BÉATITUDE DU CORPS
Les corps des bienheureux sont revêtus de quatre qualités qui les mettent au plus haut point d'excellence qu’ils sont capables d’avoir. La première de ces qualités est l'IMMORTALITÉ, qui comprend aussi l’impassibilité, en vertu de quoi ces corps ne peuvent plus ni être blessés, ou fatigués, ni mourir. S'ils passaient par le feu, ils n’en seraient point blessés, et, s'ils passaient par les glaces, le froid n’aurait point d’atteinte sur eux, parce qu'ils sont invulnérables et immortels. La seconde est la CLARTÉ, qui les rend plus brillants que le cristal illuminé des rayons du soleil.
Les justes brilleront comme le sole dans l'éternité (Matth., x11); c’est pourquoi toutes les parties de ces corps paraîtront dans leur propre et vive couleur, d’où résultera un éclat de beauté, qui fera admirer la sagesse du Créateur dans leur composition et leur assortiment. Ils ont encore 'AGILITÉ, qui est la vertu de se transporter avec une vitesse incroyable d’un lieu à un autre fort distant, sans peine et sans lassitude aucune. Ils ont enfin la
SUBTILITÉ, qui les fait passer au travers des corps solides sans obstacle, de même ainsi que le rayon du soleil pénètre le cristal.
L'âme se sentant unis à un corps si beau et si parfait, n’a pas de quoi se plaindre de lui, comme elle fait souvent en cette vie, parce qu’en cet état, il n’embarrasse aucune de ses fonctions spirituelles, ni ses mouvements pour se transporter où elle veut. lle ressent, au contraire, une très grande béatitude, de cette union qui lui cause une joie que les Anges même ne ressentent pas ; le tout, à cause de la lumière de gloire, et des diverses satisfactions de tous ses sens, lesquels y sont rassasiés de leurs plaisirs propres, tous plaisirs trèspurs et très convenables à l’état de la gloire; car les yeux y contemplent les objets les plus admirables, L'HUMANITÉ SACRÉE DE JÉSUS-CHRIST, LA TRÈS- SAINTE VIERGE, TOUS LES SAINTS ET LES SAINTES (par. conséquent les membres de notre famille) et toutes les autres beautés du paradis. L'ouïe y est délectée par le perpétuel concert des Anges, eon-
cert qui célèbre les louanges divines ; c’est pourquoi, si la musique des hommes est quelquefois si charmante, et si la voix d’un rossignol donne tant de plaisir sur la terre, quelles délices ne recevront pas les bienheureux dans le ciel ? L’odorat aura son contentement; car les corps des saints répandront des odeurs plus douces que le lis, à l’imitation de celui de Jésus- Christ, dont saint Denis dit :— Nous sommes persuadés que Jésus, le Prince- Dieu, y répand les plus suaves parfums.
(De Eccles. Hierarc., 1V) — Le goût aura sa satisfaction propre, bien que l'on ne mange ni ne boive dans le ciel, parce que Dieu épanchera dans ces corps bien-heureux quelque substance très-suave, qui les entretiendra toujours dans leur fraîcheur, et dont un goût délicieux reviendra au palais et à la languc et les remplira de douceur. — Le toucher recevra sa satisfaction, tant par l’attouchement du corps céleste que par la douceur et la température de l'air, et par le sentiment de la parfaite complexion du corps. Enfin 1ïl n'y aura rien de contraire aux sens et qui les puisse offenser, A toutes ces choses #i
l'on ajoute la douceur de leur occupation, on comprendra qu’il n’y a et ne saurait y avoir d'état aussi accompli sur la terre ; car les Saints ne seront plus occupés aux labeurs de cette vie pour pourvoir à leurs nécessités, ni aux rigueurs de la pénitence pour expier leurs péchés, ni aux œuvres de miséricorde spirituelle ou temporelle pour assister les nécessiteux. Ce qu'ils auront à faire sera de servir, par des offices très-solennels, le Dieu qui les a remplis de tant de grâces. Cependant ils converseront dans une grande douceur l’un avec l'autre, S'entr'aimant cordialement plus qu’une tendre mère n'aime son fils, et se réjouissant réciproquement de leur bonheur. Ils se transporteront où il leur plaira dans ce séjour de délices, où il n’y aura jamais de nuit et d’obscurité, ni de deuil, ni de cris, ni de larmes; mais où tout sourira à leurs vœux.—Apoc.