ont fourni une démonstration évidents.
«Si vous supprimez chez uñ lapin:cet épithélium par le curettage, si vous le tuez par la chaleur, par la coagulation, par le tanin, si alors vous introduisez dans l’anse ainsi traitée et fermée aux deux bouts 20 à 30 centimètres cubes de sécrétions microbiennes; si vous déposez cette dose dans une anse saine, si enfin vous vous bornez à iéser comme dans je premier cas une anse de même longueur chez le troisième lapin, vous voyez, dans ces conditions, l'animal qui a subi la suppression de cet épithélium, qui à reçu les sécrétions, mourir avant les deux autres; vous voyez également survivre Île plus long-
“*, CHARRIN. — Les fonction: 1ntitoxiques. Semaine médicale, 1895. = Leçons de Pathogénie appliquée, 1897,
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temps celui qui a reçu cette toxine dans son canal nor-
mal (2). »
Ce rôle protecteur de l'épitélium ‘intestinal est done indiscutable, mais la protection n’est pas absolue.
« Ce revêtement, cette paroi ne suppriment pas toute la toxicité. » Il y a toujours, même chez l'individu sain, une certaine quantité de substances toxiques qui échappe a son action. « Une fraction importante, reprise par la circulation, traverse la paroi de l'intestin pour se rendre au foie qui l’arrête, l’'emmagasine (*).»
Dans les états pathologiques, toute modification, toute altération de la muqueuse se traduira par le passage dans le sang d’entérotoxines en plus grande quantité « Le gonflement inflammatoire de la muqueuse tel qu’il s'observe dans l’entérite, son atrophie que nous constatons dans l’athrepsie; la présence sur cette muqueuse l’une couche de glaires et de membranes comme elle s'observe dans les entérites chroniques glaireuses ou rmembrancuses, toutes ces causes, èén paralysant la foncton puissante de toxicolyse de la muqueuse, favorisent l'intoxication. » (COMBE.)
Nous aurons à discuter, dans le cours de ce travail, l'importance des lésions intestinales observées à l’autopsie de notre malade et la valeur qu'il convient de leur attribuer.
Le foie, — « Les cellules hépatiques ont pour fonction de puiser dans la veine-porte les substances toxiques qui ont échappé à la première ligne de défense et de sounieltre ces entérotoxines à leur puissante action toxico-
j'} CHARRIN. — Les fonctions anlitoxiques. Semaine médicale, 1895,
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lytique, afin de livrer au sang qui circule dans l’orga; uisme des corps peu toxiques qui puissent s’éliminer plus facilement et sans trop de danger pour l’économie. le foie est donc, après la muqueuse intestinale, le prin- Cipal organe protecteur contre les poisons intesti- TAUX UE Se
Sur le rôle antitoxique de la cellule hépatique, nous n'avons pas à insister ici; nous signalerons seulement le surcroît de travail qui incombe à cet organe, au cours d'une affection intestinale, du fait de l'exagération de toxicité du milieu digestif et de l’altération de la barrière épithéliale.
Chez notre malade, ancien paludéen et soumis depuis de longs mois à une auto-intoxication intestinale chronique, nous étions doublement autorisés à supposer une diminution de la valeur antitoxique de la glande hépaüque. Cette hypothèse, ni l’autopsie, ni l'examen histologique de l'organe ne nous l'ont confirmée.
c) Les autres. glandes antitoriques. — On sait combien leur physiologie est, à l'heure actuelle, encore mal
connue : hypophyse, thymus, surrénales, thyroïdes,
parathyroïdes, à toutes on a attribué des fonctions antitoxiques. Il semble bien acquis toutefois, à l'heure actuelle, que les glandes parathyroïdes exercent, vis-à-vis des poisons digestifs ayant échappé à l’action toxicolytique de l'épithélium intestinal et du foie, une action neutralisante véritablement spécifique tout comme les surrénales à l'égard des poisons musculaires. On sait que chez des animaux ayant subi une parathyroïdectoanie partielle, en état d'insuffisance parathyroïdienne là-
() MarniEu. ET Roux. — Pathologie gastro-intestinale, 1910.
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\ tente, l'ingestion de viande crue, augmentant la toxicité du milieu intestinal, provoque très rapidement l'apparition de phénomènes convulsifs graves. (Louis. MOREL.)
Sur cette fonction antitoxique des parathyroïdes, nous aurons à insister longuement au chapitre de la tétanie parathyroïdienne.
Nous venons ainsi d'examiner rapidement les différents organes de fixation, de transformation ou de destruction des produits toxiques d'origine intestinale. Il nous faut maintenant appliquer à l'observation qui nous intéresse les données que nous avons recueillies et chercher à les adapter à l'histoire clinique du malade et aux constatations de l'autopsie. Sommes-nous en droit d'en tirer quelque conelusion?
Le seul fait dont nous puissions tenir compte jusqu'ici, c'est qu'il y avait vraisemblablement ehez lui, du fait de son affection intestinale chronique, une augmentation considérable de la toxicité du contenu de son tube digestif. Mais nous n'avons aucune preuve de la diminution de ses moyens de défense, du fléchissement de ses fonetions antitoxiques. Sa muqueuse intestinale ? Peut-être présentait-elle des altérations graves au moment où se sont manifestés les accidents tétaniques (la présence d'albumine soluble dans les selles à cette période nous permet de le supposer). Mais, six semaines après, l'autopsie et l'examen histologique nous révèlent un épithélium intestinal anatomiquement intact.
Son foie? II ne paraît pas avoir été lésé.
Ses autres glandes antitoxiques? Mais celles qui nous intéressent le plus particulièrement, ce sont les parathryoïdes, Il est bien vrai que nous n'avons trouvé chez
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ce sujet qu'une seule glandule parathyroïde au lieu des quatre classiquement décrites. Mais de ce que trois de ces glandes n’ont pas été retrouvées, avons-nous le droit de conclure à leur absence et, par conséquent, à une hypoplasie congénitale de lappareil parathyroïdien, cause d'insuffisance brusquement révélée? C'est là une question que nous aurons à discuter plus loin. En attendant nous nous interdisons de formuler, en faveur de l'auto-intoxication intestinale, cause déterminante des accès de tétanie chez notre malade, tout autre argument que l'augmentation considérable de toxicité du conténu ce son tube digestif.
Mais, de toutes les défenses que l’organisme pouvait raettre en œuvre contre ce danger d'intoxication, nous n'avons pas jusqu'ici la preuve qu’il y en ait eu de défaillantes. Notre étude toutefois reste encore incomplète; nous n'avons étudié que les organes de fixation, de destruction des produits toxiques; ni de leurs lésions anatomiques, ni de leur insuffisance fonctionnelle, nous ‘n'avons pu trouver de preuves certaines, mais ce ne sont pas là les seuls modes de défense de l’économie. Même chez un sujet normal, les poisons intestinaux ne sont pas tous neutralisés ow détruits; l'organisme s’en débarrasse en grande partie par ses émonctoires. Dans les états pathologiques, cette fonction d'élimination acquiert une importance primordiale; c’est son étude qui nous fournira peut-être l'explication à la recherche de laquelle nous nous sommes attachés.
2° Les fonctions d'élimination. — Le rein et l'intestin constituent les deux grands émonctoires de l'organisme. C'est leur rôle éliminateur, dans les cas d'intoxication
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intestinale, que nous nous proposons maintenant d’étucer.
a) Le rein. — C'est par l'urine que s’éliminent la presque totalité des substances provenant de la putréfaction intestinale qui ont pénétré dans le sang et qui seules, par conséquent, ont pu agir sur l'organisme. Dans toutes les affections du tube digestif où la toxicité du milieu intestinal se trouve portée à son plus haut degré, où la muqueuse intestinale se manifeste souvent insuffisante, la quantité d'entérotoxines éliminée par l'émonetoire rénél va augmenter dans des proportions considérables. Le rein devient, plus que jamais, la défense essentielle, la principale sauvegarde de l’économie. Toutes les entérotoxines que l'épithelium! intestinal a laisés’ passer en quantités telles que les glandes antitoxiques ne pourraient suffire à les neutraliser, c’est par les urines que l'organisme s'en débarrasse; d'où augmentation considérable, chez ces malades, de Ia toxicité urinaire.
Mais ce passage incessant de grandes quantités de produits toxiques ne pourra longtemps se prolonger sans dommages pour l'épithelium rénal : tout comme les poisons des intoxications exogènes (plomb, mercure, cantharide), de même que les poisons microbiens des maladies infectieuses, ces entérotoxines, plus lentement peut-être; mais de façon tout aussi certaine, finiront par determiner de graves altérations rénales.
CHARRIN, cherchant à réaliser chez des animaux des lésions d'intoxication intestinale chronique, obtint, soit par des injections hypodermiques de produits intestinaux à doses faibles et fréquemment répétées, soit en