‹ Consonnances et dissonancesChapitre 14 sur 60 · SAPHO · texte numérisé non relu

SAPHO

triviaux, elle donne congé à son amant. Fanny se retourne alors contre Caoudal et ses amis. Elle leur reproche la lâcheté de leur conduite : l’amour de Jean avait transformé sa vie ; ils viennent de briser son bonheur. Furieuse, elle leur jette de haineuses paroles. Le rideau tombe sur le mot de canailles ! qu elle leur crache au visage. Nous sommes, cette fois, en plein drame vrai et humain, mais celui-ci vit par lui-même. La musique, qui continue à demeurer pâle, inexpressive, sans chaleur réelle et par conséquent communicative, n’y ajoute rien.

Le quatrième acte se déroule au Castelet, le mas que les Gaussin possè dentdansla campagne d’Avignon Jean s’est réfugié dans sa famille, mais le souvenir de Fanny le poursuit sans cesse. Au lever du rideau on entend, dans le lointain, les airs des joueurs de flûtes et des tambourinaires, ainsi que des voix d’hommes et de femmes qui chantent encore la chanson de Maçjali . Mme Gaussin s’approche de Jean, tout rêveur, et l’interroge tendrement. Qu’a-t-il ? pourquoi est-il revenu ? Elle devine qu’il y a une femme dans son existence. Le jeune homme hésite à répondre, puis il se décide à tout avouer. Mais il a rompu ; sa mère peut être tranquille. La plus grande partie de cette scène se déroule sur un dessin d’orchestre assez intéressant ; il paraît pour la première fois p. 171. m. 7 et suivantes; quant à la ligne vocale elle n’olïre pas le moindre passage digne d’attention. L’ensemble qui termine le duo est, notamment, d’une pauvreté extrême.

Mmo Gaussin une fois partie, c’est maintenant la cousine Irène qui vient prodiguer à Jean ses consolations en un petit air d’une naïveté faclice et d’un style déplorable. Mais voici M. Gaussin qui accourt, tout ému. Il congédie Irène et annonce à Jean que Fanny est là qui le demande. Dans la vie réelle, le père n’aurait rien dit et aurait flanqué à la porte la fille qui osait venir chercher son amant sous le toit paternel. Comme nous sommes loin du roman de Daudet !

Jean promet à son père d’être fort et il reste seul en présence de Fanny. Elle lui demande pardon d’être venue, mais elle ne pouvait plus vivre sans lui. Le jeune homme se laisse peu à peu reprendre par les souvenirs qu’évoque tendrement la charmeuse. Page 185, m. 4 et suivantes,

1 orchestre ramène la phrase : Et le dimanche nous irions..,. Certains, fragments des phrases à la Delmet, chantées au 2e acte par Fanny, reparaissent aussi à la voix, p. 185, 186, 187. Sapho, voyant l’émotion de Jean, se met à le supplier plus ardemment encore. Ce passage est l’un des meilleurs de 1 ouvrage. A cela rien d’étonnant, car il est textuellement bâti sur un des motifs les plus connus de Manon . Monsieur Massenet a, évidemment, bien le droit de se piller lui-même, mais quand on vient parler de sa richesse d idées, il est bon de rester sceptique. Un instant Jean se reprend. Réa^oarition, p. 193, m. 2 et suiv., du motif du prélude du l'racte.

Sapbo s’emporte contre la famille de son amant. On veut le marier ; elle le devine. Mais elle ne tarde pas à se radoucir et la supplication alla Manon revient encore. Après un court ensemble, criard et insignifiant, Gaussin tombé dans les bras de Fanny. Les parents de Jean arrivent sur ces entrefaites. Franchement, ils ont mis de la discrétion à 11e pas troubler plus tôt l’entrevue de leur fils et de sa maîtresse! Surun geste de Mm* Gaussin, Fanny, après un court moment de révolte, se retire balbutiante. Dans le lointain, flageolets et tambourins recommencent à résonner. Le rideau tombe pendant que la mère murmure : La pauore femme ! ! Nous continuons à nous éloigner de plus en plus de la vie réelle.

Le cinquième acte est précédé d’un prélude construit sur une phrase mélancolique qui se maintient à l’orchestre pendant toute la première scène. Nous sommes, cette fois, dans une chambre de la petite maison de Ville d’Avray. Fanny se rappelle le bonheur passé. Elle relit les lettres de Jean avant de les déchirer. Les phrases chantées par Sapho, p. 208, 209, ramènent encore les formules chères à Monsieur Massenet. Cependant, quand l’ancien modèle vient à penser à son fils, quelques mesures d’une émotion moins factice sont à remarquer. Tout à coup la porte s ouvre : cest Jean. Malgré l’émotion qui l’étreint, Fanny essaie d’accueillir froidement le jeune homme, dont les soupçons s’éveillent. Si elle part, c’est pour rejoindre un autre amant ! Et lui, il a tout quitté pour venir la retrouver ! Sapho pousse un cri de joie. Jean l’aime donc toujours? Et elle tombe dans ses bras. Dans la lamentation de ce dernier il y a quelques passages assez expressifs. Un thème qui semble s’appliquer au bonheur des deux amants se rencontre p. 218, m. 5, 6. Il revient dans les pages suivantes, le plus souvent en valeur diminuées.

Le mot familier de M'ami , prononcé par Fanny, suffit à réveiller la jalousie rétrospective de Jean. Néanmoins, le jeune homme finit par se calmer. Brisé d émotion et de fatigue, il s’étend sur un canapé et se laisse aller au sommeil. Sapho prend alors une résolution suprême. Elle comprend que le passé se dressera toujours entre Jean et elle. Mieux vaut partir. Elle griffonne quelques mots d’adieu, pendant qu’à l’orchestre passe une tendre phrase et, après avoir déposé un baiser sur Jean qui, tout endormi, murmure tendrement : Ma femme ! elle s’éloigne en étouffant ses sanglots. Ce dernier acte est le meilleur de l’ouvrage. Certains endroits sont rendus avec une émotion simple et juste.

Sapho , dans son ensemble, est un des plus médiocres opéras de Monsieur Massenet. Il faut le dire en toute franchise. Après la Naoarraise ,

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