SAPHO
c est celui qui contient le moins de bonne musique (1) et même tout simplement de musique. L’orchestre, depuis la première jusqu’à la dernière page, s’efface avec une humilité vraiment excessive devant léchant qui, tout le temps, règne en souverain maître, mais reste, quand même, impuissant à traduire, comme il le faudrait, les états d’âme de Fanny et de Jean, à rendre toute la tristesse de ce lamentable amour, à en dégager la haute moralité Les mélodies demeurent presque toujours sans force émotive. Le musicien s’en est si bien aperçu lui-même qu’il a multiplié, à chaque mesure, les indications d’expression. Il a même été jusqu’à forger des termes. Visionnée , par exemple, n’a encore jamais figuré dans les mots de la langue française. Sapho nous aura, au moins, fait entendre cela de nouveau. Beaucoup estimeront que ce n’est pas assez. Dans ce drame, plus que dans tout autre, la symphonie devait occuper la première place. Si, quelquefois certaines phrases font des réapparitions, la partition n en est nullement, pour cela, bâtie sur des leitmotire , dont 1 emploi dans un sujet aussi psychologique était pourtant indiqué d une impérieuse façon. Mais, je l’ai déjà dit en commençant et je crois bon de le répéter encore, Monsieur Massenet n’a vu, dans Sapho , que les côtés extérieurs. L’âme des personnages, aussi bien que celle des choses, lui a échappé complètement.
L orchestre, bien que traité avec la dextérité d’un grand artisan des sons, expert en toutes les roueries du métier avec, pourtant, un abus des violoncelles, ne joue, dans cette partition, qu’un simple rôle d’accompagnateur. De temps en temps, il élève légèrement la voix, mais il reprend bien vite sa place secondaire. Le compositeur aurait dû, dans les préludes, donner la revanche à l’orchestre qui pouvait alors parler haut et dire quelque chose. Il n’en a rien été. Le premier acte est seulement précédé de dix-sept mesures d’orchestre ; le second, de six ; le troisième, de huit ; le quatrième, de sept et enfin le cinquième, de trente-deux. Les cinq actes de la pièce durent, en tout et pour tout, deux heures cinq. Plus de la moitié de ce laps de temps se passe en hors d’œuvre inutiles.
Ce n’est pas seulement du métier, de la virtuosité, de l’habileté qui étaient nécessaires pour rendre musicalement le chef-d’œuvre d’Alphonse Daudet. Il fallait, avant tout, de l’émotion vraie et spontanée, jaillie du cœur et non pas figée dans des formules usées, du courage pour ne pas se dérober aux situations, de la force pour les faire vivre et enfin, avec cela, un peu de génie.
Sapho , drame lyrique, reste encore à écrire.
(1) Ccndrillon n’avait pas encore vu le feu de la rampe.
MESSALINE
(Théâtre de Monte-Carlo. — Mars 1899)
(/'est 1 un des faits les plus attristants de notre époque que l'histoire de cette 3 fessaline, partition d’aventure, arrivée, — tout arrive à l’heure actuelle. — à se faire représenter non seulement sur certaines de nos grandes scènes de province, mais encore au nouveau Théâtre Lyrique de la Gaîté, alors que maints opéras, d’auteurs bien français ceux-là, attendent vainement leur tour !
C’est à Londres, où sont fixés ses frères, les banquiers Cohen — le nom romantique de Lara dissimule, en effet, ces syllabes beaucoup moins nobles mais, en revanche, bien légitimes, — que l’auteur de Mcssaline débuta dans la carrière musicale. Doué, parait-il, d'une jolie voix de baryton, il remportait de grands succès de salons avec des romances de son cru. Sa première œuvre de longue haleine, la Lure deli Asia, espèce de poème dramatico-symphonique à grand spectacle, fut représenté à Covent-Garden. Le même théâtre donna aussi asile à une seconde production, Ami/ Robsart , à laquelle les relations mondaines de l'auteur ne purent assurer qu'un éphémère succès. Monsieur Isidore de Lara passa alors le détroit et il se vit, aussitôt, ouvrir toutes grandes les portes du Théâtre de Monte-Carlo, pour une certaine Moïna. Ceci se passait en 1807. Deux ans après, presque jour pour jour, Mcssaline, dédiée à la princesse Alice de Monaco, née Heine, était jouée sur la scène alimentée par les bénéfices faits de hontes, de crimes et de morts de la célèbre maison de jeu. Cette œuvre, comme la précédente d'ailleurs, fut montée avec un luxe inouï de décors et de costumes et une interprétation hors ligne. Pourtant, malgré la réclame
que les traités de publicité assurent, quoi qu’il arrive, à Monte-Carlo, tous les esprits sains, francs et libres ne s'en laissèrent pas imposer et ils jugèrent À fessai ine à sa juste valeur. La fécondité de Monsieur Isidore de Lara s’est depuis lors ralentie; il n’a rien produit. Personne n'a encore songé à s’en plaindre.
Après Monte-Carlo, quelques scènes de province, la plupart méridionales, jouèrent Me* s ali ne. Cet ouvrage fut, chaque fois, monté avec un tel déploiement de mise en scène qu’il remporta un de ces succès incompréhensibles comme la bêtise humaine en donne, parfois, le lamentable exemple. Les mêmes causes qui procurent à d'ineptes chansons, comme Y Amant dy A manda , Ous qu'est Saint Nazaire, ou Viens , Poupoule , Viens! des ventes énormes en même temps que la popularité, ont fait la fortune de Messaline. Cette pièce à grand spectacle, pompeusement dénommée tragédie-lyrique, peut avoir des centaines de représentations et faire tomber dans les poches de M. Isidore de Lara d’énormes droits d’auteur, sans que cela prouve autre chose que le public se rue de préférence aux ouvrages médiocres qui flattent ses plus bas instincts. Jamais le mérite d’une œuvre d’art 11e s’est encore mesuré aux gros sous qu elle rapporte.
Le livret de Messaline est dû à la collaboration de MM. Armand Silvestre et Eugène Morand. Mieux charpenté que ne le sont, d’ordinaire, ces sortes de choses, généralement informes, il offre des situations assez dramatiques qui ne sont pas sans analogies avec celles de la Tour de Xesles. Son grand défaut est de ne renfermer aucun personnage le moins du monde intéressant. Messaline faisant la « retape » dans les.... bouges de Suburre ou dissertant sur les voluptés inconnues que lui a fait connaître un belluaire, doué d’une.... force peu commune, est une figure antipathique au premier chef. Hélion, le dompteur, n’est qu’une brute bonne à étrangler des lions ou à contenter une hystérique. Harès, enfin, est un parfait imbécile qui se laisse rouler par l’impériale prostituée de la plus naïve façon. Les caractères sont à peine ébauchés et la musique de M. de Lara est impuissante à leur ajouter le moindre relief. Tous les personnages, en effet, sont taillés dans le même moule mélodique et quel moule ! M. de Lara en a emprunté les principaux matériaux, qu’il souda ensuite tant bien que mal, à Gounod, à Verdi, à MM. Massenet, Delmet, Flégier, Diaz, Mascagni, Tagliafico, Léoncavallo et à Augusta Holmès. Wagner n’a pas été oublié, lui non plus. M. de Lara lui a rendu hommage en bourrant sa partition de leitmotive , ou plutôt de ce qu’il a cru en être. A chaque instant, des thèmes sans intérêt, presque toujours figés dans la même forme, 11e subissant aucun développement, se font entendre de la manière la plus énervante et
MESSALINE
la. plus fastidieuse. Maladroitement plaqüés dans l’accompagnement, ils n’arrivent jamais à constituer une véritable base symphonique.
Mais il est temps d’arriver à l’analyse de l’œuvre. Si je me montre sévère pour elle, c’est, du moins, en connaissance parfaite de cause. Je n’en parle pas sur des données superficielles ; j’ai eu le courage de l’étudier soigneusement jusqu’au bout, et j’estime mieux la connaître que certains de ses admirateurs fanatiques ou de ses panégyristes plus ou moins convaincus.
Le premier acte se passe à Home, dans les jardins du palais impérial* Au lever du jour, des patriciens, des affranchis, des femmes attendent le réveil de l’impératrice. La partition commence par une longue scène muette suivie de quelques phrases chantées par les chœurs et par 1 yndaris, esclave de Messaline, le tout d une prétentieuse banalité. Leux motifs ont la louable intention de caractériser 1 épouse de Claude. Le premier, qui s’applique à Messaline impératrice, se rencontre au Lento de la page 10. Deux chevaliers, Gallus et Myrtille, s’entretiennent dans un coin des jardins. Le peuple murmure : il est las de l’imbécillité de l’empereur et des débauches de sa femme. Un motif souligne, page 17, m. 2 et 3, le Mécontentement de la foule. Un élégant jeune homme, Myrrhon, survient, à son tour, précédé d’un thème sautillant. 11 chante son insouciance delà vie en un Allegretto qui ne serait pas déplacé dans une opérette. Gallus félicite son ami de pouvoir rire dans une époque aussi troublée. Retour du motif du Mécontentement populaire. Bah ! Myrrhon veut s’amuser. 11 est comme Home qui, en ce moment, raffole d un gladiateur, un superbe africain dont le frère, un chansonnier nommé Harès, fustige journellement les vices de l’impératrice. Ces différents récits sont conçus dans une forme vieillotte. A l’accompagnement on retrouve, à plusieurs reprises, le thème du Mécontentement populaire. Un nouveau motif, d’une allure boursoufllée, qu’on réentendra désormais à satiété se rencontre, page 27, au Maëstoso. C’est celui d’Hélion, le belluaire.
Voici Messaline (contralto). Elle fait son entrée, saluée par une sonnerie de trompettes de scène et accompagnée par un cortège qui ne serait pas déplacé dans une pantomime de cirque. A 1 orchestre apparaît, au meme instant, le second motif qui lui est particulier et dont le dessin chromatique, tour à tour descendant et ascendant, semble vouloir caractériser non plus l’impératrice, mais la femme lascive et vicieuse. Ce thème se maintient, presque uniquement, à l’orchestre pendant les quinze pages qui suivent, sauf pendant quelques rares mesures occupées par celui du Mécontentement. Le morceau où Messaline raconte la naissance de Vénus aurait pu inspirer le compositeur. 11 n’en a rien été. C’est en vain qu’il s’est souvenu du passage correspondant de la Phrgnè , de Saint-Saëns. Cependant, dans le lointain, un murmure monte et grandit peu à peu. C’est la fouie qui passe.
chansonnant l’impératrice et ses amants d’un soir. Ce chœur est construit sur le motif du Mécontentement populaire . Penchée au dessus de la terrasse, Messaline remarque, dans les groupes, l'homme qui semble être le chef. 11 est beau et, sur le champ, il prend fantaisie à l’impératrice de se le payer. Elle ordonne qu’on le lui amène. Ilarès (baryton) entre au milieu des cris de mort des courtisans. Etendue sur son lit de repos, Messaline interroge le jeune homme. À ce moment l'orchestre murmure un assez gracieux motif qui, d’après son retour dans le courant de l’ouvrage, paraît destiné à évoquer la Lointaine Patrie d’Horès et d’Hélion. Ilarès crie sa haine et son mépris à l’impératrice qui reste souriante. Elle lui demande de dire sa chanson. Ilarès lui crache alors à la figure une violente satire, dont l’idée mélodique est digne d’un café-concert de bas étage. Au dehors, la foule reprend ses cris insultants, tandis que les familiers du palais menacent le chanteur. Messaline les arrête au moment où ils vont s’élancer sur lui et elle leur ordonne de se retirer. On devine ce qui se passe. L’impératrice, en quelques paroles câlines, a vite fait de calmer la colère d’Harès. Elle allume habilement sa luxure et endort ses soupçons. La toile tombe au moment où il deviendrait difficile de la laisser levée davantage.
Au début de cette scène, on trouve une superposition des deux thèmes de Messaline, qui reviennent aussi plusieurs fois, séparément, dans la fin de l’acte. Le premier, celui de V Impératrice, subit page 9C>, au Lento et page 97, une légère modification. Citons aussi à Y Allegro de la page 93, une transformation du motif du Mécontentement populaire. Au point de vue vocal, ce duo ne se compose, en réalité, que d’une succession de romances, de couplets et de refrains, tous plus communs les uns que les autres. Monsieur de Lara semble particulièrement bien doué pour écrire de ces mélodies d’une vulgarité aguichanle, propres à chatouiller les oreilles des gens peu difficiles en matière de musique. Sous ce rapport la phrase
de Messaline : Pour aimer d'amour , pour aimer un jour . est un
chef-d’œuvre du genre. Elle est destinée à faire les délices de toutes les gigolettes des boulevards extérieurs.
Le second acte nous transporte dans la salle d'un lupanar de Suburre. Les parois latérales sont percées de portes basses portant, sur des écriteaux, les noms des filles qui, dans leur réduit, attendent les clients. A travers les groupes d’hommes et de femmes, déjà à moitié ivres, va et vient le lœno. La Maison Tellier en musique! Et encore! L’établissement de la célèbre nouvelle de Maupassant est d’une catégorie supérieure au bouge de la voie suburranne. C’est ici que Messaline, — lassata, non satiata, — vient goûter les étreintes des portefaix de Rome. L’acte débute par un chœur conventionnel à la gloire du Bacchus Indien. Gallus entre en compagnie de Myrtille, juste pour assister à une dispute entre un croche-
MESSALINE
teur et un matelot. Une femme voilée traverse la scène et entre dans une des petites loges ad hoc . Puis c’est Ilarès qui arrive, triste et rêveur. Messaline, après en avoir tiré tout ce qu’elle voulait, Ta rejeté comme un citron sec. Lui, pourtant, ne peut oublier ses baisers : il l’aime toujours.
La lamentation d’IIarès et l’invocation à la nuit, qui vient ensuite, sont les meilleures choses de l’œuvre Ces pages, écrites dans les belles notes de la voix de baryton, offrent une mixture de Gounod et de Massenet, d’un effet certain sur le gros public. Ilarès s’éloigne. La femme voilée reparaît. Elle soulève un instant sa résille d’or : c’est Messaline. Elle chante un hymne à Vénus meretrir qui, chaque soir, la pousse en ce mauvais lieu. Le thème de YTÎnpératrice se retrouve à diverses reprises. Myrrhon arrive avec une femme à chaque bras. 11 se met à roucouler une espèce de barcarolle d’une écœurante fadeur. Nouvelle dispute entre les joueurs qui nécessite l’intervention de l'édile. Dans la rue passe le cortège du Bacchus Indien, puis de longues acclamations éclatent au dehors. Le peuple salue son idole, le gladiateur Hélion. Celui-ci (ténor) fait son entrée dans le bouge, pendant que son leitmotiv éclate à l’orchestre et, tout comme son confrère Escamillo, de Carmen , il entonne aussitôt un air glorifiant les combats du cirque.
La foule se disperse. Hélion reste seul avec son frère Ilarès qu’il inter roge affectueusement sur sa tristesse. Le chansonnier, sans nommer la femme, se laisse aller à des confidences. Les deux frères se rappellent ensuite leurs souvenirs de jeunesse. Harès ne se souvient pas sans émotion du jour où Hélion l’a sauvé des griffes d’un lion en étouffant l’animal entre ses mains puissantes. Messaline, qui rode dans le fond en quête d’aventures, entend ces dernières paroles : Vénus l quel voile se lèrel s’écrie-t-elle, quel est cet inconnu qui , dyune main, étouffe les lions ? Celui-là, peut-être, saura la rassasier. Sous le rapport mélodique cette scène ressemble aux précédentes. Monsieur de Lara n’a pas l’inspiration bien riche. Ce sont toujours les mêmes airs qu’il nous fait entendre et ces airs semblent avoir traîné partout. Le motif de l’invocation à la nuit revient page 108, in. 1 et suiv. ; page 175, m. 11 et suiv. et page 178 à V Andante. On retrouve le thème de la Patrie lointaine page 169 ; celui à' Hélion retentit, à chaque instant, à partir de la page 171, quelquefois modifié légèrement, enfin on réentend aussi le motif luxurieux de Messaline.
Myrrhon, Myrtille, Gallus reviennent, pendant que passe à l’orchestre le thème de la barcarolle: Viens aimer..., Myrrhon s’approche de Messaline, qui s’est voilée à nouveau, et se met à lalutiner. Gallus tente de soulever sa résille d’or. Tous essaient de l’entraîner dans l’une des loges mais, par hasard, Messaline n’est pas d’humeur, cette fois, à se laisser faire. Elle veut fuir, mais les jeunes gens la saisissent et, malgré ses cris, ils vont arriver à leurs fins quand Hélion surgit et la leur arrache des mains. Au bruit.
accourent de nombreux habitués. Ils se ruent sur le gladiateur dont la force herculéenne a vite fait de les repousser. Celui-ci prend Messaline dans ses bras et sort. A ce moment Harès revient, juste pour reconnaître l’impératrice dont la résille d’or est tombée. Il recule terrifié. Pendant toute cett° scène le motif d 'Hélion se maintient à l’orchestre.
Le troisième acte est divisé en deux tableaux. Le premier se déroule dans une chambre de la maison secrète où Messaline se livre à ses débauches. C’est la nuit. Sur des lits de repos, des femmes étendues en des poses lascives, murmurent de langoureux refrains qui évoquent certains souvenirs des Pécheurs cle Perles. Dans un 2/4, sans aucun caractère, la jeune Tyndaris donne à ses compagnes des conseils qui ne seraient pas déplacés dans Y Examen de Flora :
Ne liàte pas le plaisir Qu’un souille, hélas, effarouche :
Laisse longtemps le désir Mêler sa bouche à ta bouche.
i •- MBS* jF**
La suivante de Messaline chante ensuite, accompagnée par les chœurs, une longue vocalise rappellant par instants, un des plus délicieux motifs des Filles-fleurs, de ParsifaL Toutes se retirent car voici l’impératrice, accompagnée d Hélion. Celui-ci rougit de s’étre laissé séduire par une de ces romaines qu’il déteste ; mais, néanmoins, il s’abandonne aux irrésistibles caresses de celle dont il ignore encore la véritable qualité. A un moment, un cri s’élève dans la nuit, llélion croit reconnaître la voix de son frère. 11 s’inquiète, mais Messaline a vite fait de le détourner de ses préocupations. C’est en vain qu’on chercherait, dans ce nouveau duo, à part peut-être, une assez jolie phrase du ténor : C'est le chant qu’on chante aux gazelles, construite sur le thème de la Patrie , quelques passages dignes d’attirer 1 attention. Les mélodies se succèdent, implacablement gélatineuses, toutes plus banales, plus vides les unes que les autres. Au début de la scène, page 210 m. 1 et suiv., un nouveau motif, dû Amour celui-là, fait son apparition. Les deux thèmes de Messaline reviennent eux aussi, ainsi que celui d'Hélion , dont une transformation se rencontre au Largo de la page 219. Enfin le motif du Mécontentement populaire murmure à l’orchestre, page 221, suivi de la cinglante chanson du 1er acte, ramenée par une trompette avec sourdine, d’une ineffable cocasserie.
On frappe à la porte. Messaline fait cacher Hélion dans une pièce voisine. C’est Harès qui entre. Il supplie l’impératrice d’accueillir à nouveau son amour. Mais elle le repousse. Elle ne le connaît plus ; qu’il parte * Non, il restera pour arracher Hélion de ses bras. Messaline appelle. Des esclaves entrent ; sur un signe de leur maîtresse ils s’emparent d’Harès et le précipitent, dans le Tibre qui coule sous les fenêtres. L’impératrice
MKSSALINF.
fait alors rentrer Hélion : Maintenant, lui clit-elle, viens m'aimer! Et elle l’entraîne sur le lit de repos pendant qu’éclate, à toute force, le motif d 'Amour.
Un intermezzo , — après le succès de celui de Cacalleria Rustieana, Monsieur de Lara ne pouvait négliger d’en introduire un dans son ouvrage, — sépare les deux tableaux. Cette page d’orchestre est construite sur la phrase de l’invocation à la nuit. Le rideau se relève sur les bords du Tibre. On entend, au loin, Myrrhon qui chante l'insupportable refrain de la barcarolle. Une barque passe sur le fleuve, avec le jeune homme et des filles. Puis des bateliers arrivent portant Harès évanoui. Nouvelle réapparition de. l’invocation à la nuit. Harès revient à lui ; il montre à tous la fenêtre éclairée de la maison secrète et leur révèle le nom de la femme qui s’y cache. Puis, arrachant un couteau à la ceinture d’un batelier, il jure de tuer, dès le lendemain, l’impératrice, et il sort en courant. Tout là bas, dans la maison, les voix de femmes reprennent le motif de la valse lente, déjà entendue au commencement de l’acte. L’effet est assez réussi. Tableau inutile qui n’a 'pas d’autre raison que d’être un prétexte à mise en scène.
Le décor du quatrième acte représente l’intérieur delà loge impériale au cirque. A travers une baie fermée d’une grille d’or, Messaline regarde dans l’arène où des lions viennent d’entrer. On entend les cris de la foule. Mais l’Augusta reste indifférente au spectacle ; elle est tout au souvenir des délices ineffables qu’elle a goûtées dans les bras d’Hélion. A la fin de cette rêverie, page 270, on trouve une petite transformation du thème à! Amour. Tyndaris remet à l’impératrice un billet de Myrrhon, l’avertissant de faire garder l’entrée de sa loge car un homme veut l’assassiner. De l’arène s’élève la voix d’Hélion qui réclame son frère à l’impératrice. Comment le belluaire a-t-il appris l’attentat dont Harès a failli être victime? C’est ce que les auteurs ont négligé de nous apprendre. Brusquement Hélion apparaît à la baie de la loge qu’il a escaladée. Une partie de cette scène et le début de la suivante sont accompagnés par un dessin issu du motif d 'Hélion. Messaline, recouverte de son voile, tient tête à l’africain furieux qui lui demande compte de la vie d’Harès. Le thème du Mécontentement populaire fait une réapparition page 285. Mais comme Hélion lève son bras sur l’impératrice, celle-ci se dévoile. Le gladiateur recule. Retour du motif d 'Amour qui revient ensuite plusieurs fois pendant l'amoureuse supplication de Messaline, d’une vulgarité vraiment extraordinaire. Du cirque, montent les cris de ceux qui, avant de mourir, saluent l’impératrice. Hélion sent faiblir sa colère. 11 s’agenouille et supplie ses dieux de lui donner la force de frapper Messaline. Celle-ci, bravement, lui offre la poitrine, mais la main du gladiateur retombe inerte : dans les bras de la prostituée impériale il a perdu toute force et tout courage. Cependant Messaline est lasse de la vie ; à défaut d’Hélion, qu’un autre la frappe donc ! Elle court à la porte derrière
consonnant.es et DISSONANCES
laquelle elle sait que la guette un assassin et l'ouvre. Ilarès se rue sur Messaline, mais llélion le poignarde par derrière. Les deux frères se reconnaissent. Après un court dialogue, Ilarès expire. llélion se redresse terrible et. secouant sur l’impératrice ses. mains ensanglantées, il la maudit. Puis il saute dans l’arène et il s’offre, sans défense, aux dents des fauves après avoir repris, sur des paroles quelque peu modifiées, sa chanson du second