‹ Consolations à ceux qui pleurent au Trésor des malades [microforme]Chapitre 24 sur 89 · PENSONS AU CIEL · texte numérisé non relu

PENSONS AU CIEL

Les cloches sonnant à toute volée appel- Jent les tidèles à une solennité sainte. Réjouissous-nous, chrétiens ! L'Eglise notre mère, entr'ouvrant aujourd'hui un coin du voile qui cache Ja céleste Jérusalem, montre à tous ses enfants les saints de tous les temps, de tous les pays, de tous les âges de toutes les conditions. Quelle multitude innombrable ! Quel magnifique cortéce entoure le trône du divin Agneau !

Pourquoi cette solennité joyeuse et ces chants d’allégresse ? Quelle est, dans cette belle fête de la Toussaint, la pensée de l'Eglise ? Étudions un instant. ce qu’elle nous enseigne, en prêtant l'oreille à sa voix maternelle, qui est toujours celle de la miséricorde et de l’amour.

Un grand nombre de saints on leur fête

A CEUX QUI PLEURENT. 89 Ad

spéciale. Mais que d’autres, en bien plus grand nombre encore, sont inconnus, ignorés du monde, et connus de Dieu seul!

L'Eglise a voulu célébrer aussi leur triomphe. Voilà donc qu'aujourd'hui elle coutemple dans le ciel cette grande foule que personne ne pourrait compter, comme dit l’Apôtre bien-aimé, de toutes les nations, tribus, peuples et langues, se tenant devant le trône et en présence de l’Agneau, avec des robes blanches et des palmes dans ls mains , Elle chante l’insigne victoire de chacun de ces élus, et leur paye à tous un juste tribut d'hommage et de vénération.

Sur nous, fidèles, l'Eglise abaisse ensuite ses regards maternels. Elle dit à chacun de nous, dans un amoureux et tendre langage: Voyez, mon fils, ces éclatantes couronnes. Elles sont le prix des efforts de vos compagnons qui vous cnt précédé dans la vie. Beaucoup d’entre eux ont partagé vos travaux, vos prières, vos fatigues ; beaucoup ont vécu dans la même condition que vous-même. Un grand nombre peut-être a vaincu des

1 Apocal., VII.

obstacles bien plus’insurmontables que les vôtres. Ah! courage donc! Pourquoi, mon fils, ne feriez-vous pas ce qu'ont fait ceux-ci et ceux-là ? Compagnon de leurs travaux, ne voulez-vous pas l'être aussi de leur bonheur et de leur gloire ?

Je connais un vénérable religieux qui termiñe toujours son entretien avec ses visiteurs par ce salut gracieux : A/lons, mon enfant, courage, nous irons au Paradis. Tel est aussi le langage que tient l'Eglise à chacun de nous dans cette auguste solennité. Courage, nous dit-elle, voilà le ciel, voilà votre couronne qui vous attend. Encore quelques jours, et nous serons au paradis!

Pensons au ciel. Eh quoi! devrait-il être si nécessaire qu’un jour dans l’année la voix de notre mère nous fit cette douce et aimable invitation? Tous les jours de notre vie ne devraient-ils pas s’écouler dans la pensée presque constante de ce fortuné séjour qui sera notre héritage ?

Qu'a donc de triste cette pensée ?... Le pauvre exilé‘qui rêve de sa patrie absente où il doit revenir un jour, chante pour s’égayer, des airs de son pays; il célèbre

le bonheur du retour, les joies du foyer paternel. Irez-vous donc lui dire : “ Mon ami, ces airs sont tristes, chantez plutôt les charmes de cette demeure étrangère...” Ah! le pauvre exilé ne vous comprendra pas, il poursuivre le chant de sa montagne, et, s’il semble s’attrister, et pleurer, ce sont des larmes d’attendrissement et de joie qu’il versera. On a vu de jeunes soldats au service étranger, en écoutant un Ranz des vaches ou quelques chansons de leur pays lointain, tomber presque en défaillance, dans l'excès de leur joie, comme une heureuse mère qui, après des années d'absence, retrouve dans ses bras son bienaimé fils.

Pensons au ciel, et, comme disait saint Bernard, s2 le travail nous efraye, que la récompense nous anime !., Mais les enfants du siècle, l’œil toujours tourné vers la terre, ne veulent point y penser. Comme ces esclaves infortunés que Rome payenne condamnait aux mines, et qui, loin du s0leil, cachés dans les entrailles de ta terre, arrachaient l’or enfoui dans son sein, la

1 Si labor terret, merces invitet.

papers des hommer:, se condamnant voontairement à un labeur analogue, voicnt s’écouler leurs pénibles et sombres jours loin du brillant soleil de l'espérance. Et ir elle est belle, cette espérance ; et ‘un des plus étranges mystères de la vie humaine est cette insouciance inouie qui la dédaigne. Quoi donc! autant qu'il pis être donné à une créature, posséder a plénitude de l'être, de la connaissance, de l’amour, contempler d’une claire vue l'essence divine, être inondé des torrents des plus pures délices, être heureux du bonheur de Dieu même, et jouir éternellement de ce bonheur sans mesure, dans la belle compagnie de Marie, des Anges et des Saints, ô chrétiens, quel avenir ! quelle espérance ! Comment notre âme si avide, si haletante, si insatiable, peut-elle ne point sentir le prix d’une si merveilleuse félicité |

Pensons au ciel. Non, cette pensée, encore une fois, ne saurait nous attrister, C’est l’arc radieux du firmament qui réjouit la vue après l'orage ; c’est la source limpide qui désaltère le pèlerin dans un aride désert ; c’est le rayon de miel qui

nourrit le voyageur épuisé de fatigue. Le ciel! maïs savez-yous que c’est la patrie des amis de Dieu, où ce Dieu libéral, magnifique, a déployé tous les trésors de sa puissance et de son amour ? Dans combien d'œuvres ne brillent pas sa grandeur et sa magnificencel ‘out l'univers est rempli de ses merveilles Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament annonce ses œuvres !, Sur la terre, sa main a répandu d'innombrables trésors, tous appropriés au service de l’homme.

Et cependant la terre est un lieu d’exil et la prison de l’homme prévaricateur ; le ciel est la véritable patrie promise à l’espérance du juste. Le ciel est le royaume des anges et des élus, ie trône même d’un Dieu. C’est là seulement que Dieu est magnifique ?, comme dit l’Ecriture... O mon Dieu ! s’écriait dans son ravissement le prophète royal, 7e serai rassasié quand votre gloire m'apparaîtra.

Pensons au ciel, et contemplons le bonheur qui nous y attend. Ah! sans doute,

1 Ps. xvui.

2 Ibi solummodo magnifleus.

nous ne pouvons avoir ici-bas qu’une idée très-imparfaite de ce bonheur futur. Mais cependant nous l'entrevoyons assez dans l'infirmité de notre nature, pour apprécier sa valeur infinie. Nous concevons trèsclairement que l’homme, possédant trois facultés éminentes, celles de connaître, d'aimer et d'agir, ces facultés sont perfectibles à un degré indéfini, et que de leur perfection doit jaillir pour l'âme, dans le ciel, une source incommensurable de félicité. ‘* Si la souveraine bonté s’est plue, à parer sirichement la première demeure de l'homme, dit le savant et religieux Charles Bonnet, si elle y a répandu d'aussi grandes beautés, prodigué tant de douceurs, accumulé tant de biens; si toutes les parties de la nature conspirent ici-bas à fournir à l’homme des sources intarissables de plaisir ; que dis-je ? si. cette bonté ineffable enveloppe et serre l’homme de toutes parts ici-bas, quel ne sera point le bonheur dont elle le comblera dans la Jérusalem d'en haut ! quelles ne seront point les beautés, la richesse et la variété du magnifique spectacle qui s’offrira à ses regards, dans la maison de Dieu, où l'Etre existant par

sor donne aux hiérarchies célestes les sivnes les plus augustes de sa présence adoruble |

‘ Ce sera dans ces demeures éternelles, au sein de la lumière de la perfection et du bonheur, que nous lirons l'histoire générale et particulière de la Providence.

Initiés alors, jusqu'à un certain point, dans les mystères profonds de son gouvernement, de ses lois, de scs dispensations, nous verrons avec admiration les raisons secrètes de tant d'événements généraux et particullers, qui nous étonnent, nous confondent, et nous jettent dans des doutes que la philosophie ne dissipe pas toujours, mais sur lesquels la religion nous rassure toujours. Nous méditerons sans cesse ce grand livre des destinées du monde. Nous n’y découvrirons point sans surprise les differentes révolutions que ce petit globe a subies avant de revêtir sa forme actuelle, et nous y suivrons de l'œil celles qu'il est appelé à subir dans la durée des siècles. Mais ce qüi épuisera notre admiration et notre reconnaissance, ce seront les merveilles de cette grande Æédemption qui renferme

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encore tant de choses au-dessus de notre faible portée, qui ont été l'objet de l’esacte recherche et de la profonde méditation des prophètes, et dans lesquelles les anges désirent de voir jusqu’au foné. Un mot de cette page nous retracera aussi notre propre histoire, et nous développera le Pourquoi et le comment de ces calamités, de ces épreuves, de ces privations, qui exercent souvent ici-bas la patience du juste, épurent son âme, rehaussent ses vertus, ébranlent et terrassent les faibles.

Parvenus à ce degré si supérieur de connaissances, l’origine du mal physique et du mal moral ne nous embarrassera plus ; nous les envisagerons distinctement dans leur source et dans leurs effets les plus éloignés; et nous reconnaîtrons avec évidence que tout ce que Dieu avait fait était bon.

Nous n’observons sur la terre que des effets ; nous ne les observons même que d'une manière très- superficielle ; toutes les causes nous sont voilées: alors nous verrons les effets dans leurs causes, les conséquences dans leurs principes etc.

Présentement nous ne voyons Jes choses que, confusément et comme au travers

d’un verre obscur; maïs alors nous verrons face à face, et nous connaîtrons, en quelque sorte, comme nous avons été connus. Enfin, parce que nous aurons des connaissances incomparablement plus complètes et plus distinctes de l'ouvrage, nous en acquerrons aussi de beaucoup plus profondes des perfections de l’ouvrier.

Et combien cette science la plus sublime, la plus vaste, la plus désirable de toutes, ou plutôt, la seule science, se perfectionnera-t-elle sans cesse par un commerce plus intime avec la source éternelle de toute perfection ! Je n’exprime point assez, je ne fais que bégayer ; les termes me manquent ; je voudrais emprunter la langue des anges : s’il était possible qu’une intelligence finie épuisât jamais l'univers, elle puiserait encore d’éternité en éternité dans la contemplation de son Auteur, de nouveaux trésors de vérités, et, après mille myriades de siècles consumés dans cette méditation, elle n'aurait qu'effleuré cette science, dont la plus élevée des intelligences ne possède peut-être que les premiers rudiments 1,”

1 Ch. Bonnet, Palingénésie philosophique, pe XxI!,

Ilya, dans les Confessions de saint Augustin, une scène touchante, solennelle, qui pourrait fournir à l'artiste chrétien ‘le sujet d'un gracieux et sublime tibleau.

Nous laisserons parler le fils de Monique :

‘ Peu de jours avant sa mort. il arriva qu'à Ostie, où nous étions en repos, hors du tumulte du monde, après les fatigues d’un grand voyage,n’ayant qu'à nous préparer à nous embarquer, nous nous trouvômes seules, elle et moi, appuyés sur une fenêtre qui regardait sur le jardin de la maison où nous étions logés, nous entretenant tous deux avec une merveilleuse douceur, et portant toutes nos pensées et affections vers ce -qui était devant nous, dans un entier oubli de tout ce que nous avions laissé derrière.

‘ Nous cherchions donc entre nous, à la faveur des lumières de la vérité éternelle... ce que sera cette vie bienheureuse

ui doit être le partage des saints durant toute l'éternité. Nous savions bien que c'est ce que l'œil n’a point vu, ce que l’oreille n’a point entendu, et ce que le cœur de l'homme n’a point senti ; mais nous ne laiesions pas de présenter encore la bouche

de notre cœur au courant des eaux célestes de la fontaine de vie qui sc trouve en vous, Ô mon Dieu, afin qu'en étant abreuvés, autant que notre capacité le comportait, nous pussions porter nos pensées assez haut pour comprendre en quel-

que sorte une chose si élevée...

‘4, Dans le temps que nous parlions de cette vie, qui n'est autre que la sagesse éternelle, et que le mouvement de nos affections nous portait tout entiers vers elle, un soudain transport de nos cœurs nous fit arriver jusqu’au point de l’entrevoir et de la goûter en quelque sorte ; et la vue de ce grand objet nous fit soupirer d'amour et de douleur de n'être pas encore en état d’en jouir pleinement...

‘,,. Vous savez, Ô mon Dieu, que ce même jour, pendant que nous parlions de la sorte, et que ce que nous disions nous donnait plus de mépris que jamais pour le monde et pour tous ses plaisirs, elle me dit: ‘“ Pour moi, mon fils, je ne vois plus ‘‘ rien dans la vie dont je puisse être tou- ‘€ chée: qu'y ferais-je davantage ? et pour-

‘ quoi y suis-je désormais qu’il ne me “ réste plus rien à désirer? La seule “ chose qui me faisait souhaiter de vivre, c'était l'envie que j'avais de vous voir “ chrétien et enfant de l'Eglise catholique, avant de mourir. Dieu a rempli sur “ ce point mes désirs, et avec surabon- ‘“ dance, puisque je vous vois même en- ‘ tièrement dévoué à son service, et mé- “ prisant pour l'amour de lui tout ce que ‘ vous auriez pu prétendre d’heureux et 4 d’agréable dans le monde. Que fais-je ‘ donc ici davantage ?”?

À quelques jours de là, Dieu avait exaucé le vœu de lheureuse mère d’Augustin, et clle contemplait face à face cette Sagesse éternelle dont elle venait avec son fils d’entrevoir quelques faibles rayons, Si, comme la picuse Monique, nous ne pouvons dire enccre: Que fais-je ici davantage ? et soupirer après la fin de notre course, du moins contemplons quelquefois, comme elle, les trésors de l’éternelle Sagesse ; pensons au ciel pour apprécier à leur juste valeur les biens, les plai. sirs de la terre et pour reprendre force et

courage, afin de conquérir la riche couronne qui nous y attend.

M. DE MonTRonD, Mes paillettes d'or.

LETTRE DE Sr. LÉGER A S8re. SIGRADE SA MÈRE.

(Extrait de l'Histoire de l'Eglise de France.)

Pendant que le cruel Ébroin, Ministre du Roi en 700 persécutait St. Léger, Kvé.

que d’Audun. Ste. Sigrade, mère de ce saint, vivait encore et elle avait part à ses souffrances. Ebroïin, qui persécutait toute cette famille ayant confisqué les biens de cette dame, lui ordonna pour mieux s’arsurer d'elle, de se retirer au monastère qu'il avait fondé a Soissons. Sigrade embrassa la vie religieuse avec une ferveur qui lui laissa moins sentir ses disgrâces que celles de ses enfants.

St. Léger lui écrivit une fort belle lettre pour la consoler, ou plutôt il la lui fit écrire par quelqu’un à qui il la dicta.

Après lui avoir montré les avantages des

souffrances par l’autorité des Stes Ecritures, il lui parle de ceux de la vie Religieuse.

Nulle langue, lui dit-il, ne peut exprimer la joie que vous devez ressentir dans le Seigneur : vous avez quitté ce qu’il fallait abandonner. le Seigneur a exaucé vos prières, il a vu les larmes que vous avez répandues en abondance en sa présence. Îl vous a retranché ce qui paraissait vous retarder dans la voie du salut, afin que, dégagée des liens qui vous attachaient au monde, vous viviez pour Dieu et que vous goûtiez combien le Seigneur est doux.. O heureuse mort, qui donne la vie !

heureuse perte des biens qui mérite des richesses éternelles ! heureuse tristesse qui procure la joie des anges! Vous avez déjà éprouvé les miséricordes du Seigneur. Il vous à inspiré le mépris du monde pour vous faire pratiquer les observances d'une sainte règle. Il a délivré vos enfants des misères du siècle et leur a donné l’espérance d’une vie éternelle : au lieu que vous auriez dû les pleurer comme morts si en mouyrapt yous les eussiez laissé sur la terre.

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