LA MORT
Notre-Seigneur, au moment de ressusciter la fille de J'aïre, donne à la mort le nom de sommeil ; expression consolante, bien propre à fonder nos espérances. Après le sommeil vient le réveil, et la mort, qu'est-elle autre chose qu’un plus long sommeil ? — Mais quand on est mort, m'allez-vous dire, on ne parle point, on ne voit ni on n'entend, on ne sent plus rien.
Je réponds : Ni quand on dort non plus..
J'ajoute (la chose vous semble peut-être étrange), j'ajoute : Durant le sommeil, l’âme est comme endormie ; à la mort elle s’éveille. — Vous insistez: ce corps que la mort a frappé se corrompt, il se dissout et devient cendre et poussière. — Qu'en concluez-vous, mon frère ? J’en conclus, moi, que c’est cela même qui doit faire notre joie. Lorsque l’on veut rebâtir une maison que le temps fait tomber en
ruines, on commence par en faire déloger les habitants, ensuite on la démolit pour la reconstruire après, avec plus de magnificence ; et ceux qui en sortent, bien loin de s’en désoler, s’en réjouissent, parce que leur vue ne s'arrête pas à sa destruction actuelle, mais que leur vensée embrasse à l'avance le nouvel édifice qui doit sortir du milieu de ces ruines. C’est 1à la conduite de Dieu. Il commence par abattre
ce corps, d’où il a fait sortir l’âme qui y résidait, pour le reconstruire ensuite sur un dessin beaucoup plus élevé, et le restituer à la compagne qui l'avait habité autrefois, et qui doit être réunie à lui pour jamais. Empruntons une autre similitude.
Si vous voyiez fondre une statue de bronze que la rouille et la vétusté auraient dégradée, mutilée même dans plusieurs de ses parties, mais avec l'intention de la refaire en la perfectionnant, vous ne ceroiriez pas que ce fût la perdre que de la détruire pour un moment, et vous estimeriez, au contraire, qu'elle gagnerait à ce changement qui lui donnerait un nouvel être. De même, à la vue de ce corps frappé par la mort qui le dissout, ne vous en tenez
pas au seul aspect qui saisit vos regards, mais attendez la refonte. Encore cette comparaison elle-même est incomplète.
Ne vous bornez pas à ces simples rapports; car ce statuaire, en renouvelant son ouvrage, ne le fera pas d'un autre métal, ni plus durable que le premier. Mais de ce corps de boue et condamné à la mort, Dieu fera un corps nouveau, pur et immortel ; la terre, qui aura reçu dans son sein cette substance corruptible et périssable, la rendra désormais inaltérable. Ne considérez donc pas seulement ce cadavre, étendu sans mouvement et sans vie; mails, du milieu de ces débris, voyez sortir un homme nouveau, qui s'éveille en sonté, à une existence toute de gloire, à une vie si belle que tous les efforts de l’imagination ne sauraient vous en fournir l’idée.
Que votre esprit se transporte, de l’objet que vous avez sous les yeux, dans un meil leur avenir. Ce mort que vous pleurez, vous ne sauriez, dites-vous, vous consoler du regret de sa perte. Votre désespoir est-il raisonuable ? Quand vous établissez votre fille en la donnant en mariage à un époux qui l’emmène dans une contrée lointaine,
pour l’y faire jouir d’une brillante fortune, vous ne regardez point son absence comme un malheur pour vous; mais votre chagrin se calme bientôt par la pensée du bonheur qui l'attend ailleurs. Or ici, ce n’est pas un homme, votre semblable, qui vous impose cette séparation: c’est le Seigneur qui l’ordonne, le Seigneur qui ne fait que reprendre son propre bien, et qui ne le reprend que pour le transformer et l'enrichir infiniment ; et vous vous abandonneriez à d’inconsolables regrets !
Ab ! efforcez-vous plutôt de faire ici-bas, bien parfaitement la volonté du Seigneur, afin d'aller retrouver dans un monde meilleur, tout ce que vous avez aimé sur la terre ! Dieu et ces âmes vous attendent !