THAÏS
nant avec la flûte, déroule amoureusement p. 17, m. 1 et suiv. Cette phrase est pleine d’une joliesse langoureuse, mais elle conviendrait mieux à une cocotte de nos jours qu’à une grande courtisane de l'antiquité.
Au point de vue vocal, à part les conseils du vieillard Palémon, les aveux d’Atlianaël : Hclas ! enfant encore //..., et son élan d’enthousiasme : Dans l’azur, je vois, penchés vers elle.. . qui, par suite de l’indigence mélodique de l’œuvre, prennent un certain relief, il n’y a rien à citer. Quant à la Vision, c’est une jolie page d’orchestre, traitée avec cette dextérité de maître-ouvrier en laquelle Monsieur Massenet est sans rival.
Le prélude du second acte a la prétention de décrire les charmes d Alexandrie. En réalité, ce fragment symphonique, où passent certaines réminiscences du Vaisseau Fantôme et de la Walktjrie, n’a aucune puissance évocatrice.
Ce tableau se déroule sur la terrasse de la maison de Nicias, jeune débauché, amant de Thaïs et ancien ami d’Athanaël. Celui -ci, en attendant Nicias qu’il a fait demander, maudit la cité de luxure, dans un air dont le début n’est que médiocre, mais dont toute la péroraison est franchement mauvaise.
Nicias entre, suivi de deux belles esclaves. Il a quelque peine à reconnaître sous son costume malpropre l’élégant Athanaël d'autrefois et il le raille de vouloir tenter la conversion de Thaïs. Pourtant, il consent à le mettre en présence de celle-ci, mais auparavant il exige qu’il revête d’autres vêtements. Alors les deux jolies filles, tout en faisant mille agaceries au moine, l'habillent et le parfument. Toute cette scène est lestement traitée. Elle frise souvent l’opérette, mais elle vaut infiniment mieux que les pages qui suivent. Signalons, p. 38, m. 10, le motif de Nicias, sans intérêt d’ailleurs. Thaïs fait son entrée sur une musique dont la vulgarité ne détonnerait pas dans un cirque. Les quelques phrases qu’elle échange avec Nicias, sont, par contre, vraiment charmantes, d’une grâce légère et et efféminée bien personnelle à Monsieur Massenet. Thaïs reste sourde aux objurgations du moine et le défie de jamais l’arracher aux plaisirs. Le 12/8 chanté par la courtisane et repris ensuite en ensemble est une des choses les plus lamentables qui soient sorties de la plume de l’auteur de Saphoe t de la Navarraise.
Entre le premier acte et le second existait, autrefois, un entr’acte impor tant où Monsieur Massenet se retrouvait. C’était un de ces morceaux érotiques où, jadis, excella le musicien. Le thème de. Thaïs y revenait fort bien traité. Il y avait aussi, autant que je m’en souviens, un 5/4 assez joli. Dans la nouvelle édition l’auteur a supprimé ce passage. Il est pénible de constater que lorsque Monsieur Massenet s’avise de retoucher ses ouvrages, ce sont toujours les bonnes choses qu’il supprime. Il y a là un symptôme inquiétant.
Nous voici, maintenant, chez Thaïs qui se contemple, rêveuse, en son miroir. L'Andante : Dis moi que je suis belle , d’une banalité extrême, est conçu dans une formule dont l’auteur nous a rabattu les oreilles à satiété. On y sent l’unique préoccupation de faire briller la chanteuse et de lui donner 1 occasion de lancer fortissimo , si elle en est capable, un contre-ré. La scène ou Athanaël s’efforce de convertir Thaïs est complètement ratée. Les paroles du moine manquent d’éloquence et de conviction vraie. On comprend fort bien que Thaïs repousse un aussi piètre prédicateur.
Pourtant Thaïs se convertit... pendant l’entr’acte. Pour exprimer la lutte qui se passe dans l’âme de la courtisane au moment où la grâce va la toucher et en faire une sainte, pour rendre ce cataclysme moral qui va transformer une fille perdue en une humble servante du Christ, Monsieur Massenet n’a trouvé que le solo de violon connu sous le nom de Méditation religieuse . En réalité ce morceau n’a rien de religieux. C’est une mélodie d’inspiration agréable et lascive, d’une élégance raffinée et dont les effets faciles de sourdines et de sons harmoniques se déroulant sur de longues traînées de harpe, sont tout à fait appropriés, d’ailleurs, à la loi des jolies habituées de la messe de une heure à la Madeleine, grandes dames et demi-mondaines qui vont à l’église comme elles vont au Théâtre ou aux Courses, mais qui se fichent, au fond, de Dieu comme du premier bonnet qu’elles ont jeté par dessus les moulins. Cette Méditation est vite devenue populairccommemorceau de mariage... ou d enterrement. Elle peut servir indifféremment, en effet, aux deux cérémonies.
Les prêtres qui supportent qu’on joue, dans leur église, ce fragment dont la mièvrerie musquée fait songer à ces musiques stigmatisées par Huysmans du nom de « musique à l’eau de bidet » ont une drôle d’idée de leurs devoirs.
Il est, d ailleurs, un fait digne de remarque : c’est le mauvais goût des trois quarts des prêtres catholiques, en fait de musique religieuse. J’ai connu un curé d’une paroisse de grande ville qui bâillait devant les plus belles inspirations de Palestrina, de Vittoria et des autres maîtres remis en honneur par les Chanteurs de Saint-Geroais . Par contre, avec une inconscience rare, il faisait exécuter dans son église des fragments profanes devant lesquels il se pâmait, tels le Clair de de lune de Werther ou la Méditation de Thaïs !
Le tableau suivant se passe dans la rue, devant la maison de Thaïs. Celleci, touchée de la Grâce vient retrouver Athanaël et se déclare prête à le suivre. Le moine, avant de partir, veut brûler le logis impur de la courtisane et il y rentre avec elle. Surviennent Nicias, des jeunes gens et des danseuses. Ballet. L’incendie éclate dans la maison. Athanaël et la jeune femme s’enfuient sous les malédictions de tous. Deux choses, où passe un reflet, pâle il est vrai, du Massenet d’autrefois, sont à signaler dans ces