CHAPITRE II
ETUDE CLINIQUE DE LINTOXICATION SULFOCARBONEE
Le sulfure de carbone donne lieu dans ses applications industrielles à une intoxication toute spéciale, le sulfocarbonisme, décrit pour ‘la ‘première fois par Delpech dans son remarquable mémoire qu’il a présenté à l’Académie des Sciences en 1856.
On peut admettre deux formes de l’intoxication ‘une aigué, rare dans l’industrie, l’autre fréquente, chronique et progressive, la vraïe intoxication professionnelle qui ne se déclare qu’à la longue. L’une est un accident, l’autre une maladt£e professionnelle.
Les deux formes se développent en raison de la proportion plus ou moins grande des vapeurs inhalées dans un temps donné et de la prédisposition individuelle. La cause prédisposante la plus connue est l’alcoolisme.
Thomassia cherche dans la science des exemples d'intoxication aiguë par le sulfure de carbone. « Je n'ai pu, dit-il, trouver qu’un cas de Davidson concernant un homme qui en avait, absorbé environ 57 grammes. Il eut de la pâleur de la face, de la lenteur du pouls, l’haleine sentant la substance ingérée. On note l’abaissement de la température, des crampes
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musculaires, des douleurs de tête. Mais, les jours suivants les symptômes disparurent, le mal de tête persista seul » (1).
Très fréquent est le cas de l’ouvrier qui est pris au milieu et même dès les premières heures de son travail, de céphalalgie, 4: bourdonnements d’oreilles, de vertiges. Il se dit ivre. « A la sortie de l’atelier, l’ouvrier titulf2 comme l’ivrogrne à la sortie du cabaret, et, selon son caractère, il sera comme ce dernier, gai ou mélancolique, turbulent ou déprimé, agressif ou passif » (2).
T.. dès l’origine de son travail, nous dit Delpech, fut atteint de céphalalgie violente et de vertiges intenses, jamais il n’a jé:rdu connaissance, mais il était comme ivre et se buttait contre tous les obstacles sans avoir déraisonné jamais. D'ailleurs, dit-il, tous les ouvriprs sont comme cela ».
Ces symptômes sont peu graves et disparaissent en peu de temps si l’ouvrier cesse son travail. Si non, ils sont le prélude de l’intoxication chronique, dont la symptomatologie a été étudiée d’une manière complète par Delpech. o uP rbeincrmop ybmmp uu,e« € cation chronique, dont la symptomatologie a été étudiée par Delpech. Pour bien comprendre cette intoxication chronique, il faut comme lui la subdiviser en deux périodes. Unr première période d’excitation, une deuxième de collapsus.
(1) De l’intoxication suraïigüe par le sulfure de carbonne par le D' Arrigo Thomassia. Annuels d’hygiène, 3° série, t. VII.
(2) Marandon de Montyel ; des troubles intellectuels dans l’intoxication par le sulfure de carbone. Annales d'hygiène,
Paris, 1895.
Première période d’excitation.
Les ouvriers ont des éblouisgements, des vertiges allant « jusqu’à la crainte constante d’une chute et Phésitation la plus marquée dans la marche ».. L’exagération de la sensibilité se manifeste par des fourmillements, des élancements, des crampes dans les membres, et principal£ment dans les membres inférieurs. L’appétit est stimulé. Delpech cite un ouvrier qui dépensait 10 francs dans un diner, à manger des portions à 6 sous.
Il existe de l'excitation génitale. Les règles sont exagérées chrz la femme, elle peut avoir de véritables pertes.
Les troubles psychiques sont ébauchés, ils pourront aller jusqu’à la démence. Certains ont une loquacité
extrême et ne peuvent plus s'arrêter de causer « quelques ouvriers chantent des chansons incohértntes, d’autres et cela est assez fréquent sont pris d’un fou rire qu’ils ne yfeuvent faire cesser. D’autres encore pleurent sans raison. Ils sont d’une grands irritabi-
lité ». Ils ont de l’insomnie et des cauchemars.
Deuxième période de collapsus.
Les ouvriers sont devenus des malades. La station debout leur devient difficile « les jambes fléchissent, la marche est lente et traînante, interrompue à chaque instant par le besoin de repos. Delpech nous parle de l’un d’eux qui ne pouvait marcher qu’à quatre pattes (obs. VII. Ils ne peuvent que difficile-
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ment soulever un corps lourd, au bout de peu de temps, vite la main le laisse échapper.
La sensibilité est atteinte et se manifeste surtout par l’anesthésie des membres inférieurs et parfois per une dissociation syringomyélique « plusieurs ouvriers prennent des bains de rivière jusqu’au 2 novembre par une température basse. »
L’anorexie a succédé à l’appétit exagéré. De la diarrhée alterne avec la constipation. Les vomissements le matin à jeun sont fréquents.
La frigidité génitale fait suite à l’excitation. L’amenorhée et la stérilité sont la règle chez la femme. Si elle est enceinte elle nr mène pas à terme sa grossesse.
« Les malades sont trisths, découragés, livrés à une indifférence absolue. Ils sont, disent-ils, comme hébétés. Ils ont des rêves tristes et désolants. » Ils n’ont plus de mémoire. « Is oublient à chaque instant ce qu’ils doivent faire, ils égarent et perdent leurs outils. Les troubles de la vue peuvent aller jusqu’à l’amaurose. La maladie évolue vers la cachexie sulfocarbonée.
Tel est grossièrement le tableau clinique de cette intoxication. Is nous semble utile de faire une étude plus détaillée des accidents nerweux qui constituent d’une manière générale les symptômes essentiels de la maladie sulfocarbonée. Nous empruntons cette étude surtout à M. Raymond et à M. Argetoyano. ,
Le sulfocarbonisme peut engendrer des troubles psychiques, hystériques et névritiques.
1) Troubles psychiques. Ils iraient des troubles
Pie
aigus et passagers comme l'ivresse simple aux troubles chroniques comme la démence. « Le sulfure de carbone aurait la double propriété d’exalter en premier lieu, puis consécutivement d’abolir les activités cérébrales. (1)
2) Troubles hystériques. Le début des accidents est brusque et parfois précédé d’une aura.
Les troubles de la sensibilité peuvent se présenter sous forme d’hémianesthésie avec anesthésie de la cornée et du pharinx. Du côté des organes des sens il faut rechercher le rétrécissement du champ visuel, la diminution de la vision, l’achromatopsie, la dyschromatopsie. On note souvent des sensations de démangeaisons intolérables dans les parties sexuelies, chez l’homme, de la douleur ovarienne chez la femme.
Les troubles de la motilité se manifestent sous forme d’'hémiplégie avec hémispasme glosso labié. N’oublions pas de dire que la céphalgie, l’insomnie, les cauchemars, quelquefois le tremblz:ment coexistent avec les troubles de la snsibilité et ceux de la motilité.
3) Troubles des nerfs périphériques.
La névrite se présente dans la majorité des cas sous forme de paralysie flasque des membres inférieurs où elle atteint aux pieds son maximum. Elle existe mais est plus rare aux membres supérieurs.
La lésion peut être unilatérale, le plus souvent elle est symétrique.
Le début, à l'inverse des troubles de la motilité dus à l’hystérie, est progressif. À la simple faiblesse des
(1) Marandon de Montyel, p. 315, Annales d'hygiène, 1895, 1. 33.