CHAPITRE II LES AGONISANTS
Beati mortui qui in Domino moriuntur.
Heureux ceux qui meurent dans le Seigneur.
(Apoc., XIV, 13.)
Nous avons donné une instruction et des règles pratiques, pour la manière de se conduire dans la maladie, auprès de ceux qui commencent à mourir. Aujourd’hui nous parlons de ceux qui jinissent, ou qui se meurent; de ceux qui luttent dans ce moment suprême ct sont sur le seuil de l'éternité, des agonisants en un mot ; et ce mot dit tout : v’est la lutte dernière, le combat décisif... Ah! ce monde est un champ de bataille immense! et quand on pense que tous les jours, il y en a plus de quatre-vingt mille qui tombent frappés par la Mort; plus de trois mille par heure qui succombent dans le combat, qui ne serait touché de compassion ? mais surtout qui
pourrait s'empêcher de pleurer, en considérant cette grande armée, et en songeant que parmi toutes ces victimes, il n’y a pas beaucoup de bonnes morts !.….
Le but de cette leçon est d’a rendre :
10 Comment on peut aider de luin ceux qui mourent.
20 Comment on doit les aider de près.
Sujet important pour le salut de beaucoup d'âmes.
I. Et d’abord comment pouvons-nous venir en aide à ceux qui meurent loin de nous ? Il y en a tant, et on n’y pense pas.
J'ai vu dans notre ville des personnes mourant dans les plus horribles angoisses :
et, dans la même maison, à côté ou audessous du malade, le dirai-je? on dansait !.. Les gémissements de la douleur, les plaintes de l’agonie, le râle de la mort, se mélaient au son des instruments, au bruit cadencé d’un galop infernal: Au moins, dans un pays de foi comme le nôtre, pourrait-on supposer que de pareilles choses puissent arriver.
Il existe dans certains pays, de pieuses confréries instituées en faveur des pauvres
A CEUX QUI PLEURENT. It
agonisants, et à toute heure du jour et de la nuit, des frères désignés prient au pied des autels, et passent des heures entières dans ces veilles saintes, demandant à Dieu la victoire pour ceux de leurs frères qui au moment de la mort ont à lutter contre l’enfer. Il existe aussi dans cette paroisse une pieuse confrérie dite de la Bonne Mort ; et d’après les règles de cette association, toutes les fois qu’un associé touche à ses derniers moments, les confrères sont invités à se rendre, au son de la cloche qui sonne lentement le glas de la mort, à la chapelle de la confrérie, qui est celle du Sacré Cœur à l’église paroissiale, pour réciter avec le Directeur les prières des agonisants, Qui empêche qu’on ne fasse au moins quelques courtes prières toutes les fois qu’on entend sonner un glas ? ce qu’on aura fait pour les autres, Dieu permettra qu'il le soit fait pour nous.
Mais enfin, pour rendre cette leçon encore plus pratique, et vous apprendre à porter à ces âmes un secours.plus efficace, voici ce que je vous conseillerais: tous les ans, ct dans les premiers jours de janvier, une communion fervente pour tous ceux qui
12 CUNSOLATIONS
doivent mourir dans le cours de l’année :
tous les mois, entendre la sainte Messe avec piété, pour ceux qui doivent mourir pendant ce mois : chaque semaine, réciter, à la même intention, les prières sublimes des agonisants...et chaque jour enfin, le soir, avant d'aller prendre votre repos, dire un Ave Maria pour ceux qui doivent mourir cette nuit, et je vous promets que votre charité sera bénie et que vous aurez plus d’un Ange pour vous protéger, à l'heure de votre mort.
IT. Comment nous devons aider les agonisants, qui meurent près de nous.
Ce sont des parents, des amis ; il faut les aimer jusqu’à la fin, leur être fidèles pour l'éternité: 1° Quid vitandum, éviter cette fausse tendresse, et ces craintes exagérées qui prétendent. éloigner toute pensée de péril et de sacrifice: ne serait-ce pas une cruauté, si on allait jusqu’à priver ces chères âmes des grands secours de la religion, comme on le dira dans la leçon prochaine. — Eviter ces témoigniges trop empressés, trop souvent réitérés, d'un amour tendre, maïs sensible, qui peuvent troubler une âme si près de Dieu, et qui
LA
la distrayent de ce qui seul doit l'occuper.
Faites-lui plutôt baiser la croix ou l’image de Marie.— Eviter aussi ces éloges imprudents qui l’exposent à bien des tentations d'orgueil.. Ah ! malheureux ! vous parlez de ses bonnes œuvres, de ses vertus!
Je vous en prie, taisez-vous, déjà le démon lui en avait parlé aussi, pour la perdre; vous allez entrer dans les vues perfides de ce cruel ennemi : rappelez plutôt à cette Âme le souvenir des miséricordes divines qui la console, et l’espérance de la croix qui la fortiñe.— Évitez surtout, en ce moment, les plaintes, les cris, les larmes même, si vous pouvez; ne fatiguez pas non plus ce cher malade, en vous entretenant près de lui d’affaires d'intérêts, et de mille autres choses qui ne conviennent pas à sa position.
2° Quid agendum. Je suppose que sans doute les grands secours de la religion ont été donnés à temps; autrement vite, vite un prêtre! et préparez doucement le malade à cette visite qui doit lui faire tant de bien. Mais après l’extrême-onction, et à l'heure de l’agonie, tâches qu'il y ait encore, et jusqu'à la fin, autant que pos-
sible ou une sœur de charité ou quelque personne de piété bien connue. La présence de ces personnes, leurs prières, leurs paroles, encouragent, fortifient, consolent.
Si vous ne pouvez avoir ce bonheur, vous y suppléerez en priant vous-même, en répétant de temps en temps quelques douces paroles des saintes Ecritures, qui portent à des sentiments d'humilité, de contrition, de soumission, de confiance, d'amour. De temps en temps, dites et faites prononcer au malade les noms de Jésus, Marie, Joseph; faites-lui baiser la croix, tâchez de lui faire faire le signe de la croix, même avec de l’eau bénite... Il y a des grâces spéciales et des indulgences attachées à ces pieuses pratiques. On peut répéter aussi les belles prières de l’agonie, mais à voix basse, pour ne pas fatiguer le malade, qui quelquefois voudrait encore répondre, ce qui pourrait le fatiguer beaucoup.
Enfin, il faut autant que possible prier tant que dure cette lutte, prier jusqu’à la fin pour assurer la victoire, et unir cette âme à Jésus-Christ dans ses souffrances, dans son agonie, dans sa mort.