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CHAPITRE I

SÉROTHÉRAPIE

La sérothérapie est un cas particulier de l'hématothérapie. Elle a été appliquée à un certain nombre d’affections ; nous ne citerons que pour mémoire les essais qui ont été faits contre la phtisie avec si peu de succès ; ceux contre le tétanos et le charbon ont été plus heureux, mais n’ont pas donné encore des résultats bien concluants. Nous n'avons, d’ailleurs, à nous occuper ici que de la sérothérapie diphtérique.

M. Aronson avait, dès le commencement de 1893, fait des tentatives d'immunisation et de nombreux essais curatifs chez des enfants, d’abord avec du sérum de chien, puis avec son antitoxine concentrée (1).

Eu avril 1893, M. Behring affirmait, de son côté, que la sérothérapie ne présentait pas de danger chez l'enfant ; il s'appuyait sur une expérience déjà assez vaste du professeur Heubner, de Leipzig, qui, dans les mois précédents, avait employé le sérum dans une soixantaine de cas, chez des petits enfants ; il était arrivé à injecter jusqu'à quatre-vingt-dix centimètres cubes ;‘il est vrai que son sérum n'était pas très actif. Celui - d'aujourd'hui, qui l’ést davantage, ne doit être employé qu'à des doses moindres.

C'est le 1° février 1894, que M. Roux, de l’Institut Pasteur, commence ses premières expériences. Il traite, de cette époque

(4) Lépine. Semaine médicale, 26 décembre 1894.

au 24 juillet de la même année, #48 enfants avec 109 décès, soit : 24,95 p. 0/0 (1).

Pendant les années 1890, 1891, 1892, 1893, 3,971 enfants sont entrés à l'hôpital des Enfants-Malades, au pavillon de la diphtérie ; ils ont fourni 2,029 décès, soit : un pourcentage de 51,71 p. 0/0. Le traitement local avait été le même pour la première série, comme pour la seconde (badigeonnages à la glycérine salicylique , lavages boriqués). La différence entre 51,71 et24,5 p. 0/0, donne le bénéfice procuré par le traite- . ment sérothérapique.

Pendant les mois de février, mars, avril, mai et juin, à l'hôpital Trousseau, entraient 520 enfants, qui ne reçurent pas de sérum ; il en mourut 316, soit : une mortalité de 60 0/0.

Il convient de distinguer, entre les angines et les croups trachéotomisés, qui sont infiniment plus graves (2). A l'hôpital des Enfants-Malades, les angines ont donné, de 1890 à 1893, une mortalité moyenne de 33,94 p. 0/0.

Pendant les mois de traitement de février à juillet 1894, cette mortalité est descendue à 12 p. 0/0, et néanmoins, à l'hôpital Trousseau, durant le même espace de temps, sans l'emploi du sérum, elle restait de 32 p. 0/0. d

Les croups opérés ont eu une mortalité moyenne de 73,19 p. 0/0. Pendantles mois de traitement de février à juillet 1894, la mortalité totale a été de 49 p. 0/0. Dans la même période. à l'hôpital Trousseau, elle était, sans l'emploi du sérum, de 86 p. 0/0.

Le sérum était fourni par des chevaux immunisés ; son activité tait comprise entre 50,000 et 100,000. C'est-à-dire qu'un. cobaye, qui en reçoit un 50,000" de son poids, supporte.

(1) Congrès de Buda-Pesth.

(2) Journal du Praticien, 12 septembre 1894.

42 80 PLUERS -douze heures après, une dose de virus ou de toxine capable de tuer, en moins de trente heures, des cobayes témoins.

Depuis, de nombreuses statistiques ont été données en France.

MM. Sevestre et Meslay donnent celle des vas de diphtérie soigués à l'hôpital Trousseau, du 1° au 25 décembre 1894. Sur 150 enfants reconnus diphtériques, après examen bactériologique, on a observé 135 guérisonset 15 morts — 10 p. 0/0.

MM. Lebreton et Magdeleine, à l'hôpital des Enfants-Malades, relatent qu'il y a eu, sur 258 enfants atteints de diphtérie, 31 décès, soit : une mortalité de 12 p. 0/0.

MM. Moizard et Perregaux (1), sur 331 cas de diphtérie pure ou associée, donnent 34 décès — 14,71 p. 0/0.

M. Dreyfus, de Lyon, donne le nombre de cas traités dans le service de M. Rabot, dont il est l’interne (2). Du 15 octobre 1894 au 21 janvier 1895, 78 cas ont été soignés, avec 40 décès, soit une moyenne de 10,82 p. 0/0.

Il est à remarquer surtout cette particularité, c’est que les œuérisons ont été plus nombreuses au fur et à mesure que le sérum a été plus abondant.

En Allemagne et ailleurs, quel que soit le sérum employé, c'est-à-dire que ce soit celui de Roux ou celui de Behring, les statistiques sont à peu près toutes favorables à ce traitement. Ainsi :

M. W. Kœrte, de Berlin (3), dans sa statistique, mentionne les chiffres suivants : 121 cas ; morts 40, guéris 81 — 66,9 p- 0/0.

Avant la sérothérapie, de juin 1890 au 30 décembre 1895,

(1) Gazette des hôpitaux, T décembre 1894.

(2) Lyon Médical, 13 jaavier 1895.

(3 Berliner Alinische Wochenschrift, n° 46, 12 novembre 1894, p. 1039.

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