CURE
trop sensible aux injections, en meurt quelquefois. De plus, le sérum de cheval s'obtient d’une limpidité parfaite ; ajoutons qu'il est très peu toxique pour l'homme. On peut arriver à immuniser cet animal en moins de trois mois : il tolère très bien la toxine, puisqu'on peut, d’un seul coup, lui en injecter deux à cinq centimètres cubes sous la peau, sans inconvénients autres qu'un peu d'œdème au point de la piqûre, et une petite fièvre passagère.
On injecte, sous la peau de l’encolure, la solution de toxine additionnée d’un tiers de son volume de la solution iodée, de Gram, ainsi composée :
lode métallique. . . 1 gramme lodure de potassium . 2 — Baudisüliées ter 300 =
Au bout de quatre-vingt-sept jours, M. Roux est arrivé à * introduire, dans la jugulaire de l’animal, jusqu’à 200 centimètres cubes de toxine diphtéritique, sans qu'il en ait été incommodé.
Le sérum recueilli a un pouvoir préservatif supérieur à 50,000 ; c’est-à-dire qu’un cobaye de 500 grammes résiste à l'inoculation d’un demi-centimètre cube dé culture très virulente, si on lui à préalablement injecté (de 12 à 24 heures) une quantité de sérum égale à la 50,000° partie de ce poids. On le conserve dans des flacons stérilisés pendant un certain temps, à la condition pourtant d’adjoindre, à chaque flacon, un morceau de camphre fondu.
D'après M. Eschérich de Iéna, il ÿ aurait, dans le sang des. diphtériques guéris, une substance pouvant immuniser les animaux et même l’homme. Le pouvoir antitoxique n'’existerait que huit à dix jours après la guérison. Le cas du docteur Bonnafoux, de Salindres (1), n’a point vu justifier ce dire.
(4) Nouveau Montpellier médical, novembre 1892, t. IIT, 37° année, n° 47, p. 926.
Nature de la substance dite antitoxine.—La nature de l’antitoxine est bien peu connue. Ses réactions sont analogues à celles dela toxine diphtérique. C'estun albuminoïde d’un groupe voisin de celui des ferments solubles, une toxalbumine à réaction alcaline.
La toxine diphtérique, additionnée in vitro du sérum d'un animal immunisé contre la diphtérie, devient inoffensive ; si on l'injecte alors à un cobaye, celui-ci n’en ressent aucun effet, ni général, ni local ; le poison est neutralisé. En résumé :
1° Ün cobaye, auquel on injecte du sérum antidiphtérique, puis une quantité de toxine qui eût été suffisante pour le tuer, ne succombe pas. l
2 On peut aussi injecter d’abord, la toxine, et, plusieurs heures après, le sérum ; l’animal ne meurt pas.
Deux théories sont mises en avant pour expliquer l’action des sérums immunisateurs ; M. Roux dit : « Nous sommes portés à conclure que les antitoxines agissent sur les cellules. Un sérum préventif contre une toxine met en jeu des actions cellulaires, tout comme le sérum préventif contre un venin vivant. Peut-être même les cellules qui détruisent les micro- Les sont-elles aussi celles qui élaborent les antitoxines? » C’est une théorie toute vitaliste. L'autre, celle de M. O. Heubner, de Berlin, est chimique et beaucoup plus simple ; il admet qu'il s’agit d’une simple neutralisation, et la compare à l'action de l’oxyde de fer hydraté dans l’empoisonnement arsenical.
En somme, on peut conclure des expériences précédentes, que le sérum immunisé est préservatif et euratif de la diphtérie.
Ce sont ces conclusions qui l'ont fait employer comme remède, qui ont fait naître la sérothérapie. Elle sera l'objet du chapitre suivant.