‹ Consolations à ceux qui pleurent au Trésor des malades [microforme]Chapitre 9 sur 89 · LES DERNIERS SACREMENTS · texte numérisé non relu

LES DERNIERS SACREMENTS

Ego sum panis vitae.

Je suis le pain de la vie.

(Joan., vt, 18.)

J'aborde aujourd’hui le sujet le plus grave, le plus sérieux qui puisse se trouver dans ce livre. C’est la leçon la plus importante, la plus nécessaire, et certainement, c’est celle qui touche le plus directement à la gloire de Dieu, et au salut des âmes. Il s’agit des derniers sacrements, qui donnent la force et la consolation aux mourants; qui assurent la vie, même à l'heure de la mort. Ægo sum panis vitae. Le croirait-on ? on voit encore dans un pays aussi catholique et aussi chrétien que le nôtre, des personnes assez mal avisées pour oser s’imaginer qu'il y a à craindre d’effrayer le malade en lui parlant de la nécessité d'appeler un prêtre. Comme

si la vue d’un prêtre annonçait nécessairement ou pouvait donner la mort |

10 Je dis qu'il y a tont à espérer pour le salut de ceux qui reçoivent à temps ces sacrements augustes du Saint-Viatique et de l’Extrême-Onction ;

20 Qu'il y aurait tout à craindre pour ceux qui ne les reçoivent pas, où qui les recevraient trop tard. En deux mots, ces sacrements divins sont la grande consolation des mourants aussi bien que de ceux qui les assistent.

I. Ceux qui les reçoivent à temps et dans de bonnes dispositions arriveront certainement à lavie: ils mourront dans la paix et dans l’amour. Cette grâce leur est assurée :' 10 par une bonne confession, faite avec plus de lumière, de sincérité et de douleur... Il n’y a plus alors d'illusion possible ; il n’y plus de liens qui retiennent l’âme dans le péché; tout se brise: on sent Dieu si près de soi!...Une première absolution est pleine de douceur, mais la dernière a plus de consolations encore, et le cœur respire bien plus librement et dans la paix. 20 Mais c’est surtout la force, fruit de l’onctien sainte, et l'amour, fruit de la

communion en viatique, qui assureront le bonheur de cette âme fidèle. Ainsi fortifiée pour le dernier combat, elle pourra défier tout l'enfer; ct son espérance, exaltée par la visite et par la possession de Jésus son Sauveur, lui fera trouver dans la joie un avant-goût du ciel: elle aime trop pour craindre. encore celui qui l'attend et qui l'appelle, son Sauveur Jésus! c'est le même Dicu qui vient de se donner à elle et qui vit dans son cœur. Oh! courage et confiance, enfant de Dieu, bon et fidèle serviteur ! voussouffiez, mais tout doit vous rassurer ct vous consoler: les prières de l'Eglise, si touchantes en ce moment ; la parole du prêtre, le père de votre âme ; et la vue de la croix... Ce calme heureux, cette joie douce de l'âme, opèrent le plus souvent une puissante réaction, qui rend la santé et la vie; nous en avons une foule d’exemples. Ou, si le jour est venu, si la dernière heure est sonnée, vous quitterez la terre sans regrets, vous vous endormirez doucement dans la paix de Dieu, et vous montecrez au ciel, en souriant à vos amis et à vos frères, consolés par ce spectacle de la mort du juste,

II. Mais si on ne recevait pas à temps ces secours puissants de la religion, quel danger pour ceux qui meurent, et quelle responsabilité pour ceux qui restent, et qui les pleurent! Et en effet, si un prêtre n’était pas appelé ce ne pourrai:

être, si c'était par la faute du malade, que pour cause d’incrédulité, d’indifférence ete., ou de respect humain ou bien d’une négligence coupable, ou seulement enfin de l'ignorance dans laquelle il serait de tn état. Ne parlons pas des incrédules, des indifférents, ni de ces lâches et insensés esclaves, indignes soldats de Jésus-Christ. (Ce ne serait jamais pour nos frères que par négligence, ou parce qu'ils ne se croiraient pas en danger... Et disons tout de suite que cette faute là même devrait retomber moins sur eux, que sur leurs parents et amis, qui, par une fausse et imprudente tendresse, auraient craint de les avertir et de les préparer à cette dernière grâce. Or c'est précisément contre cette fausse tendresse et cette imprudente sagesse du monde, que je veux m'élever ici de toute la force de mon âme. Oui, il y a des parents qui ne savent pas aimer

leurs enfants. il y a des enfants qui ne savent pas aimer leur père, leur mère.

Ils ont vite appelé un médecin pour la vie du temps, pour la santé du corps, et nonseulement, ils n’ont pas encore songé à faire ver# un prêtre pour l’âme et la vie de l'éternité, mais ils font tout ce qu'ils peuvent pour tromper ces pauvres malades.

Ils répètent sans cesse, comme le serpent à nos premiers parents: Nequaquèm mortemini (Gen., I11, 4)... ce n’est rien, il n'y à pas de danger, dans quelques jours ce sera passé... sans doute, on doit parler avec précaution aux malades, ne pas les effrayer, mais les tromper ainsi, serait la dernière cruauté. On dit bien qu'on ne veut pas les laisser mourir sans sacrements, qu'on aura recours au prêtre plus tard... mais, hélas ! souvent ce sera trop tard ; le mourant ne saura plus même reconnaître le prêtre... il n’entendra plus rien : il ne saura plus ce qu'on lui dit, ni ceqü’il fait...Et le prêtre désolé ne saura pas où va cette âme infortunée : il consolera, comme il pourra, ceux qui pleurent, il leur dira que le mourant à baisé la Croix...qu'il a versé des larmes. Mais

quelle différence, quand un mourant a reçu toutes les grâces du saint Viatique, et qu'il a été vraiment muni des sacrements de l'Eglise !.…

Nous terminerons cette lecon en invitant tous les fidèles à méditer sur ce sujet, à se faire la mutuelle promesse de s’avertir en cas de maladie, de veiller, de prévenir, afin que tous reçoivent avec foi ces grâces suprêmes ; qu'ils imitent la ferveur cet l'amour d’un pieux chrétien qui, au jour où il devait recevoir ce grand sacrement de la vie, ordonna à ses petits-enfants d'aller cueillir toutes les fleurs de son parterre, et de les jeter partout où le prêtre allait passer, et jusque sur les escaliers, et autour de son lit de mort. C’est la Fête- Dieu, disait-il en souriant ; mes enfants, Dieu va venir..…, allez chercher des fleurs, jetez-en partout! des fleurs! des fleurs !

et quelques heures après cette douce fête, il mourait dans la paix du Seigneur, au milieu de ces fleurs bénies et de ces petits anges |

Page 1